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Iran

Iran

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Carton de situation

Iran
en persan Irān
Nom officiel : République islamique d'Iran

État d'Asie occidentale baigné au nord par la mer Caspienne, au sud par le golfe Persique et la mer d'Arabie, l'Iran est limité au nord par l'Arménie, l'Azerbaïdjan et le Turkménistan, à l'est par l'Afghanistan et le Pakistan, à l'ouest la Turquie et l'Iraq.

Superficie : 1 650 000 km2
Nombre d'habitants : 74 196 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Iraniens
Capitale : Téhéran
Langue : persan
Monnaie : rial iranien

Chef de l'État : Mahmud Ahmadinejad

Chef du gouvernement : Mahmud Ahmadinejad

Guide spirituel : Ali Hoseini Khamenei

Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel

Constitution :

 Adoption : 24 octobre 1979

 Entrée en vigueur : 3 décembre 1979

 Révision : juillet 1989

Institutions

Exécutif

Chef de l'État et du gouvernement : président de la République

Législatif

 Assemblée consultative islamique

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

La majeure partie de l'Iran est constituée par un haut plateau massif, correspondant à un socle ancien rigide recouvert de couches sédimentaires secondaires et tertiaires. D'altitude généralement supérieure à 1 000 m, il est découpé, par des chaînes transversales, en compartiments dont le fond peut être notablement plus bas : Grand Kavir dans le Centre-Nord-Est (fond vers 600 m) ; Lut, au sud-est (fond vers 200-300 m) ; Sistan (ou Séistan), à la frontière afghane (fond vers 460 m). Le Grand Kavir (Dacht-e Kavir) et le Lut (Dacht-e Lut) sont séparés par des massifs très morcelés (3 000 m). Entre le Lut et le Sistan les hauteurs continues du Kuhestan (2 300 à 2 800 m), parallèles à la frontière afghane, réunissent pratiquement les deux arcs montagneux bordiers qui, allongés sur plus de 2 500 km, enserrent le plateau au nord et au sud.

   Au nord, l'Elbourz, à concavité tournée vers la Caspienne, est une chaîne à double déversement, vers le nord et le sud, comportant des aspects jurassiens dans une série sédimentaire mésozoïque, mais aussi d'énormes intrusions de roches vertes, ultrabasiques, du début du tertiaire, des fragments de socle (Alam Kuh, au nord-ouest de Téhéran) et le puissant édifice volcanique récent du Demavend dépassant 5 600 m, au nord-est de Téhéran. Plus à l'est, les monts du Khorasan voient s'étendre les affleurements du socle, mais comportent encore des formes jurassiennes dans la couverture sédimentaire. Au sud, les chaînes du Zagros, allongées sur 1 800 km de la frontière turque jusqu'au droit de Bandar Abbas, avec une largeur moyenne de 250 km, atteignent 4 500 m dans la partie centrale (Zard Kuh à la hauteur d'Ispahan), avant de se morceler dans les bassins du Fars, puis de se relever au droit du rebroussement d'Ormuz (encore 4 500 m au sud de Kerman). La dorsale principale se rétrécit ensuite et s'ennoie dans les chaînons du Baloutchistan, discontinus, que dominent les grands volcans du Kuh-e Basman et du Kuh-e Taftan. Les chaînes du Zagros comportent au sud-ouest un domaine sédimentaire, à longues crêtes parallèles et formes structurales jurassiennes, où se situent, dans les plis bordiers de la plate-forme arabique, les structures anticlinales qui constituent les pièges pétroliers. Au nord-ouest de l'Iran, enfin, les deux arcs montagneux bordiers se rapprochent. Le plateau central se rétrécit et se fragmente dans l'Azerbaïdjan, où alternent des blocs anciens, parfois revêtus de leur couverture sédimentaire, et des fossés d'effondrement (lac d'Ourmia), dominés par de grands édifices volcaniques (Sahand et Sabalan) issus des fissures du socle.

   Le plateau iranien est de climat très continental, avec de fortes amplitudes (Ispahan, à 1 590 m d'altitude : moyenne de janvier 3,9 °C ; moyenne de juillet 27,2 °C), qui s'atténuent dans les régions littorales des côtes caspiennes ou du golfe Persique, tièdes en hiver. Il est d'autre part profondément marqué par l'aridité. En été, la sécheresse, sous l'effet du flux subtropical orienté vers les basses pressions du nord-ouest de l'Inde, est quasi totale et seule la frange caspienne, sur le versant nord de l'Elbourz, reçoit des pluies apportées par les dépressions de la zone tempérée. De l'automne au printemps, les dépressions méditerranéennes atteignent plus ou moins tout le pays, mais s'atténuent rapidement vers l'est et n'apportent de précipitations abondantes que sur l'ouest du Zagros et l'Elbourz. Quelques pluies de convection s'y ajoutent au printemps sur le plateau. Les seuls secteurs bien arrosés sont ainsi la frange caspienne (précipitations décroissantes vers l'est de 1 500 à 600 mm par an), les hauteurs du Zagros occidental (600 à 800 mm) et, à un moindre degré, celles de l'Azerbaïdjan. Sur la majeure partie du plateau et des piedmonts intérieurs les précipitations se situent entre 100 et 300 mm (Ispahan 120 mm ; Téhéran 250 mm). Les cuvettes du centre et du sud-est sont des déserts, et les précipitations doivent être presque nulles dans le cœur du Lut. Un contraste majeur oppose ainsi les régions du Nord et de l'Ouest, où les cultures pluviales de céréales sont généralement possibles, à l'exception de bassins profondément abrités (plaine de Tabriz, par exemple, en Azerbaïdjan), et celles de l'Est et du Sud-Est, où inversement les cultures pluviales ne sont plus possibles que dans quelques îlots montagnards (Kuhestan, grands volcans du Baloutchistan). On retrouve ce contraste dans la carte du tapis végétal naturel qui oppose les forêts du Nord et de l'Ouest (forêt composite et humide de la frange caspienne, chênaie du Zagros, forêt de genévriers du versant intérieur de l'Elbourz et du Khorasan) aux steppes arborées des piedmonts (formation à pistachiers-amandiers), steppes nues et déserts du Centre et de l'Est. Mais le déboisement a été intense et précoce (dès l'époque sassanide, avant la conquête islamique, en liaison avec une période de prospérité favorisant l'accroissement de la population et de développement des villes), et seule la forêt caspienne est aujourd'hui conservée sur des étendues appréciables.

