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Drapeau de la Somalie

Somalie

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Carton de situation

Somalie
en somali Soomaliya, en arabe al-Sumaliyya

État d'Afrique orientale, la Somalie occupe la corne de l'Afrique ; son littoral longe au nord (golfe d'Aden), à l'est et au sud l'océan Indien. Elle est bordée à l'ouest par le Kenya, l'Éthiopie et Djibouti.

Superficie : 638 000 km2
Nombre d'habitants : 9 133 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Somaliens
Capitale : Muqdisho (Mogadishio)
Langues : arabe et somali
Monnaie : shilling somalien

Chef de l'État : Cheikh Charif Cheikh Ahmed

Chef du gouvernement : Omar Abdirachid Ali Shermarke

La Constitution est suspendue depuis janvier 1991.

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

Les montagnes qui dominent le golfe d'Aden (monts Ogo et monts Midjourtin, qui culminent à 2 408 m, constituent le rebord abrupt d'un plateau dissymétrique descendant en pente douce vers le sud, en direction de la vallée du Djouba. Des formations secondaires et tertiaires (grès, calcaires) recouvrent l'essentiel de ce plateau haché de failles. Au pied de l'escarpement dominant le golfe d'Aden, une plaine côtière étroite à l'est s'élargit vers l'ouest jusqu'à 30 km dans la région de Berbera : c'est le Guban. Au sud, sur la côte de l'océan Indien, une plaine littorale, parfois frangée de récifs coralliens, est interrompue vers l'intérieur (90 à 100 km de la côte) par un escarpement qui marque la limite du plateau. L'obstacle créé par les dunes parallèles à la côte a dévié vers le sud, sur près de 400 km, le Chébéli, qui rejoint finalement le Djouba. Seul le Sud a une pluviosité moyenne (600 mm par an, avec concentration des pluies en été). Le reste du pays est semi-aride, même les hauteurs du Nord (250 à 400 mm par an). S'il n'y a pas de désert intégral, une steppe sahélienne et des boisements ouverts d'acacias recouvrent le pays.

La population

La Somalie est l'un des rares pays d'Afrique subsaharienne à avoir une population homogène : les Somalis, en majorité musulmans, parlent pratiquement tous la même langue couchitique, sauf dans quelques îlots d'origine bantoue. Entre le Xe et le XIIIe s., les Somalis, hamites venus d'Arabie, se sont établis dans la corne de l'Afrique en deux vagues d'immigration. Les Dir Somalis, Hawiye et Issas s'y sont d'abord installés, bientôt suivis par les groupes Darods et Isaqs. À la même époque, les navigateurs arabes, qui donnèrent naissance à la civilisation swahilie sur la côte orientale de l'Afrique, s'installent à Muqdisho (Mogadiscio) – l'actuelle capitale – mais aussi à Berbera et Marka. Le taux d'accroissement démographique, 2,9 % par an, est l'un des plus élevés d'Afrique, avec un indice de fécondité de 6,4 enfants par femme, l'un des plus élevés du monde.

Une économie dévastée par la guerre civile

Depuis 1990, les organismes internationaux ne fournissent que des statistiques très partielles sur l'économie de la Somalie en raison de son terrible état de délabrement et de la quasi disparition de l'État. Le produit national brut (P.N.B.) par habitant est l'un des plus faibles d'Afrique. Le pays – désertique pour une bonne partie – a été frappé à plusieurs reprises par la sécheresse ; de graves inondations ont eu lieu dans la vallée du Djouba. Les Somalis sont un peuple de pasteurs nomades, dont l'élevage est la principale ressource (il procure plus des deux tiers des recettes à l'exportation). Leur cheptel est relativement important : le pays comptait 7 millions de chameaux (1er rang mondial), 12,7 millions de caprins (12e rang mondial), plus de 5,3 millions de bovins et 13,1 millions d'ovins en 2007. Le commerce des animaux sur pied et de la viande en conserve se fait traditionnellement en direction de la péninsule arabique. D'autre part, les Somalis cultivent la banane, qui constituait, avant la guerre civile, le second poste à l'exportation. Sa culture est surtout pratiquée dans le sud du pays, dans les vallées du Djouba et de son affluent, le Chébéli, où l'on produit également des céréales (sorgho, sésame), du coton et de la canne à sucre. Les eaux côtières sont très poissonneuses, mais la guerre civile a entravé les efforts pour le développement de la pêche.

