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Soudan

en arabe al-Sūdān

Nom officiel : République du Soudan

Carton de situation - Soudan
Drapeau du Soudan
Drapeau du Soudan

État fédéral d'Afrique orientale, le Soudan est baigné par la mer Rouge au nord-est, et bordé par l'Érythrée à l'est, par l'Éthiopie au sud-est, par le Soudan du Sud au sud, par la République centrafricaine au sud-ouest, par le Tchad à l'ouest, par la Libye au nord-ouest et par l'Égypte au nord. C'est un État fédéral qui se compose de 15 États : Nil, Mer Rouge, Kassala, Gedaref, Gezireh, Sennar, Nil Bleu, Nil Blanc, Kordofan-Méridional, Darfour-Méridional, Darfour-Occidental, Darfour-Septentrional, État du Nord, Kordofan-Septentrional, Khartoum.

  • Superficie : 1 844 797 km2
  • Nombre d'habitants : 37 964 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Soudanais
  • Capitale : Khartoum
  • Langue : arabe
  • Monnaie : livre soudanaise
  • Chef de l'État : Omar Hassan Ahmad el-Béchir
  • Chef du gouvernement : Omar Hassan Ahmad el-Béchir
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Entrée en vigueur : juin 1998
Pour en savoir plus : institutions du Soudan

GÉOGRAPHIE

Le pays, le deuxième plus grand d'Afrique après l'Algérie, compte plusieurs centaines de peuples, islamisées et arabophones. L'irrigation (à partir du Nil et du Nil Bleu) a permis le développement de cultures (notamment coton et sorgho, puis arachide et canne à sucre) dans le Centre, alors que le Nord, désertique, est voué à l'élevage nomade. L'industrie est inexistante et le pays, lourdement endetté. Près des trois quarts de la population adulte sont analphabètes. Les importants gisements de pétrole, qui permettaient des rentrées de devises, sont situés, depuis la partition du pays, dans le Soudan du Sud.

1. Le milieu naturel

C'est le deuxième plus vaste État d'Afrique, après l'Algérie. Traversé du sud au nord par le Nil, il s'étire du 10e au 23e degré de latitude nord, allant de la zone sahélienne au désert du Sahara.

Le relief n'est pas un facteur important de différenciation régionale car les surfaces planes (plaines et plateaux) dominent, établies au sud sur les terrains cristallins du socle, au nord sur les grès secondaires nubiens qui recouvrent celui-ci. Des mouvements à grand rayon de courbure ont individualisé des zones d'altitudes plus élevées, constituées d'inselbergs et situées essentiellement à la périphérie du pays (sauf au nord). Un volcanisme tertiaire et quaternaire a affecté le djebel Marra dans l'ouest du pays (plus de 3 000 m). Les inselbergs des monts Nuba (1 400 m), au sud d'El-Obeïd, sont les seules hauteurs notables n'ayant pas une localisation périphérique. La vallée du Nil s'est individualisée au tertiaire dans une zone de subsidence qui présente une grande zone de confluences : la Gezireh, au nord de laquelle se rejoignent à Khartoum le Nil Bleu et le Nil Blanc.

Plus que les températures, toujours élevées (de 20 à 40 °C), ce sont les précipitations qui différencient les régions climatiques et biogéographiques. La saison des pluies se situe en été. Les totaux annuels permettent de distinguer un milieu sahélien, du 10e au 15e parallèle (300 à 600 mm de pluies, végétation de steppes à épineux, acacias notamment) et un milieu saharien, au nord du 15e parallèle.

2. La population

De 1980 à 2005, la population du Soudan est passée de 18 à plus de 36 millions d'habitants. Le rythme d'accroissement annuel, toujours très soutenu, montre toutefois, depuis quelques années, des signes de ralentissement : d'une moyenne de 2,4 % par an entre 1985 et 1989, il est passé à 1,9 % en 2003. Le Soudan est le deuxième pays le plus vaste d'Afrique, mais sa densité moyenne est l'une des plus faibles du continent, avec 14 habitants par km2. Celle-ci, cependant, ne rend pas compte de l'inégale distribution de la population. Aux espaces quasiment vides des déserts de Libye et de Nubie s'opposent les fortes densités de la vallée du Nil, qui avoisinent parfois 200 habitants par km2.

Le Soudan est une mosaïque de peuples dont les frontières, héritées de la colonisation, ne tiennent aucun compte des réalités humaines. Il en est résulté un manque d'unité nationale. Jusqu'à la partition de 2011, la population était divisée entre un Nord musulman et un Sud qui se rattache à l'Afrique noire et dont les peuples sont en partie christianisées. Cet antagonisme est à l'origine de la guerre civile qui a déchiré le pays depuis les premières années de l'indépendance du Soudan jusqu'à l'indépendance du Soudan du Sud. Les conquérants arabes, venus d'Égypte, ont été suivis par plusieurs vagues d'immigrants (dont des nomades bédouins). L'arabe et l'islam se sont progressivement imposés dans tout le Nord, mais les populations locales des régions montagneuses (Zaghawas à l'ouest, dans le Darfour, Bedjas au nord-est, Nubas au centre) ont conservé leur identité culturelle.

La rébellion dans ce qui est devenu le Soudan du Sud mais aussi les luttes intestines dans les pays voisins ont provoqué d'importants déplacements de population. Environ 3 millions de réfugiés se sont agglutinés, dans les années 1990, dans des bidonvilles autour de la capitale, Khartoum, qui, avec la cité jumelle d'Omdurman, au confluent du Nil Bleu et du Nil Blanc, compte 4,3 millions d'habitants. Le taux d'urbanisation reste encore peu élevé. Port-Soudan, sur la mer Rouge, est la seconde ville et le principal port du pays.