Le peuplement et les genres de vie

L'Iran a des frontières communes avec l'Iraq, la Turquie, l'Azerbaïdjan, l'Arménie, le Turkménistan, l'Afghanistan et le Pakistan ; comme la Russie et le Kazakhstan, il est baigné par la mer Caspienne ; unique riverain oriental du golfe Persique, il partage ce bras de mer avec les pays de la péninsule arabe. Carrefour, enfin, de plusieurs ensembles géopolitiques, linguistiques et ethniques – golfe Persique, Moyen-Orient, Caucase, Asie centrale, sous-continent indien –, le gigantesque territoire iranien et son histoire plurimillénaire ont été traversés par des populations et des courants religieux et idéologiques multiples.

   Toute la géographie humaine est encore largement dominée par le contraste, d'origine médiévale, entre nomades et sédentaires, et par leur imbrication. Dans l'Antiquité, l'Iran, pays de tradition sédentaire, s'opposait par excellence au Touran (steppes de la basse Asie centrale, vouées au nomadisme). La civilisation rurale iranienne avait développé de bonne heure dans le fond des vallées montagnardes, aménagées en terrasses et irriguées par eaux courantes, et dans les oasis de piedmont du plateau, irriguées surtout par galeries drainantes souterraines (qanat), une agriculture savante et minutieuse, fondée sur des cultures continues avec rotations complexes, comportant notamment des plantes fourragères (luzerne) permettant l'élevage d'un gros bétail fournissant une fumure abondante. Après la fixation rapide des tribus iraniennes sur le plateau au tournant du Ier millénaire avant J.-C., le nomadisme était, dans l'Antiquité, limité à quelques groupes marginaux localisés dans le désert du Centre-Est, et les montagnes du Zagros étaient occupées par des villageois, à courts déplacements pastoraux vers les alpages voisins, dont les Kurdes (5 millions de locuteurs aujourd'hui) et les Lurs chiites (environ 450 000) sont les héritiers. Les Kurdes sont pour la plupart sunnites et semi-nomades (moutons, chèvres, chevaux). Ils forment plusieurs tribus dont une minorité est sédentaire et convertie au chiisme.

   La conquête islamique avait fort peu modifié ce schéma, introduisant des nomades arabes seulement le long des terres chaudes (garmsir) du littoral du golfe Persique, où se situe, ainsi que dans la partie iranienne de la Mésopotamie, la minorité arabe du pays (un million de personnes environ). Les modes de vie de cette minorité vont du nomadisme total à la sédentarisation – tribalisée ou non –, en passant par toutes les formes de semi-nomadisme moutonnier ou chamelier. La plupart des Arabes sont chiites, à l'exception de la grande tribu des Banu Tamim, qui est sunnite. À partir des IXe et Xe s., l'irruption en masse des grands nomades turcs et mongols provenant des steppes de l'Asie centrale va entraîner des bouleversements ethniques et culturels majeurs. L'Azerbaïdjan, où s'accumulent les nomades face à la Géorgie chrétienne et à l'empire grec de Trébizonde, sera turquisé, la transformation linguistique s'achevant au XVIe s. avec le retour vers cette province de nomades turkmènes chiites d'Anatolie, lorsque le chiisme est adopté comme religion d'État par l'Iran séfévide. Cette communauté, qui parle des dialectes azéris, forme un groupe d'environ 4 millions d'individus chiites. Au sein de cet ensemble largement sédentarisé et souvent détribalisé se trouvent encore quelques grandes tribus comme les Afchars (350 000), dont une faible minorité pratique toujours le semi-nomadisme moutonnier, et les Chah-sevans, que le pouvoir central iranien tente de contenir dans la région du bas Araxe. D'autres groupes turcs s'installent un peu partout (nomades Kaskays du Fars ; Turkmènes des steppes de l'Atrek, au N.-E.). Les minorités turques doivent former au total plus du quart de la population du pays.

   Au S.-E. se mettent en place les grandes tribus nomades baloutches, peuple de langue iranienne (un million de personnes environ en Iran), mais dont l'origine est à chercher dans le nord-est du pays, d'où ils ont été repoussés par les invasions turques.

   Toutes les chaînes du Zagros sont bédouinisées, et de larges fractions de la population iranienne sédentaire, dans le contexte d'insécurité dominant, converties au grand nomadisme belliqueux, donnant notamment naissance à la puissante confédération des Bakhtiyaris (500 000 personnes), à l'ouest d'Ispahan. Seule la frange littorale caspienne, avec son épaisse forêt humide où les chameaux ne peuvent subsister, est délaissée par les nomades, et cette région, marginale pendant l'Antiquité, où la civilisation iranienne s'est essentiellement développée sur le plateau intérieur aride, va voir s'accumuler peu à peu, à partir du XVe s., une concentration de population paysanne réfugiée qui est aujourd'hui de loin la plus dense du pays. Un mouvement spontané de fixation de l'excédent démographique des tribus nomades permet au peuplement sédentaire de progresser de nouveau dans le Zagros et en Azerbaïdjan à partir des XVIIIe et XIXe s., mais il faudra attendre la politique de contrôle des tribus et de sédentarisation autoritaire conduite par Reza Chah dans les années 1930 pour que l'influence politique et sociale du nomadisme régresse réellement. L'Iran compte encore aujourd'hui, avec les grandes confédérations du Zagros (Kaskays, Bakhtiyaris), des groupes nomades qui sont parmi les plus nombreux et les plus cohérents de la planète, ainsi que d'innombrables semi-nomades transhumant vers les pâturages d'été avec chèvres et moutons. Au sud du Kurdistan, sur les marges du Fars, vivent : les Kuh Galus (150 000), groupant plusieurs tribus (dont certaines parlent un dialecte oghouz), qui sont sous l'autorité de quatre familles ; les Mamassanis (50 000) ; les Kachgharis (600 000), dont le centre est Chiraz, et les Khamsehs, qui réunissent cinq tribus hétérogènes partiellement sédentarisées. L'Iran compte par ailleurs 300 000 bahaïs, 220 000 Arméniens, 350 000 chrétiens (catholiques, chaldéens, assyriens, grecs orthodoxes et uniates), 70 000 juifs et environ 30 000 zoroastriens.

