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Égypte

Égypte

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Carton de situation

Égypte
en arabe Miṣr
Nom officiel : République arabe d'Égypte

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à l'Afrique et du DOSSIER consacré à l'Égypte ancienne.

État d'Afrique du Nord-Est baigné au nord par la Méditerranée, à l'est par la mer Rouge (notamment par le golfe de Suez et celui d'Aqaba), l'Égypte est limitée au nord-est par Israël, au sud par le Soudan et à l'ouest par la Libye.

Superficie : 1 000 000 km2
Nombre d'habitants : 82 999 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Égyptiens
Capitale : Le Caire
Langue : arabe
Monnaie : livre égyptienne

Chef de l'État : Hosni Moubarak

Chef du gouvernement : Ahmed Nazif

Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel

Constitution :

 Adoption : 11 septembre 1971

 Révision : avril 1980

Institutions

Exécutif

Chef de l'État : président de la République

Chef du gouvernement : Président du Conseil des ministres

Législatif

 Assemblée du peuple

GÉOGRAPHIE

Le climat et les déserts

L'Égypte est pratiquement tout entière dans la zone tropicale aride. La frange méridionale extrême du climat méditerranéen, à pluies d'hiver, n'intéresse qu'une bordure littorale très réduite ; les précipitations s'élèvent, en moyenne, à 50 mm dès le cœur du Delta, à 1 mm seulement à Assouan, cependant que la chaleur augmente vers le sud (moyenne annuelle : 20,7 °C à Alexandrie, 25,8 °C à Assouan).

   Aussi la plus grande partie du pays est-elle constituée de déserts. L'ensemble fait partie du vieux socle cristallin africain, portant une couverture sédimentaire de grès nubiens (mésozoïque continental) surmontés de crétacé (surtout calcaire) et de nummulitique plus ou moins relevé et cassé. Le Sinaï est ainsi un horst, isolé entre les fossés tectoniques de Suez et de Aqaba, fortement relevé vers le sud (2 637 m) et plongeant au nord sous des plateaux sédimentaires modelés en gigantesques cuestas. Le désert oriental (ou arabique), à l'est du Nil, est un fragment de socle relevé (2 180 m ; on parle parfois de chaîne arabique) vers le bombement effondré de la mer Rouge. Il porte un réseau hydrographique régulièrement hiérarchisé, où des pluies (entre 10 et 20 mm par an) permettent un écoulement temporaire. Il a été dans l'Antiquité une grande région minière (or, porphyre). Des couvents chrétiens y voisinent encore avec quelques nomades. Le désert occidental (ou libyque), à l'ouest du Nil, composé de plateaux plus bas et sans écoulement, serait à peu près totalement vide d'hommes sans l'existence de quelques profondes dépressions, dont les plus septentrionales sont au-dessous du niveau de la mer, au fond desquelles affleurent des lignes de sources (correspondant à une nappe souterraine, en partie fossile, descendant du Tibesti vers la Méditerranée). Celles-ci nourrissent des oasis, prospères dans l'Antiquité avant d'être dévastées par les nomades arabes, qu'on s'efforce aujourd'hui de repeupler en y multipliant les forages de puits et qui comptent dès maintenant, en dehors même du Fayoum, plus de 100 000 habitants.

Le Nil et la vie rurale

La présence au sein de la zone désertique de l'énorme accumulation de population de l'Égypte est due exclusivement aux apports d'eau du Nil (débit moyen de 2500 m3/s, à Assouan), provenant des pluies intertropicales tombées sur les hautes terres de l'Éthiopie (surtout) et sur le plateau des lacs d'Afrique orientale. Bien qu'un écoulement vers le nord ait existé sur le socle africain, à l'ouest de la vallée actuelle, dès le début du cénozoïque, c'est seulement au pliocène que le cours égyptien actuel du Nil est fixé par une série de dislocations affectant la retombée occidentale de la chaîne arabique, le raccord des éléments éthiopiens et équatoriaux n'intervenant que beaucoup plus tard, au quaternaire (les minéraux en provenance du massif éthiopien n'apparaissent que dans la basse terrasse de 15 m d'altitude), à la suite de déversements dont le mécanisme exact nous échappe encore. La crue régulière du fleuve, dont le maximum atteint 8 500 m3/s de débit moyen entre le 20 août et le 20 septembre à Assouan, a permis depuis le IVe millénaire avant J.-C. sans doute, par la méthode de l'inondation dirigée (flot orienté vers des bassins [hod] découpés dans le lit majeur, où l'eau s'accumule derrière des diguettes et où on sème dans la boue liquide), des récoltes de céréales d'hiver (blé et orge) et de plantes fourragères (bersim ou trèfle d'Alexandrie, nourriture principale du gros bétail, composé surtout de buffles), qui constituent la culture chetoui, base traditionnelle de la subsistance. Sur les terres les plus hautes s'y ajoutent des cultures d'automne grâce à une irrigation par des machines élévatrices, dont la gamme n'a cessé de se perfectionner tout au long de l'histoire égyptienne : simple seau manœuvré à la main ; chadouf (système à balancier et contrepoids) ; vis d'Archimède ; sakieh (roue à engrenage mue par la force animale) ; pompes à moteur. Dans les parties les plus creuses du fond des bassins, le forage de puits permettait également d'obtenir une courte récolte de printemps en atteignant la nappe phréatique (Nil souterrain), dont le rythme de montée est décalé d'environ trois mois (en Basse-Égypte) par rapport à celui du fleuve de surface. Ailleurs, une jachère pendant la période de basses eaux entraînait le fendillement de l'argile par dessiccation et assurait ainsi la pénétration des eaux et des limons lors de la crue suivante, entretenant la fertilité du sol. À ce système traditionnel d'utilisation des eaux correspondaient de gros villages groupés sur les bourrelets ripuaires ou les digues, organisés en exploitation communautaire, qui constituent encore la trame de l'habitat rural dans toute la Haute- et la Moyenne-Égypte, en amont du delta du fleuve.

   Mais, depuis le premier tiers du XIXe s., sous Méhémet-Ali, le développement des cultures commerciales et notamment du coton, conjugué avec l'accroissement de la population, a conduit à une nouvelle phase, celle de l'irrigation pérenne, obtenue d'abord par des barrages d'élévation relevant le niveau pendant les basses eaux : barrage de la pointe du Delta, construit après 1840 et plusieurs fois rehaussé ou reconstruit ; barrages d'Assiout, de Nag-Hamadi, d'Esnèh dans la vallée ; barrage de Zifta sur la branche de Damiette dans le Delta ; puis par des barrages-réservoirs capitalisant les eaux de la pointe de la crue. Le premier barrage d'Assouan (1902) avait déjà une capacité de 5,3 km3 ; le haut barrage d'Assouan enfin (Sadd al-Ali), mis en eau à partir de 1970, est une réalisation colossale d'une capacité de 130 km3 avec un lac de retenue de 60 000 km2, qui a augmenté déjà de plus de 200 000 ha la surface cultivable, la portant à un total voisin de 35 000 km2. La maîtrise des eaux s'est manifestée par un mouvement spectaculaire de conquête du sol, en particulier dans tout le centre et le nord du Delta, où de vastes étendues, encore sauvages au XIXe s., ont été mises en valeur. Elle s'est traduite également par de profondes transformations du régime foncier (cadastrage, développement d'une propriété privée du sol, et notamment d'une grande propriété ; en 1950, les propriétés de plus de 21 ha couvraient le tiers de la surface) et de l'habitat (constitution d'un habitat dispersé, primaire dans le Delta, intercalaire dans la vallée entre les vieux villages). Elle a entraîné enfin des modifications considérables de la production agricole. Les cultures commerciales sont devenues prépondérantes, essentiellement le coton, cultivé sur 700 000 ha, qui a été longtemps le seul véritable produit d'exportation, avec une production d'environ 400 000 t d'excellente qualité (surtout en Moyenne- et Basse-Égypte), puis la canne à sucre dans la Haute-Égypte. La hiérarchie des cultures vivrières s'est transformée : recul relatif du blé (dont l'Égypte est devenue grosse importatrice), progrès du riz (culture pionnière des terres neuves du nord du Delta, où il s'adapte bien aux sols salés), du maïs dans le cœur du Delta et la Moyenne-Égypte, du sorgho dans le Sud.

   La révolution agricole provoquée par l'irrigation pérenne, si elle a ouvert le pays au commerce international, n'a cependant pas été sans répercussions négatives, même s'il convient de les relativiser. La fertilité des sols, qui n'est plus entretenue par la jachère et par les limons de la crue, n'est conservée que grâce à des quantités croissantes d'engrais chimiques. La salinisation des terres a augmenté. L'équilibre biologique est dangereusement affecté par les cultures ininterrompues et les parasites prolifèrent. Le nombre des poissons diminue, du fait de la trop grande limpidité des eaux. Enfin, depuis que le Delta est privé des énormes apports d'alluvions que charriait jadis le fleuve, il est en proie à une active érosion marine.

   La réforme agraire, qui, en deux étapes (1952 et 1961), a démantelé les propriétés de plus de 42 ha, a redistribué environ 10 % du sol cultivable à 225 000 familles. Mais ce n'est qu'une faible proportion des millions de paysans sans terre. La redistribution égalitaire elle-même de tout le sol cultivable entre tous les paysans égyptiens ne permettrait pas de leur assurer un niveau de vie décent avec le système de culture actuel. Alors que l'expansion du sol cultivable a aujourd'hui atteint ses limites, la seule solution possible pour l'agriculture égyptienne, en face de la démographie galopante, serait l'orientation généralisée vers des cultures hautement valorisées, cultures maraîchères ou fruitières (jusqu'ici peu répandues et limitées au voisinage des grandes villes) et la transformation du pays en une gigantesque huerta.

L'agriculture

L'agriculture est entièrement tributaire du Nil et du réseau d'irrigation qui en dépend. Les surfaces arables ne représentent que 5 % de la superficie totale du pays. Les principales récoltes d'été sont le coton, le riz, le maïs et le sorgho ; les récoltes hivernales sont le blé (15 % des surfaces cultivables), les fèves et les légumes. Le riz est essentiellement cultivé dans le Delta. La culture du coton, qui occupe plus de 400 000 hectares, est également pratiquée dans le delta du Nil, mais aussi en Moyenne-Égypte et, dans une moindre mesure, dans le Sud, en raison de la chaleur excessive. Celle-ci, en revanche, favorise la culture de la canne à sucre. L'Égypte est autosuffisante en fruits et légumes, mais sa production de blé ne satisfait pas les besoins des Égyptiens qui sont parmi les plus gros consommateurs de farine au monde. Le pays, qui ne parvient à produire, au total, que la moitié de sa consommation, a donc recours aux importations (États-Unis, Canada, Union européenne) : le pays est le deuxième importateur mondial de blé, derrière le Brésil. À la fin des années 1970, le secteur agricole fournissait 60 % des recettes d'exportation ; en 1990, il n'en représentait plus que 10 %. Dans le même temps, la part de l'agriculture dans le produit intérieur brut (P.I.B.) passait de 30 % à moins de 20 %. Néanmoins, les travaux d'irrigation, la rotation des cultures et un usage intensif des pesticides et des engrais permettent à l'agriculture égyptienne d'atteindre des rendements élevés et de pratiquer les récoltes multiples. En 1952, l'une des premières mesures prises par les « officiers libres » a été d'instaurer une réforme agraire limitant la propriété foncière à 200 feddans (82 hectares) ; des réformes ultérieures ont assuré une redistribution effective des terres agricoles sans que la production ne souffre du morcellement des grandes propriétés.

Population et niveau de vie

Depuis les temps antiques, les Égyptiens se sont fixés tout au long du Nil, les ruraux aussi bien que les urbains. Les fellahs (paysans) vivent regroupés au sein de structures villageoises. L'extrême aridité des déserts a découragé le nomadisme. Le désert occidental, à l'ouest du Nil, est presque entièrement vide, à l'exception de l'oasis du Fayoum, à l'ouest du Caire. À l'est, la plupart des Bédouins du Sinaï étaient encore nomades ou semi-nomades à la veille de la guerre de 1967. Mais lorsque Israël, conformément au traité de paix de 1979, a restitué le Sinaï à l'Égypte, en 1982, ils s'étaient presque tous sédentarisés. Le dernier recensement, en 1996, montre que le taux de population urbaine s'est stabilisé : 43 % des Égyptiens vivent en milieu urbain (44 % lors du recensement de 1976).

   

La croissance démographique est telle que l'agriculture ne subvient plus aux besoins alimentaires de la population. L'Égypte ne pouvant offrir du travail à tous ses habitants, de nombreux Égyptiens s'expatrient pour trouver un emploi. Enseignants, ingénieurs ou employés, ils ont émigré vers la Libye, les monarchies et les émirats du Golfe et vers l'Iraq. En 1983, 3,28 millions d'Égyptiens travaillaient à l'étranger. Après l'invasion du Koweït par l'Iraq (août 1990), plusieurs centaines de milliers d'entre eux ont été contraints de quitter ces deux pays et de regagner l'Égypte, faisant monter le taux de chômage à plus de 20 % de la population active. Lors du recensement de 1996, les Égyptiens expatriés n'étaient plus que 2,18 millions.

   

Les autorités égyptiennes tentent de maîtriser la croissance démographique. Près de la moitié des foyers pratiquent la contraception, et, depuis le début des années 1990, le taux de fécondité s'est maintenu au-dessous de 4 enfants par femme. En dépit de cette évolution favorable, la pression démographique demeure trop élevée par rapport aux ressources nationales et pèse sur le niveau de vie des Égyptiens. Véritables pôles de croissance se distinguant nettement du reste de l'Égypte, les quatre gouvernorats urbains d'Alexandrie, du Caire, de Port-Saïd et de Suez concentrent les investissements, les activités économiques et les administrations ; le niveau de vie y est plus proche de celui des autres pays arabes que de celui des autres gouvernorats égyptiens. La contrepartie est un développement urbain anarchique au Caire et à Alexandrie. La capitale, qui comptait près de 300 000 habitants à la fin du XVIIIe s., constitue la plus grande ville d'Afrique.

Géographie économique

Les ressources minières alimentent une exportation importante. Aux productions traditionnelles (or de la chaîne arabique, manganèse du Sinaï occidental, phosphates des côtes de la mer Rouge) s'est ajouté récemment un élément décisif avec une production pétrolière en plein essor (gisements du Sinaï et du désert libyque). En dépit d'une main-d'œuvre nombreuse et peu coûteuse, l'industrie (notamment manufacturière) est peu développée, si l'on excepte le textile (traitant le coton, principale culture commerciale), l'agroalimentaire, une petite sidérurgie, les matériaux de construction et, surtout, l'extraction des hydrocarbures (35 % de la valeur des exportations), dont l'essor est récent. La main-d'œuvre qui ne trouve pas à s'employer localement continue de s'expatrier dans les autres contrées du Proche et Moyen-Orient, et envoie de l'argent au pays, ce qui constitue une puissante rentrée de devises pour l'État. Cette dernière est aussi essentielle que celle perçue par le passage des navires par le canal de Suez.

   S'appuyant sur son exceptionnel patrimoine historique et archéologique, l'Égypte a su devenir une destination touristique de choix (plus de 10 millions de visiteurs en 2007) et se préserver des récentes tensions géopolitiques régionales.

   L'Égypte peine toujours à s'affirmer parmi les pays émergents et à sortir du modèle de développement rentier. Le pays est très fortement endetté et l'économie reste très tributaire de l'aide internationale, américaine en premier lieu, bien que cette dernière soit en baisse sensible. Les investissements étrangers sont de plus en plus présents, non plus seulement dans les secteurs du pétrole et du gaz, mais aussi dans l'industrie et dans les services. Les États-Unis et la Chine sont les premiers partenaires commerciaux. L'absence de perspectives nouvelles explique la montée en puissance de l'économie informelle (estimée à 40 % du produit intérieur brut) et le nombre d'Égyptiens touchés par l'extrême pauvreté (17 % de la population).

HISTOIRE

L'époque archaïque

On divise généralement l'histoire égyptienne en périodes correspondant aux 30 dynasties royales recensées par Manéthon, chroniqueur égyptien du IIIe s. avant J.-C. La période antérieure à 3100 avant J.-C., pour laquelle on ne dispose d'aucun témoignage écrit, est dite prédynastique ; elle est maintenant beaucoup mieux connue grâce à l'archéologie.

La période prédynastique

À une époque nettement antérieure à 5000 avant J.-C., de nombreuses communautés de chasseurs-cueilleurs vivent sur les plateaux surplombant le Nil et dans les savanes qui s'étendent à l'est et à l'ouest. Quand la baisse des précipitations et celle, relative, des crues, en particulier après 4000, entraînent une désertification des terres occidentales, ces populations colonisent densément la vallée du Nil et ses abords immédiats. Néanmoins, la faune de ces plateaux, parmi laquelle des éléphants et des girafes, persiste jusqu'aux environs de 2300, avant de se replier définitivement vers le sud.

   La vallée du Nil, qui présente des bassins d'irrigation naturels retenant les eaux de crue, est un emplacement idéal pour passer de l'économie mésolithique dotée d'un embryon d'agriculture à une économie fondée sur une agriculture sédentaire accompagnée d'élevage.

   En Basse-Égypte, au sud du Delta, à Merimdeh et dans le Fayoum (5000-4000), les fouilles archéologiques montrent l'importance d'une société paysanne, dont les villages étaient construits en clayonnages de roseaux, et produisant une poterie monochrome parfois rehaussée de décors incisés ou appliqués.

L'avance prise par la Haute-Égypte

À la même période, en Haute-Égypte, le pouvoir paraît déjà beaucoup plus fort, centralisateur ; des phénomènes urbains apparaissent à Hiéraconpolis. Les trois époques successives de la culture de Nagada produisent une poterie très différente de celle du Nord – plus proche de celle de Khartoum, plus ancienne – et de superbes objets de pierre polie.

   C'est à cette époque que des schémas historiques généraux se dessinent, avec l'émergence d'élites politiques asseyant leur pouvoir sur la prospérité de l'agriculture et sur le contrôle des matières précieuses, qui commencent à être exploitées par des techniques nouvelles.

   Si les outils et les armes sont initialement en pierre ou en matériaux organiques, le cuivre et les métaux précieux acquièrent une importance croissante en Haute-Égypte et, plus tard, en Basse- Égypte. La culture de Nagada (milieu du IVe millénaire) voit la construction de bateaux de rivière plus grands et plus performants, et l'essor du commerce sur le Nil. Ces facteurs, parmi d'autres, favorisent l'apparition d'une élite dont les sépultures sont plus grandes et plus somptueuses que précédemment (on peut même reconnaître celles des chefs politiques provinciaux sur différents sites). Selon des traditions ultérieures, deux royaumes seraient apparus à la fin de l'époque prédynastique, la prééminence matérielle et politique de la Haute-Égypte étant plus nette.

Le commerce

Tout au long de cette période, de 5000 à 3100, les influences étrangères directes ou indirectes sont décisives, mais il est difficile de déterminer leur part respective. La culture des céréales et l'élevage de certains animaux, introduits de Syrie et de Palestine, est un signe de l'influence de ces régions. La Haute et la Basse-Égypte commercent avec la Syrie, la Palestine et l'Afrique du Nord.

   On n'a, jusqu'aujourd'hui, retrouvé en Haute-Égypte que des sceaux cylindriques, des poteries et des motifs décoratifs de style mésopotamien, particulièrement remarquables, probablement apportés par des intermédiaires plutôt que par contact direct.

   Les témoins les plus parlants de l'architecture prédynastique se trouvent dans les nécropoles ; les fosses funéraires sont tapissées de bois ou de briques et couvertes d'un toit de sparterie ou de pavés ; certaines tombes sont surmontées de petites structures solides en brique ou en remblai. Des campements ont fait l'objet de fouilles partielles, et l'on a découvert récemment à Hiéraconpolis un temple probablement prédynastique.

L'Égypte pharaonique

Les dynasties égyptiennes

La période thinite

Vers 3200 avant J.-C., Narmer, originaire de Hiéraconpolis, unifie les deux royaumes existant alors : celui de Haute-Égypte (capitale Hiéraconpolis ; divinité tutélaire : la déesse-vautour Nekhbet ; insigne : la couronne blanche) et celui de Basse-Égypte (capitale Bouto ; divinité tutélaire : la déesse-serpent Ouadjet ; insigne : la couronne rouge). Ceignant les deux couronnes (nommées en égyptien « les deux puissantes », en transcription grecque : le pschent), il est le premier des rois qui, durant 30 dynasties (selon le schéma traditionnel de source égyptienne, transmis par Manéthon) au cours de trois millénaires, vont administrer l'Égypte jusqu'en 333 avant J.-C., date de l'arrivée d'Alexandre de Macédoine. Narmer établit sa capitale à This (près d'Abydos), où règnent les rois des deux premières dynasties ; celles-ci sont connues grâce aux découvertes faites dans les nécropoles d'Abydos, de Saqqarah et d'Hélouân (en Basse-Égypte). Il est possible que Narmer ait jeté les fondations de la ville nouvelle de Memphis, à la pointe du Delta du Nil.

   

L'œuvre de ces premiers souverains (époque thinite : 3200-2778 avant J.-C.), qui maintiennent fermement l'unité du royaume, semble importante : création d'une économie nouvelle (mise en valeur des terres par l'organisation d'une politique nationale d'irrigation, développement de l'agriculture et de l'élevage) ; établissement des principes de la nouvelle monarchie, unificatrice et d'essence divine ; mise en place des éléments de gestion politique (les rouages de l'administration centrale et ceux de l'administration provinciale étant « dans la main du roi », monarque tout-puissant).

