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Soudan du Sud

Nom officiel : République du Soudan du Sud

Soudan du Sud, village Latuka
Soudan du Sud, village Latuka

État d'Afrique orientale, le Soudan du Sud est bordé par l’Éthiopie à l’est, par le Kenya et l'Ouganda au sud, par la République démocratique du Congo au sud-ouest, par la République centrafricaine à l’ouest, par le Soudan au nord. C'est un État fédéral qui se compose de 10 États : Haut-Nil, Jongleï, Équateur-Oriental, Équateur central (Bahr el-Djebel), Équateur-Occidental, Bahr el-Ghazal-Occidental, Bahr el-Ghazal-Septentrional, Ouarab, État de l'Unité, États des Lacs.

  • Superficie : 644 329 km2
  • Nombre d'habitants : 11 296 000 (estimation pour 2013)
  • Capitale : Djouba
  • Langue : anglais
  • Monnaie : livre sud-soudanaise
  • Chef de l'État : Salva Kiir Mayardit
  • Chef du gouvernement : Salva Kiir Mayardit
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Entrée en vigueur : juillet 2011
Pour en savoir plus : institutions du Soudan du Sud

GÉOGRAPHIE

État né en 2011 de la partition du Soudan, le Soudan du Sud représente environ le tiers de la superficie de l'ancien Soudan unifié. Le nouveau pays est l'un des plus pauvres de la planète : la grande majorité des habitants vivent avec moins d'un dollar par jour, un enfant sur dix meurt avant cinq ans, le taux de mortalité infantile est le plus élevé du monde, une grande partie de la population est illettrée. État tampon enclavé entre l'Afrique du Nord et l'Afrique sub-saharienne, le Soudan du Sud, territoire grand comme la France et peuplé seulement de 10 millions d'habitants, se situe en marge des grands flux économiques mondiaux. Dépendant de ses voisins pour la plupart de ses approvisionnements, dépourvu totalement ou presque d'infrastructures et d'industries, déjà rongé par la corruption, il fait partie des pays les moins avancés de la planète et est soutenu par l'aide internationale. L'aide alimentaire est indispensable pour plusieurs millions d'habitants. L'espoir du pays réside dans l'extraction du pétrole et dans l'exploitation des riches terres agricoles.

En 2014, les violences interethniques aggravent les conséquences d'un conflit interne qui a déjà fait 800 000 déplacés, plus de 80 000 réfugiés dans les pays voisins et de très nombreuses destructions.

1. Le milieu physique

1.1. Le relief

Traversé du sud au nord par le Nil, le pays s'étend du 4e au 12e degré de latitude nord.

La partie centrale, où coule le Nil, est une cuvette d'accumulation où les surfaces planes (plaines et bas plateaux) dominent. L'altitude dépasse rarement 500 m. L'horizontalité est ici la conséquence de longues périodes d'érosion et d'accumulation. La vallée du Nil s'est individualisée à l'ère tertiaire dans une vaste aire de subsidence dans laquelle se sont accumulés des sables et des argiles. Cette zone présente une grande zone de confluences : la zone marécageuse du lac No, où convergent le Nil et deux de ses affluents (Sobat et Bahr el-Ghazal, dont le principal affluent est le Jur). Ici dominent les sols argileux noirs tropicaux.

Dans le sud et dans l'ouest, des mouvements à grand rayon de courbure ont individualisé une zone d'altitude plus élevée, constituée d'inselbergs établis sur les terrains cristallins du vieux socle précambrien, un craton archéen composé de gneiss et de granite. Dans l'ouest, les hauteurs qui séparent le bassin du Congo et celui du Nil s'élèvent jusqu'à 1 200 m d'altitude. Tout au sud, à la frontière avec l’Ouganda, la retombée du plateau des Grands Lacs atteint plus de 3 000 m d'altitude aux monts Imatong, où le mont Kinyeti constitue, avec ses 3 187 m, le point culminant du pays. Dans le sud-est, un volcanisme datant de l'ère secondaire a laissé des reliefs qui dépassent les 2 000 m d'altitude aux monts Boma, contreforts d'Éthiopie.

