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Drapeau de Chypre

Chypre

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Carton de situation

Chypre
en grec Kýpros, en turc Kıbrıs
Nom officiel : République de Chypre

État insulaire d'Asie occidentale, Chypre est située dans la Méditerranée orientale, au sud de la Turquie et à l'ouest de la Syrie. Chypre est membre du Commonwealth.

Superficie : 9 251 km2
Nombre d'habitants : 871 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Chypriotes ou Cypriotes
Capitale : Nicosie
Langues : grec et turc
Monnaie : euro

Chef de l'État : Dhimítris Khristófias

Chef du gouvernement : Dhimítris Khristófias

Nature de l'État : république

Constitution :

 Entrée en vigueur : 16 août 1960

 Révision : novembre 1985

Institutions

Exécutif

Chef de l'État et du gouvernement : président de la République

Législatif

 Chambre des représentants

GÉOGRAPHIE

Par sa superficie (9 251 km2), Chypre est la troisième île de la Méditerranée, après la Sicile et la Sardaigne. Située à 75 km au sud de la côte anatolienne, à un peu plus d'une centaine de kilomètres à l'ouest du littoral syrien, à 380 km au nord de la côte égyptienne et à 380 km à l'est de Rhodes (Grèce), elle occupe une position stratégique en Méditerranée orientale. Depuis 1974, elle est partagée entre une partie grecque (environ 60 % du territoire) et une partie turque (35 %). Le reste du territoire chypriote est occupé par les bases militaires britanniques d'Akrotíri et Dhekélia.

Les données naturelles

Les aspects du relief

Chypre comporte trois grandes unités structurales et morphologiques.

   La chaîne du Nord (Pendadháktylon), à direction ouest-est, culmine à 1 024 m d'altitude au Kyparissovouno. Prolongée dans toute la péninsule nord-orientale du Karpas, où les altitudes dépassent 1 000 mètres, c'est essentiellement une arête aiguë de calcaires jurassiques marmoréens, redressés à la verticale en une série d'écaillés très complexes, avec quelques intrusions de schistes triasiques et de roches vertes. Il s'agit d'un élément structural très comparable aux chaînes tauriques de l'Anatolie méridionale.

   Au sud et au sud-ouest de l'île, l'imposante masse du Tróodhos, qui culmine à 1 953 m, comporte à la périphérie une couronne de calcaires miocènes montant jusque vers 800 m, qui environnent d'un abrupt assez continu un noyau constitué par deux intrusions plutoniques de roches ultrabasiques (serpentine, gabbro), associées à des laves et des tufs également basiques empilés en une vaste couverture. La zone sommitale se présente à l'ouest comme une longue arête centrale, avec arêtes secondaires vers le nord et le sud, au centre comme une lourde coupole (la montagne étant restée indemne de la sculpture glaciaire quaternaire), c'est le Tróodhos proprement dit, tandis qu'à l'est la montagne se fragmente en blocs isolés. Ce contraste exprime l'intensité plus grande du soulèvement récent vers l'ouest. Sur le flanc sud, l'enveloppe sédimentaire miocène est découpée en cuestas regardant vers la montagne. La plaine centrale, la Mésorée, est une vaste ondulation synclinale où du flysch oligo-miocène s'est accumulé sur plusieurs kilomètres d'épaisseur. Le Pliocène marin, discordant sur le Miocène, a encore 700 m d'épaisseur. Le relief est constitué par une alternance de secteurs pliocènes et de vastes remblaiements quaternaires de cailloutis entaillés en terrasses dans les vallées.

   La mise en place de ces unités structurales s'est effectuée en plusieurs phases tectoniques majeures. Celle du Crétacé supérieur est responsable des grandes intrusions magmatiques du Sud. Les phases tangentielles tertiaires se situent à l'Éocène et au Miocène tardif. Les derniers mouvements verticaux, au Quaternaire, ont rajeuni et mis en place le relief actuel. La tectonique reste encore active, et les flancs sud-ouest et sud du Tróodhos sont fortement séismiques (grand tremblement de terre de 1953 notamment).

