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Touareg

Sahara algérien
Sahara algérien

Peuple berbère vivant au Niger, au Mali, au Burkina, en Algérie et en Libye. En l'absence de statistiques récentes et exhaustives, il est difficile d’évaluer l'importance de la population touareg : le chiffre global serait compris entre 1,5, 2 millions et 3 millions (ou plus), dont environ 1 million au Niger selon le recensement de 2001.

1. Origines

La question des origines a longtemps été controversée, donnant lieu à des hypothèses ethnocentristes et hasardeuses, parmi lesquelles la supposition romanesque de l'ascendance croisée des « hommes bleus ». demeure, aujourd’hui encore, discutée.

Les liens des Touareg avec les Protoberbères du néolithique puis, dans l'Antiquité, avec les Garamantes (Libyens sahariens paléoberbères) décrits par Hérodote, ont été avancés à la suite d’observations archéologiques. Au Moyen Âge, ce sont des tribus berbères du vaste groupe sanhadja, en provenance du Nord, qui auraient joué un rôle déterminant.

Certains chercheurs mettent plutôt l’accent sur le syncrétisme de leur culture attestant des influences multiples proche et moyen-orientales – sabéenne notamment –, auxquelles s’est greffée une islamisation progressive et tardive (xve-xvie siècles) pour donner naissance à un monde touareg à la fois divers et caractérisé par une forte identité culturelle.

2. Identité culturelle

Le nom de « touareg » est d'origine arabe et sa signification est discutée. Mais les Touareg préfèrent d’autres appellations, dont celles de Kel Tagelmust (« Ceux qui portent le voile ») et surtout de Kel Tamasheq (« Ceux de langue tamasheq »). Aussi, l’identité du peuple est-elle en grande partie linguistique. Appartenant à la famille des langues berbères, le tamasheq, dont il existe plusieurs parlers selon les régions, a conservé une écriture très ancienne, le tifinagh.

La spécificité culturelle des Touareg se manifeste encore par leur pratique assez relâchée de l’islam qui n'exclut pas de très anciennes croyances magico-religieuses. Ainsi que par le statut central de la femme – détentrice de la tente – dans cette société essentiellement matriarcale et monogame, dont les ancêtres mythiques sont souvent féminins.

3. Organisation de l’espace politique et de la société traditionnelle

3.1. Cinq grandes confédérations tribales

Avant d'être démembré par la colonisation française puis par la création des nouveaux États-Nations, l'espace politique et culturel touareg était fondé sur cinq grandes confédérations tribales (Ettebel, qui désigne aussi le tambour, symbole du commandement) dénommées par les territoires qu’elles contrôlaient :
– les Kel Ajjer (sud algérien et Fezzan libyen) ;
– les Kel Ahaggar (Hoggar algérien) ;
– les Kel Aïr (Niger actuel, au nord et autour d’Agadez) ;
– les Kel Tademekkat (nord du Mali) ;
– les Kel Tagaraygarayt (« les gens du milieu », dans l'Azaouak, nord-est du Niger actuel).

Ces grandes confédérations résultaient d'alliances mouvantes formées au gré des conquêtes et des combats entre les nombreuses tribus (ou « fédérations » de tribus) : ainsi par exemple, des luttes entre les Kel Tademekkat et les Iwellemmeden entre le xviie et le xixe siècle ; puis de la progressive hégémonie des Ifoghas (ou Iforas) dans l'Adagh (Adrar), dans le nord du Mali actuel (Kidal).

3.2. Une société fortement hiérarchisée

Structurée par des liens complexes de clientèle et de parentèle, la société touareg traditionnelle est en même temps fortement hiérarchisée : la division entre hommes libres et esclaves (Iklan) – capturés lors des razzias contre d’autres tribus ou des populations africaines non touareg – se double d’une différenciation entre guerriers et non combattants.

Les guerriers « nobles » (Imajeghen) forment le sommet de la hiérarchie et choisissent un chef (amenôkal pour la confédération, amrar pour la tribu) dont la légitimité dépend de sa lignée mais aussi de ses qualités personnelles, sa bravoure ou ses faits d’armes et dont le pouvoir peut à tout moment être révoqué par ses pairs. Sous leur dépendance et leur protection contre versement d’un tribut, les Imghad sont davantage liés à l'élevage – mais peuvent aussi prendre part au combat – tandis que les artisans (Inadan) et les religieux (Ineslemen) ont une place intermédiaire.

Si cette stratification recouvre une opposition entre « aristocratie » blanche et « esclaves » noirs, des métissages existent – y compris entre maîtres et Iklan ou affranchis (Ighawelen). Ces rapports très complexes varient selon les tribus et les régions, certains groupes de l'Aïr se distinguant par exemple par une organisation politique plus égalitaire avec l'institution d’un sultan (sultanat d’Agadez), au rôle d’arbitre et d’intermédiaire.

4. Les bases économiques

À la charnière entre les mondes subsaharien et méditerranéen, les nomades touareg se sont appuyés, jusqu'aux transformations induites par la colonisation, sur le commerce transsaharien organisé autour d’un vaste maillage de routes caravanières entre la Méditerranée et le Sahel, l’Atlantique et la mer Rouge. Dans ce cadre, ils peuvent commercer directement, se spécialiser dans la conduite et l’escorte des caravanes, louer leurs chameaux, prélever des droits de passage sur les territoires sous leur contrôle ou se livrer à de lucratifs pillages jusqu’à la progressive disparition de ces derniers au début du xxe siècle. À ces échanges (dont fait partie la traite négrière jusqu’à son abolition au xixe siècle) s’ajoutent le pastoralisme, l’élevage, ainsi que l’artisanat.

