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Auguste

en latin Caius Julius Caesar Octavianus Augustus

Auguste
Auguste

Empereur romain (Rome 23 septembre 63 avant J.-C.-Nola 19 août 14 après J.-C.).

1. La montée d'Octave vers le pouvoir

1.1. L'héritier de César

Fils de Caius Octavius Thurinus et d'Atia, nièce de César, Auguste porte d'abord le nom d'Octave ; être le petit-neveu de Jules César est la chance du jeune Octave. Le dictateur, qui a tôt remarqué son intelligence, veille à son éducation intellectuelle et militaire et l’adopte (45 avant J.-C.). Lorsque son adoption est officiellement reconnue, un an après l’assassinat de César, il devient C. Julius Caesar Octavianus, Octavien. Mais il n'aimera jamais être appelé ainsi ; d'ailleurs, pour tous, n'est-il pas déjà César ? Il a alors tout juste 20 ans.

Au milieu des intrigues menées par les sénateurs d'un côté, par Antoine, ancien lieutenant de César, de l'autre, Octave se conduit avec habileté. Il s'appuie d'abord sur le sénat, qui lui accorde l'imperium (la puissance publique, donc le droit de gouverner), puis sur l'armée pour se faire nommer consul (août 43), sans avoir rempli aucune autre charge du cursus honorum, la suite des honneurs qui devaient jalonner dans un certain ordre une carrière publique.

Pour venger la mort de César, Octave s'entend avec Antoine, alors consul, et avec le grand pontife Lépide, et forme avec ces derniers, à Bologne, un triumvirat qui se partage le monde romain. Tous leurs adversaires sont poursuivis : 300 sénateurs et 2 000 chevaliers sont proscrits ; la terreur et le meurtre emplissent Rome ; Cicéron est assassiné. Tous les magistrats et les sénateurs doivent jurer de respecter les actes de César. Octave prend militairement le contrôle de l'Afrique du Nord, mais il laisse la Sicile occupée par les républicains de Sextus Pompée, le fils du grand Pompée. Puis Antoine et Octave regroupent leurs troupes, et, avec 19 légions, débarquent en Grèce, où se trouvent les assassins de César, Brutus et Cassius, qu’ils éliminent à la bataille de Philippes (42).

Peu à peu, Lépide est écarté des responsabilités et des provinces qu’il gouvernait, même s’il reçoit l’Afrique en compensation. Antoine se rend en Orient, source d'or et de richesses ; Octave revient en Italie, où il distribue des terres à ses vétérans en expropriant de nombreux petits paysans.

1.2. Octave face à Antoine

De fait, Octave, maître de l’Occident, et Antoine, maître de l'Orient, se retrouvent face à face ; en octobre 40, les vétérans des deux armées, qui ne veulent pas d’une guerre fratricide, les forcent à s'entendre. En réalité, leur opposition grandit, bien qu'Antoine ait épousé Octavie, sœur d'Octave.

S'assurer d'abord le contrôle total de l'Occident

Octave élimine alors ceux qui pourraient s'opposer à lui en Occident : Sextus Pompée, qui continue, malgré les accords, à contrôler les routes maritimes, et peut à tout instant affamer Rome, est battu en 36 ; Lépide perd son titre de triumvir et doit abandonner ses provinces. Le 13 novembre 36 avant J.-C., Octave fait une entrée triomphale dans Rome. Avec une habileté politique consommée, il réalise alors l'unité morale de cette moitié du monde romain autour de sa personne. Il se présente déjà en conciliateur et en homme respectueux de la tradition. Il fait brûler les actes concernant la guerre civile, il abolit le tribut et supprime le banditisme en Italie par des mesures rigoureuses, il distribue des terres vacantes en Campanie à ses vétérans, il fait reprendre les grands travaux à Rome. Il entreprend enfin quelques expéditions destinées à stabiliser la situation dans certaines provinces frontières comme l'Illyrie et la Dalmatie, où il fonde des colonies. Très rapidement, l'opinion lui fournit l'appui dont il a besoin ; les assemblées populaires et le sénat sont sous son contrôle : il reçoit la puissance tribunitienne (les pouvoirs de contrôle des anciens tribuns de la plèbe) et le droit, comme César, de porter la couronne de laurier des triomphateurs.

