Du côté paternel, Octave, dit ensuite Auguste, appartenait à une famille honorable de Velitrae (aujourd'hui Velletri), dans le Latium, mais qui n'était ni patricienne ni anciennement noble. Son arrière-grand-père et son grand-père faisaient partie de l'ordre équestre et avaient fait carrière dans des fonctions subalternes. Son père avait été le premier à pénétrer dans la noblesse sénatoriale par les échelons du cursus honorum : après avoir rempli la préture, il avait été gouverneur de Macédoine, charge qu'il accomplit à la satisfaction de tous. Comme compensation à cette médiocre notoriété, Octave connut l'aisance, sinon la richesse, ce qui permit, plus tard, de le calomnier en tant que fils de changeur. Du côté de sa mère, Atia, il était, en revanche, lié aux plus grandes familles de Rome. Atia était la fille de M. Atius Balbus, d'ancienne famille sénatoriale apparentée au grand Pompée, et de Julie, une des sœurs de Jules César. Être le petit-neveu du dictateur fut la chance du jeune Octave.
Il fut élevé à Velitrae, où il perdit son père à l'âge de quatre ans. Remariée à L. Marcius Philippus, sa mère suivit de près son éducation, d'autant plus que sa faible constitution, prompte à succomber aux atteintes de la maladie, lui donnait de multiples craintes. Il fut un élève doué et attentif, que ce soit en rhétorique, dont M. Epidius lui inculqua les éléments, ou dans les lettres et la pensée grecques, que lui enseignèrent des maîtres imprégnés de stoïcisme, Apollodore de Pergame, Arius d'Alexandrie, Athénodore de Tarse.
C'est en grande partie cette intelligence ouverte qui, très tôt, attira sur lui l'attention de son grand-oncle Jules César. Dès l'âge de douze ans, il eut à prononcer, devant le peuple assemblé, l'éloge de sa grand-mère lors de ses funérailles ; ce fut son premier rôle public. À quatorze ans, il revêtit la toge virile. Les distinctions n'allaient plus, désormais, manquer au jeune Octave. En 48 avant J.-C., il pénétra dans le collège des pontifes, que présidait Jules César en tant que grand pontife. En 47 avant J.-C., durant l'absence de César de Rome, il exerça les fonctions de préfet de la ville. Mais le dictateur aurait aussi voulu lui faire prendre une part active à ses succès militaires ; malheureusement, la santé d'Octave ne lui permit pas de se rendre en Afrique, ce qui n'empêcha pas son grand-oncle de lui faire accorder les dona militaria et la participation à la cérémonie du triomphe en 46 avant J.-C. L'année suivante, atteint d'une grave maladie, il ne put rejoindre César en Espagne qu'une fois terminée la campagne décisive de Munda.
Tout le désignait déjà comme l'héritier de César, mais ce dernier voulait qu'il confirmât son éducation intellectuelle et militaire. Il l'envoya en Grèce, à Apollonia, achever ses études et surveiller les préparatifs de l'armée, que César avait dans l'idée de lancer bientôt contre les Parthes. C'est là que, à la fin du mois de mars 44 avant J.-C., le jeune Octave reçut la terrible nouvelle ; l'homme qu'il admirait et respectait tant avait été assassiné en pleine curie.
Octave n'a pas encore dix-neuf ans, et il lui faut choisir la meilleure voie pour assurer son destin. Il aurait pu alors abandonner toute ambition, mais le spectacle offert par Rome depuis sa prime enfance lui a montré que le pouvoir appartient à ceux qui font preuve de ténacité et d'audace. Sachant combien la situation est difficile à Rome pour les meurtriers de César, mais comprenant surtout que son absence laisse la place libre à Antoine (né en 83 avant J.-C.), alors consul, qui se pose en vengeur de César, il décide de rentrer en Italie. Débarquant à Lupiae, près de Brindes (aujourd'hui Brindisi), à la fin du mois d'avril, il y apprend que, par son testament, César fait de lui son héritier et son fils en l'adoptant. Par ce moyen, Octave est désigné comme le successeur du dictateur assassiné ; il ne peut plus reculer devant son destin, malgré les objurgations de sa mère et de son beau-père. Il n'hésite pas à se rendre à Rome, où il arrive, comme un simple particulier, au début du mois de mai. Il prétend ne venir réclamer que l'héritage de son père ; tout, dans son attitude modeste, semble le confirmer. Mais il met Antoine dans un cruel embarras ; accorder au jeune Octave ce qu'il demande revient à lui donner le pouvoir. Toute l'action d'Antoine consiste à empêcher les comices curiates de reconnaître l'adoption d'Octave par César ; sans cette reconnaissance, Octave ne pouvait légalement être considéré comme le fils de César.
La position d'Octave est difficile, mais Antoine n'ose pas l'attaquer de front, car le jeune homme possède un grand rayonnement moral dû à sa piété envers César ; en juillet, il préside les jeux en l'honneur de la victoire de César ; là apparaît une comète en qui le peuple croit reconnaître l'âme même du mort. Octave laisse mûrir la situation politique qui voit, peu à peu, se dresser face à face, au grand jour désormais, les sénateurs qui soutiennent les assassins de César, Brutus et Cassius, et Antoine, qui puise sa force dans la plèbe romaine.
Le 1er août 44 avant J.-C., la rupture est consommée. Octave saisit l'occasion qui s'offre à lui ; à son appel, les vétérans de son père se regroupent autour de lui ; un accord avec le sénat (Cicéron en particulier) lui fait accorder l'imperium et le droit de dire son avis parmi les anciens consuls. Le 21 avril 43 avant J.-C., l'armée sénatoriale bat Antoine devant Modène ; mais les deux consuls, Hirtius et Pansa, ont été tués. Le triomphe du sénat est éphémère, car Octave réclame le consulat pour lui-même. Il est désormais en position de force, car les légions victorieuses d'Antoine lui sont entièrement dévouées ; le sénat ne lui offre que la préture ; il marche sur Rome et, le 19 août, il se fait nommer consul (bien qu'il n'ait rempli aucune des charges de la carrière des honneurs) avec comme collègue son cousin Q. Pedius. Il est le maître de Rome ; il révoque l'amnistie pour les meurtriers de César et, surtout, il oblige les comices à régulariser son adoption. Il devient alors C. Julius Caesar Octavianus, Octavien. Mais il n'aimera jamais être appelé ainsi ; d'ailleurs, pour tous, n'est-il pas déjà César ?
Il lui faut alors accomplir ce qui lui tient tant à cœur, venger la mort de César. Une seule solution lui semble possible dans ce dessein : s'entendre provisoirement avec Antoine et le grand pontife Lépide (Aemilius Lepidus), qui avaient regroupé 17 légions en Occident. L'entente est scellée à Bologne ; il en résulte la création d'un triumvirat constituant pour cinq ans (tresviri rei publicae constituendae). Mais Octave sait combien les lois peuvent apporter de surcroît à la puissance des hommes ; aussi, avec l'accord de ses collègues, fait-il confirmer cette entente par un vote populaire ; la lex Titia du 27 novembre 43 avant J.-C. leur donne des pouvoirs quasi illimités.
