
Chef de l'État : Moncef Barzouki
Chef du gouvernement : Hamadi Jebali
Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
Constitution :
Entrée en vigueur : 1er juin 1959
Révision : décembre 1969, mars 1975, avril 1976, juin 1981, juillet 1988, juillet 1999, juin 2002
Exécutif
Chef de l'État : président de la RépubliqueLégislatif
Le Parlement se compose de la Chambre des députés et de la Chambre des conseillers.La Tunisie est le plus oriental des trois pays du Maghreb. Les trois quarts du territoire sont empreints d'aridité (le Sud, qui reçoit moins de 100 mm d'eau) ou de semi-aridité (le Centre). Seul le quart septentrional est plus arrosé, surtout les montagnes proches de la mer, sur lesquelles tombent entre 500 et 1 500 mm de pluies par an. Le climat est de type méditerranéen, caractérisé par l'alternance entre une saison sèche et chaude, l'été, et une saison fraîche et humide : les pluies arrivent en septembre et cessent en juin. L'éloignement de la Méditerranée accentue les rigueurs de l'hiver, tandis que, du nord vers le sud et de l'ouest vers l'est, s'accroît l'aridité. En outre, les chaînes telliennes qui se rejoignent en Tunisie forment un réseau complexe de reliefs fragmentés et contrastés où s'opposent des plaines aux surfaces réduites, des bassins intérieurs et des « djebels » (montagnes) rarement très étendus, mais presque toujours très élevés.
Ce régime climatique influe sur celui des eaux ; en zone tellienne, la plus arrosée, les cours d'eau ont des crues, parfois dévastatrices en saison humide, surtout en automne, et sont à sec, ou presque, en été. Au centre du pays, les eaux de surface atteignent très rarement la mer : c'est le domaine de l'endoréisme. Au sud, c'est celui de l'aréisme : l'écoulement superficiel est exceptionnel ; toutefois, dans le Djérid, la pauvreté des eaux de surface est compensée par la relative richesse du sous-sol en nappes captives qui alimentent les oasis et les chotts.
Autour de Tunis, jusqu'à la péninsule du cap Bon, la plaine côtière forme une riche région agricole – vergers et vignobles (précipitations annuelles moyennes de 400 mm) – dont la production est exportée par le port de La Goulette.
Région de plaines et de collines, la Tunisie littorale, ou Sahel, s'étend depuis la péninsule du cap Bon jusqu'au Sahel de Sfax. L'ensoleillement et des précipitations modérées (500 mm) font de cette région une riche région agricole (oliveraies). Résultant d'une submersion récente, la côte, basse à partir du cap Bon, se caractérise localement par la présence de tombolos (Monastir, Teboulba) et de lagunes saumâtres, logées au pied de dunes fossiles quaternaires (Hergla, Moknine, Zarzis), isolées par de belles plages.
À Gabès, au sud de Sfax, le total annuel des précipitations n'est plus que de 172 mm, pour une température moyenne annuelle de 19,5 °C, avec un maxima de 28 °C en août.
Au nord de la vallée de la Medjerda, la Tunisie humide des Mogods et de la Kroumirie (djabal al-Khmir) élève à 700-900 m d'altitude des montagnes aux plissements complexes de flysch gréseux et marneux, qu'entaillent les ravinements d'une érosion très active. Les précipitations annuelles atteignent 900 mm ; en hiver, les températures descendent jusqu'à – 5 °C. Couverte de forêts et de maquis de chênes-lièges et de chênes zéens, cette région, d'accès difficile, est peu peuplée. Isolé de l'intérieur, le littoral du nord de la Tunisie n'a pas fixé les activités portuaires, sauf à Tabarka, très modeste ville proche de la frontière algérienne.
Au centre, le sillon de la Medjerda et de ses annexes introduit un chapelet de plaines plus fertiles au cœur de la Tunisie. Sous un climat encore assez humide, l'agriculture dispose de terres noires, les plus fertiles de la Tunisie, pour les cultures de blé et d'orge, de riches parcours pour les ovins et les bovins, de quelques terroirs favorables à la vigne ou à l'olivier. La ville de Béja était déjà un marché du blé important au temps de l'occupation romaine. Ce sillon, en fait assez discontinu, prolonge dans l'intérieur les qualités de la Tunisie maritime. Les petites villes animées par les souks y sont nombreuses au contact de populations très diversifiées. Le passage de la voie ferrée et de la route vers l'Algérie souligne encore l'intérêt de cette situation.
