
Chef de l'État : Muammar al-Kadhafi ou al-Qadhdhafi
Chef du gouvernement : Muammar al-Kadhafi ou al-Qadhdhafi
Nature de l'État : république
Constitution :
Adoption : 1977
Exécutif
Chef de l'État et du gouvernement : Leader révolutionnaire
Législatif
Congrès général populaire
L'État libyen est l'héritage de la conquête italienne qui, à partir de 1911, affecta les derniers vestiges des possessions turques d'Afrique. La base humaine principale est constituée par deux régions côtières arrosées et partiellement cultivables, la Tripolitaine et la Cyrénaïque, séparées toutefois par les 500 km du golfe de la Grande Syrte, dont la côte est désertique. D'immenses espaces sahariens leur sont associés, à peu près vides à l'E., où les oasis (Djaraboub, Koufra, Audjila, cette dernière étant le point le plus oriental où est encore parlée la langue berbère) sont de petite taille, tandis qu'elles sont plus importantes à l'O. (groupe du Fezzan ; Rhadamès, encore berbère, sur la frontière tunisienne).
La colonisation italienne (1912-1931) des trois provinces libyennes (Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan) a mis fin à une occupation turque assez lâche au sein d'un territoire étendu mais très faiblement peuplé, dirigé depuis 1843 par les Senousis, une confrérie musulmane d'origine algérienne.
L'Italie a colonisé 375 000 hectares de terres cultivables formant une bande côtière étroite, largement gagnée par le désert, surtout dans le golfe de Syrte. Le développement de l'agriculture coloniale est venu peu à peu supplanter l'économie pastorale traditionnelle. Mais le départ des 17 000 colons italiens, expulsés à partir de 1955, puis la découverte d'importantes réserves pétrolières, en 1959, ont complètement bouleversé les données économiques. Commencée en 1961, l'exploitation des hydrocarbures est d'abord concédée à 14 compagnies internationales, l'essentiel de la production étant destiné au marché européen (la moitié est absorbée par l'Italie, l'autre moitié est acheminée vers l'Allemagne, l'Espagne et la France). En 1969, l'extraction, le transport (cinq pipelines relient les principaux gisements à la côte méditerranéenne), ainsi qu'une partie du raffinage sont nationalisés à 51 % sans que la structure des exportations s'en trouve modifiée. Les revenus procurés par les hydrocarbures décuplent entre 1970 et 1980 et alimentent la quasi-totalité du budget de l'État. La Libye, qui exporte en moyenne plus de 50 millions de tonnes par an, se place au 16e rang des pays producteurs de pétrole, derrière l'Algérie (ses réserves de pétrole sont estimées à plus de 4 milliards de tonnes). La population libyenne possède l'un des niveaux de vie les plus élevés du continent africain. Elle connaît une forte croissance naturelle, de l'ordre de 2 % par an, avec un indice de fécondité proche de 3 enfants par femme. Le nomadisme traditionnel régresse au profit d'une urbanisation rapide et essentiellement côtière. Le taux de population urbaine est ainsi passé de 18 % en 1954 à 78 % en 1984 ; aujourd'hui, 85 % des Libyens sont des citadins. Tripoli, la capitale, dépasse désormais deux millions d'habitants et Benghazi, la deuxième ville du pays, abrite plus d'un million de personnes.
Mais cette population arabisée sur un vieux fond berbère (celui-ci perdure dans quelques oasis) s'est montrée, avec la suppression du petit commerce entre 1973 et 1988, incapable de mener à bien les gigantesques travaux lancés à l'initiative de Muammar al-Kadhafi et financés par les surplus des exportations pétrolières. Ainsi, entre 1976 et 1983, 27 milliards de dollars ont été gaspillés dans des projets d'agriculture et de reboisement (appelés « révolution verte »), aux résultats plus que décevants. Le pays a fait largement appel à une main-d'œuvre immigrée qui est passée de 800 000 personnes en 1985 à 2,5 millions en 1995 : on recense ainsi plus d'un million d'Égyptiens, 150 000 Tunisiens, 30 000 Palestiniens (les immigrés des pays arabes bénéficient, depuis 1980, d'une « nationalité arabe » qui leur accorde divers droits), mais aussi des Asiatiques (Thaïlandais, Coréens) et plus d'un million d'Africains (500 000 Soudanais, 300 000 Tchadiens, 250 000 Maliens, etc.). Encadrés par 30 000 techniciens des pays de l'Est, ils ont assumé un grand nombre d'activités (construction, transports, industrie de transformation, agriculture, grands travaux).
