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Somalie

en somali Soomaliya, en arabe al-Sumaliyya

Carton de situation - Somalie
Drapeau de la Somalie
Drapeau de la Somalie

État d'Afrique orientale, la Somalie occupe la corne de l'Afrique ; son littoral longe au nord (golfe d'Aden), à l'est et au sud l'océan Indien. Elle est bordée à l'ouest par le Kenya, l'Éthiopie et Djibouti.

  • Superficie : 638 000 km2
  • Nombre d'habitants : 10 496 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Somaliens
  • Capitale : Muqdisho (Mogadiscio)
  • Langues : arabe et somali
  • Monnaie : shilling somalien
  • Chef de l'État : Hassan Sheikh Mohamud
  • Chef du gouvernement : Omar Abdirashid Ali Sharmake
  • Constitution :
    • Une Constitution provisoire a été adoptée le 1er août 2012.

GÉOGRAPHIE

L'élevage nomade était la ressource essentielle de ce pays, en majeure partie aride. Seul le Sud, à une latitude équatoriale, possédait quelques cultures (canne à sucre, coton, banane), souvent irriguées. La sécheresse et surtout la guerre civile ont ruiné l'économie et provoqué des déplacements de populations et des famines.

1. Le milieu naturel

Les montagnes qui dominent le golfe d'Aden (monts Ogo et monts Midjourtin, qui culminent à 2 408 m, constituent le rebord abrupt d'un plateau dissymétrique descendant en pente douce vers le sud, en direction de la vallée du Djouba. Des formations secondaires et tertiaires (grès, calcaires) recouvrent l'essentiel de ce plateau haché de failles. Au pied de l'escarpement dominant le golfe d'Aden, une plaine côtière étroite à l'est s'élargit vers l'ouest jusqu'à 30 km dans la région de Berbera : c'est le Guban. Au sud, sur la côte de l'océan Indien, une plaine littorale, parfois frangée de récifs coralliens, est interrompue vers l'intérieur (90 à 100 km de la côte) par un escarpement qui marque la limite du plateau. L'obstacle créé par les dunes parallèles à la côte a dévié vers le sud, sur près de 400 km, le Chébéli, qui rejoint finalement le Djouba. Seul le Sud a une pluviosité moyenne (600 mm par an, avec concentration des pluies en été). Le reste du pays est semi-aride, même les hauteurs du Nord (250 à 400 mm par an). S'il n'y a pas de désert intégral, une steppe sahélienne et des boisements ouverts d'acacias recouvrent le pays.

2. La population

La Somalie est l'un des rares pays d'Afrique subsaharienne à avoir une population homogène : les Somalis, en majorité musulmans, parlent pratiquement tous la même langue couchitique, sauf dans quelques îlots d'origine bantoue. Entre le xe et le xiiie s., les Somalis, hamites venus d'Arabie, se sont établis dans la corne de l'Afrique en deux vagues d'immigration. Les Dir Somalis, Hawiye et Issas s'y sont d'abord installés, bientôt suivis par les groupes Darods et Isaqs. À la même époque, les navigateurs arabes, qui donnèrent naissance à la civilisation swahilie sur la côte orientale de l'Afrique, s'installent à Muqdisho (Mogadiscio) – l'actuelle capitale – mais aussi à Berbera et Marka. Le taux d'accroissement démographique, 2,9 % par an, est l'un des plus élevés d'Afrique, avec un indice de fécondité de 6,4 enfants par femme, l'un des plus élevés du monde.

3. Une économie dévastée par la guerre civile

Depuis 1990, les organismes internationaux ne fournissent que des statistiques très partielles sur l'économie de la Somalie en raison de son terrible état de délabrement et de la quasi disparition de l'État. Le produit national brut (P.N.B.) par habitant est l'un des plus faibles d'Afrique. Le pays – désertique pour une bonne partie – a été frappé à plusieurs reprises par la sécheresse ; de graves inondations ont eu lieu dans la vallée du Djouba. Les Somalis sont un peuple de pasteurs nomades, dont l'élevage est la principale ressource (il procure plus des deux tiers des recettes à l'exportation). Leur cheptel est relativement important : le pays comptait 7 millions de chameaux (1er rang mondial), 12,7 millions de caprins (12e rang mondial), plus de 5,3 millions de bovins et 13,1 millions d'ovins en 2007. Le commerce des animaux sur pied et de la viande en conserve se fait traditionnellement en direction de la péninsule arabique. D'autre part, les Somalis cultivent la banane, qui constituait, avant la guerre civile, le second poste à l'exportation. Sa culture est surtout pratiquée dans le sud du pays, dans les vallées du Djouba et de son affluent, le Chébéli, où l'on produit également des céréales (sorgho, sésame), du coton et de la canne à sucre. Les eaux côtières sont très poissonneuses, mais la guerre civile a entravé les efforts pour le développement de la pêche.

