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Éthiopie

en amharique Ityopya

Nom officiel : République démocratique fédérale d'Éthiopie

Carton de situation - Éthiopie
Drapeau de l'Éthiopie
Drapeau de l'Éthiopie

État d'Afrique orientale, l'Éthiopie est limitée au sud par le Kenya, au sud-ouest par le Soudan du Sud, à l'ouest par le Soudan, au nord par l'Érythrée, à l'est par la Somalie et Djibouti.

  • Superficie : 1 100 000 km2
  • Nombre d'habitants : 95 045 679 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Éthiopiens
  • Capitale : Addis-Abeba
  • Langue : amharique
  • Monnaie : birr éthiopien
  • Chef de l'État : Wirtu Mulatu Teshome
  • Chef du gouvernement : Hailemariam Desalegn
  • Nature de l'État : république
  • Constitution :
    • Adoption : décembre 1994
    • Entrée en vigueur : 22 août 1995
Pour en savoir plus : institutions de l'Éthiopie

GÉOGRAPHIE

1. Géographie générale

En dehors des plateaux de l'Est (Ogaden) et du désert Danakil, plus au nord, domaines de l'élevage nomade, l'Éthiopie est un pays montagneux (ce qui lui vaut, à cette latitude, de ne pas être désertique). Pratiquement dépourvue de matières premières minières et énergétiques – exception faite d'une petite production d'or –, très faiblement dotée en industries (agroalimentaire, chimie, textile, travail du cuir, concentrées dans la province d'Addis-Abeba et le long du chemin de fer qui aboutit à Djibouti), l'Éthiopie demeure un pays profondément rural (85 % de la population) et agricole. Les cultures s'étagent en fonction de l'altitude : céréales (maïs, sorgho, blé) autour de 2 000 m, plantations à vocation commerciale (canne à sucre, coton et surtout café, réputé pour être le meilleur arabica au monde) au-dessous de 1 500 m. L'élevage est diversifié, exclusif (ovins surtout) dans les régions arides.

La population mêle principalement Abyssins et Oromos et est partagée entre chrétiens monophysites et musulmans.

Mais l'enclavement du pays, sans accès direct à la mer après la sécession de l'Érythrée, le très mauvais état des infrastructures, l'absence de propriété privée des terres et l'évolution erratique des cours des matières premières ne présagent guère une amélioration de l'agriculture à moyen terme. Seul le qat, plante euphorisante consommée dans toute la corne de l'Afrique, connaît un important essor.

L'Éthiopie reste pauvre et demeure très tributaire de l'aide internationale, notamment alimentaire. Depuis les années 1970, elle a en outre subi des sécheresses dramatiques (en 1973 et en 1984), des changements de régime radicaux et des conflits internes – nés des irrédentismes érythréen et somali – qui ont entraîné d'énormes dépenses militaires.

Le pays enregistre cependant une certaine croissance, s'efforçant notamment de développer son secteur agricole et son potentiel énergétique, notamment en construisant le barrage de la Grande Renaissance, sur le Nil Bleu.

2. Le cadre physique

2.1. Le relief

Vaste pays (1 100 000 km2) au relief élevé (Simien ou Ras Dachan : 4 620 m), l’Éthiopie sépare la vallée du Nil soudanais du fossé de la mer Rouge et isole la Somalie de l’Afrique arabe. Des dénivellations de plus de 2 000 m séparent le sommet des plateaux (ambas) des vallées profondes qui incisent le massif éthiopien. La dépression Danakil, au nord-est, étend ses lacs saumâtres de – 40 à – 166 m.

2.2. L’histoire géologique

L’explication de ces contrastes orographiques tient en grande partie dans l’histoire géologique. Les roches précambriennes et secondaires du substrat n’affleurent qu’à la périphérie du plateau (Harar, Sidamo) ; ailleurs, elles sont recouvertes d’épais dépôts de basaltes parsemés de cônes volcaniques anciens (Simien, Dendi, Kollo) ou récents (Erta Ale, Dubbi). Ces épanchements seraient liés à la formation des grandes fosses tectoniques (oligo-miocènes) après le soulèvement de l’ensemble du socle ancien arabo-éthiopien (éocène supérieur). L’une de celles-ci traverse d’ailleurs le pays dans sa partie méridionale, du lac Chew Bahir au golfe de Tadjoura (fossé de l’Aouach [ou Awash]) ; à cet endroit, elle se divise en deux branches, dont l’une correspond à la mer Rouge, l’autre au golfe d’Aden.

2.3. Les pluies

Les pluies sont abondantes sur le massif central et dans le sud-ouest (Iloubabor, Kaffa), où leur total annuel peut dépasser 2 m. Au contraire, elles sont irrégulières et peu abondantes dans l’Ogaden (extrême est) et la partie érythréenne (Massaoua : 188 mm). L’importance des pluies et le relief élevé ont fait du massif central éthiopien un véritable château d’eau.

2.4. Le réseau hydrographique

Le réseau hydrographique comprend :
– les bassins du Nil Bleu, ou Abbaï, du Sobat et du Takazzé, affluent de l’Atbara à l’ouest ;
– le bassin de l’Aouach au nord-est (ce dernier coule au fond d’une Rift Valley et se jette dans le lac Aba, ou Abbé, à la limite occidentale de Djibouri) ;
– enfin, le bassin de l’Omo, tributaire du lac Rodolphe, et les cours supérieurs du Djouba et de l’Ouebi Chébéli au sud.

