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Rome antique (entre 264 et 27 avant J.-C.)

Hannibal
Hannibal

Histoire de Rome, de la conquête du bassin méditerranéen à la fin de la République.

Pour en savoir plus, voir également les articles Rome antique (jusqu'en 264 avant J.-C.), Rome : l'Empire romain (27 avant J.-C.-476 après J.-C.).

Après avoir conquis l’Italie, Rome est amené à intervenir de plus en plus loin à travers le bassin méditerranéen, jusqu’à en assurer le contrôle intégral, à la fin du ier siècle avant J.-C. Mais cette expansion bouleverse tout l’équilibre de la cité-État primitive, qui peine à s’adapter à cette nouvelle échelle. Il en résulte, à la fin du iie siècle, une crise grave qui va déboucher sur la chute de la République, en 27 avant J.-C.

1. La conquête du bassin méditerranéen

1.1. L’essor de l’impérialisme

Le passage de Rome du niveau italique à l'échelon méditerranéen amène d'autres conséquences : un esprit impérialiste naît progressivement. Il n'acquiert toute son ampleur que vers 200 avant J.-C. Jusque-là, Rome n'a pas été libre de refuser le combat. Il lui fallait vaincre ou périr. Ensuite, l'ambition et l'avidité l'emportent. L'aristocratie politique est la première intéressée. C'est un petit cercle de sénateurs qui décide de la guerre. Ce petit groupe social organise sa structure oligarchique, freinant les ascensions trop rapides et partageant au mieux les honneurs (lex Villia annalis, de 180 avant J.-C., organisant le cursus honorum, carrière réglementaire des magistratures). En dessous des sénateurs, les chevaliers, qui s'organisent en une classe équestre, ont aussi des intérêts convergents en politique extérieure. Parmi eux se recrutent les hommes d'affaires, qui, surtout après la deuxième guerre punique, opèrent au loin et précèdent même l'invasion militaire. L'historien grec Polybe (vers 200-121 avant J.-C.) n'hésite pas à dire que la politique romaine est commandée par la finance.

1.2. Les guerres puniques (264-146 avant J.-C.)

La première guerre punique (264-241 avant J.-C.)

Rome n'est cependant pas ce qu'on pourrait appeler une « oligarchie marchande ». Mais ses intérêts sont tels que la présence, face à elle, d'un puissant État répondant à cette définition représente un danger. Il s'agit de Carthage, dont l'empire maritime s'étend sur la Méditerranée occidentale. Le conflit est inévitable. Il éclate à propos de la Sicile, où les Carthaginois (ou Puniques) sont solidement implantés et où Rome souhaite s'établir. C'est la première guerre punique qui contraint les Romains à construire une flotte de guerre et les rend maîtres de la Sicile, de la Corse et de la Sardaigne.

L'extension de l'influence romaine (241-218 avant J.-C.)

Ce conflit provoque aussi l'extension de l'influence romaine. Un enchaînement de circonstances fait naître l'inquiétude chez les Celtes d'Italie du Nord : leur offensive échoue, et la colonisation de la plaine du Pô (Gaule cisalpine, dans le nord de l'actuelle Italie) s'amorce alors (218 avant J.-C.). Des difficultés avec les pirates illyriens ont entraîné la création d'un État vassal en Dalmatie, sur la côte est de l'Adriatique (225 avant J.-C.). Rome commence aussi à entrer en négociations avec l'Asie séleucide et l'Égypte lagide.

Deuxième et troisième guerres puniques (218-146 avant J.-C.)

La deuxième guerre punique (218-201 avant J.-C.), ou guerre d'Hannibal, paraît résulter de l'esprit revanchard de quelques Carthaginois. Hannibal est bientôt en Italie, où plus d'une cité abandonne la cause romaine, dont Capoue après l’écrasante victoire d’Hannibal à Cannes (216). Rome tremble et doit faire appel à toutes ses ressources : hommes (y compris esclaves et prisonniers), vivres, faveurs divines. Les mines d'argent d'Espagne sont un autre enjeu de la guerre.