En 1987-1989, la chute des revenus pétroliers entraîne une grave crise économique. La Libye s'endette, surtout auprès des pays d'Europe de l'Est, les salaires des fonctionnaires ne sont plus versés. Kadhafi, qui avait collectivisé l'économie entre 1973 et 1978, prône le retour au secteur privé et à l'orthodoxie financière, entame un programme de privatisations et autorise à nouveau le commerce et le salariat. La hausse des cours du pétrole et la découverte de nouveaux gisements d'hydrocarbures favorisent cependant le retour à la croissance. L'exploitation (en association avec la Tunisie) du riche domaine offshore libyen permet, avec des exportations de plus de 15 milliards de dollars par an, de lancer un gigantesque projet de rivière artificielle. Celui-ci consiste à pomper les nappes fossiles des oasis du Fezzan et de Koufra, puis à acheminer l'eau vers la côte par l'intermédiaire d'un réseau complexe de puits et de pipelines souterrains, afin de pouvoir accroître la superficie agricole grâce à l'irrigation. La première tranche fut accomplie par les Sud-Coréens entre 1983 et 1991 (130 000 hectares irrigués) pour un montant total de 3,3 milliards de dollars. La deuxième tranche, destinée à irriguer 500 000 hectares supplémentaires, fut lancée en 1990. Les 3e et 4e tranches, commencées en 1996, sont en cours de réalisation. Au total, l'investissement s'élève à 25 milliards de dollars. Parallèlement, la Libye a fait appel à des partenaires diversifiés (belges, néerlandais, canadiens, autrichiens, brésiliens, yougoslaves) pour étendre ses capacités de raffinage et pour créer une centrale électrique, une aciérie et un complexe pétrochimique.
Mais l'affaire de Lockerbie remet tout en cause, sans laisser au pays le temps d'opérer le tournant économique des privatisations annoncées, y compris dans l'enseignement et dans la santé. À partir d'avril 1992, l'économie libyenne est placée sous embargo international. Le bilan est lourd, les pertes étant estimées à 24 milliards de dollars. Les avoirs libyens, hormis les milliards que Tripoli a pu placer en Asie et au Proche-Orient, sont gelés. Les prix triplent, le chômage apparaît, le dinar libyen perd le sixième de sa valeur, et le pouvoir d'achat baisse de 30 %. Kadhafi profite de cette situation pour prôner l'austérité et engager la lutte contre la contrebande, le gaspillage et la corruption, grâce à la création de comités d'épuration. Le territoire libyen est également réorganisé en 1 500 communes autogérées.
Toutefois, les partenaires de la Libye, principalement l'Italie, l'Allemagne, l'Espagne et la France, reviennent en force. De nouvelles découvertes pétrolières ont été réalisées par des prospecteurs français (Total), italiens (Agip) et espagnols (Repsol) depuis 1996. L'Italie, principal partenaire commercial de la Libye malgré des relations toujours conflictuelles (son ancienne colonie lui réclame des dommages de guerre), cherche à revenir sur le marché libyen. Attentive à l'impatience de ses partenaires européens, la Libye lance des appels répétés aux investissements étrangers, au moment où s'annonce la fin de l'embargo, et affiche des projets ambitieux, notamment dans le secteur des hydrocarbures et dans celui des transports.