La Somalie est très peu industrialisée : elle possède des conserveries de viande et de fruits, une raffinerie de sucre et une industrie textile. Ce secteur a été ruiné par la guerre civile. Le pays dispose d'une route entièrement bitumée reliant Muqdisho à Hargeisa ; il ne possède, en revanche, aucune voie ferrée. Le Somaliland – qui a fait sécession en 1991 et dont le budget est principalement alimenté par les taxes portuaires et routières – a introduit sa propre monnaie en 1996. La dette extérieure ne cesse de croître. Par ailleurs, le déficit de la balance commerciale est toujours considérable. Depuis l'indépendance et jusqu'à la guerre civile, les institutions internationales, les États-Unis, l'Italie, la Communauté européenne et les pays arabes ont apporté une aide substantielle à la Somalie.

HISTOIRE

1. Les origines et la pénétration musulmane

Le dessèchement intervenu pendant la fin du IIIe millénaire et la totalité du IIe chassa vers le sud les populations nomades et pastorales, qui ont laissé des peintures rupestres représentant un bétail à longues cornes. Les Zendj, cultivateurs bantous, occupent le Sud entre les fleuves Chébéli et Djouba, liés à des communautés de chasseurs, les Ribis et les Bonis. Arabes et Iraniens, dont la pénétration sur les côtes somaliennes était ancienne, constituent de petites communautés marchandes, qui, après l'hégire, introduisent l'islam.

Ainsi se développent les ports de Berbera, de Mait et de Zeila (Zayla) [à la fin du ixe siècle], enrichis par le commerce avec l'Abyssinie, et plus au sud ceux de Mogadishu (aujourd'hui Muqdisho), Brava et Merca (aujourd'hui Marka). Les Gallas (ou Oromos) occupant le nord du pays, les Dir Somalis s'installent sur la côte de cette zone vers le xe siècle.

À partir de cette date se succèdent des vagues d'invasions de Somalis venus d'Arabie, les Darods d'abord, puis deux siècles plus tard les Isaqs. La pression démographique, augmentée par l'arrivée des Arabes, peut-être de graves sécheresses entraînent les Somalis à la recherche de nouveaux pâturages, suivant deux axes principaux, la vallée du Chébéli et les collines parallèles à la côte.

Aux xvie et xviie siècles, Darods et Isaqs occupent l'essentiel de la région nord et l'Ogaden. Les Oromos sont repoussés vers l'Éthiopie et les Zendj vers le sud ; les Somalis Hawiye s'installent au contact des Arabes (xiiie siècle), comme les Ajurans dans la région de Mogadishu (xve-xvie siècles).

Au début du xvie siècle, l'État musulman d'Ifat (incluant Adal), sous la dynastie Walachma (Zeila), bat l'Abyssinie chrétienne, mais celle-ci occupe Zeila vers 1420. Un siècle plus tard, sous la direction d'Ahmad Gran, les musulmans repartent à l'attaque et les Somalis participent activement aux campagnes (surtout les Darods). Adal décline rapidement, finalement détruit par des nomades Afars. De nombreuses villes musulmanes fleurissent aux xve et xvie siècles, dans l'hinterland somalien. Dès la fin du xviiie siècle, les Somalis ont atteint à peu près leur extension actuelle et les diverses tribus se heurtent les unes aux autres ; celles venant du nord atteignent les Chébélis et tentent de repousser les Digils jusqu'à ce que les Rahanouins les arrêtent vers 1840. Les Darods se retournent alors contre les Gallas et leur infligent une défaite sévère vers 1865. En 1909, la Tana (Kenya) sera atteinte à son tour.

