
Chef de l'État : Abdullah Gül
Chef du gouvernement : Recep Tayyip Erdoğan
Nature de l'État : république à régime parlementaire
Constitution :
Adoption : 7 novembre 1982
Révisions : juin 1987, juillet 1995
Exécutif
Chef de l'État : président de la République
Chef du gouvernement : Premier ministre
Législatif
Grande Assemblée nationale turque
La plus grande partie du territoire de la Turquie se trouve en Asie, dans l'Anatolie (ou Asie Mineure), haute terre (altitude moyenne : 1 132 m) massive, organisée autour de fragments de socle (massif de Kirşehir dans le plateau central) et de noyaux hercyniens (massif caro-lydien au sud-ouest) soudés par les diverses phases du cycle orogénique alpin, pénéplanée ensuite dans la seconde moitié du tertiaire, puis exhaussée par des mouvements d'ensemble très récents (pliocène et quaternaire), accompagnés de grandes fractures et qui se traduisent par une sismicité encore très active. Le plateau anatolien est également affecté d'un gigantesque mouvement de bascule dans le sens est-ouest. Vers l'ouest, il s'enfonce sous les eaux de la mer Égée, qui pénètre dans la masse continentale en donnant une côte d'ennoyage très découpée. Il s'élève vers l'est, dans l'ancienne Arménie (Anatolie orientale), où la surface de base dépasse 2 000 m d'altitude.
Accidenté de reliefs en creux, bassins tectoniques à fond souvent occupé par des lacs plus ou moins salés (lac de Van, Tuz Gölü dans la steppe centrale, etc.), il porte d'autre part des édifices montagneux : grands cônes volcaniques isolés, comme l'Erciyas en Anatolie centrale (3 916 m), ou le Süphan et l'Ararat (5 165 m) en Anatolie orientale, etc. ; blocs cristallins encadrés par des failles (Sultan Dağ). À l'ouest, cette masse anatolienne se morcelle en fossés longitudinaux, parcourus par les cours d'eau est-ouest qui se jettent dans la mer Égée (Grand et Petit Méandre, Gediz, Bakir Çayi) et séparés par des blocs faillés de même direction. Au nord-ouest, vers la mer de Marmara, le style tectonique passe à une marqueterie de blocs montagneux (Ulu Dağ, ou Olympe de Bithynie, 2 543 m) et de bassins, souvent lacustres (lacs de Manyas, d'Apolyont) ou envahis par la mer (golfes d'Izmit, de Gemlik). Le même dispositif se retrouve dans la partie européenne du pays, la Thrace, dont le cœur est occupé par le vaste bassin de l'Ergene, encadré vers la mer Noire par les hauteurs cristallines de l'Istranca (1 018 m) et vers la Marmara par des collines plus modestes (700 m).
Ce plateau anatolien est enserré au nord et au sud entre deux bourrelets montagneux périphériques. Au nord, le long de la mer Noire, les chaînes pontiques, constituées dans tout le secteur occidental d'alignements d'altitude médiocre, séparés par des sillons de plaines longitudinales, prennent à l'est du Yeşil Irmak de la hauteur et de la continuité, dressant jusqu'à la frontière géorgienne une barrière cristalline et volcanique, fortement englacée au quaternaire et portant encore de petits glaciers actuels, approchant 4 000 m d'altitude et difficilement franchissable, qui a joué un rôle historique majeur en isolant longtemps du haut plateau arménien, dans ce secteur, les côtes de la mer Noire. Au sud, les chaînes du Taurus, en bordure de la Méditerranée, de structure très complexe, avec d'intenses nappes de charriage, sont à l'ouest morcelées en blocs isolés (Bey Dağlari, 3 086 m) ; elles dessinent ensuite dans le Taurus central une grande virgation convexe vers le sud, s'exhaussent au maximum au-dessus de la plaine cilicienne et du golfe d'Alexandrette (Iskenderun), où elles se dédoublent avec l'axe parallèle de l'Anti-Taurus et atteignent 3 734 m à l'Aladağ, se prolongent enfin vers l'Est, dans le Taurus oriental, jusque dans l'étroit du Kurdistan (Cilo Dağ, 4 168 m) où elles se raccordent au Zagros iranien. Le matériel sédimentaire, varié, comporte de puissantes masses de calcaires crétacés, qui, dans le Taurus occidental et central, donnent une riche gamme de formes karstiques, avec de grands bassins élargis par la dissolution (poljés) souvent occupés par des lacs d'eau douce (lacs d'Eğridir, de Beyşehir, etc.).
Dans cet ensemble, des provinces climatiques bien tranchées se distinguent d'abord par les rythmes pluviométriques. Dans les régions côtières de l'Égée et de la Méditerranée, le climat est typiquement méditerranéen, avec des pluies de saison froide. Dans les régions de la Marmara et sur le plateau, dans l'intérieur, apparaissent des pluies continentales de printemps et d'été, qui prennent de plus en plus d'importance vers l'est et deviennent dominantes en Anatolie orientale. Sur les côtes de la mer Noire, où circulent toute l'année les dépressions de la zone tempérée, règne un climat à pluies en toute saison. Mais les contrastes majeurs sont liés à la quantité des précipitations. Les chaînes périphériques et toutes les régions côtières sont abondamment arrosées (de 600 mm à 1 m annuels, dans les plaines ; jusqu'à 2 m, sur les reliefs). Sur le plateau intérieur, les pluies diminuent rapidement, sous le vent des chaînes montagneuses, pour tomber à 200 mm environ dans le cœur de l'Anatolie intérieure, dont la majeure partie reçoit moins de 400 mm. La culture pluviale des céréales y reste néanmoins possible, quoique aléatoire, jusque dans les secteurs les plus secs, près du Tuz Gölü. Les précipitations se relèvent d'autre part dans la haute Anatolie orientale (400 à 600 mm). Cette opposition pluviométrique, qui se double d'un contraste thermique entre le haut plateau aux hivers froids et les franges côtières aux hivers tièdes, se marque vigoureusement dans le tapis végétal.