   L'Iran est le pays au monde qui a connu la plus grande baisse de son taux de fécondité depuis les années 1970, passant de 6,5 à 1,8 enfant par femme.

   À peu près la moitié de la population totale est d'une part de langue persane et, d'autre part, urbaine. Les grandes villes ont connu récemment une croissance démographique spectaculaire, à laquelle n'a pas correspondu une augmentation proportionnelle des emplois dans l'industrie, sinon dans les services. Téhéran domine la vie urbaine, étant même la ville la plus peuplée de l'Asie occidentale, mais d'autres agglomérations dépassent le million d'habitants (Ispahan, Mechhed, Tabriz).

Naissance d'une puissance économique

L'agriculture

L'agriculture porte largement la marque de ces siècles de prépondérance nomade. À côté des oasis et vallées de montagne, où s'est conservée la tradition de la vieille agriculture irriguée, intensive, des paysans iraniens, avec ses hauts rendements, de vastes espaces sont voués à une agriculture pluviale céréalière très extensive issue de la fixation des nomades. La production céréalière est aujourd'hui, sauf pour le riz (frange caspienne et Khuzestan), loin de suffire aux besoins. Mais les cultures industrielles se sont notablement développées depuis 1930 : betterave à sucre (irriguée) sur le plateau (notamment au Khorasan) et canne à sucre (Khuzestan), qui suffisent à la consommation de sucre ; thé (boisson nationale), sur le littoral caspien (assurant 75 % de la consommation du pays) ; coton (large surplus exportable) dans le Gorgan, le Khuzestan, le Fars ; graines oléagineuses ; tabac (région d'Ispahan) ; soie (encore présente dans la frange caspienne). La construction de grands barrages et l'aménagement de nouveaux périmètres irrigués (sur le Dez et la Karkhè dans le Khuzestan, avec le projet sur le Karun dans la même région ; sur le Sefid Rud pour accroître le volume d'eau disponible pour la riziculture du Gilan sur la côte caspienne ; sur le Zayandè Rud pour régulariser l'irrigation dans l'oasis d'Ispahan ; sur l'Araxe à la frontière irano-soviétique pour la fixation de nomades en Azerbaïdjan) apportent des perspectives de développement.

Le pétrole

La modernisation du pays est encore, en fait, fondée presque exclusivement sur le pétrole, exploité depuis 1908-1909 dans le Sud-Ouest (Khuzestan et chaînons bordiers du Zagros), où se trouve la quasi-totalité des gisements. À l'intérieur de ce secteur, la production a migré peu à peu du N.-O. vers le S.-E. (Agha Djari, Gatch Saran, Bibi Hakeme), aujourd'hui le plus productif, et s'étend en outre à plusieurs gisements sous-marins dans le golfe Persique. Sur le plateau iranien n'ont été trouvés jusqu'ici que des gisements médiocres ou d'exploitation difficile, associés cependant parfois à d'importantes réserves de gaz.

L'industrialisation

Les importantes ressources financières ainsi apportées ont permis d'amorcer l'équipement et l'industrialisation du pays, qui n'a, par ailleurs, d'autres produits exportables que les tapis fournis par l'artisanat traditionnel. Une première phase s'était située dans les années 1930, avec la politique volontariste de Reza Chah, qui, outre de grands travaux d'infrastructure (chemin de fer transiranien, reliant le golfe Persique à la Caspienne), développa de nombreuses industries de consommation, notamment textiles et alimentaires (réseau de raffineries de sucre). La grande industrie à cette époque se limite à la puissante raffinerie pétrolière d'Abadan.

   Mohammad Reza, le fils de Reza Chah, a repris, entre 1950 et 1970, cette politique de modernisation forcée dont, malgré les violentes oppositions qu'elle a suscitées, la révolution blanche des années 1960 marque l'apogée (réforme agraire, nationalisation des forêts et des pâturages, vente des usines de l'État, distribution de 20 % des bénéfices aux ouvriers, etc.). Il a poursuivi les travaux d'infrastructure (voies ferrées, routes, oléoducs, gazoducs) et l'industrialisation du pays (pétrochimie de Chiraz, aciéries d'Ispahan, centrales nucléaires, complexes sidérurgiques).

   L'Iran a su habilement tirer parti de l'énorme masse de revenus procurée par les gisements pétroliers – essentiellement concentrés dans le Khuzestan et dans les eaux territoriales du golfe Persique. Le pétrole iranien, avec 8 milliards de tonnes, représente 10 % des réserves mondiales connues, et les 27 milliards de m3 de gaz naturel, 20 % des réserves mondiales. La production (300 millions de tonnes en 1974) est exportée par le port d'Abadan, qui dispose d'une raffinerie d'une capacité de 20 millions de tonnes, par Bandar Machur, au fond du golfe Persique, et par le port artificiel de l'île de Kharg et son oléoduc sous-marin.