Les triumvirs se partagent le gouvernement des provinces d'Occident ; Lépide a la Narbonnaise et l'Espagne, Antoine la Gaule Chevelue et la Cisalpine, Octave l'Afrique et la Sicile. C'est sur cette puissance discrétionnaire pour « organiser les pouvoirs publics » qu'Octave établit les bases de sa future puissance.
Cette entente fait sombrer les derniers espoirs des républicains, contre qui les triumvirs se retournent. Trois cents sénateurs et deux mille chevaliers sont proscrits ; la terreur et le meurtre emplissent Rome ; Cicéron est assassiné. Tous les magistrats et les sénateurs doivent jurer de respecter les actes de César. Octave prend militairement le contrôle de l'Afrique, mais il laisse la Sicile occupée par les républicains de Sextus Pompée, le fils du grand Pompée. Puis Antoine et Octave regroupent leurs troupes, et, avec 19 légions, débarquent en Grèce, où se trouvent Brutus et Cassius avec des forces égales. Le choc décisif a lieu en deux temps, près de Philippes ; dans un premier moment, Octave voit son camp enlevé par Brutus, mais, sur l'autre aile, Antoine rétablit la situation contre Cassius, qui se suicide. Le 23 octobre 42 avant J.-C., Antoine force la victoire ; Brutus se tue. Le rôle d'Octave a été médiocre dans le combat, il n'en est que plus cruel dans la victoire.
La bataille de Philippes marque le déclin et l'élimination progressive de Lépide ; il doit donner la Narbonnaise à Antoine et l'Espagne à Octave. Il reçoit l'Afrique en compensation. Antoine se rend en Orient, source inépuisable d'or et de richesses ; Octave revient en Italie, où il distribue des terres à ses vétérans en expropriant sans pitié de nombreux petits paysans.
Les républicains ont été éliminés, mais deux hommes, avec des ambitions immenses et semblables, restent face à face. Le conflit est désormais inévitable. C'est par l'intermédiaire d'un frère d'Antoine, Lucius, et de la femme d'Antoine, Fulvie, que les premiers heurts se produisent ; ils profitent du mécontentement dû à la crise financière et économique pour soulever les légions de Gaule ; mais les lieutenants d'Octave les bloquent dans Pérouse, et les obligent à capituler. Antoine accourt à leur secours et fait le blocus de Brindes par terre et par mer. Cependant, les vétérans des deux armées ne veulent pas d'une guerre fratricide ; en octobre 40 avant J.-C., une entrevue se termine par la « paix de Brindes ». Lépide ne conserve plus que l'Afrique ; en réalité, Antoine devient le maître de l'Orient et Octave celui de l'Occident. Ce dernier a compris quels atouts immenses (militaires et surtout psychologiques) il conserve en se maintenant en Occident et en reléguant son rival en Orient. La rivalité n'éclate pas encore au grand jour puisque, pour sceller cette « paix », Antoine épouse Octavie, la sœur d'Octave, alors veuve et enceinte de Caius Claudius Marcellus. Pour rendre évident leur accord, les deux triumvirs font ensemble une entrée triomphale dans Rome.
C'est à ce moment qu'Octave décide de mettre en application le plan qu'il a peu à peu élaboré. Il lui faut s'assurer le contrôle total de l'Occident, et y forger un instrument de combat terrestre et naval capable de s'opposer aux armées d'Antoine. Après le départ d'Antoine (septembre 39 avant J.-C.), il entreprend d'éliminer Sextus Pompée, à qui la Sicile a été laissée par le traité de Misène, mais qui continue, malgré les accords, à contrôler les routes maritimes, et peut à tout instant affamer Rome. Grâce à l'aide intelligente et compétente d'Agrippa, il possède bientôt une flotte qui lui permet de contrôler le détroit de Messine ; mais, par prudence, et après un échec de débarquement en Sicile, il demande une aide navale à Antoine. Celui-ci se rend en Italie avec de telles forces qu'un conflit semble prêt à éclater entre les deux hommes ; l'entremise d'Octavie permet une entente à Tarente en 37 avant J.-C. ; Antoine fournit des navires à Octave ; ce dernier laisse 20 000 soldats pour la guerre d'Orient. Ils en profitent pour renouveler pour cinq ans le triumvirat, qui était légalement arrivé à expiration le 1er janvier 37.
Le 3 septembre 36 avant J.-C., à Nauloque, dans un combat naval, Sextus Pompée est battu ; venu d'Afrique, Lépide débarque en Sicile et en prend possession. Cette mainmise est un danger pour les buts qu'Octave s'est assignés. Quand Lépide veut garder la Sicile, il la lui refuse et passe avec ses troupes dans l'île ; Lépide est abandonné par ses légions et doit s'incliner ; il perd le titre de triumvir et toutes ses possessions. Octave tient désormais l'Occident tout entier. Le 13 novembre 36 avant J.-C., il fait une entrée triomphale dans Rome.
Avec une habileté politique consommée, il réalise alors l'unité morale de cette moitié du monde romain autour de sa personne. Il se présente déjà en conciliateur et en homme respectueux de la tradition. Il fait brûler les actes concernant la guerre civile, il abolit le tribut et supprime le banditisme en Italie par des mesures rigoureuses, il distribue des terres vacantes en Campanie à ses vétérans, il fait reprendre les grands travaux à Rome. Il entreprend enfin quelques expéditions destinées à stabiliser la situation dans certaines provinces frontières comme l'Illyrie et la Dalmatie, où il fonde des colonies. Très rapidement, l'opinion lui fournit l'appui dont il a besoin ; de plus, les assemblées populaires et le sénat sont sous son contrôle et lui accordent toujours ce qu'il demande. C'est ainsi qu'il reçoit la puissance tribunicienne à vie et le droit comme César, de porter la couronne de laurier des triomphateurs. La lutte peut s'engager.