1.2. Un climat tropical humide à saisons alternées

Le climat du Soudan du Sud est tropical humide à saisons alternées. Les températures sont toujours élevées (de 20 à 40 °C) : le Soudan du Sud est l'un des pays les plus chauds du monde. La saison des pluies se situe en été, avec de 600 à 1 500 mm de précipitations annuelles. A Djouba, la capitale, située à 460 m d'altitude, la température moyenne annuelle est de 28 °C et les précipitations atteignent 950 mm par an.

1.3. La végétation

Dans le Bahr el-Ghazal, où s'étalent les eaux du Nil Blanc, une végétation aquatique enracinée retarde l'écoulement des eaux et forme une zone marécageuse, le Sadd, où les marais pérennes couvrent quelque 15 000 km2. Le toïch est la zone verte inondée lors des crues (de 200 000 à 300 000 km2). L'arbre qui y croît, l'ambatch, donne un bois léger qui sert à faire des pirogues, moyen de transport entre les villages situés sur les interfluves. Cette cuvette est tapissée de papyrus, de roseaux et de bambous.

Au sud et à l'ouest de cette vaste zone inondable, strate herbacée et arbres composent une mosaïque de savanes et de forêts claires décidues de bauhinias, de parkias, d'acacias, à herbe haute, donnant un paysage qui rappelle celui du scrub australien. Des forêts-galeries ourlent les affluents du Nil Blanc. Les essences de montagne couvrent les pentes des monts Imatong.

Dans le sud du pays, le Nimule National Park abritait notamment, avant la guerre civile, des éléphants et des rhinocéros.

1.4. Le réseau hydrographique

La colonne vertébrale du pays est constituée par le Nil, ensemble complexe qui conserve une faible pente (452 m à Djouba). Lorsqu'il arrive au Soudan du Sud, le plus long fleuve du monde, en provenance des lacs Albert et Victoria, présente un régime équatorial et une allure torrentielle (il est appelé Bahr el-Gebel, « rivière de la Montagne »). À partir de Mongalla, le fleuve s'étale en de multiples bras obstrués par des marais (le Sadd). Il reçoit le Bahr el-Ghazal, qui draine les savanes de l'Ouest (l'un de ses affluents principaux est le Bahr el-Arab) et lui permet d'échapper à l'emprise marécageuse. Devenu Nil Blanc, ou Bahr el-Abiad, le fleuve reçoit ensuite la Sobat, alimentée par le massif éthiopien.

2. La population et les activités

2.1. Les différents peuples

La population est composée de Nilotiques (Nuers, Dinkas, Chillouks), de Nilochamites et d'autres peuples (comme les Baris, les Madis, les Zandés) réunis sous le nom de Soudanais, aux langues différentes. Ces peuples sont animistes et leur élite a été christianisée.

2.2. La culture traditionnelle : les chants Dinkas

Peuple nilotique et ethnie numériquement la plus importante du Soudan du Sud, les Dinkas développent leurs talents poétiques dans de remarquables compositions chantées, de genres très divers, aux textes parfois fort longs. Les plus étonnants sont sans doute les chants que tout jeune Dinka digne de ce nom se doit de composer et d'adresser à son bœuf favori en compagnie duquel il se pavane. Parmi les nombreux autres genres, on note aussi, pour l'originalité de leurs paroles, les chants cathartiques (associés à des sortes de retraites masculines dans des camps éloignés du village et au cours desquelles on se gorge de lait), les chants d'initiation, les hymnes à la divinité, les chants d'insultes et de plaisanteries entre compagnons d'âge, les chants de guerre et, d'origine plus récente, mais non moins belliqueux, les chants d'écoliers.

2.3. L'agriculture

80 % de la population est rurale. Des populations nilotiques de haute taille résident dans ces marais où la densité est très faible. Chillouks et Dinkas pratiquent une agriculture à base de sorgho sur les bourrelets alluviaux exondés et abrités des crues, sur lesquels ils établissent leurs villages et pratiquent un élevage de zébus qui transhument sous la conduite de bergers entre des zones non inondées lors des crues et les terres toïch libérées par les eaux en saison sèche. Chez les Nuers, qui se tiennent à l'écart des marais, la vie pastorale est encore plus développée. D'autres groupes, de langue luo, associent cultures, élevage et pêche autour des lacs et des rivières de la cuvette. Alors que certains peuples ont été sédentarisés, des éleveurs nomadisent toujours entre les piémonts frontaliers de l'Ouganda et les bas plateaux (Turkana).