   La Somalie est très peu industrialisée : elle possède des conserveries de viande et de fruits, une raffinerie de sucre et une industrie textile. Ce secteur a été ruiné par la guerre civile. Le pays dispose d'une route entièrement bitumée reliant Muqdisho à Hargeisa ; il ne possède, en revanche, aucune voie ferrée. Le Somaliland – qui a fait sécession en 1991 et dont le budget est principalement alimenté par les taxes portuaires et routières – a introduit sa propre monnaie en 1996. La dette extérieure ne cesse de croître. Par ailleurs, le déficit de la balance commerciale est toujours considérable. Depuis l'indépendance et jusqu'à la guerre civile, les institutions internationales, les États-Unis, l'Italie, la Communauté européenne et les pays arabes ont apporté une aide substantielle à la Somalie.

HISTOIRE

Les origines et la pénétration musulmane

Le dessèchement intervenu pendant la fin du IIIe millénaire et la totalité du IIe chassa vers le sud les populations nomades et pastorales, qui ont laissé des peintures rupestres représentant un bétail à longues cornes. Les Zendj, cultivateurs bantous, occupent le Sud entre Chébéli et Djouba, liés à des communautés de chasseurs, les Ribis et les Bonis. Arabes et Iraniens, dont la pénétration sur les côtes somaliennes était ancienne, constituent de petites communautés marchandes, qui, après l'hégire, introduisent l'islam. Ainsi se développent les ports de Berbera, de Mait et de Zeila (Zayla) [à la fin du IXe s.], enrichis par le commerce avec l'Abyssinie, et plus au sud ceux de Mogadishu (aujourd'hui Muqdisho), Brava et Merca (aujourd'hui Marka). Les Gallas (ou Oromos) occupant le nord du pays, les Dir Somalis s'installent sur la côte de cette zone vers le Xe s. À partir de cette date se succèdent des vagues d'invasions de Somalis venus d'Arabie, les Darods d'abord, puis deux siècles plus tard les Isaqs. La pression démographique, augmentée par l'arrivée des Arabes, peut-être de graves sécheresses entraînent les Somalis à la recherche de nouveaux pâturages, suivant deux axes principaux, la vallée du Chébéli et les collines parallèles à la côte. Aux XVIe et XVIIe s., Darods et Isaqs occupent l'essentiel de la région nord et l'Ogaden. Les Oromos sont repoussés vers l'Éthiopie et les Zendj vers le sud ; les Somalis Hawiye s'installent au contact des Arabes (XIIIe s.), comme les Ajurans dans la région de Mogadishu (XVe-XVIe s.).

   Au début du XVIe s., l'État musulman d'Ifat (incluant Adal), sous la dynastie Walachma (Zeila), bat l'Abyssinie chrétienne, mais celle-ci occupe Zeila vers 1420. Un siècle plus tard, sous la direction d'Ahmad Gran, les musulmans repartent à l'attaque et les Somalis participent activement aux campagnes (surtout les Darods). Adal décline rapidement, finalement détruit par des nomades Afars. De nombreuses villes musulmanes fleurissent aux XVe et XVIe s., dans l'hinterland somalien. Dès la fin du XVIIIe s., les Somalis ont atteint à peu près leur extension actuelle et les diverses tribus se heurtent les unes aux autres ; celles venant du nord atteignent les Chébélis et tentent de repousser les Digils jusqu'à ce que les Rahanouins les arrêtent vers 1840. Les Darods se retournent alors contre les Gallas et leur infligent une défaite sévère vers 1865. En 1909, la Tana (Kenya) sera atteinte à son tour.

Les Somalies anglaise et italienne

Au XVIIe s., Zeila est sous la coupe, au moins théorique, de l'Empire ottoman, la côte au sud de Mogadischu reconnaissant la suzeraineté de Zanzibar. Le XIXe s. voit augmenter les contacts avec les puissances européennes. L'Égypte réclame les anciens droits turcs et, de 1874 à 1884, occupe différents points de la côte, dont Zeila et Berbera, où elle est remplacée par les Anglais, installés à Aden, qui établissent leur protectorat en 1887 et signent avec la France un accord sur les frontières en 1888. Quant aux Italiens, qui ont déjà pris pied en Érythrée, ils signent des traités de protectorat en 1889 avec les chefs de la côte ; en 1892, le sultan de Zanzibar leur cède les ports de Brava, Merca et Mogadishu, tandis que les explorateurs italiens visitent l'hinterland et y signent aussi des traités de protectorat. Un protocole anglo-italien en 1894 délimite les sphères d'influence respectives. En 1897, les Anglais doivent faire des concessions aux Éthiopiens, notamment la région du Haud (au sud de Harar), et les Italiens reconnaître une définition vague de leur zone d'influence qui laisse l'Ogaden à l'Éthiopie. De 1900 à 1920 se déroule la révolte des « Derviches », jusqu'à la mort de leur chef Sayyid Muhammad, tandis que l'Italie affermit son emprise sur la côte.