Les plaines côtières abritent toute la végétation arbustive méditerranéenne, et les chaînes tauriques et pontiques portent encore de belles forêts : pins et chênes dans l'étage inférieur méditerranéen, avec des îlots de sapins et de cèdres en altitude ; hêtres, épicéas et sapins, surtout dans les forêts pontiques, avec un sous-bois très dense (rhododendrons, vigne sauvage et nombreux buissons). L'Anatolie intérieure est steppique (y compris la haute Anatolie de l'Est), ainsi que le bassin de l'Ergene en Thrace, où la formation végétale naturelle était la forêt, mais qui a été presque totalement déboisé par l'action humaine. Les forêts s'y limitent à quelques rares témoins de bois de pins et de genévriers qui écharpent les flancs des reliefs montagneux. Les hautes terres arides nourrissent des cours d'eau peu abondants (Sakarya, Kizil Irmak, Grand et Petit Méandre), tandis que les fleuves mieux alimentés du versant extérieur des chaînes périphériques sont généralement courts et de régime irrégulier. Les seules ressources appréciables sont fournies par les grands cours d'eau de la haute Anatolie de l'Est, Tigre et Euphrate, à forte alimentation neigeuse, dont la Turquie possède le cours supérieur.
Jusqu'au début du XXe s., l'Anatolie comptait d'importantes minorités chrétiennes, grecques ou arméniennes, qui ont quasiment disparu à la suite de massacres (génocide arménien de 1915) ou de transferts de population (échange gréco-turc de 1923). En revanche, à partir de la fin du XVIIIe s., elle a accueilli un nombre important de réfugiés musulmans (muhacir), turcs ou non-turcs (Tcherkesses, Bosniaques, Albanais, etc.), originaires du Caucase ou des Balkans : les descendants de ces muhacir, aujourd'hui largement assimilés, représenteraient de nos jours environ un quart de la population turque.
La Turquie est désormais un pays presque exclusivement musulman, les petites communautés arménienne, grecque et juive séfarade d'Istanbul représentant moins de 1 % de la population. Celle-ci n'est pourtant pas complètement homogène. Sur le plan religieux, les Turcs musulmans se divisent entre sunnites (80 %) et Alevis (20 %). Sur le plan ethno-linguistique, la minorité kurde, concentrée en Anatolie du Sud-Est, représente environ 15 % de la population totale et parle une langue de la famille iranienne. Il existe, enfin, une petite minorité arabe dans la région du Hatay, près de la frontière syrienne.
Depuis le début du XXe s., la Turquie a connu une croissance démographique très rapide, passant de 13 millions d'habitants en 1927 à 75 millions en 2009. La tendance est désormais au ralentissement. Le taux d'accroissement naturel est encore de 1,2 % par an. Les jeunes âgés de moins de 15 ans représentent 27 % de la population totale (contre 9 % pour les personnes âgées de plus de 60 ans).
Enfin, au cours des dernières décennies, le pays a vu se développer un fort exode rural : la part de la population citadine est ainsi passée d'un quart en 1950 au deux tiers en 2007. Cette véritable explosion urbaine, qui se traduit par l'apparition de nombreux bidonvilles (gecekondu) autour des principales agglomérations, concerne avant tout Istanbul et la capitale, Ankara, mais aussi les capitales régionales comme Izmir, Adana, Brousse, Gaziantep, Konya, Kayseri, Eskişehir, Antalya, et d'autres villes de moindre importance. Jusque dans les années 1970, c'est Ankara qui connaissait la croissance la plus rapide, avant d'être rattrapée par Istanbul.
La densité de population reste assez faible (96 hab./km2), mais cette moyenne dissimule d'importantes disparités régionales, opposant des zones de fort peuplement (région d'Istanbul, côtes égéenne et méditerranéenne, Anatolie du Sud-Est) à des zones faiblement peuplées (Anatolie centrale et orientale, côtes de la mer Noire). La persistance de flux migratoires depuis le plateau anatolien vers Istanbul et les villes côtières vient encore accentuer ces écarts.
L'Anatolie du Sud-Est, cependant, constitue un cas particulier. D'une part, sa forte densité de population s'explique par un taux d'accroissement naturel particulièrement élevé. D'autre part, les combats qui opposent, depuis 1984, l'armée turque aux séparatistes kurdes provoquent d'importants mouvements de population (plus d'un million de personnes déplacées en 1995) et vident les campagnes, alors que les villes se gonflent de réfugiés. Cette situation de guerre menace également le grand projet de développement économique de la région, reposant sur l'aménagement du Tigre et de l'Euphrate (irrigation, hydroélectricité) et prévoyant la transformation de la ville d'Urfa en un pôle économique régional.
Le tiers de la population active travaille dans le secteur primaire (agriculture), contre un quart dans le secteur secondaire (industrie). Là encore, d'importantes disparités régionales apparaissent, 85 % des actifs employés dans le secteur industriel se situant à l'ouest de l'axe Zonguldak (mer Noire)-Gaziantep (frontière syrienne), et un tiers dans la seule agglomération d'Istanbul. D'une façon plus générale, le maintien d'une importante population active agricole, y compris dans les quartiers périphériques de certaines villes, montre l'incapacité de l'économie turque à absorber la totalité de la main-d'œuvre disponible. Cela explique aussi la persistance d'un chômage élevé, la multiplication des emplois précaires et non-salariés et une forte émigration vers l'Europe occidentale et les pays du Proche- et du Moyen-Orient. Près de 3 millions de citoyens turcs résident ainsi à l'étranger (dont de nombreux réfugiés kurdes), les principaux pays d'accueil restant l'Allemagne (1,9 million), les pays du Benelux et la Suisse.
La Turquie connaît pourtant un développement économique rapide, mais cet essor bénéficie surtout à la partie occidentale du pays, l'Anatolie orientale souffrant d'un grave sous-développement. Le secteur primaire représente encore une part importante des exportations.
L'industrie touristique, en pleine expansion, constitue une importante source de devises : en 2007, 22 millions de touristes ont visité le pays.
Sur le plan agricole, la Turquie peut être divisée en deux zones principales. Sur le plateau anatolien dominent les cultures céréalières (blé, orge) et l'élevage de moutons (un des plus importants cheptels du monde, dont la laine est utilisée pour la fabrication de tapis), auxquels se sont par la suite ajoutées quelques cultures industrielles (betterave sucrière). Dans les régions côtières, les céréales (blé, orge et riz sur les côtes égéenne et méditerranéenne, maïs sur les côtes de la mer Noire) sont associées à des cultures industrielles (coton dans les plaines de Pamphylie et de Cilicie, thé sur les côtes de la mer Noire, tabac autour de la mer de Marmara, à Izmir et à Samsun) et à diverses cultures commerciales (olives, fruits secs et agrumes sur les côtes égéenne et méditerranéenne, noisettes à Trabzon, pistaches à Gaziantep), la Turquie étant le premier producteur mondial de fruits secs, de noisettes et de châtaignes. La vigne est également présente dans les anciennes régions chrétiennes (côte égéenne, Cappadoce, Anti-Taurus). La pêche est une activité importante.