Rome, victorieuse après la bataille de Zama (202) grâce à Scipion l'Africain, domine une partie de l'Espagne et bientôt la plaine du Pô et toute la Sicile. L'Italie est plus soumise que jamais.

Mais Carthage, vaincue, survit. C'est la troisième guerre punique qui aboutit, grâce à la victoire de Scipion Émilien, à son anéantissement (146 avant J.-C.) et à la création d'une province romaine d'Afrique.

Pour en savoir plus, voir l'article guerres puniques.

1.3. La conquête de l'Orient

Les origines de la conquête

Dès avant ces derniers événements, Rome a commencé à intervenir dans les pays grecs. On a prétendu, les Anciens les premiers, que ces guerres étaient défensives. On a pu, de même, alléguer un sentiment philhellène qui aurait poussé à l'intervention pour défendre la « liberté des Grecs ». Mais le prétexte est commode. La vérité semble résider dans l'impérialisme sénatorial (formulé par Manlius Vulso en 188 avant J.-C.), dans l'habitude prise des guerres victorieuses et du pillage, et dans l'engrenage d'une diplomatie tantôt susceptible, tantôt perfide. Le programme de conquêtes est élaboré a posteriori par des théoriciens. Les succès viennent non par hasard, mais grâce au déséquilibre des forces, qui défavorise les adversaires, et au sentiment de puissance et de supériorité qui inspire le sénat.

Déroulement (197-63 avant J.-C.)

La Macédoine est battue à Cynoscéphales en 197 avant J.-C. et à Pydna en 168 avant J.-C., la monarchie séleucide à Magnésie du Sipyle en 189 avant J.-C. Rome n'annexe pas toujours, mais crée des États vassaux. L'annexion suit quelques dizaines d'années plus tard. La Macédoine devient ainsi une province en 148 avant J.-C. La Grèce est occupée, et Corinthe est rasée en 146 avant J.-C., l'année où Carthage subit le même sort. Le dernier roi de Pergame, Attalos III, lègue en 133 avant J.-C. son royaume à Rome, qui l'annexe après y avoir réprimé des troubles sociaux. Au ier siècle avant J.-C., les progrès de Rome se poursuivent après les succès très éphémères du turbulent roi du Pont (nord de l'actuelle Turquie), Mithridate VI : Rome doit reconquérir la Grèce et l'Asie, puis occupe la Syrie et la Judée (64-63 avant J.-C.) grâce à Sylla et à Pompée.

1.4. Les progrès en Occident

La prise de possession de l'Espagne s'achève par de durs combats contre les autochtones, qui culminent au siège de Numance, prise par Scipion Émilien en 133 avant J.-C. L'Italie du Nord, ou Gaule cisalpine, est lentement pacifiée, et la conquête d'une partie des vallées alpines est entreprise. Le sud de la Gaule transalpine est occupé à partir de 125 avant J.-C., ce qui permet l'établissement de la via Domitia vers l'Espagne. Première colonie lointaine, Narbo Martius (Narbonne) donnera son nom à la province de Narbonnaise. L'établissement en Gaule donne à Rome l'occasion de prendre contact avec les premiers flots d'envahisseurs barbares venus du nord, Cimbres et Teutons, qui infligent d'abord de sérieuses défaites aux armées romaines (Orange, 105 avant J.-C.), jusqu'à ce que Marius rétablisse la situation et les fasse repartir (Aix-en-Provence, 102 ; Verceil, 101 avant J.-C.). Le même Marius, en battant le turbulent roi numide Jugurtha (105 avant J.-C.), étend la zone l'influence romaine en Afrique.