   Malgré des tentatives de mise en valeur, la Somalie italienne (colonie en 1905) n'évolue guère. L'incident de Oual-Oual, le 5 décembre 1934, entre une garnison italienne et une troupe éthiopienne, sert de prétexte au déclenchement de la guerre d'Éthiopie ; l'Ogaden et les bassins supérieurs du Djouba et du Chébéli sont intégrés à la Somalie. En 1940, l'offensive du duc d'Aoste conduit les Anglais à évacuer la Somalie anglaise, qui est reconquise en 1941 ; ils occupent la Somalie italienne et l'Ogaden, régions qu'ils administreront jusqu'en 1950. Pendant cette période se développera le sentiment nationaliste d'une Somalie unifiée. En 1950, l'O.N.U. met la Somalie sous tutelle italienne pour dix ans. Le 1er juillet 1960, la République indépendante de Somalie est proclamée.

L'indépendance

En 1948, l'Ogaden avait été rendu à l'Éthiopie et la Somalie britannique avait retrouvé son statut civil antérieur, mais une évolution était en cours, notamment sur le plan de la scolarisation. L'évacuation du Haud souleva maintes protestations et attisa le sentiment national, si bien qu'en 1956 la Grande-Bretagne annonce l'introduction d'un gouvernement représentatif en précisant qu'elle ne s'opposerait pas à l'union avec la Somalie italienne. Une nouvelle Constitution est promulguée en 1959, et le pays devient indépendant le 26 juin 1960. Les deux Somalies décident alors de s'unir. Mais la Somalie unie réclame les « provinces » qu'elle estime lui avoir été arrachées : l'Ogaden, une partie du Kenya et une partie de l'actuelle République de Djibouti. En 1963, elle rompt les relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne. En 1966, la Somalie réclame à l'O.N.U. l'indépendance de la Côte française des Somalis. Les premiers combats sur la frontière somalo-éthiopienne ont lieu en 1964.

   Aden Abdullah Osman occupe la présidence de la République de 1960 à 1967 ; il sera remplacé par Abdirachid Ali Shermarke, lui-même Premier ministre de 1960 à 1964. Le 5 juillet 1967, Muhammad Haji Ibrahim Egal, qui appartient comme Osman et Shermarke au parti majoritaire, la Somali Youth League, est nommé Premier ministre. Il se prononce en 1968 en faveur de la présence française dans le Territoire des Afars et des Issas, ce qui suscite le mécontentement des milieux nationalistes. Aux élections législatives de 1969, la Somali Youth League conserve la majorité, tout en perdant des sièges.

Le régime socialiste du général Siyad Barre

L'assassinat, le 15 octobre 1969, du président A. A. Shermake sonne le glas de la démocratie parlementaire. Six jours plus tard, le général Siyad Barre prend le pouvoir à la tête d'un Conseil supérieur de la révolution et instaure un régime socialiste. Les entreprises étrangères sont alors nationalisées. En 1972, le régime décrète l'emploi de l'alphabet latin pour écrire le somali, jusque-là transcrit en caractères arabes. Cependant, en 1974, le pays adhère à la Ligue arabe. En 1977, un accord de coopération est signé avec l'U.R.S.S., qui obtient des bases navales à Berbera et Kismaayo. Au mois d'août de la même année, la Somalie entre en guerre contre l'Éthiopie afin de lui reprendre la région de l'Ogaden. Mais, dès le mois d'octobre, l'offensive somalienne est enrayée par un soudain revirement de l'U.R.S.S., qui approvisionne en matériel militaire l'Éthiopie, en même temps que Cuba lui fournit des troupes. La Somalie reprend alors les bases navales concédées à l'U.R.S.S., mais doit bientôt admettre sa défaite militaire : en 1978, elle évacue l'Ogaden ; en 1980, Muqdisho signe un accord avec Washington et concède aux États-Unis la base de Berbera. Mais le régime somalien est affaibli. En 1986, S. Barre, le chef de l'État alors âgé de 70 ans, est victime d'un grave accident de la route. De plus, son gouvernement est contesté par plusieurs mouvements de guérilla, dont le Mouvement national somali (M.N.S.), le Congrès de la Somalie unifiée (C.S.U.) et le Mouvement patriotique somali (M.P.S.). En 1990, les forces du C.S.U. s'emparent de Muqdisho et, en 1991, le président S. Barre quitte la capitale. Il s'exile ensuite au Nigeria, où il mourra en 1995. Les différents mouvements ne tardent pas à s'opposer et à se diviser. En 1991, le M.N.S. proclame la sécession de l'ex-Somalie britannique, qui devient alors la République du Somaliland, non reconnue par la communauté internationale. De son côté, le C.S.U. se divise entre partisans du président par intérim, Ali Mahdi Mohamed, et du général Mohamed Farah Aïdid, les deux dirigeants se disputant le contrôle de la capitale. Quant aux troupes du général S. Barre, conduites par son gendre Hersi Morgan, elles s'installent dans la région de Kismaayo. Par ailleurs, une faction du M.P.S., conduite par le colonel Omar Jeff, s'allie avec le C.S.U. Tiraillé entre ces multiples factions, le pays sombre dans la guerre civile.