Dès 35 avant J.-C., Octave réclame le renvoi de Cléopâtre, qui, auprès d'Antoine, a supplanté Octavie ; Antoine refuse. En réplique, ce dernier demande le rétablissement de l'ancienne Constitution ; la manœuvre est habile, car elle peut détacher d'Octave les nostalgiques de la république. Mais l'opinion, en Occident, soutient Octave ; c'est la rupture, qui est marquée par un échange de pamphlets violents. Chacun prépare déjà la guerre. En 32 avant J.-C., Octave brusque les choses ; sous la menace de ses soldats, il oblige les consuls et les sénateurs partisans d'Antoine à s'enfuir. Il ordonne au sénat de sommer Antoine de rentrer à Rome et d'y déposer son imperium à l'expiration du triumvirat (probablement le 31 décembre 32 avant J.-C.). Alors Antoine répudie Octavie ; le geste est symbolique, puisque Octavie est à Rome ; il n'en est pas moins significatif. Pour franchir le pas décisif et s'allier totalement l'Occident, Octave fait ouvrir le testament d'Antoine, conservé chez les Vestales ; sa lecture prouve qu'Antoine fait de Césarion le véritable héritier de César, confirme les concessions territoriales faites à Cléopâtre et demande à être enterré à Alexandrie. La colère est générale dans Rome ; Octave se présente, dès lors, comme le garant des traditions et des vertus du passé face au représentant de l'Orient, qui semble vouloir abandonner Rome et transférer le centre de l'Empire en Égypte. Le sénat abroge les pouvoirs triumviraux d'Antoine (ce qu'il ne reconnaît pas) et lui enlève le consulat, dont il doit être chargé en 31 avant J.-C. Il n'y a plus qu'un triumvir ; en effet, Octave n'a pas abdiqué ses pouvoirs discrétionnaires ; le délai de cinq ans est passé, mais les pouvoirs ne peuvent pas expirer avant une renonciation officielle et avant que la mission d'organiser les pouvoirs publics ne soit atteinte ; durant toute la période 31 avant J.-C.-28 avant J.-C., c'est avec ses pouvoirs de triumvir qu'Octave agit (bien qu'il ne se serve plus du titre dans ses titulatures par affectation « républicaine »).
Alors qu'il en a la possibilité matérielle, Antoine ne veut pas débarquer en Italie. Il laisse passer l'hiver, qu'Octave met à profit pour parfaire sa préparation. Au printemps 31 avant J.-C., ce dernier prend l'offensive depuis Brindes ; il s'empare des îles de Corcyre (aujourd'hui Corfou) et de Leucade, puis des villes de Patras et de Corinthe. Cléopâtre pousse Antoine à livrer combat sur mer ; la flotte d'Octave, commandée par Agrippa, lui semblait moins puissante. Le combat a lieu le 2 septembre 31 avant J.-C. au sortir du golfe d'Ambracie (aujourd'hui golfe d'Árta), sous le promontoire d'Actium. Au milieu de la lutte, de nombreux navires d'Antoine font défection et rejoignent les lignes des partisans d'Octave. Cléopâtre s'enfuit et Antoine la suit. Les restes de leurs flottes rentrent dans le golfe et capitulent avec les légions. La victoire est décisive, un seul combat a suffi. Sans attendre, Octave réorganise l'Orient ; dans l'été 30 avant J.-C., il se trouve devant Alexandrie, où Antoine et Cléopâtre préfèrent la mort à l'humiliation. L'Égypte devient province romaine. Octave ne revient à Rome que dans l'été 29 avant J.-C. ; il y célèbre trois triomphes éclatants. Le sort du monde romain est entre ses mains.
L'habileté d'Octave sera de conserver sa position prééminente en assurant un retour aux formes régulières. Durant l'année 28 avant J.-C., il décide que les pouvoirs d'exception viendront à expiration à la fin de l'année. Le 13 janvier 27 avant J.-C., lors d'une séance solennelle du sénat, Octave vient rendre compte de son action et abdiquer de tous les pouvoirs judiciaires qu'il détient. Il a lui-même déclaré avoir rendu « à la décision du sénat et du peuple romain l'État qui était en son pouvoir ». Les apparences présentent désormais Octave comme un homme à qui des pouvoirs ont été légalement donnés ; c'est le retour à la norme. Mais ces pouvoirs sont bien différents de ceux des anciens magistrats de la République. En effet, dès 28 avant J.-C., Octave avait été proclamé princeps senatus, c'est-à-dire le premier des sénateurs ; en 27 avant J.-C., il est seulement princeps. Ce n'est pas à proprement parler un titre, mais un qualificatif assez répandu pour désigner les personnages politiquement importants ; de plus, le mot a été mis à l'honneur par Cicéron. La notion est floue, mais elle jouit d'un grand prestige populaire (le peuple a appelé Octave princeps dès son retour d'Actium). Par la magie de ce nom, Octave est moralement au-dessus des autres Romains, et est le garant du respect des droits de chacun de ses concitoyens.
Mais ce ne peut être suffisant ; le sénat lui décerne le surnom d'Augustus, qui entoure celui qui le porte de ferveur religieuse ; c'est lui donner la primauté dans la possession des auspices et rappeler qu'il est un nouveau fondateur de Rome à l'exemple de Romulus, premier augure de la ville. Auguste est ainsi enveloppé de tout le prestige sacré d'un fondateur. Il reçoit le droit d'orner sa maison de lauriers et de porter, de façon permanente, la couronne civique, qui souligne l'idée que Rome lui doit sa liberté retrouvée. C'est cet aspect qui lui donne son auctoritas (Auguste emploie lui-même le mot dans ses Res gestae, son « testament », résumé de son œuvre qu'il a légué à la postérité), qui se présente comme une autorité morale supérieure à celle de tous les autres Romains. Mais cette « autorité » ne reste pas sur le plan moral ; elle peut avoir des effets juridiques et elle permet d'exercer un contrôle sur les affaires publiques. Elle est d'autant plus forte que ses contours sont impossibles à tracer avec précision. Par elle, Auguste a la possibilité d'intervenir dans les domaines les plus divers et de trancher souverainement.
Parallèlement à cette notion impalpable, Auguste peut proclamer qu'il n'a pas de compétence légale (potestas) supérieure à celle de ses collègues magistrats. C'est exact, puisque Auguste reste consul (avec un collègue chaque année) de 31 avant J.-C. à 23 avant J.-C. ; il reçoit aussi du sénat un imperium proconsulaire sur les provinces frontières, ou qui ne sont pas encore pacifiées ; il possède ainsi la haute main sur les armées stationnées dans ces provinces, appelées maintenant « impériales », et qui sont gouvernées par des sénateurs dépendant directement de lui, les légats. Les autres provinces (les plus anciennes) sont dites « sénatoriales », et leurs gouverneurs ne dépendent, théoriquement, que du sénat.
Le régime, pourtant, n'en reste pas à ce stade d'équilibre. En 23 avant J.-C., un complot est découvert ; il regroupe de hauts personnages de l'entourage d'Auguste. Celui-ci en est profondément affecté ; il est obligé d'éloigner certains de ses amis les plus chers (dont Mécène). De plus, il tombe malade et pense qu'il va mourir. En même temps, une crise économique ébranle l'Italie. Nombreux sont les citoyens à réclamer un renforcement des pouvoirs du prince, jusqu'à la dictature s'il le faut.
Les décisions prises par Auguste infléchissent alors le principat vers l'absolutisme monarchique. En premier lieu, il dépose le consulat le 11 juillet 23 ; c'est marquer l'abandon pour lui-même des magistratures traditionnelles. Mais il revêt immédiatement d'autres pouvoirs. Le sénat lui accorde un imperium proconsulaire supérieur à celui de tous les autres magistrats, à vie et en dehors de toute magistrature ; il a désormais le droit de lever des troupes et d'intervenir partout dans l'empire. C'est aussi un renforcement de la mystique impériale ; dorénavant, Auguste, par l'intermédiaire de ses généraux, est toujours victorieux et tire le bénéfice de la victoire, même s'il n'est pas présent au combat.