2. Les Somalies anglaise et italienne (1887-1960)

Au xviie siècle, Zeila est sous la coupe, au moins théorique, de l'Empire ottoman, la côte au sud de Mogadishu reconnaissant la suzeraineté de Zanzibar. Le xixe siècle voit augmenter les contacts avec les puissances européennes. L'Égypte réclame les anciens droits turcs et, de 1874 à 1884, occupe différents points de la côte, dont Zeila et Berbera, où elle est remplacée par les Anglais, installés à Aden, qui établissent leur protectorat en 1887 et signent avec la France un accord sur les frontières en 1888.

Quant aux Italiens, qui ont déjà pris pied en Érythrée, ils signent des traités de protectorat en 1889 avec les chefs de la côte ; en 1892, le sultan de Zanzibar leur cède les ports de Brava, Merca et Mogadishu, tandis que les explorateurs italiens visitent l'hinterland et y signent aussi des traités de protectorat. Un protocole anglo-italien en 1894 délimite les sphères d'influence respectives. En 1897, les Anglais doivent faire des concessions aux Éthiopiens, notamment la région du Haud (au sud de Harar), et les Italiens reconnaître une définition vague de leur zone d'influence qui laisse l'Ogaden à l'Éthiopie. De 1900 à 1920 se déroule la révolte des « Derviches », jusqu'à la mort de leur chef Sayyid Muhammad, tandis que l'Italie affermit son emprise sur la côte.

Malgré des tentatives de mise en valeur, la Somalie italienne (colonie en 1905) n'évolue guère. L'incident de Oual-Oual, le 5 décembre 1934, entre une garnison italienne et une troupe éthiopienne, sert de prétexte au déclenchement de la guerre d'Éthiopie ; l'Ogaden et les bassins supérieurs du Djouba et du Chébéli sont intégrés à la Somalie. En 1940, l'offensive du duc d'Aoste conduit les Anglais à évacuer la Somalie anglaise, qui est reconquise en 1941 ; ils occupent la Somalie italienne et l'Ogaden, régions qu'ils administreront jusqu'en 1950. Pendant cette période se développera le sentiment nationaliste d'une Somalie unifiée. En 1950, l'ONU met la Somalie sous tutelle italienne pour dix ans. Le 1er juillet 1960, la République indépendante de Somalie est proclamée.

3. Indépendance et union

En 1948, l'Ogaden avait été rendu à l'Éthiopie et la Somalie britannique avait retrouvé son statut civil antérieur, mais une évolution était en cours, notamment sur le plan de la scolarisation. L'évacuation du Haud souleva maintes protestations et attisa le sentiment national, si bien qu'en 1956 la Grande-Bretagne annonce l'introduction d'un gouvernement représentatif en précisant qu'elle ne s'opposerait pas à l'union avec la Somalie italienne. Une nouvelle Constitution est promulguée en 1959, et la Somalie anglaise devient indépendante le 26 juin 1960. Les deux Somalies décident alors de s'unir. Mais la Somalie unie réclame les « provinces » qu'elle estime lui avoir été arrachées : l'Ogaden, une partie du Kenya et une partie de l'actuelle République de Djibouti. En 1963, elle rompt les relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne. En 1966, la Somalie réclame à l'ONU l'indépendance de la Côte française des Somalis. Les premiers combats sur la frontière somalo-éthiopienne ont lieu en 1964.

Aden Abdullah Osman occupe la présidence de la République de 1960 à 1967 ; il sera remplacé par Abdirachid Ali Shermarke, lui-même Premier ministre de 1960 à 1964. Le 5 juillet 1967, Muhammad Haji Ibrahim Egal, qui appartient, comme Osman et Shermarke, au parti majoritaire, la Somali Youth League (SYL), est nommé Premier ministre. Il se prononce en 1968 en faveur de la présence française dans le Territoire des Afars et des Issas, ce qui suscite le mécontentement des milieux nationalistes. Aux élections législatives de 1969, la SYL conserve la majorité, tout en perdant des sièges.