   À partir des accords négociés par Reza Chah en 1933, puis de la nationalisation de l'industrie pétrolière décrétée en 1951 par Mossadegh, le Premier ministre de Mohammad Reza, l'Iran va pratiquer une politique des renégociations périodiques, notamment en 1966, date de l'accord avec le groupe français E.R.A.P. (Entreprise de recherche et d'action pétrolières, liée à la société Elf). En 1967, le consortium des compagnies pétrolières augmente, sous la contrainte, ses exportations de 15 %, restitue 260 000 km2 de concessions pétrolières, accepte la création d'une société nationale des pétroles iraniens, qui commercialise une partie de la production, et signe elle-même des contrats particuliers, notamment avec l'U.R.S.S. En octobre 1973, la hausse du prix du baril permet aux revenus pétroliers d'atteindre les 20 milliards de dollars, soit 20 fois plus qu'en 1970.

La révolution et la guerre

La révolution fait chuter la production ; de 150 millions de tonnes en 1979, elle descend à 75 millions en 1980. La guerre avec l'Iraq ravage les champs pétrolifères, la grande raffinerie d'Abadan et le terminal de l'île de Kharg. Toute l'économie subit les contrecoups de ces deux événements. La période de la révolution est une époque de redistribution des richesses profitant aux fondations religieuses, qui gèrent les fortunes immenses nées de la spéculation et de la corruption. Des confiscations autoritaires sont opérées au profit d'une nouvelle classe de commerçants qui monopolise l'ensemble des activités de distribution. Tandis que les grandes entreprises et les banques sont nationalisées – l'économie publique représente 70 % de l'activité –, la réforme agraire est en grande partie abandonnée, l'opposition des grands propriétaires terriens étant trop forte : seule une faible partie des biens confisqués sera redistribuée aux défavorisés. La monnaie se dégrade, l'isolement international de l'Iran affaiblit son économie, les dépenses d'armement accaparent le tiers de son budget.

   Après la mort de l'ayatollah Khomeyni s'ouvre une nouvelle période économique. Le président Rafsandjani fait adopter un plan quinquennal de reconstruction fondé sur la libéralisation économique, la privatisation du secteur public et la dévaluation de la monnaie. L'Iran construit de nouveaux barrages sur l'Araxe et de nouveaux complexes pétrochimiques, développe les exportations de caviar, de fruits, de tapis et relance la production industrielle et pétrolière, en reconstruisant les raffineries, les terminaux et les oléoducs.

   La promulgation, par le président Bill Clinton, de la loi Kennedy-d'Amato, en août 1996 – elle menace de sanction les investisseurs étrangers en Iran – vient s'ajouter à l'embargo américain, décidé en mai de la même année.

L'Iran actuel

Dans le Nord et l'Ouest, l'agriculture pluviale est possible, quoique souvent aléatoire. Ailleurs domine un élevage ovin et caprin très extensif, largement lié à un nomadisme en recul. L'agriculture occupe environ le quart des actifs. Le blé est, avec l'orge, la céréale dominante. Le thé, la canne à sucre, le coton, le tabac, le riz sont complétés par les fruits et légumes et l'Iran est devenu exportateur.

   Le pétrole demeure la richesse essentielle de l'Iran. Les gisements pétroliers sont concentrés essentiellement concentrés dans le Khuzestan et dans les eaux territoriales du golfe Persique. Le pétrole iranien, avec 5 % de la production mondiale, représente 10 % des réserves mondiales connues (deuxième rang mondial), et les 27 milliards de m3 de gaz naturel, 20 % des réserves mondiales (deuxième rang mondial). Le pétrole fournit à lui seul la quasi-totalité des exportations.

   La rente pétrolière a permis à l'Iran de se doter d'infrastructures convenables (centrales électriques, routes, chemins de fer, télécommunications), autorisant une politique industrielle active sous la direction de la puissante organisation du Plan et du Budget. Le système économique est largement dominé par les compagnies d'État et les banques publiques, qui soutiennent un secteur privé dynamique, nationalisé en 1979 et acquis par des fondations parapubliques, comme la Fondation des déshérités, depuis 1989. L'Iran dispose d'une solide base industrielle, surtout concentrée dans la zone de Téhéran-Karadj, qui rassemble près de la moitié des entreprises du pays, ainsi qu'à Ispahan, Tabriz, Arak, Ahwaz, Chiraz, Zandjan. Les entreprises travaillent souvent en collaboration avec des sociétés étrangères, les activités, très diverses, allant des productions lourdes aux biens de consommation : acier (Ispahan, Ahwaz), montage automobile, chimie, électroménager (Téhéran), mécanique lourde, aluminium (Arak). Une politique active est menée pour développer de nouveaux centres industriels à Kerman (raffinerie de cuivre de Sar-i Tchachmè), Zandjan, Qazvin, Semnan, Qom ou Bandar Abbas, qui est appelé à devenir une vraie capitale pour le sud du pays. Malgré les nouvelles perspectives offertes par l'ouverture des frontières de l'ex-URSS et une meilleure insertion régionale, l'Iran est handicapé par le manque de bons moyens de communications avec l'étranger : la seule grande route internationale qui le dessert est celle de la Turquie.

HISTOIRE

Les migrations et l'arrivée des Aryens (jusqu'au VIIe s. avant J.-C.)

Vers la fin du IIIer millénaire avant J.-C., l'aridité croissante ruine un certain nombre d'oasis et de cités, puis l'effondrement de la civilisation de l'Indus (XVIIIe s. avant J.-C.) amène une diminution du grand commerce dans l'est de l'Iran. Mais la culture iranienne bénéficie des apports des populations caractérisées par leur poterie grise et en qui on voit généralement les Aryens. Au cours du IIe millénaire avant J.-C., les nouveaux venus progressent du nord-est vers l'ouest de l'Iran, où apparaissent de brillantes cultures régionales qui mêlent la tradition indigène, les techniques de la Mésopotamie et l'apport des aristocraties guerrières venues du nord-est. Les réalisations les plus brillantes sont celles de l'art d'Amlach ou de Marlik (à partir du XIVe s. avant J.-C., dans l'actuel Gilan), puis de Hasanlu (en Azerbaïdjan) et du Lorestan. Les maîtres des districts de l'Iran se font bâtir des forteresses et adoptent l'équitation, qui accroît leur puissance guerrière.