La décision la plus importante est prise le 1er juillet de la même année ; Auguste se fait de nouveau attribuer la puissance tribunicienne, qui lui sera désormais renouvelée tous les ans, et qui permettra, dans les titulatures, de compter les années de règne. C'est lui donner les pouvoirs des anciens tribuns de la plèbe ; c'est absorber dans une même personne les pouvoirs exécutifs et le droit de contrôle que possèdent les tribuns. Auguste, dès lors, détient les rouages vitaux de l'État ; le princeps peut légalement convoquer et présider le sénat et les comices, et leur soumettre des projets de loi. Par cet intermédiaire, Auguste peut accomplir son œuvre législatrice et réformatrice.
Après cette date, Auguste refuse toutes les charges républicaines que le sénat ou le peuple veulent lui donner ; il n'en a plus besoin et elles peuvent, tout au contraire, être un obstacle à sa puissance (en particulier la censure à vie et la dictature). Cependant, en 19 avant J.-C., il accepte le pouvoir consulaire viager. Il reçoit aussi la curatelle des lois et des mœurs, mais il ne s'en sert pas directement, alors que cette fonction comporte des prérogatives considérables (dont le droit de procéder au recensement).
Auguste a ainsi créé un régime nouveau, mais un régime qui ne s'est pas immédiatement affirmé. Le princeps n'a pas voulu exécuter ses réformes avec brutalité ; il a infléchi ce qui formait le substrat de l'État en se servant des plus vieilles fonctions de la res publica, mais en leur donnant un aspect nouveau non choquant pour ses contemporains. Il n'y a pas, de ce fait, de concept unitaire du pouvoir impérial ; Auguste possède un pouvoir qui n'est pas une entité institutionnelle, mais est le regroupement de diverses prérogatives, les unes juridiques, les autres religieuses. Il est à la fois magistrat et chef religieux par l'intermédiaire du titre de grand pontife qui lui est donné en 12 avant J.-C., à la mort de Lépide.
Après la période des guerres civiles, il faut recréer une société ordonnée où chacun ait une place et un rang définis qui permettent à tous de faire montre de leurs qualités.
Désormais, chaque classe sociale est nettement définie. Dans le sénat qu'Octave avait trouvé à son retour à Rome, après Actium, il y avait de nombreux magistrats qui n'avaient dû leur place qu'à leurs intrigues, leur influence ou leurs mœurs, et non à leurs qualités propres et à leur « dignité ». Dès 28 avant J.-C., Octave, appuyé dans son action par les conseils éclairés d'Agrippa, révisa la liste des sénateurs et en exclut les plus tarés. Mais, surtout, il fit des sénateurs les composants d'un ordre officiel. Il décida qu'il n'y aurait plus que 600 sénateurs et que ne pourraient accéder à l'assemblée que les personnes possédant au moins, comme fortune personnelle, un million de sesterces. La somme était assez peu élevée, mais elle permettait de garantir la tenue du rang. D'ailleurs, chaque fois qu'il le jugea bon, Auguste donna l'argent nécessaire à ceux qu'il voulait voir dans le sénat et qui ne possédaient pas le cens (en particulier de vieilles familles patriciennes financièrement déchues). L'entrée du sénat est toujours réservée aux magistrats qui ont rempli les premières charges de la carrière des honneurs ; mais, là aussi, Auguste exerce son contrôle, puisqu'il a le droit de proposer des candidats aux charges officielles et que le candidat du prince est sûr d'être élu.
Auguste ne se contenta pas de définir une élite dans la société romaine ; il organisa avec minutie un second ordre dans l'État, l'ordre équestre. Les chevaliers existaient depuis longtemps ; ils avaient joué un rôle politique important à partir du IIe s. avant J.-C. Or, leurs contours étaient mal définis, certains étant très proches du genre de vie des sénateurs. Désormais ils ne vivent plus que de la possession du sol, et, pour faire partie de l'ordre, il faut posséder au moins 400 000 sesterces de capital. Mais le choix des chevaliers est réservé à l'empereur. L'ordre devient une pépinière de hauts fonctionnaires, qui ne se distinguent de l'ordre sénatorial que par l'infériorité relative de leurs fonctions et de leurs responsabilités.
Cette société est donc hiérarchisée, mais elle est aussi très souple, car n'importe quel citoyen peut, s'il a le cens et l'aval du prince, entrer dans l'ordre équestre, y faire une partie de sa carrière, puis accéder aux fonctions de rang sénatorial. Toutes les ambitions sont permises, à condition d'accepter le nouvel état de choses.
Ces deux ordres n'étaient ouverts qu'aux citoyens romains. Auguste rendit plus strictes les conditions d'accès à la citoyenneté. À la fin de son règne, l'accroissement du nombre des citoyens n'a été que de 900 000 unités (4 947 000 citoyens en 14 après J.-C.). Cette faible augmentation est due au sentiment profond chez Auguste que le droit de cité est une dignité qui ne peut être accordée que comme récompense. Ce fut le moyen de rallier à Rome les notables locaux et de hâter la romanisation des provinces, ainsi que de montrer leur loyauté. En revanche, les masses barbares ne pouvaient plus espérer accéder en bloc à la citoyenneté romaine.
Une autre source de l'accès au droit de cité était l'affranchissement des esclaves. Sous la république, tout esclave affranchi par un citoyen devenait citoyen. Auguste se contenta de limiter dans sa portée réelle ce très ancien principe de droit. Plusieurs lois, édictées à l'instigation du prince, limitèrent d'abord l'affranchissement par testament (responsable des affranchissements massifs), puis obligèrent les citoyens qui voulaient libérer leurs esclaves à le faire dans les formes légales et solennelles pour que les affranchis puissent recevoir le droit de cité. De plus, elles empêchèrent toute une catégorie d'affranchis (ceux qui avaient été condamnés avant leur libération) de passer dans la catégorie des citoyens de plein droit.
Auguste a ainsi créé une pyramide sociale dans le cadre d'une citoyenneté mieux définie. Mais ce n'était pas pour figer la société ; tout au contraire, les promotions prirent le caractère de récompenses légitimes. L'empereur a suscité un rythme d'évolution régulier dans une société hiérarchisée.
Cet équilibre retrouvé ne pouvait être fondé que sur une restauration des mœurs, qui avaient connu dans les tourmentes intérieures un affaiblissement et un abaissement considérables. Auguste exigea d'abord une bonne tenue générale dans les manifestations publiques, religieuses en particulier. La « gravité » romaine devait être ressentie par tous ; les citoyens se virent obligés de paraître en toge au spectacle ; chacun y eut sa place selon son rang (les sénateurs occupaient les premiers bancs) et tout désordre fut exclu (les femmes furent reléguées dans les rangs supérieurs, qui leur étaient strictement réservés). Ce n'était encore que peu de chose. La réforme des mœurs reposa en fait sur deux points : le retour aux traditions antiques et la restauration du groupe familial.