Les animaux ont un rôle social important (dots pour les mariages). On consomme la viande, le lait (beurre, yaourts). La bouse permet de crépir les murs, sert de combustible. L'urine sert au tannage et tient lieu de shampooing, etc. Ces populations pratiquent aussi la pêche (lance, harpon). L'inondation par la crue du Nil Blanc d'un modelé continentale faiblement différencié restreint considérablement le domaine de l'élevage, alors qu'en hiver de vastes espaces à vocation pastorale sont libérés par les eaux.

Hors des marécages, le Soudan du Sud est presque vide (les marchands d'esclaves venaient s'y approvisionner jusqu'au xixe s.). Au S.-O. du Sadd, la culture sur brûlis permet des plantations vivrières de céréales (éleusine, maïs, riz) et de tubercules (igname, manioc), mais la trypanosomiase limite l'élevage. Il est vrai que l'emprise des mouches glossines, vecteurs favorisés par le sous-peuplement et la vitalité du couvert arboré, est forte au sud du 8e parallèle, où, paradoxe lié à l'histoire de la traite négrière, les régions les mieux arrosées du pays sont loin d'être les plus peuplées.

Peu touchés par les fluctuations des marchés, élevage et agriculture contribuent à la stabilité économique.

2.4. L'industrie

En l'absence de minerais économiquement exploitables, le pétrole constitue la principale richesse du sous-sol et du pays. Les principaux gisements sont situés dans le nord du pays, (notamment dans les États de l’Unité et du Haut-Nil). Dépourvu d'infrastructures, le pays devrait acheminer sa production par oléoducs vers le Soudan, qui continuerait à le raffiner puis à l'exporter, principalement vers la Chine, à partir du terminal pétrolier de Port-Soudan, sur la mer Rouge, le Soudan du Sud payant une dîme. Le pétrole devrait permettre au Soudan du Sud de limiter l'inflation et de garder une monnaie stable dans un contexte économique mondial pourtant difficile.

Dans l'ouest du pays, une voie ferrée, datant de la colonisation britannique, relie Ouâou (Wau) à Aoueil et, au-delà, au Soudan. Sa construction a été facilitée par la platitude dominante du relief et par un sol sableux où les voies ont pu être posées sans ballast. Le canal de Jongleï (280 km) relie directement la région de Bor, dans le centre, à Malakâl, dans le nord. Les villes les plus importantes sont Malakâl et Djouba (Juba), création coloniale qui est devenue la capitale du pays et constitue un centre universitaire.

2.5. Les relations extérieures

Le nouvel État, pays enclavé, est dépendant de ses voisins, notamment de l'Éthiopie, qui devrait lui fournir ses ressources en électricité et assurer sa sécurité. Il devrait constituer le principal débouché des exportations de l'Ouganda.

La partition du Soudan, première division à remettre en cause les frontières issues de la colonisation de l'Afrique, entraîne la question de la délimitation des frontières entre les deux pays, notamment dans la région d'Abyei, ville située au Soudan.

HISTOIRE

La naissance, le 9 juillet 2011, du nouvel État du Soudan du Sud est le fruit de plusieurs décennies de guerre civile (1956-1972 et 1983-2005) entre le nord et le sud du Soudan qui, depuis l’annexion par l’Égypte (1821) puis le condominium anglo-égyptien (1899-1924) et la domination britannique (jusqu’en 1956, date de l’indépendance), n’a jamais véritablement connu de développement intégré. Au déséquilibre économique, s’est ajouté le fossé culturel : alors que le Nord a été pour une grande part arabisé et islamisé, les populations nilotiques du Sud ont toujours conservé leurs spécificités et leur grande diversité ethnique, certaines d’entre elles ayant été partiellement christianisées à l’époque de la colonisation britannique.

1. De l’annexion par l’Égypte à la domination britannique

1.1. La conquête égyptienne

En 1821, le pacha d’Égypte Méhémet Ali lance la conquête du Soudan. Les provinces méridionales – Équateur, Bahr el-Ghazal et Haut-Nil – marginalisées, sont particulièrement visées par l’esclavage qui se perpétue malgré son abolition officielle en 1860 sous la pression des Européens. De surcroît, elles ne reçoivent l’attention que du khédive Ismaïl Pacha (1867-1879) qui confie à l’explorateur britannique Samuel White Baker, avec les fonctions de gouverneur de la province d’Équateur, la charge d’annexer les territoires situés dans le bassin du Nil blanc et d’y supprimer la traite. Malgré l’action du gouverneur général Charles Gordon (1874-1880), celle-ci ne prendra cependant fin que très progressivement.