3. Une économie mal en point

La guerre civile dans le Sud et les changements de régime ont profondément détérioré l'économie du pays. Employant près de 80 % de la population active, l'agriculture et l'élevage fournissent 40 % du P.I.B. et 90 % des exportations. L'accroissement des besoins en bois (utilisé comme combustible domestique) et le surpâturage ont abouti à une dégradation du couvert végétal et ont favorisé l'érosion des sols. Des auréoles de désertification sont apparues autour de nombreux villages de la zone sahélienne, la plus fragile, notamment dans le Kordofan. En un demi-siècle, le désert a ainsi progressé de plus de 100 km vers le sud.

3.1. Le déclin de l'agriculture

Les terres les plus fertiles se situent dans la vallée du Nil, où les Égyptiens ont introduit des norias qui arrosent, aujourd'hui encore, d'abondantes cultures maraîchères. La culture du coton, principal produit d'exportation, se pratique surtout dans la Gezireh, principale région agricole du Soudan. Située entre le Nil Bleu et le Nil Blanc, celle-ci se prête remarquablement à l'irrigation, que facilite une faible pente générale et le barrage de Sennar construit sur le Nil Bleu par les Britanniques. L'État contrôle le périmètre cotonnier de la Gezireh – où l'on pratique aussi, par rotation, des cultures vivrières (blé, fèves, sorgho) – dont la superficie fut étendue vers le sud, après l'indépendance, dans le cadre d'un plan d'aménagement (le Rahad Scheme) comportant la construction d'un second barrage sur le fleuve, en amont du premier, à Roseires. L'exploitation des nouvelles surfaces irriguées s'est cependant révélée décevante et les exportations de coton (dont celles du coton à fibres courtes en terrain non irrigué, dans le Kordofan) ont diminué. Le Soudan demeure un important producteur d'arachide (au 2e rang en Afrique après le Nigeria), mais les exportations ont décliné. Outre les dattes, l'alimentation de base de la population consiste en céréales, principalement le sorgho (la doura au Soudan), dont la production est soumise aux aléas climatiques. Enfin, le pays est le premier producteur mondial de gomme arabique, extraite des acacias de la savane, aux abords des déserts. Un grand projet de complexe sucrier, financé en partie par des capitaux arabes, prévoyait la création, à Kenana, au sud-ouest de la Gezireh, d'une vaste plantation de canne à sucre destinée à alimenter une sucrerie susceptible de produire un million de tonnes de sucre par an (ce dernier constituant un poste important des importations soudanaises). Malgré l'apport de Kenana, la production de sucre du pays ne croît que lentement.

Le cheptel soudanais est l'un des plus importants d'Afrique : 38 millions de bovins, 47 millions d'ovins, 42 millions de caprins et plus de 3 millions de chameaux.

3.2. Une industrie embryonnaire

Le Soudan est dépourvu de ressources minérales importantes (chromite près de Roseires, gypse au nord de Port-Soudan, cuivre dans le sud-ouest, vers Kafia Kingi). Les mines d'or situées sur les hauteurs qui bordent la mer Rouge, tant convoitées dans l'Antiquité avant d'être pratiquement abandonnées, ont connu à partir de 1993-1994 un regain d'intérêt consécutif au progrès des procédés de traitement de ce minerai métallique : elles ont produit 5 000 kg d'or en 2002.

Le pays est à peine industrialisé, sauf dans le secteur des textiles (plus d'une vingtaine d'usines textiles fonctionnent dans la Gezireh). Le pays dispose à Port-Soudan d'une raffinerie de pétrole (reliée à Khartoum par un pipeline) et d'une usine de pneumatiques, et à Khartoum, d'une fabrique d'engrais. On compte également deux cimenteries, dont l'une à Atbara. Le climat très chaud décourage le tourisme et un complexe hôtelier construit en bordure de la mer Rouge, en face de récifs coralliens, a périclité. Le Soudan dispose cependant d'un remarquable réseau ferré, datant de la colonisation britannique, dont la construction a été facilitée par la platitude dominante du relief et par un sol sableux où les voies ont pu être posées sans ballast. Ce réseau couvre surtout le nord du pays. Une ligne principale, passant par Khartoum, relie Ouadi-Halfa, au sud du lac Nasser, au Kordofan et au Darfour, et se prolonge vers le Soudan du Sud. Une autre ligne part de la capitale vers Port-Soudan.

3.3. Une dette accablante

La balance commerciale est largement déficitaire. Les exportations ne représentent que 2 % du P.I.B. Les pays de l'Union européenne sont les principaux partenaires commerciaux du Soudan. Le coût exorbitant de la guerre civile dans le Sud a fortement contribué à la détérioration de l'économie, malgré les investissements (Koweït en particulier).

3.4. Les difficultés

Près des trois quarts de la population adulte sont analphabètes. Les conflits meurtriers de l'ouest (au Darfour) et du sud, en partie religieux, ont durement éprouvé le pays, qui compte parmi les plus pauvres du monde. Les importants gisements pétroliers (2 milliards de barils de réserves estimés), qui permettaient des rentrées de devises, sont situés, depuis la partition du pays, dans le Soudan du Sud.

HISTOIRE

1. De l'Antiquité à l'islamisation

Depuis l'Antiquité, l'histoire du Soudan est étroitement mêlée à celle de l'Égypte.