Le climat et la végétation

Chypre est tout entière dans la zone du climat méditerranéen. Mais la différenciation du relief et l'orientation par rapport aux vents pluvieux entraînent des contrastes très marqués de la pluviosité et même des régimes de température.

   Au point de vue thermique, en effet, la chaîne du Nord, exposée directement en été aux vents étésiens, joue un rôle de barrière climatique. Les vents qui la traversent ont sur le versant intérieur un effet de fœhn et entraînent des variations thermiques beaucoup plus fortes. L'amplitude diurne est ainsi plus faible sur la côte septentrionale. Kerýnia y a une moyenne de janvier de 11,9 °C avec des moyennes de minimums et de maximums respectivement de 9,3 et 14,4 °C, et une moyenne de juillet de 27,4 °C avec des moyennes de minimums et de maximums de 23,6 et 31,1 °C. Sur la côte méridionale, Limassol (Lemessós) a la même moyenne de janvier, 11,9 °C, avec des écarts moyens diurnes plus importants (7,2 et 16,6 °C), et 26,1 °C en juillet avec des chaleurs diurnes plus fortes (18,8 et 33,3 °C). Quant à la Mésorée, un caractère continental s'y annonce déjà. Les températures hivernales y sont moins tièdes, et c'est une véritable fournaise estivale (Nicosie : 10 °C en janvier avec 5,5 et 14,4 °C de moyennes de minimums et de maximums ; 28,8 °C en juillet avec 21,1 et 36,6 °C).

   Les précipitations restent relativement abondantes sur la côte septentrionale, bien exposée aux vents pluvieux des dépressions qui longent la côte sud de l'Anatolie (Kerýnia : 552 mm).

   Elles sont nettement plus faibles sur la côte méridionale (Limassol : 435 mm) et surtout dans la Mésorée (Famagouste : 415 mm ; Nicosie : 335 mm). Elles sont les plus élevées sur les flancs du Tróodhos (Trikoúkkia, à 1 100 m d'altitude : 875 mm), particulièrement sur le versant occidental, exposé aux vents pluvieux.

   Le paysage végétal porte la marque de l'étagement en altitude ainsi que de la variété des expositions. La Mésorée est une steppe. Ailleurs, l'étage inférieur est recouvert à l'état naturel par une forêt à base de pins (Pinus brutia, ou pin d'Alep), associés aux arbousiers et à une variété de chênes verts propre à l'île, le chêne à feuilles d'aulne (Quercus alnifolia). Au-dessus de 1 000 m domine le pin noir (Pinus nigra). Mais, dans l'ouest du Tróodhos, beaucoup plus arrosé, se localise un îlot considérable de forêt humide d'altitude, comportant un vaste peuplement de cèdres à peu près pur (Cedrus brevifolia, endémique, propre à l'île). L'est de la montagne est au contraire très largement déboisé.

   Les espaces théoriquement forestiers s'élèvent à 17 p. 100 de la surface de l'île, mais une assez faible proportion seulement est composée de véritables forêts, malgré les efforts de reboisement et de cantonnement des parcours du bétail assidûment poursuivis depuis la prise de possession britannique de 1878. Cependant la disparition d'une grande partie des forêts montagnardes exprime également l'héritage d'une distribution de la population caractérisée par des accumulations montagnardes, qui porte témoignage de la marque d'un passé historique complexe.

Une île divisée

La population

Proche des côtes turques et syriennes, Chypre juxtapose deux populations, l'une grecque (majoritaire à 80 %), l'autre turque. L'invasion des troupes d'Ankara en 1974 et la partition de fait qui a suivi ont concentré la population turque au Nord et au Nord-Est sur environ 40 % du territoire ; le reste de l'île, autour du massif du Tróodhos, demeurant grec.

   Au nord, de nombreux Turcs chypriotes ont émigré vers le Royaume-Uni, alors qu'arrivaient des Turcs d'Anatolie venus avec les encouragements des autorités d'Ankara. Aujourd'hui, la population est estimée à plus de 830 000 personnes (650 000 au sud et 180 000 au nord, dont plusieurs dizaines de milliers de Turcs d'Anatolie), auxquelles il faut ajouter d'importants contingents militaires (30 000 Turcs, 3 200 Britanniques, 1 200 Grecs et 1 200 casques bleus des Nations unies).