   L'identité de ces conquérants n'est révélée qu'au IXe s. avant J.-C., lorsque les Assyriens signalent, pour la première fois, les Perses et les Mèdes, qui atteignent alors le rebord occidental du Zagros, au milieu de populations qui vont bientôt adopter les langues des nouveaux venus. Morcelés en petits royaumes, les Mèdes et les Perses subissent la domination ou les exactions de l'Assyrie, de l'Élam ou des Scythes installés dans le Zagros.

L'Empire mède (612-550 avant J.-C.)

L'Assyrie, qui a détruit l'Élam (vers 646 avant J.-C.), s'effondre à son tour (612 avant J.-C.) sous les coups de la coalition des Babyloniens et des Mèdes. Le roi de ces derniers, Cyaxare, auteur ou bénéficiaire de l'unification du peuple mède, étend alors son empire à l'ouest, jusqu'à l'Halys, mais nous ne savons rien sur l'étendue de sa domination en Iran.

L'Empire perse de la dynastie achéménide (550-330 avant J.-C.)

L'Empire mède tombe intégralement aux mains du roi perse achéménide Cyrus II lorsqu'il vainc et capture le roi des Mèdes, Astyage (vers 550 avant J.-C.). Les Achéménides vont dominer tout l'Iran géographique et déborder même sur l'Asie centrale, où ils trouveront des populations parlant des langues du groupe aryen, les Bactriens et les Sogdiens, qui s'intégreront alors à l'ensemble iranien, les Chorasmiens et les Sakas, qui seront moins marqués par la domination perse.

   

Cambyse II (530-522 avant J.-C.) s'empare de l'Égypte ; Darios Ier (522-486 avant J.-C.) porte les frontières de l'empire à l'Iaxarte (Syr-Daria), à l'Indus et au Danube. Mais les Athéniens l'emportent sur l'armée perse, lors de la première guerre médique (Marathon, 490 avant J.-C.) et, dans la seconde guerre médique, l'expédition, dirigée par Xerxès Ier (roi de 486 à 465 avant J.-C.), est vaincue à Salamine (480 avant J.-C.) et à Platées (479 avant J.-C.). Ces défaites marquent les limites de la puissance achéménide, qui ira peu à peu s'amenuisant sous les successeurs de Xerxès Ier.

   L'Iran est la partie la plus étendue de l'Empire achéménide et celle qui fournit les meilleures troupes et les cadres de l'administration et de l'armée. Mais à l'est de la Médie et de la Perside (pays perse) il n'y a que des régions pauvres en villes et qui semblent encore ignorer l'écriture.

La domination gréco-macédonienne (IVe-IIe s. avant J.-C.)

Les satrapies de l'Iran oriental manifestent leur esprit belliqueux lors de l'expédition d'Alexandre qui est arrêté quatre ans (330-327 avant J.-C.) par leur résistance ou leurs révoltes. Mais le conquérant macédonien a l'habileté de faire appel à la noblesse guerrière de l'Iran tout entier pour administrer ces régions et renforcer son armée. Sa politique est reprise, semble-t-il, par les premiers rois de la dynastie macédonienne des Séleucides, qui, depuis 309 avant J.-C., domine l'Iran : comme Alexandre, ils multiplient les fondations de villes à statut de cité grecque autonome et à décor grec, où la noblesse iranienne vient s'helléniser sans perdre ses qualités guerrières.

   Mais la royauté séleucide, dont le domaine s'étire sur 4 000 km d'ouest en est, et qui se préoccupe en priorité de sa façade méditerranéenne, néglige l'Iran, où des dissidences se produisent à partir du IIIe s. avant J.-C. : ainsi en Médie Atropatène (Azerbaïdjan) et en Perside, où des dynasties perses s'appuient sur la religion mazdéenne et le souvenir des Achéménides, dans l'Élymaïde, qui garde une part de la tradition élamite, en Bactriane, où, pour résister aux peuples de la Grande Steppe, des rois grecs constituent un puissant État (vers 239 avant J.-C.). À la même époque, un peuple scythe, qui prend le nom de Parthes de la Parthiène (aujourd'hui Khorasan), où il s'installe, y forme, sous la dynastie des Arsacides, un royaume indépendant. Lors de sa grande expédition (212-204 avant J.-C.), le Séleucide Antiochos III doit se contenter de faire reconnaître sa souveraineté par les rois des Parthes et de Bactriane.

La domination parthe

Les tentatives des Séleucides pour établir leur souveraineté sur les rois et dynastes locaux ne donnent que des résultats éphémères. Au milieu du IIe s. avant J.-C., l'Arsacide Mithridate Ier met la main sur la majeure partie de l'Iran et transforme la domination de sa horde en un véritable État conçu sur le modèle hellénistique. (Arsacides) Mais dans cet empire, l'hellénisation ne progresse plus guère, l'iranisme reprend le dessus et les principautés locales abondent. Cependant, si les Parthes ont dû abandonner l'extrémité orientale de l'Iran aux Tokhariens, maîtres de la Bactriane et de la vallée de l'Indus, ils ont étendu leur domination à la Mésopotamie, à partir de laquelle ils tenteront plus d'une fois de rééditer l'expansion achéménide vers l'ouest.

   L'évolution politique et culturelle n'influe guère sur la civilisation matérielle. Malgré l'importance du commerce qui traverse l'Iran (dès l'époque parthe, au moins, la soie de Chine s'ajoute aux denrées traditionnelles), les villes et les monuments restent, en gros, cantonnés dans l'ouest de l'Iran. Les Séleucides se contentent de changer les noms des cités, et les Parthes placent leurs capitales de préférence en Mésopotamie.