La bataille décisive d'Actium

La rupture avec Antoine peut s'engager. Dès 35 avant J.-C., Octave réclame le renvoi de la reine d’Égypte, Cléopâtre, qui, auprès d'Antoine, a supplanté Octavie ; Antoine refuse. En 32 avant J.-C., Octave brusque les choses ; sous la menace de ses soldats, il oblige les consuls et les sénateurs partisans d'Antoine à s'enfuir. Il ordonne au sénat de sommer Antoine de rentrer à Rome et d'y déposer son imperium. Et il fait ouvrir le testament d'Antoine – conservé à Rome. Sa lecture prouve qu'Antoine fait de Césarion – le fils que César a eu de Cléopâtre – le véritable héritier de César, confirme les concessions territoriales faites à Cléopâtre aux dépens du peuple romain et demande à être enterré à Alexandrie, en Égypte. Le testament provoque la colère à Rome. Octave apparaît désormais comme le garant des traditions et des vertus du passé face au représentant dépravé de l'Orient.

Au cours de l'été 31, Octave, grâce à Agrippa, remporte la bataille navale d'Actium, au sortir du golfe d’Arta, en Grèce, contre la flotte d’Antoine et Cléopâtre. Un an plus tard, il se trouve devant Alexandrie, où Antoine et Cléopâtre préfèrent la mort à l'humiliation. L'ensemble du monde romain lui appartient, au nom de Rome, et l'Égypte devient province romaine. De retour à Rome, l’été 29, Octave peut célébrer trois triomphes éclatants. Puis, en 28 et 27, il reçoit du sénat, avec les titres d'auguste et de princeps, les pouvoirs répartis jusqu'alors entre différentes magistratures.

2. Le maître absolu de Rome

Un nouveau régime est fondé, qui fonctionne comme une monarchie derrière une façade républicaine. Le pouvoir d’Auguste n'est pas une entité institutionnelle, mais le regroupement complexe de diverses prérogatives, morales, juridiques, militaires, politiques, religieuses.

2.1. Les pouvoirs d’Auguste

Le surnom d'Augustus, qui entoure celui qui le porte de ferveur religieuse, fait d’Octave un nouveau fondateur de Rome à l'exemple de Romulus, et cet aspect lui confère une autorité (auctoritas) morale supérieure à celle de tous les autres Romains. Autorité morale mais qui peut en outre avoir des effets juridiques et permet d’exercer un contrôle sur les affaires publiques.

Autorité morale, prestige populaire et influence réelle sur le sénat

Princeps n'est pas à proprement parler un titre, mais un qualificatif pour désigner les personnages politiquement importants ; de plus, le mot a été mis à l'honneur par Cicéron. La notion est floue, mais elle jouit d'un grand prestige populaire (le peuple a appelé Octave princeps dès son retour d'Actium). Par la magie de ce nom, Octave est moralement au-dessus des autres Romains et est le garant du respect des droits de chacun de ses concitoyens ; le princeps peut légalement convoquer et présider le sénat et les comices (les assemblées du peuple), et leur soumettre des projets de loi. Par cet intermédiaire, Auguste peut accomplir son œuvre législatrice et réformatrice.

Auguste reste consul de 31 à 23 avant J.-C. ; il reçoit aussi du sénat un imperium proconsulaire sur les provinces frontières, ou qui ne sont pas encore pacifiées ; il possède ainsi la haute main sur les armées stationnées dans ces provinces, appelées maintenant « impériales », et qui sont gouvernées par des sénateurs dépendant directement de lui, les légats. Les autres provinces (les plus anciennes) sont dites « sénatoriales », et leurs gouverneurs ne dépendent, théoriquement, que du sénat.

→ consulat.

Le renforcement des pouvoirs du « prince »

En 23 avant J.-C. Auguste rend sa charge de consul mais aussitôt le sénat lui accorde un imperium proconsulaire supérieur à celui de tous les autres magistrats, à vie et en dehors de toute magistrature ; il a désormais le droit de lever des troupes et d'intervenir partout dans l'empire. Et il se fait de nouveau attribuer la puissance tribunicienne, qui lui sera désormais renouvelée tous les ans. Cumulant sur sa personne les pouvoirs exécutifs et le droit de contrôle que possèdent les tribuns, il détient désormais les rouages vitaux de l'État. Après cette date, Auguste refusera toutes les charges républicaines que le sénat ou le peuple veulent lui donner : il n'en a plus besoin.