2. Les différentes régions

Les frontières actuelles sont essentiellement le résultat de l'expansion de l'ethnie amhara sous l'impulsion du négus Ménélik II. Les conquêtes ont permis d'intégrer toutes les populations voisines des Amharas et habitant comme eux les hautes terres du centre du pays ainsi que les ethnies résidant dans les régions de bas plateaux et de plaines qui entourent les hautes terres centrales. Cela explique la complexité actuelle de l'Éthiopie (une quarantaine de groupes, quelque 70 langues). Les conditions naturelles (relief, climat) et la répartition des aires culturelles permettent de distinguer trois grands ensembles géographiques.

2.1. Le foyer amhara

Le foyer amhara est le cœur historique du pays, correspondant à peu près à l'ancienne Abyssinie, région de hautes terres située au N. de l'Abbaï (Nil Bleu), dépassant 4 500 m au Ras Dachan dans le massif du Semien. Dans ce bastion, les Amharas, population chrétienne monophysite parlant une langue sémitique (l'amharique, qui est d'ailleurs la langue nationale de l'Éthiopie), ont développé une civilisation rurale originale, qui a su au cours des siècles préserver son identité et résister à toutes les tentatives de conquêtes avant de s'imposer à son tour dans les régions voisines.

Le paysage dominant est celui de vastes plateaux basaltiques (les ambas) entre 2 000 et 3 000 m d'altitude, profondément entaillés par des rivières dont beaucoup s'écoulent en direction du Nil : Abbaï, issu du lac Tana, et qui correspond au cours supérieur du Nil Bleu, et Takazzé. Les régions le plus densément peuplées se situent vers 2 000 m d'altitude (c'est l'étage dit woïna dega) ; on y pratique à l'araire une agriculture céréalière pluviale (la saison des pluies, de juin à septembre, est la grande saison agricole). Le tef est la principale céréale : ses grains minuscules permettent d'obtenir une farine servant à faire l'enjera, galette consommée avec une sauce épicée contenant quelques morceaux de viande.

Le blé et l'orge sont cultivés à des altitudes plus élevées ; l'orge sert à fabriquer le talla (bière), mais c'est le tedj (hydromel) qui est la boisson nationale. Au-dessus de 2 500 m, l'élevage est plus important que les cultures (c'est l'étage dit dega) ; le lieu habité le plus haut est à 4 000 m. En dessous de 1 800 m (étage dit kolla), on cultive le sorgho et le maïs, mais ces zones plus chaudes et malsaines, correspondant le plus souvent aux vallées, sont évitées par la population, qui se contente souvent d'y mener paître des animaux. Les paysans amharas se sont aussi établis en grand nombre plus au sud, dans le Choa, dont ils ont fait la reconquête et où Ménélik II a installé sa capitale, Addis-Abeba, au xixe s. Cette province a pris au xxe s. une importance considérable, concentrant près de la moitié des citadins d'Éthiopie et près de 80 % des travailleurs de l'industrie. Cette dernière est essentiellement concentrée, en dehors de la capitale, le long de la voie ferrée qui part vers Djibouti en direction de la Rift Valley éthiopienne, qui constitue d'ailleurs aussi une zone de colonisation agricole.

Cette dépression tectonique d'orientation S.-O.-N.-E. coupe en effet les hautes terres éthiopiennes en deux parties. Prolongeant la Rift Valley d'Afrique orientale, elle rejoint le golfe de Tadjoura (République de Djibouti). Son altitude varie de 375 m (lac Turkana) à 1 846 m (lac Zwai) pour redescendre en dessous du niveau de la mer dans l'Afar. Plus chaude et moins arrosée que les hautes terres, elle fut délaissée jusqu'à ce que de grands domaines y soient établis par l'aristocratie amharique (ou des capitaux étrangers) afin d'y pratiquer l'agriculture irriguée de la canne à sucre, du coton, du riz, du maïs et même du café, arrosé en saison sèche.

Dans plusieurs secteurs, les Amharas sont mêlés à d'autres populations, mais même s'ils ne sont pas les plus nombreux, ils constituent partout les classes dominantes.

2.2. Les régions périphériques des hautes terres

Les régions périphériques des hautes terres sont habitées par d'autres populations. Certaines ont adopté le même type d'agriculture que les Amharas. Ainsi, vers le nord, les Tigréens constituent une population chrétienne de langue sémitique débordant en Érythrée très proche des Amharas. Dans le Choa, les Oromos sont souvent musulmans, parfois christianisés et parlent une langue couchitique. Cette population est d'ailleurs la plus importante d'Éthiopie par le nombre (un tiers de la population du pays). Les agriculteurs oromos accordent une place plus importante au bétail que les Amharas. Dans l'ouest des hautes terres (Wollega), un véritable front pionnier se développe. Amharas et surtout Oromos s'installent aux dépens de la forêt (la région est mieux arrosée que l'Abyssinie) pour pratiquer une agriculture où le sorgho est plus important qu'en pays amhara, alors qu'apparaissent les tubercules (inconnus en Abyssinie). Au N. du lac Tana, les Falachas ou Kaylas sont des Juifs pratiquant l'agriculture mais surtout l'artisanat, activité considérée comme déshonorante par les Amharas.

Sur les rives du lac Tana, la ville neuve de Bahar Dar reçoit l'électricité produite sur les chutes de l'Abbaï. C'est aussi sur cette rivière qu'est entrée en service en 1973 la centrale hydroélectrique de Findjar, la plus puissante du pays.