L'échec de l'opération « Restore Hope »

En 1992, l'O.N.U. envoie des Casques bleus pour tenter de contrôler la distribution de l'aide humanitaire, qui, jusqu'à présent, était systématiquement pillée ou détournée. À la fin de l'année, les États-Unis, soutenus par l'O.N.U., décident d'envoyer un corps expéditionnaire important. Vingt et un pays – dont la France – s'associent à cette opération dite « Restore Hope », qui rassemble jusqu'à 38 000 hommes en janvier 1993. En mars 1993, alors que les forces onusiennes ne parviennent pas à rétablir la paix, une conférence, réunissant à Addis-Abeba les différentes factions armées, se solde par un échec. En juin et en octobre, une quarantaine de soldats pakistanais et américains sont tués par les partisans du général M. F. Aïdid, désormais à la tête d'une nouvelle formation – l'Alliance nationale somalie (A.N.S.) –, ce qui amène l'O.N.U. à entamer des poursuites contre lui. Cependant, M. F. Aïdid proclamant unilatéralement un cessez-le-feu, l'organisation internationale interrompt ses recherches. Fin 1993, une nouvelle conférence à Addis-Abeba, entre les factions de l'A.N.S. et de l'Alliance pour le salut de la Somalie (A.S.S.), dirigée par A. M. Mohamed, échoue. En mars 1994, les États-Unis et la plupart des pays européens décident de retirer leurs troupes de Somalie : début 1995, les derniers Casques bleus sont évacués sous la protection de la marine américaine.

Une paix introuvable

Après le retrait international, les affrontements entre les différentes factions se poursuivent. Un homme d'affaires, Osman Ali Ato, se pose alors en rival du général M. F. Aïdid, qui meurt en juillet 1996, au cours d'un combat à Muqdisho. Son fils, Hussein Mohamed Aïdid, lui succède. En octobre, à l'issue d'une rencontre entre l'A.S.S. d'Ali Mahdi, l'A.N.S. de H. M. Aïdid et le C.S.U.-A.N.S. formé par O. A. Ato, un cessez-le-feu est décrété à Nairobi mais n'est pas respecté. Les combats se poursuivent en 1997, malgré plusieurs tentatives de réconciliation parrainées par l'Éthiopie et l'Égypte. Fin 1997, un accord pour le partage du pouvoir est conclu. Cependant, l'Éthiopie et l'Érythrée s'y opposent et la conférence entre factions, prévue en Somalie pour le finaliser, est reportée. De même, en avril 1998, une réunion des principaux chefs de guerre à Nairobi n'aboutit à aucun résultat tangible.

   En mai 2000, une nouvelle conférence pour la paix, qui rassemble un grand nombre de chefs traditionnels (essentiellement des Somaliens du sud du pays), responsables de la société civile et représentants de la diaspora (dont l'ancienne élite du régime de S. Barre), est organisée à l'initiative de Djibouti avec le soutien de l'O.N.U. Une charte, qui pose les fondations d'institutions de transition, y est adoptée. En août, un Parlement de 245 membres, qui doit exercer le pouvoir législatif avant la tenue d'élections générales prévues dans trois ans, est inauguré à Arta (Djibouti), puis un président, Abd al-Qasim Salad Hasan, est élu par ce même Parlement, enfin un gouvernement national de transition (G.N.T.) est constitué, avec à sa tête Ali Khalif Galaydh. Malgré quelques avancées, ces nouvelles autorités ne réussissent pas à s'imposer : les chefs de guerre, qui se partagent le pays – H. M. Aïdid en tête –, demeurant hostiles au processus. Les combats se poursuivent et le G.N.T. s'avère incapable de mettre en place une administration ni même de contrôler la capitale. En octobre 2001, le Parlement démet de ses fonctions le Premier ministre, victime de son incurie et de la rivalité entre les deux chefs de l'exécutif. Pendant ce temps, certaines zones du pays sont à nouveau menacées par la disette – voire la famine. Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, ces derniers soupçonnent la Somalie d'héberger des réseaux terroristes sur son sol ; à partir de 2002, ils s'appuient sur les chefs de guerre pour tenter de freiner la progression des islamistes.

