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saga

(ancien scandinave saga)

L'épée de Sigurd
L'épée de Sigurd

Nom générique d'un ensemble de récits en prose, rédigés généralement en Islande du xiie au xive s.

Les « hommes du nord », les Vikings, ont laissé aux populations du Moyen Âge, pillées, rançonnées, vendues comme esclaves, le souvenir effrayant d’une calamité quasi naturelle (« Délivrez-nous, Seigneur, du mal et des Normands », priait-on à la fin du « Notre Père »). Mais ils ont donné à la littérature de tous les temps le récit à la fois allègre et féroce de leurs expéditions aventureuses et guerrières des ixe et xe siècles : les sagas. Paradoxalement, les sagas, témoins de la fureur guerrière de l’histoire, et portées par une tradition orale née, pour ainsi dire, au milieu des combats et des luttes de clans, ont été élaborées dans le calme des monastères d’Islande. Deux prêtres des xie-xiie siècles, Saemund Sigfússon le Sage et Ari Thorgilsson, ont donné, dans leurs chroniques en latin et en islandais, les modèles d’écriture et de composition de tous les récits historiques et légendaires.

La saga est un récit en prose de longueur variable (de 15 à 500 pages), orné de poèmes scaldiques, dont la structure révèle un texte destiné à être récité : phrases courtes et simples, formules répétées, dialogues vigoureux et concis. La saga ne s’embarrasse ni de considérations morales ni de subtilités psychologiques : les personnages font preuve d’une grande constance de caractère et c’est par le biais de rêves prémonitoires que l’on connaît leurs débats intérieurs ; l’honneur est leur idéal : son intégrité justifie toute vengeance.

En trois siècles, les sagas ont beaucoup évolué. On passe des « sagas des rois » et des « sagas des familles islandaises », qui évoquent les exploits des premiers chefs scandinaves, aux « sagas de contemporains » puis aux « sagas légendaires », et le genre finit dans les « sagas des chevaliers », qui adaptent les chansons de geste et les romans courtois.

La saga n’a cessé d’inspirer les grands écrivains nordiques modernes, d’Ibsen à Strindberg et à Laxness : ils en ont conservé la figure, à la fois héroïque et ironique, de l’homme seul qui défie le destin. Ailleurs, c’est l’image du clan qui a prévalu : le terme de saga désigne aujourd’hui communément le cycle romanesque qui brosse l’évolution, et surtout la décadence, d’une famille.

Poésie scaldique et poésie eddique

La poésie scaldique

Expression poétique des pays scandinaves, entre le viiie et le xive siècle, la poésie scaldique surgit, dès ses premières manifestations, sous la forme d'un art ornemental et hermétique.

La poésie des scaldes, ces poètes de cour islandais et norvégiens du Moyen Âge, repose sur un triple principe : l’allitération, c’est-à-dire la répétition de sons identiques à l’intérieur d’un vers ou d’une strophe ; l’accentuation dynamique ; l’alternance des syllabes longues et brèves. Ces trois principes sont renforcés par les assonances finales, la pratique systématique des jeux de sonorités et, dans les textes écrits, par le retour de graphies identiques.

La contrainte la plus remarquable de cette poésie tient à un tabou, probablement d’origine religieuse : il est interdit de nommer les êtres et les choses par leur nom et on doit leur substituer des sortes de synonymes, les heiti (on dira, par exemple, « voile » ou « quille » pour « bateau »), et des périphrases parfois compliquées, les kenningar (on dira ainsi « le cavalier du coursier de la mer » pour le « marin »).

Le parti pris d’archaïsme de la poésie scaldique en fait d’autre part un document précieux sur la vie religieuse et sociale ancienne. Les scaldes étaient avant tout les chantres attitrés d’un grand seigneur, un jarl ou un roi. Mais les plus grands poètes, comme Egill Skallagrímsson, Sigvatr Thórdarson ou Kormakr Ogmundarson, n’ont pas hésité, au milieu de leurs chants de gloire, à exprimer leurs sentiments personnels.

La poésie eddique : idéal héroïque et mythologie païenne

La poésie eddique est contenue dans un recueil, l’Edda, dont le principal manuscrit, datant de la fin du xiiie ou du début du xive siècle, a été découvert en 1643. La signification du nom d’Edda est obscure : le terme viendrait soit d’eidha (« aïeule »), soit du foyer culturel islandais Oddi, soit encore du latin edere, « composer de la poésie ».

Les poèmes eddiques sont rédigés dans une langue d’une grande élaboration technique, dont les règles sont apparentées à celles de la poésie scaldique et qui mettent en œuvre les mêmes figures de style (métonymies, métaphores, etc.). La strophe eddique la plus courante est formée de quatre vers, chaque vers étant divisé en deux hémistiches comptant chacun un temps fort.

Si l’on met à part quelques poèmes proprement didactiques ou magiques, l’ensemble de la poésie eddique se répartit en deux grandes catégories : les fresques mythologiques et les compositions épiques.

Les textes mythologiques les plus anciens se présentent sous la forme de dialogues qui rappellent les questions et les réponses d’un catéchisme : les interrogations s’adressent à un grand initié, en général le dieu Odin qui a pris l’apparence d’un mortel ; les réponses, stéréotypées, délivrent des notions cosmologiques, dressent un catalogue des divinités, ou bien édictent des préceptes de savoir-vivre.

Le poème consacré au dieu Thor est resté vivant longtemps dans la tradition populaire. Un géant a dérobé le marteau de ce dieu du Tonnerre : il ne le rendra que si Thor réussit à épouser Freyja, déesse de la Fécondité et de l’Amour. Thor, déguisé en Freyja, se présente chez les géants et les invite à son repas de noces : après un banquet gargantuesque, il retrouve son marteau et assomme tous les convives.