Certaines populations pratiquent une agriculture très différente de celle des Amharas. Au Sud d'Addis-Abeba, les Gouragués, de langue sémitique, cultivent l'ensette, faux bananier dont les nervures des feuilles donnent une farine constituant la base alimentaire. Les Sidamos, population couchitique animiste, qui occupent les hautes terres situées au S. de la Rift Valley (4 340 m au mont Galamo), se nourrissent aussi à partir d'ensettes, plantés autour des maisons en bambou de forme elliptique et séparés des pâturages par des haies d'euphorbes. Les Sidamos sont d'importants éleveurs de bovins, et le lait et le beurre sont des éléments importants de leur alimentation (la viande est plus secondaire).

C'est dans les zones d'ensette que l'on observe les densités les plus fortes (plus de 200 habitants par km2).

2.3. Les régions de bas plateaux et de plaines entourant les hautes terres centrales

Les régions de bas plateaux et de plaines entourant les hautes terres centrales présentent un vigoureux contraste climatique. À l'O. et au S., les pluies sont abondantes (2 m) et assez bien réparties toute l'année. Les provinces de Kaffa et de Sidamo produisent du café arabica en grandes plantations familiales. Le café est le principal produit d'exportation du pays, et cette région est probablement le foyer d'origine du café qui y pousse aussi spontanément. Le long de la frontière du Soudan du Sud, des populations nilotiques cultivent le mil, le sorgho, le maïs, la patate douce. Dans la province d'Iloubabor, on a développé des plantations de thé. Les régions périphériques de l'Est sont au contraire semi-arides ou arides. Seuls quelques îlots montagneux sont occupés par des agriculteurs sédentaires, ainsi les montagnes de la région de Harar, où, à côté du sorgho et du maïs vivriers, on observe des plantations de café établies sur des terrasses irriguées. Le café recule cependant devant le qat, stupéfiant exporté clandestinement vers l'Arabie par Djibouti. Ailleurs, c'est le domaine des semi-nomades et nomades. Dans le sud du Sidamo, des pasteurs oromos, les Boranas, élèvent bovins et chevaux sans déplacer leur habitat. L'Est est le domaine des nomades chameliers qui élèvent ovins et caprins en évoluant vers le semi-nomadisme; ils parlent des langues couchitiques : Somalis de l'Ogaden (Darods, Issas), Afars (ou Danakils) des régions basses et volcaniques entourant la République de Djibouti. Les Afars exploitent aussi le sel des chotts de leur région et en effectuent le commerce en direction des hautes terres centrales. La voie ferrée reliant Addis-Abeba à Djibouti traverse ces déserts. Elle a permis le développement de Dirédaoua, troisième centre industriel de l'Éthiopie après la capitale et Asmara. La circulation se limite désormais au tronçon Djibouti-Dirédaoua.

Parmi les peuples qui vivent en partie ou en totalité en Éthiopie figurent les Amharas, les Gallas, les Gouragués, les Afars, les Issas, les Kaffas, les Tigréens, les Somalis, les Murles.

HISTOIRE

Les définitions de l'Éthiopie sont restées longtemps légendaires : pays de Pount des Égyptiens, encore très imprécise pour Hérodote, l'Éthiopie n'apparaît avec certitude qu'avec Strabon (mais faisant un tout avec les Somalies) et Ptolémée, qui mentionne le royaume d'Aksoum. En fait, l'Éthiopie semble avoir été pour les Anciens synonyme d'« Afrique noire ». Au temps des Ptolémées se développent des relations maritimes et commerciales avec la côte érythréenne et la royauté d'Aksoum, mais les idées sur l'intérieur demeurent floues.

1. L'Éthiopie du royaume d'Aksoum au milieu du xixe siècle

1.1. Les royaumes sabéens

Aux environs de 1000 avant J.-C. se constituent sur la côte méridionale de l'Arabie des royaumes connus sous le nom de « sabéens », en possession de techniques agraires évoluées, notamment de l'irrigation. C'est à eux que se rattache la tradition nationale faisant descendre les empereurs d'Aksoum, par Ménélik Ier, de la reine de Saba et de Salomon.

La civilisation d'Aksoum est un mélange, semble-t-il, de la culture autochtone et de la culture sabéenne, notamment de celle apportée par la dernière vague de ces colonisateurs (temple de Yeha dans le Tigré, fondation du port d'Adulis, traces d'irrigation sur les hauts plateaux).

1.2. Le royaume d'Aksoum

Le royaume d'Aksoum, fondé par les Sabéens, apparaît aux alentours de 500 avant J.-C. Sa puissance s'étend à toute l'Éthiopie du Nord et la plus grande partie du Centre, jusqu'au Nil Bleu à l'ouest et aux dépressions de l'Est. Des inscriptions gravées sur la pierre des fameuses stèles d'Aksoum (en sabéen, en guèze ou en grec) témoignent de ces expéditions menées jusqu'en Arabie et de la conquête du royaume de Méroé.

Le plus illustre des empereurs est Ezana, monté sur le trône vers 320 après J.-C. et converti au christianisme par saint Frumence, envoyé du patriarche d'Alexandrie portant le titre d'abouna. Rattaché ainsi à l'Église égyptienne, le pays la suit dans l'hérésie monophysite.

Le règne de Caleb, qui châtie le prince juif de Sanaa coupable d'avoir mis à mort un de ses sujets chrétiens (523), marque l'apogée du royaume d'Aksoum. La civilisation, à la fois agricole et urbaine, a été vivifiée par un important commerce (ivoire, or, esclaves, contre armes, métaux, tissus de coton), qui, à partir de 250, utilise aussi des pièces de monnaie.