Le nomadisme, très répandu à l'époque ottomane, ne concerne plus qu'une centaine de milliers de nomades dispersés dans la chaîne du Taurus et en Anatolie du Sud-Est. Plusieurs millions d'éleveurs pratiquent en revanche un semi-nomadisme de type montagnard, caractérisé par une transhumance vers les alpages d'été (yayla). La petite propriété rurale domine partout, sauf dans les vallées de Pamphylie et de Cilicie et en Anatolie du Sud-Est. Ce morcellement de l'agriculture turque explique son relatif retard technique (peu d'irrigation, faible utilisation des engrais chimiques), même si sa mécanisation est amorcée depuis les années 1960.
Sur le plan énergétique, la Turquie couvre à peine la moitié de ses besoins (en forte augmentation) bien qu'elle possède d'importants gisements de charbon (Zonguldak-Ereğli, sur la côte de la mer Noire) et de lignite, et quelques gisements plus modestes de pétrole en Anatolie du Sud-Est, notamment le gisement de Batman. La Turquie est approvisionnée en pétrole par l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, qui transporte du pétrole des champs d'Azerbaïdjan au terminal turc de Ceyhan, sur la mer Méditerranée. Elle est approvisionnée en gaz par plusieurs gazoducs, dont l'un, qui passe sous la mer Noire, achemine du gaz en provenance de Russie (d'où proviennent les deux-tiers du gaz importé), et l'autre transporte du gaz d'Azerbaïdjan. Les ressources hydroélectriques de l'Anatolie du Sud-Est ne sont pas encore pleinement exploitées, mais leur mise en valeur est prévue dans le cadre d'un ambitieux projet de développement (construction de barrages-réservoirs sur le Tigre et l'Euphrate), malgré les protestations des pays limitrophes qui redoutent les conséquences sur leurs propres ressources en eau. Parmi les minerais métalliques, les seuls à présenter quelque importance économique sont le fer de Divriğgi (Anatolie orientale) et de la région d'Izmir, la bauxite, l'antimoine et, surtout, le chrome du Taurus occidental et de la région de Van. Les autres ressources minières, notamment le cuivre et le manganèse, sont insuffisamment exploitées.
L'automobile est désormais le deuxième secteur économique du pays, derrière le tourisme et devant le textile. L'industrie est concentrée dans la partie occidentale du pays. Contrairement à Ankara, capitale administrative relativement peu industrialisée, l'agglomération d'Istanbul exerce un quasi-monopole sur les industries légères et de haute technologie. Les autres grands centres industriels de la Turquie occidentale sont Izmir (industries de transformation), Brousse (industries légères, automobile) et Adana, auxquels s'ajoutent des pôles plus réduits de type mono-industriel : raffineries d'Ipras (sur la mer de Marmara) et de Mersin (dans la plaine de Cilicie), usine sidérurgique de Karabük sur la côte de la mer Noire. En Anatolie centrale, ce sont Konya et Kayseri, et, dans l'est du pays, le port de Samsun (côte de la mer Noire) et la raffinerie de Batman (Anatolie du Sud-Est), ainsi qu'Iskenderun, dans l'extrême S.-E.
L'ouverture économique de la Turquie à partir de 1980 s'est soldée par un développement rapide des échanges extérieurs : les exportations, qui représentaient 10 % environ du produit intérieur brut en 1975, en constituaient le double vingt ans plus tard. La balance commerciale reste nettement déficitaire et ce déficit n'est qu'en partie comblé par les revenus de l'industrie touristique et les envois de fonds des travailleurs turcs émigrés à l'étranger (notamment en Allemagne). L'Union européenne est le principal partenaire commercial de la Turquie, qui réalise avec elle plus de la moitié de ses échanges. Après l'instauration d'une union douanière en 1996 et la reconnaissance du statut de candidate officielle en 1999, l'ouverture des négociations d'adhésion a eu lieu en 2005. La perspective d'une intégration à terme au grand marché européen ne peut que dynamiser son économie. Mais la Turquie cherche aussi à développer ses échanges avec le Proche- et le Moyen-Orient, les pays des Balkans et ceux de l'ancienne Union soviétique (Russie, Ukraine, républiques du Caucase et de l'Asie centrale).
La Première Guerre mondiale se termine, pour les Turcs, par un désastre dans lequel ils semblent devoir tout perdre : l'Empire ottoman agonise, le sultan Mehmed VI accepte le contrôle des Alliés et le traité de Sèvres (10 août 1920), morcelant l'Empire et lui laissant peu de chances de survie. Cependant, un général déjà illustre, Mustapha Kemal, a gagné l'Anatolie, où il entreprend de construire un État turc national. L'indépendance et l'intégrité des territoires de l'ancien empire peuplés en majorité par des Turcs sont affirmées aux congrès d'Erzurum et de Sivas (juillet et septembre 1919). Une Grande Assemblée nationale réunie à Ankara (avril 1920) confie le pouvoir à Mustafa Kemal. Ainsi se dresse contre le gouvernement impérial vassalisé un gouvernement populaire libre, quoique menacé de toutes parts. Servi par des troupes faméliques, mais soutenu par sa volonté ferme, Kemal entreprend la lutte sur tous les fronts : contre les défaitistes, contre les occupants.
Dès le 2 décembre 1920, à Gümrü (Aleksandropol, aujourd'hui Gumri), il signe un traité avec la République socialiste d'Arménie, qui reconnaît les frontières turques, traité ratifié par un autre accord avec la Russie soviétique (Moscou, 16 mars 1921) prévoyant notamment le retour à la Turquie de Kars, Ardahan et Artvin. Le 13 mars 1921, l'Italie renonce à occuper Antalya et Konya : le 20 octobre, la France fait de même avec la Cilicie, ce qui permet d'établir une frontière provisoire avec la Syrie (rectifiée en 1928 et, surtout, en 1939, par le rattachement du sandjak d'Alexandrette à la Turquie). Ces accords permettent à Mustafa Kemal de ramener les troupes engagées en Orient sur le front occidental, où les Grecs, soutenus par la Grande-Bretagne, ont débarqué en Anatolie le 20 juin 1920, obtenant d'abord des succès ; mais ils sont rapidement écrasés et contraints au rembarquement (août-septembre 1922). L'armistice de Mudanya (11 octobre 1922) prévoyant le retrait de toutes les troupes étrangères d'Anatolie, de Thrace, des Détroits et d'Istanbul est ratifié au traité de Lausanne (24 juillet 1923), qui met fin à la « guerre d'indépendance » et donne naissance à la nouvelle Turquie. Arméniens et Kurdes sont abandonnés par les Alliés qui les soutenaient ; les capitulations sont abolies ; Grecs et Turcs échangeront leurs minorités (1 400 000 Grecs d'Asie contre 400 000 Turcs d'Europe) ; les Détroits resteront démilitarisés. La frontière avec l'Iran est fixée en juin 1922, celle avec l'Iraq en juin 1926.