2.2. La réorganisation de la cité

Auguste a ainsi créé un régime nouveau, mais un régime qui ne s'est pas immédiatement affirmé. Le princeps n'a pas voulu exécuter ses réformes avec brutalité ; il s’est servi des plus vieilles fonctions de la res publica, la république, en leur donnant un aspect nouveau non choquant pour ses contemporains.

Des classes sociales nettement définies

Auguste s'entoure d'un conseil impérial et le sénat, réformé, est dépouillé de la majeure partie de ses pouvoirs politiques. La société est administrée par un corps de fonctionnaires recrutés dans les classes supérieures : ordre sénatorial et ordre équestre. Ces deux ordres n'étaient ouverts qu'aux citoyens romains. Pour Auguste, le droit de cité est une dignité qui ne peut être accordée que comme récompense (ce fut le moyen de rallier à Rome les notables locaux des provinces désireux de montrer leur loyauté). Il rend plus strictes les conditions d'accès à la citoyenneté et limite dans sa portée réelle le très ancien principe selon lequel, sous la République, tout esclave affranchi par un citoyen devenait citoyen.

Cette société est donc hiérarchisée, mais elle est aussi très souple, car n'importe quel citoyen peut, s'il a une certaine fortune personnelle et l'aval du prince, entrer dans l'ordre équestre, y faire une partie de sa carrière, puis accéder aux fonctions de rang sénatorial.

Le retour aux vertus et aux traditions

Dans les tourmentes qui avaient agité Rome, les mœurs avaient connu un relâchement considérable, et l’opinion était lasse des turpitudes d'une société perpétuellement en quête de plaisirs et de richesses. L'équilibre de la cité souhaité par Auguste ne pouvait être fondé que sur une réforme des mœurs, qui repose en fait sur deux points : la restauration des traditions antiques et celle du groupe familial.

Le retour sur le passé est marqué par la critique du luxe, que l'on trouve chez un poète comme Horace. Il conduit aussi à retrouver une juste appréciation des valeurs de la terre, qui avaient fait la puissance de Rome ; le travail de la terre était le réceptacle des anciennes vertus de Rome. Virgile sut utiliser et répandre ce thème. De plus, c’est un moyen pour Auguste de faire admettre les dons de terre, en Italie, à ses vétérans.

Quant à la restauration de la cellule familiale, plusieurs lois initiées par Auguste limitent les héritages des célibataires (les femmes sont même soumises à un impôt spécial) ; les citoyens ont le devoir non seulement de se marier, mais aussi d'avoir des enfants. Auguste combat aussi l'adultère, qui se pratiquait sans gêne dans l'aristocratie (lui-même s’y était livré dans sa jeunesse) ; désormais, les coupables risquent la relégation dans les îles et la confiscation de leurs biens.

2.3. La restauration religieuse

La divinisation post mortem de son père adoptif par l'élan populaire avait fait comprendre à Octave combien le sentiment religieux pouvait servir sa politique. D'ailleurs, sa carrière est jalonnée par son accession aux sacerdoces les plus importants, jusqu’à être élu grand pontife à la mort de Lépide, en 12 avant J.-C.

Auguste, garant des anciens cultes de la cité

Le retour à la religion traditionnelle se traduit par le rétablissement des collèges les plus vénérables et des rites anciens (lupercales), par la construction ou la restauration d'édifices religieux. Auguste a pu se vanter d'avoir restauré quatre-vingts temples dans la ville ; c'était, pour lui, la preuve matérielle éclatante de la place prééminente qu'il donnait aux dieux. Ce côté « traditionaliste » a sa contrepartie dans une tendance antiorientale prononcée, contre les divinités grecques (Cybèle) et égyptiennes notamment (Isis, Sérapis) ; elle est due, en très grande partie, à la lutte contre Antoine, qui avait voulu symboliser le triomphe de l'Orient.