L'Iran sassanide (224-651 après J.-C.)

Comme les Achéménides, les Sassanides savent profiter de l'expérience de leurs devanciers, qu'ils n'écartent pas à tout prix des postes de responsabilité. Il n'y a pas rupture avec le passé, ainsi que l'atteste, tout au long du IIIe s., la présence de la langue parthe, à côté du moyen perse. La grande inscription du roi Narsès (293-302) est encore rédigée dans les deux dialectes, parthe et moyen perse, et les Parthes y sont cités à de multiples reprises en compagnie des Perses. Aussi bien, dans le passage des Parthes Arsacides aux Perses Sassanides, il n'y a pas eu révolution, mais seulement changement de personnalités et de tendances. Le nouveau parti sait profiter d'une conjoncture exceptionnelle : désagrégation de la monarchie résultant de la sécession des satrapies et de l'insoumission d'une partie de la noblesse, et faiblesse des Romains. Ainsi s'explique le succès des deux premiers Sassanides, Ardachêr (vers 226-241) et Châhpuhr Ier (241-272), dont les noms, au demeurant, sont parthes.

   Cependant, la Perse de cette époque fait partie d'un monde nouveau depuis que s'est étendu le christianisme, en Mésopotamie particulièrement, et que de nouvelles religions voient le jour en Iran, comme le manichéisme, ou y pénètrent, comme le bouddhisme à l'est, en Asie centrale. Il se produit là un fait nouveau, capital pour l'histoire religieuse de l'Iran : ce foisonnement de religions concurrentes et prétendant à l'universalisme conduira le zoroastrisme, ou mazdéisme, à s'organiser en une religion d'État puissante et hiérarchisée, et à se faire le persécuteur de ces religions étrangères. C'est la fin du monde iranien où la cohabitation des croyances était possible. Mais, au plan de la culture profane, l'Iran demeure toujours perméable aux apports étrangers. En dépit des persécutions religieuses inaugurées par le grand mage Kirdîr et poursuivies officiellement par l'appareil politico-religieux aux IVe et Ve s., on assiste en Iran, dans le domaine des lettres, à un phénomène d'importance majeure qui a pu se produire très probablement vers la fin de l'époque sassanide, aux VIe et VIIe s., mais qui se prolongera bien au-delà dans les siècles suivants. Il s'agit du passage de la culture orale à la culture écrite. On sait, en effet, combien les Iraniens de l'Antiquité croyaient à la force des traditions orales. La rareté des documents historiques ou religieux, jusqu'à la fin de la période sassanide, en est la preuve. L'histoire de la Perse antique ne nous est connue qu'à travers les sources étrangères.

   Mais, sous la pression des religions à écritures, et par l'effet du brassage des cultures au cœur même de l'Iran sassanide, qu'il s'agisse de la culture gréco-latine, arménienne, chrétienne (syriaque) ou indienne, les Iraniens, au cours d'une lente évolution, ont compris la nécessité de consigner par écrit leurs traditions, religieuses ou profanes. Ainsi la codification des textes sacrés de l'Avesta et la mise par écrit des commentaires en pahlavi ne se sont faites qu'à cette époque tardive, où les grands Khosrô encourageaient les lettres et les arts, voire plus tard. De même, la rédaction des premières épopées (Livre des Rois) en pahlavi, qui seront utilisées dans la littérature persane naissante, ou des recueils sapientiels (andarz), appartient à cette même époque. Cette transformation a conditionné tout l'avenir de la culture persane islamisée.

L'Iran arabe et turc

L'histoire des premiers siècles de l'Iran islamique est particulièrement mal connue. L'islam dut être, lentement, imposé par la force et par les contraintes économiques. La conquête systématique de l'Iran est entreprise sous le règne du deuxième calife Umar (634-644). La première révolte réussie est celle d'Abu Muslim du Khorasan. La politique omeyyade (principe dynastique, domination d'une aristocratie arabe, système fiscal écrasant) avait mécontenté les Iraniens et une partie des Arabes. La révolte aboutit, en 750, à la chute des Omeyyades et à l'accession au trône d'Abu al-Abbas, fondateur de la dynastie abbasside.

   Au contraire des Omeyyades de Damas, dont l'empire était centré sur d'anciennes provinces byzantines, les Abbassides de Bagdad subiront l'influence de la civilisation sassanide.

   Mais, bien qu'ils aient régné nominalement cinq siècles sur Bagdad, les Abbassides n'ont dominé l'Iran que peu de temps, car, dès les premiers signes de faiblesse des califes, après la mort d'Harun al-Rachid en 809, des mouvements séparatistes s'y développent. C'est ainsi que dans l'Iran oriental se succèdent des dynasties indigènes pratiquement indépendantes : Tahirides (820-873), Saffarides (863-902), Samanides enfin (874-vers 999), qui, depuis Boukhara, dominent la Médie et dont l'importance est capitale dans l'histoire de la civilisation iranienne. Dans l'Iran occidental, plus proche de Bagdad, les califes conservent une certaine influence sur une mosaïque de dynasties locales, jusqu'à ce qu'au Xe s. la contrée soit unifiée par les Buwayhides (932-1055), qui seront assez puissants en 945 pour imposer leur suzeraineté aux Abbassides.

   C'est entre le VIIIe et le Xe s. que les Turcs sont progressivement islamisés, au contact des Iraniens musulmans avec lesquels ils commercent, et dont les dynasties les plus puissantes leur imposent parfois leur tutelle. À partir de la seconde moitié du Xe s., la situation commence à se retourner : en 962, une tribu turque s'empare du royaume afghan de Ghazni ; elle se développe rapidement à l'est vers l'Inde, ainsi qu'à l'ouest.