1.1. L'égyptianisation de la Nubie

Dès le IIe millénaire avant J.-C., des pharaons égyptiens entreprennent la conquête de la Nubie, le « pays de Koush » (correspondant à peu près au nord du Soudan actuel), et parviennent jusqu'à la quatrième cataracte du Nil. Cependant, vers 700 avant notre ère, le royaume koushite, mais égyptianisé, de Napata conquiert l'Égypte et s'étend jusqu'au delta du Nil. Cette dernière se défait de l'emprise des souverains koushites, qui se replient à Napata, puis, plus au sud, à Méroé.

Le royaume de Méroé subsistera sept siècles, jusqu'au ive siècle après J.-C.

1.2. L'islamisation progressive

Il est alors supplanté par l'Empire éthiopien d'Aksoum (ou Axoum), converti au christianisme à la même époque par des missionnaires de l'Empire byzantin. Subsistent trois petits royaumes soudanais du Nord, Nobatia, Aloa et Makouria, qui se convertissent eux aussi au christianisme avant de tomber l'un après l'autre au fil des siècles sous la domination arabe, qu'accompagne une forte immigration de Bédouins, puis sous celle du sultanat « noir » des Funj, islamisé, qui apparaît au xvie siècle, avec pour capitale Sennar, sur le Nil Bleu. Le sultanat funj s'étend jusqu'au Kordofan, avant de se désintégrer au xviiie s., époque où les sultans (musulmans) du Darfour annexent le Kordofan et établissent leur capitale à El-Fasher. L'autorité du Darfour est bientôt contestée par les tribus périphériques du royaume, et l'Égypte de Méhémet-Ali entreprend la conquête du Soudan. Seule la région méridionale du pays, la zone marécageuse du sadd, peuplée d'ethnies nilotiques, a jusque-là échappé à l'islamisation.

2. La conquête égyptienne et la révolte du Mahdi

En 1821, Méhémet-Ali lance au Soudan deux corps expéditionnaires commandés respectivement par son fils Ismaïl Pacha et son gendre, le « daftardar ». Ismaïl Pacha est brûlé vif par un roitelet local, Nimr, à Sennar, et le daftardar déclenche une féroce répression. Méhémet-Ali entreprend ensuite de mettre en place une administration, à partir de Khartoum, qui devient la capitale, et de développer l'économie du pays. Les Égyptiens introduisent la culture de la canne à sucre et des arbres fruitiers, et relancent l'exploitation des mines d'or.

À la mort de Méhémet-Ali, en 1849, la situation commence à se dégrader, jusqu'à ce que le khédive Ismaïl, petit-fils de Méhémet-Ali et intronisé en 1867, estime nécessaire de faire appel à des Européens pour administrer le pays : notamment au général britannique Charles Gordon, qui est nommé vice-roi, et à l'explorateur Samuel Baker, qui reconnaît le Sud et annexe la province d'Equatoria (celle du Bahr el-Ghazal le sera un peu plus tard). L'esclavage est aboli (au moins théoriquement).

Cependant, la Grande-Bretagne et la France contraignent en 1879 le khédive Ismaïl, qui a terriblement endetté son pays, à abdiquer, et Londres installe au Caire un consul général, lord Cromer, qui administre en fait l'Égypte et le Soudan.

En 1881, le Soudan se soulève contre la domination britannique. La révolte est conduite par un érudit musulman, Muhammad Ahmad ibn Abd Allah, qui prend le nom de Mahdi. Il proclame la guerre sainte et sa volonté de purifier l'islam. Une première expédition anglaise est défaite par les guerriers mahdistes, les « derviches », et la Grande-Bretagne rappelle alors Gordon (qui avait démissionné lors de l'abdication du khédive), lequel se laisse enfermer dans Khartoum, où il est tué par les derviches en 1885. Le Mahdi meurt six mois plus tard, mais son armée poursuit le combat et occupe la quasi-totalité du Soudan. En 1898, le général britannique Kitchener défait les mahdistes devant Omdurman.

3. Du condominium à l'indépendance

3.1. L'affaire de Fachoda

En 1899, un traité anglo-égyptien instaure un condominium des deux pays sur le Soudan, dont lord Kitchener est nommé gouverneur général. C'est lui qui contraint la colonne du capitaine français Marchand, parvenu à Fachoda, à rebrousser chemin, incident majeur de la rivalité franco-britannique en Afrique. Kitchener et son successeur, lord Wingate, s'attachent au développement économique du pays, où sont construites les premières lignes de chemin de fer.

Le réveil du nationalisme arabe après la Première Guerre mondiale bouleverse les relations anglo-égyptiennes. Après l'assassinat en 1924 du gouverneur général du Soudan en visite au Caire, la Grande-Bretagne met fin au condominium et administre seule le pays. La mise en valeur du Soudan se poursuit avec l'irrigation du périmètre cotonnier de la Gezireh. En 1936, l'Égypte devient indépendante, et le condominium est rétabli.

3.2. De l'autonomie à l'indépendance : le début de la rébellion sudiste

Après la Seconde Guerre mondiale, le Soudan obtient l'autonomie, et deux partis politiques s'organisent : l'Umma – hostile à l'union avec l'Égypte –, qui se réclame du Mahdi et s'appuie sur la confrérie des Ansar, et le parti national unioniste (NUP) rassemblant les « unionistes » favorables, à l'Égypte, dirigé par Ali al-Mirghani et soutenu par la confrérie des Khatmiyya. En 1956, le Soudan accède à l'indépendance, alors que le Sud du pays, animiste et chrétien (que la Grande-Bretagne avait voulu un moment rattacher à l'Ouganda), commence à se rebeller contre l'autorité de Khartoum.