1.2. Le condominium anglo-égyptien et ses conséquences

Sous le condominium anglo-égyptien (1899-1924), les provinces du Sud restent à l’écart du développement jusqu’au lendemain de la Première Guerre mondiale, alors que s’y implantent les premières missions catholiques, presbytériennes et anglicanes donnant naissance aux élites, formées en partie également dans les pays voisins d’Afrique de l’Est. À partir des années 1920, les Britanniques décident de réserver au Sud un traitement à part qui conduit à sa séparation de fait : en 1922, le Close District Order interdit la libre circulation entre le Nord et le Sud, les administrateurs et les marchands arabes sont remplacés et expulsés, tandis que la pénétration de l’islam est découragée.

Cette politique de développement séparé conduit même à envisager un rattachement du Soudan du Sud à l’Afrique-Orientale britannique (Ouganda, Kenya et Tanganyika). Toutefois, en 1946, la Conférence administrative sur le Soudan revient sur ces mesures et prône l’unité : après avoir subi les conséquences économiques de l’isolement, le Soudan du Sud est désormais menacé par la domination des élites du Nord, une situation qui conduit à une rébellion en août 1955, à l’initiative de plusieurs unités de l’armée placées de force sous l’autorité d’un commandement nordiste. C’est l’étincelle qui débouche sur la première guerre civile.

Pour en savoir plus, voir l'article colonisation.

2. De l’indépendance du Soudan à la partition

2.1. Première guerre civile (1956-1972)

Alors que le Soudan accède à l’indépendance le 1er janvier 1956, les leaders sudistes tentent dans un premier temps d’obtenir des concessions dans la nouvelle organisation du pouvoir, écartant le recours à la violence. Mais, après le coup d’État d’Ibrahim Abbud (1958) puis sa décision d’encourager l’arabisation et l’islamisation de l’ensemble du pays, la résistance des populations du Sud se radicalise. À partir de 1963, l’insurrection prend la forme d’une guérilla menée par l’Anyanya (du nom d’un venin de serpent), bras armé du premier mouvement de libération sud-soudanais et dirigé par Joseph Lagu. Née dans l’Équateur, la rébellion s’étend bientôt aux deux autres provinces méridionales, reçoit l’appui direct ou indirect d’Israël, des États-Unis, de l’Ouganda et de l’Éthiopie mais s’épuise toutefois en querelles interethniques tandis que le Nord est également en proie à des divisions qui conduisent au coup d’État du général Djafar al-Nimayri en 1969.

La poursuite de la guerre conduit, en 1971, au regroupement des différentes factions de la guérilla sous la direction centralisée du Mouvement de libération du Soudan du Sud (SSLM), avant l’accord d’Addis Abeba du 27 mars 1972, concédant une assez large autonomie aux provinces méridionales.

2.2. Seconde guerre civile (1983-2005)

La région connaît dès lors une période de paix relative jusqu’à la reprise du conflit en mai 1983, dans le sillage de la découverte de gisements de pétrole et à la suite de l’abrogation unilatérale par Khartoum des accords d’Addis Abeba suivie de l’imposition de la charia ; les forces sudistes sont désormais placées sous l’autorité du Mouvement populaire de libération du Soudan et de son armée (SPLM/SPLA) sous le commandement du colonel John Garang, un officier dinka de confession chrétienne. Cette seconde guerre civile, extrêmement meurtrière (plus de 2 millions de morts) ne prend définitivement fin qu’en 2005 avec la signature d'un Accord de paix global (CPA) en janvier au Kenya, fruit de trois ans de négociations sous impulsion étrangère.