   Les pharaons des Ire et IIe dynasties sont les successeurs de Narmer. D'après certains spécialistes, des rois de la Ire dynastie auraient été enterrés à Abydos, dans des fosses funéraires coiffées de structures analogues à des tumulus et assorties d'édifices cultuels ; cette architecture a sans doute annoncé les complexes pyramidaux postérieurs. Cette thèse confère au pharaon un statut à part dès l'origine. Or les sépultures royales de la Ire dynastie, dans les environs de Saqqarah, sont de taille et d'architecture analogues à celles des autres élites. Ainsi a été établie la certitude que le statut royal est seulement en germe. On dispose de bien moins d'éléments sur les sépultures royales de la IIe dynastie ; il y en a deux à Abydos, auxquelles sont adjoints des complexes cultuels ; les autres se trouvent à Saqqarah.

L'ancien Empire (2778-2420 avant J.-C., IIIe à VIe dynastie)

Il est convenu d'organiser la succession des pharaons en dynasties. L'Ancien Empire, qui couvre un peu plus d'un demi-millénaire, en compte quatre : de la IIIe dynastie, à partir de laquelle le pouvoir royal va fortement s'accroître, à la VIe dynastie, où il s'affaiblit.

– LES PYRAMIDES

Vers 2778 avant J.-C., la IIIe dynastie et son premier souverain Djoser établissent la capitale à Memphis. L'Ancien Empire est aussi l'âge des pyramides ; c'est l'architecte Imhotep, ministre de Djoser, qui donne à l'architecture de pierre un immense développement. À Saqqarah, Gizeh, Meidoum, Abousir, les tombes royales dominent encore le désert de leurs hautes masses pointant vers le ciel, immortalisant notamment les noms de Kheops, Khephren, Mykerinus.

– L'ORGANISATION DU POUVOIR

Sous les IVe et Ve dynasties, le pouvoir du pharaon s'affirme ; en raison de l'importance croissante prise par l'administration, le pharaon Snefrou crée la charge de vizir, homme de confiance du roi, qui gère en son nom justice, police, armée, notamment ; à la cour memphite, une classe de favoris, hauts fonctionnaires, se développe, recherchant les grâces royales, car le roi demeure l'instance suprême de tout élément directeur de l'Égypte ; il dispose aussi du pouvoir spirituel, donnant la faveur au dieu solaire Rê, dont il se dit « le fils », et qui devient alors un véritable dieu d'État.

– LE RAYONNEMENT DE L'ÉGYPTE

L'Égypte n'est pas un pays isolé : les rapports et les échanges commerciaux sont importants avec Byblos et la Phénicie, avec Chypre, la Crète et les îles de la Méditerranée, avec le Sinaï (dont les mines ont été exploitées et mises en valeur par les Égyptiens dès les débuts de l'Ancien Empire), avec la Mésopotamie ; l'Afrique, considérée comme le prolongement naturel de l'Égypte, est reconnue jusqu'aux abords de la troisième cataracte du Nil : les territoires nubiens sous hégémonie égyptienne contribuent par leurs apports (blé, bétail, ivoire, ébène, plumes d'autruche, peaux de léopard et de panthère) à la richesse du royaume ; de grandes expéditions maritimes organisées vers le pays de Pount (l'actuelle Somalie) donnent aux Égyptiens des produits précieux (surtout les arbres à encens).

– LE DÉCLIN À PARTIR DE LA VIE DYNASTIE

Sous la VIe dynastie (Teti, Pepi Ier, Pepi II), la toute-puissance du pharaon est menacée par la montée d'une oligarchie (courtisans et favoris, hauts fonctionnaires de province) et peut-être par l'opposition de couches populaires. L'obscurité règne sur la période qui sépare la fin de la VIe dynastie de l'avènement de la XIe, dont les historiens font traditionnellement le point de départ du Moyen Empire ; le pouvoir n'est cependant pas demeuré vacant et les noms de certains pharaons nous sont connus. Le désordre social est certain pendant une période relativement longue, mais on en connaît mal les causes.

La première période intermédiaire (2420-2160 avant J.-C.)

Durant plus de deux siècles alors, on émet l'hypothèse d'une révolution sociale qui livre le pays à l'anarchie, à la récession économique, à la famine, aux infiltrations étrangères, sous les VIIe et VIIIe dynasties memphites, notamment. On pense qu'au cours de la première période intermédiaire, les pharaons de Memphis sont impuissants à empêcher les gouverneurs militaires locaux de livrer bataille pour le contrôle de territoires. Deux royaumes distincts finissent par se constituer, l'un sous la domination des IXe et Xe dynasties de Héracléopolis ; l'autre, quasi contemporaine, sous celle de la XIe dynastie de Thèbes. Ils se disputent l'hégémonie mais se heurtent à l'autonomie des gouverneurs de province.

Le moyen Empire (2160-vers 1785 avant J.-C., XIe à XIVe dynastie)
– L'UNITÉ RETROUVÉE

L'unité est reconstituée par les princes de Thèbes, les Antef, qui fondent la XIe dynastie et inaugurent le Moyen Empire (2160-vers 1785 avant J.-C.). Cette dynastie, qui a pour capitale Thèbes et pour souverains les Antef et les Montouhotep, donne, pour la première fois, la primauté religieuse au dieu thébain Amon. Avec la XIIe dynastie, celle des Amenemhat et des Sésostris – dont la capitale est sise, de nouveau, plus au nord, à Licht (près de Fayoum) –, la monarchie, centralisée, retrouve sa puissance, patronnée par le dieu d'État, Amon-Rê (dont la personnalité divine résulte d'un compromis entre le clergé de Thèbes et celui d'Héliopolis).

– L'ORGANISATION DE LA SOCIÉTÉ

Les bouleversements sociaux sont considérables. Autour du pharaon (ressenti désormais comme « le bon berger » du peuple, médiateur officiel entre les dieux et les hommes) se rassemble une société plus différenciée. Les sujets ont une conscience accrue de leurs droits individuels. La religion en est affectée : les croyances et les rites funéraires, jusqu'alors apanage des pharaons, se diffusent dans toutes les couches de la société. Sous la XIIe dynastie, la politique royale favorise même l'émergence d'une classe moyenne aisée (scribes, artisans, etc.) qui joue un rôle actif dans des centres cultuels tels que celui d'Abydos.

   Dans le domaine idéologique, le Moyen Empire est marqué par une évolution fort importante : le développement du culte d'Osiris permet désormais à tout homme (et non au roi seul) l'accession à l'éternité, s'il reproduit les rites qui ont présidé à la passion et à la résurrection du dieu.

– LA PROTECTION DU ROYAUME

La région du Fayoum est systématiquement mise en valeur, cependant qu'est instaurée une politique de défense des frontières. Au nord-est, il faut avant tout, d'une part, mettre le Delta à l'abri des incursions des Asiatiques – qui, après la VIe dynastie, constituent un réel fléau – et, d'autre part, assurer la liberté du commerce pour les villes de Basse-Égypte. Pour assurer la protection de la voie de terre Amenemhat Ier fait construire sur la frontière orientale du Delta une série de forteresses, les « Murs du Prince », qui, pourvues de garnisons permanentes, protègent le royaume. Au sud, la pénétration en Afrique se développe et s'organise : une administration « coloniale » est créée, en même temps qu'est construite la ville de Bouhen (deuxième cataracte), qui devient le siège du vice-roi d'Égypte ; des forteresses égyptiennes jalonnent désormais le cours du Nil, en Nubie et au Soudan.

   À partir de 1900 avant J.-C., des invasions progressives de peuples indo-européens, venus des régions de la mer Caspienne et de la mer Noire, vont « remodeler » la carte du Proche-Orient, entraînant la création de puissants États asiatiques : le Hatti (terre des Hittites, sur les plateaux d'Anatolie), le Mitanni (dans les hautes vallées du Tigre et de l'Euphrate), cependant qu'une dynastie nouvelle s'installe à Babylone.

La deuxième période intermédiaire (1785-1580 avant J.-C. , XVe à XVIIe dynastie)

Les populations autochtones, chassées par ces invasions, fuient vers le sud, refluant jusqu'en Égypte, où, sous le nom de Hyksos, elles vont d'abord s'installer dans le nord-est du Delta, autour de la ville d'Avaris. Favorisés par la faiblesse des XIIIe et XIVe dynasties indigènes, les Hyksos, devenus puissants grâce à l'arrivée de nouveaux contingents d'Asiatiques refoulés, conquièrent peu à peu le royaume, sans toutefois étendre réellement leur pouvoir sur la Haute-Égypte ; ils règnent durant les XVe et XVIe dynasties. Les princes thébains mettent fin à cette seconde période intermédiaire (vers 1785-1580 avant J.-C.) en entreprenant une guerre de libération. Les pharaons Kames, puis Ahmosis chassent les Hyksos, prennent Avaris, poursuivant l'ennemi jusqu'à Sharouhen.

Le Nouvel Empire (1580-1085 avant J.-C. ; XVIIIe à XXe dynastie)
– L'ÂGE D'OR DE LA MONARCHIE PHARAONIQUE

Le Nouvel Empire (1580-1085 avant J.-C. ; XVIIIe à XXe dynastie), qui commence alors, et dont la capitale est fixée à Thèbes (palais royal à Louqsor), est l'âge d'or de la monarchie pharaonique. Les Aménophis, les Thoutmosis, Seti, Mineptah, les Ramsès œuvrèrent pour la grandeur de leur terre. C'est une période de luxe, caractérisée par une intense activité artistique : Karnak (sur la rive droite du Nil) devient une aire architecturale immense où se succèdent, jusqu'à l'époque romaine, les constructions grandioses entreprises pour la gloire du dieu Amon-Rê, notamment ; les hypogées royaux et privés sont creusés sur la rive gauche (Vallée des rois, Vallée des Reines).

   La XVIIIe dynastie, celle des Thoutmosis et des Aménophis, connaît trois entorses à l'ordre des successions royales. La première est le règne d'une reine, Hatshepsout, qui exerçe la régence pendant l'enfance de son neveu, le futur Thoutmosis III ; elle se proclame pharaon et gouverne une vingtaine d'années. Après sa mort, Thoutmosis s'acharne à effacer toutes les traces de son règne, faisant abattre des obélisques et défigurer ses monuments ; il va jusqu'à détruire l'un des plus beaux temples de toute l'histoire égyptienne, celui qu'Hatshepsout avait fait édifier à Deir el-Bahari. La deuxième entorse est le bref règne du jeune Toutankhamon ; la troisième est, à la mort de ce dernier, l'usurpation du pouvoir pharaonique par Horemheb, un simple général. Son règne met un terme à la dynastie. Les XIXe et XXe dynasties, celles des Seti et des Ramessides, participent également à la gloire militaire et au rayonnement culturel de la monarchie pharaonique.

– LA POLITIQUE EXTÉRIEURE

Sous ces trois dynasties, qui gouvernent l'Égypte pendant près de cinq siècles, la politique extérieure est remarquable. La reconquête de la haute Nubie, celle de la Palestine, les interventions dans les affaires du Proche-Orient constituent une constante.

   Le pharaon, dont le royaume est menacé maintenant par les États puissants qui viennent de se constituer au Proche-Orient, devient, pour la défense de son pays, un grand conquérant : créant et organisant un vaste empire, pratiquant aussi une véritable politique internationale menée par une diplomatie nouvelle, importante, avisée. Thoutmosis III, en 17 campagnes militaires (relatées par le texte des Annales sculptées dans le grand temple d'Amon-Rê à Karnak), dénoue la dangereuse coalition liée par le Mitanni, et Aménophis II s'allie finalement avec ce pays.

   

Ramsès II abat la puissance hittite (bataille de Qadesh) et les deux États concluent aussi une alliance (dont le texte a été retrouvé dans les archives égyptiennes et hittites). Mineptah et Ramsès III luttent contre les invasions des peuples du Nord et de la mer (vaste ligue, constituée par les populations côtières de l'Asie Mineure et par les Achéens, chassés de leurs terres, les uns par de nouvelles invasions indo-européennes venues du nord, les autres par l'arrivée des Doriens en Grèce, et tous en quête d'un nouvel habitat) : vainqueur sur terre et sur mer (bataille navale dans les bouches du Nil), Ramsès III maintient l'intégrité de son royaume. Les rois du Nouvel Empire doivent aussi lutter contre d'autres dangers venus de l'Assyrie et de la Libye. Au sud, leur pouvoir s'étend jusqu'au-delà de la quatrième cataracte du Nil. Les territoires africains conquis sont maintenus sous régime « colonial », administrés par des fonctionnaires égyptiens, cependant que les territoires asiatiques sous hégémonie (celle-ci s'étendant jusqu'à l'Euphrate, officiellement, mais pratiquement jusqu'à l'Oronte) connaissent une organisation qui respecte les pouvoirs locaux, établissant seulement un certain nombre de « devoirs », notamment le paiement de redevances.

– UN POUVOIR CENTRALISÉ

La transformation de l'ancien système de vassalité des Hyksos en une autocratie centralisée est d'une plus grande portée. Les grandes armées royales, qui avaient été levées en vue des guerres contre les pays étrangers, intimident les pouvoirs rivaux ; l'administration est rationalisée, et un Premier ministre nommé à la tête de chacune des parties de l'Empire. En l'absence de conseil et de parlement, toutes les nominations et les révocations émanent directement des pharaons, qui entreprenent souvent des voyages d'inspection.

– LE KA DIVIN DU PHARAON

Le pharaon est encore doté d'une double nature, humaine et divine, ce dernier aspect étant alors très valorisé. Le dogme impérial enseigne que chaque pharaon est possédé par le ka divin, qui désigne les énergies vitales dans leurs fonctions créatrice et conservatrice ; Horus est, selon la mythologie, le dernier dieu à avoir gouverné la terre dans la nuit des temps, et que l'on identifie à Amon-Rê. Ce dieu, qui figure l'alliance de la divinité thébaine avec le dieu solaire, est la divinité tutélaire de l'Empire.

– LE CLERGÉ

Le clergé d'Amon, enrichi par les dons royaux (recevant notamment une part du butin recueilli lors des campagnes militaires), devient une puissance dangereuse ; à partir de la XIXe dynastie, il dispose de grands domaines, de milices privées, de tribunaux spéciaux. La réaction d'Aménophis IV contre l'ingérence amonienne dans les affaires de l'État (instauration du culte unique du disque solaire Aton, suppression des clergés, notamment) fut de courte durée ; pour diminuer l'importance prise par Thèbes, les Ramsès établissent une seconde capitale, dans le Delta, près de Tanis.

– LE DÉCLIN

À la fin de la XXe dynastie, le développement constant de la paperasserie administrative, la corruption, le danger que représente le clergé d'Amon, les prétentions au pouvoir des chefs militaires étrangers (Libyens, notamment) finissent par affaiblir le pouvoir central : on pille les tombes royales, on complote contre le pharaon. Le Nouvel Empire se termine par une guerre civile sous Ramsès XI.

La basse époque (1085-vers 333 avant J.-C. ; XXIe à XXXIe dynastie)
– INFLUENCES ET DOMINATIONS

Vers 1085 avant J.-C., Smendès (originaire de Tanis) fonde la XXIe dynastie, qui gère le Delta, cependant qu'une souveraineté parallèle s'installe à Thèbes, avec Herihor, grand prêtre d'Amon et premier des rois-pontifes. La scission semble consommée. C'est le début de la Basse Époque, durant laquelle règnent plusieurs dynasties étrangères, dans le pays livré aux invasions. La XXIIe dynastie, d'origine libyenne (les Sheshonq, Osorkon, Takélot), règne, à Bubastis, en même temps que la XXIIIe dynastie installée à Tanis (Pedoubast) ; le Delta aussi est divisé. Il est possible que, lors de l'avènement de Sheshonq Ier, une partie du clergé amonien ait alors fui à Thèbes et se soit réfugié au Soudan à Napata, où il aurait implanté le culte d'Amon et construit un temple grandiose pour ce dieu ; en tout cas, le roi de Napata, Piankhi (descendant de Herihor ?), vers 750 avant J.-C., remonte le fleuve jusqu'à Thèbes et étend son pouvoir sur la Haute-Égypte. Le Delta est alors administré par la XXIVe dynastie, indigène de Saïs (Tefnakht et Bocchoris). Vers 715 avant J.-C., Shabaka établit le pouvoir soudanais en Égypte avec la XXVe dynastie, et les rois du Sud, pour renforcer leur mainmise, placent leurs parentes comme « divines adoratrices d'Amon » (épouses du dieu) à Thèbes ; mais les rois locaux de Basse-Égypte ne se soumettent pas.

– LA CIVILISATION SAÏTE

Vers 671 avant J.-C., Assarhaddon et les Assyriens font du Delta un protectorat de Ninive ; Assourbanipal descend le fleuve à deux reprises jusqu'à Thèbes. La seconde fois, il fait saccager la grande ville. Mais Psammétique Ier, roi de Saïs, chasse les Assyriens de Basse-Égypte et les Soudanais de Haute-Égypte, et instaure la XXVIe dynastie, égyptienne ; jusqu'en 525 avant J.-C., on assiste à un renouveau national.

– LA DOMINATION PERSE

Vers 525 avant J.-C., le roi perse Cambyse s'empare de toute l'Égypte et, jusqu'à Darios II (vers 404 avant J.-C.), la XXVIIe dynastie sera formée par les souverains achéménides, le pays étant devenu une satrapie du vaste empire des Darios et des Xerxès. Appuyé par les Grecs, le roi de Saïs, Amyrtée, chasse les Perses et fonde la XXVIIIe dynastie (404-398 avant J.-C.) ; il mène de nouveau une politique nationale, comme ses successeurs les rois de la XXIXe dynastie (398-378 avant J.-C.) et de la XXXe (378-341 avant J.-C.), celle-ci étant la dernière des dynasties indigènes ; vers 341 avant J.-C., en effet, Nectanebo II ne peut résister à une nouvelle invasion et empêcher une seconde domination perse (341-333 avant J.-C.). La défaite de Darios III Codoman, à Issos, laisse le pouvoir à Alexandre de Macédoine, qui pénètre alors en Égypte.

La religion de l'Égypte pharaonique

Dans l'Égypte primitive, la religion est essentiellement locale : chacun honore le dieu de sa bourgade, puis celui qui règne sur la métropole de sa province, ou nome. Les nomes possèdent des « enseignes », symboles de divinités représentant des animaux, des plantes ou des objets.

   L'Égypte (comme tous les peuples de l'Antiquité) divinise les forces de la nature et les éléments (animés ou non) de l'univers créé, pour rendre hommage à leurs bienfaits ou se concilier leur éventuelle agressivité, établissant ainsi entre eux un courant d'« échanges », un lien, à vertu magique.

Les principaux dieux

Sont ainsi adorés Khnoum (le bélier, l'animal reproducteur du troupeau, dieu créateur par excellence), Hathor (la vache, féconde et nourricière – assimilée au ciel, lien fécond de l'univers, parce que donneur de lumière et de chaleur –, déesse donc aussi de la joie et de la danse), Sebek (le crocodile, qui guette sa proie tapi dans l'eau du fleuve), Anubis (le chacal, qui deviendra le divin embaumeur, très tôt mis en rapport avec le monde des défunts car l'animal hante toujours les abords des nécropoles en quête de possibles nourritures), Horus (le faucon, assimilé souvent au ciel ou au soleil, car, ailes largement étendues, l'oiseau qui plane semble se confondre avec l'étendue céleste), Min (dieu humain de la fertilité), Ptah (dieu de Memphis, première capitale de l'Égypte), etc. Chacune de ces divinités est adorée principalement dans une ville (parfois plusieurs) et est ressentie comme netjer, « le dieu », pour ses fidèles. Deux grandes forces bénéfiques de la nature sont particulièrement révérées : le soleil, , qui donne et entretient la vie de chaque jour, et Osiris, dieu du Nil et de la végétation toujours renaissante, le dieu qui, par sa passion et sa résurrection, donne aux hommes l'exemple et les « moyens » de la vie éternellement renouvelée.

Les syncrétismes

Les vicissitudes de la politique créent les premiers syncrétismes nationaux et déterminent l'existence de dieux d'État (sommets du panthéon, comme le roi est celui de la société) : Rê, sous l'Ancien Empire, acquiert, à partir de son centre culturel d'Héliopolis (près de Memphis), une valeur nationale ; le roi, dieu lui-même, est son fils. Au Moyen et au Nouvel Empire, Amon de Thèbes (nouvelle capitale) « coiffe » les autres divinités, qui sont officiellement ses hypostases, mais s'allie avec le puissant Héliopolitain : Amon-Rê qui est alors le maître divin de l'Égypte.

   

Des syncrétismes religieux internationaux se développent aussi au Nouvel Empire, période des grandes conquêtes en Asie. La confusion des divinités justifie alors et légitime la conquête : Amon-Rê et Shamash (dieu solaire babylonien) sont assimilés, Osiris, Baal et Adonaï sont mêlés en une même foi dans la vitalité des forces végétantes, Ptah prend pour parèdre Ashtart (déesse mère de l'Asie antérieure) ; Sontekh (l'Asiatique) et Seth (l'Égyptien, dieu des forces néfastes et hostiles) confondent leur puissance guerrière.