La naissance et la rapide expansion de l'islam au viie siècle aboutissent à couper le royaume d'Aksoum de ses sources (Arabie et Égypte). Mais, au début du xe siècle, les Éthiopiens reprennent pied sur le littoral érythréen, reconquièrent les îles Dahlak, ce qui n'empêche pas le royaume d'Aksoum, affecté aussi par les combats en mer Rouge et contre les Bedjas du Soudan, de s'effondrer, victime des révoltes des populations autochtones non christianisées, personnifiées par la légendaire princesse Judith.

1.3. Période de prospérité (xiiie-xvie siècle)

Une dynastie usurpatrice connue sous le nom de Zagoué, appartenant à la vieille race autochtone des Agaous, prend alors le pouvoir dans la région de Lasta, avec Roha (aujourd'hui Lalibela, du nom du plus célèbre de ses rois [1190-1225]) comme capitale. Vers 1270, le dernier roi Zagoué doit céder la place à Yekouno Amlak (1270-1285), qui prétend descendre de la dynastie légitime salomonienne. Il établit sa capitale à Tegoulet dans le nord du Choa. C'est le début d'un brillant renouveau.

Pendant plus de deux siècles et demi, les Éthiopiens développent leur prospérité et enrichissent leur culture. La civilisation, centrée sur la religion, prend sa forme originale. Toutefois, Yekouno Amlak et ses successeurs seront engagés dans une guerre perpétuelle contre les populations islamisées de l'Est et du Sud. La langue parlée n'est plus le guèze mais l'amharique. Les « rois des rois » sont également aux prises avec les populations païennes du Nord-Ouest, qu'ils tentent d'assujettir et de christianiser. Au cœur même du royaume, leur autorité se heurte à la tradition d'indépendance des chefs locaux héréditaires et s'épuise en luttes contre les hérésies et les dissensions du clergé.

1.4. Guerres et troubles

Sous le règne de Lebna Denguel (1508-1540), le royaume d'Éthiopie est presque entièrement conquis par les troupes musulmanes de l'imam Ahmad ibn Ibrahim al-Ghazi, plus connu sous le nom d'Ahmad Gran, originaire du Harar. Les églises et les monastères sont détruits, les cultures ravagées, le bétail tué et nombre d'habitants vendus comme esclaves. Le négus mort, les Portugais qu'il a sollicités en 1535 viennent à l'aide de la monarchie.

Après des succès initiaux, les Portugais sont décimés par les musulmans, aidés par les Turcs, et leur commandant, dom Cristóvão da Gama, est fait prisonnier et massacré (1542). Mais les survivants se regroupent autour de l'empereur Claude (Galaoudéos) [1540-1559] et Ahmad Gran est tué à son tour au cours de la bataille d'Ouaïna Daga, près du lac Tana, en 1543. L'échec de la tentative de conquête d'Ahmad Gran laisse chrétiens et musulmans également épuisés par une lutte longue et acharnée.

Le pays est par ailleurs soumis d'une part aux invasions des Gallas païens, venus du sud-est, qui repoussent les musulmans vers le nord-est, s'infiltrent vers le nord le long du contrefort oriental du massif éthiopien et parviennent à l'ouest jusqu'au Nil Bleu, d'autre part à la lente poussée des nomades afars et somalis vers l'ouest.

L'intervention portugaise amène en Éthiopie – en laquelle l'Europe a cru reconnaître l'empire fabuleux du Prêtre-Jean – des missionnaires catholiques qui tentent de la ramener dans le giron de l'Église de Rome, ajoutant encore aux difficultés du pouvoir central. Les rois Minas (1559-1663), Sartsa Denguel (1563-1597), tout en luttant contre les Gallas, maintiennent tant bien que mal un équilibre religieux.

Après une période de troubles, le roi Sousneyos (1607-1632) suscite l'assimilation d'une partie des Gallas, mais sa conversion au catholicisme, sous l'influence du jésuite Pedro Páez en 1613, provoque la révolte du pays, et il préfère abdiquer au profit de son fils Fasilidas (1632-1667). Celui-ci expulse les jésuites et interdit le catholicisme. Il fixe sa capitale en 1636 à Gondar et ordonne la construction d'un château autour duquel viennent s'agglomérer peut-être 100 000 habitants.

Ses successeurs continuent à embellir la ville, symbole de leur autorité centralisatrice. Ils tentent de défendre leurs frontières, et même de les étendre, tandis que les chefs héréditaires des principales provinces (Tigré, Semien, Begameder, Lasta, Choa, Godjam) rivalisent d'influence à la Cour.

1.5. La « période des princes »

Au milieu du xviiie siècle s'ouvre la « période des princes ». Sous le règne de Iyassou II (1730-1755), qui a épousé une femme galla, une faction galla (devenue entre-temps adepte de l'islam) vient s'ajouter à toutes celles qui intriguent à la Cour. Au début de la seconde moitié du xviiie siècle, le ras Mikael, du Tigré, confisque en quelque sorte la monarchie à son profit. On le surnommera le « faiseur de rois ». L'Empire verra se développer dans le gouvernement et dans les mœurs un esprit féodal dont les vestiges se perpétueront jusqu'au début du xxe siècle.

Un homme énergique, Kassa, d'une famille de chefs du Kouara, dont le père est tombé au combat contre les musulmans venus du Soudan, réussit à s'imposer au milieu de l'anarchie qui règne depuis le début du siècle. Il met fin à la suprématie des ras (titre de la plus haute dignité, après le négus) gallas en vainquant le ras Ali en juin 1853, puis les chefs du Godjam, du Semien, du Begameder et du Tigré, et occupe alors le Choa, dont il emmène en otage l'héritier Ménélik. En 1855, il se fait oindre et proclamer « roi des rois » sous le nom de Théodoros II.

