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Cléopâtre

Nom de sept reines d'Égypte dont la plus célèbre fut Cléopâtre VII (Alexandrie 69 avant J.-C.-Alexandrie 30 avant J.-C.), reine de 51 à 30 avant J.-C., lors de la conquête romaine, fille de Ptolémée XII Aulète.

Héritière des Ptolémées, (Lagides) et dernière reine d’Égypte, Cléopâtre VII Philopator est l’une des figures féminines les plus connues de l’histoire. On lui prête un pouvoir de séduction hors du commun, qui ne doit pas éclipser le rôle déterminant qu’elle a tenu pour restaurer la grandeur de son royaume. Plus attachée à l'Égypte qu'aucun de ses prédécesseurs étrangers, Cléopâtre fut la première reine grecque à parler l'égyptien, à adopter certaines croyances pharaoniques et à vouloir rendre à l'Égypte la place qu'elle avait auparavant occupée pendant des siècles. Sa politique, traditionaliste à l'intérieur, audacieuse à l'extérieur, fut constamment soutenue par le peuple égyptien, dont elle avait renforcé le nationalisme et l'orgueil. Intelligente et ambitieuse, elle était, dit-on, d'une beauté remarquable qu'elle sut, à l'occasion, user comme atout dans son jeu politique.

L'avènement d'une reine

Cléopâtre, septième du nom – lequel signifie « la gloire de mon père » –, est issue d’une dynastie d'origine grecque, celle des Lagides, fondée par Ptolémée, fils de Lagos. Elle est la fille de Ptolémée XII Néos Dionysos Aulète, auquel elle succède à l'âge de 18 ans. Comme le stipule le testament de son père, elle partage le trône avec son frère cadet, Ptolémée XIII, qui est également son époux.

Lors de son accession au trône, la situation politique, économique et sociale de l'Égypte est catastrophique : impuissance et indifférence des gouverneurs, cupidité et ambition des administrateurs, indiscipline et exactions des fonctionnaires ont fait du royaume une terre livrée à l'anarchie et promise à une nouvelle colonisation. En raison de conflits qui éclatent entre la jeune reine et l'entourage de son frère, Cléopâtre recherche l’appui de Rome afin d'essayer de transformer une simple colonisation en une alliance au profit de Rome et de l'Égypte.

Cléopâtre prend le parti de Pompée dans la guerre qui oppose ce dernier à César parce qu’il était autrefois venu en aide à son père. Accusée par les partisans de son frère de comploter, elle doit prendre la fuite, afin de rassembler une armée. C'est dans ces circonstances que Pompée, qui vient d’être vaincu à Pharsale (48 avant J.-C.), arrive chez son allié pour reconstituer ses forces. Mais Ptolémée XIII le fait assassiner en pensant y gagner les faveurs de César, qui est lui-même entré en Égypte en poursuivant son rival.

César et le contrôle de l’Égypte

César, qui prétend réconcilier Cléopâtre et Ptolémée, les fait convoquer à Alexandrie. C’est alors que, selon la tradition, la reine, craignant d’être tuée par les sbires de son frère, arrive enroulée dans un tapis. Ébloui, César fit de Cléopâtre sa maîtresse et défendit ses droits à la couronne risquant ainsi sa vie et sa fortune pour cette jeune reine de 21 ans. En 47 avant J.-C., il fit d’elle l’unique souverain de l’Égypte après avoir maté la révolte d’Alexandrie, fomentée par l’eunuque Pothin, conseiller de Ptolémée XIII, qui trouve la mort en se noyant dans le Nil. Mariée à son frère Ptolémée XIV, âgé de 12 ans, Cléopâtre entreprend néanmoins une croisière sur le Nil en compagnie de César. C’est à ce dernier qu’on attribue la paternité de l’enfant qu’elle met au monde Césarion, le futur Ptolémée XV. Après le retour triomphal de César à Rome, durant l'été 46 avant J.-C., elle vient le rejoindre avec son fils, qui représente pour elle un atout politique majeur, car César, n’ayant pas de descendant, reconnaît effectivement Césarion pour fils et fait de lui son héritier présomptif. L’assassinat de César, en mars 44 avant J.-C., réduit à néant les espoirs de Cléopâtre, qui retourne alors en Égypte.