   Plus au nord, à la même époque, d'autres Turcs, les Seldjoukides, commencent à s'étendre, et bientôt occupent le Khorasan. Ils rejettent les Ghaznévides vers l'Inde en 1040, détruisent l'État buwayhide, entrent à Bagdad, où le calife les accueille en libérateurs (1055), et battent les Byzantins (Mantzikert, 1071). Après la débâcle byzantine, les Turcs s'engouffrent dans la brèche, et un nouveau royaume de culture turco-iranienne est fondé en Anatolie (Seldjoukides du sultanat de Rum).

   Les croisades et la constitution d'États latins en Orient provoquent le reflux, puis le déclin des Seldjoukides au profit des forces centrifuges de leur empire. C'est ainsi qu'au nord-est de l'Iran les Turcs iranisés du Kharezm, aidés par les Mongols Kara Kitay, se révoltent et, finalement, écrasent en 1194 les Seldjoukides, qui sont d'autre part rejetés en Asie Mineure par la dynastie ayyubide fondée par Saladin, et devenue la championne de l'islam contre les Francs.

Les Mongols

Au début du XIIIe s., les Mongols de Gengis Khan, ayant écrasé les Kara Kitay, puis le Kharezm à la suite de l'assassinat des 450 marchands qu'il avait envoyés dans ce pays, occupent l'Iran à partir de 1220, détruisent le califat de Bagdad en 1258, mais sont arrêtés deux ans plus tard par les nouveaux sultans mamelouks d'Égypte.

   Après la mort de Gengis Khan (1227), la partie centre-occidentale de son empire, de l'Amou-Daria et de l'Afghanistan à la Mésopotamie et à l'Asie Mineure, revient à Hulagu et à ses descendants (1251, en fait 1256-1258 à 1335), les Ilkhans.

   Bien que convertie à l'islam à la fin du XIIIe s., la dynastie des Ilkhans demeure plus subie qu'acceptée ; par ailleurs leur domination a de graves conséquences sociales et économiques : anéantissant villes et villages, ils accélèrent le processus de nomadisation, déjà amorcé depuis l'arrivée des Turcs, et portent ainsi un coup mortel à l'agriculture ; leurs rivalités avec les autres branches des descendants de Gengis Khan et bientôt leurs morcellements les affaiblissent au XIVe s. Le seul État solide est alors celui des Djalayirides, qui tiennent l'Iraq et le sud-ouest de la Perse, tandis qu'une dynastie indigène, celle des Mozaffarides, se rend indépendante au sud du pays.

   C'est alors qu'apparaît Timur Lang (Tamerlan). En quarante-cinq ans, de 1360 à 1405, il constitue, par la terreur, avec ses hordes turco-mongoles, un immense empire dont le centre est Samarkand, et qui ne lui survivra guère. Refoulés à l'ouest, une dizaine d'années après sa mort, les Timurides ne se maintiendront, en fait, que sur le centre et le nord de l'Iran, tandis que dans l'est diverses tribus luttent d'influence pour dominer l'ensemble du pays.

   Si les Turco-Mongols, et spécialement les Timurides, n'ont jamais su bâtir en Perse un État relativement durable, ils ont joué un grand rôle dans l'élaboration d'une civilisation perse musulmane, originale par rapport au reste de l'islam en matière littéraire (usage exclusif de la langue nationale dans la documentation) et surtout en matière d'art, par l'introduction de techniques et de thèmes extrême-orientaux. C'est ainsi que l'ornementation et l'enluminure s'ouvrent à un délicat art animalier et à mille représentations de la nature, sans équivalents dans le monde du Coran.

Les Séfévides

Après la mort de Timur Lang, les tribus turkmènes de l'Azerbaïdjan et de l'Anatolie s'affranchissent du joug timuride et fondent, dès la première moitié du XVe s., la confédération des Karakoyunlu (« Mouton noir »). Mais, au milieu du XVe s., Uzun Hasan, chef de la confédération rivale des Akkoyunlu (« Mouton Blanc ») [au nord du lac de Van], supplante le Mouton Noir (1468), impose sa domination à la Perse occidentale, sa sujétion à la Géorgie, et noue des relations avec les Italiens en mer Noire. Mais il est battu par les Ottomans, qu'il menaçait, et ne peut résister à la montée rapide des Séfévides.

   Depuis le XIVe s., la région d'Ardabil, en Azerbaïdjan, était soumise à des descendants du calife Ali, les Séfévides. À la fin du XVe s., un de ceux-ci, le chah Ismaïl, élimine les Akkoyunlu, prend le titre de chah de Perse (1501) et constitue un vaste empire, s'étendant, vers 1510, de l'Iraq au Khorasan et de Bakou au golfe Persique, et dont la prospérité est grande (commerce de Tabriz, armes de Chiraz). Comme les Sassanides 1 250 ans avant lui, il s'appuie sur un véritable nationalisme iranien ; ne disposant pas, comme eux, d'une religion spécifiquement perse, il fait du chiisme la religion nationale. Mais la prospérité de la Perse, la menace territoriale et le caractère hérétique de sa religion incitent les Ottomans à attaquer les Séfévides, menacés d'autre part sur leur frontière du Nord-Ouest par les émirats turcomans. Vainqueur à Tchaldiran, Selim Ier enlève le Kurdistan (1514) au chah Ismaïl, qui s'empare, en revanche, de la Géorgie, peu avant sa mort en 1524. Sous son successeur, Tahmasp Ier (1524-1576), la lutte se poursuit dans un cadre élargi à la scène internationale, car les Habsbourg, aussi menacés que les Perses par le péril ottoman (défaite de Mohács, 1526), cherchent à prendre les Turcs à revers pour échapper à l'étreinte franco-turque, conséquence du rapprochement entre François Ier et Soliman le Magnifique. Ce dernier réussit d'ailleurs à s'emparer de la Mésopotamie (Bagdad, 1534), dont Tahmasp reconnaît la perte (paix d'Amasya, 1555) ; la Géorgie et l'Azerbaïdjan, berceau des Séfévides, sont à leur tour occupés par les Turcs. La Perse est désormais cantonnée sur le plateau iranien, sauf période exceptionnelle et de peu de durée.