Plus au sud, le haut Tell et la Dorsale opposent au contraire à la mise en valeur un relief plus âpre et un climat plus rude. La Dorsale, constituée par les monts de Tébessa, s'étire depuis la frontière algérienne jusqu'au cap Bon. Elle aligne du sud-ouest vers le nord-est des dômes alternant avec des cuvettes, dépressions d'érosion dans les marnes et les argiles ou de subsidence remplies de dépôts quaternaires. Ces reliefs sont dominés par une série de chaînons calcaires aux altitudes absolues assez réduites, mais aux dénivellations très vigoureuses : le djebel Zaghouan (1 295 m), le djebel Serdj, le djebel Bargou et le djebel Chambi (1 544 m), point culminant de la Tunisie. L'altitude moyenne est de 700 m. La forêt claire de chênes verts et de pins d'Alep en couvre la partie occidentale, alors que le lentisque, associé souvent au chêne kermès, en couvre la partie orientale. Le climat oppose les rudesses combinées d'un hiver froid et pluvieux et d'un été chaud et très sec. Aussi la colonisation n'a-t-elle pénétré que très marginalement dans ce monde difficile, où des nomades sédentarisés pratiquent une agriculture extensive sur la base « blé dur-orge-moutons », tandis que quelques vieux villages de sédentaires perchés dans des replis montagnards perpétuent une arboriculture un peu plus intensive. Toutefois, une série de barrages, construits dans les années 1980, régularisent les crues et permettent l'irrigation.
Au sud de la Dorsale, les horizons s'élargissent en de vastes plateaux qui se prolongent jusqu'à la mer. Les densités de population diminuent encore. Les forêts et les buissons de pins d'Alep et de chênes verts disparaissent complètement, laissant place au tapis ras de la steppe à alfa. Sous les rudes conditions de l'aridité, c'est déjà le Sud. À Gafsa, à 314 m d'altitude, le total annuel des précipitations n'est plus que de 152 mm et la température moyenne annuelle s'élève à 19,4 °C, pour des moyennes de 30 °C en juillet et août.
Immédiatement au sud de cette région, commence la zone désertique. Celle-ci est formée d'abord par la large dépression des chotts el-Gharsa (– 23 m), el-Djérid et el-Fedjedji (– 16 m), où se développent des steppes à salsolacées. Au sud, le désert est partagé entre des hamadas (djebel Nefzaoua, dont le revers descend doucement vers le Sahara), des regs et l'extrémité du Grand Erg oriental, à l'extrême sud. Elle se relève vers le sud-est, où le plateau du Dahar atteint une altitude qui varie entre 608 m et 715 m ; ce plateau s'achève à l'est par une cuesta dont le front domine la plaine côtière de la Djeffara. Dans les secteurs ensablés dominent les plantes psammophytes. Dans les oasis, on pratique une arboriculture souvent intensive. Les curieux villages enterrés du massif des Matmata, les palmeraies de Tozeur et de Nefta, au nord du chotts el-Djérid, et de l'île de Djerba ont misé sur le tourisme.
Les lions – prisés dans l'Antiquité par les Romains pour les jeux du cirque – les léopards, les ours, les éléphants et les autruches ont disparu depuis longtemps. On rencontre cependant encore nombre de représentants de la faune sauvage : sangliers, fennecs, gazelles, antilopes, renards, mangoustes, mouflons, porcs-épics, gerboises et une multitude de batraciens et de reptiles. Située sur le parcours d'oiseaux migrateurs, notamment des flamants, la Tunisie est particulièrement riche sur le plan ornithologique (aigles, éperviers, faucons, busards, vautours...).
En raison de ses avancées sociales (7 % seulement de la population vivent au-dessous du seuil de pauvreté) et juridiques (réforme du statut de la femme de 1956 à 1993), la Tunisie affirme avoir maîtrisé sa croissance démographique. Instaurée dès 1966, la planification familiale a véritablement pris effet dans les années 1970, et le taux d'accroissement naturel a été fortement réduit, passant de 2,5 % à 1,8 % par an au cours de la décennie suivante. La natalité, cependant, était restée forte (32 ‰ en 1984), avant de diminuer aujourd'hui (17 ‰ en 2007), si bien que la population a plus que doublé depuis l'indépendance (on comptait 4 millions d'habitants en 1956 et plus de 10 millions en 2009). Les moins de 15 ans représentent encore le quart de la population totale. Les chiffres de l'enseignement et de l'alphabétisation révélaient, en 2003, un taux de scolarisation supérieur à 110 % pour le primaire, et qui atteignait 78 % pour le secondaire et 27 % dans le supérieur. L'analphabétisme, contre lequel une nouvelle lutte a été engagée en 1993-1994, ne concerne plus que le quart des plus de 15 ans.