Recomposition de la nation somalienne

Dans la République du Somaliland, autoproclamée en 1991, le gouvernement, qui a établi sa capitale à Hargeisa, parvient tant bien que mal à préserver une paix précaire dans les années qui suivent la déclaration d'indépendance. En 1993, son premier président, Ahmed Ali Tur, est évincé par l'ancien Premier ministre Ibrahim Egal, élu par le shir, une réunion des clans. Ce dernier poursuit l'œuvre d'affaiblissement des milices et d'institutionnalisation progressive de son État : en 1997, une nouvelle Assemblée nationale proclame une Constitution. Avec une administration minimale (fonction publique et armée volontairement limitées), une presse libre, un pouvoir judiciaire indépendant et une totale liberté des échanges, le Somaliland réussit à survivre économiquement en développant le commerce du bétail avec l'Arabie saoudite via le port de Berbera, ou en percevant des taxes sur le poisson capturé au large de ses côtes par les navires étrangers. Si la Ligue arabe reste opposée à toute reconnaissance du Somaliland, l'O.N.U. lui a concédé, début 1998, un statut d'observateur. Dahir Riyale Kahin succède à I. Egal, décédé en mai 2002. Candidat de l'Unité des démocrates, il l'emporte de quelques voix sur le candidat de l'opposition, Ahmed Mohamud Silanyo, lors de la première élection présidentielle au Somaliland.

   Prenant modèle sur le Somaliland, une autre province située au nord-est de la Somalie, le Puntland, crée une administration autonome en 1998 et prend Garowe pour capitale ; un gouvernement est mis en place et Abdullahi Yusuf Ahmed en devient le premier président. Jami Ali Jama le remplace en 2001, après son élection à la présidence, mais il est aussitôt capturé par les hommes d'armes de l'ancien président, qui reprend le pouvoir et y demeure jusqu'en octobre 2004, date à laquelle il est élu à la présidence de la Somalie. Dirigé par Muhammad Abdi Hashi, Mohamud Muse Hersi Adde (2005-2009) puis Abdirahman Mohamed Farole (depuis 2009), le Puntland, à la différence du Somaliland, ne cherche pas une reconnaissance internationale mais entend constituer une entité fédérale de la Somalie unie. Il revendique deux régions frontalières (Sool, Sanaag) rattachées au Somaliland.

L'insurrection islamiste

Sous l'égide de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) – une organisation régionale créée en 1992 et regroupant Djibouti, l'Érythrée, l'Éthiopie, le Kenya, l'Ouganda, la Somalie et le Soudan – une nouvelle conférence de paix s'ouvre à Nairobi en octobre 2002, entre le G.N.T., mis en place un an auparavant, et le Conseil somalien de réconciliation et de restauration (C.S.R.R.), formé par les chefs de guerre. Au terme de quinze mois de pourparlers, un accord engageant tous les leaders du sud et du centre du pays, y compris ceux du Puntland, est trouvé fin janvier 2004 : il prévoit la désignation par chaque clan, au prorata de son importance, de 275 délégués au sein d'un Parlement devant élire un nouveau président pour une période transitoire de cinq ans. Le 22 août, les membres du Parlement prêtent serment à Nairobi. Le 10 octobre, ils élisent Abdullahi Yusuf Ahmed, chef militaire de la région du Puntland, à la présidence du gouvernement fédéral de transition (G.F.T.). Désigné Premier ministre, Ali Mohammed Gedi nomme, depuis Nairobi, une équipe de 89 ministres et secrétaires d'État, parmi lesquels se trouvent les principaux chefs de guerre ; H. M. Aïdid devient ainsi vice-Premier ministre.