Le clergé

Pour le service des dieux et des morts, des clergés, d'importance diverse, se constituent. Dans les temples divins, le roi – théoriquement, officiant unique – délègue son pouvoir à des prêtres. Un service quotidien est assuré : sortie, toilette et purification, nourriture de la statue divine, sous forme de riches offrandes alimentaires. Militants, les prêtres composent des systèmes théologiques où leur dieu est le créateur du monde : Ennéade héliopolitaine, Ogdoade hermopolitaine (menée par le dieu-ibis Thot), système « intellectuel » de Memphis, autour de Ptah. Gérants des biens du dieu, les prêtres possèdent souvent une grande richesse temporelle, notamment le clergé thébain d'Amon-Rê, enrichi par les dons royaux (butin rapporté des campagnes militaires, octroi de terres). Ainsi, ils peuvent parfois concurrencer, voire menacer la puissance politique du pharaon lui-même : des querelles d'influence naissent, des discussions sont apparentes, la « guerre » larvée entraîne peu à peu la réforme d'Aménophis IV à Amarna, mais vaut aussi aux rois-prêtres de la XXIe dynastie l'accès aux fonctions royales.

Les rites funéraires

Les prêtres funéraires s'activent à maintenir la vie du défunt dans les temples funéraires royaux et les tombes privées ; la survie du corps étant garantie par la momification, tout un appareil funéraire est encore indispensable. Les prêtres (qui remplissent, dans cet office, le rôle du fils aîné) apportent, chaque jour, les offrandes alimentaires nécessaires à l'entretien de la force vitale, ou ka (l'esprit), du mort. La vie étant ainsi maintenue sous les épaisses bandelettes qui enserrent le corps, il faaut aussi recouvrer la liberté du mouvement et la possibilité de revivre le quotidien ; élément ailé de l'être, le ba (oiseau à tête humaine), s'échappant du corps étendu, s'en va chercher sur terre les souffles vivificateurs et, à tire-d'aile, revient ainsi revigorer le défunt.

   

Cette survie en deux temps est encore insuffisante : l'Égyptien y pourvoye par la fabrication de « corps de rechange » sculptés en ronde bosse ou en bas relief (à la ressemblance du personnage), et dans lesquels peut se glisser le ba (l'âme) qui les réanime, pour une reprise des habitudes du temps de vie (de là, la grande imagerie des tombes, qui reproduit les scènes de la vie quotidienne) ; l'art devient ainsi le médiateur de l'immortalité. Enfin, pour le voyage dans l'au-delà, la connaissance des formules est indispensable (notamment lors du jugement par-devant Osiris) ; y pourvoyent (au Nouvel Empire) les papyrus du « Livre des morts », destinés à guider efficacement le défunt dans l'autre monde.

   

Religion de la tolérance et de l'espérance, la religion égyptienne s'inscrit dans l'ensemble des grandes religions panthéistes de l'Antiquité, qu'elle a fortement influencées. À l'époque tardive, elle essaime dans le monde clanique ; le culte d'Isis (l'épouse d'Osiris, magicienne de la résurrection) fleurit en Grèce, à Rome et dans tout le monde méditerranéen. Cette religion est d'une haute valeur morale, où la soumission à Dieu, le respect des principes de paix et de charité sont essentiels. La déesse Maât, déesse de la Vérité et de la Justice (seuls principes abstraits déifiés), est le garant de l'ordre de l'univers.

L'Égypte hellénistique (332-30 avant J.-C.)

D'Alexandre aux Lagides

L'Égypte est libérée de la domination perse par la conquête d'Alexandre. Soumise à l'autorité des souverains hellénistiques, ses successeurs, elle appartient désormais au monde grec.

   Dans son court séjour (automne 332-printemps 331 avant J.-C.), Alexandre le Grand se pose en libérateur et, laissant aux indigènes leurs lois, il s'assure la bienveillance des prêtres en faisant reconnaître sa filiation divine au temple d'Amon, en l'oasis de Siouah. Il fonde Alexandrie, qui doit être le débouché maritime d'un pays jusque-là replié sur lui-même. Après sa mort (323 avant J.-C.), ses généraux attribuent la satrapie d'Égypte à un noble macédonien Ptolémée, fils de Lagos, qui se proclame roi en 305 avant J.-C., fondant la dynastie des Lagides (ou Ptolémées ; 305-30 avant J.-C.). Ces souverains, qui ajoutent au nom dynastique Ptolémée un surnom personnel, ont une histoire des plus agitées. À l'imitation des pharaons, ils épousent leur sœur et les intrigues familiales sont nombreuses à partir du règne de Ptolémée IV, affaiblissant la dynastie, que ne peuvent sauver quelques reines particulièrement énergiques (ainsi Cléopâtre VII). La dynastie possède également Cyrène, Chypre, un grand nombre d'îles grecques et de villes littorales d'Asie Mineure ou de l'Hellespont ; elle dispute aux Séleucides la Syrie, débouché des routes du commerce oriental vers la Méditerranée et région productrice de ce bois qui manque à l'Égypte pour ses constructions navales.

La vie et la société à l'époque Ptolémaïque

La domination des Lagides sur l'Égypte est de type colonial : les indigènes sont écartés de toute charge importante ; l'administration ou plutôt l'exploitation du pays est le fait d'étrangers privilégiés qui appartiennent à la race des conquérants hellènes (Macédoniens ou Grecs) ou qui ont acquis par leurs vertus militaires droit à un statut spécial (Perses, Juifs). Cela est d'autant plus mal ressenti des Égyptiens que le recrutement des allogènes est insuffisant pour assurer la puissance des armées lagides : il a fallu en 217 avant J.-C. (malgré tous les avantages dont bénéficiaient les soldats royaux, en particulier la concession en quasi-propriété de terres) engager des troupes égyptiennes pour lutter contre les Séleucides et les vaincre (bataille de Raphia). Cette date marque le début de nombreuses révoltes qui déchirent le royaume (la Haute-Égypte a maintenu son indépendance, sous l'autorité de dynastes locaux, durant de très longues années). La mégalopole d'Alexandrie est agitée par des querelles entre les groupes ethniques, Grecs, indigènes plus ou moins hellénisés ou Juifs, ceux-ci, nombreux, s'administrant eux-mêmes dans leur quartier réservé. Bien que constituant une caste privilégiée, les Grecs n'échappent pas au pouvoir absolu des rois. Conservant leurs coutumes, leur genre de vie (fréquentation du gymnase, éphébie) et l'usage de leur langue, jugés selon le droit grec, ils sont essentiellement regroupés dans trois cités (Alexandrie, Ptolémaïs et Naukratis) pourvues d'institutions grecques traditionnelles, mais qui ne leur donnent qu'une apparence de libertés. Fonctionnaires ou militaires, ils assurent l'encadrement de la population indigène, au sein d'une administration pléthorique, très minutieuse et tatillonne : les archives, écrites sur papyrus, montrent avec quel soin est traitée la moindre affaire ; grâce à elles, on peut connaître avec assez de précision l'organigramme du système étatique. L'unique fonction de cette administration est de faire que la plus grande partie des produits de l'activité de tous les habitants du royaume entre dans les caisses royales ; les souverains veulent amasser le plus possible, ce qui implique la mise en œuvre de techniques diverses : les fonctionnaires sont rendus financièrement responsables des effets de leur administration, on multiplie les monopoles. Le mieux connu de ces derniers, celui de l'huile, implique une politique douanière dissuasive ; le monopole de la monnaie, qui est de règle dans les monarchies hellénistiques, s'accompagne de la mise en service d'un numéraire fiduciaire qui permet au roi de contrôler parfaitement la circulation du métal précieux. L'exploitation des monopoles est confiée à des fermiers.

   Si les prêtres détenteurs de secrets prestigieux continuent d'assurer le culte royal et sont comblés par le nouveau pharaon de privilèges qui récompensent leur action pour lui assurer la fidélité des masses, les autochtones sont pressurés par le régime. Le plus souvent ce sont des paysans ; ils louent au roi (seul propriétaire de la totalité du sol égyptien) des tenures sur lesquelles ils sèment (le roi est seul habilité à prêter des semences, il se fait rembourser principal et intérêts) en fonction d'un plan de culture établi par l'État (parcelle par parcelle, l'administration fixant la nature des cultures à réaliser), avant de récolter (si le Nil atteint un niveau suffisant) et de vendre le produit. Au prix fixé par le roi, outre le loyer de la terre, l'intérêt de l'emprunt, il faut aussi ajouter les impôts. Quand la situation devient trop difficile pour les paysans, ils font grève en fuyant vers les confins désertiques (anachorète), et les champs royaux restent en friche. Privée des ressources procurées par tel ou tel terrain, l'administration doit en venir à des mesures de coercition plus efficaces ou accorder (ce qui affaiblit la monarchie) des privilèges nouveaux à qui voudra bien se charger de telle ou telle exploitation.

Une monarchie prestigieuse

Grecs et indigènes vivent dans deux communautés complètement séparées (ou presque). À l'obstacle de la langue s'ajoute le fait que chacune a un régime juridique différent ; leur seul point commun est de vivre au service exclusif de la monarchie. De leurs immenses richesses les rois tirent un prestige qui leur permet de mener en Méditerranée une politique active (Ptolémée III ira jusqu'en Babylonie), d'attirer à Alexandrie, pour des fêtes célébrées à la gloire de la dynastie (les Ptolemaia, dont l'importance sera égale à celle des concours olympiques), des foules énormes de dépendants, d'apparaître un temps comme les maîtres du jeu dans le monde hellénistique. Ptolémée Ier aura le très grand mérite de vouloir aussi fonder sa gloire sur les services rendus au développement de la culture grecque : à Alexandrie (d'où les Égyptiens étaient exclus) il rassemble dans le Musée les savants les plus remarquables (Archimède, Ératosthène, Euclide, Héron), des hommes de lettres de qualité (Apollonios de Rhodes, Callimaque), des érudits au dévouement et à la science inlassables (Aristarque), et les dote d'une bibliothèque extraordinairement riche. C'est grâce à la dynastie que nous connaissons Homère, les tragédies d'Eschyle ou de Sophocle ; par elle sera transmise aux savants arabes la science d'Aristote, des mathématiciens et des médecins hellénistiques.

Le protectorat romain

En 168 avant J.-C., le roi séleucide Antiochos IV est sur le point de s'emparer d'Alexandrie et de détrôner les rois lagides quand Rome, pour maintenir l'équilibre du monde hellénistique, envoie Popilius Laenas remettre en selle Ptolémée VI. Le grand royaume devient alors une sorte de protectorat romain à la tête duquel se succèdent des fantoches (Ptolémée XII Aulète), tandis que les Romains annexent Cyrène (74 avant J.-C.) et Chypre (58 avant J.-C.). La passion d'Antoine pour Cléopâtre VII le met au service des intérêts de la dynastie, il rêve pour ses enfants (Cléopâtre Silène II et Ptolémée Philadelphe) d'un nouvel empire de l'Orient, mais, vainqueur (30 avant J.-C.), Octave annexe le pays du Nil.

L'Égypte romaine (30 avant J.-C.-395 après J.-C.)

Les hommes politiques romains ont depuis longtemps décelé les faiblesses internes de la monarchie lagide, qui se cachent derrière une façade brillante. C'est pourquoi Octave, en prononçant l'annexion, en 30 avant J.-C., ne fait que concrétiser leurs aspirations. Il prend des mesures originales : l'entrée de l'Égypte est interdite aux sénateurs, même s'ils y possèdent des domaines ; c'est la seule province importante où l'empereur est représenté par un personnage de rang équestre, le préfet d'Alexandrie et d'Égypte, qui a par ailleurs les pouvoirs d'un légat propréteur ; autre anomalie, les légions sont commandées par des préfets également de l'ordre équestre. On a émis l'hypothèse qu'Auguste ne tenait pas à ce que les sénateurs voient le princeps honoré comme un pharaon, dans ce pays dont le régime ne ressemble pas à celui du reste du monde romain.

Vie et société sous domination romaines

Gouvernement, administration, exploitation économique sont calqués sur les méthodes des Lagides. Auguste se contente de réprimer les abus apparus avec l'affaiblissement de la dynastie macédonienne : il aurait supprimé, ou peut-être réduit, la terre concédée aux temples, la participation de l'État aux frais du culte et les grands domaines usurpés sur la terre royale auraient été repris. Pour mieux régner, l'empereur divise : il maintient le système des castes ; les indigènes, considérés comme « déditices » (peuple soumis), ne peuvent accéder à la cité romaine. Il refuse à la province l'occasion de s'unir en célébrant le culte impérial, qui n'existe ici que sous la forme municipale. Il installe 3 légions et 12 corps auxiliaires (23 000 hommes au total) pour surveiller Alexandrie ou les campagnes turbulentes de la Thébaïde. Pour suivre la tradition locale, on recrute les soldats dans les ex-castris (hors du camp), ce qui ne se fait nulle part ailleurs. Il ne semble pas que les Romains, qui restaurent sans cesse le système d'irrigation, aient tiré de l'Égypte plus que les Lagides : l'annone nourrit assez régulièrement les Romains quatre mois par an avec le blé égyptien, mais, les mauvaises années, la disette se fait sentir sur les bords du Nil. Pour l'Égypte, le changement de domination n'a pas produit de grands effets : les dirigeants sont maintenant des Romains, mais le grec reste la langue officielle ; la monnaie de compte (différente de celle du reste de l'Empire) est toujours la drachme. Les papyrus grecs, démotiques, encore plus nombreux que sous les Lagides, les ostraca, les règlements (comme le « Gnomon de l'Idiologue », code fiscal de l'Égypte romaine) témoignent de cette continuité : recensements, contrôles, réclamations.

   Quelques faits pourtant se détachent dans l'histoire de ces premiers siècles de notre ère. Le voyage en Inde devient plus facile lorsque le navigateur alexandrin Hippalos découvre la mousson : chaque année, cent vingt vaisseaux partent des ports de la mer Rouge pour aller chercher les soieries, les perles et les parfums de l'Inde, et l'importance commerciale d'Alexandrie, qui redistribue ces denrées précieuses est encore accrue.

   La communauté juive d'Alexandrie est en fermentation depuis longtemps : ces Juifs, qui ne parlent plus que le grec, ont généralement gardé leurs traditions (par la Bible des Septante), et le cas du philosophe juif Philon, qui tente une interprétation platonicienne de la Bible, n'est pas courant. L'antisémitisme se développe : sous Claude, déjà, des bagarres éclatent entre Grecs et Juifs d'Alexandrie. Le soulèvement général des Juifs en 66 aurait coûté la vie à 50 000 de ceux-ci à Alexandrie ; celui de 117 aurait fait 240 000 victimes. Les empereurs essaient d'augmenter le rendement de leurs propriétés ; ils confisquent les grands domaines, utilisent la concession emphytéotique, pour retenir les paysans. Ils semblent devenus plus généreux à l'égard du clergé, et les temples de Philæ, d'Esnèh sont terminés au IIe s. Le Musée est toujours subventionné, et la science alexandrine jette un dernier éclat avec Ptolémée (sous Hadrien) et l'historien Appien (à l'époque d'Antonin).

   Septime Sévère, pour assurer la rentrée des impôts, établit le régime des curies dans les villes, et Alexandrie reçoit une boulê (assemblée) ; Coeranus est le premier Égyptien à entrer au sénat (vers 210). Déjà le commerce avec l'Extrême-Orient décline : Rome a épuisé le stock métallique qui permettait ces échanges. Vers 250, les Blemmyes, des Éthiopiens, envahissent les districts frontières et coupent les routes du Nil à la mer Rouge, sans doute moins bien défendues : depuis le IIe s., il n'y a plus qu'une légion en Égypte. La méfiance des empereurs amène des transformations administratives, et, au IVe s., le pays fait partie du diocèse d'Orient et dépend du comte qui réside à Antioche, mais il garde un préfet qui surveille les gouverneurs des provinces.

L'Égypte chrétienne

Le christianisme a dû pénétrer d'abord dans la communauté juive d'Alexandrie, et il est sans doute à l'origine des troubles qui s'y produisent sous Claude. Par la suite, sa diffusion semble avoir été facile chez un peuple aussi déshérité, et, dès le IIIe s., il a conquis la majorité de la population. Les Égyptiens, que les Anciens voyaient comme les plus religieux des hommes, apportent un caractère original à la nouvelle religion avec l'érémitisme et le monachisme. Saint Antoine (250-356) est le premier anachorète chrétien ; installé dans le désert, il attire des disciples, qui vivent comme lui dans des cabanes isolées. Vers 320, saint Pacôme fonde un koinobion (centre de vie commune) à l'ouest de Thèbes, où il groupe 2 500 moines. Sa sœur Marie fonde le premier couvent de femmes. L'Égypte chrétienne, qui en adoptant l'écriture copte entend préserver sa culture nationale, n'a pas renié le centre intellectuel d'Alexandrie. Au IIe s., Pantène, philosophe converti, oppose au Musée l'école des catéchètes. Saint Clément, son élève et son successeur (vers 190), présente le christianisme comme la forme supérieure de la gnose. Il doit fuir la persécution (202) et l'évêque Démétrios le remplace par le jeune Origène, qui mêle hellénisme et culture biblique jusqu'au jour où il est déposé et forcé de s'éloigner (vers 230). La fin du IIIe s. est marquée par des querelles sur la nature du Christ ; le prêtre Arius, d'Alexandrie, qui a nié la divinité du Christ, est excommunié par l'évêque Alexandre (323), puis par le concile de Nicée (325). Le successeur d'Alexandre [à Alexandrie], saint Athanase (328-373), passe sa vie à lutter contre l'arianisme et les empereurs, qui le chassent de son diocèse. Enfin Théodose se prononce contre la doctrine d'Arius (379) et l'Égypte s'apaise.

   Les païens n'ont pas voulu s'avouer vaincus. À la fin du IIe s., le philosophe Ammonios Sakkas, qui abandonne le christianisme, fonde à Alexandrie l'école néoplatonicienne, et a pour disciples Origène et Plotin. L'école maintient ses traditions intellectuelles jusqu'au jour où les violences de la foule chrétienne en imposent la fermeture (415). Le culte païen est interdit par Théodose en 392.

L'Égypte byzantine (395-642)

L'Égypte fait partie de l'empire d'Orient jusqu'à la conquête arabe. Depuis Théodose, le préfet d'Égypte, appelé préfet augustal, a les attributions d'un vicaire dans la vallée du Nil ; les provinces sont confiées à des ducs, dont la charge essentielle est de percevoir l'impôt et de veiller à l'annone ; l'Égypte, toujours exploitée par les étrangers, ravitaille maintenant Constantinople. Malgré les efforts des empereurs, la grande propriété se développe au profit de hauts fonctionnaires.

   L'Égypte présente un intérêt nouveau pour la politique extérieure. Partis de son territoire, des missionnaires ont évangélisé le royaume éthiopien d'Aksoum et le pays des Himyarites (Yémen). Byzance compte sur ces deux peuples pour se débarrasser du contrôle des Sassanides sur la route de l'Inde, mais l'Égypte est trop excentrique, les menaces d'invasion sont trop nombreuses ailleurs pour que l'on songe longtemps à une expédition navale au-delà de la mer Rouge. Malgré son nom, Cosmas Indikopleustês (« le navigateur vers l'Inde »), auteur de la Topographie chrétienne de l'univers (vers 550), n'a pas dépassé les ports d'Arabie. Le rôle d'Alexandrie décline donc au profit des ports syriens, où aboutissent les caravanes venues d'Extrême-Orient.

   Si l'empereur continue à exploiter le pays, il est loin d'y exercer une autorité sans partage. L'Égypte byzantine est avant tout une Égypte chrétienne. Le nouveau pharaon, comme disent ses adversaires, c'est l'évêque d'Alexandrie ; depuis le concile de Constantinople (381), il est reconnu comme patriarche, supérieur aux autres évêques d'Orient, et, plusieurs fois, il a désigné et installé les évêques de la capitale ; il est le seul en Orient à avoir conservé le titre de pape. Il nomme les évêques d'Égypte (une centaine) et peut compter sur un clergé nombreux et docile ; il s'appuie sur les bandes fanatiques des moines du désert, alors commandés par Chénouté, abbé du Couvent Blanc. Fort riche, il distribue l'argent à bon escient, et les fonctionnaires impériaux sont à sa dévotion. Mais, surtout, il ressuscite à son profit l'esprit national des Égyptiens, très montés contre les Grecs, qui continuent à les exploiter. Maître de l'Égypte, il rêve de supplanter son rival de Constantinople et il peut compter sur le pape, inquiet de la puissance de l'évêque de la nouvelle capitale de l'Empire. Le patriarche d'Alexandrie, Théophile (385-412), provoque la chute de saint Jean Chrysostome, évêque de Constantinople (404). Le successeur de Théophile, saint Cyrille (412-444), fait condamner Nestorius, patriarche de Constantinople, comme hérétique (nestorianisme) : on est alors en pleine querelle christologique et on discute, sans trop se comprendre, sur la personne et les natures du Fils. Le patriarche Dioscore (444-451) est moins heureux : il soutient les théories de l'archimandrite Eutychès (eutychianisme), qui sont à l'origine du monophysisme (nature unique chez le Christ), et au concile d'Éphèse (449) il fait déposer Flavien, patriarche de Constantinople, qui avait condamné Eutychès. Mais le « brigandage d'Éphèse », où les cohortes de moines égyptiens ont terrorisé les évêques, attire l'attention du pape Léon Ier, qui redoute les prétentions d'Alexandrie. Au concile de Chalcédoine (451), Dioscore est déposé. L'Égypte n'accepte pas cette décision et adhère avec ardeur au monophysisme, parce qu'il est condamné par Constantinople. Le patriarche de la capitale et l'empereur tenteront plus d'une fois de réconcilier les monophysites en rejetant les définitions de Chalcédoine : peine perdue, l'Égypte tient à son hérésie nationale. Comme le pouvoir juge indispensable l'unité de croyance, les années de persécution sont nombreuses dans les deux siècles qui suivent le concile de 451. Dès 457, Alexandrie se soulève et massacre le patriarche chalcédonien ; l'usurpateur monophysite bénéficie des luttes politiques qui se déroulent à Constantinople, et il y aura toujours un parti de la conciliation, dirigé par un prétendant ou un empereur, soucieux de l'appui de l'Égypte. À partir de 460, il y a deux séries de patriarches : le patriarche melkite (royal, car le mot « impérial » est inconnu en Orient), toujours menacé par la fureur populaire, et le patriarche monophysite (les monophysites, depuis le Ve s., ne reconnaissent qu'une seule nature en Jésus-Christ), toujours appuyé par la majorité des indigènes. Au VIe s., les monophysites se divisent en sectes ennemies, toutes d'accord cependant pour reprocher au patriarche jacobite ses ménagements pour le pouvoir impérial. Cette période agitée est la grande époque de l'art et de la littérature coptes.