Les Grecs désignaient sous le nom de Libye (Libuê) une vaste région d'Afrique aux limites indéterminées. Colonisé tour à tour par les Phéniciens, les Grecs, les Romains, les Vandales et les Byzantins, le pays tombe dans l'orbite arabe à partir de 643. Tandis que la Cyrénaïque garde une certaine importance comme zone de passage entre Alexandrie et Kairouan, et est islamisée par des tribus nomades venues de Haute-Égypte (XIe s.) ; la Tripolitaine passe dans la mouvance de Tunis ; la dynastie des Banu Ammar se maintient indépendante de 1327 à 1401. Après l'occupation turque de Tripoli (1551), la piraterie d'État se développe sous l'impulsion de l'amiral turc Dragut. Pendant près de trois siècles, elle assure au pays l'essentiel de ses revenus et favorise l'émergence de la dynastie des Karamanli (Qaramanli) [1711-1835], qui se contentent de payer un tribut annuel au Sultan. En 1835, les Turcs rétablissent leur autorité dans les provinces libyennes, sauf dans une partie de la Cyrénaïque, où s'installe la confrérie des Senousis. La reconquête ottomane demeure largement formelle et intervient au moment où se développe le puissant mouvement senousi. En 1911, l'Italie déclare la guerre à la Turquie et occupe la Libye, se heurtant à une très vive résistance des tribus arabes.
Pendant la Première Guerre mondiale, l'Italie doit limiter son occupation à quelques points de la côte méditerranéenne. En 1919 et en 1920, les Italiens négocient un accord avec les Senousis ; mais, dès 1922, ils doivent lutter contre une révolte générale. Sous la direction du sénateur Volpi, du général De Bono et du maréchal Badoglio, la lutte se poursuit jusqu'en 1931. Les Italiens créent ensuite de nombreux centres de colonisation à proximité de la côte et intègrent la Libye au territoire national italien en 1939. Après la campagne de Libye (1940-1943), la France et l'Angleterre administrent le pays.
Par le traité de paix de Paris du 10 février 1947, l'Italie renonce à ses droits, puis l'O.N.U. décide, en 1949, d'accorder l'indépendance à la Libye, au plus tard en 1952. Une Assemblée nationale réunie en 1950 proclame roi Muhammad Idris al-Sanusi, émir de Cyrénaïque, et promulgue une Constitution instaurant une monarchie héréditaire dans le cadre d'un État fédéral (7 octobre 1951). La Libye est déclarée indépendante le 24 écembre 1951. En mars 1953, elle devient membre de la Ligue arabe. L'Angleterre reçoit en location plusieurs bases stratégiques, des aérodromes et le droit de maintenir des troupes dans le pays (1953). Les États-Unis édifient près de Tripoli la base de Wheelus Field, l'une des pièces maîtresses de la stratégie américaine en Méditerranée et au Moyen-Orient.
En 1963, une réforme constitutionnelle fait de la Libye un État unitaire, les trois provinces autonomes de Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan laissant la place à dix provinces. À l'extérieur, le royaume se range dans le camp des États arabes modérés.
Le développement de la production pétrolière s'accompagne d'accords de 1965 avec les grandes compagnies. L'accord de 1965 avec Londres, confirmé en 1967, qui prévoit l'évacuation des troupes britanniques, marque l'affirmation du nationalisme libyen. En août 1967, un accord avec les États-Unis en vue de l'évacuation de la base de Wheelus Field confirme cette orientation.
Le 1er septembre 1969 un groupe d'officiers pro-nassériens, dirigés par le colonel Muammar al-Kadhafi, renverse Idris Ier. En quelques semaines, le nouveau « guide de la révolution », âgé de 28 ans, décrète la prise de contrôle de 51 % du capital des banques étrangères, promulgue une Constitution provisoire et lance la première de ses multiples tentatives d'union arabe. En quelques mois, il négocie l'évacuation des troupes britanniques et américaines, la nationalisation des biens italiens, prend le contrôle des sociétés pétrolières et fait relever les prix du brut. Il crée aussi des institutions calquées sur le modèle nassérien de parti unique.