2. L'Éthiopie face aux puissances coloniales

2.1. Théodoros II (1855-1868)

Arrivé au pouvoir, Théodoros II entreprend un certain nombre de réformes, organisant l'administration des provinces, confiées à des fonctionnaires nommés par lui, créant une armée de métier payée sur le Trésor public. Tenant Gondar et ses richesses pour responsables de la décadence de l'Empire, il incendie la cité et transfère sa résidence dans le Centre, sur l'amba de Magdala. Hostile aux musulmans, Théodoros II mate une insurrection des Gallas et, le premier, cherche l'appui des Européens, particulièrement des Anglais, pour moderniser son pays.

Mais c'est aussi l'époque où les puissances occidentales rivalisent pour tenter de s'installer sur la côte est de l'Afrique, au débouché de la mer Rouge, dont l'importance est liée à l'ouverture prochaine du canal de Suez. La rupture avec les Anglais intervient pour de multiples causes (activités des missionnaires protestants, incursions égyptiennes, malentendus diplomatiques). La Grande-Bretagne, pour délivrer ses ressortissants et diplomates emprisonnés, organise une expédition militaire contre la capitale du négus, Magdala. Les troupes de sir Robert Napier, laissées libres d'agir par des populations qui redoutent le fanatisme religieux de l'empereur, écrasent les troupes éthiopiennes, provoquant le suicide de Théodoros (1868) et le retour de l'anarchie pour quatre ans, jusqu'à ce que le chef du Tigré devienne empereur sous le nom de Jean IV (Johannès IV) [1872-1889] et continue l'œuvre de réunification nationale.

2.2. Johannès IV (1872-1889)

En face des ambitions européennes développées depuis l'ouverture du canal de Suez (1869) – la France s'installe à Obock (1881) et Djibouti (1885) – et pour faire face au danger italien (installation à Assab en 1882 et à Massaoua en 1885), Johannès IV recherche l'appui de la Grande-Bretagne (établie à Aden dès 1839) et traite avec Ménélik, roi du Choa, qu'il reconnaît comme héritier présomptif (1878).

Cependant les Égyptiens, vassaux des Turcs, ne sont pas moins avides que les Européens et en 1875 occupent Harar, qui ne sera libérée par Ménélik qu'en 1887, malgré la défaite que leur ont infligée les forces impériales à Goura en 1877.

Enfin, l'Éthiopie est aussi attaquée à l'ouest par les troupes mahdistes, d'abord victorieuses au Godjam, puis battues à Metemma par Johannès IV, qui est mortellement blessé (1889).

2.3. Ménélik II (1889-1913)

Devenu empereur, Ménélik, tout en poursuivant une politique d'expansion territoriale, négocie avec l'Italie, par l'intermédiaire du ras Makonnen, gouverneur du Harar, le traité d'Uccialli (2 mai 1889). Celui-ci reconnaît à l'Italie la possession de l'Érythrée et la faculté de s'étendre jusqu'à Asmara et institue un véritable protectorat de fait sur l'Éthiopie, à la faveur d'un double texte, italien et amharique, dont Ménélik n'a pu lire que cette dernière rédaction.

Pour en savoir plus, voir l'article campagnes d'Éthiopie.

Ménélik s'attache à moderniser le pays (fondation d'une compagnie de chemin de fer franco-éthiopienne, appel à de nombreux techniciens, transfert de la capitale à Addis-Abeba). Son autorité suffisamment établie, il s'indigne des prétentions italiennes, dénonce le traité d'Uccialli (1893), écrase les troupes du général Baratieri à la bataille d'Adoua (1er mars 1896) et impose aux Italiens le traité d'Addis-Abeba, reconnaissant la souveraineté éthiopienne.

Mais les convoitises italiennes toujours vivaces, la course franco-anglaise à la vallée du Nil (→ affaire de Fachoda) aboutissent au partage de l'Éthiopie en trois zones d'influence économique (anglaise, française et italienne) par la convention du 13 décembre 1906, qui affirme, d'ailleurs, respecter l'intégrité du territoire.

Ménélik II, malade, se retire dès 1907, laissant s'instituer une régence en attendant que puisse régner son petit-fils Lidj Iyassou. Le pays entre de nouveau dans une ère d'intrigues et de rivalités qui ruinent partiellement l'œuvre de Ménélik. À partir de 1911, Iyassou, qui n'a que 15 ans, rejette toute tutelle, mais se montre peu capable de gouverner. Favorable aux Turcs et à l'Allemagne, il est déposé en 1916 par les grands du royaume et l'Église, avec l'appui discret des Alliés. Zaouditou, fille de Ménélik II, est proclamée impératrice (1916).

3. Le règne de Hailé Sélassié (1930-1936 et 1941-1974)

3.1. Du régent Tafari au « roi des rois » Hailé Sélassié

Apparaît alors sur la scène politique le ras Tafari, fils du ras Makonnen, nommé régent et héritier du trône. Il se consacre à la politique extérieure, adhérant à la Société des Nations (SDN) (1923) et au pacte Briand-Kellog (1928), ainsi qu'au progrès social et culturel de la nation. À la suite de l'échec d'une tentative de coup d'État, il devient négus, puis « roi des rois » en 1930 à la mort de Zaouditou, après avoir brisé la révolte de plusieurs provinces, et prend le nom de Hailé Sélassié.