   Au VIIe s., l'empereur Héraclius (610-641), qui a reconquis ses provinces orientales sur les Sassanides (les Perses ont occupé l'Égypte de 616 à 629), veut à tout prix rétablir l'unité de croyance. Ses édits, qui imposent aux juifs le baptême, aux sectes chrétiennes rivales la doctrine nouvelle du monothélisme, provoquent des réactions violentes, et la haine des Grecs et du pouvoir impérial est à son comble lorsque les Arabes envahissent l'Égypte.

L'Égypte musulmane jusqu'à Méhémet-Ali (642-1805)

La conquête et l'occupation arabe

L'armée byzantine d'Égypte, forte de 30 000 hommes, était presque entièrement composée d'indigènes de médiocre valeur militaire. Le patriarche melkite Cyrus (630 ou 631-643 ou 644), chargé par Héraclius de la réconciliation des monophysites, s'était vu confier les pouvoirs du préfet augustal, mais sa dureté envers les hérétiques l'avait rendu impopulaire. L'Égypte n'a pas appelé les Arabes, mais elle les a laissés faire.

   En 640, sous le califat d'Umar, le général arabe Amr ibn al-As envahit le pays ; en 642, Alexandrie capitule. Le vainqueur fonde la forteresse de Fustat (le Vieux-Caire). Il remet en état le canal du Nil à la mer Rouge, et l'annone est dirigée sur Médine.

   Les Arabes, peu nombreux, restent groupés en garnisons, qui sont entretenues par le produit des terres qui restent propriété d'État. L'appât de cette vie mercenaire, l'appel à la colonisation lancé par les gouverneurs (amil) grossissent le nombre des Arabes. Des capitulations ont laissé aux chrétiens leurs églises, leur organisation locale, mais ils doivent payer des impôts spéciaux : le kharadj, impôt foncier qui marque la propriété éminente des conquérants musulmans, et la djizya (capitation). La série des patriarches melkites s'arrête de 651 à 742 ; leur confession est très minoritaire. Les monophysites diminuent très rapidement : vers 750, ils ne représentent plus qu'un quart de la population. Comment s'explique cette conversion rapide à l'islam ? L'épiscopat jacobite, reconstitué trop vite après les persécutions, est fort médiocre. Beaucoup de chrétiens se convertissent pour échapper aux impôts spéciaux. Comme les moines sont exempts de capitation, des foules se réfugient dans les monastères. Le gouverneur prend des mesures rigoureuses de contrôle, les faux moines apostasient. Les Arabes ont la sagesse de conserver les institutions administratives des Byzantins avec des Coptes comme fonctionnaires subalternes. Il semble que la mainmise de l'État byzantin sur le commerce extérieur ait été levée. Le commerce vers l'Inde se ranime, mais le golfe Persique reste plus important que la mer Rouge.

   L'Égypte suit le sort du monde arabe pendant deux siècles : omeyyade dès 661, elle n'est guère touchée par les hérésies de l'islam. La politique fiscale des Abbassides, qui exploitent la vallée du Nil pour le seul profit des capitales irakiennes, provoque des révoltes périodiques des Arabes et des Coptes.

Les Tulunides (868-905)

Un esclave turc, Ahmad, fils de Tulun, est chargé, en 868, du commandement des troupes : il organise un corps de mercenaires achetés sur les marchés d'esclaves, les mamelouks. Il se proclame maître de l'Égypte et conquiert la Syrie. Son fils se fait reconnaître par le calife gouverneur de l'Égypte et des pays voisins. En 905, une armée abbasside réoccupe le pays.

Les Ikhchidides (935-969)

Un Turc, Muhammad, qui a pris le surnom royal iranien d'Ikhchid, reçoit de Bagdad les pleins pouvoirs pour lutter contre la propagande des hérétiques chiites.

Les Fatimides (969-1171)

Maîtres du Maghreb depuis 909, les Fatimides, chiites, visent depuis longtemps l'Égypte. Profitant de la mort du vizir Abu al-Misk Kafur, rempart de la dynastie ikhchidide (968), leur armée occupe l'Égypte et la Syrie (969) ; elle fonde à côté de Fustat la ville d'al-Qahira (la Victorieuse) [le Nouveau Caire]. En 973, le calife al-Muizz vient s'installer en Égypte. Son petit-fils al-Hakim (996-1021) est un fou qui se prend pour Dieu. Bientôt, des troubles éclatent, dus aux rivalités des divers contingents (mamelouks, Berbères, Turcs…). La dynastie perd le Maghreb en 1045, est attaquée en Syrie par les Seldjoukides (1075), et en Palestine par les croisés, qui lui enlèvent Jérusalem (1099). Elle est sauvée par l'énergie des vizirs, qui finissent par choisir eux-mêmes leur calife. L'Égypte connaît alors une grande prospérité. Le pays n'est plus exploité au profit de capitales lointaines ; la mer Rouge et Alexandrie reprennent le premier rang pour l'intermédiaire entre la Méditerranée et l'Extrême-Orient. Les marchands de Venise et d'Amalfi, qui assurent les relations maritimes avec le Maghreb, affluent à Alexandrie ; des caravanes relient également l'Égypte à l'Afrique du Nord, au Soudan, à l'Éthiopie. L'artisanat, aux mains des Coptes, continue à fabriquer des objets de valeur : ivoires, cuivres et bronzes, verrerie, carreaux de faïence émaillée. Le Caire s'orne de monuments remarquables : le palais du calife (Qasr al-Kabir, aujourd'hui disparu), la mosquée al-Azhar.

   

En 1164, devançant les troupes du royaume de Jérusalem, les lieutenants de l'atabek turc de Mossoul, Chirkuh, et son neveu Saladin (Salah al-Din) occupent l'Égypte. Saladin devient vizir en 1169 et, à la mort du Fatimide al-Adid (1160-1171), fait prononcer la prière au nom du calife de Bagdad.

Les Ayyubides (1171-1250)

Saladin, fils de l'émir kurde Ayyub, fonde une dynastie royale ; il annexe la Syrie et le Yémen, et se fait reconnaître par Bagdad ; en 1187, il porte un coup décisif au royaume de Jérusalem. Son État se morcelle après sa mort. Les croisés ne cessent de tenter des débarquements dans le Delta. En juin 1249, Saint Louis débarque à Damiette ; battu et pris à Mansourah (février 1250), il évacue l'Égypte. Le dernier Ayyubide est tué en mai 1250, et le pouvoir passe aux chefs des mamelouks.

Les Mamelouks (1250-1517)

Cette oligarchie indisciplinée contrôle une administration modèle et assure la prospérité dans le seul pays du monde arabe qui échappe aux ravages des Mongols. Alexandrie détient maintenant le monopole du transport des épices vers l'Europe chrétienne ; les Vénitiens et les Génois, qui se disputent ce marché, n'hésitent pas, malgré les défenses de l'Église, à livrer aux Égyptiens du bois, du fer, des armes, des esclaves. Les taxes prélevées à la sortie d'Alexandrie expliquent le luxe de la cour du Caire, les magnifiques monuments de la capitale : mosquée funéraire de Qalaun (XIIIe s.), mosquée-madrasa du sultan Hasan (XIVe s.), mosquée de Qaitbay (XVe s.).

   De 1250 à 1382, le pouvoir est aux mains des Mamelouks bahrites, des Turcs. Qutuz (1259-1260) sauve l'Égypte en battant les Mongols à Ayn Djalut, en Palestine (1260). Baybars (1260-1277), qui a tué Qutuz, proclame un Abbasside comme calife et se fait nommer sultan par lui ; il conquiert la majeure partie des villes du royaume de Jérusalem, dont le commerce concurrençait celui d'Alexandrie ; Qualaun (1279-1290) achève la destruction de l'État des croisés par la prise d'Acre (1291). Le royaume d'Arménie-Cilicie (ou Petite Arménie) tombera à son tour en 1375. En 1382, le pouvoir passe aux Mamelouks burdjites, des Circassiens. La nouvelle dynastie est victime de coups d'État multipliés. La situation économique est moins bonne : la monnaie d'or fuit vers l'Occident, et l'Égypte n'a plus qu'une monnaie de billon. Les Mamelouks ont sauvé l'Égypte de l'invasion de Timur (1400), mais la campagne a coûté si cher que le sultan Barsbay (1422-1438) tente vainement d'instaurer un monopole d'État du commerce extérieur. Dès 1503, les Portugais s'installent en maîtres en Inde et coupent les convois d'épices à destination de l'Égypte ; en 1509, Francisco de Almeida détruit la flotte des Mamelouks.

   Depuis longtemps, l'Égypte est convoitée par les Ottomans. En 1516, le sultan Selim attaque les Mamelouks ; seul à posséder une artillerie, il les écrase à Alep (1516), au Caire (1517). Selim, qui a racheté les droits du dernier calife, se proclame commandeur des croyants.

L'Égypte turque de 1517 à 1805

La province est confiée à un pacha nommé pour un an. Il lève les impôts, envoie 600 000 piastres par an et des contingents militaires à Constantinople. Il est assisté par 24 préfets, les beys ; ceux-ci achètent des esclaves (des mamelouks) pour se faire une garde personnelle ; lorsqu'une charge de bey est vacante, le bey le plus puissant propose un de ses mamelouks. Pour garder les frontières et refouler les Bédouins, le pacha dispose de sept régiments commandés par des aghas. Les aghas sont élus pour un an par les soldats ; à leur sortie de charge, ils entrent dans un conseil des anciens aghas, qui administre l'armée. Beys et aghas se font donner des villages en usufruit ; dans chacun de ces villages, ils ont un domaine personnel, qu'ils font cultiver par corvées, et ils lèvent l'impôt sur les autres terres ; ils en expédient une partie au pacha et gardent le reste. Le pouvoir des pachas ne cesse de décliner devant ces milices insubordonnées. Ali Bey (1757-1773) se rend indépendant du Sultan, qui a beaucoup de mal ensuite à rétablir son autorité nominale. L'incurie turque amène le déclin de l'économie.

   Au XVIIIe s., le pays est convoité par la France et la Russie, surveillé par les Anglais. Les Français (des Marseillais), bénéficiant des Capitulations, sont pratiquement les seuls à commercer à Alexandrie. Les Anglais, qui ont obtenu en 1775 l'ouverture de la mer Rouge, empruntent le territoire égyptien pour se rendre aux Indes.

   Les beys se mettent la France à dos en raison des exactions dont ils frappent ses nationaux. C'est alors que Bonaparte fait décréter par le Directoire l'expédition d'Égypte (campagne d'Égypte). Il prend Alexandrie le 2 juillet 1798, bat les mamelouks aux Pyramides (21 juillet). Son équipe de savants commence l'inventaire des richesses du pays et inaugure le renouveau des méthodes d'exploitation de l'Égypte. Bonaparte rentre en France en août 1799 ; son armée, qu'il avait laissée à Kléber (assassiné le 14 juin 1800), capitule à la suite d'un débarquement de Turcs et d'Anglais (30 août 1801).

L'Égypte moderne (1805-1952)

Le Sultan ne réussit pas à rétablir sa domination, et, malgré les Anglais, l'Égypte passe au chef des troupes albanaises, Méhémet-Ali, qui oblige Constantinople à le reconnaître comme pacha (1805). Il en finit avec les mamelouks en faisant massacrer 300 beys (1811). Il se débarrasse de ses Albanais turbulents en les envoyant conquérir le Soudan et les remplace par une armée recrutée chez les fellahs et encadrée par des instructeurs français (Sèves). Il développe la richesse de l'Égypte. Il instaure un nouveau cadastre : le lot de chaque chef de famille y est inscrit à titre viager ; le pacha s'est réservé un domaine personnel de 400 000 ha et a distribué de vastes terres aux maires de villages et aux fermiers des impôts. Les corvées des fellahs sont utilisées pour d'énormes travaux d'irrigation. Le pacha impose aux paysans la culture du coton et de la canne à sucre pour l'exportation, dont il s'attribue le monopole. Il s'efforce de se faire bien voir des Européens et spécialement des Français, parmi lesquels il cherche ses collaborateurs, et il encourage la science nouvelle de l'égyptologie (Champollion, Mariette). Pour couvrir ses frontières et se procurer le bois nécessaire à ses constructions navales, il réclame au Sultan la Syrie pour prix de son intervention en Grèce. Le Sultan, qui refuse, est battu et cède (1833). Mais l'Angleterre, à qui le pacha interdit le libre passage par l'isthme de Suez, inquiète de sa francophilie, dresse contre lui les puissances, et, en 1841, Méhémet-Ali perd la Syrie et doit se contenter du pachalik héréditaire de l'Égypte.

   Son petit-fils, Abbas (1848-1854), qui lui succède, renvoie les conseillers de son aïeul, suspend les grands travaux, se rapproche du Sultan par haine des consuls européens. Il est étranglé et remplacé par le dernier fils de Méhémet-Ali, Said (1854-1863), qui se laisse mener par les étrangers. De nombreuses écoles sont ouvertes par les ordres religieux français ; les fouilles sont développées par Mariette. Le pacha réforme le régime foncier : la propriété éminente de l'État est supprimée ; la corvée est officiellement abolie ; le fellah peut vendre librement son lot et les produits de sa terre, mais l'État peut reprendre son lot si l'impôt n'est pas payé. Les donations faites par la dynastie de Méhémet-Ali permettent la constitution de grands domaines, à côté des parcelles toujours plus exiguës des paysans ; le surpeuplement apparaît : la population, qui était tombée à 2 millions d'habitants en 1800, sera de 10 millions à la fin du siècle. L'Égypte reprend son rôle d'intermédiaire entre l'Europe et l'Extrême-Orient. La voie ferrée relie Alexandrie à Suez en 1859, mais, dès 1856, Said avait accordé à F. de Lesseps la concession du futur canal de Suez. Les travaux se poursuivent de 1859 à 1869, malgré la mauvaise volonté des Anglais, inquiets de la mainmise française sur cette artère vitale de leur empire ; le 17 novembre 1869, le canal est solennellement inauguré.

   La Grande-Bretagne pense dès lors à s'assurer le contrôle du canal ; en 1874, elle rachète les actions du khédive Ismaïl (1863-1879) [le Sultan lui a accordé ce titre, qui équivaut à souverain, par un firman de 1867]. En 1876, Ismaïl, ruiné par ses prodigalités, suspend le paiement de la Dette. La France et l'Angleterre prennent la direction de l'administration égyptienne, puis remplacent Ismaïl par son fils Tawfiq (1879-1892). La mainmise des étrangers provoque le mouvement nationaliste du colonel Urabi. Un massacre de chrétiens à Alexandrie (juin 1882) permet une intervention européenne : la France se dérobant, l'Angleterre agit seule, et Urabi, qui attaque la zone du canal, est battu à Tell el-Kébir (13 septembre 1882). Malgré les réclamations françaises et les protestations de la Turquie, l'Angleterre installe sa domination sans titre sur l'Égypte : un haut-commissaire assiste le khédive, des Anglais surveillent l'administration et l'armée. Les finances sont assainies ; la construction des barrages d'Assouan et d'Assiout augmente de moitié la surface cultivée.

   Sous Ismaïl, l'armée égyptienne avait achevé la conquête du Soudan oriental ; puis, cédant aux objurgations des puissances, le khédive interdit la traite dans ces territoires, qui en vivaient. Le Soudan s'insurge et tombe aux mains des derviches (mahdi Muhammad Ahmad et Abd Allah ibn Muhammad al-Taaichi) [1881-1885]. Kitchener, qui a réorganisé l'armée égyptienne, reconquiert le Soudan en 1898 et oblige les Français à renoncer à leurs prétentions sur cette province de l'Égypte (affaire de Fachoda). La présence des Anglais cristallise l'opposition nationaliste, née de la prédominance économique des étrangers (235 000, qui possèdent la moitié de la fortune de l'Égypte). Le nationalisme, au début du XXe s., se veut comme un retour aux sources de l'islam et se donne le panarabisme comme fin dernière.

   En novembre 1914, le sultan de Turquie, qui a déclaré la guerre à l'Angleterre, proclame la guerre sainte. Le 17 décembre 1914, Londres dépose le khédive Abbas Hilmi (1892-1914), le remplace par son oncle Husayn Kamil (1914-1917), nommé sultan, et proclame en même temps son protectorat et la suppression de la suzeraineté ottomane.

   Dès 1918, l'Égypte réclame son indépendance. L'avocat Zaghlul organise le parti Wafd. Le désordre persistant amène Lloyd George à proclamer la fin du protectorat (février 1922). Le sultan devient le roi Fuad Ier et promulgue une constitution parlementaire (1923). Mais, jusqu'à la conclusion d'accords, la Grande-Bretagne se réserve les communications, la défense, la protection des intérêts étrangers et l'administration du Soudan. L'occupation militaire continue, ainsi que l'agitation. En 1927, Zaghlul meurt et est remplacé à la tête du Wafd par Nahhas Pacha. Contre le Wafd majoritaire, le roi et le haut-commissaire soutiennent des cabinets dictatoriaux. L'affaire d'Éthiopie amène l'Angleterre à céder : le traité du 26 août 1936 accorde à l'Égypte l'indépendance totale ; les Capitulations seront abolies à la Conférence de Montreux (1937). Toutefois, l'Angleterre garde un certain contrôle sur la politique étrangère de l'Égypte et continue à occuper la zone du canal ; le Soudan est soumis à un condominium. Farouk (1937-1952), fils et successeur de Fuad, reprend la lutte contre le Wafd, dont l'influence décline devant les Chemises vertes (mouvement fascisant d'Ahmad Husayn) et les mouvements religieux, qui admirent le roi pour sa piété. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Égypte est une base essentielle pour l'armée britannique ; Farouk est plus que réticent devant l'aide qu'exige la Grande-Bretagne, et une partie de l'opinion se montre également germanophile. Dès 1945, l'Égypte réclame l'évacuation de la zone du canal et la restitution du Soudan. Devant les lenteurs britanniques, l'opinion s'enflamme ; la crise sociale, due à la surpopulation rurale et à la constitution d'un prolétariat urbain, renforce la crise politique. La guerre contre Israël (mai 1948-février 1949) tourne à la confusion des pays arabes et de leur leader égyptien ; les vaincus se refusent à reconnaître le fait accompli et se contentent d'un simple armistice (Rhodes, 24 février 1949). La menace israélienne reste un des slogans de la politique égyptienne. En 1950, le roi appelle le chef du Wafd au pouvoir ; Nahhas dénonce le traité de 1936 et fait proclamer Farouk « roi d'Égypte et du Soudan » (1951). L'agitation nationaliste croît, attisée par les frères musulmans, qui groupent 500 000 membres, recrutés surtout dans les milieux ruraux ; le 26 janvier 1952, une violente émeute populaire éclate au Caire.

L'ère nassérienne

La République

Le 23 juillet 1952, le général Néguib, soutenu par un groupe d'officiers dénommés les « officiers libres », contraint à l'abdication Farouk, rendu responsable de la corruption administrative et de la défaite devant Israël. Les « officiers libres » prennent le pouvoir, les partis politiques sont supprimés, la république est proclamée (18 juin 1953). Néguib est bientôt démis de ses fonctions de président de la République (février 1954) et remplacé (novembre) par le lieutenant-colonel (bikbachi) Gamal Abdel Nasser. Le traité d'évacuation de la zone du canal est signé avec l'Angleterre (octobre 1954), mais le Soudan devient indépendant.

La politique extérieure

Comme les Américains, inquiets de la politique « neutraliste » de Nasser, qui fait équiper son armée par l'U.R.S.S., renoncent à financer la construction du deuxième barrage d'Assouan, Nasser annonce la nationalisation du canal de Suez (26 juillet 1956). Israël attaque l'Égypte le 29 octobre 1956 ; le 31, la France et la Grande-Bretagne envoient des troupes, qui prennent l'armée égyptienne à revers. Mais l'O.N.U., forte de l'entente entre les États-Unis et l'U.R.S.S., impose un cessez-le-feu (2 et 4 novembre 1956). Isolés, la France, la Grande-Bretagne et Israël se retirent (22 décembre). La nationalisation du canal devient effective. Fort de la position stratégique de l'Égypte, Nasser, qui aspire à jouer un rôle primordial dans le tiers monde non engagé, perfectionne sa politique de « neutralisme positif » et bénéficie aussi bien de l'aide américaine que des crédits soviétiques (ces derniers étant utilisés essentiellement pour le nouveau barrage d'Assouan).