5. Les transformations au xxe siècle

5.1. La colonisation

Le déclin du commerce caravanier au tournant des xix et xxe siècles et la mainmise française sur le Sahara ont convergé pour générer le premier grand choc auquel ont du s’adapter les Touareg. Repliés sur leurs activités pastorales, ils doivent subir d'autres effets de la colonisation – la scission des confédérations en fractions autonomes et dociles, la « libération » des esclaves, la monétisation de l’économie et l'introduction de l'impôt, le contrôle des mouvements de transhumance – qui déstructurent les relations sociales, politiques et économiques. Toutefois, les rapports sociaux traditionnels et les anciens liens de dépendance – y compris la servitude – résistent dans une certaine mesure à cette « modernisation ».

5.2. Relative intégration ou marginalisation économique et sociale

Après le projet éphémère d'une Organisation commune des régions sahariennes (OCRS, 1957-1962) et les indépendances, l’espace touareg est de nouveau divisé par des frontières artificielles et ses populations doivent se contenter d’un statut de minorité. La sédentarisation initiée par la France est reprise par les nouveaux pouvoirs centraux, en particulier l’Algérie et la Libye où les Touareg, moins nombreux, sont davantage intégrés dans le cadre national, alors qu’au Niger et au Mali, elle n'enraye pas leur marginalisation économique et sociale. Cette paupérisation, fortement aggravée par les grandes sécheresses des années 1970 et 1980, force de nombreux Touareg à émigrer dans les villes ou dans les pays voisins (Algérie et Libye) et à se tourner vers de nouvelles activités – agriculture, tourisme –, contribuant aussi à la transformation des hiérarchies traditionnelles.

6. Un peuple rebelle

6.1. La résistance contre la pénétration française

Les premières actions de résistance touareg apparaissent dès le commencent de la pénétration française au Sahara après 1830. Elles culminent dans la destruction de la mission menée par Paul Flatters en février 1881, un massacre retentissant attribué à des hommes d'Ahitaghel, Amenukal des Kel Ahaggar. Ces derniers sont toutefois écrasés en 1902 (bataille de Tit) tandis que Tombouctou et In Salah sont prises en 1893 et 1900.

Grâce à leur supériorité militaire et à l’exploitation des rivalités entre tribus, les Français poursuivent une conquête inexorable qui conduit à la soumission des Iwellemmeden de l'Ouest (Kel Ataram) et des Ifoghas en 1903. Après le contrôle du nord et de l'ouest du « pays » touareg, l’Aïr est à son tour soumis avec l’occupation d’Agadez (1906).

6.2. Firhoun, Kaocen, héros de la résistance touareg

Les rébellions reprennent en 1914-1916 à l'Ouest (Mali actuel), menées par le nouveau chef des Iwellemmeden kel Ataram, Firhoun, ainsi qu'à l'Est (Niger actuel) avec la révolte conduite par Kaocen de la tribu des Ikazkazen. Ces deux dernières grandes rébellions de la période coloniale matées (pendu en 1919 après avoir été arrêté dans le Tibesti, Kaocen devient la grande figure de référence pour les combattants touareg nigériens), les tribus, dont beaucoup sont scindées, se replient sur elles-mêmes jusqu’à la grande révolte des Kel Adagh de 1963-1964 au Mali. Si cette dernière connaît un retentissement certain parmi les Touareg, elle reste isolée et peut être écrasée dans le sang par l'armée de Modibo Keita, provoquant un vaste exode dans les pays limitrophes, notamment en Algérie et en Libye.

Considérés avec une certaine méfiance par les combattants touareg, ces deux États arabes n’en joueront pas moins un rôle politique central dans la région : le premier – après l'expulsion ordonnée par Ahmed Ben Bella – par sa médiation dans les conflits maliens ; le second – après l’arrivée au pouvoir de Muammar Kadhafi – par une politique plus ambiguë entre appui aux rebelles (camps d’entraînement, intégration dans la Légion islamique) et bons offices, notamment au Niger.

Pour en savoir plus, voir l'article colonisation.

6.3. Les offensives rebelles au Niger et au Mali

À la première vague d’émigration dans les années 1960 succèdent celles provoquées par les sécheresses des années 1970 puis 1980, entraînant comme conséquence politique la formation d’une nouvelle génération de combattants, recrutés parmi ceux que l’on baptise désormais Ishumars (du français, « chômeurs »). Ces derniers forment alors le fer de lance des nouveaux mouvements (dont certains cadres sont aguerris sur des terrains extérieurs comme le Liban, au côté des Palestiniens, ou le Tchad) à l'origine de la reprise des rébellions au Niger et au Mali au début des années 1990.

Les accords de paix (1994-1995 au Niger et 1996 au Mali) n’empêcheront pas le réveil, au milieu des années 2000, d’un mouvement qui reste toutefois divisé par des enjeux et une composition sociale spécifiques dans les deux régions (redistribution de la manne minière au Niger ; rôle particulier des tribus imghad dans la division « tribale » du mouvement au Mali), ainsi que par la dérive criminelle de certains groupes minoritaires.

L’aspiration à l’indépendance n'a jamais complètement disparu, comme en témoigne la sécession proclamée au Mali en 2012 par le Mouvement national de libération de l'Azawad. Mais elle s’est fortement émoussée au profit d’une revendication tournée vers une autonomie régionale accrue et une redistribution des ressources. Le repliement, l’intégration plus ou moins forcée – avec pour conséquence un certaine acculturation –, la mobilisation armée ou l’engagement politique et social dans le cadre national, constituent les principales voies ouvertes pour ce peuple, dont certaines revendications sont reconnues par les Nations unies au titre de la défense des droits des populations autochtones.