L'Assemblée nationale se révèle ingouvernable, et, en 1958, le général Ibrahim Abbud prend le pouvoir et dissout les partis politiques, tandis que la résistance du Sud s'organise, avec la création d'un Front de libération pourvu d'une branche militaire, l'Anya-Nya. La vie politique du Soudan va dès lors être marquée par une alternance entre pouvoir civil et dictatures militaires, et par la poursuite intermittente de la rébellion sudiste.

4. Le régime présidentiel du général Nimayri et la paix avec le Sud

4.1. L'alliance avec les communistes

En 1964, le général Abbud se retire et rétablit la démocratie parlementaire. Plusieurs gouvernements de coalition se succèdent jusqu'en 1969, année où le général Djafar al-Nimayri prend le pouvoir. Celui-ci bénéficie du soutien du parti communiste (relativement important au Soudan) et de l'URSS, ce qui lui vaut l'hostilité des Frères musulmans et des mahdistes de l'Umma. En 1970, il écrase dans le sang une révolte des mahdistes dans l'île d'Aba, sur le Nil Blanc. Allié à l'Égypte et à la Libye par la charte de Tripoli (1969), le Soudan ne rejoint pas, en 1971, l'Union (éphémère) des Républiques arabes (Égypte, Libye, Syrie), afin de ne pas compromettre les perspectives d'accord avec le Sud. Ayant échappé en juillet 1971 à un coup d'État communiste grâce à l'aide de la Libye, le général renvoie les experts soviétiques. L'Union socialiste soudanaise, formation politique du chef de l'État, est proclamée parti unique, tandis qu'un référendum plébiscite le général Nimayri comme président de la République en octobre 1971.

4.2. La fin de la rébellion sudiste

Les pourparlers avec la rébellion sudiste – soutenue par l'Éthiopie et Israël – finissent par aboutir le 27 mars 1972 aux accords d'Addis-Abeba : une large autonomie est accordée au Sud avec une assemblée régionale représentant les trois provinces méridionales. L'Éthiopie obtient par ailleurs que le Soudan suspende son aide au Front de libération de l'Érythrée, qui se bat contre le régime impérial éthiopien.

Nimayri se rapproche des États-Unis et de l'Égypte (il soutient les accords israélo-égyptiens de Camp David), et permet le retour des opposants en exil. Il aide également Israël à organiser un pont aérien pour amener secrètement d'Éthiopie les Juifs noirs Falachas, ce qui lui vaut la réprobation de la Ligue arabe.

5. La reprise de la guerre avec le Sud et la chute de Nimayri

À la suite de la découverte d'importants gisements pétroliers dans le Sud en 1980, le général-président abroge unilatéralement les accords d'Addis-Abeba et décide, début 1983, de redistribuer le Sud en trois provinces séparées. Dépossédés de tout contrôle sur les ressources de leur territoire, les Sudistes reprennent aussitôt leur rébellion en créant le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), dirigé par un officier chrétien, le colonel John Garang, soutenu par l'Éthiopie.

Cherchant à raffermir sa légitimité, Djafar al-Nimayri fait appel aux Frères musulmans de Hassan al-Tourabi et, en contrepartie, impose la charia ainsi que des peines corporelles outrageantes (lois de septembre 1983).

En 1985, alors que la situation économique du pays s'est considérablement aggravée, que la réprobation du régime de Nimayri est unanime, ce dernier est renversé par un coup d'État conduit par le général Sawwar al-Dhahab, qui rétablit la démocratie parlementaire. Aux élections de 1986, l'Umma des mahdistes arrive en tête, devant les « unionistes » et les intégristes du Front national islamique (NIF) de H. al-Tourabi, qui rassemble les Frères musulmans. Sadiq al-Mahdi, descendant direct du Mahdi, devient Premier ministre. Cependant, les négociations qu'il engage avec John Garang échouent, et, le juin 1989, les militaires reprennent le pouvoir.

6. Le régime dictatorial d'Omar Hassan el-Béchir et l'isolement du Soudan

Le général el-Béchir s'appuie sur le Front national islamique de Hassan al-Tourabi. Une union sans lendemain est proclamée en 1990 avec la Libye – qui fournit du pétrole – et, en 1992, l'armée lance, avec l'assistance de la Libye et de l'Iran, une offensive sans résultat contre les rebelles du Sud. Une série de négociations s'engage alors avec ceux-ci à partir de 1993, d'abord à Abuja, au Nigeria, puis à Nairobi, sous l'égide de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), qui groupe sept pays de la Corne de l'Afrique, dont le Soudan. Aucune n'aboutit, malgré la médiation de l'ex-président américain Jimmy Carter, qui n'obtiendra, en 1995, qu'un cessez-le-feu de deux mois.

L'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) de John Garang (branche armée du SPLM) bénéficie du soutien des États-Unis et de l'Ouganda – alors que le Soudan, en représailles, appuie en Ouganda la rébellion de la Lord Resistance Army (LRA, Armée de résistance du Seigneur), en lutte contre le régime du président ougandais Yoweri Museveni.