Parallèlement aux tentatives, avortées, d'unions arabes avec l'Égypte et la Syrie (janvier 1972), avec la Tunisie (janvier 1974), puis de nouveau avec la Syrie (septembre 1980), le colonel Kadhafi lance, à partir d'avril 1973, une « révolution culturelle » afin de modifier profondément les structures sociétales, politiques et religieuses de son pays. Ainsi, les premiers comités populaires sont organisés sur la base des cellules du parti unique, l'Union socialiste arabe (U.S.A.), fermement canalisée par le Conseil du commandement de la révolution, dans l'optique d'une démocratie directe, exposée dans les deux premiers volumes du « Livre vert » publiés par Kadhafi en 1976-1978. Le Congrès général du peuple (Parlement) est constitué et, le 2 mars 1977, une Djamahiriyya (République) arabe libyenne populaire et socialiste, décrétée « État des masses », est proclamée, après l'abrogation de la Constitution de 1969, à laquelle se substitue une « Charte du pouvoir populaire ». Cette idéologie est économiquement autogestionnaire : le petit commerce est supprimé, la propriété immobilière est limitée, les professions libérales, le secteur privé et le salariat disparaissent. Au plan religieux, le corpus des hadith du Prophète est rejeté au bénéfice du seul Coran et de la seule charia. Le statut de la femme est modifié, la polygamie interdite. Cette révolution étroitement contrôlée (les comités populaires sont doublés de comités révolutionnaires) se heurte à de nombreuses réticences (tentative de coup d'État militaire en août 1975), que le régime s'efforce de faire taire : répression du mouvement étudiant en avril 1977, procès contre les dirigeants de l'ex-secteur privé en avril 1980, élimination des opposants en exil, regroupés dans un Front national de sauvegarde à Khartoum en 1981 puis dans un Front national pour le salut de la Libye en janvier 1992 à Londres.
Parallèlement à cette révolution interne, Kadhafi adopte, sur le plan extérieur, la théorie de la révolution mondiale. Hostile à tout accord avec Israël (dès 1973, un avion libyen est abattu par la chasse israélienne au-dessus du Sinaï), le colonel Kadhafi se lance, à partir de 1975, dans une politique d'armement (achats d'armes à l'U.R.S.S. et à la France), à laquelle il consacre 23 milliards de dollars en vingt ans. Après les heurts frontaliers avec l'Égypte (juillet-décembre 1977), l'affaire du golfe de Gabès (1970-1982) et de Gafsa (janvier 1980) avec la Tunisie, et le saccage des ambassades françaises et américaines à Tripoli (1979), la Libye intervient dans tous les conflits (notamment en 1979 en Ouganda, puis au Soudan) et soutient tous les mouvements d'opposition armée en Afrique, au Proche-Orient et même en Europe (IRA irlandaise et E.T.A. basque, notamment). Ces engagements lui valent, à partir de 1981 (retrait de la compagnie Exxon) et surtout de 1986, l'opposition virulente des États-Unis, qui classent la Libye parmi les États soutenant le terrorisme international.
La politique africaine de Kadhafi ne donne pas de meilleurs résultats. En 1973, sur la base d'un litige colonial, la Libye envahit la bande d'Aozou, à sa frontière avec le Tchad. Le soutien actif de la Libye à des factions tchadiennes, le retrait français du Tchad en 1980, les projets d'union des deux pays en 1981 provoquent un conflit (juin 1983-mars 1987) qui aboutit à la déroute des armées libyennes et à un cessez-le-feu en septembre 1987. La bande d'Aozou ne sera replacée sous l'autorité tchadienne, par décision de la Cour internationale de justice de La Haye, qu'en 1994.
La fin des années 1980 est donc un tournant difficile : la chute des cours du pétrole provoque une crise économique et financière (chute de 60 % des recettes pétrolières entre 1980 et 1988), une baisse de la production, la désorganisation de l'économie, tandis que l'aggravation des frustrations sociales constitue un terrain propice à la montée de l'islamisme. La tension se développe, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur : tentative d'assassinat du colonel Kadhafi (8 mai 1984), rupture des relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne, rapports tendus avec la Tunisie et l'Égypte (expulsion de 100 000 ressortissants de ces pays en septembre 1985), raid américain de représailles contre Tripoli et Benghazi, le 17 avril 1986, différend avec les Occidentaux lié à la construction d'une puissante usine d'armes chimiques à Rabta (1988), gel des avoirs libyens aux États-Unis et menace d'intervention militaire américaine, obstacles mis aux investissements libyens en Europe et en Asie, blocage des transactions commerciales, émeutes en janvier-mars 1989 (1 500 arrestations) et nouvelle tentative d'attentat islamiste en mai 1989.