Le gouvernement turc n'est plus celui du sultan d'Istanbul, mais celui du chef victorieux, paré du titre de Gazi et siégeant à Ankara. C'est donc naturellement que le sultanat est aboli, le 1er novembre 1922, puis le califat, le 3 mars 1924 ; le parti républicain du Peuple (C.H.P.) de Mustafa Kemal domine la nouvelle Assemblée et désigne son chef comme président de la République turque, instaurée le 29 octobre 1923. La Constitution d'avril 1924 confie le pouvoir à la Grande Assemblée nationale, élue au suffrage universel pour 4 ans et chargée d'élire le président de la République pour la même durée. Appuyé sur ce parti unique (après l'échec du parti libéral de Fathi Bey, 1930), exerçant un pouvoir absolu, Mustafa Kemal peut entreprendre la révolution nationale qui fait d'un État islamique encore médiéval un État laïc moderne ; suppression des tribunaux religieux (1924), des ordres de derviches (1925), de l'enseignement islamique, remplacé par un enseignement laïc obligatoire, adoption de l'alphabet latin (1928), du Code civil suisse (1926), qui entraîne l'abolition de la polygamie et donne aux femmes des droits égaux à ceux des hommes, indépendance économique et financière, soutenue par une politique de planification et d'industrialisation. Une violente réaction se manifeste, surtout dans le sud-est du pays (février 1925), mais elle est durement réprimée. Le nationalisme turc de Mustafa Kemal, qui sera nommé Atatürk (« Turc Père ») le 24 novembre 1934, n'empêche pas une politique étrangère pacifique (adhésion à la S.D.N., 1932 ; pacte balkanique, 1934 ; pacte de Sadabad, 1937). La conférence de Montreux (1936) autorise la Turquie à réarmer les Détroits.
À la mort de Mustafa Kemal (novembre 1938), la direction du pays passe à Ismet Inönü. Une habile diplomatie permet à la Turquie de traverser la Seconde Guerre mondiale dans une neutralité que ne dément pas une déclaration de guerre symbolique à l'Allemagne et au Japon (23 février 1945). C'est alors que l'U.R.S.S., qui avait jadis aidé les nationalistes turcs, sans empêcher ceux-ci de poursuivre en Turquie les communistes, cherche à intervenir dans les affaires turques. Pour pallier la pression soviétique, les Turcs se tournent vers les Américains qui renforcent leur armée, les font bénéficier du plan Marshall et du pacte de l'Atlantique Nord (en fait en 1951, en droit en 1952). Une ère nouvelle s'ouvre, qui se veut celle de la démocratie pluraliste. Le parti démocrate, dirigé par Celâl Bayar, triomphe aux élections de 1950 en enlevant 407 sièges ; de ses rangs sortent le nouveau président de la République, Celâl Bayar, et le Premier ministre, Adnan Menderes. Les démocrates, s'appuyant sur la paysannerie et l'islam, lançant le pays dans la voie du libéralisme industriel et du développement, soulèvent un grand enthousiasme. Mais les investissements sont peu planifiés, le désordre financier considérable, le retour aux traditions peut-être excessif. On parle de gabegie, d'imprévoyances, de corruption, de dictature, d'un accroissement de l'injustice.
La crise éclate quand, le 28 avril 1960, les étudiants manifestent avec violence. L'armée décide d'intervenir. Le 27 mai, 38 officiers du Comité d'union nationale renversent le régime et confient la direction de l'État au général Gürsel. Les dirigeants démocrates sont condamnés à la prison et trois d'entre eux à la pendaison (Menderes, Polatkan, Zorlu) à l'issue du procès de Yassiada (septembre 1961). 61 % seulement des votants acceptent la nouvelle Constitution, le 9 juillet 1961, et, la même année (15 octobre), les élections voient le succès des héritiers du parti démocrate dissous, le parti de la Justice, le parti de la Nouvelle Turquie et le parti paysan. C'est un désaveu de l'armée. Pourtant, le général Gürsel est élu président de la République (26 octobre 1961), et c'est le C.H.P. (parti républicain du Peuple), minoritaire, qui gouverne avec Inönü, dans un prétendu cabinet de coalition (novembre 1961, puis juin 1962). Dans une situation qui reste agitée, le parti de la Justice ne cesse de réclamer l'amnistie des démocrates condamnés (il l'obtiendra en automne 1964), et des officiers subalternes tentent deux putschs, qui échouent (22 février 1962, 21 mai 1963). Aux élections municipales du 17 novembre 1963, le parti de la Justice obtient un succès éclatant. Inönü démissionne le 2 décembre, mais est chargé de former un cabinet de transition.
La crise de Chypre, provoquée par des attaques contre la communauté chypriote turque de l'île, se traduit par une tension entre Ankara et Athènes, mais aussi par un redéploiement en matière de politique étrangère, et par une certaine distanciation vis-à-vis de Washington. Parallèlement à l'adoption d'un plan quinquennal (1963-1967), l'intégration dans les structures économiques occidentales se poursuit, avec notamment l'association à la Communauté économique européenne (1963). Sur le plan interne, on assiste à l'inexorable montée de la formation qui se réclame de l'héritage du parti démocrate et de son leader exécuté, Adnan Menderes. L'ingénieur Süleyman Demirel, surnommé « le roi des barrages », s'affirme comme le nouveau chef incontesté du parti de la Justice, grâce surtout à ses liens avec les notables provinciaux et les entrepreneurs urbains.
Il cherche à provoquer la crise, dans un esprit de revanche sur 1960. Inönü est renversé en février 1965. Lui succède un indépendant, S. H. Ürgüplü, qui s'appuie sur l'ensemble des partis d'opposition (de la « droite »). La victoire totale du parti de la Justice aux élections générales du 10 octobre 1965 amène Süleyman Demirel au pouvoir. Peu après, Gürsel, malade, est remplacé à la magistrature suprême par le chef d'état-major de l'armée, Cevdet Sunay (28 mars 1966). Süleyman Demirel lutte contre le communisme, encourage les capitaux étrangers, les pratiques religieuses, rétablit l'enseignement coranique ; en politique extérieure, il persévère dans l'alliance avec les États-Unis, le Canada, l'Europe occidentale, tout en développant les relations avec l'U.R.S.S. et les pays arabes. La tension persiste entre la Grèce et la Turquie, à propos de l'affaire de Chypre, qui connaît un nouveau rebondissement en octobre 1967. En 1968, les mouvements contestataires estudiantins entraînent les ouvriers qui protestent contre la hausse des prix. Un réflexe de crainte accroît le succès du parti de la Justice aux élections de 1969.