2. Les conséquences des conquêtes

2.1. Conséquence économique : un enrichissement spectaculaire

Les guerres ont pu être qualifiées de guerres coloniales. Sur certains peuples, ce sont des « victoires de la civilisation », c'est-à-dire de la culture matérielle la plus évoluée. Elles ont été menées avec la sauvagerie primitive, qui subsiste et à laquelle s'ajoute désormais le mépris à l'égard du Barbare. Lors de la reddition d'une ville, le massacre des combattants et la réduction en esclavage des populations restent la normale. On emporte ce qui a de la valeur et on anéantit le reste. Les indemnités de guerre et le butin permettent à l'État romain de prospérer, surtout entre 200 et 150 avant J.-C. Les objets d'art raflés en Grèce s'entassent : en 158 avant J.-C., il faut même débarrasser le Forum des statues qui l'encombrent.

2.2. Conséquences militaires

De l'armée de citoyens à l'armée de métier

Les profits de la conquête sont donc immenses. Le Romain n'éprouve plus le besoin de porter les armes : il préfère jouir des succès acquis. Dès 150 avant J.-C., on observe une nette désaffection à l'égard du service militaire. Marius entreprend une réforme de l'armée en récupérant les prolétaires, jusque-là dispensés, puisqu'ils n'avaient rien à défendre, à présent concernés, puisqu'ils sont intéressés au butin. Peu à peu, l'armée de métier va se constituer, à la place de l'armée de citoyens. Elle sera de règle sous l'Empire. Dans le même temps, l'armement tire parti de l'expérience des adversaires ; l'armée adopte le glaive espagnol, le bouclier ligure, l'artillerie des Grecs, comme elle reçoit l'appui de troupes auxiliaires étrangères : archers crétois, frondeurs baléares et cavaliers numides.

L'ascension des généraux victorieux

Les dieux ont, occasionnellement, leur part du butin, les soldats aussi et les chefs plus sûrement encore, et de plus en plus. Quinctius Flamininus, venu en Grèce en « libérateur », ne se gêne pas pour dépouiller les villes ; Caecilius Metellus orne ses constructions des statues prises au royaume de Macédoine : au triomphe de Paul Émile, on voit défiler 250 chariots remplis de statues et de tableaux. Le triomphe, ce vieux cérémonial romain au cours duquel le général victorieux (imperator) monte en cortège du champ de Mars au Capitole, pourvu des attributs royaux, la toge brodée d'or, le visage barbouillé de rouge, est l'occasion de déployer les résultats de la campagne : chars regorgeant de butin, prisonniers, chefs vaincus chargés de chaînes (et exécutés après la cérémonie). N'a droit au triomphe que celui qui a tué au moins 5 000 ennemis.

2.3. Conséquences sociales : la montée des inégalités

L'extension de l'esclavage

Les prisonniers deviennent ordinairement esclaves, et l'esclavage est à la fois la conséquence normale de la guerre et une institution indiscutée de l'Antiquité. Les victoires romaines peuplent Rome d'esclaves. Beaucoup sont grecs ou asiatiques. Ils introduisent leur culture avec eux. Certains sont des lettrés ou des artistes, dont la compétence est utilisée. Mais le « bon esclave », qui a rendu des services, qui a accumulé un pécule pour se racheter, peut être affranchi. Les affranchis se multiplient aux dépens des effectifs serviles, par eux-mêmes peu prolifiques. Or, une société esclavagiste a besoin de ces bras, qui sont sa source d'énergie essentielle. La guerre devient nécessaire au réapprovisionnement.

La question agraire

Une seule chose n'est pas ramenée dans les fourgons du vainqueur : la terre. Il faut aller l'occuper là où elle est. Et c'est l'un des éléments d'une émigration de l'Italie vers les autres contrées de l'Occident romain. La création de colonies se poursuit – inégalement selon les époques – et n'arrive pas à résoudre un problème agraire spécifiquement romain. Seuls les gros propriétaires ont surmonté les difficultés de la période des guerres ; ils étendent leurs domaines aux dépens des petits propriétaires, qui, évincés, grossissent les rangs des citadins, tout en plaçant leurs espérances dans la générosité de l'État.