Valorisation sacrée de la personne de l’empereur

L'empereur met en valeur, pour des raisons avant tout dynastiques, les cultes de Mars et de Vénus, invoqués sous les noms de Venus Genitrix (la Mère) et de Mars Ultor (le Vengeur). Un dieu prend la première place ; c'est le protecteur personnel d'Auguste, Apollon, sans doute parce que, du haut du promontoire d'Actium, Apollon avait présidé à la victoire décisive d'Auguste sur Antoine. Le princeps lui fit construire le plus grand temple de Rome, sur le mont Palatin, près de sa demeure. En outre, il rendit publique une partie de sa demeure et y édifia un autel de Vesta. C'est désormais dans son domaine que se trouvait le centre de la religion officielle romaine.

Comme tout homme, Auguste possédait un genius, cette puissance indiscernable qui assurait à chaque être son rayonnement vital. Très vite, les Romains prirent l'habitude de l'invoquer et de prêter serment sur lui. Ce genius fut aussi associé au culte des lares de carrefour qui étaient vénérés par la plèbe. C'était, mystiquement, donner plus de force au génie de l'empereur.

3. Auguste, à la tête d’un vaste empire

3.1. Une administration contrôlée par l’empereur

L'empereur prend seul les décisions, mais il sait s'entourer des hommes les plus compétents dans leur domaine ; c'est ainsi que se forme peu à peu un véritable conseil impérial, mais sans existence légale, ni composition fixe. En outre, le pouvoir de l'empereur est à peu près absolu, puisque celui-ci contrôle l'essentiel des finances et l'ensemble des armées.

Le contrôle des hommes

Auguste réorganise les provinces, qu'il partage en provinces sénatoriales (celles qui sont déjà pacifiées et n'ont donc pas besoin d'armée), gouvernées par des proconsuls, et provinces impériales (celles qui nécessitent la présence de troupes, comme la Syrie, la Gaule, l’Espagne), dont il choisit lui-même les gouverneurs (légats sénateurs ou procurateurs équestres).

Certes, les proconsuls sont désignés par le sénat, mais, en réalité, ils n'échappent pas au contrôle impérial. Quant aux légats et aux procurateurs, ce sont des fonctionnaires que le prince déplace comme il l'entend ; ils reçoivent un traitement fixe et ne peuvent agir qu'avec l'accord de l'empereur. C'est une garantie pour le pouvoir central, mais c'est aussi une assurance pour les provinciaux, qui, en cas de conflit avec leur gouverneur, peuvent toujours faire appel au princeps.

Le contrôle des finances

L'administration financière rend encore plus évident le caractère absolu du pouvoir d'Auguste. Il fait remettre à jour le cadastre général de l'Empire, ce qui permet de faire une grande carte du monde, mais aussi de remanier les impôts ; le contrôle effectué par les fonctionnaires impériaux est de plus en plus strict.

De plus, dans toutes les provinces sénatoriales, l'empereur est présent dans le domaine financier par l'intermédiaire d'un procurateur. La subordination du sénat est presque totale ; d'ailleurs, en 15 avant J.-C., Auguste se réserve la frappe de l'or et de l'argent, et ne laisse au sénat que la frappe des monnaies de bronze.

Le contrôle des armées

Cette puissance de l'empereur est accentuée par le fait qu'il est le maître des armées. À partir d'Auguste, l'armée est permanente, et le service est de longue durée (vingt ans), si bien que, si les citoyens forment toujours les légions, ce sont pour la plupart des volontaires. Les chevaliers fournissent les officiers supérieurs, mais le commandement est donné dans chaque légion à un légat de légion, délégué de l'empereur, et que ce dernier peut nommer ou destituer selon sa volonté. Cette armée, complétée par deux flottes, l'une à Misène, l'autre à Ravenne, est puissante, mais peu nombreuse relativement à l'immensité de l'Empire.

3.2. Une politique fondamentalement pacifique

En politique extérieure, Auguste préfère aux conquêtes la sécurité des frontières, recourant autant à la diplomatie qu'à l'action militaire. Mais l'Empire est loin d'être achevé quand il en devient le seul maître, après sa victoire sur Antoine.

Prudence aux frontières

De nombreuses régions sont encore mal contrôlées par les Romains ; sur les frontières existent un grand nombre de royaumes, ou principautés « protégées ». Auguste les laisse subsister, ne les transformant en provinces romaines que dans les cas de disparition du roi ou de force majeure. C’est le cas de la Judée en 6 après J.-C. En revanche, Auguste refait de la Mauritanie un royaume, qu'il confie à Juba II, homme profondément pénétré de culture gréco-latine.