Le retour aux traditions antiques n'est que le reflet d'un courant général du temps dans une opinion lassée des turpitudes et du manque d'équilibre d'une société perpétuellement à la recherche du plaisir et de la richesse. Le retour sur le passé est marqué par la critique du luxe, que l'on trouve chez un poète comme Horace, et qu'Auguste traduit dans sa vie de tous les jours par la simplicité de sa maison, de son habillement, de ses goûts, par une frugalité qui passe pour être celle du « vieux Romain ». L'effet ne fut pas totalement convaincant, mais le luxe se fit, pendant quelque temps, moins provocant. Il en fut de même quand Auguste voulut remettre en honneur les anciennes vertus militaires ; l'empereur, pourtant lui-même médiocre soldat, fit du service militaire une condition nécessaire pour accéder aux magistratures. La restauration souhaitée par Auguste devait aussi passer par le retour à une juste appréciation des valeurs de la terre, qui avaient fait la puissance de Rome ; le travail de la terre était le réceptacle des anciennes vertus de Rome. Virgile sut utiliser et répandre ce thème ; la reconstitution morale de la cité devait passer par cette idéologie de la terre. De plus, ce fut un moyen pour Auguste de faire admettre les dons de terre, en Italie, à ses vétérans.
Auguste attribuait une importance capitale à la restauration de la cellule familiale. Plusieurs lois, prises sur proposition de l'empereur lui-même, limitèrent les héritages des célibataires (les femmes furent même soumises à un impôt spécial) ; les citoyens avaient le devoir non seulement de se marier, mais aussi d'avoir des enfants ; des avantages pouvaient être accordés aux pères de famille. De plus, Auguste porta le fer dans une des plaies purulentes de la société de son époque, l'adultère, qui se pratiquait sans gêne dans l'aristocratie (le prince lui-même l'avait pratiqué au temps de sa jeunesse) ; désormais, la relégation dans les îles et la confiscation des biens attendaient les coupables.
La divinisation post mortem de son père par l'élan populaire avait fait comprendre à Octave combien le sentiment religieux pouvait servir sa politique. D'ailleurs, sa carrière est jalonnée par son accession aux sacerdoces les plus importants ; dès 48 avant J.-C., César l'avait fait entrer dans le collège des pontifes ; entre 42 avant J.-C. et 40 avant J.-C., il est augure, puis, avant 35 avant J.-C., il pénètre dans le collège des Quindecemviri sacris faciundis. Entre 24 avant J.-C. et 16 avant J.-C., il fait partie de tous les autres grands collèges : épulon, fétial, frère arvale en particulier. Enfin, en 12 avant J.-C., il devient grand pontife. Il est ainsi le chef de la religion traditionnelle et le garant des plus anciens cultes de la cité. C'est le couronnement de l'aspect sacré de sa personne, mais l'empereur n'en avait pas eu besoin pour réaliser ses principales réformes religieuses ; l'aura sacrée que lui avait conférée le titre d'Augustus lui avait permis de tout entreprendre dans ce domaine ; de plus, depuis 29 avant J.-C., ne possédait-il pas le droit de créer tous les prêtres, et même d'en nommer en surnombre ?
Son œuvre religieuse est marquée par l'affirmation de son traditionalisme. Celui-ci transparaît dans son attachement au rétablissement des collèges les plus vénérables : Auguste rend vie aux fétiaux et aux saliens ; il soutient de ses subventions les frères arvales. Il fait reprendre les plus vieux rites interrompus depuis plusieurs années, comme la course des luperques autour du Palatin, comme la fermeture du temple de Janus, marque de la paix revenue, comme les féries latines en l'honneur du Jupiter des monts Albains. Cette attitude se traduit aussi par la construction de temples dans Rome ; Auguste a pu se vanter d'avoir restauré quatre-vingts temples dans la ville ; c'était, pour lui, la preuve matérielle éclatante de la place prééminente qu'il donnait aux dieux. Ce côté « traditionaliste » a sa contrepartie dans une tendance antiorientale prononcée ; elle est due, en très grande partie, à la lutte contre Antoine, qui, nouveau Dionysos, avait voulu symboliser le triomphe de l'Orient. Dès 28 avant J.-C., les chapelles privées des divinités égyptiennes Isis et Sérapis sont supprimées ; le culte de Cybèle est ensuite transformé en culte romain par la suppression des rites orientaux. Enfin, Auguste montra toujours une certaine méfiance à l'égard du dieu des Juifs.
En suivant cette politique, il peut sembler qu'Auguste veuille restreindre Rome au cercle de ses anciennes divinités. Mais il fait un choix parmi les dieux ; son choix est personnel, mais souvent dicté par des nécessités politiques. C'est pourquoi il est possible de parler de divinités proprement « augustéennes ».
L'empereur met en valeur, pour des raisons avant tout dynastiques, les cultes de Mars et de Vénus, invoqués sous les noms de Venus Genitrix (la Mère) et de Mars Ultor (le Vengeur). Ils proclament tous deux l'immortalité de César puisqu'ils passent pour être les ancêtres de la famille des Iulii, et donc d'Auguste lui-même. Près du vieux Forum républicain s'élevèrent bientôt les temples de ces deux divinités « familiales ». Le temple de Mars, vengeur de la mort de César (Octave l'a promis au dieu en 42 avant J.-C., à la veille de la bataille de Philippes), devient rapidement le mémorial des gloires militaires de Rome ; on y dépose les ornements triomphaux, et le sénat peut s'y réunir pour décider de la guerre.
Mais, à cette époque, un dieu prend la première place ; c'est le protecteur personnel d'Auguste, Apollon. Ce choix reste peu clair ; il s'explique peut-être parce qu'Apollon était le dieu protecteur de sa famille (Octave ne passait-il pas pour être né de la visite qu'Apollon, sous la forme d'un serpent, fit à sa mère ?) ; et, sans doute, surtout parce que, du haut du promontoire d'Actium, Apollon avait présidé à la victoire décisive d'Auguste sur Antoine. Le princeps lui fit construire le plus grand temple de Rome, sur le Palatin, près de sa demeure. Les cérémonies en l'honneur d'Apollon furent le point culminant des jeux séculaires de 17 avant J.-C. ; il a redonné pour une nouvelle période de cent dix ans toutes les forces de la jeunesse à Rome ; il est devenu le garant de l'harmonie de l'univers, de la paix et des temps heureux qui attendaient les Romains. Cet « apollinisme » s'accompagna d'une perte de prestige de la triade capitoline ; le temple de Jupiter, Junon et Minerve perdit le privilège de conserver les Livres sibyllins, qui furent transférés dans le temple d'Apollon.
Cependant, l'action d'Auguste ne trouva pas là son terme. Tout son règne fut marqué par des essais de valorisation sacrée de sa personne. Certains aspects de son action religieuse accentuèrent l'aura que le titre d'Augustus lui avait déjà donnée. C'est ainsi que, devenu grand pontife, il n'alla pas, comme il était naturel, habiter la Regia, sur le Forum. Mais il rendit publique une partie de sa demeure, qui se trouvait sur le Palatin, à côté du temple d'Apollon ; il y fit construire un autel de Vesta. C'est désormais dans son domaine que se trouvait le centre de la religion officielle romaine.