   Mais c'est surtout dans le monde arabe que Nasser entend occuper une place de premier plan. La création, le 1er février 1958, de la République arabe unie (Égypte et Syrie), élargie le 8 mars en un État arabe uni par l'association du Yémen à la R.A.U., doit aboutir, dans l'esprit de Nasser, à la constitution d'une vaste fédération arabe dont il assumerait la direction. À cette fédération, Nasser assigne un but économique (constitution d'un Marché commun arabe) et politico-militaire (lutte unitaire contre Israël). Mais cette entreprise, qui ne tient pas compte de la situation spécifique de chacun des États constitutifs, ne tarde pas à avorter : dès novembre 1959, le Yémen s'en détache et, en septembre 1961, la Syrie fait sécession à son tour. Reprise en avril 1963 sous la forme d'une Union tripartie unissant l'Égypte, la Syrie et l'Iraq, la politique nassérienne de la nation arabe débouche sur un nouvel échec dès la fin de 1963.

   Nasser tente également de susciter une solidarité arabe dans le domaine économique : un projet de détournement des eaux du Jourdain est présenté à la première conférence de tous les souverains et chefs d'État membres de la Ligue arabe réunis au Caire en janvier 1964. Le projet entre en application à partir du deuxième sommet arabe d'Alexandrie, le 5 septembre. L'opposition d'Israël permet à Nasser de faire passer l'unité d'action du plan économique au plan militaire : érection de Gaza en territoire palestinien « indépendant » le 9 mars 1962 ; création d'un commandement militaire unifié approuvée au Caire en janvier 1964 ; mise sur pied de l'Organisation de libération de la Palestine (O.L.P.) en septembre 1964. Enfin, il s'efforce, au troisième sommet arabe de Casablanca (septembre 1965), de parachever son œuvre unificatrice sur le plan politique, grâce à un « protocole de solidarité arabe ».

   Mais les efforts de Nasser échouent très rapidement, en partie à cause des problèmes posés par l'Arabie saoudite : le soutien de cette dernière aux royalistes du Yémen immobilise les forces égyptiennes qui appuient le gouvernement républicain et les empêche de protéger les travaux de détournement du Jourdain ; d'autre part, le projet saoudien de pacte islamique (février 1966) est considéré par Nasser comme une manœuvre dirigée contre l'Égypte.

   Le président égyptien s'oriente, en 1967, vers une politique directement anti-israélienne. Il veut engager avec ses partenaires une action militaire commune contre le gouvernement de Tel-Aviv, qui permettrait d'accélérer la constitution de l'unité arabe et d'éliminer Israël tant du Moyen-Orient que de l'Afrique. C'est dans cette perspective que Nasser prend les mesures décisives de mai-juin 1967 : départ immédiat, à sa demande, des observateurs de l'O.N.U. stationnant le long de la ligne d'armistice israélo-égyptienne ; réoccupation de Charm el-Cheikh et fermeture du détroit de Tiran (22 mai 1967). Le voyage « éclair » du roi Husayn de Jordanie en Égypte (30 mai 1967) et l'alignement du régime d'Amman sur celui du Caire sont les fruits de cette politique, qui aboutit cependant à un désastre militaire lors de la troisième guerre israélo-arabe (juin 1967).

   Cette guerre « des Six-Jours » coûte à l'Égypte non seulement la partie la plus moderne de son équipement militaire, mais aussi les revenus du canal de Suez et ceux de ses gisements de pétrole (dans le Sinaï).

   Le refus de l'O.N.U. de condamner Israël comme agresseur, l'obligation où se trouve l'Égypte d'accepter la présence d'observateurs de l'O.N.U. le long du canal de Suez – et non le long de la ligne d'armistice de 1949 –, la nécessité où elle est de tenir compte de la position très ferme de l'Algérie à l'encontre d'Israël (rencontre des quatre chefs d'État égyptien, syrien, irakien et algérien au Caire les 13 et 14 juillet 1967), le malaise, enfin, de l'armée (suicide du maréchal Amer en septembre), tous ces faits posent de graves problèmes. Nasser tente de les résoudre d'abord en allégeant l'effort de guerre de son pays. Ainsi, l'accord de Khartoum entre l'Égypte et l'Arabie saoudite prévoit la fin de l'intervention militaire des deux pays au Yémen (août 1967). Nasser décide ensuite de renoncer à réduire Israël par la force (conférence de Khartoum, août-septembre 1967). Enfin, il fait appel à l'U.R.S.S. pour reconstituer son potentiel militaire.

   De juillet à novembre 1968, les incidents se multiplient sur le canal. La situation s'aggrave en mars et en avril 1969 ; le général Riyad, chef d'état-major égyptien, est tué au cours d'un affrontement. Pendant cette période, Nasser refuse toute solution négociée équivalant à une capitulation, mais il propose d'ouvrir des négociations directes et d'accepter la « réalité » d'Israël à la condition que les territoires occupés soient évacués (mai 1969) ; ces tentatives échouent.

   Nasser proclame le 23 juillet 1969 le début de la guerre d'usure, après avoir déclaré caducs les accords de cessez-le-feu. Israël procède à des attaques terrestres et aériennes très nombreuses. Sur le plan diplomatique, l'impasse est totale. en décembre, l'U.R.S.S. et l'Égypte repoussent le plan américain élaboré par William Rogers. Toutefois, le 25 juin 1970, William Rogers présente un deuxième plan de paix, qui est accepté par Nasser, puis par Golda Meir ; cette initiative prévoit le rétablissement du cessez-le-feu pour trois mois et la relance de la mission Jarring. Le cessez-le-feu entre en application sur le canal le 7 août, mais la mission Jarring ne peut reprendre, car Israël exige le démantèlement des bases de fusées installées par l'Égypte depuis le 7 août.

   Les relations entre l'Égypte et l'U.R.S.S. ne cessent de se développer : la coopération économique et militaire s'intensifie. Quant aux relations avec les États-Unis, elles se détériorent encore à cause des livraisons d'armes et du soutien américain à Israël.

   Avec les pays arabes, Nasser pratique une politique prudente, entretenant de bons rapports à la fois avec les régimes conservateurs et avec les régimes progressistes ; il agit comme médiateur dans les conflits de frontières opposant l'Arabie saoudite et le Yémen du Sud (décembre 1969). Il intervient aussi dans les affrontements entre Libanais et Palestiniens (octobre, décembre 1969), et entre le roi Husayn de Jordanie et les Palestiniens (février, juin, septembre 1970). Il tente de nouer des liens plus étroits avec le Soudan et la Libye, et développe la coopération avec ces pays (février-mai 1970).

La politique intérieure

Nasser entreprend, au lendemain de l'affaire de Suez, de socialiser l'économie égyptienne. Dès janvier 1957, il contraint les sociétés étrangères à se transformer en sociétés par actions égyptiennes. En février 1960, il crée la Banque centrale d'Égypte. En mai, la presse est nationalisée au profit du parti unique. En juillet 1961, une seconde réforme agraire réduit les propriétés foncières individuelles à 100 feddans et redistribue le surplus : un tiers à des coopératives agricoles et deux tiers à des petits paysans. En même temps, Nasser frappe les possédants d'impôts très lourds avant de nationaliser toutes les banques, les compagnies d'assurances et de navigation ainsi que les sociétés industrielles du pays (1961-1963).

   Les structures étant réformées, Nasser établit, avec l'aide de l'U.R.S.S., un premier plan triennal (fin 1958), qui doit permettre le lancement d'un plan décennal (1960-1970) divisé en deux périodes quinquennales (1960-1965 et 1966-1970) ; la deuxième sera prolongée de deux ans en raison de difficultés. Ce plan accorde la priorité à l'industrie lourde et à l'accroissement des rendements agricoles, tandis que se poursuit la construction du haut barrage d'Assouan (Sadd al-Ali).

   La politique sociale du gouvernement améliore les conditions de vie du prolétariat industriel égyptien et celles des paysans bénéficiaires de la réforme agraire. Mais de nombreux facteurs contribuent à aggraver la situation économique du pays : la poussée démographique, qui se fait à un rythme plus rapide que ne progresse la superficie des terres cultivées ; le maintien d'un chômage très élevé ; l'insuffisance du ravitaillement alimentaire ; la mise en place d'une bureaucratie trop pesante ; enfin l'aggravation du déficit de la balance des paiements, dû aux nécessités du plan et à la politique d'armement du pays.

   Afin d'assurer le succès de sa politique, Nasser préconise la mobilisation des masses populaires et crée à cette fin, en 1962, un parti unique, l'Union socialiste arabe, qui, dirigée par Ali Sabri, se donne comme objectif la prise de conscience du peuple égyptien sur la base d'une charte d'action nationale soulignant la nécessité d'une solution socialiste aux problèmes de l'Égypte. À gauche, le parti communiste sera interdit en 1965, et, à droite, les Frères musulmans seront poursuivis et arrêtés au cours de l'été 1965 pour complot. Nasser tente parallèlement de renforcer son autorité sur le plan institutionnel. Après une expérience fictive de direction collégiale, établie par la proclamation constitutionnelle du 27 septembre 1962 – Nasser cumule la présidence de la République et celle du conseil de la présidence –, le chef de l'État revient, en mars 1964, au système antérieur, qui partage le pouvoir entre lui-même et l'Assemblée nationale. Cette dernière est composée de 350 membres élus pour cinq ans au suffrage universel et secret, dix sièges restant pourtant à la disponibilité du président de la République, qui peut, en outre, la dissoudre.

   Réélu pour six ans le 15 mars 1965, Nasser reste le véritable chef de l'exécutif, ses Premiers ministres, Ali Sabri, Zakaria Mohieddine ou Sulayman Sidqi, étant choisis parmi ses amis les plus fidèles.

   Devant la crise qui suit la guerre des Six-Jours, Nasser cherche à consolider le régime ébranlé. Un nouveau gouvernement est formé le 10 mars 1968 ; le vice-président Zakaria Mohieddine démissionne au même moment, et Ali Sabri abandonne la direction de l'Union socialiste arabe. Le 30 mars, un programme de réformes est approuvé par référendum ; il concerne le remaniement du parti, la rédaction d'une nouvelle Constitution, le renouvellement de l'Assemblée nationale et des mesures sociales.

   Le gouvernement cherche à relancer l'économie ; ainsi, Nasser accorde une certaine autonomie de gestion aux entreprises et aux sociétés étatisées ; les entreprises privées sont encouragées ; le séquestre des biens de certains capitalistes est levé ; mais le commerce de gros est nationalisé. La saisie des biens des paysans endettés est interdite, et la représentation des paysans au sein du parti et dans les collectivités locales est accrue. En outre, l'Union socialiste arabe, réorganisée après juillet 1968, se réunit en congrès en septembre : certains membres critiquent la passivité de l'Égypte vis-à-vis d'Israël ; au même moment, le président de l'Union des étudiants réclame le rétablissement des libertés publiques et individuelles. Nasser décide alors de faire participer les étudiants volontaires à la défense du territoire : le 1er novembre 1968, à la suite du raid israélien contre la centrale électrique de Nag-Hamadi, il ordonne la création d'une « armée de défense populaire », pour répondre au souhait des dirigeants étudiants. De plus, les paysans pauvres reçoivent des terres, et des crédits sont accordés pour le développement de l'agriculture ; les ouvriers du secteur pétrolier sont les premiers à bénéficier du partage des bénéfices de leurs entreprises. Mais, les 20 et 21 novembre, de violents affrontements entre étudiants et policiers se déroulent à Mansourah, et, quelques jours après, à Alexandrie ; le gouvernement décide alors de fermer l'université. Le 15 décembre, tous les organismes paramilitaires fusionnent et passent sous le contrôle de l'État ; l'entraînement militaire dans les écoles secondaires est supprimé.

   Aux élections du 8 janvier 1969, l'Union socialiste arabe obtient la quasi-totalité des sièges à pourvoir. En août 1969, la troisième réforme agraire permet à des milliers de paysans d'accéder à la propriété. En décembre, le raïs choisit comme vice-président Anouar el-Sadate. La situation économique et sociale s'améliore nettement (fin de l'année 1969-début de l'année 1970).

La présidence d'Anouar el-Sadate (1970-1981)

Après la mort soudaine de Nasser, le 28 septembre 1970, Anouar el-Sadate devient président de la République. Un nouveau gouvernement est constitué : présidé par Mahmud Fawzi, il comprend des « nassériens » de gauche et des hommes situés plus à droite. En outre, Sadate nomme deux vice-présidents (dont Ali Sabri). Mais, rompant bientôt avec la gauche nassérienne, il destitue Ali Sabri, le 2 mai 1971, et fait arrêter plusieurs ministres et dirigeants du parti ; une campagne d'épuration frappe les cadres du pays. Le 14 mai, Mahmud Fawzi forme un nouveau gouvernement ; peu après, des réformes sont annoncées, concernant la refonte des structures du parti, l'élection de nouveaux dirigeants, la promulgation d'une Constitution permanente et la fin de l'« arbitraire policier », le gouvernement fait libérer des prisonniers politiques et indemniser les victimes des nationalisations. Au cours d'un référendum, la Constitution permanente est adoptée (11 septembre) ; une nouvelle Assemblée nationale est élue. Le 16 janvier 1972, Aziz Sidqi devient Premier ministre.

   Mais sa désignation à la tête du gouvernement et les explications du président Sadate relatives à la poursuite de la trêve suscitent le mécontentement, en particulier chez les étudiants. Des émeutes ayant éclaté, le 26 mars 1973 Sadate annonce qu'il assure désormais la charge de président du Conseil et il se fait nommer gouverneur militaire ; l'un de ses fidèles, Hafiz Ghahim, devient secrétaire général de l'Union socialiste arabe ; enfin, un nouveau gouvernement est constitué ; il poursuit la libéralisation de l'économie et la « dénassérisation » du régime.

Le rapprochement avec les États-Unis

La préoccupation majeure de l'Égypte demeure la recherche d'un règlement du conflit avec Israël. L'assemblée générale de l'O.N.U. vote, le 4 novembre 1970, une résolution préconisant notamment l'évacuation des territoires occupés et l'application du cessez-le-feu pour une durée de trois mois ; l'Égypte et Israël acceptent d'appliquer le cessez-le-feu. Sadate décide, le 4 février 1971, de prolonger la trêve, mais le cessez-le-feu n'est pas renouvelé le 7 mars. Au même moment, il propose au président Richard Nixon de reprendre les relations diplomatiques si les États-Unis demandent à Israël d'évacuer les territoires occupés ; le 4 mai, William Rogers est reçu en visite dans la capitale égyptienne : un rapprochement s'amorce entre les deux pays. À la même époque, les États-Unis proposent aux belligérants de rouvrir le canal de Suez ; ce projet est considéré par l'Égypte comme la première étape de l'évacuation totale du Sinaï ; Israël n'admet pas cette interprétation ; le plan Rogers est repoussé en octobre par Sadate et par Golda Meir.

   Parallèlement, les relations avec l'U.R.S.S. se relâchent. En juillet 1972, les conseillers militaires et le personnel soviétique chargé de la défense aérienne doivent quitter l'Égypte.

   Celle-ci, par ailleurs, développe ses rapports avec l'Iran et avec l'Iraq, poursuivant aussi la coopération économique avec l'Arabie saoudite. Le 17 avril 1971, un accord signé à Benghazi amorce la création d'une fédération entre la Syrie, la Libye et l'Égypte, qui reste sans effet, de même que le projet d'union totale de l'Égypte et de la Libye conclu en août 1972. Le climat se détériore avec la Jordanie : le gouvernement égyptien condamne le plan de paix élaboré par le roi Husayn, et les relations diplomatiques sont rompues entre les deux pays le 7 avril 1972, puis rétablies en septembre 1973.

   Le 6 octobre 1973, l'Égypte et la Syrie déclenchent le quatrième conflit israélo-arabe, qui s'achèvera d'une manière honorable pour Damas et Le Caire.

   Après la guerre d'octobre, les options du successeur de Nasser s'affirment. Cette guerre a constitué une « technique » de déblocage des négociations israélo-arabes, dont le but est de contraindre les États-Unis à jouer un rôle plus actif, notamment en exerçant des pressions auprès d'Israël afin que cet État se décide à appliquer la résolution 242 du Conseil de sécurité (adopté le 22 novembre 1967, ce texte prévoit le retrait d'Israël des territoires occupés lors de la guerre des Six-Jours). Scellé par le rétablissement des relations diplomatiques, rompues depuis 1967, entre Washington et Le Caire ainsi que par la visite de R. Nixon en Égypte (12-14 juin 1974), le rapprochement américano-égyptien se traduit par l'adhésion de Sadate à la politique des « petits pas ». Inaugurée par le secrétaire d'État Henry Kissinger, cette dernière est matérialisée par les accords de désengagement des 18 janvier 1974 et 1er septembre 1975, par lesquels Israël accepte de restituer une partie du Sinaï au Caire. Le 5 juin 1975, le canal de Suez est rouvert à la navigation.

La paix israélo-égyptienne

Le 9 novembre 1977, le raïs provoque un coup de théâtre en annonçant, devant l'Assemblée du peuple, qu'il est prêt à se rendre en Israël, sans conditions préalables, pour y entamer des négociations avec le gouvernement de Menahem Begin. Le séjour de  Sadate à Jérusalem (19-21 novembre 1977), puis la rencontre Sadate-Begin à Ismaïlia (25-26 décembre 1977) inaugurent un long processus diplomatique, dans lequel les États-Unis interviennent à diverses reprises pour relancer les pourparlers. Le 5 septembre 1978 débute à Camp David (États-Unis) un « sommet » américano-égypto-israélien. Douze jours plus tard, Carter, Begin et Sadate signent à Washington deux « accords-cadres pour la paix au Proche-Orient », par lesquels Le Caire et Tel-Aviv s'engagent à conclure dans les trois mois un traité de paix. Le 26 mars 1979, le traité de paix égypto-israélien est signé à Washington par Begin et Sadate. Il prévoit un retrait par étapes, et dans un délai de trois ans, des forces israéliennes de l'ensemble du Sinaï, la normalisation des relations entre les deux pays et l'ouverture de pourparlers entre Le Caire et Tel-Aviv sur l'octroi d'un régime d'autonomie à la Cisjordanie et à Gaza. Conformément aux dispositions du traité, les forces israéliennes se retirent jusqu'à une ligne El-Arich-Ras Muhammad (25 janvier 1980). L'Égypte et Israël échangent des ambassadeurs le 26 janvier 1980, puis ils concluent plusieurs accords destinés à normaliser leurs relations (8 mai 1980). En revanche, les négociations sur l'autonomie palestinienne en Cisjordanie et à Gaza restent infructueuses.

   Les efforts de paix du Caire ont pour double conséquence une rupture définitive avec l'U.R.S.S. et un isolement progressif de l'Égypte au sein du monde arabe. Le 15 mars 1976, le traité d'amitié et de coopération égypto-soviétique du 27 mai 1971 est abrogé. Quelques semaines plus tard, Le Caire annonce la suppression des facilités consenties depuis 1968 à la marine soviétique dans les ports égyptiens. En août 1977, les exportations égyptiennes de coton vers l'U.R.S.S. (et la Tchécoslovaquie) sont suspendues. Le 26 octobre, l'Égypte décrète unilatéralement une interruption, pour une période de dix ans, du remboursement de ses dettes militaires à Moscou. Pour ses besoins de défense, Le Caire s'est déjà résolument tourné vers les États-Unis.

   Le processus de paix entamé avec Israël divise profondément le monde arabe. Intervenant quelques mois après un conflit égypto-libyen (juillet 1977), le voyage de Sadate à Jérusalem provoque la tenue d'une conférence du « Front de la fermeté » (Tripoli, 2-5 décembre 1977), qui réunit l'Algérie, l'Iraq, la Libye, la Syrie, l'O.L.P. et le Yémen du Sud, et prend des sanctions à l'encontre du Caire. L'Égypte réplique par la rupture de ses relations diplomatiques avec tous les États ayant participé à la conférence de Tripoli (5 décembre). Mais c'est surtout la conclusion des accords de Camp David et du traité de Washington qui va littéralement mettre l'Égypte au ban du monde arabe. Réunis à Bagdad le 31 mars 1979, les États membres de la Ligue arabe (à l'exception du Soudan et d'Oman) adoptent diverses mesures de rétorsion à l'encontre de l'Égypte : rupture des relations diplomatiques, transfert du Caire à Tunis du siège de la Ligue arabe, etc.

   Le retour de l'Égypte dans le camp occidental a des effets directs sur l'économie, réorientée dans une direction franchement libérale et favorable aux investissements étrangers. La politique dite « d'ouverture » (infitah) économique, présentée dans le « Document d'Octobre », est approuvée par référendum le 15 mai 1974. Dans le même temps, Sadate pose les jalons d'une ouverture politique, qui, en définitive, se traduira par une très efficace reprise en main. En janvier 1975 est décidée l'institution de « tribunes permanentes » au sein de l'Union socialiste arabe. L'Assemblée du peuple légalise trois tribunes : l'Organisation arabe socialiste d'Égypte représente le centre et soutient le chef de l'État ; l'Organisation des libéraux socialistes, dirigée par Mustafa Kamil Murad, défend les positions de la droite ; enfin, le Rassemblement national progressiste unioniste, dirigé par Khalid Mohieddine, constitue l'opposition de gauche.