En juin 1970, les manifestations dégénèrent en batailles rangées ; en août, la dévaluation de 66,6 % de la livre provoque une fantastique augmentation du coût de la vie et du chômage, malgré les 500 000 ouvriers qui, déjà, ont pris le chemin de l'Allemagne. Au début de 1971, la situation est devenue pire qu'en 1960. L'armée intervient pour la deuxième fois. Le 12 mars, le général Tağmaç et les commandants des trois armes exigent la constitution d'un gouvernement fort dans les plus brefs délais pour mettre fin à l'« anarchie ». Le soir même, Süleyman Demirel démissionne. Lui succèdent des gouvernements d'apolitiques et de parlementaires modérés (successivement Nihat Erim, Ferit Melen, Naim Talu), tandis qu'il faudra quatorze tours de scrutin pour élire, en mai 1973, le nouveau président de la République, Fahri Korutürk. L'expérience dure deux ans et demi, mais les élections du 14 octobre 1973 y mettent fin. Le parti républicain du Peuple (C.H.P.), dirigé par Bülent Ecevit, le successeur d'Inönü (qui mourra en décembre 1973), y apparaît comme vainqueur, mais il ne dispose pas de la majorité. Ce retour au kémalisme avec un chef nouveau et la reprise de la vie parlementaire suscitent, néanmoins, un grand espoir. La déception viendra dès 1975, quand les troubles reprendront.
Cependant, pour la deuxième fois, et plus gravement, Chypre détourne l'attention des problèmes intérieurs. Le coup d'État fomenté par les colonels au pouvoir à Athènes, qui renverse le gouvernement de l'archevêque Makários, et qui vise manifestement l'Enôsis (le rattachement de l'île à la Grèce), provoque de vives réactions du gouvernement de Bülent Ecevit. Pour protéger ses compatriotes insulaires, pour que la « turcité » ne subisse pas, comme au XIXe s., un nouveau recul, le gouvernement d'Ankara fait débarquer ses forces dans le nord de l'île, le 20 juillet 1974 ; dix jours plus tard, un accord de paix est conclu à Genève, mais la conférence subséquente est un échec, et l'avance des Turcs reprend (14-15 août). Le 13 février 1975, l'État turc fédératif de Chypre est créé. Mais la querelle n'est pas finie pour autant : elle renaît à propos du plateau continental égéen, riche en pétrole ; Grecs et Turcs le revendiquent, conscients cependant de la nécessité de négocier (rencontres en janvier et juillet 1979).
Aux élections de juin 1977, le C.H.P. manque de peu la majorité absolue. L'État, affaibli par des tiraillements internes, ne parvient pas à assurer l'ordre public. La loi martiale est presque continuelle dans certaines provinces. À la tête du gouvernement alternent le conservateur Demirel et le social-démocrate Ecevit, avec des coalitions, faites et défaites, notamment celle du « Front nationaliste », réunissant les trois partis de droite, et accentuant politiquement une certaine division dans la société. Quand, le 6 avril 1980, Korutürk arrive à la fin de son mandat présidentiel, il est impossible d'élire son successeur. La crise financière s'accentue : on compte douze dévaluations entre mai 1974 et janvier 1981. La situation économique est catastrophique. Faute de carburants, dans un pays où le commerce est fondé sur le transport routier, les productions, pourtant réduites, pourrissent sur place. La politique d'austérité accroît la pénurie. L'Allemagne, qui limitait l'immigration, décide en juin 1980 une réduction massive de la main-d'œuvre turque, l'ultime pourvoyeuse de devises. Les Kurdes qui vivent dans les régions orientales du pays s'agitent.
L'ASALA, une organisation terroriste arménienne, s'en prend, dans le monde entier, aux organismes et aux diplomates turcs (plusieurs d'entre eux seront assassinés), soit pour qu'on reconnaisse le génocide arménien, soit dans l'espoir que soit reconstituée une « grande Arménie » comprenant une majeure partie de la Turquie orientale. La polarisation idéologique atteint son paroxysme vers la fin de la décennie 1970. Le parti pro-islamique du Salut national, dirigé par Necmettin Erbakan, met l'accent sur les valeurs religieuses, obtient le soutien de petits entrepreneurs anatoliens, mais demeure légaliste, tandis que le parti du mouvement nationaliste d'Alparslan Türkes, un ex-colonel ayant participé au coup d'État militaire de 1960, prône ouvertement la violence et profite de son passage au gouvernement pour noyauter l'État. Aux actions des milices para-étatiques (les « Loups gris »), formées autour des militants de ce parti ultra-nationaliste, répondent celles des divers mouvements se réclamant du marxisme-léninisme dans ses versions stalinienne, guévariste, ou maoïste, comme les organisations « la gauche révolutionnaire » et « l'armée de libération populaire de la Turquie ». Les attentats deviennent quotidiens et les victimes se comptent désormais par centaines.
Les alliés de la Turquie prennent conscience du danger qui pèse sur elle et, par contrecoup, sur eux dans cette région. La brouille avec les États-Unis (embargo sur les armes, fermeture de bases américaines en Turquie), consécutive au conflit de Chypre qui met aux prises deux pays de l'O.T.A.N., s'achève par une réconciliation, un accroissement de l'aide militaire et économique (décisions de mars-avril 1979).
Le 12 septembre 1980, les chefs militaires turcs, dirigés par Kenan Evren, prennent le pouvoir. Le Parlement est dissous ; les personnalités politiques (Ecevit, Demirel) sont « placées sous surveillance » ; les actions politiques sont interdites ; le gouvernement est confié au Conseil national de sécurité (M.G.K.), qui, contrôlé par l'armée, devient l'organe exécutif suprême. Le 14 septembre, le général Evren est nommé chef de l'État, et le 20 l'amiral Ulusu forme le gouvernement. Les partis politiques et les centrales syndicales sont interdits. La répression frappe sévèrement les groupes d'inspiration marxiste et les séparatistes kurdes ; en revanche, les mouvements ultra-nationalistes sont relativement épargnés. Les arrestations se multiplient et, devant les accusations d'une partie de l'opinion internationale, les Turcs nient l'existence de la torture dans leur pays. De gigantesques procès s'ouvrent un peu partout. La marge de manœuvre est étroite : la junte est partagée entre l'autoritarisme et la tentation de rendre le pouvoir aux civils.