4. Le régime socialiste du général Siyad Barre (1969-1991)

L'assassinat, le 15 octobre 1969, du président A. A. Shermake sonne le glas de la démocratie parlementaire. Six jours plus tard, le général Siyad Barre prend le pouvoir à la tête d'un Conseil supérieur de la révolution (CSR) avant de proclamer la Somalie « République démocratique » et d'instaurer un régime de type socialiste ; se fixant pour but de redresser le pays et de renforcer l'unité nationale, il s'efforce de lutter contre la corruption et de relever le potentiel économique du pays, en nationalisant, notamment, les entreprises étrangères. La coopération avec l'URSS, Cuba et les pays d'Europe de l'Est s'intensifie. En 1972, le régime décrète le somali langue officielle et adopte l'alphabet latin pour l'écriture. En 1974, le pays adhère à la Ligue arabe. À la suite de la dissolution du CSR, le 1er juillet 1976, ses membres entrent au Comité central du parti socialiste révolutionnaire, qui devient le parti unique du pays. Le Comité élabore une nouvelle Constitution (adoptée par voie référendaire en août 1979), auquel un amendement (1984) confère tout le pouvoir au président.

En 1977, la Somalie signe un accord de coopération avec l'URSS, qui obtient des bases navales à Berbera et Kismaayo. Au mois d'août de la même année, elle entre en guerre contre l'Éthiopie afin de lui reprendre la région de l'Ogaden. Mais, dès le mois d'octobre, l'offensive somalienne est enrayée par un soudain revirement de l'URSS, qui approvisionne en matériel militaire l'Éthiopie, en même temps que Cuba lui fournit des troupes. La Somalie reprend alors les bases navales concédées à l'URSS, mais doit bientôt admettre sa défaite militaire : en 1978, elle évacue l'Ogaden ; en 1980, Muqdisho signe un accord avec Washington et concède aux États-Unis la base de Berbera.

Le régime somalien sort affaibli de cet échec militaire. En 1986, S. Barre, alors âgé de 70 ans, est victime d'un grave accident de la route. Néanmoins réélu (fin décembre 1987), il renonce officiellement le 4 avril 1988 à l'Ogaden après une série d'entrevues avec le président Mengistu. De plus, son gouvernement est contesté par plusieurs mouvements de guérilla, dont le Mouvement national somali (MNS), le Congrès de la Somalie unifiée (CSU-Mostahil, dirigée par le général Mohamed Farah Aïdid) et le Mouvement patriotique somali (MPS). En 1990, les forces du CSU s'emparent de Muqdisho et, l'année suivante, le président S. Barre quitte la capitale. Il s'exile ensuite au Nigeria, où il mourra en 1995.

5. La guerre civile (1990-1995)

Les différents mouvements de guérilla ne tardent pas à s'opposer et à se diviser. En 1991, le MNS proclame la sécession de l'ex-Somalie britannique, qui devient alors la République du Somaliland, non reconnue par la communauté internationale. De son côté, le CSU se divise entre partisans du président par intérim, Ali Mahdi Mohamed, et partisans du général Mohamed Farah Aïdid, les deux dirigeants se disputant le contrôle de la capitale. Quant aux troupes du général S. Barre, conduites par son gendre Hersi Morgan, elles s'installent dans la région de Kismaayo. Par ailleurs, une faction du MPS, conduite par le colonel Omar Jeff, s'allie avec le CSU. Tiraillé entre ces multiples factions, le pays sombre dans la guerre civile.

En 1992, l'ONU décide l'envoi de Casques bleus (Onusom) pour tenter de contrôler la distribution de l'aide humanitaire destinée à 2 millions de Somaliens victimes de famine mais systématiquement pillée par les insurgés. À la fin de l'année, les États-Unis, sous la bannière de l'ONU, prennent la tête d'une opération militaro-humanitaire, baptisée « Restore Hope » (« Rendre l'espoir »), à laquelle s'associent 21 pays – dont la France – et qui rassemble jusqu'à 38 000 hommes en janvier 1993. À la suite de l'assassinat de 23 soldats pakistanais (3 juin 1993) par des partisans du général Aïdid, l'ONU entame des poursuites contre lui, tandis que le contingent américain, renforcé par des troupes d'élite entament une chasse à l'homme qui tourne au fiasco : après le bombardement d'un repère de présumés partisans du général Aïdid à Muqdisho (12 juin), l'opération spéciale lancée le 3 octobre par la Force Delta se solde, côté somalien, par des centaines de victimes, côté américain, par la mort d'une vingtaine de marines dont les corps sont traînés dans les rues de Muqdisho. Les accords signés fin 1993 à Addis-Abeba entre l'Alliance nationale somalie (ANS, nouvelle appelatio de la formation du général Aïdid) et l'Alliance pour le salut de la Somalie (ASS) du président par intérim A. M. Mohamed (décembre 1993), puis à Nairobi (mars 1994), restent inappliqués. Humiliés, les États-Unis, et la plupart des pays européens, décident de retirer leurs troupes de Somalie (mars 1994) ; les derniers Casques bleus de l'Onusom sont évacués sous la protection de la marine américaine au début de l'année 1995.