Antoine et l'Empire romain d'Orient

Ptolémée XIV meurt en 44 avant J.-C. à Rome et Césarion (Ptolémée XV) monte sur le trône à l'âge de 3 ans. Après avoir châtié les assassins de César, le triumvir Marc Antoine commence une tournée en Orient et, en 41 avant J.-C., convoque Cléopâtre à Tarse, en Cilicie. La reine s’y rend sur un navire paré d’une poupe en or et d’avirons en argent. Antoine, devenu maître de l’Orient s’éprend, à son tour, de Cléopâtre, en même temps que des fastes de l’Égypte. Tous deux menèrent alors ce que Plutarque a appelé « la vie inimitable », vie de douceurs, de fêtes et de festins. Cependant, le pacte scellé avec Octave – le futur Auguste – l’oblige à repartir pour épouser Octavie, la sœur de ce dernier.

Cléopâtre, qui a donné naissance à des jumeaux, Alexandre et Cléopâtre, se retrouve isolée. En 37 avant J.-C., à la demande d’Antoine qui a entrepris une expédition contre les Parthes, elle le rejoint à Antioche. Un troisième enfant, Ptolémée Philadelphe, naît l'année suivante. Mais la guerre contre les Parthes tourne mal. Antoine est obligé de passer en Arménie. De retour à Alexandrie, il peut célébrer son triomphe, mais il soulève alors l'indignation à Rome, car aucun triomphe n’a encore jamais eu lieu hors de la Ville.

Cet épisode est exploité par la propagande d’Octave, qui redouble de vigueur au moment où Antoine confère à Cléopâtre le titre de « reine des rois » et à Césarion celui de « roi des rois », qui pourrait un jour lui permettre de revendiquer l'héritage de César. Quant aux enfants d’Antoine et de Cléopâtre, ils sont nommés « rois » et reçoivent des territoires. Même si Antoine ne revêt pas le diadème royal, on le soupçonne à Rome d’aspirer à la royauté et de vouloir faire d’Alexandrie sa capitale. La répudiation d’Octavie met le comble à l’opprobre. Antoine ayant donné à Cléopâtre la Phénicie, la Syrie, une partie de la Cilicie, Chypre et l'Arabie des Nabatéens, Octave s’empare alors du testament d'Antoine, déposé dans le temple de Vesta, et fait lire au Sénat ses dernières volontés, qui stipulent que son corps devra être transporté à Alexandrie et remis à Cléopâtre. Endossant l’habit du défenseur de Rome, il obtient du Sénat de décréter la guerre, tout en biaisant pour qu'il ne la déclare qu’à la seule Cléopâtre.

Octave et le sacrifice d'une reine

À la tête de sa puissante flotte, Antoine fait voile vers le golfe d’Ambracie, au nord-ouest de la Grèce, mais il est stoppé par Octave et son général Agrippa. Renforcé par une soixantaine de navires égyptiens, il tente une manœuvre qui échoue face au promontoire d’Actium (2 septembre 31 avant J.-C.). Cléopâtre et Antoine ont quitté la bataille, peut-être pour rallier Alexandrie avec le plus grand nombre possible de vaisseaux. Toujours est-il que, se sentant abandonnées, l'armée de terre puis la flotte d’Antoine se livrent à Octave, qui peut entrer dans Alexandrie le 1er août 30 avant J.-C.

Antoine, qui s’est donné la mort par le glaive, croyant avoir été trahi par Cléopâtre, expire à ses côtés à Alexandrie. Octave veut s’emparer de la reine vivante, mais, quand celle-ci qui cherche sa clémence apprend qu’il va l’exhiber lors de son triomphe, elle se fait apporter un panier de figues contenant un serpent venimeux (un aspic) et y plonge la main. Ainsi la reine échappe à l'humiliation du triomphe romain. Surmontant le dépit que lui cause sa mort, Octave ordonne qu’elle soit inhumée avec Antoine. Peu après, il fait assassiner Césarion. Le royaume de Cléopâtre devient alors une province romaine dont l'importance pour l’Empire ne s’est pas démentie.

La reine fatale devenue mythe

On connaît le mot de Blaise Pascal : « Le nez de Cléopâtre : s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé » (Pensées, 162). La reine, telle que la montrent les pièces de monnaie qui nous sont parvenues, est tout sauf idéalisée. Elle porte un large diadème, sur des cheveux qui sont tressés et noués en chignon ; elle a le nez en fait plutôt long et busqué, le front bombé et le menton légèrement en galoche. Plus que sa beauté elle-même, on loua dès l’Antiquité sa voix musicale, son esprit éclairé et sa culture raffinée.

Comme nulle autre, peut-être, Cléopâtre sut user de ses charmes à des fins politiques. En attirant à elle César puis Antoine, qui l’aimèrent à la folie, elle fit trembler Rome. Maretrix regina (« reine courtisane ») s’écriait le poète Properce au nom de tous ceux qui lui vouaient une haine inexpiable parce qu’ils redoutaient qu’on en vînt à substituer Osiris à Jupiter si Cléopâtre l’avait emporté à Actium.