L'essor des milieux d'affaires

Ce n'est pas le seul secteur où les conséquences des conquêtes favorisent les classes supérieures. L'exploitation des pays conquis se partage entre une classe dirigeante et une classe affairiste. La première envoie ses promagistrats dans ces pays : ceux-ci gouvernent les provinces, mais ils les exploitent pour leur propre compte. Ils constituent très vite de grosses fortunes par leurs concussions, pratiquement impunies. Les hommes d'affaires se rencontrent partout, mais surtout à Délos, grand marché des esclaves en même temps que foyer d'orientalisme, où Juifs et Égyptiens côtoient les Grecs et les Thraces. La perception des taxes imposées aux provinces est affermée à des sociétés financières dont les actions se négocient à la Bourse de Rome. Le transfert incessant d'argent de la province vers Rome va favoriser l'activité économique des pays soumis, aux dépens de la capitale.

2.4. Conséquences culturelles

L'influence de l'hellénisme

L'influence de l'hellénisme – sensible de longue date – prend alors des proportions énormes : « La Grèce vaincue a conquis son farouche vainqueur. » Elle a fait découvrir à Rome un art plus évolué, y a fait naître la littérature, lui a révélé la philosophie, et lui a amené d'autres dieux. Les sentiments des conquérants ont été divers : Lucius Mummius, le spoliateur de Corinthe, avertit les transporteurs d'œuvres d'art qu'en cas de perte ils devront les remplacer, alors que ses soldats jouent aux dés sur un tableau célèbre. Plus tard, Cicéron qualifie de puérile l'admiration des Grecs pour les chefs-d'œuvre de leur art. Mais l'esprit béotien, compatible avec l'esprit de rapine, n'empêche pas le goût de l'art de progresser insidieusement.

L'hellénisation de la culture romaine

De même, la prise de conscience de la place de l'hellénisme à Rome est progressive. Jusqu'au iiie siècle avant J.-C., la langue latine ne s'écrit pratiquement pas, que ce soit sur inscriptions ou sur papyrus. Vers 240 avant J.-C., un Grec de Tarente, Livius Andronicus, traduit des tragédies grecques en latin et adapte l'Odyssée. Puis, vers 200 avant J.-C., la fierté romaine des auteurs de la génération suivante se retourne contre l'hellénisme qui les a fait naître. Enfin, les conquêtes et le pillage font déferler l'hellénisme qui, après avoir été le propre de cercles cultivés (comme celui des Scipions), après avoir converti Caton l'Ancien, vieux Romain réactionnaire, se manifeste dans la vie de tous les jours par l'essor de la culture écrite dont pierres et murs deviennent les supports éloquents : sur les murs de Pompéi, le passant écrit des médisances aussi bien que les vers d'un grand poète.

Un révélateur : l'affaire des bacchanales (186 avant J.-C.)

L'affaire des bacchanales est assez significative de la manière dont les Romains ont su parfois s'intéresser à ce qui était le moins louable dans la vie grecque. Les bacchanales étaient des fêtes de Bacchus qui avaient vite pris la forme de réunions populaires clandestines et nocturnes autour desquelles gravitaient la débauche et le crime. Une enquête découvrit l'étendue de l'affaire et entraîna 6 000 condamnations. Il ne manqua pas d'autres sociétés de ce genre, mystiques ou frénétiques, qui, peut-être inoffensives, inquiétaient pourtant les tenants de la religion traditionnelle.

2.5. Une civilisation matérielle transformée

L'adoption du luxe

L'apparition du luxe est progressive, bien que Tite-Live l'indique comme une conséquence du retour de l'armée d'Asie en 129 avant J.-C. Les intérieurs se garnissent de tapis, d'étoffes luxueuses, de meubles de bronze et d'argenterie. C'en est fini de la vieille rusticité romaine, des maisons de brique, des plats de légumes. C'est maintenant le luxe des parvenus, des enrichis. Les vertus ancestrales s'évanouissent du même coup. L'aristocratie s'entoure de musiciens, de danseurs, de courtisans. On invente une gastronomie romaine, dans laquelle s'illustrera Lucullus. Nous voici déjà loin de l'ancienne Grèce. Les Romains n'ont pas pris le meilleur. Ils sont surtout devenus d'autres Romains.