Mais une évolution s'amorce avec l'adoption de la nouvelle Constitution du 7 novembre 1982, moins libérale que la précédente, et se confirme lors des élections législatives du 6 novembre 1983, qui donnent 45 % des voix au parti de la Mère Patrie dirigé par Turgut Özal. Ce parti s'inscrit dans la continuité du parti démocrate, voire du parti de la Justice, c'est-à-dire d'une philosophie politique mettant davantage l'accent sur le conservatisme, l'individu et l'initiative privée. Devenu Premier ministre, Turgut Özal forme un gouvernement civil et lance un programme économique libéral. Le processus de normalisation se poursuit (reprise des activités politiques et création de nouveaux partis), la loi martiale est progressivement levée dans la plupart des provinces, l'état d'urgence étant cependant maintenu dans les régions touchées par la rébellion kurde, qui continue d'être réprimée sans relâche. Turgut Özal est reconduit dans ses fonctions à l'issue des élections législatives du 29 novembre 1987, qui donnent la majorité à son parti. En 1989, élu président de la République (31 octobre), Turgut Özal, premier civil à exercer des fonctions présidentielles depuis 1960, nomme à la tête du gouvernement Yildirim Akbulut, qui sera remplacé dans cette fonction par Mesut Yilmaz, celui-ci prenant progressivement la direction du parti de la Mère Patrie. Trois événements marqueront l'ère Özal, sur les plans interne et externe : une certaine ouverture dans le domaine économique, qui donne incontestablement un coup de fouet au développement, avec un taux de croissance qui avoisine 7 % par an ; une décrispation sur la question ethnique, qui se traduit par des gestes de bonne volonté tels que la légalisation de l'usage public de la langue kurde (avril 1991), et enfin l'engagement du gouvernement d'Ankara dans le camp de la coalition anti-irakienne dans la guerre du Golfe. Le dynamisme économique coexiste cependant avec des maladies chroniques : un taux d'inflation d'environ 100 % par an, d'importantes disparités régionales et sociales (qui renvoient à la question ethnique), une évasion fiscale importante, une dette extérieure élevée et la présence d'une très forte « économie grise ». C'est ce qui explique l'attitude partagée et contradictoire de l'Union européenne (avec laquelle un accord d'union douanière est néanmoins signé, qui entre en vigueur le 1er janvier 1996) sur la question de l'adhésion de la Turquie : avec son marché de 65 millions d'habitants, celle-ci exerce indéniablement un attrait, mais suscite aussi une certaine appréhension, due notamment à son retard dans les domaines de la santé et de l'éducation.
L'ouverture montrée par Turgut Özal dans le domaine ethnique (qui connaîtra un coup d'arrêt avec la disparition du président en avril 1993) s'accompagne paradoxalement, à partir de 1984, de l'adoption de la lutte armée par le parti des Travailleurs du Kurdistan (P.K.K.), organisation qui domine l'espace politique kurde. Apparaissant plus comme une organisation militaire liée à des puissances régionales (telles la Syrie et la Grèce) que comme une opposition politique interne, le P.K.K. perpétue la stratégie des organisations de gauche, nombreuses surtout au cours des années 1970, pour lesquelles la lutte armée constitue une voie crédible vers la prise de pouvoir. La guérilla menée par le P.K.K., à laquelle le gouvernement réplique en instaurant notamment le système contesté des « protecteurs de village » (milices mises en place par l'État), se solde par environ trente mille morts en quinze ans.
Après la mort de Turgut Özal, Süleyman Demirel est élu à la présidence de la République par le Parlement, en mai 1993. Il est remplacé à la tête du parti de la Juste Voie et au poste de Premier ministre par Mme Tansu Çiller. La progression du parti islamiste Refah (parti de la Prospérité) de Necmettin Erbakan – qui, recueillant plus de 21 % des suffrages aux élections législatives de décembre 1995, devient le premier parti du Parlement – témoigne de la crise des partis politiques traditionnels et soulève la question de l'intégration au système parlementaire et électoral de l'islam politique. Nommé Premier ministre en juin 1996, N. Erbakan s'allie au parti de la Juste Voie et parvient à former une coalition islamo-conservatrice. Soumis à une longue guerre d'usure menée à son encontre par le Conseil national de sécurité (M.G.K.) qui l'accuse de vouloir islamiser les institutions, N. Erbakan démissionne en juin 1997. Son parti, le Refah, est dissous en janvier 1998 par la Cour constitutionnelle pour activités contraires au principe de la laïcité. Le nouveau Premier ministre, Mesut Yilmaz, chef du parti de la Mère Patrie, accusé de liens avec la mafia, doit démissionner à son tour en novembre 1998. Il revient à Bülent Ecevit, vétéran de la social-démocratie turque, de former un gouvernement intérimaire jusqu'aux élections anticipées d'avril 1999. Remportées par le D.S.P., celles-ci sont marquées par une percée de l'extrême droite – le parti de l'Action nationaliste (M.H.P.) de Devlet Bahçeli recueille 18 % des voix – et par un recul des islamistes, le parti de la Vertu, fondé en décembre 1997. Ces élections confirment en outre la montée d'une vague de nationalisme, de gauche comme de droite, en réaction au rejet par le sommet de Luxembourg de 1997 de la candidature turque au processus d'élargissement de l'Union européenne et au conflit kurde.
L'arrestation au Kenya en février 1999 par les services secrets turcs du leader du P.K.K., Abdullah Öcalan, puis l'annonce, en juin 1999, de sa condamnation à la peine capitale pour trahison et séparatisme suscitent de nombreuses réactions à travers le monde. L'organisation par la diaspora kurde de plusieurs manifestations en Europe et plusieurs attentats terroristes dans des villes turques embarrassent la Turquie, mais en février 2000, le P.K.K., répondant à l'appel de son leader, annonce officiellement la fin de la lutte armée et se déclare comme une organisation politique luttant pour les droits des Kurdes.
Au niveau régional, la décennie 1990 est principalement marquée par l'ouverture de l'« aire turque », cet espace de communauté linguistique qui s'étend des Balkans jusqu'aux confins du Xinjiang, et qui permet à la diplomatie d'Ankara (et, dans une certaine mesure, aux entrepreneurs de ce pays) de trouver un nouveau terrain d'activités. La zone de Coopération économique de la mer Noire (C.E.M.N.), créée par la Turquie en juin 1992, s'inscrit également dans le cadre d'un redéploiement régional, jugé néanmoins compatible avec les engagements internationaux antérieurs du pays. Enfin, en 1999, un pas important est franchi avec l'octroi (grâce à la levée du veto grec) à la Turquie du statut de candidat à l'adhésion à l'Union européenne.