Le chant mythologique le plus célèbre est la Völuspå, la « Vision de la Voyante ». Dans une assemblée des dieux, une sorte de Sibylle prédit le destin du monde, après avoir évoqué son origine : elle montre les dieux donnant leurs noms à la nuit, au matin et au soir, insufflant la chaleur vitale au premier couple humain ; elle décrit le frêne Yggdrasil, dont les racines abritent les trois mondes : des morts, des géants et des hommes ; elle peint la succession des ères : des épées, des vents, des loups. Elle prophétise enfin la bataille finale contre le loup Fenrir et le serpent Midgardsorm et le « crépuscule des dieux » (le Ragnarök), qui prélude à l’apparition d’un nouvel univers, prospère et pacifique.

Les chants épiques sont surtout consacrés à la famille des Völsung et à l’histoire de Sigurd en particulier, qui deviendra le Siegfried des légendes germaniques : un premier ensemble de poèmes décrit la jeunesse du héros (il venge son père Sigmund, il tue le dragon Fáfnir, il traverse le mur de flammes pour délivrer la Walkyrie piquée par l’épine du sommeil) ; un second groupe évoque la lutte des deux femmes (Brunhild et Gudrun) qui se disputent son amour, et sa mort par trahison.

Poésie et vérité

On a souvent mis en doute les étonnantes navigations des Vikings et la réalité historique des prouesses exaltées par les sagas. Or ces récits ont trouvé un garant inattendu de leur véracité dans la science moderne, et tout spécialement dans la climatologie.

En 1966, un institut américain, le Cold Region Research and Engineering Laboratory, extrait à Camp Century, au Groenland, une carotte de glace de 12 cm de diamètre et de 1 390 m de long : plus de mille siècles de glaces empilées jusqu’à nos jours.

La mémoire des fluctuations du climat peut être ressuscitée grâce à l’isotope de l’oxygène O 18, contenu en plus ou moins grande quantité dans la glace des glaciers : la concentration en O 18 des pluies et des neiges fossilisées est d’autant plus grande que la température de l’époque a été plus élevée. Or on constate, dans la carotte de glace, une période chaude d’un demi-millénaire, du viie au xie siècle. Les « hommes du Nord » ont donc profité, à cette époque, de mers et de rivages beaucoup plus libres de glaces, icebergs et banquises qu’aujourd’hui : c’est ainsi que la colonisation de l’Islande au ixe siècle, puis celle du Groenland au xe ont été possibles. Les exploits d’Erik le Rouge et de son fils Leif, qui découvrit l’Amérique autour de l’an mille, se trouvent ainsi confirmés.

Œuvres

Les sagas des rois

– Saga de Sverre (fin du xiie siècle) : une évocation admirative, mais sans idéalisation, du roi de Norvège Sverre Sigurdsson.
– Saga des rois de Norvège : recueil de 16 sagas, composé vers 1230 par Snorri Sturluson.

Les sagas des familles islandaises

– Saga d’Erik le Rouge (début du xiiie siècle) : le héros, proscrit pour meurtre, découvre et colonise le Groenland ; ses exploits sont prolongés par ceux de son fils Leif, que conte le Récit des Groenlandais : autour de l’an mille, Leif aborde en Amérique du Nord, qu’il baptise Vinland, « Terre des vignes ».
– Saga d’Egill Skallagrímsson (début du xiiie siècle) : la vie d’un personnage exceptionnel, guerrier cruel, magicien redouté et le plus grand poète islandais.
– Saga des habitants du Val-au-Saumon (vers 1250) : une biographie familiale qui met l’accent sur un conflit amoureux et qui témoigne de la première influence des littératures courtoises française et allemande.
– Saga de Snorri le Godi (fin du xiiie siècle) : l’ascension d’un parvenu sur fond de pittoresque quotidien, où paganisme et christianisme font bon ménage.
– Saga de Grettir le Fort (fin du xiiie siècle) : un Islandais, célèbre pour sa force physique, connaît les tribulations de l’exil et succombe aux maléfices d’une sorcière.
– Saga de Hrafnkel (fin du xiiie siècle) : une composition rigoureuse et symétrique souligne la déchéance puis le rachat d’un chef de l’Islande de l’Est au xe siècle.
– Saga de Njáll le Brûlé (fin du xiiie siècle) : les malheurs d’un héros, Gunnar, dont le meilleur ami, le sage Njáll, périt brûlé vif mais sera vengé par ses fils. Des portraits inoubliables, un dialogue dramatique, une méditation tragique sur la condition humaine.

Les sagas des contemporains

– Saga des évêques (xiie-xiiie siècle) : ensemble de récits consacrés à la vie des trois saints islandais du Moyen Âge (Thórlákr Thórhallsson, Jón Ogmundarson, Gudmundr Arason) et qui constituent un document précieux sur la vie quotidienne de l’époque.
– Saga des Sturlung (fin du xiiie siècle) : un document de premier ordre sur les xiie et xiiie siècles, et notamment sur l’effondrement de l’ordre politique et social islandais sous les coups des Norvégiens.

Les sagas des chevaliers

– Saga de Tristan et Iseut (vers 1230) : la légende celtique adaptée par un clerc à la demande du roi de Norvège.
– Saga de Perceval (première moitié du xiiie siècle) : une transposition en prose du roman en vers de Chrétien de Troyes.
– Saga de Charlemagne (vers 1250) : un mélange des chansons de geste et notamment de la Chanson de Roland.