3. Le Soudan du Sud indépendant

3.1. Accession à l'indépendance

Après une période intérimaire de 6 ans, en janvier 2011, les Soudanais du Sud se prononcent massivement en faveur de leur indépendance. Celle-ci est proclamée le 9 juillet, en présence de nombreux chefs d’États africains dont le président soudanais Umar al-Bachir, et aussitôt reconnue par la communauté internationale. Une Constitution laïque transitoire, issue d’une révision du texte intérimaire adopté à la suite de l’accord de paix globale de 2005, entre en vigueur avant la future adoption d’une Constitution permanente ; le mandat de tous les représentants politiques élus en 2010 (dans leur très grande majorité du SPLM) est renouvelé pour une période de 4 ans. Mais, alors que de graves séditions sont apparues depuis 2010 au sein même de l’armée sudiste (SPLA), dans le Jonglei notamment, des voix s’élèvent pour que soit rapidement instauré un système pleinement fédéral ou pour contester l’hégémonie des Dinkas au sein de l’État. Cette ethnie représenterait environ 40 % de la population qui compte plus d’une soixantaine de communautés dont les principales sont en outre les Nuers, les Shilluks (ou Chillouks), les Zandés (Azandés), les Baris.

3.2. La main de Khartoum derrière les luttes intertribales récurrentes

Pendant la guerre civile, le gouvernement de Khartoum a joué sur ces divisions recrutant des milices parmi certaines tribus ou clans hostiles à la suprématie dinka, les communautés étant elles-mêmes divisées en de nombreux sous-groupes parfois rivaux. Les conflits interethniques, par exemple entre les Dinkas et les Nuers entre 1991 et 1999, ont ainsi conduit à de fortes tensions entre groupes rebelles. De ces deux ethnies, mais plus particulièrement de la première, sont issus de nombreux dirigeants actuels au premier rang desquels le président (dinka) Salva Kiir Mayardit, chef du SPLM, et le vice-président (nuer) Riek Machar. Le respect du pluralisme culturel et ethnique et la reconnaissance nationale de toutes les langues est ainsi un sujet très sensible, expressément prévu dans le texte constitutionnel.

3.3. Les principaux contentieux

Le statut de la région d'Abyei, à cheval entre le Nord et le Sud

Si la séparation entre le Nord et le Sud est désormais effective, la définition précise de la frontière et les relations entre communautés restent des sources de conflit, en particulier dans la zone d’Abyei, riche en pétrole et dont le statut est toujours flou en dépit de la redéfinition des limites de ce secteur par la Cour permanente d'arbitrage de La Haye en 2009. Refusée par le Nord, son appartenance au Sud est inscrite dans la Constitution transitoire. Mais la consultation par référendum de ses habitants – dont la plupart ont apporté leur soutien aux forces sudistes pendant la guerre civile – a été reportée sine die, faute d’un accord sur le recensement des électeurs et sur la participation des éleveurs nomades arabes Misseriya originaires du Nord (soutenant Khartoum) à cette consultation. En janvier 2011, des affrontements entre ces derniers et des cultivateurs/pasteurs de la tribu native des Ngok Dinkas resurgissent, faisant des dizaines de morts. Après de nouvelles attaques de milices soutenues par Khartoum puis l’intervention des Forces armées soudanaises (nordistes), un accord sur la démilitarisation de la région et le déploiement d’une force de maintien de la paix éthiopienne est finalement accepté par les deux parties en juin. Mais les tensions restent très vives.

Le Kordofan-Sud

S’y ajoute la reprise des violences au Kordofan-Sud voisin, principal État pétrolifère du Nord. Tenu par le NCP au pouvoir à Khartoum mais après avoir échappé de peu à une victoire de la branche nordiste du SPLM lors de l’élection du gouverneur en mai, cet État abrite notamment les Nubas qui se sont battus du côté des Sudistes et se sentent désormais abandonnés par leurs anciens alliés et menacés.

Le partage des richesses pétrolières

Outre les litiges concernant l’accès à la terre, aux pâturages et à l'eau ou la complexité des équilibres ethniques qu’ils révèlent, ces conflits renvoient également au principal contentieux entre le Nord et le Sud : le nouveau partage à venir des ressources issues de l’exploitation du pétrole, dont la plus grande partie des gisements est dans le Sud, mais dont l’acheminement et l’exportation dépendent pour l’heure des infrastructures (pipelines, raffineries, port) contrôlées par le Nord.

La question de la citoyenneté

Parmi les autres pommes de discorde figure aussi la question de la nationalité et de la citoyenneté concernant en particulier le futur statut des nombreux Soudanais du Sud qui avaient trouvé refuge dans le Nord et à Khartoum pendant la guerre civile.