La dérive autoritaire

Après la réélection de Sadate à la président de la République (15 octobre 1976), les élections législatives sont marquées par la très large victoire de la tribune progouvernementale. Le 11 novembre 1976, les trois tribunes de l'union socialiste arabe sont autorisées à se constituer en partis, ce qui entraîne la création du parti arabe socialiste d'Égypte (centre), dirigé par le Premier ministre Mamduh Muhammad Salim, du parti des libéraux socialistes (droite) et du Rassemblement national progressiste unioniste (gauche) de Khalid Mohieddine. Le retour au pluripartisme est réglementé par la loi du 29 juin 1977 ; en dépit de ses dispositions restrictives, on assiste à la naissance d'une quatrième formation, non issue de l'Union socialiste arabe : le néo-Wafd (4 février 1978).

   Cependant, devant la vigueur des critiques développées par l'opposition légale, le régime revient progressivement à une politique autoritaire. Les 18 et 19 janvier 1977, de graves troubles éclatent, ils sont provoqués par des mesures de hausse de prix, mais les autorités en rendent la gauche responsable. Le 10 février 1977, un ensemble de dispositions à caractère fiscal et répressif est approuvé par référendum.

   Tout en démantelant les sectes extrémistes, le pouvoir se sent néanmoins contraint de faire des concessions à l'islam intégriste (représenté notamment par les Frères musulmans). Plusieurs projets de décret présidentiel sont ainsi annoncés le 14 juillet 1977 : ils font de l'apostasie de la religion musulmane un crime passible de la peine de mort et répriment sévèrement l'adultère et l'alcoolisme.

   La délicate partie diplomatique dans laquelle le raïs égyptien s'est engagé après sa visite à Jérusalem, tout comme la persistance de la crise économique et sociale alimentent les attaques de l'opposition, contre laquelle Sadate réagit vigoureusement. En mai 1978, le peuple égyptien approuve massivement (99,29 % de oui) un projet de référendum portant sur les « principes visant à protéger le front intérieur », ce qui conduit l'Assemblée du peuple à adopter le 1er juin suivant une loi qui permet, par diverses dispositions, de réduire l'opposition au silence. Le 2 juin, le néo-Wafd se saborde.

   Le 22 juillet 1978, le président égyptien propose à l'Assemblée du peuple d'amender la Constitution afin d'instaurer un « système démocratique entièrement pluraliste » et annonce la création d'un nouveau parti dont il sera le chef. Ce dernier est constitué le 6 août 1978 sous la dénomination de parti national démocratique (P.N.D.). En octobre 1978, un nouveau gouvernement est formé sous la présidence de Mustafa Khalil. Aux élections législatives de juin 1979, le P.N.D. dispose d'environ 90 % des sièges de l'Assemblée du peuple, le reste allant à deux formations proches du pouvoir. L'opposition légale est pratiquement éliminée du Parlement. En mai 1980 la Constitution de 1971 est à nouveau révisée. L'Union socialiste arabe est abolie. La suppression de la limitation des mandats présidentiels ouvre au raïs la perspective d'une présidence à vie.

La présidence de Hosni Moubarak (depuis 1981)

La prépondérance du parti présidentiel et la lutte contre l'islamisme

Le 6 octobre 1981, Anouar el-Sadate, qui vient à nouveau de frapper durement l'opposition politique et religieuse, est assassiné par des soldats islamistes au cours d'un défilé militaire. Désigné comme unique candidat par les députés, le vice-président Hosni Moubarak est élu à la présidence le 13 octobre. Il inaugure son mandat en faisant libérer des centaines de détenus laïques et islamistes, tout en décrétant l'état d'urgence, qui sera prorogé plusieurs fois jusqu'en 1988. Parallèlement, il lance une campagne contre la corruption qui atteint des proches de l'ancien président Sadate. En mai 1984, les élections législatives envoient à l'Assemblée du peuple 389 députés du P.N.D., le parti présidentiel, contre 59 députés du néo-Wafd reconstitué en 1983. Pour ces élections, que le chef de l'État a annoncées « libres et sincères », celui-ci a pris la précaution de faire voter une loi fixant à 8 % le seuil minimum pour être représenté à l'Assemblée.

   À l'automne 1984, des hausses de prix de produits alimentaires provoquent des émeutes d'ouvriers du textile à Kafr el-Dawar. En octobre 1986, l'interdiction du port du voile pour les étudiantes à l'université provoque des émeutes islamistes à Assiout. Afin de prévenir la contagion de l'islamisme, H. Moubarak a placé dès juillet 1985 toutes les mosquées sous le contrôle du ministère des Biens religieux (waqf). Le 12 février 1987, par référendum, le chef de l'État obtient la dissolution de l'Assemblée élue en 1984 et organise de nouvelles élections le 6 avril. Le P.N.D. conserve une confortable majorité (346 sièges sur 448), mais cette fois, les députés islamistes (confrérie des Frères musulmans) sont au rendez-vous en obtenant 37 sièges. Le 5 octobre 1987, H. Moubarak est réélu pour six ans par 97 % des voix (il est le seul candidat). Lors des législatives de novembre 1990, le seuil des 8 % est levé de façon à permettre l'élection de candidats indépendants. Le P.N.D. l'emporte une fois de plus (348 sièges), dans un scrutin boycotté par certains partis d'opposition et marqué par une faible participation (inférieure à 30 %).

   Au lendemain de la guerre du Golfe, on assiste à une recrudescence des attentats islamistes. En mai 1992, une dizaine de coptes sont tués, à Assiout, lors d'affrontements communautaires. Les touristes étrangers sont désignés pour la première fois comme cibles d'attentats par la Djamaa al-Islamiya ou le Djihad islamique. Réélu le 4 octobre 1993 pour un troisième mandat de six ans et par 96 % des voix, lors d'un scrutin où, une fois de plus, il est le seul candidat, H. Moubarak échappe en juin 1995 à un attentat, à Addis-Abeba, où il participe à un sommet africain. Les autorités répondent par des arrestations massives, souvent suivies de peines de mort prononcées par des tribunaux militaires et exécutées sans délai. Cette répression suscite de sévères critiques de la part des organisations de défense des droits de l'homme à l'encontre du gouvernement égyptien.

   En novembre 1995, les élections législatives, marquées par de violents incidents de campagne, donnent 316 sièges au P.N.D. Le néo-Wafd en obtient 6. En janvier 1996, le Premier ministre Atef Sedki, en fonction depuis dix ans, est remplacé par Kamal al-Ganzouri. En 1999, après le plébiscite présidentiel de septembre, Hosni Moubarak annonce un profond remaniement du gouvernement. Un nouveau Premier ministre, Atef Ebeid, est nommé. Mais le maintien d'un certain nombre de ministres, dont celui de l'Information, symbole de la mainmise du pouvoir sur les médias, déçoit l'opposition, qui espérait un changement plus radical. À l'approche des élections législatives de novembre 2000, les autorités égyptiennes tentent de museler leurs adversaires les plus sérieux, en procédant à des vagues d'arrestations. Après un premier tour difficile pour le P.N.D. (40 % des suffrages), celui-ci obtient finalement 388 sièges, grâce au ralliement de nombreux élus indépendants, à l'issue du second tour. L'autre fait marquant de ces élections, hormis le recul du parti du président, est le retour sur la scène parlementaire de représentants des Frères musulmans (toujours interdits), absents du Parlement depuis dix ans, et qui remportent 17 sièges ; ils deviennent ainsi la principale force d'opposition. Le néo-Wafd, au contraire, n'a pas profité de la nette progression de l'opposition puisqu'il ne remporte que 7 sièges.

Retour au sein de la communauté arabe et rôle médiateur de l'Égypte

H. Moubarak, qui ne s'est jamais rendu en Israël, assume cependant l'héritage diplomatique de Sadate, et notamment du traité de paix avec Israël. Il obtient ainsi de M. Begin la restitution du Sinaï en avril 1982, à la date prévue, à l'exception toutefois de l'enclave de Taba (1km2), sur le golfe d'Aqaba ; celle-ci reviendra à son tour sous souveraineté égyptienne en mars 1989, au terme d'un arbitrage international. Les relations avec l'État hébreu se dégradent lors de l'invasion israélienne du Liban en juin 1982, et l'Égypte rappelle son ambassadeur à Tel-Aviv. Lors du siège de Beyrouth par l'armée israélienne, le président Moubarak exprime son soutien à Yasir Arafat, alors encerclé. Un an plus tard, H. Moubarak réitère son appui au chef de l'O.L.P., alors que celui-ci doit faire face à une rébellion d'une partie de ses troupes, inspirée et soutenue par la Syrie. Y. Arafat lui exprime sa reconnaissance en se rendant au Caire pour la première fois depuis six ans, en décembre 1983, consacrant ainsi la fin de la brouille entre l'Égypte et l'O.L.P.

   Dès son accession à la présidence, H. Moubarak avait donné aux médias égyptiens la consigne de mettre un terme aux polémiques avec les pays arabes qui s'étaient développées du temps de Sadate. Le président apporte également un soutien public à l'Iraq, en guerre contre l'Iran de l'imam Khomeyni depuis septembre 1988. L'Égypte est à nouveau admise en mars 1984 au sein de l'Organisation de la conférence islamique (O.C.I.), en dépit de l'opposition de la Libye et de la Syrie. En septembre 1984, la Jordanie décide de reprendre ses relations diplomatiques avec l'Égypte. La réinsertion de l'Égypte dans le jeu régional est en cours, sans que Le Caire ait par ailleurs répudié ses accords avec Israël. En septembre 1986, H. Moubarak reçoit à Alexandrie le Premier ministre israélien Shimon Peres et nomme ambassadeur en Israël le chargé d'affaires qui avait été rappelé, en 1982, à la suite de l'invasion israélienne du Liban.

   Sur le plan international, les relations diplomatiques avec l'U.R.S.S., rompues par Sadate en 1981, sont rétablies en 1984, sans pour autant que l'Égypte prenne ses distances avec les États-Unis. En revanche, H. Moubarak décide en mai 1987 de fermer la section des intérêts iraniens hébergée par l'ambassade suisse au Caire, accusant la République islamique de soutenir les islamistes égyptiens. En novembre 1987, en reconnaissance du soutien égyptien à l'Iraq dans sa guerre contre l'Iran, le sommet de la Ligue arabe, qui se tient à Amman (Jordanie), décide d'admettre de nouveau l'Égypte en son sein, malgré le refus du président syrien Hafiz al-Asad. Une semaine plus tard, neuf États arabes rétablissent leurs liens diplomatiques avec Le Caire ; deux ans plus tard, seules la Libye et la Syrie n'avaient pas renoué avec l'Égypte. En octobre 1989 cependant, le colonel Kadhafi se rend au Caire afin d'y rencontrer le président Moubarak, pour la première fois depuis seize ans ; en décembre de la même année, Le Caire et Damas rétablissent leurs relations diplomatiques. Ce rapprochement se concrétise en mai et en juillet 1990 par un échange de visites des présidents Asad et Moubarak dans leurs capitales respectives. La réadmission de l'Égypte au sein de la Ligue arabe se traduira, en septembre 1990, par le retour au Caire de son siège, qui avait été transféré « provisoirement » à Tunis après l'exclusion de l'Égypte en 1979 ; l'Égyptien Esmat Abdel Méguid, ancien ministre des Affaires étrangères, remplace le Tunisien Chadli Klibi au secrétariat général. En février 1989, l'Égypte, la Jordanie, l'Iraq et la République arabe du Yémen (Yémen du Nord) ont formé le Conseil de coopération arabe (C.C.A.), mais cette organisation, qui inquiète les pays voisins, reste inopérante.

   Lorsque, le 2 août 1990, l'Iraq envahit le Koweït, H. Moubarak tente de poursuivre la médiation engagée avant l'invasion. Puis il invite les États arabes au Caire, le 10 août, à un sommet au cours duquel il joue un rôle clé dans la résolution condamnant l'invasion irakienne. Devant l'obstination de ce pays, l'Égypte répond favorablement à la demande américaine de participer à la coalition anti-irakienne et envoie en Arabie saoudite un contingent de 35 000 soldats.

   Depuis, l'Égypte s'emploie à jouer un rôle de médiateur. Après l'accord de Washington (ou d'Oslo), négociateurs israéliens et palestiniens se sont souvent retrouvés au Caire ou à Taba pour poursuivre les pourparlers. Lorsqu'une vague d'attentats islamistes a frappé Israël en février 1996, le président Moubarak a hébergé en mars à Charm el-Cheikh le sommet antiterroriste rassemblant 29 chefs d'État et de gouvernement. De même, après la victoire de Benyamin Netanyahou en mai 1996, il invite aussitôt le nouveau dirigeant israélien au Caire. L'intransigeance de ce dernier et la pression de l'opinion publique égyptienne, de plus en plus hostile à Israël, conduisent cependant le gouvernement de Moubarak à se montrer plus ferme vis-à-vis de l'État hébreu. Après le retour au pouvoir des travaillistes en Israël (juillet 1999), l'Égypte redouble ses efforts diplomatiques en faveur de la paix (accords de Charm el-Cheikh [ou Wye River II] signés en septembre), alors que de plus en plus d'intellectuels et d'hommes politiques remettent en question ouvertement la politique conciliatrice de l'Égypte vis-à-vis d'Israël depuis les accords de Camp David (1979). La dégradation rapide de la situation dans les territoires palestiniens après le début de la seconde Intifada (septembre 2000) amène l'Égypte à rappeler son ambassadeur (novembre), se conformant ainsi aux résolutions du sommet arabe du Caire d'octobre qui demandait le « gel » des relations avec l'État hébreu. En tentant de faire pression sur Israël, les autorités jouent pleinement leur rôle de médiateur, tout en faisant un geste en direction de l'opinion publique arabe, et égyptienne en particulier.

   L'Égypte a offert également ses bons offices entre la Libye et les pays occidentaux dans l'affaire de l'attentat aérien de Lockerbie (décembre 1989). Avec le Soudan, accusé de soutenir le terrorisme islamiste en Égypte, les relations restent tendues.

Une fin de règne difficile

À partir de l'année 2000, l'Égypte de H. Moubarak plonge dans une crise grave et profonde, tant économique que politique, affectant également la place du pays sur la scène régionale et internationale. Le déclenchement de la seconde Intifada met fin au rôle traditionnel d'intermédiaire de l'Égypte au Proche-Orient. Pris entre une opinion publique très hostile à Israël et des partenaires qui ne cherchent plus à négocier, le président Moubarak ne dispose d'aucune marge de manœuvre. Il faut attendre la mort de Y. Arafat, en 2004, et surtout l'annonce, la même année, par le Premier ministre israélien Ariel Sharon d'un plan de désengagement unilatéral de Gaza pour que Le Caire revienne dans le jeu. Prenant acte de la « victoire » d'A. Sharon sur le terrain, H. Moubarak reçoit celui-ci en Égypte. Ce revirement s'explique notamment par l'état catastrophique de l'économie égyptienne et la promesse, par les États-Unis, d'un accord de libre-échange dans le cadre des futures zones franches associant industriels égyptiens, israéliens et palestiniens. Le désengagement de Gaza, dont la frontière méridionale borde le Sinaï, ne peut laisser l'Égypte indifférente. Le Caire s'implique activement dans les négociations interpalestiniennes menant à une trêve avec Israël début 2005. En août, les forces égyptiennes prennent, non sans difficulté, le contrôle de la frontière avec Gaza. En fait, les relations avec l'allié stratégique américain se sont détériorées insensiblement après les attentats du 11 septembre 2001, dans lesquels est impliqué un Égyptien, Mohammed Atta, chef de file des kamikazes. Le numéro deux d'al-Qaida n'est autre qu'Ayman al-Zawahri, un médecin égyptien qui a longtemps dirigé l'organisation armée islamiste al-Jihad, responsable de la mort de Sadate. L'administration américaine estime que la répression anti-islamiste en Égypte n'a fait qu'internationaliser le problème. Son projet de « Grand Moyen-Orient », visant à démocratiser les régimes de la région, englobe l'Égypte de H. Moubarak, qui boycotte le sommet du G8 durant lequel il a été entériné. L'emprisonnement de l'opposant Ayman Nour, début 2005, suscite une réaction virulente de Washington, contraignant le régime égyptien à modifier le mode de scrutin présidentiel. Malgré tout, les États-Unis ne ménagent par leurs critiques sur le déroulement des scrutins présidentiel et législatifs en 2005. Enfin, l'Égypte n'est absolument pas consultée lors des longues négociations aboutissant à l'accord de paix de Nairobi de janvier 2005, qui a mis fin à la guerre civile entre Nord et Sud au Soudan, offrant aux sudistes la possibilité d'une autodétermination, rejetée avec véhémence par Le Caire, qui considère que cette zone – traversée par le cours du Nil – fait partie de sa sphère d'influence.

   Sur le plan intérieur, alors que la timide croissance économique de la fin des années 1990 marque le pas à partir de 2000, provoquant inflation, chute de la livre égyptienne, ainsi que des pénuries ponctuelles, le mécontentement monte, attisé par un contexte régional explosif dû à l'invasion américaine de l'Iraq et à l'alignement de Washington sur la politique de A. Sharon en Israël. Après plus de vingt ans de règne sans partage, le président Moubarak apparaît usé, paralysé. En témoigne le succès des indépendants aux législatives de 2000, même si ces derniers rallient rapidement le P.N.D. au pouvoir. Le besoin d'un renouvellement se fait sentir : proche des milieux d'affaires, Gamal Moubarak, le fils cadet du président, prend le contrôle du parti et impose ses hommes à la tête du gouvernement libéral du Premier ministre Ahmed Nazif, nommé en juillet 2004. La perspective d'une succession de type « dynastique » au profit de G. Moubarak, relancée par les ennuis de santé du président, conduit l'opposition à hausser le ton : encouragé par le « printemps de Beyrouth », le mouvement Kifaya (« Ça suffit »), rassemblant des militants de tous horizons politiques, se révèle particulièrement efficace. Sous pression à l'intérieur comme à l'étranger, H. Moubarak annonce en février 2005 une réforme constitutionnelle majeure : l'amendement de l'article 76 de la Constitution en vue de permettre la première élection présidentielle pluraliste au suffrage universel direct. Mais les conditions imposées aux candidats – seuls les chefs de partis autorisés – provoquent les protestations de l'opposition qui dénonce une « réforme cosmétique ». Aussi, le 7 septembre, le raïs est-il élu à une écrasante majorité, avec 88,6 % des suffrages exprimés ; mais le taux de participation n'atteint pas les 23 %. L'opposant A. Nour, leader du parti Hizb al-Ghad, parvient à obtenir 7,3 % des suffrages.

   Aux élections législatives de novembre-décembre 2005 (accompagnées de fraudes et marquées par des violences policières causant la mort de 10 personnes), les Frères musulmans (4 000 d'entre eux sont empêchés de se présenter aux élections), effectuent une percée spectaculaire en remportant 88 sièges sur 444, et en faisant clairement de leur organisation, interdite mais tolérée, le principal rival du régime. Le P.N.D. n'obtient que 145 sièges, mais le ralliement de 179 indépendants lui permet d'atteindre la majorité, avec 326 députés.

   Surpris par le score aussi élevé qu'inattentu des Frères musulmans, le régime ne tarde pas à montrer des signes tangibles de crispation. Dès le mois de décembre, l'opposant A. Nour est condamné à cinq ans de prison pour falsification de documents lors de la constitution de son parti. L'état d'urgence – imposé depuis 1981 et dont l'opposition et les organisations de défense des droits de l'homme réclament depuis des années l'abrogation – est maintenu par le régime, qui justifie sa décision par la reprise des attentats terroristes (Taba en octobre 2004, Le Caire en avril 2005, Charm el-Cheikh en juillet 2005, Dahab en avril 2006). En février 2006, le Parlement reporte à 2008 les élections municipales initialement prévues en avril. Le 26 mars 2007, une série de 34 amendements constitutionnels est adoptée par référendum, avec 75,9 % de « oui » pour un taux de participation de 27 %. Boycottée par l'opposition, contestée par les organisations de défense des droits de l'homme, cette « modernisation de la Constitution » a pour but d'encadrer la transition politique à venir ; la révision de l'article 5, prévoyant l'interdiction « d'exercer une activité politique ou de fonder un parti politique sur des références ou des principes religieux », vise directement les Frères musulmans et leur interdit de présenter un candidat à l'élection présidentielle prévue en 2011. Au nom de la lutte contre le terrorisme, le régime ne cesse d'accentuer sa pression en multipliant les atteintes aux libertés publiques et à la vie privée : les agents chargés des investigations et des poursuites sont désormais exonérés de l'obtention d'un mandat judiciaire ; le président de la République est libre de déférer une affaire liée au terrorisme devant la juridiction de son choix, civile ou militaire. Le verrouillage systématique de la vie politique par le régime conduit à la quasi-disparition du mouvement Kefaya et culmine dans une campagne sécuritaire féroce dirigée contre les Frères musulmans, dont les membres sont arrêtés par dizaines. Depuis 2007, les autorités égyptiennes sont confrontées à une nette dégradation du climat social. Apparu avec la prise de fonctions en juillet 2004 du Premier ministre A. Nazif, qui commence à accélérer le processus de privatisation du secteur public industriel et financier, un mouvement de contestation ouvrière contre la détérioration des conditions économiques (conséquence de la hausse du prix des denrées alimentaires), qui frappe la population dans la vie quotidienne, s'amplifie avec environ 600 grèves, manifestations et protestations en 2007. Dans l'espoir de désamorcer la crise et de contrer l'appel à la grève générale (soutenu par les Frères musulmans), le président Moubarak annonce, le 3 mai 2008, une augmentation des salaires de 30 % dans la fonction publique. Le mouvement de grève est peu suivi, mais le mécontentement reste d'autant plus profond que le gouvernement annonce, quelques jours plus tard, une augmentation des prix des carburants et de certaines taxes.