La fin de la conquête de l’Espagne

L'empereur doit pourtant se résoudre parfois à intervenir pour rétablir le calme à l'intérieur de certains territoires qui, par leur instabilité, risquent de menacer l'équilibre de l'Empire tout entier. C'est le cas de 27 à 25 avant J.-C., où il dirige lui-même les opérations en Espagne ; les combats contre les Astures et les Cantabres durent cependant jusqu'en 19 avant J.-C.

Il en est de même pour la conquête des hautes vallées des Alpes, en 26 avant J.-C., et pour la formation de la province des Alpes-Maritimes, en 14 avant J.-C.

Tentatives et échec en Germanie

Le cas de la Germanie est plus complexe. À cause du danger présenté par des populations belliqueuses, à cause du désir de succès militaires de Drusus et Tibère, parce qu'on croit la Germanie riche pays agricole et qu'Auguste voit dans l'Elbe une meilleure frontière que le Rhin, une expédition offensive est préparée. Tibère parvient à l'Elbe en 5 après J.-C. Mais l'administration maladroite et présomptueuse de P. Quintilius Varus exaspère les Germains. En septembre 9 après J.-C., trois légions sont anéanties dans la forêt de Teutoburg ; Varus y périt. Auguste décide d'abandonner la Germanie ; la frontière est de nouveau fixée au Rhin, bien fortifié. C'est le seul véritable insuccès de l'empereur.

4. Le siècle d’Auguste

4.1. Rome remodelée par Auguste

Auguste avait compris qu'un empire aussi puissant que le sien devait avoir une capitale qui fût la plus belle cité du monde. Tel n'était pas le cas ; la population était trop nombreuse et mal répartie ; elle vivait agglomérée au centre dans un désordre grandissant ; il y avait peu de place pour construire, car beaucoup de terrains étaient occupés par des jardins, par les maisons des grandes familles, par les constructions publiques. La plèbe s'entassait dans des immeubles de plusieurs étages, dans la plus totale anarchie. Rome ne ressemblait pas à ces villes ordonnées que l'Orient offrait aux regards éblouis des Romains, Alexandrie et Pergame.

Une gestion plus efficace

Auguste divise Rome en 14 régions pour en faciliter l'administration et la police. Sous la République, l'administration de la ville dépendait des magistrats traditionnels (édiles, tribuns de la plèbe, consuls), qui n'avaient que des fonctions provisoires. Auguste se garde bien de toucher à leurs prérogatives ; mais, parallèlement et progressivement, il institue de nouveaux fonctionnaires. Un corps de vigiles, avec un préfet à sa tête, est chargé de combattre les incendies et de faire la police. Des curateurs, puis un préfet de l'annone reçoivent le contrôle des opérations de ravitaillement en blé – l'annone (produit de la récolte annuelle) assure à la population de Rome, en fait aux seuls citoyens, des distributions gratuites de produits alimentaires, que l'État se charge de réquisitionner dans les provinces, transporter et répartir entre les allocataires (dont Auguste ramène le nombre à 150 000).

Constructions et monuments

Auguste entreprend aussi de remodeler Rome. Dans cette tâche, son gendre Agrippa joue un rôle fondamental. La construction de deux nouveaux aqueducs, de citernes et de fontaines permet une meilleure alimentation en eau. La transformation monumentale de la ville est importante, avec notamment le forum et le mausolée d'Auguste, le théâtre de Marcellus et les premiers thermes publics (thermes d'Agrippa).

Pour en savoir plus, voir l'article Rome.

4.2. Le développement d’une civilisation commune

Le règne d'Auguste est une étape décisive dans l'histoire de Rome. Décisive parce que l'empereur a su établir la paix à l'intérieur : infléchir insensiblement, mais sans retour possible en arrière, les vieilles institutions de la république ; rendre leur stabilité à la société et à la religion après les abus des décennies précédentes – il a su créer sans supprimer : un peuple dont le respect pour le passé ne s'était jamais démenti ne pouvait qu'apprécier. Décisive parce que la ville s'est transformée et que l'élan a été donné pour de nouveaux aménagements. Décisive enfin parce que l'Empire a trouvé ses limites naturelles.