Hailé Sélassié s'attache dès lors à promouvoir des réformes politiques prudentes, mais réelles, et à résister par ailleurs aux entreprises italiennes. En 1931, il octroie une Constitution qui proclame son pouvoir absolu de droit divin, mais prévoit un Conseil privé où les compétences doivent progressivement remplacer les privilèges sociaux ; il institue des ministres et un Parlement consultatif, composé d'un Sénat de 30 membres, choisis par l'empereur, et d'une Chambre des députés de 60 membres, nommés par les chefs locaux.

3.2. La conquête italienne

Mais les Italiens en 1925, puis de nouveau en 1928, tentent par la voie diplomatique d'affirmer leur emprise sur l'Éthiopie. Dès 1930, Mussolini est décidé à la conquête. L'Italie prend prétexte d'un premier incident en novembre 1934 dans l'Ogaden, puis d'un autre à Oual-Oual, pour mettre en accusation l'Éthiopie devant la SDN. Au mépris des principes de la SDN, les Anglais et les Français sont prêts à se résigner à accepter une tutelle italienne sur l'Éthiopie. Mais déjà, le 3 octobre 1935, les troupes italiennes franchissent la frontière érythréenne. La conquête dure sept mois. (→  campagnes d'Éthiopie) L'empereur se réfugie en Angleterre. Jusqu'en 1941, l'Éthiopie constituera avec l'Érythrée et la Somalie italienne l'Africa orientale italiana.

3.3. Libération et modernisation de l'Empire

Libérée en 1941 par les troupes anglo-françaises, l'Éthiopie retrouve son indépendance (traité avec la Grande-Bretagne le 31 janvier 1942) et proclame dès 1945 ses droits sur l'Érythrée et la Somalie italienne. Un référendum fait connaître le désir de l'Érythrée d'être rattachée à l'Empire. Elle y sera en pratique fédérée en 1952, puis deviendra simple province en 1960. L'Ogaden est restitué en 1948 par les Britanniques, mais le problème de la frontière avec la Somalie n'est pas réglé lors de l'accession de celle-ci à l'indépendance en 1960, d'où une série d'incidents – même armés – jusque vers 1965.

Dès 1942, l'empereur a entrepris de réorganiser l'administration du pays en douze provinces, gouvernées chacune par un ras responsable devant les ministres et dépourvues de forces armées pour éviter les tentations de dissidence. Est aussi créé un système judiciaire hiérarchisé, accompagné d'une réforme du droit pénal distinguant les pays de droit chrétien de ceux de droit musulman. En 1945 sont installés des conseils municipaux élus et, à l'occasion du jubilé impérial de 1955, une nouvelle Constitution accorde au Parlement (Sénat nommé par l'empereur parmi les hauts dignitaires de l'État et Chambre élue au suffrage universel à raison de deux députés par circonscription de 200 000 habitants) l'initiative des lois (concurremment avec le négus) et la publicité des débats. L'Éthiopie demeure cependant une autocratie.

Les années d'après-guerre voient s'accroître l'audience internationale de l'Éthiopie, grâce au prestige de l'empereur, symbole de l'indépendance africaine. Cette audience s'affirmera notamment, après les mouvements d'indépendance des années 1960, au sein de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), dont le siège est fixé en 1963 à Addis-Abeba.

En décembre 1960, la garde impériale, profitant d'un voyage de l'empereur au Brésil, tente de le remplacer par le prince héritier, mais la situation est rapidement rétablie. En 1966, Hailé Sélassié entreprend une certaine libéralisation du régime en donnant au Premier ministre, responsable devant l'empereur, mais aussi devant le Parlement, le pouvoir de désigner les membres du cabinet. Le mécontentement n'en persiste pas moins dans les milieux libéraux et intellectuels, qui réclament notamment une réforme agraire.

3.4. Premiers signes de contestation et destitution de l'empereur

Si les difficultés frontalières se règlent avec le Soudan en 1967 et s'apaisent avec le Kenya, un conflit armé se développe à partir de 1964 dans l'Ogaden ; puis un Front de libération de l'Érythrée (FLE) se constitue, soutenu par des pays arabes, notamment l'Iraq et la Syrie, soucieux de fermer la mer Rouge pour isoler le port israélien d'Eilat. Des détournements d'avions d'Ethiopian Air Lines et la destruction à Francfort d'un Boeing entraînent l'expulsion de diplomates tchécoslovaques et de journalistes soviétiques, accusés d'actions subversives. À partir de 1970, les affrontements se multiplient entre l'armée et le FLE. L'état d'urgence est proclamé, mais au début de 1974 les séparatistes, ayant fait taire les dissensions entre chrétiens et musulmans, contrôlent la moitié de la province.

Cette situation, aggravée par l'impuissance du gouvernement devant la famine qui sévit depuis 1971 comme dans toute la frange sahélienne de l'Afrique, entraîne une crise sans précédent : mutinerie de militaires à Asmara, manifestations à Addis-Abeba et agitation dans l'ensemble du pays. En février 1974 éclate une révolte générale de l'armée de terre : la marine occupe Massaoua, l'aviation Debra Zeyt. Aux officiers supérieurs, aristocrates et conservateurs, s'opposent de jeunes officiers réformistes, issus des classes modestes. À la grève des étudiants et universitaires s'ajoutent celle des travailleurs, la révolte des paysans contre les propriétaires terriens, les revendications du bas clergé contre la hiérarchie orthodoxe et des musulmans, qui réclament l'égalité des droits avec les coptes. Le contrôle de l'armée, où la tendance progressiste l'emporte, s'étend peu à peu sur le pays. Le 12 septembre, l'empereur, qui a été privé peu à peu de ses derniers pouvoirs, est déposé, le Parlement est dissous et la Constitution de 1955 abrogée par le Conseil militaire provisoire.