Le refus du Soudan de condamner l'invasion irakienne du Koweït en 1990 (→ guerre du Golfe) entraîne une dégradation de ses relations avec les pays du Golfe et lui aliène l'aide occidentale. En 1994, il permet l'arrestation par les services secrets français du terroriste vénézuélien Illitch Ramirez Sanchez, alias Carlos, et son exfiltration en France, mais son refus de livrer à l'Égypte les auteurs d'un attentat manqué contre le président égyptien Hosni Moubarak à Addis-Abeba en juin 1995 lors du sommet de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), contribue à accroître son isolement. Ses relations s'enveniment avec l'Éthiopie et l'Érythrée, accusées de soutenir l'opposition en exil : en 1996, les dirigeants de l'opposition – notamment S. al-Mahdi l'ancien Premier ministre, et Muhammad Uthman al-Mirghani, du parti unioniste démocratique – trouvent asile à Asmara, où ils forment l'Alliance nationale démocratique et ouvrent un second front contre Khartoum, en accord avec le colonel John Garang. En 1997, les États-Unis décrètent un embargo économique total contre le Soudan, en représailles à son soutien présumé au terrorisme international. Enfin, de graves violations des droits de l'homme sont dénoncées par les organisations humanitaires.

7. La reconnaissance du droit du Sud à l'autodétermination

À l'issue des élections législatives et présidentielle de mars 1996, boycottées par l'opposition, le général el-Béchir est élu président. Le Front national islamique de Hassan al-Tourabi – qui devient président du Parlement – maintient son emprise sur le régime. La situation économique du pays, lourdement grevé par sa dette extérieure, continue de se détériorer. En mai 1998, après avoir mené des négociations avec le SPLM à Nairobi, Khartoum se résout à reconnaître le droit du peuple du Sud soudanais à l'autodétermination. L'accord prévoit une période intérimaire, dont la durée sera fixée entre les parties sous l'égide de l'IGAD et à l'issue de laquelle la question de l'indépendance du Sud sera tranchée par référendum. Toutefois, l'application de la charia n'est pas tranchée et, malgré une série de cessez-le-feu, signés en 1998 et en 1999 afin de faciliter l'acheminement de l'aide aux populations du Sud menacées de famine, la guerre continue.

8. Début d'une normalisation et éviction de Hassan al-Tourabi

Le Soudan se réconcilie avec ses voisins – Éthiopie, Égypte, Érythrée – dans l'espoir qu'ils cesseront d'apporter leur soutien logistique et politique à ses opposants et qu'ils useront de leur influence auprès de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) pour qu'elle trouve un terrain d'entente avec Khartoum. De la même manière, il s'engage avec l'Ouganda à ne plus soutenir leur mouvement de rébellion respectif.

Sur le plan intérieur, la rivalité croissante qui oppose les alliés d'hier – le général-président el-Béchir et le président du Parlement et secrétaire général du Congrès national (ex-Front national islamique), Hassan al-Tourabi – conduit à une crise politique. Pour mettre fin à la dualité du pouvoir au sein des institutions de l'État, et surtout pour contrer la montée en puissance de son rival, le général-président dissout le Parlement, décrète l'état d'urgence et autorise à nouveau l'activité des partis (interdite depuis 1989). Les membres du gouvernement démissionnent, suivant ainsi les recommandations du Congrès national, qui laisse les mains libres au chef de l'État ; ce dernier forme, en janvier 2000, un nouveau cabinet, tandis que – selon les termes du compromis trouvé –, Hassan al-Tourabi demeure l'idéologue du Congrès national jusqu'en juin 2000 (époque à laquelle, démis de sa fonction de secrétaire général, il crée son propre parti, le Congrès national du peuple).

Aux élections de décembre 2000, boycottées par la plupart des partis d'opposition, les résultats sont sans surprise : el-Béchir est réélu à la présidence pour un deuxième mandat (86,5 %), tandis que le Congrès national, au pouvoir, remporte la quasi-totalité des sièges au Parlement. L'état d'urgence est prorogé pour une année supplémentaire. Soupçonné de vouloir s'emparer du pouvoir et neutralisé par le président, Hassan al-Tourabi rejoint l'opposition ; en février 2001, il est arrêté pour avoir signé un « mémorandum d'entente » avec les rebelles sudistes du SPLM, puis placé en résidence surveillée.

Inquiet d'une possible intervention militaire et désireux de sortir son isolement, le Soudan s'engage à coopérer avec les États-Unis dans la lutte antiterroriste et condamne les attentats du 11 septembre 2001. Après plusieurs tentatives restées infructueuses dans les années 1990, le régime islamiste accepte de négocier avec l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) du colonel John Garang.

9. Le processus de paix au Sud

9.1. Le temps des négociations

À l'issue de négociations menées sous l'égide de la Suisse et des États-Unis, le gouvernement soudanais et la branche nuba de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) signent, le 19 janvier 2002, un accord de cessez-le-feu historique pour une période renouvelable de six mois. Grâce au maintien de la trêve, un projet à long terme d'assistance et de réhabilitation s'amorce alors dans les monts Nuba, offrant un puissant argument en faveur de la paix dans d'autres régions du pays.

Menées depuis la fin juin 2002 à Machakos (Kenya) sous l'égide de l'IGAD, des négociations entre le Nord arabo-musulman et le Sud chrétien et animiste aboutissent, le 20 juillet, à la signature d'un premier protocole d'accord, qui lève deux points litigieux du conflit : le premier porte sur l'octroi de l'autonomie à la partie méridionale du pays pour une période transitoire de six ans, au terme de laquelle les Sudistes se prononceront par référendum sur le maintien ou non de l'unité au Soudan ; le second point concerne la non-application de la charia à la partie Sud.

