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Tite-Live

en latin Titus Livius

Tite-Live
Tite-Live

Historien romain (Padoue 59 avant J.-C.-Rome 17 après J.-C.).

Introduction

Appartenant à un milieu aisé de la cité laborieuse et traditionaliste de Padoue, Tite-Live, après avoir fréquenté les écoles de rhéteurs et étudié la philosophie, conçoit le projet de rédiger une histoire nationale. Venu à Rome, il y réside la majeure partie de son existence, dédaignant les affaires publiques pour se vouer à son ouvrage. Auguste le reçoit dans son intimité et l'apprécie pour sa modération, son honnêteté intellectuelle et son indépendance d'esprit. Il passe ses toutes dernières années dans sa ville natale, entouré de l'estime de ses concitoyens et jouissant d'une grande réputation.

C'est vers 27 avant J.-C., soit presque au moment où Virgile commence l'Énéide, que Tite-Live entreprend son Histoire romaine (Ab urbe condita libri…) en 142 livres divisés en décades. De ce vaste ensemble qui allait des origines à l'an 9 avant J.-C. ne nous sont parvenus que la première décade (I-X, des origines à 293 avant J.-C.), la troisième (XXI-XXX, seconde guerre punique), la quatrième et la moitié de la cinquième (XXXI-XLV, jusqu'en 167 avant J.-C., époque de la conquête de la Macédoine par Paul Émile) et quelques fragments isolés. Le reste de l'œuvre est connu par de courts sommaires (periochae), attribués à l'abréviateur Florus (iie s. après J.-C.). Une telle mutilation ne peut s'expliquer que par les dimensions considérables de l'ouvrage. Il était, en effet, long et coûteux d'en multiplier les reproductions intégrales.

Une œuvre nationale

L'œuvre de Tite-Live est née sous Auguste, c'est-à-dire à une époque de splendeur après les crises des guerres civiles. Elle vient en quelque sorte couronner l'effort d'équilibre du nouveau régime et jeter un pont entre le passé et le présent. Cet ouvrage est un acte de foi autant qu'une prise de conscience : il correspond au besoin, en un temps d'apogée, de reconstituer la grandeur d'un peuple et de dégager les leçons qui pourront infléchir l'avenir. Œuvre de littérature nationale par excellence, dont l'Énéide fait le pendant, cette Histoire romaine, monument élevé à la gloire de Rome, consacre la prééminence de cette dernière, s'associe au désir de redressement et d'unification d'Auguste, tout comme la tranquille majesté de son architecture est la réplique de la paix augustéenne.

On ne saurait juger suivant nos critères Tite-Live historien. Il est vrai que sa documentation est de seconde main et qu'il se contente sans esprit critique des dires de ses prédécesseurs. Il suit la tradition, sans recourir aux documents originaux, aux monuments figurés ; sa curiosité ethnographique est faible et il ignore la géographie et la topographie. Il n'y a pas chez lui de distinction entre le sentiment subjectif et le renseignement objectif. Toute son enquête est axée sur les causes morales : il est indifférent aux causes économiques, physiques, politiques. On ne peut néanmoins déprécier la valeur historique de l'œuvre : le mérite de Tite-Live est d'avoir fixé la tradition par une synthèse des écrits des annalistes et d'avoir mis en évidence une vérité humaine.

Il a voulu, en effet, « veiller à la mémoire du premier peuple du monde ». Il a su, en dépit d'une certaine idéalisation, peindre les vieux Romains et, par là même, exprimer l'âme d'un peuple. Et en fait, c'est essentiellement grâce à lui que nous avons, dans sa continuité mouvante, le portrait d'une nation, dont on voit siècle après siècle se dessiner le caractère. Cette œuvre d'exaltation patriotique est constamment morale : l'Histoire romaine vise à l'enseignement. (« Le fruit le plus important, le plus salutaire de la connaissance de l'histoire, c'est qu'on considère toute sorte d'exemples instructifs, mis sur un socle, en pleine lumière. On trouve là, pour soi, pour sa cité des modèles à imiter, là, aussi, des entreprises, honteuses par leur début, honteuses par leur issue, à éviter […]. Jamais aucun État ne fut plus grand que Rome, plus scrupuleux, plus riche en bons exemples. »)

Puissance de l'évolution

Au service de cette hauteur d'inspiration, une expression qui situe Tite-Live parmi les plus grands écrivains de la langue latine. Ce qui frappe d'emblée, c'est la « présence » du récit. Tite-Live semble vivre les faits qu'il décrit, au point qu'il peut dire sa joie d'« être parvenu à la fin de la guerre punique, comme s'il avait en personne partagé ses fatigues et ses peines ». De là l'apparence d'actualité des faits qu'il expose, de là, à travers toutes les pages, une extrême intensité dramatique (par exemple le récit du combat des Horaces et des Curiaces, la prise de Rome par les Gaulois, les batailles de Trasimène, de Cannes, les sièges de Syracuse, de Capoue) qu'anime un véritable souffle épique (ainsi la mort et l'apothéose de Romulus, le passage des Alpes par Hannibal, le départ de Scipion pour l'Afrique…). Ces chefs-d'œuvre narratifs sont coupés par des portraits (Hannibal, Scipion, Fabius, Caton…) qui, malgré quelque grandeur de convention, révèlent l'acuité de l'analyse psychologique. Plus encore, Tite-Live est sensible aux mouvements de foule, aux sentiments collectifs. Rome est le centre de ses préoccupations, et l'image de l'Urbs (la Cité), sans doute idéalisée, mais d'un puissant relief, ne cesse d'être sous ses yeux : ainsi impose-t-il à son lecteur une noble idée de la cité romaine et de ses vertus. Par ailleurs, on a pu parler d'une évolution dans la fermeté harmonieuse de cet ensemble (que scandent plus de quatre cents discours d'une éloquence chaleureuse) : à la vivacité des premiers livres succède la grandeur épique de la troisième décade, tandis que les derniers livres révèlent leur rigueur oratoire, mais perdent en brillant. Reste la séduction de la variété de cette œuvre qui échappe au danger de la monotonie.

Elle échappe aussi au risque d'être impersonnelle. À la sécheresse des annalistes, Tite-Live substitue une discrète émotion (il n'hésite pas à intervenir par des notations teintées d'humour, d'ironie ou de sensibilité). Comment ne pas voir, dans ces paroles qu'il prête à Camille, l'expression de ses propres sentiments : « Toutes les fois que la patrie revenait à ma pensée, tout cela aussitôt se présentait à moi, ces collines, ces plaines, ce Tibre, ce pays qui, avant, s'offrait d'ordinaire à mes yeux, et le ciel sous lequel je suis née et fus élevée » ? En fixant de l'ancienne Rome une image personnelle et exaltante, Tite-Live apparaît comme le plus parfait représentant du nationalisme historique romain.