6. Une paix introuvable

Après le retrait international, les combats se poursuivent entre les différentes factions : le CSU-ANS formé par Osman Ali Ato, un homme d'affaires qui se pose en rival du général Aïdid. Ce dernier trouvant la mort au cours d'un combat en juillet 1996 à Muqdisho, son fils, Hussein Mohamed Aïdid, lui succède à la tête de l'ANS. annihilant plusieurs tentatives de réconciliation parrainées par l'Éthiopie et l'Égypte.

En mai 2000, une nouvelle conférence pour la paix, rassemblant un grand nombre de chefs traditionnels, responsables de la société civile et représentants de la diaspora (dont l'ancienne élite du régime de S. Barre), est organisée à l'initiative de Djibouti avec le soutien de l'ONU. La conférence d'Arta institue un Parlement de 245 membres, qui doit exercer le pouvoir législatif avant la tenue d'élections générales prévues dans 3 ans ; un président, Abd al-Qasim Salad Hasan, est élu par ce même Parlement, enfin un gouvernement national de transition (GNT) est constitué, avec à sa tête Ali Khalif Galaydh. Ces nouvelles autorités ne réussissent pas à s'imposer : les chefs de guerre, qui se partagent le pays – H. M. Aïdid en tête –, demeurant hostiles au processus. Les combats se poursuivent et le GNT s'avère incapable de mettre en place une administration ni même de contrôler la capitale. En octobre 2001, le Parlement démet de ses fonctions le Premier ministre, victime de son incurie et de sa rivalité avec le président Galaydh. Pendant ce temps, certaines zones du pays sont à nouveau menacées par la disette – voire la famine. Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, la Somalie est soupçonnée par les États-Unis d'héberger des réseaux terroristes sur son sol ; à partir de 2002, les Américains s'appuient sur les chefs de guerre pour tenter de freiner la progression des islamistes.

7. La recomposition de la nation somalienne

7.1. La République autoproclamée du Somaliland

Dans la République du Somaliland, autoproclamée en 1991, le gouvernement, qui a établi sa capitale à Hargeisa, parvient tant bien que mal à préserver une paix précaire dans les années qui suivent la déclaration d'indépendance. En 1993, son premier président, Ahmed Ali Tur, est évincé par l'ancien Premier ministre Ibrahim Egal, élu par le shir, une réunion des clans. Ce dernier poursuit l'œuvre d'affaiblissement des milices et d'institutionnalisation progressive de son État : en 1997, une nouvelle Assemblée nationale proclame une Constitution. Avec une administration minimale (fonction publique et armée volontairement limitées), une presse libre, un pouvoir judiciaire indépendant et une totale liberté des échanges, le Somaliland réussit à survivre économiquement en développant le commerce du bétail avec l'Arabie saoudite via le port de Berbera, ou en percevant des taxes sur le poisson capturé au large de ses côtes par les navires étrangers. Si la Ligue arabe reste opposée à toute reconnaissance du Somaliland, l'ONU lui a concédé, début 1998, un statut d'observateur. Dahir Riyale Kahin succède à I. Egal, décédé en mai 2002. Candidat de l'Unité des démocrates, il l'emporte de quelques voix sur le candidat de l'opposition, Ahmed Mohamed Silanyo, lors de la première élection présidentielle au Somaliland. Reportée depuis 2008 en raison de désaccords entre l’opposition et la commission électorale, l’élection présidentielle de juin 2010 permet au Somaliland de renouer avec sa tradition démocratique. Avec 49,6 % des voix, A. M. Silanyo l'emporte face au président sortant, Dahir Riyale Kahin (33,2 %). Kulmiye (« Unité »), le principal parti d'opposition, que dirige Silanyo, gagne également les élections législatives.