La nouvelle maison romaine

Les maisons ont beaucoup évolué depuis les cabanes primitives. Elles ont adopté l'atrium, puis, sous l'influence de la Grèce, se sont dédoublées, une partie des pièces s'ordonnant autour de l'atrium, l'autre autour d'un péristyle. Une des pièces de séjour prend le nom grec d'oecus (oikos, maison). On mange couché, dans le triclinium, ce qui ne se faisait pas dans la Rome primitive.

Une nouvelle parure monumentale

Les monuments publics caractérisent mieux encore la civilisation de la Rome classique, par leurs fonctions mêmes : la basilique, vaste salle à colonnes, prolongement sous abri de ce lieu de réunion qu'est le Forum, salle des pas perdus, lieu où siègent les tribunaux, monument presque symbolique de ce droit dont on répète à satiété qu'il est une des grandes créations romaines ; le cirque, où se livrent les courses de chars, autour d'une spina chargée d'un abondant décor ; le théâtre, qui, longtemps, n'est qu'une structure de bois et qui diffère légèrement dans son plan de celui des Grecs ; l'amphithéâtre, typiquement occidental, probable invention campanienne, adopté tardivement pour déployer des combats de gladiateurs, dont la tradition est bien plus ancienne et qui, auparavant, avaient lieu au Forum.

Les loisirs publics

Gladiateurs, courses de chars et spectacles de mimes correspondent à de vieux usages italiques. Ces réjouissances s'insèrent dans un cadre à la fois religieux et politique. Elles sont prévues dans le calendrier des fêtes religieuses, mais organisées par les édiles, qui savent que leur popularité auprès des électeurs dépend des efforts qu'ils déploient. La course de chars, exercice militaire, perd peu à peu sa place au profit des luttes, puis des carnages de fauves, autorisés à partir de 170 avant J.-C., émanation directe des conquêtes lointaines.

Pour en savoir plus, voir l'article jeux du cirque.

3. Crise et fin de la République

3.1. La crise de la république oligarchique

Problèmes politiques et sociaux

Ces divertissements consolident indirectement les positions de la nobilitas, cette classe dirigeante tirée des vieilles familles, mais qui accueille aussi les « hommes nouveaux » pourvu qu'ils soient riches. La conquête a favorisé la classe des chevaliers, qui pratiquent le commerce ; celui-ci est théoriquement interdit depuis 218 avant J.-C. aux sénateurs, qui se contentent d'accaparer les terres. À peine les grandes conquêtes terminées, les rivalités oligarchiques se donnent libre cours.

Des problèmes sociaux viennent s'y greffer : tandis que certains étendent leurs domaines en Italie, d'autres cherchent désespérément un lopin à cultiver. Les pays tributaires fournissent un blé concurrentiel, et la main-d'œuvre servile met en chômage les hommes libres. Il y a de l'agitation sociale : dans le Latium (143 et 141 avant J.-C.), en Sicile (guerres serviles de 135 et de 104 avant J.-C.).

L'émergence du parti « populaire »

On voit alors se former à Rome un parti dit « populaire », théoriquement destiné à soulager ces insatisfactions. En réalité, les partis sont des factions constituées par des familles tenues par des rapports de clientèle, des groupes au sein desquels les intérêts sont enchevêtrés. Les mariages sont ainsi lourds de conséquences politiques. Et puis le parti populaire, en prétendant défendre les intérêts du peuple, se trouve en présence d'une contradiction, le peuple de la ville et celui des champs ayant des revendications différentes. Il manque aussi d'homogénéité du fait que ses membres les plus actifs sont aussi bien des entrepreneurs ambitieux que des révolutionnaires prêts aux grands moyens.