4. La dictature marxiste-léniniste du général Mengistu (1977-1991)

4.1. Luttes de factions au sein du Derg

La période qui s'ouvre alors est marquée par des luttes intestines au sein du Conseil militaire – le Derg, junte millitaire composée de cent vingt hommes, simples soldats et officiers –, l'instauration d'un régime socialiste et des guerres épuisantes contre la Somalie et les irrédentistes érythréens. Deux factions s'opposent au sein du Derg : le MEISON (Mouvement socialiste panéthiopien) et le parti révolutionnaire du Peuple éthiopien. Leur affrontement se traduit par des purges sanglantes, dont sont successivement victimes les deux généraux portés à la tête de l'État, l'Érythréen Aman Andom et Teferi Bante, exécutés respectivement en 1974 et 1977. Le colonel – puis général – Mengistu Hailé Mariam sort vainqueur de cette épreuve de force et devient chef de l'État et président du Derg le 11 février 1977, après l'élimination de Teferi Bante.

4.2. La « terreur rouge » et la République populaire démocratique d'Éthiopie

La politique éthiopienne s'oriente vers l'option socialiste. Dès 1974, le nouveau régime met au pas les syndicats avant d'entreprendre la nationalisation des terres et des entreprises privées. Il s'ensuit une répression sans pitié – la « terreur rouge » – dirigée contre toute forme d'opposition et menée par les comités de quartier, formés dans les villes. En 1976, les étudiants sont envoyés dans les villages pour une campagne d'alphabétisation et d'éducation des masses rurales. En 1984, un parti unique est créé : le parti des Travailleurs d'Éthiopie, dont le général Mengistu est le secrétaire général. À la suite de la sécheresse qui frappe durement le pays la même année, le gouvernement procède à un déplacement massif des populations les plus éprouvées, au nord du pays, vers les zones moins peuplées et mieux arrosées de l'ouest et du sud. L'opération – qui affecte plusieurs centaines de milliers de paysans – est vivement critiquée par les organisations humanitaires, qui y voient une manœuvre politique destinée à dépeupler les régions les moins dociles à l'égard du régime. En 1987, une nouvelle Constitution fédérale est adoptée par référendum, et l'Éthiopie devient une démocratie populaire de type soviétique.

4.3. La guerre de l'Ogaden

Entre-temps, le régime a dû affronter les irrédentismes somali et érythréen. La Somalie revendique en effet l'Ogaden et soutient activement le Front de libération de la Somalie occidentale, qui y mène des opérations de guérilla et s'infiltre en Éthiopie. En 1977, un conflit éclate entre les deux pays. Comme les troupes éthiopiennes se trouvent en mauvaise posture, le général Mengistu se rend à Moscou. On assiste alors à un spectaculaire renversement d'alliance : l'URSS, qui soutenait jusqu'à présent la Somalie, décide d'appuyer l'Éthiopie. Des conseillers soviétiques viennent renforcer l'armée éthiopienne, consolidée également par des troupes cubaines. L'armée somalienne est défaite, et, en 1978, la Somalie renonce à ses revendications sur l'Ogaden.

4.4. L'Éthiopie face aux irrédentismes érythréen et tigréen

Le régime éthiopien peut alors reporter son effort militaire contre deux mouvements de libération érythréens : le Front de libération de l'Érythrée (FLE), à dominante musulmane et soutenu par le Soudan, et le Front populaire de libération de l'Érythrée (FPLE), qui regroupe chrétiens et musulmans de tendance socialiste. Le FPLE s'avère le mieux structuré, mais il se voit néanmoins contraint d'abandonneren 1978 les villes qu'il avait conquises. Pourtant, plusieurs offensives postérieures de l'armée éthiopienne ne parviennent pas à réduire la rébellion, qui, par la suite, reconquiert progressivement le terrain perdu.

Le régime éthiopien doit également faire face à plusieurs mouvements d'opposition interne, le plus souvent à base ethnique, en pays afar, oromo et dans le Tigré. Tandis que l'effondrement de l'URSS, en 1991, prive l'Éthiopie de son principal soutien, le Mouvement populaire de libération du Tigré (MPLT) – à dominante marxisante – prend le contrôle de cette province. Il fédère alors plusieurs mouvements d'opposition (amhara et oromo notamment) au sein d'un Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE), dirigé par Meles Zenawi et dont les troupes progressent rapidement vers Addis-Abeba.

5. Meles Zenawi (1991-2012)

En 1991, le général Mengistu Hailé Mariam renonce au pouvoir pour se réfugier au Zimbabwe (jugé par contumace depuis 1994 par la Haute Cour fédérale de son pays, reconnu coupable de génocide en 2006, il est condamné à la prison à vie en 2007). Meles Zenawi, le leader du FDRPE, qui a abandonné entre-temps ses options marxisantes, est alors élu à la tête de l'État par une conférence nationale. Il règle le problème érythréen, d'autant plus facilement que le MPLT et le FPLE ont combattu ensemble le régime de Mengistu.

En 1993, Addis-Abeba accorde l'indépendance à l'Érythrée, moyennant un accord qui ménage à l'Éthiopie un accès aux ports érythréens de Massaoua et d'Assab. Mais le nouveau régime, soutenu par les États-Unis, se heurte à différents mouvements d'opposition – comme le Front de libération oromo (FLO) et l'Organisation populaire panamhara (OPPA) – qui accusent les Tigréens de monopoliser le pouvoir. Les autorités procèdent à de nombreuses arrestations dans les rangs de l'opposition, rassemblée au sein de diverses coalitions. Les formations hostiles au régime, en particulier le FLO, boycottent les élections de 1994 à l'Assemblée constituante et les législatives de 1995, remportées haut la main par le FDRPE.