   Nicosie, partagée en deux secteurs, grec et turc, rassemble à elle seule un quart de la population chypriote. Les régions de montagne, à l'inverse, ont tendance à se désertifier. Le Sud est nettement plus prospère que le Nord.

Les activités

L'activité agricole est organisée, dans la Mésorée et sur le littoral, autour de l'agrumiculture, des cultures céréalières et maraîchères. Sur les piémonts montagneux dominent les vignobles et les oliveraies, ainsi que l'élevage ovin. Le massif du Tróodhos possède, en outre, une industrie forestière et plusieurs exploitations minières (cuivre, chrome, amiante). L'île est en revanche dépourvue de ressources énergétiques.

   L'industrie, en dehors de quelques branches de biens de consommation, est en difficulté ; notamment la traditionnelle extraction minière : chrome, fer et surtout cuivre (l'île a donné son nom à ce métal). L'activité industrielle s'est développée autour de Nicosie et des ports de Limassol, Lárnaka et Famagouste. Le secteur des services est en revanche très actif dans la partie sud de l'île : Chypre est un pavillon de complaisance, accueille des sociétés étrangères offshores, et le tourisme (culturel et balnéaire) est le premier poste de l'économie. Le nord de Chypre, quant à lui, reste très dépendant de l'aide économique de la Turquie, avec laquelle il réalise l'essentiel de ses échanges. La balance commerciale est déficitaire, mais ce déficit est en grande partie compensé par les rentrées en devises liées aux activités de service. L'entrée de la République de Chypre dans l'Union européenne, en 2004, n'a pas fait aboutir les tentatives de mettre fin à la division de l'île.

HISTOIRE

L'Antiquité

L'île se peuple à partir du VIIe millénaire avant J.-C. mais c'est seulement après 2500 avant J.-C. que commence l'exportation de ses richesses, le cuivre et le bois. Au IIe millénaire avant J.-C., Chypre développe son commerce avec l'Égée, l'Égypte et surtout la Syrie. Une écriture, qui n'a pas été déchiffrée, le syllabaire chypro-minoen, apparaît à Engómi (XVe s. avant J.-C. ?). La modeste culture locale se maintient dans le domaine religieux, mais l'art est dominé par les influences de l'Orient et de l'Égée ; l'île ne tarde pas à imiter les vases mycéniens, qu'elle reçoit en abondance après 1400 avant J.-C. Frappée par un ennemi anonyme (Peuples de la Mer ?), Chypre est ensuite colonisée par des réfugiés du monde mycénien, qui sont à l'origine de la prospérité de l'île, au XIIe s. avant J.-C. Puis le commerce maritime décline et, après des séismes, les grandes villes (Engómi, Cition [ou Kition], Paphos) sont abandonnées (XIe s. avant J.-C.). Faut-il ajouter à ces faits fournis par l'archéologie ce que l'on sait sur le royaume d'Alashiya, qui pourrait bien se situer à Chypre ?

   Lorsque les « siècles obscurs » (XIe-IXe s. avant J.-C.) s'achèvent, l'île comprend trois populations, plus ou moins mêlées et caractérisées par leurs langues : l'étéocypriote (parler ancien de Chypre), un dialecte grec et le phénicien, apporté par un mouvement de colonisation depuis le XIe s. Il en résulte une culture mixte, ouverte aux influences étrangères, égyptienne et surtout grecque de l'Égée. L'île est divisée en une dizaine de royaumes – dont le plus important est celui de Salamine –, qui subissent les dominations assyrienne (depuis Sargon II), égyptienne (sous Amasis), perse (525-332 avant J.-C.). Leurs dynasties sont éliminées par Ptolémée (IVe-IIIe s. avant J.-C.). Sous les Lagides, Chypre est gouvernée par un stratège résidant à Salamine, puis elle est plusieurs fois constituée en royaume entre 163 et 50 avant J.-C. Elle devient province romaine en 58 avant J.-C., mais César la rend aux Ptolémées. En 27 avant J.-C., l'île est rattachée à la Cilicie ; en 22 avant J.-C. elle devient province sénatoriale. Maintenue dans l'Empire d'Orient, Chypre résiste longtemps à l'expansion de l'islam.

