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Érythrée

Nom officiel : État d'Érythrée

Carton de situation - Érythrée
Drapeau de l'Érythrée
Drapeau de l'Érythrée

État d'Afrique orientale baigné à l'est par la mer Rouge, l'Érythrée est limitée au sud par Djibouti et l'Éthiopie, à l'ouest par le Soudan.

  • Superficie : 120 000 km2
  • Nombre d'habitants : 6 333 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Érythréens
  • Capitale : Asmara
  • Langues : arabe et tigrigna
  • Monnaie : nakfa
  • Chef de l'État : Issayas Afeworki
  • Chef du gouvernement : Issayas Afeworki
  • Nature de l'État : république à régime parlementaire
  • Constitution :
    • Adoption : 23 mai 1997
Pour en savoir plus : institutions de l'érythrée

GÉOGRAPHIE

Pays d'Afrique orientale, l'Érythrée s'étend le long de la mer Rouge. Une étroite plaine côtière, aride, est dominée par un plateau, plus arrosé, associant maigres cultures et élevage extensif, parfois encore nomade. La population juxtapose musulmans (sunnites) et chrétiens (monophysites).

Au nord, le relief de l'Érythrée est dominé par de hauts plateaux qui culminent à 2 600 m d'altitude. Ces hauts reliefs descendent, à l'ouest, vers le Soudan, tandis qu'à l'est une plaine côtière borde le rivage de la mer Rouge. Si le rebord occidental du plateau est relativement bien arrosé par des pluies modérées, en revanche la pointe méridionale de la plaine côtière est en partie désertique ; dans le centre de cette plaine, les pluies sont irrégulières et peu abondantes (Massaoua : 188 mm). Essentiellement rurale (le taux d'urbanisation est inférieur à 20 %), la population se compose, à parts égales, de chrétiens et de musulmans. Les premiers – coptes, comme en Éthiopie – parlent le tigré et le tigrigna et peuplent surtout les hauts plateaux, tandis que les seconds, pasteurs nomades de langue couchitique, sont principalement concentrés aux abords du Soudan.

L'Érythrée – autrefois fleuron de la colonisation italienne – a été ravagée par la longue guerre de sécession. De plus, elle a souffert à plusieurs reprises, entre 1983 et 1993, de graves sécheresses. L'économie repose essentiellement sur l'élevage et l'agriculture, qui occupent plus de 80 % de la population active. Les cheptels bovin, ovin et caprin sont relativement importants. Les Érythréens cultivent des céréales à petits grains : le tef, comme en Éthiopie, ou la dourah, comme au Soudan. Les hauts plateaux et la plaine occidentale recèlent quelques filons aurifères qui produisent de l'or en quantité négligeable. Par ailleurs, l'industrialisation se limite à quelques entreprises d'État (textile, cimenterie, brasserie), situées pour la plupart dans la capitale, Asmara. Une courte voie ferrée relie le port de Massaoua à Agordat, via Asmara. Outre Massaoua, l'Érythrée dispose d'un port à Assab, dans le sud du pays, qui est équipé d'une raffinerie de pétrole construite en 1967 par l'U.R.S.S. Le commerce extérieur de l'Éthiopie transitait par ces deux ports avant le conflit survenu entre les deux pays en 1998 – conflit qui a été provoqué, en partie, par la décision de l'Érythrée de battre sa propre monnaie.

Depuis l'indépendance en 1993, le gouvernement érythréen s'est énergiquement attaché à remettre sur pied l'économie du pays, qui a d'ailleurs bénéficié d'une importante aide internationale. Les États-Unis, par exemple, ont contribué à la remise en état du port de Massaoua ; celui d'Assab a bénéficié de la construction d'un complexe industriel pour la pêche. En outre, la voie ferrée a été réparée. Un code d'investissements, très libéral, a été promulgué en 1994 et les autorités comptent procéder à une privatisation massive des entreprises du pays. Depuis l'indépendance, la balance commerciale est déficitaire – l'Italie et l'Arabie saoudite sont devenues les principaux partenaires commerciaux de l'Érythrée avec l'Éthiopie –, mais le nouvel État a l'avantage de n'avoir hérité d'aucune dette extérieure.