L'échec de la réforme des Gracques (133-121 avant J.-C.)

Après un gouvernement sénatorial sans trop de problèmes (200-140 avant J.-C.) vient la crise, dont l'aspect financier est essentiel. Les Gracques, Tiberius et Caius Gracchus, deux frères tribuns de la plèbe inspirés par des théories révolutionnaires d'origine grecque et ayant renvontré un écho favorable en Asie, essaient d'entraîner le peuple et lui promettent des terres. Aristocrates romains, ils ont su inspirer des attitudes désintéressées à quelques-uns, mais ils sèment surtout la discorde, et tombent l'un puis l'autre, accusés d'aspirer à une sorte de despotisme démocratique.

3.2. Les guerres civiles (108-27 avant J.-C.)

Les problèmes de Rome ne sont pas près de se résoudre, quand commence le temps des grands généraux ambitieux. Dès les guerres puniques, la société romaine a senti le danger des prétentions d'un général victorieux et populaire, et le gouvernement sénatorial a pris des précautions. Mais les Gracques ont montré le chemin de l'illégalité. Les imperatores vont l'emprunter à leur tour.

Le temps des démagogues

La société dirigeante de l'époque des guerres civiles souffre d'une absence d'idéal. Seuls semblent compter l'argent et le pouvoir politique, qui, lui-même, procure l'argent. Cicéron écrit philosophie, mais pense affaires. Les partis n'ont plus de programme, si tant est qu'ils en aient jamais eu de bien définis. L'abolition des dettes finit par être la seule perspective qui passionne encore les masses. Tous tiennent cependant à la libertas, la liberté, que l'on réclame en toute circonstance, mais qui semble vide de signification réelle. Chacun compte sur ses soldats, ses clients, son influence pour s'imposer. À ce jeu, il y a beaucoup d'appelés, mais aussi de proscrits.

Marius et Sylla (108-79 avant J.-C.)

Après une période de gouvernement autoritaire des sénateurs (121-109 avant J.-C.) Marius (108-101, puis 88-86 avant J.-C.), puis son rival Sylla (88-87, puis 83-79 avant J.-C.) s'imposent tour à tour par leur charisme grâce à l'appui de soldats fidèles, en dépit de la légalité, et par les proscriptions aussi, dont Sylla est l'initiateur.

Ce dernier s'illustre en mettant fin à la guerre sociale – c'est ainsi qu'on appelle la révolte des alliés (socii) de l'Italie, qui réclament la citoyenneté romaine. Les montagnards insurgés réclamaient, en fait, que cessât leur condition subalterne, qui leur valait de voir rétrécir leurs espaces de transhumance. Leur revendication contribue au désordre politique de Rome, où ils trouvent un puissant appui (→  Marcus Livius Drusus), puis leur révolte ouverte ensanglante l'Italie (91-89 avant J.-C.) ; il en subsistera des maquis dispersés. L'avenir économique n'y a rien gagné, même si le droit de cité a été accordé à tous les Italiens.

La république minée de l'intérieur (79-63 avant J.-C.)

Sylla, c'est peut-être la « monarchie manquée ». La période qui suit son abdication en 79 avant J.-C. est marquée à la fois par les guerres lointaines (lutte contre les pirates des côtes d'Asie), la révolte sociale (guerre servile de Spartacus, 73-71 avant J.-C.), l'inquiétude générale et la haine entre factions. Rome est divisée entre un sénat oligarchique, des chevaliers, qui sont des financiers, et les populaires. L'instabilité politique qui en résulte n'est pas sans rapport avec des soucis économiques. Les capitaux fuient l'Italie. En Sicile, un procès contre le gouverneur concussionnaire Verrès révèle les abus de l'administration provinciale, principale voie d'enrichissement des élites politiques, assurées le plus souvent de l'impunité. Enfin sous le consulat de Cicéron (63 avant J.-C.), éclate l'affaire de la conjuration de Catilina, peut-être destinée à renverser la république.