Le Moyen Âge

De la fin du XIIe au XVe s., Chypre est l'une des bases d'attaque des croisés. Conquise par Richard Cœur de Lion lors de la 3e croisade, vendue aux Templiers (1191), puis, après une révolte de la population, à Gui de Lusignan (1192), pour le dédommager de son éviction du trône de Jérusalem, Chypre devient (1197) un royaume dont la civilisation est fortement marquée par l'influence de la France, du fait de l'installation de nombreux nobles français et de la famille royale de Lusignan, originaire du Poitou. Chypre devient ainsi, aux XIIIe et XIVe s., un État de peuplement, d'économie et de civilisation occidentaux en Orient, État dont l'importance stratégique est soulignée par l'installation dans l'île, au XIIIe s., de l'ordre Teutonique. Après la perte de Saint-Jean-d'Acre (1291), l'île devient même le principal centre latin d'Orient. Colons et négociants de la côte du Levant y refluent, et une période d'une exceptionnelle prospérité commence pour elle. Le commerce enrichit la colonie génoise de l'île qui, dès lors qu'elle prête aux rois de Chypre, joue un rôle politique. En 1383, Jacques Ier doit céder Famagouste aux Génois et accroître sans cesse les impôts pour satisfaire ses créanciers, qui constituent une société par actions, la Mahone de Chypre. Pour se dégager de la tutelle génoise, Jacques II (1460-1473) recherche l'alliance de Venise, qui dispose d'un comptoir à Paphos. Il épouse en 1468 une Vénitienne, Catherine Cornaro, qui, après le règne éphémère de son fils Jacques III (1473-1474), gouverne Chypre jusqu'en 1489 et la cède à Venise.

De l'occupation britannique à l'indépendance

En 1571, les Turcs établissent à Chypre leur domination pour trois siècles. En 1878, le sultan accorde à la Grande-Bretagne le droit d'occuper et d'administrer l'île, qui reste néanmoins sous la souveraineté ottomane. Chypre est annexée par la Grande-Bretagne dès que la Turquie entre en guerre aux côtés de l'Allemagne, le 5 novembre 1914, et cette décision est ratifiée par le traité de Lausanne, malgré les protestations grecques (1924). Chypre devient une colonie de la Couronne britannique en 1925.

   À la suite de troubles, le Conseil législatif est supprimé en 1931. La Grande-Bretagne propose en 1947 un statut plus libéral, qui est rejeté par la population, dont la majorité réclame l'union avec la Grèce, l'Enôsis. La guerre civile, menée par l'EOKA (Organisation nationale des combattants chypriotes), sous la direction du colonel Ghrívas, avec l'appui de l'Église orthodoxe autocéphale de l'île (représentée par l'archevêque Makários), n'aboutit finalement pas à l'Enôsis, mais à l'indépendance et à la proclamation de la république, à la suite des accords helléno-turc de Zurich (11 février 1959) et anglo-helléno-turc de Londres (19 février 1959). Cette décision, qui sera mise en application dans un délai de deux ans, tient compte des intérêts stratégiques anglais en Méditerranée orientale et de l'existence d'une minorité turque dans l'île : la Grande-Bretagne conservera des bases militaires à Chypre, et l'État chypriote sera dirigé par un président grec (Mgr Makários, élu le 14 décembre 1959) et par un vice-président turc (Fazil Küçük).

Violences intercommunautaires et partition de l'île

Toutefois, de graves incidents opposant les deux communautés (1963, 1965, 1967), le mandat des forces internationales à Chypre est prolongé. Réélu en 1968, Mgr Makários accepte que s'ouvrent des négociations entre les deux communautés, mais le conflit se durcit et se double d'une tension entre Nicosie et Athènes, qui soutient l'action de Ghrívas, partisan de l'Enôsis. La réélection de Makários (1973) et la mort de Ghrívas (1974) ne font qu'aggraver la situation.