Moins d'une semaine après son indépendance, le Soudan du Sud devient le 193e État membre des Nations unies. Appelé à y jouer un rôle qualifié de « vital » par son secrétaire général, l'ONU y a créé une nouvelle opération de maintien de la paix forte de 7 000 militaires, 900 policiers et 2 000 à 3 000 civils.

4. Vers une pacification de la région ?

Peu après l’accession à l’indépendance, le litige pétrolier entre les deux Soudans et les affrontements intercommunautaires dans les régions frontalières (Kordofan-Sud et Nil Bleu notamment) ressurgissent. Pour le Soudan du Sud, touché de plein fouet en 2012 par une brutale récession et une spirale inflationniste, la reprise de l’exportation de pétrole, qui représente plus de 70 % de son PIB mais qui a été interrompue par Djouba en janvier faute d’un accord sur les tarifs d’acheminement et de raffinage, est vitale.

Alors que les deux pays semblent au bord d’un nouveau conflit armé, sous la pression de l’Union africaine et des Nations unies, les présidents al-Bachir et Salva Kiir s’engagent à régler leurs différends économique et territorial à l’issue de deux sommets qui se tiennent à Addis Abeba en septembre 2012 et en janvier 2013. L’obtention de nouvelles conditions financières ouvre ainsi la voie à la reprise de la production du précieux hydrocarbure.

La délimitation de la frontière est un autre contentieux brûlant qui devrait être réglé après une démarcation confiée à une commission mixte. Le statut de la région d’Abyei, où le mandat de la Force intérimaire de sécurité des Nations unies pour Abyei (FISNUA) est renouvelé en novembre 2012, reste cependant en suspens.

5. Le Soudan du Sud dans la guerre civile

En janvier 2013, un processus de réconciliation en vue de surmonter les tensions politiques et interethniques est lancé. Cependant, les rivalités à la tête du jeune État éclatent en plein jour avec le limogeage du gouvernement et du vice-président Riek Machar en juillet. Alors que ce dernier dénonce un abus de pouvoir avant de prendre la tête d’une rébellion, le président Salva Kiir accuse son rival de tentative de coup d’État.

Couvant depuis plusieurs mois, ces dissensions – dont les origines remontent au moins aux conflits entre leaders du mouvement de libération après la mort de J. Garang en 2005 –, s'aggravent avec l’opposition d’une frange du SPLM à l’exercice de plus en plus personnel du pouvoir par S. Kiir dans la perspective de l’élection présidentielle de 2015. Ce qui semblait n’être qu’un règlement de compte entre chefs politiques acquiert une tournure inquiétante à partir de décembre avec de violents heurts entre factions militaires qui prennent d’emblée une dimension ethnique en opposant Dinkas et Nuers.

Malgré l’ouverture de pourparlers de paix avec la médiation de l’IGAD à Addis-Abeba et un éphémère cessez-le-feu en janvier 2014, les combats se poursuivent, les troupes fidèles à R. Machar prenant l’avantage dans plusieurs zones du Centre et du Nord, tandis que celles du camp présidentiel – appuyées par l’Ouganda, ce qui leur permet notamment de reprendre la ville de Bor et de tenir la capitale – essuient d’importants revers. Le contrôle des champs pétrolifères en devient l’un des enjeux.

Cette nouvelle guerre civile entraîne des déplacements massifs de populations qui se réfugient auprès des forces des Nations unies (MINUSS, présente depuis juillet 2011) ou affluent dans les pays voisins, en Ouganda, en Éthiopie, au Kenya et même au Soudan. Elle s’accompagne d’affrontements interethniques meurtriers et de massacres commis dans les deux camps comme ceux perpétrés à Bor (Jongleï) le 17 avril visant des civils nuers ou, la même semaine, à Bentiu (État d’Unité) dirigés dans ce cas contre des Dinkas, des Soudanais du Darfour suspectés de soutenir les troupes gouvernementales mais aussi des Nuers accusés de ne pas adhérer à la rébellion.

Après 20 mois de guerre, avec la médiation du Kenya, de l’Ouganda et de l’Éthiopie et sous la menace de sanctions de la part des Nations unies, les deux parties finissent cependant par signer un accord de paix en août 2015. Ce texte prévoit notamment une démilitarisation de la capitale, un partage du pouvoir, la création d’une commission « vérité, réconciliation et réparations » et la formation d’un gouvernement d’union nationale de transition, avant l’organisation de nouvelles élections générales.

Pour en savoir plus, voir l'article Soudan.