Pompée et César (63-48 avant J.-C.)

Le sénat, manquant de fermeté, donne de grands pouvoirs à Pompée, revenu triomphant de son expédition contre les pirates, après avoir constitué la province de Syrie et occupé la Judée (62 avant J.-C.). En 61, son fastueux triomphe marque pratiquement la fin d'une vie politique libre dans une République où le pouvoir était parfois disputé par la force, mais toujours publiquement et sans recours à l'armée.

Pompée, César, neveu de Marius, et Crassus, réputé l'homme le plus riche de la république, s'entendent alors en secret pour s'associer dans le premier triumvirat (60 avant J.-C.). Il va tenir une dizaine d'années, confirmer d'abord la prééminence de Pompée, et assurer, en outre, de grands commandements provinciaux, d'abord à César, ensuite à Crassus.

Crassus mort à la guerre (53 avant J.-C.), Pompée a d'abord la faveur du sénat, puis il inquiète celui-ci par son ambition. En 49 avant J.-C., César, qui a conquis les Gaules, franchit le Rubicon qui le sépare de l'Italie, pourchasse Pompée, qui est assassin en Égypte en 48, et prend le titre de dictateur.

La dictature de César (48-44 avant J.-C.)

César préside les comices, se fait élire consul (48), abdique alors la dictature, puis reçoit plus tard une seconde dictature : le droit de présider à l'attribution des magistratures, de nommer les gouverneurs des provinces prétoriennes et à nouveau le consulat (pour cinq ans).

Son appui principal est la plèbe de Rome, d'où la nécessité pour lui de s'unir à ses tribuns et de faire voter de nombreux plébiscites. Pour disposer d'un sénat à sa dévotion, il nomme de nombreux partisans, en particulier des Gaulois de la plaine du Pô (ses clients), et y réintègre certains de ses adversaires ou leurs fils.

Après sa victoire sur les derniers pompéiens en 45, César est presque parvenu à la monarchie. Mais la crainte qu'il ne la restaure va le perdre. Un complot, réunissant autour de Brutus et de Cassius quelques-uns de ses partisans déçus et des pompéiens, est organisé pour supprimer César, qui est assassiné le 15 mars 44 en plein sénat.

Marc Antoine et Octave (44-30 avant J.-C.)

Après la mort de César, son lieutenant Marc Antoine et son fils adoptif Octave forment avec Lépide le second triumvirat (43 avant J.-C.), qui organise l'élimination des autres factions. Cicéron est au nombre des victimes. À Marc Antoine est dévolu l'Orient, où il va mener de grandes opérations jusqu'en Arménie, tandis que Octave prend le contrôle des provinces occidentales, où il doit mettre fin à une guerre difficile en Illyrie. Lépide est relégué en Afrique.

La rupture qui couve depuis longtemps survient en 32, lorsque Marc Antoine, que ses adversaires disent ensorcelé par la reine d'Égypte, Cléopâtre, tente de reprendre le contrôle de l'Italie à Octave, qui, par un coup de force, chasse de Rome les partisans de son rival. Ce dernier, dont les forces sont équivalentes, sinon supérieures à celles d'Octave, se révèle un général hésitant et un politique maladroit en refusant de se séparer de Cléopâtre. En plein engagement naval, à Actium, sur les côtes d'Épire, tous deux prennent la fuite. Les légions de Marc Antoine, abandonnées, se soumettent à Octave (septembre 31), qui, un an plus tard, annexe l'Égypte après le suicide de son compétiteur et de Cléopâtre.