Kadhafi, dont le pouvoir personnel s'est accentué, opte alors pour le pragmatisme économique et prône la libéralisation politique. En mars 1987, le petit commerce, les entreprises familiales, les services, les coopératives sont encouragés, les monopoles étatiques supprimés dans l'industrie et l'import-export, et le salariat autorisé, même si les salaires du secteur public sont bloqués. Parallèlement, l'armée est réorganisée, des prisonniers sont libérés, et les frontières sont rouvertes avec la Tunisie et l'Égypte.
L'effondrement du bloc socialiste prive la Libye de ses partenaires et l'oblige à améliorer ses relations avec l'Occident, avec les pays arabes modérés (fin du soutien au groupe palestinien d'Abou Nidal en octobre 1989), et avec le Maghreb : rapprochement avec le Maroc (entre 1984 et 1986), puis avec l'Algérie et la Tunisie (1987-1989), adhésion à l'Union du Maghreb arabe (U.M.A.) en février 1989. Pour lutter contre son opposition islamiste, désormais dominante, Kadhafi crée en septembre 1989 un directoire de la révolution islamique mondiale.
Mais Tripoli ne va pas pouvoir jouir longtemps de cette relative accalmie, ni de l'amélioration de la situation intérieure (liée aux mesures d'austérité, de libéralisation, de privatisations, et de remise en ordre de l'économie), qui lui permet toutefois d'entreprendre une nouvelle lutte idéologique (en particulier contre la corruption et le gaspillage).
Entre septembre et décembre 1991, Paris, Londres et Washington mettent en cause l'État libyen dans les attentats aériens contre un avion de la Pan Am, le 21 décembre 1988 au-dessus de Lockerbie, en Écosse (270 morts) et contre un DC-10 de l'U.T.A., détruit le 19 septembre 1989 dans le désert du Ténéré (170 morts). Tripoli doit désormais faire face à un isolement diplomatique croissant. Tandis que les Occidentaux et 30 000 ressortissants de l'ex-Union soviétique quittent le pays, la Libye réduit ses ambassades, retire ses avoirs en Europe et fait front aux attaques juridiques menées en Italie et en Allemagne contre tous ceux qui sont poursuivis pour avoir traité avec elle. Le pouvoir alterne manifestations populaires (attaques des comités contre les ambassades), missions diplomatiques et condamnation du terrorisme (le soutien aux mouvements d'opposition est abandonné en juillet 1992). En gage de bonne volonté, Tripoli accepte de révéler à Londres la nature et les modalités de son soutien à l'IRA. Elle en appelle à la Cour internationale de justice de La Haye (mars 1992), et propose maintes solutions juridiques, toutes rejetées.
Le 31 mars 1992, un embargo aérien et militaire est décrété par le Conseil de sécurité de l'O.N.U. contre la Libye : entré en vigueur le 15 avril, il est renouvelé tous les quatre mois et est aggravé en novembre 1993 avec le gel des avoirs financiers libyens à l'extérieur (quelque 21 milliards de dollars), avant d'être étendu aux biens d'équipement pétroliers.
Dès lors, toute la politique libyenne est conditionnée par cet embargo, que le pays surmonte avec l'aide de la Tunisie et de l'Égypte, ainsi que de Malte (au plan maritime), avec lesquels de nombreux accords de coopération sont conclus. Les compagnies étrangères (dont certaines sont américaines) poursuivent quant à elles leurs activités en Libye, malgré les pressions de plus en plus fortes des États-Unis. Dans ce contexte, la guerre du Golfe (août 1990-février 1991) passe quasi inaperçue, la Libye faisant preuve, vis-à-vis de ce conflit, d'une relative retenue.