L'ART DE L'ÉGYPTE ANCIENNE

Les caractéristiques de l'art de l'Égypte ancienne

L'« art pour l'art » est demeuré inconnu dans l'Égypte ancienne ; toute création avait un but pratique : assurer la prospérité et le triomphe de l'Égypte, procurer la survie des souverains et notables. Le beau n'avait pas valeur en lui-même ; nous dirions, en termes modernes, que l'intention suprême était d'action magique.

   L'artiste lui-même était un artisan, au service de cette énorme machinerie d'ordre religieux et funéraire. Il ne signait pas ses œuvres ; les quelques artistes qui sont connus le sont par des mentions de leur tombe ou de leur matériel funéraire.

   La leçon de permanence et de pérennité qu'imposent l'art et la civilisation de l'Égypte pharaonique est due sans doute en grande partie à l'influence du milieu physique. Peu de pays possèdent une telle unité : isolée géographiquement, l'Égypte a vu naître un art original, qui a peu emprunté aux autres cultures du monde antique. Au climat aussi correspond la stabilité de l'art égyptien : selon un rythme implacable, le soleil domine, dans un ciel d'une clarté exemplaire ; l'année est soumise au cycle étonnamment précis de la crue du Nil. Tout imposait à l'Égypte les notions de rigueur et d'éternité.

   Au service des croyances religieuses et des rites, l'art ne pouvait que procéder du traditionalisme le plus strict ; il a peu évolué en trois millénaires, durant une courte période seulement, sous Akhenaton, la crise religieuse amarnienne s'est traduite par une sorte de libération des anciens canons.

   

L'architecture est à destination religieuse ou funéraire ; seuls les temples et les tombes étaient construits en matériaux durables, bien que l'on connaisse également quelques palais et forteresses. La statuaire est, elle aussi, funéraire (la statue étant considérée comme le réceptacle de l'âme du défunt) ou bien divine (les statues royales représentent le pharaon, dieu sur terre ou dans l'au-delà). Les reliefs sont dépendants de schémas religieux très stricts ; seule la peinture, que l'on trouve surtout dans les tombes des notables du Nouvel Empire, manifeste une spontanéité et un certain naturalisme : mais ce n'était qu'un art de substitution destiné à remplacer à peu de frais le relief peint. Cette verve se retrouve dans les arts mineurs, ainsi pour les cuillers à fard ou les pots à onguents ; mais les bijoux eux-mêmes procèdent généralement des conventions de la symbolique religieuse.

   

Car tout est symbolisme dans l'art égyptien. Le temple, qui est la maison du dieu et le réceptacle de la puissance magique, doit être envisagé dans une perspective cosmique : son pavement s'exhausse et son plafond s'abaisse à mesure que l'on avance vers le saint des saints, là où est gardée la statue divine : cela accroît l'obscurité et la sensation de mystère ; la pente du sol est également celle de la butte primordiale sur laquelle est apparue la création. Les supports (colonnes palmiformes, papyriformes ou lotiformes) représentent la végétation terrestre ; le plafond orné d'étoiles et d'éléments solaires figure la voûte céleste. Les reliefs suivent le même ordre rigoureux. Aux façades des pylônes et sur les murs des cours, en plein air, les hauts faits royaux sont gravés, en creux généralement. Ils n'ont pas une valeur de réel récit historique, mais ils explicitent le mythe : Pharaon organise le cosmos contre les forces négatives du chaos. Dans les salles hypostyles et les pièces couvertes, les figurations et les textes, gravés en relief, sont d'ordre culturel : Pharaon dialogue seul avec les dieux ; il leur adresse ses offrandes, ses louanges et ses prières ; il en reçoit pour l'Égypte l'affirmation de multiples bienfaits. Symbolisme également dans l'art funéraire : le décor des parois des tombes, des sarcophages, du matériel funèbre, des bijoux eux-mêmes a valeur magique ; il doit assurer la survie du défunt et le protéger des embûches de l'au-delà.

   De nombreux principes régissent l'art égyptien. Dans la ronde-bosse, les défunts sont idéalisés tout comme les rois et les dieux, présentés dans une attitude sereine et digne : la loi de frontalité divise le corps en deux parties symétriques ; les attitudes se répartissent selon un certain nombre de positions assez strictement définies. La statue est cependant un portrait, souvent sans doute fort ressemblant : ne doit-elle pas en quelque sorte fixer l'esprit du défunt et se substituer éventuellement à une momie trop endommagée ? Le relief peint, qui a été le genre de prédilection des anciens Égyptiens, obéit lui aussi à certaines règles : la multiplicité des échelles permet de noter l'importance relative des personnages ou de mettre en évidence un détail significatif : les scènes sont figurées selon plusieurs angles de vue conjugués pour que chaque objet apparaisse sous son aspect le plus caractéristique. Les épaules et l'œil des personnages sont présentés de face, tandis que le reste du corps et du visage est vu de profil. Deux scènes se déroulant séparément dans le temps peuvent être placées l'une près de l'autre. Les hommes ont des chairs peintes en rouge, tandis que celles des femmes sont jaunes. La peinture obéit aux mêmes principes, mais avec plus de liberté, de pittoresque ; elle a su très souvent s'affranchir des règles de l'art officiel.

   Par sa destination, c'est-à-dire en fonction de son efficience religieuse, l'art égyptien est conçu pour l'éternité. Aussi les monuments sont-ils construits en matériaux durables ; les pierres les plus dures sont employées pour la ronde-bosse, les poses utilisées étant d'ordinaire celles qui se rapprochent le plus d'un bloc, pour éviter les risques de cassures ; le même souci a peut-être présidé au choix du relief en creux ou en méplat, à l'exclusion du haut-relief.

L'art de la préhistoire

Outre les silex taillés et divers matériels lithiques, les premières manifestations de l'art dans la vallée du Nil consistent en de nombreuses gravures rupestres. C'est par milliers que celles-ci ont été repérées au cours de campagnes menées à travers la Nubie vouée à la submersion. Selon les niveaux de culture successifs (chasseurs, éleveurs), elles montrent les innombrables échantillons de la grande faune « éthiopienne » subtropicale. L'évolution des représentations de ce peuplement animal permet de suivre les étapes du dessèchement de ce secteur de l'Afrique du Nord-Est, jusqu'à la mise en place de la faune et de la flore actuelles.

   Le matériel recueilli permet de son côté de mesurer l'échelonnement des techniques. Durant le Paléolithique, on note les progrès continus de peuplades vivant de chasse et de pêche : coups-de-poing du chelléen, limandes de l'acheuléen, armes et outils du moustiérien et du paléolithique supérieur. Puis c'est le néolithique, avec l'agriculture continue et l'irrigation. Quelques rares débris de villages et de nécropoles (Merimdé, Badari) sont les témoins d'une population qui s'adonne à la culture des céréales et domestique les animaux. Vient ensuite la culture de Nagada, avec deux niveaux : à l'amratien, les vases offrent des dessins clairs sur fond rouge ; au gerzéen, le décor brun-violet se détache sur fond clair : défilés de flamants roses ou de capridés, représentations non identifiées (sanctuaires ou barques ?), quelques silhouettes humaines. Désormais, le travail de l'ivoire et de la pierre atteint une grande perfection. Sur le manche de couteau de Gebel el-Arak (Louvre), scènes de guerre et de chasse se pressent, dans une animation intense. Les feuillets de schiste, découpés depuis longtemps en silhouettes animales, servent de palettes ; celles-ci comportent souvent un godet central que l'on a cru destiné à des onguents : d'où le nom de palettes à fard ; ce sont plutôt des monuments votifs, déposés dans les temples archaïques. Certaines techniques, des thèmes caractéristiques indiquent alors des rapports entre la vallée du Nil et la Mésopotamie : ainsi le héros séparant deux fauves affrontés ou les félins à longs cous étirés.

L'art de l'époque thinite

Le premier document attestant l'unification des « Deux Terres » est une palette votive, celle du roi Narmer (sans doute le légendaire Ménès) [musée du Caire] ; découverte à Nekhen (Hierakônpolis), en Haute-Égypte, elle montre le fondateur de la Ire dynastie coiffé de la couronne blanche de Haute-Égypte sur une face ; sur l'autre, de la couronne rouge de Basse-Égypte. C'est vers 3200 avant J.-C. que se situe la conquête du Nord par le Sud ; l'art des deux premières dynasties, dites « thinites » (du nom de This, leur capitale, sans doute près d'Abydos), constitue la première éclosion de la civilisation égyptienne. Les tombes comportent une chambre funéraire entourée de plusieurs magasins contenant le matériel et les provisions qui accompagnent le défunt dans l'au-delà ; le mur extérieur de la superstructure en briques crues (le mastaba) était orné d'une suite de saillants et de rentrants. Sans doute les rois thinites ont-ils été dotés d'une double sépulture, en tant que rois de Haute-Égypte à Abydos d'une part, de Basse-Égypte à Saqqarah d'autre part. À Abydos, de grandes stèles portant le nom et la titulature du défunt (parmi les premiers signes hiéroglyphiques connus) marquent l'emplacement de la tombe ; la plus célèbre est la stèle du roi-serpent (Louvre) : sur cette haute dalle au sommet arrondi, la face antérieure présente, dans un évidement, l'image du dieu-faucon Horus, dressé sur un rectangle (qui figure tout ensemble l'enceinte et la façade du palais) où s'inscrit le nom du roi représenté par le signe hiéroglyphique du serpent. À Hélouân, des stèles-tableaux montrent en bas-relief le défunt assis de profil, tendant la main vers une table d'offrandes.

Apogée de l'Ancien Empire (environ 2800 à 2250 avant J.-C.) et première période intermédiaire

Avec Djoser, l'illustre fondateur de la IIIe dynastie, s'ouvre l'Ancien Empire. C'est sur son initiative que son vizir et architecte, le génial Imhotep, créa véritablement l'architecture lithique égyptienne en édifiant à Saqqarah, sur la falaise qui domine Memphis, la capitale de l'Ancien Empire, le complexe funéraire du souverain. Ce chef-d'œuvre résume dans la pierre toutes les formes architecturales qui avaient été conçues durant la préhistoire et l'époque thinite dans le bois, dans la brique ou sur le papyrus. Imhotep eut l'idée de la pyramide à degrés, étape entre le mastaba et les futures pyramides de Gizeh, sorte d'escalier majestueux devant permettre à l'âme du roi défunt de monter vers le ciel et aux dieux de descendre vers la terre. À l'intérieur de l'enceinte à redans, de dimensions colossales (544 × 277 m), les constructions sont de gigantesques simulacres : les portes pétrifiées sont ouvertes ou fermées pour l'éternité.

   Désormais, la pyramide sera le monument typique de l'Ancien Empire. Après quelques tâtonnements (la pyramide à gradins sur plan carré de Meidoum et la rhomboïdale de Dahchour), c'est la magnifique réalisation de la pyramide parfaite de Dahchour-Nord, puis de celles de Gizeh, construites pour trois souverains à la IVe dynastie : Kheops, Khephren et Mykerinus. Ces masses imposantes de pierres (la grande pyramide atteignait primitivement plus de 146 m de haut) produisent un effet d'une harmonie parfaite, d'une suprême élégance dans la puissance. La pyramide n'était d'ailleurs qu'un élément parmi le vaste complexe funéraire d'un souverain de l'Ancien Empire : depuis un sanctuaire d'accueil situé près du fleuve, une rampe permettait d'accéder au temple funéraire proprement dit et à la pyramide.

   Les sépultures des reines étaient surmontées de pyramides plus petites. À l'entour se pressaient les mastabas des grands dignitaires ; dans ces derniers était ménagée une petite chapelle destinée au culte funéraire ; elle possédait une stèle en forme de porte, avec les noms et titres du défunt ; une pièce spéciale, le serdab, presque entièrement murée, contenait ses statues.

   

Grâce à cette coutume funéraire, de nombreux témoignages de la statuaire de l'Ancien Empire sont parvenus jusqu'à nous ; ce sont des portraits idéalisés. Parmi tant de chefs-d'œuvre, retenons les statues royales, comme celle de Djoser, ou la statue en diorite de Khephren (musée du Caire), d'une prodigieuse majesté. La statuaire civile est d'une présence étonnante : l'extraordinaire statue de bois du musée du Caire surnommée le « cheikh el Beled » (le maire du village) par les ouvriers de Mariette, son inventeur, ou le célèbre scribe accroupi du Louvre.

   Les parois du mastaba étaient décorées de bas-reliefs qui représentaient des scènes familières de la vie du défunt, le montrant dans des banquets, entouré de sa famille, ou bien s'adonnant aux plaisirs de la chasse et de la pêche dans les fourrés de papyrus, ou encore dans l'exercice de ses fonctions. D'autres mastabas s'ornaient de stucs peints ; les oies de Meidoum (Le Caire) constituent un des détails les plus fameux. De beaux reliefs se remarquent également sur les murs des temples funéraires et de leurs rampes d'accès : ainsi pour Ounas, dernier roi de la Ve dynastie. C'est à partir de ce souverain et durant toute la VIe dynastie que les parois des appartements funéraires royaux se couvrent de formules religieuses, les « Textes des Pyramides », gravées en de longues files de signes d'une élégante graphie.

   Les arts mineurs sont mal connus, peu de vestiges de cette haute époque, hors de la vaisselle d'albâtre, étant parvenus jusqu'à nous. Le matériel funéraire de la reine Hétephérès, épouse de Snefrou et mère de Kheops, comprenait de délicats bijoux et un magnifique mobilier de bois sculpté, orné d'un revêtement d'or fin (musée de Boston).

   

Les troubles sociaux qui assombrirent la fin de l'Ancien Empire portèrent un coup fatal à cet art aulique. Les pyramides royales se font plus petites. En revanche, les sépultures des nomarques prennent de l'importance (Beni-Hassan, Meir, Assiout, Assouan). Les tombes sont ornées de scènes peintes sur stuc ; la composition est gauche, l'exécution peu soignée. On commence alors à placer près du sarcophage des statuettes représentant des serviteurs vaquant à leurs occupations, scènes miniatures montrant les travaux des champs ou du village, bateaux avec leurs équipages ; à côté d'ébauches grossières, on trouve de petits chefs-d'œuvre d'un art spontané, comme les soldats ou les porteuses d'offrandes d'Assiout. Quant à la grande statuaire, si l'authenticité et la force la caractérisent parfois, ce n'est souvent aussi que maladresse et lourdeur. Il en est de même des stèles, dont les personnages sont mal proportionnés et les hiéroglyphes peu soignés. Telles sont les marques de décadence provinciale de cette époque dite « première période intermédiaire ».

L'art du Moyen Empire (environ 2050-1780 avant J.-C.)

Après l'instabilité de la première période intermédiaire, l'Égypte se trouva de nouveau unifiée sous l'autorité de Mentouhotep, prince de Thèbes, en Haute-Égypte, et fondateur de la XIe dynastie. Il fallut un sérieux effort de restauration ; ainsi se trouva défini un art tout d'harmonie et d'équilibre.

   

Les rares vestiges de temples qui ont subsisté (sanctuaires divins à Médinet Madi et à Médamoud) sont de plan simple et de proportions modestes. Si beaucoup d'édifices du Moyen Empire ont disparu, c'est aussi que leurs éléments architecturaux ont souvent été remployés dans des édifices construits ultérieurement : ainsi d'un petit pavillon édifié à Karnak par Sésostris Ier pour sa fête jubilaire (fête Sed) ; presque tous les blocs de calcaire blanc ont été retrouvés intacts dans le troisième pylône d'Aménophis III. À Deir el-Bahari, dans le cirque grandiose des montagnes thébaines, le roi Mentouhotep II fit élever son temple funéraire. Mais c'est dans le voisinage du Fayoum que les souverains de la XIIe dynastie choisirent de résider et d'édifier leurs sépultures, des pyramides de briques crues. Les nombreuses chambres, au plan compliqué, du temple funéraire d'Amenemhat III à Hawara ont frappé l'imagination des Anciens : c'est le fameux Labyrinthe des Grecs. Enfin, sur leur frontière sud, tout au long des déserts rocheux de la deuxième cataracte, les souverains égyptiens du Moyen Empire édifièrent une ligne fortifiée d'une étonnante ampleur.

   

Les critiques d'art modernes ont tendance à distinguer deux écoles de sculpture. Celle de Memphis, dans le Nord, est plus lyrique, plus idéaliste, comme en témoigne la statue d'Amenemhat III trouvée à Hawara. Les œuvres de l'école de Thèbes, dans le Sud, sont plus réalistes et d'un expressionnisme parfois brutal : les effigies de Sésostris III montrent un souverain désabusé, aux traits fatigués. De toute façon, le pessimisme suscité par l'anarchie de la première période intermédiaire est sensible dans la statuaire du Moyen Empire. La vogue grandissante du culte d'Osiris a démocratisé le concept de survie dans l'au-delà ; le défunt n'est plus représenté dans tout l'éclat de sa force physique ; l'expression du visage est triste ou pensive ; on affectionne les pierres sombres et polies. Une statuaire qui n'est plus exclusivement funéraire se développe : les fidèles déposent leur effigie en ex-voto dans les temples ; c'est le début des « statues-cubes » : le corps se resserre dans une forme cubique, les jambes repliées devant la poitrine et maintenues par les bras croisés.

   Les dirigeants du nome de l'Oryx ont laissé à Beni-Hassan des sépultures intéressantes (détails architecturaux taillés dans le roc ; peintures aux détails pittoresques). Les fouilles des pyramides royales de Illahoun et de Dahchour ont révélé le haut degré de perfection atteint par l'orfèvrerie. Des tombeaux inviolés de deux filles d'Amenemhat II, les princesses Ita et Khnoumit, près de la pyramide de leur père, furent exhumées des pièces magnifiques (musée du Caire).

L'art du Nouvel Empire jusqu'au règne d'Aménophis III (environ 1580-1380 avant J.-C.)

L'invasion des Hyksos mit fin au Moyen Empire. Comme toujours en Égypte, la renaissance ne vint qu'après la reprise des destinées du pays par un pouvoir central fort, en l'occurrence celui des princes de Thèbes, et après le retour aux valeurs culturelles fondamentales. Au début de la XVIIIe dynastie, l'Égypte est à l'apogée de sa puissance, sa domination s'étend jusqu'à l'Euphrate et, au sud, dans le pays de Couch (Koush). Les tributs affluent, et cette opulence est fort propice aux arts.

   

L'architecture bénéficie en particulier de l'abondance générale ; elle vise au monumental, voire au grandiose. Des temples nombreux et immenses sont édifiés à la gloire des dieux et des pharaons. Avant tout, c'est à Karnak que les constructions s'ajoutent les unes aux autres, dans le grand sanctuaire du dieu impérial Amon. À l'édifice qui existait déjà sous le Moyen Empire, les premiers souverains de la XVIIIe dynastie apportèrent de notables compléments, ajoutant une suite de pylônes vers l'ouest. Hatshepsout consacra une splendide petite chapelle en quartzite rouge. En arrière du sanctuaire, Thoutmosis III édifia la célèbre « salle des fêtes ».

   

À Louqsor s'élève le plus beau temple divin de la XVIIIe dynastie, dédié à la triade thébaine par Aménophis III et bâti par l'illustre Amenhotep. Il était précédé d'une magnifique colonnade aboutissant à une vaste cour bordée, sur trois côtés, de portiques. Loin vers le sud, dans les solitudes désertiques du Soudan, le grand temple jubilaire de Soleb est consacré par Aménophis III au dieu Amon et à sa propre image divinisée : à l'arrière d'un premier pylône, un dromos flanqué de statues de béliers donnait accès au temple proprement dit ; par un vestibule et deux grandes cours à portiques, puis par une salle hypostyle aux colonnes décorées des écussons des peuples « envoûtés » d'Asie et d'Afrique, on pénétrait dans les trois salles du sanctuaire, aujourd'hui disparu.

   Les rois du Nouvel Empire abandonnèrent la sépulture surmontée d'une pyramide construite et le vaste complexe funéraire qui s'y rattachait. En plein ouest, sous la Cime thébaine, sorte de gigantesque pyramide naturelle, au fond d'un défilé rocheux, les souverains se font creuser les hypogées de la fameuse « Vallée des Rois » ; les autres membres de la famille royale étaient enterrés dans la « Vallée des Reines », un peu plus au sud. Un couloir en pente raide, pourvu de coudes et de décrochements, conduit aux chambres de chaque appartement funéraire. Entièrement dissociés de ces tombes sont les temples funéraires qui, à plusieurs kilomètres de là, s'alignent dans la vallée, à la limite des cultures et du désert. De l'immense temple funéraire d'Aménophis III, il ne reste plus que les gigantesques statues, les deux colosses de Memnon, qui en gardaient l'entrée. Très original est le temple funéraire de Deir el-Bahari, construit pour la reine Hatshepsout par son architecte et favori Senenmout. Le temple déploie ses longues lignes horizontales au bas de l'immense falaise verticale du cirque de Deir el-Bahari. Tout au long du Nouvel Empire, les notables eux aussi ont des hypogées creusés dans les premiers contreforts de la montagne. Ils se composent d'une petite cour à ciel ouvert, d'une chapelle taillée dans le roc, puis de la tombe proprement dite.