Autres signes encourageants, la rencontre, le 27 juillet, entre le président el-Béchir et le chef du SPLM/SPLA, John Garang, suivie, en août, du retour au multipartisme et de l'annonce d'un cessez-le-feu sur tous les fronts. Dans le cadre des négociations inter-soudanaises qui se poursuivent au Kenya, Khartoum fait libérer, en octobre 2003, tous les prisonniers politiques du pays, y compris l'opposant Hassan al-Tourabi (ce dernier, toutefois, sera de nouveau arrêté en mars 2004, après avoir été accusé de participation à une tentative de coup d'État, puis libéré le 30 juin 2005). Peu de temps après, survient la « réconciliation » avec le chef du parti unioniste démocratique et de l'Alliance nationale démocratique, M. U. al-Mirghani, dernière figure de l'opposition nordiste à vivre en exil.

L'année 2004 voit la conclusion, en janvier, d'un accord sur le partage du pactole pétrolier – l'une des pierres d'achoppement entre le gouvernement et le SPLM – puis en mai, d'un accord sur le statut des monts Nuba, du Nil Bleu occidental et de l'Abyei – régions qui, bien qu'ayant des populations négro-africaines à majorité chrétienne, ont été attribuées au Nord lors de l'accord de paix de 1972 et sont revendiquées depuis par le Sud.

9.2. L'accord de paix global du 9 janvier 2005

Un accord de paix global – incluant tous les protocoles négociés depuis 2002 – est signé à Nairobi le 9 janvier 2005 par le vice-président soudanais Ali Osman Taha et le chef du SPLM/SPLA, le colonel John Garang, en présence d'une vingtaine de chefs d'État et de gouvernements africains.

D'ampleur historique, l'accord marque la résolution d'une guerre civile de 21 ans, responsable d'au moins 2 millions de morts et du déplacement de 4,6 millions de Soudanais. Il prévoit la mise en place d'un État fédéral pour une période transitoire de six ans, sanctionnée, après la tenue d’élections générales, par un référendum d'autodétermination dans la moitié sud du pays en 2011 ainsi qu'un partage équitable des richesses (50 % des recettes pétrolières du Sud seront reversées au gouvernement autonome du Sud).

La province d'Abyei, riche en gisements pétrolifères et revendiquée par les deux parties, reste cependant un sujet de litige. En vertu de la nouvelle Constitution intérimaire entrée en vigueur le 9 juillet 2005, le Sud dispose de ses propres gouvernement et Parlement, dont 70 % des postes et sièges sont réservés au SPLM de J. Garang.

L'opposant Hassan al-Tourabi est libéré le 30 juin. John Garang, l'ex-rebelle sudiste, est nommé vice-président du Soudan. Sa disparition, survenue le 30 juillet 2005 dans un accident d'hélicoptère, fragilise le processus de paix en provoquant dans les principales villes du Sud par une violente réaction populaire contre populations originaires du Nord. Le général Salva Kiir Mayardit, numéro deux du SPLM/SPLA et compagnon de la première heure de John Garang, le remplace à la tête du SPLM et au poste de premier vice-président.

En septembre, pour la première fois de son histoire, le Soudan se dote d'un gouvernement d'union nationale au sein duquel le SPLM, reconverti en parti politique, occupe 28 % des fauteuils (52 % allant au parti du Congrès national (NCP) du général O. el-Béchir, 14 % à l'opposition du Nord et 6 % à celle du Sud), tandis qu’est constitué, le mois suivant, le Gouvernement du Sud Soudan (GoSS).

La situation reste cependant tendue et la participation du SPLM au gouvernement central est suspendue en octobre-décembre 2007, tandis qu’en mai 2008, de violents affrontements dans la région frontalière d'Abyei font une centaine de morts.

En juillet 2009, la Cour permanente d'arbitrage de La Haye redécoupe finalement les frontières de cette province, en réduisant son périmètre, ce qui en exclut les gisements de pétrole dont l’attribution oppose par ailleurs les deux parties qui s’engagent pourtant à respecter la décision. La situation dans cette zone où des enjeux économiques se superposent à des conflits interethniques liés à l’accès à l’eau et à la terre, reste cependant explosive.

10. La crise du Darfour : un conflit régional

Les pourparlers de paix entre le Nord arabo-musulman et le Sud chrétien et animiste ont cependant éclipsé un autre conflit, qui, depuis février 2003, ensanglante le Darfour, région fertile située au nord-ouest du Soudan. Peuplée de musulmans « non arabes » – tels que se définissent les agriculteurs sédentaires d'ethnies four, massalit et zaghawa – et de tribus nomades arabisées, la province est depuis deux décennies le théâtre de conflits entre agriculteurs africains et pasteurs arabes, réglant leurs querelles à l'arme blanche ou nouant des alliances fluctuantes au gré de leurs intérêts.

Mais, l'explosion démographique, l'avancée du désert – rendant toujours plus âpre la compétition pour l'eau et l'espace –, l'accumulation d'armes automatiques et, enfin, à partir de 1985, le soutien actif du régime de Khartoum qui arme les nomades, ont exacerbé les conflits. Un mouvement armé, le Front de libération du Darfour ( fondé en 1992 par Abdel Wahid al-Nour, s'élargit en février 2003 aux autres combattants massalit et zaghawa et devient l'Armée de libération du Soudan (SLA). Il entre en rébellion ouverte contre les forces gouvernementales.