Comme tout homme, Auguste possédait un genius, cette puissance indiscernable qui assurait à chaque être son rayonnement vital. Très vite, les Romains prirent l'habitude de l'invoquer et de prêter serment sur lui. Ce genius fut aussi associé au culte des lares de carrefour qui étaient vénérés par la plèbe. C'était, mystiquement, donner plus de force au génie de l'empereur, et augmenter sa puissance déjà surhumaine.
Cette sacralisation était évidemment accentuée par sa filiation avec son père divinisé, le Divin Jules, à qui un temple avait été élevé sur le Forum dès 29 avant J.-C. Cependant, il ne faudrait pas croire qu'Auguste était, de ce fait, considéré comme un dieu ; on ne lui rendait pas un culte vraiment personnel ; d'ailleurs le prince ne permit des temples à son nom que si ces édifices étaient dédiés à « Rome et Auguste », c'est-à-dire à la déesse Rome et à son représentant sur terre Auguste, qui n'était qu'un homme. Dans ce domaine, il se présenta toujours comme respectueux de la tradition, et son attitude fut parfaitement comprise en Italie et en Occident. Il n'en fut pas de même en Orient, où l'habitude était de diviniser un homme de son vivant, et où s'élevèrent très vite des temples en l'honneur du dieu Auguste.
Ce sont là les premières formes du culte impérial. Auguste sut les contenir, de son vivant, dans des limites presque purement romaines. Elles sont, en tout cas, l'expression des croyances personnelles du princeps, de sa politique de prudence religieuse et de sa réponse au renouveau général du sentiment religieux.
Le désir d'ordre que nous voyons dans toute la politique d'Auguste se traduit par une administration régulière et qui veut être satisfaisante pour tous. L'empereur prend seul les décisions, mais il sait s'entourer des hommes les plus compétents dans leur domaine ; c'est ainsi que se forme peu à peu un véritable conseil impérial, mais sans existence légale, ni composition fixe.
Dès 27 avant J.-C., les règles essentielles de l'administration des provinces ont été posées ; les anciennes provinces, pacifiées, sont laissées au gouvernement du sénat (ainsi l'Asie et l'Afrique) ; les gouverneurs portent le titre de proconsul et ne peuvent commander de troupes. Les autres provinces sont dites « impériales », et elles nécessitent la présence de troupes (ainsi la Syrie, la Gaule, l'Espagne). Les gouverneurs en sont des légats propréteurs, choisis par l'empereur lui-même dans l'ordre sénatorial, sauf le préfet d'Égypte, qui est pris dans l'ordre équestre, car Auguste interdit à tout sénateur de pénétrer dans cette province sans son autorisation. Les petites provinces, mal connues, peu développées, sont aussi gouvernées par des magistrats de rang équestre, les procurateurs.
Cette réforme laisse entièrement dans les mains de l'empereur la direction de l'Empire. Certes, les proconsuls sont désignés par le sénat, mais, en réalité, ils n'échappent pas au contrôle impérial. Quant aux légats et aux procurateurs, ce sont des fonctionnaires que le prince déplace comme il l'entend ; ils reçoivent un traitement fixe et ne peuvent agir qu'avec l'accord de l'empereur. C'est une garantie pour le pouvoir central, mais c'est aussi une assurance pour les provinciaux, qui, en cas de conflit avec leur gouverneur, peuvent toujours faire appel au princeps.
L'administration financière rend encore plus évident le caractère absolu du pouvoir d'Auguste. Il fait remettre à jour le cadastre général de l'Empire, ce qui permet de faire une grande carte du monde, mais aussi de remanier les impôts, qui continuent à être affermés ; cependant, le contrôle effectué par les fonctionnaires impériaux est de plus en plus strict. Dorénavant, il y a distinction entre le trésor du sénat, l'Aerarium, formé des revenus de Rome, de l'Italie et des provinces sénatoriales, et le fiscus, trésor de l'empereur, alimenté par les revenus des provinces impériales. En réalité, les sénateurs à la tête de l'Aerarium sont des hommes de confiance de l'empereur, et les passages de fond d'une caisse à l'autre ne sont pas rares. De plus, dans toutes les provinces sénatoriales, l'empereur est présent dans le domaine financier par l'intermédiaire d'un procurateur. La subordination du sénat est presque totale ; d'ailleurs, en 15 avant J.-C., Auguste se réserve la frappe de l'or et de l'argent, et ne laisse au sénat que la frappe des monnaies de bronze.
Cette puissance de l'empereur est accentuée par le fait qu'il est le maître des armées. À partir d'Auguste, l'armée est permanente, et le service est de longue durée (vingt ans), si bien que, si les citoyens forment toujours les légions, ce sont pour la plupart des volontaires. Les chevaliers fournissent les officiers supérieurs, mais le commandement est donné dans chaque légion à un légat de légion, délégué de l'empereur, et que ce dernier peut nommer ou destituer selon sa volonté. Cette armée, complétée par deux flottes, l'une à Misène, l'autre à Ravenne, est puissante, mais peu nombreuse relativement à l'immensité de l'Empire : 350 000 hommes avec les corps auxiliaires, les cohortes prétoriennes de Rome et les contingents alliés.
L'armée n'est pas pour Auguste un instrument de conquête. Sa politique extérieure est fondamentalement pacifique. Trois fois au cours de son règne il ferme le temple de Janus en signe de paix retrouvée. Mais l'Empire est loin d'être achevé ; de nombreuses régions sont encore mal contrôlées par les Romains ; sur les frontières existent un grand nombre de royaumes, ou principautés « protégées » : en Orient, les royaumes de Judée et de Commagène, les principautés de Palmyre, d'Émèse ; en Asie Mineure, les royaumes de Galatie, de Cappadoce, de Paphlagonie ; en Afrique, le royaume de Mauritanie. Auguste agit avec beaucoup de prudence ; il les laisse subsister, ne les transformant en provinces romaines que dans les cas de disparition du roi ou de force majeure ; c'est ainsi que, en 25 avant J.-C., Amyntas, le roi de Galatie, meurt ; le territoire devient province ; la Judée a le même sort en 6 après J.-C. En revanche, Auguste refait de la Mauritanie un royaume, qu'il confie à Juba II, homme profondément pénétré de culture gréco-latine.
L'empereur doit pourtant se résoudre parfois à intervenir pour rétablir le calme à l'intérieur de certains territoires qui, par leur instabilité, risquent de menacer l'équilibre de l'Empire tout entier. C'est le cas de 27 avant J.-C. à 25 avant J.-C., où il dirige lui-même les opérations en Espagne ; les combats contre les Astures et les Cantabres durent jusqu'en 19 avant J.-C., date à laquelle le territoire est réorganisé. Il en est de même pour la conquête des hautes vallées des Alpes, en 26 avant J.-C., et pour la formation de la province des Alpes-Maritimes, en 14 avant J.-C.