En 1995, après la rédaction d'un nouvelle Constitution, l'Éthiopie devient une république fédérale, composée de neuf régions à base ethnique, chacune étant pourvue d'une large autonomie et d'un droit théorique à la sécession. Le Parlement élit président un Oromo, Negasso Gidada, tandis que M. Zenawi devient Premier ministre, fonction qui lui assure la direction effective du pouvoir.

La nouvelle Constitution ne suffit pourtant pas à ramener le calme : les partis d'opposition continuent à se multiplier, malgré une répression contraignant souvent leurs dirigeants à l'exil. Deux mouvements de rébellion islamique font en outre leur apparition en pays oromo et dans l'Ogaden. D'autre part, le procès des dirigeants de l'ancien régime, accusés d'avoir organisé la « terreur rouge », s'ouvre en 1995, tandis que le Zimbabwe refuse l'extradition de Mengistu.

Les tensions au sein de la coalition au pouvoir – le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE) – dans lequel le Front populaire de libération du Tigré (FPLT) occupe une place dominante, aboutissent en mars 2001 à la suspension de 12 membres du Comité central, fragilisant M. Zenawi accusé par certains de faiblesse envers l'Érythrée et la communauté internationale. Après son investiture comme unique candidat par le FDRPE à la présidence de la République, Girma Wolde-Giorgis est élu par le Parlement en octobre 2001.

Les élections de mai 2005, marquées par une très forte mobilisation populaire, voient une nette progression de l'opposition qui conteste vivement la victoire annoncée du FDRPE. Au terme d'une crise de quatre mois, accompagnée de violences et de nombreuses arrestations, le FDRPE remporte la majorité absolue au Parlement fédéral devant la Coalition pour l'unité et la démocratie (CUD), le mouvement d'opposition le plus important.

Les élections de mai 2010 se soldent de nouveau par la victoire écrasante du FDRPE (499 sièges sur 547) un résultat avalisé le 21 juin après le rejet par la Cour suprême des recours déposés par l’opposition et malgré les réserves émises par la mission d’observation de l'UE et les États-Unis sur la régularité du scrutin.

La mort de Meles Zenawi en août 2012 après vingt-et-un ans de règne, ouvre une période d’incertitude. Le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Hailemariam Desalegn lui succède, s’engageant à renforcer le pluralisme et la démocratie dans le pays alors que de graves atteintes aux droits humains – dont des journalistes et des opposants sont notamment les victimes –, sont dénoncées par Human Rights Watch. En octobre 2013, le Parlement élit Mulatu Teshome Wirtu à la présidence de la République.

6. Vers un équilibre des tensions ?

En politique étrangère, les relations avec le Soudan se détériorent. Khartoum refuse d'extrader les auteurs de la tentative d'assassinat du président égyptien Hosni Moubarak, qui a eu lieu dans la capitale éthiopienne lors du sommet de l'OUA, en 1995. De son côté, Addis-Abeba apporte son soutien à la rébellion du Sud-Soudan. Une amélioration dans les relations entre les deux pays se dessine en 1998, se traduisant par la reprise des vols entre les deux capitales.

Au même moment, les rapports avec l'Érythrée s'enveniment. En 1997, l'introduction d'une nouvelle monnaie dans ce pays – qui utilisait jusque-là le birr éthiopien – provoque une sérieuse tension entre les deux États, que vient encore aggraver un différend frontalier. Ceux-ci finissent par s'affronter militairement à partir de mai 1998. Après plusieurs tentatives de médiation infructueuses, un accord de cessez-le-feu élaboré par l'OUA, soutenue par l'ONU et l'Union européenne, est signé en juin 2000. Cet accord prévoit le déploiement d'une force de maintien de la paix (Mission des Nations unies en Érythrée, Minuee), puis en décembre, la signature d'un accord de paix et la délimitation de la frontière par une Commission internationale.

En décembre, alors que le déploiement de quelque 4 200 Casques bleus à la frontière avec l'Érythrée a commencé, un accord de paix est signé à Alger par les autorités éthiopiennes et érythréennes. L'Éthiopie, après avoir rejeté la décision rendue par la Commission internationale en 2002, l'accepte finalement en 2004 et invite l'Érythrée à ouvrir un dialogue. À la suite du refus de cette dernière, le processus de paix demeure toujours dans l'impasse. En novembre 2006, la Commission trace une démarcation « virtuelle » entre les deux États mais l'Éthiopie rejette la procédure.

Les deux États, qui concentrent des forces militaires de part et d'autre de la zone de sécurité temporaire, se rejettent mutuellement la responsabilité du blocage de la situation. La Commission achève sa mission le 30 novembre 2007 sans avoir obtenu l'application de ses décisions.

Longtemps envenimées par le souvenir laissé par la guerre de l'Ogaden, les relations avec la Somalie s'intensifient. Au sein de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), l'Éthiopie accompagne le processus de paix en cours dans ce pays. En 2006, elle intervient militairement aux côtés des troupes somaliennes dans le conflit qui les oppose à l'Union des tribunaux islamiques, soutenue par l'Érythrée. Si elle accepte de retirer ses forces militaires en 2009, elle maintient sa pression avant de mener de nouvelles opérations contre les milices islamistes chabab à partir de novembre 2011 tout en soutenant le processus de transition politique lancé à Muqdisho depuis août 2012.