Ces années de crise sont marquées par des phases d'extrême tension, notamment lorsque Kadhafi remet en cause la politique d'unité arabe, débaptise la Djamahiriyya, qui d'arabe redevient libyenne, et lorsqu'en 1994, puis en 1997, il en appelle aux masses arabes par-delà leurs gouvernements, dont il admet mal qu'ils observent eux aussi l'embargo. Les frontières vont même être à nouveau fermées avec la Tunisie et l'Égypte en janvier 1993. Mais l'épisode le plus dramatique se produit entre 1993 et 1995 avec les expulsions de travailleurs étrangers décrétés « fardeaux économiques » : 10 000 Thaïlandais, 10 000 Égyptiens et Tunisiens, puis quelque 20 000 des 30 000 Palestiniens (également dans le but de combattre les accords d'Oslo) sont expulsés. Enfin, en octobre 1995, plus de 350 000 Africains, notamment Soudanais, Tchadiens et Maliens, quittent la Libye. Moments dramatiques, également, que les pèlerinages annuels à La Mecque auxquels les Libyens ne veulent pas renoncer et qui les amènent à des violations répétées de l'embargo aérien à partir d'avril 1995.
Dans ce contexte difficile, la diplomatie libyenne se révèle cependant assez habile pour gagner à sa cause la Ligue arabe (qui décrète une levée partielle de l'embargo en septembre 1997), les pays africains (son intense activité diplomatique à leur égard aboutit à la création, en septembre 1997, de la Communauté des États sahélo-sahariens (COMESSA), regroupant une dizaine de pays et l'Organisation de l'unité africaine (O.U.A.) décide une levée partielle de l'embargo décrété par l'O.N.U. à partir de juin 1998), de nombreux pays asiatiques (Chine, Iran, Corée, qui bénéficient de gros contrats), la Russie et même les pays européens, qui montrent une impatience croissante devant les pressions américaines et dont les compagnies, dès 1996, reprennent le chemin de Tripoli. Des contacts sont noués avec Paris en 1997-1998 et des accords sont signés au niveau étatique au printemps 1998 avec l'Italie et l'Allemagne. De même, la Libye voit, en février 1998, sa position confortée par la Cour internationale de justice de La Haye qui tranche en sa faveur dans l'affaire de Lockerbie, estimant qu'effectivement la convention de Montréal sur la sécurité aérienne n'enjoint pas à ses membres d'extrader leurs ressortissants. Si bien que la Libye se sent désormais assez forte pour annoncer qu'elle ne respectera plus l'embargo et que Washington et Londres finissent, en août 1998, par se ranger à la proposition libyenne de 1992, consistant à faire juger les deux suspects libyens de Lockerbie à La Haye.
En avril 1999, au terme de longues négociations – et grâce à la médiation de l'Afrique du Sud et de l'Arabie saoudite –, la Libye remet les deux suspects à la justice écossaise aux Pays-Bas. Le Conseil de sécurité de l'O.N.U. suspend aussitôt l'embargo aérien, sur les armes, les équipements pétroliers ainsi que le gel des avoirs financiers, mettant fin à dix années d'isolement international. Deux semaines plus tard, l'Union européenne fait de même, excepté pour l'embargo sur les exportations d'armes. Ces décisions amorcent le retour progressif de la Libye sur la scène internationale. Après avoir poussé à la création de l'Union africaine (U.A.), dont l'acte constitutif est adopté en 2001 et qui remplace l'O.U.A., la Libye accède à la présidence de la Commission des droits de l'homme de l'O.N.U. grâce au soutien des États africains en janvier 2003. Le 12 septembre 2003, à la suite de l'accord conclu le 13 août avec la Grande-Bretagne et les États-Unis au terme duquel la Libye accepte d'indemniser les familles des victimes de l'attentat de Lockerbie et reconnaît sa responsabilité dans l'attentat, l'O.N.U. vote la levée des sanctions imposées à Tripoli depuis 1992 (résolution 1506 adoptée par 13 membres du Conseil de sécurité sur 15, la France et les États-Unis s'abstenant). Le 19 décembre 2003, au terme de neuf mois de négociations secrètes avec les États-Unis et la Grande-Bretagne, la Libye s'engage à démanteler, sous contrôle international, ses programmes d'armes chimiques, biologiques et nucléaires. En 2004, elle ratifie le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE) et signe le Protocole additionnel au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (T.N.P.). La même année, en janvier, un accord définitif intervient entre la Libye et la France, prévoyant de réévaluer l'indemnisation versée en 1999 aux familles des victimes de l'attentat du DC-10 d'U.T.A. En avril, les États-Unis lèvent leurs sanctions envers la Libye et, dans la foulée de la visite officielle du colonel Kadhafi à Bruxelles, l'Union européenne lève ses sanctions économiques et son embargo sur les armes en octobre.