Cependant, les plus graves dangers devaient venir des frontières mal stabilisées et menacées par les Barbares. En Orient, profitant des difficultés intérieures des Arsacides, Auguste réussit à s'entendre avec le roi parthe Phraatès IV, qui, en 20 avant J.-C., doit rendre les enseignes prises aux Romains en 53 avant J.-C. Les difficultés en Occident sont plus grandes ; plusieurs campagnes, menées par Tibère, Agrippa et Germanicus, permettent de soumettre, le long du Danube, les Bastarnes et les Mésiens, puis les Pannoniens. De nouvelles provinces viennent s'ajouter à l'Empire : la Mésie en 6 après J.-C., la Pannonie en 10. Il en est de même dans les Alpes du Nord, où sont créés le Norique et la Rhétie.
Cette politique ne prend jamais un caractère offensif et agressif ; grâce à elle, Auguste peut donner à l'Empire des frontières solides. Cependant, le cas de la Germanie est plus complexe. À cause du danger présenté par des populations belliqueuses, à cause du désir de succès militaires éclatants de Drusus et de Tibère, parce qu'on croit la Germanie riche pays agricole et qu'Auguste voit dans l'Albis (l'Elbe) une meilleure frontière que le Rhin, une expédition offensive est préparée. Après des campagnes menées par Drusus (15 avant J.-C.), Tibère parvient à l'Elbe en 5 après J.-C., malgré les Sicambres et les Chattes. Mais l'administration maladroite et présomptueuse de P. Quintilius Varus exaspère les Germains, qui trouvent un chef dans un officier de l'armée romaine, le Chérusque Arminius. En septembre 9 après J.-C., trois légions sont anéanties dans la forêt de Teutoburg ; Varus y périt. Auguste décide d'abandonner la Germanie ; la frontière est de nouveau fixée au Rhin, bien fortifié. C'est le seul véritable insuccès de l'empereur, mais il est stratégiquement grave.
L'utilisation de la diplomatie, la prudence, qui permettent à l'Empire de s'assurer des frontières solides, instaurent la paix dans le monde, aussi bien en Occident qu'en Orient, où la guerre régnait depuis des décennies. Cette paix permet aux courants commerciaux de se rétablir, surtout vers Rome, le principal client. Dorénavant, l'unité du monde romain est profondément ressentie par tous les habitants de l'Empire ; elle assure le développement d'une civilisation commune qui s'impose à tous ; la romanisation est rapide. C'est le début d'un âge nouveau, dû à l'intelligence politique d'Auguste.
Le princeps avait compris qu'un empire aussi puissant que le sien devait avoir une capitale qui fût la plus belle cité du monde. Tel n'était pas le cas ; la population était trop nombreuse et mal répartie ; elle vivait agglomérée au centre dans un désordre grandissant ; il y avait peu de place pour construire, car beaucoup de terrains étaient occupés par des jardins, par les maisons des grandes familles, par les constructions publiques. La plèbe s'entassait dans des immeubles de plusieurs étages, dans la plus totale anarchie. Rome ne ressemblait pas à ces villes ordonnées que l'Orient offrait aux regards éblouis des Romains, Alexandrie et Pergame.
César avait déjà pensé détourner le cours du Tibre au nord du Janicule, et lotir le champ de Mars. Auguste fut plus modeste et plus prudent, à son habitude. Il annexa à Rome les faubourgs, et répartit la ville en 14 régions administratives, divisées elles-mêmes en quartiers. Il fit aussi percer la liaison Forum-champ de Mars ; mais la situation de la plèbe n'en fut pas améliorée, puisque le champ de Mars fut réservé aux constructions publiques.
Sous la République, l'administration de la ville dépendait des magistrats traditionnels (édiles, tribuns de la plèbe, consuls), qui n'avaient que des fonctions provisoires. Auguste se garda bien de toucher à leurs prérogatives ; mais, parallèlement, il créa une série de fonctionnaires et de collèges, toujours progressivement et prudemment. L'alimentation en eau posait de très graves problèmes ; il n'y avait que quatre aqueducs médiocres ; Auguste chargea Agrippa de reconsidérer la question en tant que « curateur des eaux » ; il fit construire deux nouveaux aqueducs et de nombreuses fontaines et citernes. À sa mort, Auguste fit de cette administration un rouage de l'État avec un personnel nombreux et permanent.
Les incendies étaient une menace permanente pour la ville à cause de l'entassement des immeubles ; après l'incendie désastreux de 7 avant J.-C., Auguste créa un corps de vigiles, véritable corps de police, avec un préfet des vigiles d'ordre équestre à sa tête. Le ravitaillement de Rome fut donné à des curateurs, puis, plus tard, à un préfet de l'annone d'ordre équestre, concentrant en ses mains toutes les opérations nécessaires. Enfin, l'empereur donna des pouvoirs de police plus étendus, quoique toujours provisoires, à un préfet de la ville.
Ces réformes transformèrent totalement l'administration générale. Dorénavant, l'empereur lui-même assure les nominations et retire les charges de ces préfets et de ces curateurs quand il le veut. Il a créé ce corps de fonctionnaires sans véritable plan d'ensemble, par touches successives, mais son action a engagé définitivement l'avenir.
Ce renforcement de l'administration urbaine s'accompagna d'une transformation monumentale de la ville selon les directives de l'empereur lui-même. Certaines constructions n'eurent pour objet que d'exalter ses victoires ; ainsi les deux arcs de triomphe qui s'élevèrent sur le Forum. D'autres affirmèrent l'idée dynastique ; dès 28 avant J.-C., Auguste fit commencer l'édification, sur le champ de Mars, du mausolée qui devait contenir ses restes et ceux des membres de sa famille ; mais, surtout, il décida de construire son propre forum, qui fut le plus vaste ensemble monumental de son époque ; le Forum d'Auguste se présentait comme une grande enceinte close de murs l'isolant de l'extérieur, et dominée par le temple de Mars Ultor ; à l'intérieur, sur le pourtour, avaient été placées les statues des principaux généraux victorieux dans l'histoire de Rome.
Si Auguste pensa à sa propre gloire, il n'en négligea pas pour autant les constructions de délassement nécessaires à une plèbe nombreuse, indisciplinée, parfois dangereuse. Il fit édifier le théâtre de Marcellus, et il laissa Cornelius Balbus élever le sien sur le champ de Mars. Pour les courses de chars, si en vogue qu'elles donnaient lieu à des paris, il fit restaurer le Circus Maximus ; pour les combats de gladiateurs et les chasses, il poussa Statilius Taurus à élever dans Rome le premier amphithéâtre de pierre. Il ordonna la construction, sur le Janicule, d'une naumachie dans laquelle se déroulèrent des combats navals. Il permit à Agrippa d'édifier, encore sur le champ de Mars, les premiers thermes monumentaux de la ville ; dans les principaux quartiers du centre s'élevèrent des places entourées de colonnades et parsemées de jardins, les portiques, lieux favorables à la promenade et à la discussion.
Auguste réalisa cette œuvre par goût personnel (il aimait l'ambiance du cirque), mais aussi en politique habile qui favorise les inclinations de la plèbe pour éviter d'avoir à faire face à sa turbulence. Le visage de Rome en fut transformé.