   L'abondante statuaire du début de la XVIIIe dynastie se rattache directement à celle du Moyen Empire. Assez vite, les sculpteurs adoptent un canon aux proportions plus allongées, soignent davantage le rendu des détails- comme les mains ou les pieds - et se distinguent par un goût de l'aimable ou du pittoresque. Les statues d'Hatshepsout la représentent en homme, mais leur gracilité trahit le sexe du pharaon ; plusieurs statues-cubes montrent Senenmout accroupi, les jambes repliées sur le devant du corps ; dans d'autres groupes charmants, l'architecte tient la petite princesse Neferourê. La statue la plus célèbre de ce début de la XVIIIe dynastie est peut-être celle de Thoutmosis III, foulant aux pieds les « neuf arcs » gravés sur le socle (les peuples vaincus par lui), témoignage d'un art classique somme toute assez impersonnel (musée du Caire). Les représentations d'Aménophis III et de ses contemporains se signalent par leurs yeux fendus en amandes, leur sourire fugitif, leur sensibilité et le rendu délicat des vêtements. On atteint ainsi le point limite d'une exquise harmonie ; c'est la veille de la rupture de l'art amarnien.

   Le grand temple d'Hatshepsout à Deir el-Bahari est également réputé pour le pittoresque des reliefs qui retracent une expédition au pays de Pount : le ciseau du sculpteur a détaillé les cases d'un village indigène et la réception des envoyés égyptiens par le couple des roitelets locaux. L'art du relief suit la même évolution que la statuaire, pour aboutir sous le règne d'Aménophis III à la merveilleuse éclosion des reliefs de la tombe de Ramose, par exemple : on admire les profils purs du défunt et de son épouse, le détail de leur lourde perruque, l'élégance des plis de la robe transparente.

   Le calcaire très friable de la montagne thébaine, où étaient creusés certains hypogées, se laissait difficilement sculpter : seules quelques tombes royales sont ornées de reliefs ; dans les sépultures des notables, ce procédé fait place à la peinture appliquée sur une couche de stuc. Le caveau peut être décoré de scènes religieuses, qui se développent à l'époque ramesside ; mais c'est dans la chapelle que se déploie surtout la verve des artisans du Nouvel Empire ; à côté des tableaux retraçant les cérémonies des funérailles, d'autres sont relatifs à la vie privée du défunt : thème de la chasse et de la pêche dans les fourrés de papyrus, de la chasse dans le désert, scène du banquet, rehaussée de délicieux détails comme celui des musiciennes et du harpiste aveugle ; dans la tombe de Nakht sont conservées des scènes relatives aux travaux agricoles. La peinture, quelque peu guindée dans les sépultures les plus anciennes, se libère progressivement pour faire preuve d'inspiration et de hardiesse.

L'art amarnien et ses prolongements (environ 1370-1314 avant J.-C.)

Le pharaon Aménophis IV est à l'origine d'une crise religieuse unique dans l'histoire égyptienne. « Ivre de dieu », qu'il sentait présent sous la forme d'Aton, le disque solaire, il tente de transformer toutes les structures de la religion égyptienne : révolution théologique qui ne manque pas d'incidences politiques, par la disgrâce du clergé d'Amon.

   

Remarquons d'emblée que l'art amarnien est principalement un art de cour, dû à la volonté d'un seul homme qui, non content de délaisser le panthéon égyptien pour un dieu unique, abandonna Thèbes et fonda, en Moyenne-Égypte, la nouvelle capitale d'Akhetaton, sur l'actuel site de Tell al-Amarna. Le grand temple qu'Akhenaton dédia au disque solaire, presque entièrement à ciel ouvert, se compose d'une succession de cours séparées par des pylônes et pourvues d'autels que venaient baigner les rayons d'Aton. Les fondations des palais royaux ont été mises en évidence ; Tell al-Amarna est aussi l'un des rares sites où l'on a pu étudier la maison égyptienne.

   À Thèbes même, où le roi continue à construire au début de l'hérésie amarnienne, les innombrables petits blocs de grès sculptés des sanctuaires solaires ont été ensuite démontés et réutilisés, en particulier dans les pylônes de Karnak : les archéologues peuvent s'adonner au puzzle gigantesque de ces « talatates », dont la décoration a été de la sorte miraculeusement sauvegardée.

   

Les premières réalisations de la ronde-bosse amarnienne constituent une réaction brutale contre l'idéalisme de l'art d'Aménophis III : ainsi dans les piliers statuaires du temple construit par Akhenaton à l'est de Karnak. Le roi resurgit avec toutes ses tares physiques ; la déformation crânienne, le visage émacié, le menton prognathe, la poitrine étriquée, les hanches féminines sont accentués impitoyablement. Cet « académisme de cauchemar » se tempéra : sur le magnifique buste du roi coiffé du casque bleu (musée du Louvre) s'esquisse un léger sourire. Le visage d'une intelligence pénétrante de la reine Nefertiti a inspiré les sculpteurs, qui ont laissé d'elle des portraits d'une beauté et d'une pureté exceptionnelles.

   Le relief amarnien n'hésite pas à nous faire pénétrer jusque dans l'intimité de la famille royale : le roi joue avec ses filles ou embrasse la reine, ce qui est unique dans l'histoire de l'art égyptien. Plus encore que dans le relief, c'est dans la peinture que s'est déployé l'amour de la nature, si caractéristique de l'art amarnien. Illustrant les grands hymnes naturistes d'Akhenaton, papillons et oiseaux aux éclatantes couleurs prennent leur envol. Le délicieux groupe des petites princesses enlacées offre une extraordinaire gamme de jaunes et d'oranges.

   

Si la révolution religieuse introduite par Akhenaton fut sans lendemain, l'influence amarnienne demeura décisive sur l'art égyptien. Elle marque les statues de Toutankhamon et d'Horemheb. Elle est sensible dans les pièces du matériel funéraire de Toutankhamon, souverain mineur qui serait demeuré obscur sans la découverte, en 1922, de sa tombe aux trésors précieux, dont l'élégance verse parfois dans le maniérisme.

L'art de la fin du nouvel Empire (1314-1085 avant J.-C.)

Lorsque s'éteignit la XVIIIe dynastie, ce fut Ramsès Ier, chef des archers de Horemheb, qui monta sur le trône. La XIXe dynastie revient aux canons traditionnels. En architecture prédomine le goût du colossal et de la puissance. Seti Ier et Ramsès II édifièrent à Karnak l'extraordinaire salle hypostyle dont la couverture est supportée par 134 colonnes ; les plus hautes, dans l'allée centrale, atteignent 21 m de hauteur et 4 m de diamètre. Le temple de Seti Ier en Abydos, site présumé du tombeau d'Osiris, est l'un des plus parfaits et des plus classiques de toute l'architecture égyptienne. C'est de nouveau le colossal qui prime avec le Ramesseum, temple funéraire thébain de Ramsès II, entouré d'un énorme complexe de magasins et de dépendances. En Nubie, le grand conquérant développe une série de temples rupestres, en bordure immédiate du Nil ; destinés à affirmer la gloire de l'Égypte dans ces régions soumises, sans doute étaient-ils aussi plus directement liés aux forces telluriques et mis en rapport avec la vigueur du fleuve. Les plus célèbres sont les deux temples rupestres d'Abou-Simbel, qu'un effort gigantesque de toutes les nations, sous l'égide de l'Unesco, a remontés au sommet de la falaise désertique, à l'abri des flots du lac Nasser. Il est peu de monuments égyptiens auxquels Ramsès II n'apporta pas des modifications ou quelque adjonction : ainsi l'énorme pylône et la grande cour à portiques que le roi fit construire à l'avant de la colonnade du temple de Louqsor ; devant le pylône étaient dressés des statues colossales et deux obélisques ; l'un d'eux orne aujourd'hui la place de la Concorde à Paris. La XXe dynastie, qui clôt le Nouvel Empire, est dominée par la personnalité de Ramsès III, dont le plan du temple funéraire, élevé à Médinet Habou, rappelle celui du Ramesseum. Le village de Deir el-Medineh, où vivaient les ouvriers de la nécropole thébaine, permet d'étudier l'habitat privé de la fin du Nouvel Empire.

   Ramsès II est le souverain le plus fréquemment représenté de la statuaire égyptienne. Sans doute a-t-il d'ailleurs usurpé nombre de monuments de ses prédécesseurs. La belle statue du musée de Turin a une élégance indiscutable ; mais elle manque peut-être de chaleur humaine. Quant aux nombreux colosses de Ramsès II, ils attestent le goût du souverain pour le gigantesque. En fait, dès le règne de Ramsès III, la statuaire accuse une certaine décadence, qui ira s'accentuant sous les derniers Ramessides.

   L'art du bas-relief de la seconde partie du Nouvel Empire est incontestablement plus riche. Les sculptures qui ornent le temple votif construit par Seti Ier en Abydos comptent parmi les plus belles de l'Égypte ancienne, par leur exécution parfaite, leur finesse et leur sensibilité. Si les scènes culturelles qui décorent les sanctuaires des temples de Ramsès II et de Ramsès III sont assez stéréotypées, certains bas-reliefs des pylônes et des murs extérieurs ne manquent ni de grandeur ni de mouvement (grandes compositions de la bataille de Kadesh, sur le pylône de Louqsor ; représentation d'un combat naval à Médinet Habou).

   Dans la peinture des tombes thébaines du début de la XIXe dynastie, les scènes empruntées à la vie populaire tendent souvent vers un pittoresque facile. On se complaît d'autre part aux représentations mettant en scène les figurations mystérieuses et angoissantes de l'au-delà, exécutées sur un fond jaune très caractéristique de l'époque ramesside (tombes de Deir el-Medineh).

L'art de la basse époque jusqu'à la conquête d'Alexandre (332 avant J.-C.)

À la mort de Ramsès XI, le pays retomba dans sa bipartition originelle : des rois-prêtres régnèrent dans le Delta, tandis que les grands prêtres d'Amon, souvent parés du cartouche de pharaon, présidaient à Thèbes aux destinées de la Haute-Égypte. L'activité architecturale est restreinte sous les XXIe et XXIIe dynasties. À Thèbes, on se contente de restaurer les anciens monuments. Les fouilles effectuées avant la Seconde Guerre mondiale ont permis de mettre au jour, à Tanis, une partie des sépultures royales de l'époque, qui témoignent de l'appauvrissement général et du déclin artistique.

   Avec la conquête de l'Égypte par les souverains de la XXVe dynastie dite « éthiopienne », venus du Soudan, c'est, à la fin du VIIIe s. avant J.-C., le renouveau : fort pieux, les rois couchites (koushites) ont laissé les témoignages de leur activité tant dans leur capitale de Napata (près de la quatrième cataracte) qu'à Thèbes. Taharka fit dresser des colonnades-propylées aux quatre points cardinaux de Karnak.

   La statuaire de la XXVe dynastie s'inspire des grandes œuvres de l'Ancien et du Moyen Empire. Certaines représentations de Taharka et de Montouemhat, le puissant préfet de la ville, sont d'une vigueur étonnante, tandis que les Divines Adoratrices, les Aménirdis et les Chepenoupet, présentent des images d'une élégante dignité. Il y a là des recherches de réalisme, à côté d'une tendance à l'archaïsme qui marque toute la Basse Époque, en particulier l'art saïte.

   La XXVIe dynastie, originaire de Saïs, complète la renaissance éthiopienne. Bien peu a subsisté des constructions du Delta. Dans la nécropole thébaine, le quartier de l'Assassif se creuse de multiples galeries ; de puissantes superstructures de briques crues dominent des cours dont les murs s'ornent d'élégants reliefs. À côté de froides copies d'œuvres antérieures, la statuaire saïte se signale par de très beaux portraits sculptés dans des pierres dures, d'un poli extrêmement poussé ; particulièrement attachantes sont des têtes de prêtres, au crâne rasé, au visage grave et méditatif. La foi de l'ancienne Égypte se figeant en ce qu'elle avait de plus original, tel le culte des animaux sacrés, l'art animalier reste très vivace : statues de lions à la musculature puissante, de chiens, de chats, d'ibis ou de faucons, où le réalisme s'allie à un certain hiératisme.

   Les deux dernières dynasties indigènes connurent un développement artistique qui indique que la sève égyptienne était loin d'être épuisée. Les Nectanebo de la XXXe dynastie, féaux de la déesse Isis et originaires de Sebennytos, ont procédé à de nombreuses constructions jusque dans l'île lointaine de Philae. Les cités du Delta, surtout, ont profité de leurs largesses : Memphis, Saïs, Tanis, Mendès, Sebennytos avec l'Iseum de Béhbet el-Hagar, où les reliefs sculptés dans le granite sont d'une vigoureuse élégance.

L'art de l'Égypte à l'époque gréco-romaine (332 avant J.-C.-395 après J.-C.)

La conquête d'Alexandre ne marque nullement la fin de l'art égyptien. Celui-ci se perpétue après l'instauration de la dynastie des Lagides, d'origine macédonienne, en 306 avant J.-C. On admet, en revanche, que la civilisation égyptienne cesse d'exister en 392 de notre ère, lorsque Théodose proclame des mesures sévères contre le paganisme en Égypte.

   Cependant, l'art de l'Égypte hellénistique et romaine est devenu hybride, combinant des apports extérieurs qui avaient d'ailleurs commencé à se faire sentir dès la dynastie saïte.

   L'architecture connaît une remarquable éclosion à l'époque ptolémaïque. Chaque partie du temple (cour, salles hypostyles, saint des saints) est délimitée plus nettement ou possède même, comme à Kom-Ombo, son enceinte propre. Les façades du vestibule (pronaos) donnant sur la cour ont des colonnes reliées jusqu'à mi-hauteur par des murs-écrans couverts d'inscriptions et de reliefs. Enfin, près du temple principal est édifié un petit sanctuaire annexe qu'on a appelé mammisi, ou « temple de la naissance » : la déesse locale était censée s'y retirer pour enfanter le troisième personnage de la triade divine, auquel était identifié le roi.

   Le temple d'Horus à Edfou, édifié par les Ptolémées de 237 à 150 avant J.-C., est le mieux conservé d'Égypte et le plus vaste après Karnak ; dépassant un immense pylône, on accède à une grande cour à portiques au fond de laquelle la façade du temple est rythmée par six colonnes que relient des murs-écrans ; deux salles hypostyles lui font suite ; enfin, deux vestibules précèdent le saint des saints, entouré de chapelles. Le mammisi, situé à l'avant de l'entrée du temple, se compose de deux chambres entourées d'un péristyle, dont les piliers sont surmontés de têtes de Bès, dieu de l'amour, de la danse et protecteur des accouchements. Le grand temple d'Hathor à Dendérah, œuvre des derniers Ptolémées poursuivie par l'empereur Auguste, est, comme celui d'Edfou, le type accompli du temple de Basse Époque.

   Le premier, Nectanebo édifia un temple sur l'île de Philae. Mais ce sont les souverains lagides et les empereurs romains qui firent de cette petite île un joyau d'architecture. Le grand temple d'Isis édifié par les Ptolémées est précédé d'un pylône derrière lequel se trouve le mammisi constitué par trois pièces en enfilade entourées d'un portique. On remarque encore dans l'île le temple d'Hathor, commencé par les Ptolémées et continué par Auguste, le charmant kiosque de Trajan et une chapelle élevée sans doute par les Antonins. Plus au sud, en Nubie, l'influence de l'art romain est sensible dans les temples de Kalabchah, Debod, Dendour, Dakkeh. À côté de ces monuments traditionnels, on trouve des édifices de conception gréco-romaine, même s'ils comportent des éléments égyptiens, comme au dromos du Serapeum de Saqqarah ou au petit Iseum de Louqsor.

   L'architecture funéraire, peu étudiée jusqu'ici, semble plus hybride encore. Certes, la belle tombe de Petosiris à Tounah el-Gebel, datant de la fin du IVe s. avant J.-C., est de conception purement égyptienne, mais il n'en va plus de même pour le reste de cette nécropole de la ville d'Hermopolis. En ce qui concerne les hypogées des nécropoles d'Alexandrie comme ceux du quartier de Kum al-Chaqafa, remontant aux Antonins ou aux Sévères, leur plan ne doit plus rien à l'Égypte pharaonique.

   La statuaire combine également les éléments classiques et égyptiens en un amalgame souvent malheureux. Les représentations des divinités isiaques sont particulièrement typiques de ce style hybride ; malgré leurs emprunts à l'Égypte, elles relèvent plutôt de l'art classique.

   Le relief suit la même évolution, mais de façon plus accusée. Au début de l'époque ptolémaïque, la décoration de l'Iseum de Béhbet el-Hagar se poursuit dans la meilleure tradition égyptienne. Mais l'élégance tend vers une certaine afféterie, et le travail en méplat des époques antérieures est abandonné pour des modelés trop accusés. Les reliefs accompagnés d'inscriptions envahissent les murs des temples. Les thèmes sont exclusivement religieux ou mythologiques : c'est un précieux conservatoire de tout ce qu'a élaboré la pensée théologique égyptienne depuis ses origines.

   Dans les nécropoles d'Alexandrie, la décoration se fait hybride, combinant des thèmes syncrétiques. Plus originaux sont les portraits sur bois de l'époque romaine qui ont été retrouvés dans la région du Fayoum, fixés sur les cercueils des momies ; tous ont en commun des couleurs chaudes et un regard qui fixe l'éternité.

   Lorsque l'Empire romain d'Orient se sépara de l'Empire d'Occident, la civilisation égyptienne avait déjà cessé d'exister. Si l'art pharaonique avait su composer d'une certaine façon avec le monde classique, la victoire de la religion nouvelle, le christianisme, n'avait pu qu'être fatale à cet art si original qui, durant trois millénaires, était demeuré consubstantiel à son pharaon et à ses dieux.

Plan de l'article

Égypte

GÉOGRAPHIE

Le climat et les déserts

Le Nil et la vie rurale

L'agriculture

Population et niveau de vie

Géographie économique

HISTOIRE

L'époque archaïque

La période prédynastique

L'avance prise par la Haute-Égypte

Le commerce

L'Égypte pharaonique

Les dynasties égyptiennes

La période thinite

L’ancien Empire (2778-2420 avant J.-C., IIIe à VIe dynastie)

La première période intermédiaire (2420-2160 avant J.-C.)

Le moyen Empire (2160-vers 1785 avant J.-C., XIe à XIVe dynastie)

La deuxième période intermédiaire (1785-1580 avant J.-C. , XVe à XVIIe dynastie)

Le Nouvel Empire (1580-1085 avant J.-C. ; XVIIIe à XXe dynastie)

La basse époque (1085-vers 333 avant J.-C. ; XXIe à XXXIe dynastie)

La religion de l'Égypte pharaonique

Les principaux dieux

Les syncrétismes

Le clergé

Les rites funéraires

L'Égypte hellénistique (332-30 avant J.-C.)

D’Alexandre aux Lagides

La vie et la société à l’époque Ptolémaïque

Une monarchie prestigieuse

Le protectorat romain

L'Égypte romaine (30 avant J.-C.-395 après J.-C.)

Vie et société sous domination romaines

L’Égypte chrétienne

L'Égypte byzantine (395-642)

L'Égypte musulmane jusqu'à Méhémet-Ali (642-1805)

La conquête et l'occupation arabe

Les Tulunides (868-905)

Les Ikhchidides (935-969)

Les Fatimides (969-1171)

Les Ayyubides (1171-1250)

Les Mamelouks (1250-1517)

L'Égypte turque de 1517 à 1805

L'Égypte moderne (1805-1952)

L'ère nassérienne

La République

La politique extérieure

La politique intérieure

La présidence d'Anouar el-Sadate (1970-1981)

Le rapprochement avec les États-Unis

La paix israélo-égyptienne

La dérive autoritaire

La présidence de Hosni Moubarak (depuis 1981)

La prépondérance du parti présidentiel et la lutte contre l'islamisme

Retour au sein de la communauté arabe et rôle médiateur de l'Égypte

Une fin de règne difficile

L'ART DE L'ÉGYPTE ANCIENNE

Les caractéristiques de l'art de l'Égypte ancienne

L'art de la préhistoire

L'art de l'époque thinite

Apogée de l'Ancien Empire (environ 2800 à 2250 avant J.-C.) et première période intermédiaire

L'art du Moyen Empire (environ 2050-1780 avant J.-C.)

L'art du Nouvel Empire jusqu'au règne d'Aménophis III (environ 1580-1380 avant J.-C.)

L'art amarnien et ses prolongements (environ 1370-1314 avant J.-C.)

L'art de la fin du nouvel Empire (1314-1085 avant J.-C.)

L'art de la basse époque jusqu'à la conquête d'Alexandre (332 avant J.-C.)

L'art de l'Égypte à l'époque gréco-romaine (332 avant J.-C.-395 après J.-C.)

À voir aussi dans Larousse
Médias
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  • Akhenaton
  • Alexandrie
  • Amenemhat III
  • Anouar el-Sadate
  • Chant zagal d'Égypte
  • Djoser
  • Drapeau de l'Égypte
  • Edfou, le temple d'Horus
  • Égypte
  • Gamal Abdel Nasser
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  • Imhotep, pyramide de Djoser, Saqqarah
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  • Karnak, le temple d'Amon
  • L'Égypte ancienne
  • L'Égypte, XIIe-XVIe siècle
  • La région memphite
  • Le Caire
  • Le Fayoum
  • Le Nil
  • <I>Le Scribe accroupi</I>
  • <i>Livre des morts</i>
  • Louqsor, le temple d'Amon
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  • Momie de Ramsès II
  • Mont Sinaï
  • Nefertiti
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  • Ramsès II
  • Saladin Ier
  • Scribe de Saqqarah, dit <I>le Scribe accroupi</I>
  • Sésostris III
  • Sites archéologiques de l'Égypte
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