   Le 15 juillet 1974, Makários est renversé par un coup d'État de la garde nationale, qui instaure un gouvernement favorable à l'Enôsis ; le 20 juillet, la Turquie réplique en opérant un débarquement de force à Kerýnia. La médiation britannique et la chute, en Grèce, du régime des colonels permettent, le 30 juillet, à Genève, la signature d'un accord tripartite, qui aboutit à un cessez-le-feu. Les négociations qui s'ouvrent alors sont interrompues par une nouvelle intervention militaire turque (14 août 1974), que suit un massif exode de la population grecque vers le sud de l'île. Le nouveau président grec de Chypre, Gláfkos Klirídhis (Glafcos Cléridès), et le vice-président turc, Rauf Denktaş, organisent de nouveaux entretiens intercommunautaires ; mais le retour à Nicosie de Mgr Makários (décembre 1974) remet tout en question. Le 13 février 1975, les Chypriotes turcs proclament unilatéralement que leur territoire, situé au nord de la « ligne Attila » – qui relie Kókkina, Léfka, Nicosie et Famagouste –, constitue un « État autonome, laïque et fédéré », dirigé par Rauf Denktaş.

   Au début de 1977, des négociations reprennent entre ce dernier et Mgr Makários ; mais celui-ci meurt le 3 août. Il est remplacé à la tête de l'État chypriote grec par le président de l'Assemblée nationale, Spýros Kyprianoú, qui refuse de reconnaître la partition de l'île. Celle-ci est cependant consacrée par la création, en novembre 1983, d'un État chypriote turc indépendant, la « République turque de Chypre du Nord » (R.T.C.N.), présidée par Rauf Denktaş. En dépit de la reprise de nouvelles négociations en 1984-1985, les deux communautés ne parviennent pas à s'entendre sur un règlement institutionnel.

   En février 1988, Gheórghios Vassilíou est élu président de la République de Chypre ; Ghláfkos Klirídhis lui succède en février 1993. Ces changements à la tête de l'État n'empêchent cependant pas une grande stabilité politique : le Rassemblement démocratique et le parti démocrate conservent la majorité parlementaire face aux partis communiste et socialiste. De même, en R.T.C.N., Rauf Denktaş est régulièrement réélu avec le soutien du parti de l'Unité nationale et du parti démocratique.

Intégration européenne et tensions régionales

La stabilité des vies politiques intérieures de la République de Chypre et de la R.T.C.N. contraste avec la précarité de leurs relations mutuelles et les transformations rapides de leur environnement régional. De ce point de vue, l'évolution la plus importante est l'amorce d'un processus d'intégration de la République de Chypre au sein de la Communauté européenne. En janvier 1988, un premier accord d'union douanière est signé. Le 4 juillet 1990, la République de Chypre dépose officiellement sa demande d'adhésion à la Communauté européenne.

   Toutefois, ce processus d'intégration européenne réveille les tensions gréco-turques. La Communauté européenne souhaite en effet que l'adhésion de Chypre soit précédée d'un compromis institutionnel entre les deux communautés de l'île. Mais la Grèce refuse de faire de ce préalable une condition sine qua non, cependant que la R.T.C.N. menace de proclamer son indépendance définitive si Chypre intègre la Communauté européenne avant la Turquie. C'est dans ce contexte instable que de graves incidents sur la ligne de séparation (août 1996), puis la commande de missiles russes par la République de Chypre (janvier 1997) font ressurgir le péril d'un affrontement gréco-turc majeur autour de la question chypriote.