Dans un régime qui était censé utiliser les institutions de la république en ce qu'elles avaient de meilleur, il ne pouvait être question pour Auguste de désigner ouvertement un successeur comme dans une simple monarchie. Cependant, le princeps ne voulait pas que sa mort fût la fin de ce qu'il avait réussi à créer, d'une certaine forme efficace du pouvoir.
Auguste ne put aborder franchement le problème ; aussi posa-t-il en principe de désigner, de son vivant, à l'attention du sénat et du peuple, celui qu'il désirait avoir comme successeur. Cette désignation n'était pas directe et, en droit, elle n'engageait personne. Il est vrai que les choses auraient pu être plus simples si l'empereur avait eu un fils.
Dès 25 avant J.-C., il choisit son neveu (le fils de sa sœur Octavie), le jeune M. Claudius Marcellus ; il le maria à sa fille Julie. Mais, dans le même temps, il avait donné des pouvoirs étendus à Agrippa en Orient, le plaçant déjà dans une position prééminente. À la mort de Marcellus, en 23 avant J.-C., la question resta en suspens quelque temps. Puis Auguste mit au premier plan Agrippa, à qui il fit épouser Julie, et à qui il fit conférer la puissance tribunicienne et l'imperium proconsulaire. Agrippa était étroitement associé à Auguste. De son mariage avec Julie naquirent deux fils, Caius et Lucius ; en 17 avant J.-C., Auguste accomplit l'acte décisif qui explique toute la politique successorale ; il adopta ses petits-fils, qui devinrent ainsi ses propres fils et prirent les noms de Caius César et de Lucius César ; c'était désigner ses successeurs. Agrippa voyait son rôle réduit à celui d'intermédiaire en attendant la majorité de ses enfants, qui étaient aussi ceux du prince. Le principe essentiel était énoncé clairement ; le successeur de l'empereur ne pouvait qu'être un membre de sa famille, marquée par les dieux pour gouverner Rome dans la paix. Tout au long de l'Empire, les Romains se rattachèrent à cette idée fondamentale.
En 12 avant J.-C., Agrippa mourut. L'empereur fit appel aux fils que sa femme, Livie, avait eus d'un premier mariage, Drusus et Tibère. Ce dernier épousa Julie. Mais Drusus mourut en 9 avant J.-C., et Tibère, peu aimé du prince, s'exila volontairement à Rhodes. Caius et Lucius avaient grandi ; les honneurs s'accumulaient sur eux (consuls à vingt ans, princes de la jeunesse, responsabilités militaires). Malheureusement pour Auguste, Lucius mourut en 2 après J.-C., et Caius en 4. Ces décès affectèrent profondément l'empereur, qui avait placé tous ses espoirs en eux. Tout était à refaire.
Auguste adopta alors le fils posthume d'Agrippa, appelé, de ce fait, Agrippa Postumus ; mais il présentait des symptômes de débilité mentale. Il adopta en même temps Tibère, et pour plus de précautions, l'obligea à adopter Germanicus, le fils de son frère Drusus. Tibère devait conserver la puissance tribunicienne et l'imperium proconsulaire jusqu'à la mort d'Auguste, guerroyant là où les nécessités le demandaient. En 7, Auguste révoqua l'adoption d'Agrippa Postumus. Rien ne pouvait plus empêcher Tibère de devenir empereur. Le 19 août 14, à soixante-dix-sept ans, Auguste meurt à Nola, en Campanie. Dans son testament, il instituait Livie et Tibère comme héritiers de premier rang. Tibère refusa le pouvoir, y renonça provisoirement (comme Octave en 27) ; mais le sénat et le peuple lui donnèrent l'investiture.
Le règne d'Auguste est une étape décisive dans l'histoire de Rome. Décisive parce que l'empereur a su établir la paix à l'intérieur, parce que chacun est délivré des angoisses du lendemain. Décisive parce qu'Auguste a su éviter l'écueil qu'aurait constitué la création d'un nouveau régime ; son adresse politique et son intelligente vision de l'avenir lui ont permis d'infléchir insensiblement, mais sans retour possible en arrière, les vieilles institutions de la république ; il a su créer sans supprimer ; un peuple dont le respect pour le passé ne s'était jamais démenti ne pouvait qu'apprécier. Décisive parce qu'il a su rendre leur stabilité à la société et à la religion ; l'ordre moral qu'il a voulu créer n'a pas eu toute la résonance possible, mais il a heureusement tranché sur les abus des décennies précédentes. Décisive parce que la ville s'est transformée et que l'élan a été donné pour de nouveaux aménagements. Décisive enfin parce que l'Empire a trouvé ses limites naturelles.
Un monument exprime à l'évidence ces réussites : l'Ara Pacis. Cet autel de la Paix, construction monumentale consacrée sur le champ de Mars en 9 avant J.-C., rassemble dans ses reliefs tout l'ordre et toute la quiétude qu'Auguste a voulu créer : la Terre nourricière avec Romulus et Remus allaités par la Louve sous la protection de Mars, Énée et les pénates de Troie sur le sol italien, le long cortège de la famille impériale et celui des sénateurs, en corps, venus affirmer leur foi dans la protection des dieux sur Rome par l'entremise d'Auguste.
Auguste a su utiliser les tendances psychologiques et les inclinations mentales de ses concitoyens. Comment ne pas être étonné devant les remarquables coïncidences entre les idées exprimées par toutes les écoles littéraires et la politique voulue par le prince ? À tel point qu'il semble que les écrivains n'ont été que des propagandistes. En réalité, si Virgile et Tite-Live remettent en honneur la tradition, donnent en exemple les vertus des ancêtres, exaltent Rome et ses fondateurs, si Horace et Ovide participent par leurs œuvres au renouveau religieux, c'est par pure conviction et sans que Mécène, qui aimait à s'en entourer, ait eu à les pousser dans cette voie. Le prince a su comprendre et saisir les forces complexes et spontanées qui animaient son époque, et dont la réunion fit le « siècle d'Auguste ».
Et pourtant Auguste ne fut pas un homme heureux. Il avait souffert de n'être qu'un médiocre soldat et de ne devoir ses victoires qu'à ses loyaux compagnons. Il souffrit toute sa vie de graves maux physiques qui le conduisirent parfois au seuil de la mort. Il eut tout le temps la hantise de ne pouvoir accomplir une œuvre, qu'il ne jugea jamais suffisamment affirmée. Ses dernières années furent empreintes de tristesse, car il vit disparaître tous ceux qu'il aimait, et aucun enfant n'égayait plus sa modeste maison du Palatin ; sa tristesse était accentuée par les écarts de conduite de sa fille Julie, qu'il fut obligé de reléguer dans l'île de Pandataria. Sa seule consolation fut d'avoir auprès de lui, jusqu'au dernier jour, sa femme Livie, qu'il avait épousée en 38 avant J.-C. et qu'il aima profondément pour sa discrétion et sa fidélité.
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