La population tunisienne est très homogène (elle ne compte que très peu de Berbères) et fortement arabisée. Elle est principalement concentrée sur les côtes : Tunis et sa banlieue abritent le cinquième de la population urbaine (les deux tiers des Tunisiens vivent en milieu urbain). Les autres grandes villes sont Sfax, centre industriel (chimie, agroalimentaire) spécialisé dans la transformation et l'exportation des phosphates, ainsi que dans la pêche (conserveries) ; Kairouan, centre culturel ; Monastir, centre universitaire ; Bizerte (raffinage pétrolier) ; Gabès (pétrochimie) ; et Nabeul (artisanat).
Le chômage touche le quart de la population active. Les femmes représentent le tiers des 3,5 millions d'actifs que compte le pays : elles sont surtout employées dans l'administration, les services et l'industrie textile. L'émigration vers l'Europe, spécialement vers la France et l'Italie, bien que stoppée officiellement depuis le début des années 1970 en raison de la fermeture des frontières européennes, se poursuit de manière clandestine.
Le régime de Zine el-Abidine Ben Ali s'est attaqué, depuis 1995, à la pauvreté : création d'un fonds national de solidarité et d'une banque pour les microcrédits, programmes de développement rural et urbain intégrés, en association avec l'aide internationale, création d'un fonds social de la zakat (aumône religieuse), projets sociaux présidentiels pour les zones et quartiers déshérités, afin de réduire les hiatus sociaux.
L'expérience collectiviste des débuts de l'ère Bourguiba (1957-1987), ponctuée de troubles sociaux et de tensions diplomatiques avec la récupération et l'organisation en coopératives de 800 000 hectares de terres coloniales, l'étatisation de sociétés privées et la création de grandes sociétés publiques – qui avaient engendré des rapports tendus avec la France –, et une dévaluation du dinar en septembre 1964, a été rapidement oubliée. Dès 1969, la page a été tournée (les terres ont été reprivatisées ou vendues par l'État), et, en avril 1972, la promulgation d'un code d'investissements très libéral a augmenté les investissements étrangers et favorisé l'installation d'une industrie de sous-traitance et de transformation (textile, agroalimentaire). L'industrie a donc rapidement pris le pas sur une agriculture soumise aux aléas climatiques d'un pays semi-aride.
À partir de 1986, en dépit des troubles sociaux nés d'une transition difficile (fort endettement, inflation annuelle allant jusqu'à 20 %, productivité faible), la croissance économique a néanmoins atteint 3 % par an et les exportations de produits manufacturés ont fortement augmenté. Le secteur tertiaire est devenu prépondérant (40 % des actifs) grâce, notamment, au tourisme, principal pourvoyeur de devises. Cette activité, en constante expansion – sauf pendant la guerre du Golfe en 1990-1991 – a permis au pays de franchir sans trop de difficultés l'épreuve délicate d'un premier ajustement structurel : dévaluation en 1986, aménagement de la fiscalité, restructuration du secteur bancaire et minier, libéralisation progressive de l'économie, respect des équilibres budgétaires. La Tunisie, soutenue par le Fonds monétaire international (F.M.I.) et la Banque mondiale, a également bénéficié d'une aide importante fournie par l'Europe, surtout la France (aide annuelle d'un milliard de francs), l'Espagne et l'Italie. En dépit des aléas de la guerre du Golfe, qui a stoppé les importants investissements koweïtiens et saoudiens et provoqué le retour d'émigrés tunisiens du Proche-Orient, ce petit pays est considéré comme une plate-forme active au sein du Maghreb, de l'Afrique et du reste du monde arabe, avec lesquels il développe constamment ses relations. Cependant, le sous-emploi demeure important et touche notamment les diplômés.