7.2. Le Puntland

Une autre province située au nord-est de la Somalie, le Puntland, crée une administration autonome en 1998 et prend Garowe pour capitale ; un gouvernement est mis en place ; Abdullahi Yusuf Ahmed en devient le premier président. Jami Ali Jama le remplace en 2001, après son élection à la présidence, mais il est aussitôt capturé par les hommes d'armes de l'ancien président, qui reprend le pouvoir et y demeure jusqu'en octobre 2004, date à laquelle il est élu à la présidence de la Somalie. Dirigé par Muhammad Abdi Hashi, Mohamud Muse Hersi Adde (2005-2009) puis Abdirahman Mohamed Farole (depuis 2009), le Puntland, à la différence du Somaliland, ne cherche pas une reconnaissance internationale mais entend constituer une entité fédérale de la Somalie unie. Il revendique deux régions frontalières (Sool, Sanaag) rattachées au Somaliland.

8. Le gouvernement fédéral de transition aux prises avec l'insurrection islamiste

Une nouvelle conférence de paix s'ouvre à Nairobi, en octobre 2002, sous l'égide de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) – une organisation régionale créée en 1996, regroupant Djibouti, l'Érythrée, l'Éthiopie, le Kenya, l'Ouganda, la Somalie et le Soudan. Elle réunit le GNT et le Conseil somalien de réconciliation et de restauration (CSRR), formé par les chefs de guerre. Fin janvier 2004, un accord engageant tous les leaders du sud et du centre du pays y compris ceux du Puntland, prévoit la désignation par chaque clan, au prorata de son importance, de 275 délégués au sein d'un Parlement devant élire un nouveau président pour une période transitoire de 5 ans. Le 10 octobre 2004, Abdullahi Yusuf Ahmed, chef militaire de la région du Puntland, est élu par le Parlement à la présidence d'un gouvernement fédéral de transition (GFT). Ali Mohammed Gedi, désigné Premier ministre, nomme une équipe de 89 ministres et secrétaires d'État, parmi lesquels se trouvent les principaux chefs de guerre ; H. M. Aïdid devient ainsi vice-Premier ministre.

Mais les nouvelles institutions de transition se trouvent rapidement confrontées à la montée en puissance des milices défendant les Tribunaux islamiques, formés dans les années 1990 et regroupant des confréries soufies, d'anciens Frères musulmans et des représentants du parti islamiste al-Ittihad al-Islami. Regroupées au sein de l'Union des tribunaux islamiques (UTI), ces milices cherchent à reprendre le pouvoir et à créer un État islamique régi par la charia. Elles bénéficient de l'appui logistique discret de l'Érythrée et ont, par ailleurs, accès à des réseaux d'appui financier solides.

À l'issue de trois vagues de combats engagés en février 2006, l'UTI s'empare, début juin, de Muqdisho – dont elle chasse les chefs de guerre regroupés au sein de l'Alliance pour la restauration de la paix et contre le terrorisme (ARPCT), parrainée par les États-Unis – et étend progressivement son contrôle dans le sud du pays où elle fait, temporairement, régner la loi : les barrages routiers sont démantelés, le port rouvert au commerce, la piraterie presque stoppée. L'UTI signe même avec le GFT, retranché à Baidoa, un accord de cessation des hostilités et de reconnaissance mutuelle le 22 juin 2006 à Khartoum.

Cependant, une composante extrémiste, la milice al-Chabab (« la Jeunesse »), qui entend faire de la Somalie une terre de djihad international, prend une importance croissante au sein de l'UTI. Recrutant de nombreux jeunes en Somalie ou l'extérieur, notamment au Kenya, les chabab se dotent d'une structure politique : le Conseil suprême des tribunaux islamiques de Somalie (SICS), dirigé par Cheikh Hassan Dahir Aweys, l'un des vétérans de la lutte armée menée par les islamistes dans les années 1990. Après la chute de Kismaayo en septembre 2006, les chabab contrôlent tous les ports du sud du pays, réduisant le GFT à l'asphyxie.

9. L'intervention de l'Éthiopie (décembre 2006)

L'Éthiopie voisine, inquiète de la menace islamiste pesant sur l'ensemble de la Corne de l'Afrique et, en particulier, sur ses régions orientales peuplées de Somalis musulmans, officialise, fin décembre 2006, son aide militaire au GFT. Grâce au soutien logistique des États-Unis, l'armée éthiopienne parvient rapidement à déloger les insurgés islamistes et permet au GFT de s'installer, pour la première fois depuis sa création en 2004, à Muqdisho, en mars 2007.