Le « non » des Chypriotes grecs à la réunification de l'île

Le 30 mars 1998, les négociations en vue de l'adhésion de la République de Chypre à l'Union européenne sont officiellement ouvertes, les Chypriotes grecs obtenant de Bruxelles la promesse d'être accueillis quelle que soit la situation sur l'île. En 2002, les deux dirigeants chypriotes entament en janvier, sous l'égide des Nations unies, des négociations en vue de la réunification de l'île, puis en novembre, le secrétaire général de l'O.N.U., Kofi Annan, présente au Conseil de sécurité un plan institutionnel proposant la réunification de Chypre en un seul pays sous gouvernement fédéral, composé de deux États égaux, qui seraient administrés de façon largement autonome par les deux communautés. Aucun accord n'étant intervenu entre Tássos Papadhópoulos (élu en février à la présidence grecque) et Rauf Denktaş, – ce dernier ayant refusé la tenue d'un référendum sur le plan de paix dans les deux parties de l'île, ainsi que le proposait, en dernier recours, K. Annan –, les négociations de paix échouent en mars 2003. Critiquées par leur propre population, qui aspire à prendre le train de l'adhésion offert à la partie grecque lors du sommet européen de Copenhague les 12 et 13 décembre 2002, les autorités chypriotes turques autorisent, en avril 2003, l'ouverture de la « ligne Attila », que franchissent des milliers de Chypriotes, grecs et turcs. Peu après, le gouvernement chypriote grec allège l'embargo commercial frappant la partie turque.

   En janvier 2004, un mois après des élections législatives qui se sont soldées par une égalité de sièges entre partisans et adversaires d'une réunification de l'île, la R.T.C.N. se dote d'un gouvernement de coalition, dirigé par Mehmet Ali Talat, dans le but de parvenir à une solution sur la réunification de l'île avant le 1er mai. Cependant, lors des référendums du 24 avril, les Chypriotes grecs rejettent le plan de réunification proposé par l'O.N.U. à 75 %, tandis que les Chypriotes turcs l'approuvent à 65 %. Le « non » de Nicosie rend caduc le plan Annan et entraîne l'adhésion de la seule partie chypriote grecque à l'U.E. le 1er mai. Outre le grave échec que constitue le maintien de la partition pour celle-ci, le « non » soulève de nombreux problèmes juridiques, notamment celui de la gestion de la ligne de démarcation, l'organisation de la circulation des personnes et des biens entre le Nord et le Sud. Lors des premières élections européennes organisées en juin dans la partie grecque, les formations, qui s'étaient opposées au plan onusien de réunification, obtiennent quatre des six sièges à pourvoir.

   

Après la victoire de sa formation, le parti républicain turc, aux élections législatives anticipées du 20 février 2005 (avec 44,5 % des voix et 24 sièges sur 50), le Premier ministre chypriote turc Mehmet Ali Talat, remporte, avec 55,6 % des suffrages, l'élection présidentielle organisée le 17 avril dans la partie Nord. Partisan de la réunification de Chypre dans le cadre de l'Union européenne, il invite les Chypriotes grecs à reprendre les pourparlers. Mais, lors des élections législatives du 21 mai 2006, ces derniers accordent leurs suffrages au parti démocratique Diko du président T. Papadhópoulos, opposé au plan onusien de réunification. Depuis, les velléités de négociations sont inexistantes.

   Le 1er janvier 2008, la République de Chypre, ainsi que Malte, est autorisée à intégrer la zone euro. La victoire, à l'élection présidentielle du 24 février, du président du Parlement, le communiste Dhimítris Khristófias, partisan d'une reprise des pourparlers, relance les espoirs d'une réunification.

Repères d'actualité

3 juillet 2008 : le Parlement ratifie le traité de Lisbonne, en dépit de l'opposition du parti communiste du président D. Khristófias.

3 septembre 2008 : les négociations directes entre les deux parties de Chypre reprennent sous l'égide des Nations unies, quatre ans après l'échec du plan présenté par Koffi Annan.

19 avril 2009 : les élections législatives anticipées organisées dans partie turque de Chypre marquent le retour de la vieille garde nationaliste du parti de l'Unité nationale, qui obtient 44,1 % des suffrages devant le parti républicain turc du président Talat (29 % des voix). Ce dernier, engagé dans de difficiles pourparlers avec le président chypriote grec D. Khristófias, devra désormais cohabiter avec le chef du gouvernement, Derviş Eroğlu, Premier ministre de 1985 à 1994 et de 1996 à 2004, et partisan de deux États distincts.

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