Une autre tendance de la diplomatie turque est le renforcement des relations avec Israël. L'impulsion est d'abord venue, au début des années 1990, d'un accroissement spectaculaire des échanges commerciaux entre les deux pays. À partir de 1996, une étroite coopération militaire, encouragée par les États-Unis, est mise en place. La formation de ce nouvel axe a immédiatement rencontré l'hostilité des pays musulmans de la région (Iran, Iraq et Syrie, en particulier), mais la Turquie souhaite désormais sortir de ce lien exclusif et développer ses relations avec les autres pays du Proche-Orient, ses ressources en eau constituant un argument très convaincant. Elle espère par ailleurs profiter de la reprise du processus de paix israélo-arabe – en y jouant un rôle actif – pour étendre son influence régionale.
Plusieurs sources de mécontentement discréditent rapidement le gouvernement de B. Ecevit : l'incurie de l'État face au séisme qui frappe la région d'Izmit et d'Istanbul (août 1999), puis la grave crise financière, qui en février 2001, place le pays au bord du naufrage. Depuis l'élection en mai 2000 à la présidence de la République d'Ahmet Necdet Sezer, ancien président de la Cour constitutionnelle, l'animosité qui oppose, au sommet de l'État, le président et le Premier ministre sur la manière de lutter contre la corruption menace la stabilité du pays. Souvent absent en raison de son état de santé, B. Ecevit se trouve de plus en plus isolé. Privé de majorité au Parlement à la suite de la défection de sept ministres et d'une soixantaine de députés de son parti en juillet 2002, il se résigne à convoquer des élections législatives anticipées le 3 novembre. Le parti de la Justice et du Développement (A.K.P.) – un parti islamiste modéré pro-européen fondé en 2001 à la suite de l'interdiction du Fazilet et dirigé par l'ancien maire d'Istanbul, Recep Tayyip Erdoğan – remporte le scrutin avec 34,3 % ; le parti républicain du Peuple (C.H.P.) de Denyz Baykal recueille 19,4 % des suffrages. Ni le M.H.P. de D. Bahçeli ni le D.P.S. du Premier ministre sortant n'atteignent les 10 % requis pour être représentés au Parlement.
Vainqueur du scrutin du 3 novembre 2002, l'A.K.P. prône le conservatisme sur les questions d'ordre social et le libéralisme quant à l'organisation politique et économique de la société. Son jeune leader, R. T. Erdoğan, privé de ses droits civiques en raison d'une condamnation pour propagande islamiste, le numéro deux du parti, Abdullah Gül, occupe le poste de Premier ministre jusqu'en mars 2003, date à laquelle R. T. Erdoğan lui succède.
Le gouvernement se trouve d'emblée confronté à l'imminence de l'intervention militaire américano-britannique contre l'Iraq, à laquelle la majorité des députés de l'A.K.P. et de la population est hostile. En revanche, l'armée et la présidence – redoutant l'émergence possible d'un État kurde indépendant au nord de l'Iraq et le réarmement des combattants du P.K.K. –, entendent profiter de l'offensive américano-britannique pour renforcer le contingent turc qui y est maintenu depuis 1995. Finalement, en novembre 2003, le gouvernement renonce à déployer ses troupes en Iraq face aux protestations unanimes – kurdes, arabes chiites et sunnites – des forces politiques irakiennes.
Bien qu'issu de la mouvance islamiste, l'A.K.P. fait de l'adhésion à l'Union européenne l'axe prioritaire de sa politique. Au sommet de Copenhague des 12-13 décembre 2002, l'ouverture de négociations d'adhésion a été reportée à la fin 2004, afin d'évaluer l'avancée des réformes. Or, celles-ci, sous l'impulsion de l'A.K.P., progressent sensiblement : le Conseil national de sécurité (M.G.K.) peut désormais être dirigé par un civil ; les cours de sûreté de l'État, la peine de mort en toutes circonstances sont abolies en 2004 ; quelque 3 000 prisonniers kurdes (notamment, les quatre anciens députés kurdes – dont Leyla Zana – qui avaient vu leur condamnation à quinze ans de prison – prononcée en décembre 1994 – confirmée en avril 2004 par la Cour de sûreté de l'État) sont libérés. Condamnée en mai 2005 par la Cour européenne des droits de l'homme pour le caractère inéquitable du procès de A. Öcalan (dont la peine de mort, prononcée en 1999, a été commuée en perpétuité), la Turquie accepte d'organiser un nouveau procès. Le 1er juin, un Code pénal révisé entre en vigueur : certaines sanctions menaçant la liberté d'expression sont atténuées, même si, hormis l'écrivain Ohran Pamuk – qui bénéficie d'une ordonnance de non-lieu en janvier 2006 –, nombreux sont les éditorialistes, éditeurs et écrivains poursuivis pour avoir critiqué l'identité turque, l'État ou l'armée.
Pour la première fois, en août 2005, le gouvernement Erdoğan reconnaît l'existence de la « question kurde » et admet que sa politique n'a pas toujours été exempte d'erreurs.
La question chypriote, toutefois, constitue pour l'A.K.P. le principal écueil sur la voie de l'U.E. Rompant avec la politique menée par la vieille garde depuis l'intervention militaire turque en 1974, le gouvernement Erdoğan affiche sa volonté de discuter le plan élaboré sous l'égide de l'O.N.U. (le plan Annan prévoit la réunification de Chypre en une confédération de deux États, l'un chypriote grec, l'autre chypriote turc, et son intégration dans l'Union européenne), mais il est rappelé à l'ordre par l'institution kémaliste, pour laquelle l'adhésion de l'île à l'U.E. ne peut se faire que conjointement avec celle de la Turquie. À la suite du refus du leader chypriote turc Rauf Denktaş de poursuivre les négociations et du rejet massif par les Chypriotes grecs du plan de réunification onusien (référendum du 24 avril), seule la République de Chypre adhère à l'Union européenne le 1er mai 2004.
Au sommet européen de Bruxelles des 16 et 17 décembre 2004, après d'intenses négociations marquées par les réticences de certains États, les Vingt-Cinq décident d'ouvrir les négociations d'adhésion avec la Turquie le 3 octobre 2005, tout en lui fixant des conditions très strictes, dont la plus immédiate concerne la reconnaissance de facto de la République de Chypre. Mais, constatant le ralentissement du rythme des réformes et le refus persistant de la Turquie d'appliquer à Chypre les dispositions de l'union douanière qui la lient à l'U. E. – comme l'y oblige le protocole d'Ankara qu'elle a signé en juillet 2005 –, les Vingt-Cinq décident le gel partiel des négociations d'adhésion de la Turquie en décembre 2006.