Un autre mouvement rebelle dirigé par Khalil Ibrahim – le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) –, apparaît dans les mois suivants. Tous deux bénéficient du soutien militaire du Tchad pour des raisons à la fois historiques et claniques : Idriss Déby, un Zaghawa, s'est lui-même lancé à la conquête du pouvoir en 1990, depuis le Darfour.

La SLA et le JEM tiennent en échec l'armée soudanaise, jusqu'à ce que Khartoum, ayant alors recours à une méthode éprouvée dans le Sud, mobilise, arme et appuie des milices locales d'ethnie arabe (surnommées Djandjawids, « cavaliers armés »), pour séparer les rebelles de la population. À la suite de très nombreuses exactions perpétrées par les milices, le conflit dégénère en catastrophe humanitaire, face à laquelle la communauté internationale demeure longtemps indifférente et incapable de s'unir pour prendre des sanctions à l'encontre du régime de Khartoum.

Un accord de cessez-le feu conclu en avril 2004 à N'Djamena grâce à une médiation tchadienne est constamment violé depuis, en dépit du déploiement dans la région d'une force de maintien de la paix de l'Union africaine (AMIS) chargée d'en surveiller l'application. Les mesures votées par le Conseil de sécurité de l'ONU tout au long de l'année 2004 pour inciter le régime islamiste à ramener la sécurité au Darfour et à y faciliter l'accès humanitaire (résolution 1556 du 30 juillet), l'institution d'une Commission d'enquête internationale sur les violations des droits de l'homme et du droit humanitaire (résolution 1564 du 18 septembre) et les menaces réitérées de sanctions (résolution 1574 des 18-19 novembre), restent vaines et ne peuvent empêcher l'intensification les combats.

Des négociations de paix ouvertes en novembre 2004 à Abuja sous la pression internationale aboutissent, après sept cycles de pourparlers, à un accord global signé en mai 2006 entre le gouvernement soudanais et la faction rebelle de Minni Minawi qui a fait scission au sein du mouvement d’Abdel Wahid. Mais l'accord ne connaît aucune application : outre la reprise des affrontements entre factions rebelles, la situation est aggravée par la guerre de plus en plus intense que se livrent le Soudan et le Tchad par milices interposées et qui commence à déstabiliser la République centrafricaine.

Jusqu'à la mi-2007, le Soudan s'oppose à la tentative du Conseil de sécurité de l'ONU d'envoyer des Casques bleus pour prendre la relève de l'AMIS déployée depuis 2004. Khartoum y voit une menace pour plusieurs de ses responsables impliqués dans des crimes contre l'humanité et dont les noms ont été transmis par l'ONU à la Cour pénale internationale (CPI), saisie en mars 2005.

Le 31 juillet 2007, un compromis est finalement trouvé : Khartoum accepte le déploiement d'une mission hybride regroupant 26 000 soldats des Nations unies et de l'Union africaine (MINUAD) pour prendre la relève de l'AMIS. Des négociations entre le gouvernement soudanais et les mouvements rebelles du Darfour débutent le 27 octobre, à Syrte, sous l'égide de l'ONU et de l'Union africaine. En dépit de nombreux accords de non-agression, le Tchad accuse le Soudan d'appuyer activement la rébellion tchadienne du Front uni pour le changement démocratique (FUC), tandis que Khartoum suspecte N'djamena d'apporter son soutien au JEM.

Les tensions entre les deux pays culminent en janvier-février 2008 avec l'offensive des rebelles tchadiens jusqu'à N'Djamena et en mai 2008 avec l'attaque de la banlieue de Khartoum par les rebelles du JEM. Elles aboutissent à la rupture de leurs relations diplomatiques. Sous la pression de la Libye, du Sénégal et de l'Érythrée, les deux États acceptent de les rétablir en novembre 2008. En septembre 2008, l'armée soudanaise lance une nouvelle offensive contre les différents mouvements rebelles au Darfour, y compris le SLM/A de Minni Minawi.

11. Les perspectives de paix et l’inculpation d'el-Béchir

Le 17 février 2009, avec la médiation du Qatar, des Nations unies, de l'Union africaine et de la Ligue arabe, le gouvernement soudanais et le groupe rebelle le plus actif du Darfour, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), signent à Doha un accord pour une cessation des hostilités, une « déclaration d'intention » qui doit ouvrir la voie à un accord-cadre en vue d'une conférence de paix.

Finalement inculpé par la CPI de crimes de guerre et contre l’humanité (mars 2009), de génocide au Darfour (juillet 2010), el-Béchir conserve le soutien de la Ligue arabe et de l'Union africaine, tandis qu’en représailles, il ordonne l'expulsion de 13 des plus importantes ONG étrangères présentes dans la région.

À partir du mois d'octobre, confrontés chacun aux échéances électorales annoncées pour 2010 et 2011, les présidents soudanais et tchadien décident de normaliser leurs relations en cessant mutuellement de soutenir leurs rébellions respectives et en signant un accord sur la sécurisation des frontières, un pacte de non agression confirmé lors d’une visite d’Idriss Déby à Khartoum le 8 février 2010 et qui intervient alors que les discussions entre la rébellion et le gouvernement, débouchent, le 24 février, sur un accord de cessez-le-feu avec le JEM. Toutefois, l’accord politique global est reporté, tandis qu'el-Béchir sort largement vainqueur, en avril, des premières élections générales « pluralistes » depuis 1986.