3.3. Conséquence des guerres civiles

Auguste et le retour de l'ordre

Octave, devenu l'empereur Auguste en 27 avant J.-C., peut gouverner un empire et une société qui sont las du désordre. Les provinces ne se sont pas révoltées. L'aristocratie est fort mal en point, et c'est peut-être là ce qui fait la solidité du pouvoir d'Auguste. Elle a été décimée physiquement. Ceux qui vivaient d'affaires financières en Asie sont ruinés. Le sénat accueille des chevaliers, des vétérans, mais il s'éclipse de la vie politique. Les sénateurs s'absorbent dans l'otium (le loisir studieux) ou la vie de cour. Les chevaliers deviennent de hauts fonctionnaires impériaux. Auguste est aidé par deux militaires et administrateurs, Agrippa et Tibère, et, jusqu'en 23 avant J.-C., par un chevalier bon diplomate : Mécène, qui rallie à sa propagande Horace et Virgile.

Un épanouissement intellectuel

Si la génération de l'orateur et philosophe Cicéron, du poète Lucrèce, des historiens Salluste et César, de l'érudit Varron a donné ses lettres de noblesse à la langue latine, l'époque augustéenne, avec les poètes Horace, Virgile, Ovide, l'architecte Vitruve et l'historien Tite-Live, enrichit encore cet héritage.

Une société appauvrie en quête de paix

Le prix de la terre est en baisse : on n'est plus aussi sûr de son droit de propriété. Les vainqueurs distribuent à leurs vétérans des terres expropriées sans façon. Virgile se fait l'écho des plaintes des victimes, qui sont innombrables. L'agriculture italique est appauvrie. La ville a accueilli des fuyards de toute la péninsule et la disette s'y est fait sentir. Ceux qui n'ont pas rallié la ville ont émigré hors d'Italie. Tous aspirent à la paix. C'est ce que leur donne Auguste, qui bénéficie de la nouvelle conception admise du pouvoir, détenu de fait par le plus fort, qui se dit le meilleur (princeps, optimus), résultat d'une évolution amorcée sous Sylla.

En se dilatant aux dimensions du bassin méditerranéen, la cité-État des origines s'est retrouvée face à la nécessité d'adapter ses structures traditionnelles à ce changement d'échelle. Après être devenue un empire territorial, Rome se laisse tranformer par Auguste en empire politique, sous couvert de restauration de la république.

Pour en savoir plus, voir l'article Auguste.

Quelques repères chronologiques de l'histoire de la Rome antique

QUELQUES REPÈRES CHRONOLOGIQUES DE L'HISTOIRE DE LA ROME ANTIQUE

de 264 à 27 avant J.-C.

264-241 avant J.-C.

Première guerre punique

218-201 avant J.-C.

Deuxième guerre punique

197 avant J.-C.

Annexion de l'Espagne

187 avant J.-C.

Conquête de la Cisalpine

168 avant J.-C.

Victoire de Paul Émile sur Persée, roi de Macédoine

149-146 avant J.-C.

Troisième guerre punique

148 avant J.-C.

Annexion de la Macédoine

146 avant J.-C.

Annexion de l'Afrique et de la Grèce (chute de Carthage et sac de Corinthe)

133 avant J.-C.

Héritage du royaume de Pergame

129 avant J.-C.

Organisation de la province d'Asie (comprenant la plus grande partie du royaume de Pergame)

123 avant J.-C.

Réformes de Caius Gracchus

121 avant J.-C.

Annexion de la future Narbonnaise

112-105 avant J.-C.

Guerre de Jugurtha

102-101 avant J.-C.

Victoires de Marius sur les Teutons et sur les Cimbres

91-88 avant J.-C.

Guerre sociale

82 avant J.-C.

Sulla dictateur

77 avant J.-C.

Pompée

60 avant J.-C.

Premier triumvirat (Pompée, Crassus et César)

58-51 avant J.-C.

Guerre des Gaules

45-44 avant J.-C.

César dictateur

43 avant J.-C.

Deuxième triumvirat (Antoine, Octave et Lépide)

31 avant J.-C.

Bataille d'Actium

27 avant J.-C.

Auguste accède au pouvoir