À l'approche de l'élection présidentielle, une crise politique opposant islamistes et défenseurs de la laïcité éclate en avril 2007 et paralyse le pays pendant cinq mois. Par deux fois, dans la crainte qu'un candidat issu de l'islam politique ne fasse reculer la laïcité, l'armée, le parti républicain du Peuple (C.H.P.), la Cour constitutionnelle et une importante mobilisation laïque mettent en échec la candidature de A. Gül, numéro deux de l'A.K.P. Ce dernier s'empresse de faire voter au Parlement une série de réformes et, notamment, le principe de l'élection du président de la République au suffrage universel direct, dont le mandat – renouvelable une fois – passe de sept à cinq ans (cette réforme sera approuvée par référendum à l'automne 2007). Pour dénouer la crise institutionnelle, des élections législatives anticipées sont convoquées le 22 juillet. L'A.K.P. en sort renforcé. Avec 46,7 % et 338 députés, il devance largement les kémalistes du C.H.P. (20,6 %, 97 députés), tandis que la droite ultranationaliste du M.H.P. (qui a mené campagne pour le rétablissement de la peine capitale et l'arrêt des négociations avec l'Union européenne) n'atteint que 14,3 % (69 sièges). Pour la première fois, 21 élus kurdes du D.T.P. (parti pour une Société démocratique) siégeront au Parlement. Le 28 août 2007, A. Gül est élu à une large majorité (339 voix) à la présidence de la République.
En décembre 2007, l'armée turque pénètre au Kurdistan irakien pour y détruire les bases arrière du P.K.K., dont des positions sont pilonnées par l'aviation. Cette intervention fait suite à une série d'attaques du P.K.K. contre les forces de sécurité turques, qui ont provoqué une vague de nationalisme en Turquie.
En mars 2008, la justice engage une nouvelle épreuve de force avec l'A.K.P., visant à obtenir son interdiction ainsi que l'inéligibilité de soixante et onze de ses membres, dont le Premier ministre et le président de la République. Le 30 juillet, tenant compte des inquiétudes suscitées par une telle mesure dans les capitales européennes et dans la population, les onze juges de la Cour constitutionnelle optent, à une voix près, pour une solution de compromis. Le parti échappe ainsi de justesse à la dissolution (et ses dirigeants à l'interdiction d'appartenir à un parti) mais il est privé de la moitié de son financement public pour cette année. En revanche, votée par le Parlement en février, la réforme de la Constitution, qui autorisait implicitement le port du voile islamique dans les universités, est annulée par la Cour constitutionnelle dès le mois de juin. En mars 2009, l'A.K.P. vient en tête des élections municipales et provinciales avec 39 % des suffrages devant le C.H.P. (kémaliste, 23,2 % des voix), le M.H.P. (nationaliste, 16,1 %), le D.T.P. (pro-kurde, 5,5 %, qui enregistre une victoire sans appel à Diyarbakir) et le S.P. (Saadet Partisi, parti de la Félicité, islamiste, 5,1 %) mais son recul par rapport au scrutin législatif de 2007 sonne comme un avertissement pour le parti au pouvoir.
Prônant un « multilatéralisme effectif », la Turquie veut exploiter ses atouts – sa position charnière au centre de l'Eurasie et ses liens culturels dans un vaste espace géographique – pour renforcer son rôle dans la stabilité politique régionale, que ce soit au Caucase du Sud ou au Proche et Moyen-Orient, voire tenir un rôle international à part entière. Sa position stratégique pour l'acheminement du pétrole et du gaz vers l'Europe (oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, inauguré en 2005, projet de gazoduc Nabucco), ses relations étroites avec l'Azerbaïdjan (proche allié), la Géorgie (dont elle est aussi un partenaire commercial majeur) et avec la Russie (dont elle dépend en grande partie pour son approvisionnement en gaz qu'elle voudrait cependant diversifier) sont autant de raisons qui l'incitent à s'impliquer davantage en Transcaucasie. Le conflit russo-géorgien (7-12 août 2008) la prend de court mais lui donne aussi l'occasion de remettre sur la table un ancien projet de coopération et de stabilité pour le Caucase qui réunirait ces États ainsi que l'Arménie avec laquelle un accord « historique » est par ailleurs signé le 10 octobre 2009. Si deux questions litigieuses restent en suspens – la reconnaissance par la Turquie du génocide des Arméniens et le règlement du conflit entre Bakou et Erevan concernant l'enclave du Haut-Karabakh – cet accord devrait entraîner, après ratification par les deux parlements, l'établissement de relations diplomatiques et l'ouverture de la frontière entre les deux pays.
Au Proche et Moyen-Orient, la Turquie, carte maîtresse de l'O.T.A.N. dans la région, vise également la stabilité en prônant désormais une intégration économique plus étroite et un rapprochement politique avec ses voisins tandis que l'intervention militaire à Gaza en décembre 2008-janvier 2009, fermement condamnée par Ankara, entraîne une détérioration des relations avec Israël. Au mois d'octobre, plusieurs initiatives témoignent de cette évolution : le 13, les gouvernements turc et syrien tiennent un conseil des ministres commun à Alep pour lancer un conseil de coopération stratégique alors même que pour la première fois depuis l'accord conclu en 1996, la Turquie écarte l'aviation israélienne des opérations « Aigle anatolien », un exercice organisé chaque année depuis 2001 dans son espace aérien et ouvert à plusieurs pays dont Israël et les États membres de l'Alliance atlantique. Parallèlement, en visite à Bagdad le 15, R. T. Erdoğan et plusieurs de ses ministres signent une série d'accords économiques avec l'Iraq. Enfin, les 26 et 27, écartant les suspicions des pays occidentaux concernant le programme nucléaire iranien, le Premier ministre turc resserre également les relations avec l'Iran (son deuxième fournisseur de gaz après la Russie) lors d'une visite officielle à Téhéran.
Antioche de Syrie, aujourd'hui Antakya, Boğazköy, Çatal Höyük, Cnide, Didymes, Éphèse, Gordion, Halicarnasse, Karkemish, Magnésie du Méandre, Milet, Nemrut Dağ, Pergame, Priène, Sardes, Tarse, Troie, Xanthos, Yazilikaya.
Ani, la Cappadoce, Constantinople avec Sainte-Sophie, Iznik (Nicée), Kayseri, Konya.
Brousse, Diyarbakır, Edirne, Erzurum, Malatya, Istanbul avec les chefs-d'œuvre de Sinan et le Topkapı, Sıvas, Trébizonde.
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