HISTOIRE

1. La domination étrangère

Le pays appartient d'abord au royaume d'Aksoum. Le pouvoir central éthiopien ne cessera de s'y intéresser étant donné l'importance de sa façade maritime.

Au xixe siècle, les Italiens le convoitent, espérant en faire une base de départ vers les plateaux éthiopiens. Ménélik ne peut l'intégrer dans sa reconstitution du royaume éthiopien. Les Italiens s'installent à Assab (1882), Massaoua et Beilul (1885), Asmara et Keren (1889). L'ensemble de l'Érythrée devient colonie italienne en 1890.

Fin 1940, les Britanniques décident, en vue de libérer la route de Suez, de démanteler l'Afrique orientale italienne. Depuis le Soudan, deux divisions, commandées par Platt et renforcées par la brigade d'Orient des Forces françaises libres, envahissent l'Érythrée ; après la bataille de Keren (28 mars 1941), elles enlèvent Asmara et Massaoua, puis se portent à la rencontre des forces de Cunningham, engagées en Somalie et en Abyssinie.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'Érythrée, d'abord administrée par les Anglais, est incorporée comme État fédéral, le 15 septembre 1952, à la couronne d'Éthiopie, puis devient simple province en 1962.

Pour en savoir plus, voir l'article Éthiopie.

2. Une guerre de libération de plus de trente ans

En 1961 – c'est-à-dire un an avant cette incorporation pure et simple de l'Érythrée dans l'Éthiopie –, un mouvement de libération à dominante musulmane, le Front de libération de l'Érythrée (FLE), se constitue pour combattre les troupes éthiopiennes. Ensuite, en 1970, apparaît également le Front populaire de libération de l'Érythrée (FPLE), à dominante chrétienne, cette fois-ci, et d'inspiration progressiste. Après s'être combattus, ces deux mouvements séparatistes coordonnent leurs actions. Grâce à cette politique, en 1977, les troupes éthiopiennes n'occupent plus guère que les grandes villes : Asmara, Massaoua et Assab. Mais, dès 1978, l'aide soviétique permet aux Éthiopiens de reprendre une grande partie du pays. Cependant, ils ne parviennent pas à reconquérir le Nord et piétinent devant Nakfa, le bastion du FPLE, qui, progressivement, s'impose comme le principal mouvement nationaliste érythréen.

3. L'indépendance

3.1. Le conflit avec l'Éthiopie

En 1991, profitant de la chute du régime du général Mengistu Hailé Mariam en Éthiopie, le FPLE forme un gouvernement provisoire et négocie l'indépendance du pays avec le nouveau régime éthiopien. La discussion est d'autant plus facile que le FPLE fut l'allié du Front populaire de libération du Tigré, dirigé par Meles Zenawi, qui vient de prendre le pouvoir à Addis-Abeba. En 1993, les Érythréens se prononcent massivement, par référendum, en faveur de l'indépendance, bientôt assortie d'accords avec l'Éthiopie. L'Érythrée décide alors de continuer à utiliser le birr, la monnaie éthiopienne, et garantit à l'Éthiopie l'accès aux ports de Massaoua et d'Assab. Le chef du FPLE, Issayas Afeworki, devient président du nouvel État. Fin 1997, l'Érythrée décide finalement de battre sa propre monnaie, le nakfa.

En mai 1998, un conflit éclate avec l'Éthiopie à propos de la délimitation d'une portion de la frontière, notamment dans la région du village de Badme. Les deux pays s'enlisent dans un conflit larvé, qui provoque la mort de 200 000 personnes. Grâce à la médiation de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), un accord de cessez-le-feu intervient le 18 juin 2000 ; il est suivi d'un accord de paix, signé le 12 décembre à Alger, prévoyant le déploiement d'une opération de maintien de la paix (Mission des Nations unies en Éthiopie et en Érythrée, MINUEE) à la frontière, dont la délimitation est confiée à une Commission internationale indépendante. Après avoir rejeté les décisions rendues par cette dernière en avril 2002, et qui attribuaient la région de Badme à l'Érythrée, l'Éthiopie accepte, en 2004, le principe de la Commission arbitrale et invite son voisin à normaliser leurs relations. Depuis, le processus de paix entre les deux pays est toujours dans l'impasse. Le 30 novembre 2007, la Commission achève sa mission sans avoir pu obtenir des parties l'application sur le terrain du tracé « virtuel » de la frontière. Continuant à stationner leurs troupes dans différentes portions de territoire adjacentes à la zone de sécurité temporaire, les deux États se rejettent mutuellement la responsabilité du blocage de la situation. Si Addis-Abeba conteste la légalité de ce tracé, Asmara, qui l'a accepté, accuse de son côté l'ONU de prendre parti pour l'Éthiopie. En mars 2008, le Conseil de sécurité décide de rapatrier des personnels de la MINUEE, en raison des restrictions imposées par l'Érythrée.