Mais l'intervention éthiopienne, perçue comme une guerre d'occupation par les Somaliens, favorise l'émergence d'une nouvelle insurrection regroupant une part croissante de la population somalienne, les milices chabab et les milices tribales. En septembre 2007, alors que des tentatives de « réconciliation nationale » demeurent dans l'impasse, les insurgés islamistes lancent une nouvelle offensive contre les forces gouvernementales et éthiopiennes à Muqdisho, plongeant la capitale dans le chaos.

Un accord de cessation des hostilités conclu sous l'égide des Nations unies en août 2008 entre le GFT et l'Alliance pour une nouvelle libération de la Somalie (ARS), un groupe d'anciens responsables des Tribunaux islamiques et de députés formé à Asmara en septembre 2007, reste sans effet. Les plus radicaux des insurgés islamistes, qui entretiennent des liens avec des mouvements djihadistes internationaux et bénéficient sur place du ralliement de représentants claniques, reprennent leur offensive.

Parallèlement, les actes de piraterie maritime, limités à quelques dizaines au début des années 2000, se multiplient dans l'océan Indien et le golfe d'Aden, où sévissent des groupes organisés originaires du Puntland attirés par l'argent facile. En octobre, un nouvel accord visant à appliquer la cessation des hostilités et prévoyant le retrait des forces éthiopiennes dans un délai de 4 à 5 mois est signé entre le GFT et l'opposition islamiste modérée. En décembre 2008, l'Éthiopie entame son retrait.

10. L'internationalisation du conflit (2009-)

Lâché par l'Éthiopie et en désaccord avec son Premier ministre partisan d'un rapprochement avec les islamistes modérés, le président Yusuf Ahmed limoge ce dernier avant de démissionner (décembre 2008), abandonnant les bribes du pouvoir. Le 31 janvier 2009, le Parlement, réuni à Djibouti, élit à la présidence du GFT, Charif Ahmed, ex-dirigeant des Tribunaux islamiques considéré depuis comme un « modéré ». À la tête du GFT, fragile et corrompu, protégé par la force de l'Union africaine en Somalie (Amisom), Charif Ahmed bénéficie du soutien de la communauté internationale et tente de mener une politique de réconciliation, dialoguant avec toutes les parties.

En vain : dès le mois de mai, il est confronté aux assauts de ses anciens frères d'armes, les milices chabab et le Hizbul islam (parti islamique) dirigés par Cheikh Hassan Dahir Aweys. En outre, le conflit somalien s'internationalise avec l'intervention à des degrés divers de l'Érythrée, de l'Éthiopie et du Kenya soutenant le GFT et celle de plusieurs centaines de combattants étrangers ayant rejoint les rangs des milices chabab. Tout au long de 2009, les combats, la sécheresse et les inondations provoquent le déplacement d'un demi-million de personnes, alors que 20 % des enfants souffrent de malnutrition.

Début 2010, alors que le Programme alimentaire mondial (PAM) doit suspendre ses opérations dans la plupart des localités du sud majoritairement sous le contrôle des islamistes radicaux, l'Union européenne lance une mission militaire dont l'objectif est de former 2 000 soldats somaliens loyaux au GFT et qui doit opérer en étroite coopération avec les Nations unies, l'Amisom et les États-Unis. De son côté, l'Union africaine décide de renforcer l'Amisom : 2 000 soldats doivent s'ajouter aux 6 000 soldats ougandais et burundais, sous-payés, sous-équipés et de plus en plus mal perçus par la population somalienne, victime des affrontements. En juillet 2011, deux régions du Sud, Bakool et Lower Shabelle, frappées par une gravissime sécheresse et par la guerre civile, sont déclarées en état de famine par les Nations unies : la communauté internationale tente de se mobiliser en urgence pour secourir des milliers de victimes se réfugiant au Kenya.

Au mois d’août 2011, les forces du GFT et de l’Amisom parviennent à expulser les milices chabab de Muqdisho mais les combats se poursuivent dans les quartiers périphériques de la ville. Si les miliciens présentent ce repli comme tactique et sont à l’origine d’un attentat-suicide très meurtrier dans la capitale le 4 octobre, ils sont assaillis sur plusieurs fronts après l’intervention de l’armée kenyane à partir du 14 octobre dans le but de s’emparer du port de Kismaayo, dans le sud du pays, principale source de financement des islamistes radicaux.