La normalisation des relations entre les États-Unis et la Libye intervient en mai 2006 avec l'ouverture d'une ambassade à Tripoli et le retrait de la Libye de la liste des États soutenant le terrorisme. En 2007, la Libye, devenue un partenaire sur la scène diplomatique, accueille une conférence internationale pour le règlement de la crise du Darfour en avril-mai et se résout, en juillet, à libérer les cinq infirmières bulgares et le médecin palestino-bulgare détenus depuis 1999. Après avoir participé au sommet U.E.-Afrique à Lisbonne, le colonel Kadhafi effectue une tournée européenne qui le mène en France et en Espagne et en Italie en décembre. En août 2008, un accord d'amitié et de coopération est signé à Benghazi avec l'Italie, l'ancienne puissance coloniale présentant ses excuses à la Libye et s'engageant à lui verser 3,4 milliards d'euros au titre de dédommagements. En septembre 2008, la rencontre à Tripoli de la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, avec M. Kadhafi, constituant la première visite en Libye d'un chef de la diplomatie américaine depuis 55 ans, puis la nomination d'un ambassadeur américain, parachèvent le retour de la Libye sur la scène internationale. Dans le même temps, la Libye siège à compter du 1er janvier 2008, pour deux ans, au Conseil de sécurité de l'O.N.U. En févier 2009, M. Kadhafi est élu à la présidence de l'Union africaine tandis qu'en juin, scellant l'accord historique signé avec l'Italie, il est reçu à Rome pour sa première visite officielle depuis 1969.
À l'intérieur, le régime poursuit la lutte idéologique et démontre ses capacités de résistance. Il ne se passe pas une année sans que n'aient lieu des tentatives d'assassinat du « guide de la révolution », d'insurrection militaire ou islamiste, et des troubles multiples. La réponse du régime est la fermeté. Ainsi 5 000 personnes sont arrêtées en juillet 1995. En 1996, 600 personnes sont tuées, dont 250 parmi des forces de l'ordre. En 1997, 1 217 personnes sont encore arrêtées. Amnesty International relève des incarcérations sans jugement, des détentions illégales, le non-respect des conventions internationales sur les droits de l'homme. Les opposants sont toujours poursuivis en Grande-Bretagne, en Allemagne et même au Caire, ou un ancien ministre des Affaires étrangères est enlevé en novembre 1993. En juin 1998, les autorités libyennes démentent une nouvelle tentative d'assassinat de Kadhafi. Toutefois un assouplissement intérieur relatif accompagne la réhabilitation de la Libye au plan international, avec la libération en octobre 2002 de plus d'une centaine de prisonniers politiques. La politique de décentralisation, mise en œuvre en octobre 1992, se radicalise en 2000 avec la suppression d'un grand nombre de ministères, dont les prérogatives sont confiées aux cellules provinciales des comités populaires. En septembre 2008, le chef d'État libyen franchit une nouvelle étape sur la voie de la « démocratie directe » qu'il prône, en annonçant la suppression de toutes les administrations (à l'exception des ministères des Affaires étrangères, de la Défense, de la Sécurité et de la Justice). Il entend ainsi lutter contre la corruption en donnant « directement l'argent aux gens pour gérer leurs affaires eux-mêmes ».
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