Le phosphate, l'une des principales richesses minières du pays, est extrait dans la région de Gafsa (Metlaoui, Moularès, Redeyef). Le minerai est transformé en engrais ou acheminé vers Gabès et La Skhirra, où il est traité et exporté par voie maritime. Avec une production annuelle de 8 millions de tonnes, la Tunisie se place au cinquième rang mondial. Toutefois, la part de ce minerai dans les exportations reste inférieure à celle du pétrole ; l'or noir (plus de 3 millions de tonnes par an) provient des gisements d'El-Borma, à l'extrême sud, des environs de Sfax, de la Dorsale et, pour la production offshore, du golfe de Syrte. Son exploitation a généré la construction de raffineries et de complexes pétrochimiques. La Tunisie doit cependant importer les quatre cinquièmes de se consommation, faute de capacités de raffinage suffisantes. Le sous-sol tunisien est en outre bien doté en gaz naturel (2,2 milliards de m3 pour des réserves de 88 milliards de m3, ce qui le rend autosuffisant), fer, plomb, zinc et mercure. Le spath fluor, traité à Gabès, est également destiné à l'exportation. La Tunisie livre aussi passage au gazoduc qui transporte le gaz algérien vers l'Italie.
Le secteur agricole emploie environ 20 % des actifs mais contribue pour 10 % au produit intérieur brut. L'agriculture est concentrée dans le Nord et sur le littoral, les régions de plus grande pluviosité. Elle juxtapose un secteur moderne, en partie irrigué (blé, betterave à sucre, fourrage, agrumes, primeurs, élevage bovin), et un secteur traditionnel (céréales, vigne, oliviers [la Tunisie est le cinquième producteur mondial d'olives], arbres fruitiers, élevage ovin et caprin). Le Sud est le domaine de l'élevage nomade des ovins, en dehors des oasis, qui fournissent des dattes. Cependant, la Tunisie ne satisfait plus ses besoins alimentaires et doit recourir aux importations.
Handicapée par l'étroitesse du marché national, l'industrie tunisienne n'a, pour l'instant, bénéficié que d'une expansion limitée. La pêche et l'industrie (excepté l'extraction des phosphates et du pétrole, et le textile) jouent un rôle secondaire. Les entreprises de grande taille sont rares ; si l'on excepte les raffineries de Bizerte et de Gabès, les usines traitant le phosphate (Mdilla, Gabès, Sfax), les cimenteries (Gabès, Djebel el-Ouost, Tunis, Bizerte), l'aciérie de Menzel-Bourguiba, les sucreries de Béja et de Bou Salem, ce sont les moyennes et les petites unités de production qui l'emportent. Les industries sont localisées pour plus de la moitié dans la région de Tunis. Le textile domine (28 % des exportations), suivis par les constructions électriques, le pétrole et ses dérivés, la construction, la mécanique (assemblage automobile), les industries du cuir. Les gisements de phosphates font du pays le cinquième producteur mondial. La hausse du prix du baril permet aux gisements de pétrole de devenir rentables. Les secteurs minier et industriel assurent 29 % du produit intérieur brut.
Les activités touristiques, deuxième source de devises après le pétrole, occupent une place importante dans l'économie. Le tourisme exploite surtout les possibilités offertes par un littoral ensoleillé et riches en sites archéologiques (comme à el-Djem) ou en villes pittoresques et bénéficie d'excellentes infrastructures hôtelières. Il s'adresse à une clientèle européenne, principalement française, allemande et scandinave. Le tourisme se répartit en cinq zones principales : le littoral nord-ouest, avec Tabarka, le littoral de Carthage et de Sidi-Bou-Saïd, à quelques kilomètre de Tunis ; le golfe d'Hammamet, avec Nabeul ; les stations du Sahel, particulièrement Sousse et Monastir ; le Sud, avec Djerba et les échappées sahariennes des Matmata, de Tozeur, de Nefta, de Kebili et de Douz. Développé à partir des années 1960, il n'a cessé de progresser : de 105 000 en 1963, le nombre de visiteurs est passé à 2,1 millions en 1981, à 3,5 millions en 1992 et à 7 millions en 2008. La recette annuelle constitue 9 % du produit national brut.
Les activités sont largement ouvertes aux échanges internationaux, notamment en direction de l'Union européenne, qui représente les deux tiers des échanges et les deux tiers des investissements. Les exportations vers l'Union ont été multiplié par quatre entre 1995 et 2007. Le secteur des industries électriques et mécaniques est désormais le premier poste d'exportation. La France reste le principal partenaire de la Tunisie, premier client (30 % du total des exportations tunisiennes, devant l'Italie) et premier fournisseur, avec environ 20 % de part de marché.
La Tunisie a intégré la zone de libre-échange pour les produits industriels avec l'Union européenne le 1er janvier 2008, ce qui a entraîné le démantèlement de ses tarifs douaniers avec l'Union européenne sur ces produits.
Voir l'article spécialisé Histoire de la Tunisie.
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