Paix, commerce et romanisation

La politique de la diplomatie et de la prudence, qui donne à l'Empire des frontières solides, instaure la paix aussi bien en Occident qu'en Orient, où la guerre régnait depuis des décennies. Cette paix permet aux courants commerciaux de se rétablir, surtout vers Rome, le principal client. Dorénavant, l'unité du monde romain est profondément ressentie par tous les habitants de l'Empire ; elle assure le développement d'une civilisation commune qui s'impose à tous ; la romanisation est rapide. C'est le début d'un âge nouveau.

Renouveau intellectuel

Le principat d'Auguste est fondé sur une idéologie de grandeur. La vie littéraire y contribue : Virgile et Horace, entre autres, s'associent au mouvement de renouveau intellectuel voulu par l'empereur, et Tite-Live écrit sa monumentale Histoire de Rome. En réalité, si Virgile et Tite-Live remettent en honneur la tradition, donnent en exemple les vertus des ancêtres, exaltent Rome et ses fondateurs, si Horace et Ovide participent par leurs œuvres au renouveau religieux, c'est par pure conviction et sans que Mécène, l’ami d’Auguste qui aimait à s'en entourer, ait eu à les pousser dans cette voie. Le prince a su comprendre et saisir les forces complexes et spontanées qui animaient son époque, et dont la réunion fit le « siècle d'Auguste ».

5. Les difficultés de la succession d’Auguste

Seul maître du pouvoir après sa victoire sur son rival Antoine et le suicide de ce dernier (30 avant J.-C.), Auguste a connu un long règne de plus de quarante ans. Pourtant, il ne fut pas un homme heureux. Il avait souffert de n'être qu'un médiocre soldat et de ne devoir ses victoires qu'à ses loyaux compagnons. Il souffrit toute sa vie de graves maux physiques qui le conduisirent parfois au seuil de la mort. Ses dernières années furent empreintes de tristesse, car il vit disparaître pratiquement tous ceux qu'il aimait. Et il eut tout le temps la hantise de ne pouvoir accomplir une œuvre, qu'il ne jugea jamais suffisamment affirmée.

5.1. Un pouvoir difficile à transmettre

Dans un régime qui était censé utiliser les institutions de la république en ce qu'elles avaient de meilleur, il ne pouvait être question pour Auguste de désigner ouvertement un successeur comme dans une simple monarchie. Cependant, le princeps ne voulait pas que sa mort fût la fin de ce qu'il avait réussi à créer, d'une certaine forme efficace du pouvoir.

Auguste ne put aborder franchement le problème ; aussi posa-t-il en principe de désigner, de son vivant, à l'attention du sénat et du peuple, celui qu'il désirait avoir comme successeur. Cette désignation n'était pas directe et, en droit, elle n'engageait personne. Il est vrai que les choses auraient pu être plus simples si l'empereur avait eu un fils.

5.2. La mort d'Auguste

N'ayant pas de fils, Auguste adopte d’abord son neveu (le fils de sa sœur Octavie), qu’il marie à sa fille Julie, mais qui meurt peu après ; puis les petits-fils que Julie lui donne avec Agrippa qu’il lui fait épouser ensuite, mais qui meurent aussi avant lui. Finalement, Auguste choisit son beau-fils Tibère, que sa femme Livie avait eu d’un premier mariage et qui, après avoir dû répudier sa femme, à son tour épouse Julie en prélude à son adoption.

Lors d'un voyage en Campanie durant l'été 14 après J.-C., Auguste ressent de violents maux de ventre et doit s'arrêter à Nola. Il fait alors venir Tibère et s'entretient dans l'intimité avec lui. Il meurt le 19 août, à 77 ans. Sa dépouille mortelle est ramenée à Rome, portée durant la nuit par les notables des cités que le cortège traverse, et exposée pendant le jour dans les temples les plus importants.

À Rome, Tibère et son fils Drusus prononcent l'éloge funèbre de l'empereur, dont le corps est ensuite consumé sur un bûcher. Ses cendres seront déposées dans le mausolée qu'Auguste s'était fait construire sur le champ de Mars. Le sénat se réunit ensuite pour entendre lire son testament, qui désigne Tibère comme son successeur. Auguste peut dès lors être honoré comme un dieu.

Pour en savoir plus, voir l'article Rome antique.