   Ces nouvelles institutions de transition se trouvent rapidement confrontées à la montée en puissance de milices défendant les Tribunaux islamiques, formés dans les années 1990 et regroupant des confréries soufies, d'anciens Frères musulmans et des représentants du parti islamiste al-Ittihad al-Islami. Regroupées au sein de l'Union des tribunaux islamiques (U.T.I.), ces milices veulent reprendre le pouvoir et créer un État islamique régi par la charia. Elles bénéficient de l'appui logistique discret de l'Érythrée et ont, par ailleurs, accès à des réseaux d'appui financier solides.

   À l'issue de trois vagues de combats engagés en février 2006, l'U.T.I. s'empare, début juin, de Muqdisho – dont elle chasse les chefs de guerre regroupés au sein de l'Alliance pour la restauration de la paix et contre le terrorisme (A.R.P.C.T.), parrainée par les États-Unis – et étend progressivement son contrôle dans le sud du pays où elle fait, temporairement, régner la loi : les barrages routiers sont démantelés, le port rouvert au commerce, la piraterie presque stoppée. L'U.T.I. signe même avec le G.F.T., retranché à Baidoa, un accord de cessation des hostilités et de reconnaissance mutuelle le 22 juin à Khartoum. Mais, au sein de cette nébuleuse islamiste, une composante extrémiste, la milice al-Shabab (« la Jeunesse ») qui entend faire de la Somalie une terre de djihad international, prend une importance croissante. Recrutant de nombreux jeunes, en Somalie ou l'extérieur, notamment au Kenya, les shababs se dotent d'une structure politique – le Conseil suprême des tribunaux islamiques de Somalie (SICS), dirigée par Cheikh Hassan Dahir Aweys, l'un des vétérans de la lutte armée menée par les islamistes dans les années 1990 – contrôlent, après la chute de Kismaayo en septembre, tous les ports du sud du pays, réduisant le G.F.T. à l'asphyxie.

Le chaos

Fin décembre 2006, l'Éthiopie voisine, inquiète de la menace islamiste pesant sur l'ensemble de la Corne de l'Afrique, et en particulier sur ses régions orientales peuplées de Somalis musulmans, officialise son aide militaire au G.F.T. Grâce au soutien logistique des États-Unis, elle parvient rapidement à déloger les insurgés islamistes, et permet au G.F.T. de s'installer, pour la première fois depuis sa création, à Muqdisho en mars 2007. Mais l'intervention éthiopienne, perçue comme une guerre d'occupation par les Somaliens, favorise l'émergence d'une nouvelle insurrection regroupant une part croissante de la population somalienne, les shababs et les milices tribales. En septembre, alors que des tentatives de « réconciliation de nationale » demeurent dans l'impasse, les insurgés islamistes lancent une nouvelle offensive contre les forces gouvernementales et éthiopiennes à Muqdisho, plongeant la capitale dans le chaos.

   Un accord de cessation des hostilités conclu sous l'égide des Nations unies en août 2008 entre le G.F.T. et l'Alliance pour une nouvelle libération de la Somalie (A.R.S.), un groupe d'anciens responsables des Tribunaux islamiques et de députés formé à Asmara en septembre 2007, reste sans effet : les plus radicaux des insurgés islamistes, qui entretiennent des liens avec des mouvements djihadistes internationaux et bénéficient sur place du ralliement de représentants claniques, reprennent leur offensive. Parallèlement, les actes de piraterie maritime, limités à quelques dizaines au début des années 2000, se multiplient dans l'océan Indien et le golfe d'Aden, où sévissent des groupes organisés originaires du Puntland attirés par l'argent facile. En octobre, un nouvel accord visant à appliquer la cessation des hostilités et prévoyant le retrait des forces éthiopiennes dans un délai de quatre à cinq mois est signé entre le G.F.T. et l'opposition islamiste modérée. En décembre, l'Éthiopie entame son retrait. Le président Yusuf Ahmed, en désaccord avec son Premier ministre partisan d'un rapprochement avec les islamistes modérés, limoge ce dernier avant de démissionner le 29 décembre. Le 31 janvier 2009, le Parlement réuni à Djibouti, élit à sa place Cheikh Charif Cheikh Ahmed, l'ex-dirigeant des Tribunaux islamiques, aujourd'hui considéré comme un « modéré ». À la tête du fragile T.F.G., soutenu par l'Amisom, mais confiné dans un étroit territoire, le nouveau président de transition est confronté depuis le 7 mai aux assauts de ses anciens frères d'armes, les shababs et le Hizbul islam (parti islamique) dirigé par Cheikh Hassan Dahir Aweys.

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