L’Éthiopie se joint également à cette offensive après une nouvelle intervention militaire dans l’ouest du pays contre les milices chabab qui conduit notamment à la reprise de la ville de Baidoa avec les troupes du GFT et à sa sécurisation par les forces de l’Amisom. Ces dernières prennent le contrôle du port de Marka, au sud de Muqdisho, en août 2012.

11. Vers une stabilisation politique ?

Parallèlement, avec la médiation des Nations unies – et la participation de l’UE, de l’IGAD, de la Ligue arabe et de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) – les principaux dirigeants en exercice (présidents du Parlement et du gouvernement de transition, Premier ministre) affichent leur volonté de surmonter leurs divisions en vue d’une stabilisation politique et institutionnelle.

Après la nomination comme Premier ministre d’Abdiweli Mohamed Ali, ils signent ainsi à Muqdisho une feuille de route (6 septembre) prévoyant une série d’étapes en vue d’achever la transition avant le 20 août 2012. Le document, auquel souscrivent également les deux États semi-autonomes du Puntland et du Galmudug (créé en 2006), prévoit notamment le renforcement de l’autorité du GFT sur les forces régionales et les milices locales, l’adoption d’une législation et l’application de mesures effectives contre la piraterie, la révision de la charte fédérale de transition avant l’adoption d’une nouvelle Constitution.

Le mandat du gouvernement de transition prenant fin, une Assemblée constituante, formée de plus de 800 délégués, adopte, le 1er août 2012, un nouveau projet de Constitution qui institue un régime fédéral et comprend une charte des droits fondamentaux mais dont plusieurs articles restent en suspens. Désigné par un comité de chefs coutumiers à la suite de discussions entre clans, un nouveau parlement élit le président de la République le 10 septembre. Contre toute attente, Charif Ahmed, candidat à sa propre succession, est écarté à l’issue du second tour de scrutin au profit de Hassan Sheikh Mohamud, un universitaire, fondateur du parti de la Paix et du Développement. L’économiste et homme d’affaires Abdi Farah Shirdon prend la tête d’un gouvernement dont les premières mesures visent à lutter contre le terrorisme, rétablir les services publics et faciliter les investissements étrangers.

11.1. La persistance de la violence terroriste

Bien qu’affaiblies depuis qu’elles ont été chassées par l’armée kenyane de leur bastion de Kismaayo en octobre 2012, et divisées entre factions rivales, les milices chabab (Harakat al-Chabab al-Moudjahidin [« Mouvement de la jeunesse des moudjahidin »]), – officiellement affiliées à al-Qaida depuis février 2012 – conservent leur capacité de nuisance comme en témoigne notamment l’attentat spectaculaire et meurtrier commis en représailles dans un centre commercial de Nairobi les 21-24 septembre 2013.

Tandis que le gouvernement parvient difficilement à maintenir une fragile unité nationale en passant un accord avec les autorités régionales du Jubbaland (sud du pays) reconstituées à la faveur de la reprise de Kismaayo, la communauté internationale confirme son appui au processus de transition par la création de la Mission d’assistance des Nations unies en Somalie (Manusom, juin 2013) et en réunissant deux nouvelles conférences à Londres (mai) puis à Bruxelles (septembre) qui débouchent sur un programme d’aide à la reconstruction du pays.

Toutefois, s’ajoutant aux attentats des milices chabab visant notamment les parlementaires, les luttes intestines, qui conduisent à la démission du Premier ministre, rendent la transition très fragile. Les différentes factions parviennent à un accord pour investir un nouveau gouvernement en février 2015, tandis que les États-Unis nomment leur premier ambassadeur (basé au Kenya) depuis 1991. La situation économique de la population devient d’autant plus précaire que l’envoi de fonds par les émigrés est menacée par le retrait de plusieurs banques de ce circuit, essentiel pour de nombreux Somaliens, en raison des mesures prises contre le financement du terrorisme. Résolus à faire échouer le processus de transition, les Chababs, réorganisées en cellules plus autonomes et mobiles, reprennent leurs opérations meurtrières au Kenya en vue de déstabiliser également ce pays où vit une importante population somalie outre quelque 400 000 réfugiés ayant fui la guerre et la sécheresse (camps de Dadaab). Après l’attaque contre un centre commercial de Nairobi en septembre 2013, plus de 140 étudiants, expressément visés pour leur confession chrétienne, sont massacrés en avril 2015 sur le campus de l’université de Garissa (Est du pays).