Après le retrait des deux seuls candidats (du SPLM et du parti Umma) susceptibles de le concurrencer, il remporte ainsi plus de 68 % des voix à l’issue d’une élection présidentielle marquée par de nombreuses irrégularités. Dans le Sud, qui doit se prononcer sur son autodétermination en janvier 2011, le président sortant de la région semi-autonome, Salva Kiir, est reconduit au pouvoir avec près de 93 % des voix après un scrutin également contesté par une fraction dissidente du SPLM, ce dernier l’emportant massivement dans l’Assemblée législative.

Prévu par les accords de paix de janvier 2005, le référendum d’autodétermination se déroule entre le 9 et le 15 janvier 2011. Près de 99 % des électeurs se prononcent en faveur de l’accession à l’indépendance de cette partie du pays à majorité animiste et chrétienne. Conduit par Salva Kiir, ce processus – que le président el-Béchir s’est engagé à respecter – conduit à la création du nouvel État le 9 juillet.

12. La permanence des tensions et la contestation interne

Moins d’un an après l’indépendance du Soudan du Sud, de sérieuses tensions renaissent dans les régions frontalières entre les deux pays au point de faire craindre la reprise de la guerre civile. Les deux États s’accusent mutuellement de soutenir les mouvements rebelles et d’entretenir les conflits interethniques dans leurs territoires respectifs. Le Soudan exige notamment de son voisin qu’il cesse de soutenir la branche nordiste du SPLM, une accusation rejetée par Djouba.

En toile de fond figure le contentieux sur l’exploitation du pétrole dont le Soudan du Sud a hérité de la plus grande partie des gisements mais qui dépend pour le moment des infrastructures et des installations du Nord pour son acheminement et son raffinage. Khartoum imposant des tarifs (transit, transport et transformation) jugés exorbitants et détournant à son profit une partie du combustible, la production est interrompue en janvier entraînant une grave détérioration de la situation économique dans les deux pays.

Alors que chaque État rejette sur l’autre la responsabilité de la reprise des hostilités, ce désaccord conduit en avril 2012 à la prise des champs pétrolifères d’Heglig (rattachés par la Cour permanente d’arbitrage de La Haye à l’État soudanais du Kordofan méridional) par l’armée sud-soudanaise. Cette dernière doit finalement se retirer sous la pression de la communauté internationale et à la suite de représailles menées par l’armée de l’air soudanaise.

Avec la médiation d’une mission de l’Union africaine conduite par l'ex-président sud-africain Thabo Mbeki, Khartoum et Djouba acceptent de rouvrir des négociations qui débouchent sur huit accords signés à Addis Abeba en septembre. Parmi ceux-ci, l’accord sur le pétrole prévoit notamment une diminution conséquente des tarifs imposés par le Soudan et la reprise de la production. Les deux États s’engagent également à régler leur différend frontalier dans le respect des droits des communautés locales et des éleveurs transhumants. Une nouvelle rencontre au sommet entre el-Béchir et Salva Kiir a lieu en janvier 2013, en vue de l’application effective de ces accords dont la création le long de la frontière contestée d’une zone tampon démilitarisée, mais le statut de la région disputée d’Abyei reste toujours en suspens.

Ces tensions économiques et territoriales sont aggravées par la mobilisation des oppositions au pouvoir d’el-Béchir : en juillet 2012, la coalition des « Forces du Consensus national » (NCF), qui rassemble notamment le parti national Umma (NUP) de S. al-Mahdi, le Congrès populaire de H. al-Tourabi et le parti communiste soudanais, adopte une « charte de l’alternance démocratique ». De leur côté, les différents mouvements rebelles du Darfour – JEM désormais dirigé par Gibril Ibrahim, SLM/A d’Abdel Wahid, SLM/A de Minni Minawi – du Kordofan méridional et du Nil Bleu – SPLM-Nord de Yassir Arman – se rassemblent dans le Front révolutionnaire du Soudan (SRF) en novembre 2011 et adoptent un programme politique dans la perspective d’un renversement du régime. En janvier 2013, ces deux coalitions se rapprochent et signent à Kampala un projet commun, auquel se joignent d’autres mouvements civils, en vue du rétablissement de la démocratie.

12.1 Un nouveau mandat pour el-Béchir

Le « dialogue national », annoncé en janvier 2014 par O. el-Béchir et encouragé par l’Union africaine, essuie d’abord le refus des principaux mouvements rebelles et des forces de l’opposition tant que des mesures de confiance n’auront pas été prises parmi lesquelles la libération des prisonniers politiques et la garantie des droits civils. Une nouvelle déclaration en vue d’une solution globale de la crise soudanaise est signée le 3 décembre par le NUP, les NCF et le SRF, une alliance entre opposition civile et rébellion armée dénoncée par le chef de l’État.

Parallèlement, alors que les deux camps s’engagent dans un dialogue de sourds, le président tire parti de l’instabilité du Moyen-Orient pour réduire son isolement en améliorant ses relations avec l’Égypte (projet d’accord sur le partage des eaux du Nil avec l’Éthiopie, participation au sommet de la Ligue arabe de Charm el-Cheikh, mars 2015), ainsi qu’avec les États du Golfe en adhérant à la coalition arabe mise en place par l’Arabie saoudite pour intervenir au Yémen (avril).

L’opposition ayant appelé au boycott du scrutin faute d’une reprise préalable des discussions, les élections générales d’avril sont précédées par des intimidations et des arrestations ; el-Béchir est réélu pour un nouveau mandat avec plus de 94 % des voix.

Pour en savoir plus, voir l'article Soudan du Sud.