Les deux États s’opposent aussi indirectement en Somalie, où Asmara apporte son soutien aux Tribunaux islamiques puis aux milices chabab (Harakat al-Chabab al-Moudjahidin [«  Mouvement de la jeunesse des moudjahidin »]), contre lesquelles l’Éthiopie intervient en 2006. Cette intervention entraîne le retrait en 2007 de l’Érythrée de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) organisation régionale créée en 1996, regroupant alors sept États d’Afrique de l’Est et engagée dans le rétablissement de la paix en Somalie.

3.2. Les tensions avec le Yémen, le Soudan et Djibouti

Le désaccord frontalier avec le Yémen, à propos de l'archipel des îles Hanich, qui contrôle l'accès au détroit de Bab al-Mandab entre la mer Rouge et le golfe d'Aden, est résolu par un jugement de la Cour internationale de justice (CIJ) en 1998. L'Érythrée, qui occupait l'archipel depuis trois ans, est contrainte de rendre l'essentiel au Yémen.

En novembre 1998, le Soudan et l'Érythrée – accusée de soutenir la rébellion chez son voisin – signent un accord dans lequel ils s'engagent à régler leurs différends par la négociation. Après avoir progressivement normalisé ses relations avec Khartoum – en offrant sa médiation dans les conflits au Darfour et dans l'est du Soudan –, l'Érythrée accueille à Asmara, en octobre 2006, les délégations du gouvernement soudanais et de la rébellion du Front de l'Est qui y signent un accord de paix.

À partir de 2008, un différend frontalier éclate également avec Djibouti dans la zone de Doumeira. Après de violents incidents, les deux États s’engagent à le régler pacifiquement, mais la détérioration des relations compromet le développement de la région.

3.3. Un régime autocratique isolé

Dirigé d’une main de fer par I. Afeworki depuis son accession au pouvoir, le régime érythréen a muselé toute opposition à partir de 2001, contraignant les opposants à se réfugier en Europe, aux États-Unis ou en Éthiopie, qui leur apporte son soutien ouvertement depuis 2011, ainsi qu’aux quelques groupes armés actifs dans les zones frontalières.

L’application de la Constitution de 1997 a été suspendue, les élections qui devaient avoir lieu en 2001 ont été reportées sine die ; Amnesty International fait état de quelque 10 000 prisonniers politiques détenus dans des conditions déplorables. En janvier 2013, le pouvoir répond par une nouvelle vague d’arrestations à une mutinerie présentée par l’opposition en exil comme une tentative avortée de coup d’État militaire. De nombreux Érythréens (selon l'ONU, près de 4 000 par mois) fuient à l’étranger afin d’échapper à la pauvreté, à la répression, au travail forcé ou au service militaire à durée illimitée dans un pays dont la population a été enrégimentée depuis la guerre avec son voisin éthiopien.

Accusée de déstabiliser la Corne de l’Afrique, l’Érythrée est soumise aux sanctions de l’ONU depuis 2009 et 2011. Bien qu'elle demande depuis 2011 sa réintégration au sein de l’IGAD, l’Érythrée est toujours isolée sur la scène internationale et régionale ; quand bien même elle maintient des relations avec plusieurs États, dont l’Afrique du Sud et la Chine intéressées par ses ressources minières tout comme les sociétés canadiennes ou australiennes présentes dans le secteur.

S’appuyant sur l’armée et le parti unique (Front populaire pour la démocratie et la justice) ainsi que sur des réseaux parallèles contrôlés par ses dirigeants les plus fidèles, le régime n’en est pas moins vulnérable et la question de la succession de son chef est d'ores et déjà posée.