   

L'apogée de la Perse séfévide se situe pourtant au début du XVIIe s. sous Abbas Ier (1587-1629). Après quelques revers initiaux, ce dernier renonce temporairement à lutter contre les Ottomans (traité de Constantinople, 1590), puis s'étend au nord-est, rejetant les Ouzbeks au-delà de l'Amou-Daria (1598) ; enfin, il va même jusqu'aux îles du golfe Persique. Il réorganise son armée avec l'aide de deux Anglais, Anthony et Robert Sherley, et y instaure un corps de renégats, à l'exemple des janissaires chez les Turcs. Il passe alors à la contre-offensive (1620-1621), prend Kandahar à l'est, et chasse les Portugais d'Ormuz au sud. Il s'attaque ensuite aux Ottomans et reconquiert l'Iraq avec Bagdad (1623-1624), mais pour peu de temps, car, dès 1638, le sultan Murad IV récupère définitivement la Mésopotamie. Partout, il restaure l'ordre, reconstruit les ouvrages d'art, rétablit la sécurité sur les routes et réorganise les caravansérails aux étapes. Sédentarisant la dynastie, il est à l'origine de la splendeur d'Ispahan, dont il fait sa capitale. La médiocrité de ses successeurs, Safi (1629-1642) et Abbas II (1642-1667), entraîne le déclin politique de l'Empire. Ceux-ci s'épuisent en vain en luttes stériles contre l'empire rénové des Köprülü, dans l'espoir de reprendre pied en Mésopotamie ou de s'étendre dans le Caucase. À l'autre extrémité de l'Iran, ils résistent difficilement aux entreprises des Afghans sunnites.

   Ces derniers progressent de façon décisive au début du XVIIIe s. L'émir Mir Mahmud de Kandahar, attaquant l'Empire séfévide dès 1709, s'empare d'Ispahan (1722) et prend le titre royal, mettant fin, en fait, à la dynastie séfévide.

Nader Chah, les Zends

La domination afghane sur la Perse ne durera guère. Un chef de bande des confins du Khorasan, Nader, occupe tout le Khorasan, puis s'empare de la Perse et, entrant à Ispahan, affecte d'y rétablir Tahmasp II (1730-1731), avant de déposer, en 1736, le dernier Séfévide, Abbas III (1732-1736), et de prendre la couronne pour lui, devenant ainsi Nader Chah (ou Nadir Chah) [1736-1747]. Les conquêtes de Nader Chah sont foudroyantes ; en quelques années, il récupère sur les Ottomans toute la Mésopotamie, l'Azerbaïdjan (1738) et l'Arménie. Au nord, il reprend aux Russes les provinces caspiennes, dont ils s'étaient emparés à la faveur de l'invasion afghane. À l'est, il soumet les Afghans (1738), après les avoir refoulés chez eux. Victorieux à Panipat (mars 1738), il pénètre en Inde, qu'il parcourt jusqu'à Delhi, rançonnant le Grand Moghol, et rapportant son trône en Perse sans annexer son empire. Il envahit alors le Turkestan et fait du khan de Boukhara un vassal. Mais il est assassiné (1747), et son État ne lui survivra pas.

   Son neveu, Adel Chah (ou Adil Chah), perd l'Afghanistan, et son petit-fils, Chah Rokh, n'est plus que l'un des nombreux dynastes d'origines ethniques variées se disputant le territoire perse : descendants de Nader Chah dans le Khorasan, Turcs aux confins caucasiens, chefs de tribu iraniens dans le Lorestan et le Fars. L'un de ces derniers, Karem Khan (1750-1779), de la tribu zend, rétablit quelque temps l'unité de la majeure partie de l'Empire perse, de la Caspienne au golfe Persique. Il ne prend pourtant pas le titre de chah, mais celui, plus modeste, de wakil (régent). Bien que maître d'Ispahan, Karem Khan fixe sa capitale à Chiraz. Après lui, les Zends perdent toute puissance en quelques années.

Les Qadjars

L'un des chefs des Qadjars, tribu turco-mongole iranisée, Agha Mohammad Chah, les unifie et, fondant la dynastie du même nom, qui subsistera jusqu'en 1925, fait de Téhéran sa capitale (1786) et se fait proclamer chah (1796). Vainqueur des Zends (1794), il s'empare d'Ispahan et de Chiraz (1795) ; en quelques mois, il ravage la Géorgie, coupable de soumission à Catherine II de Russie, et conquiert le Khorasan, dont il élimine les successeurs de Nader. Contre-attaqué par les Russes, il est assassiné alors qu'il se portait à leur rencontre (1797). Cet événement marque la fin de la puissance perse ; le pays va désormais être livré aux ambitions et aux convoitises rivales des Européens, notamment des Russes et des Anglais, dont le représentant, Malcolm, obtient pour son pays la liberté de commercer le long des côtes de Perse (1801). La rivalité des deux puissances préservera d'ailleurs le pays de la conquête coloniale, mais non de la dépendance politique et économique, jusqu'au XXe s.

   En fait, la Perse qadjar, au XIXe s., est un État en régression, où, à quelques exceptions près, les souverains ne jouent qu'un rôle sans grandeur, en face de l'aristocratie quasi féodale des seigneurs ruraux et de la classe sacerdotale des mollahs.

   Les abus de ces derniers et le ritualisme formaliste qu'ils tendent à donner à l'islam favorisent, sous le règne de Mohammad Chah (1834-1848), les progrès rapides du babisme, que prêche le Bab à partir de 1843. Sa prédication appelle une religion épurée, dont les implications sociales, notamment une libération égalitaire de la femme, inquiètent vite les musulmans stricts. Aussi ses disciples, insurgés contre le jeune chah Naser al-Din (1848-1896), sont-ils écrasés et fusillés (1850). Le babisme n'en continue pas moins à s'étendre jusqu'à la répression de 1852. Les survivants sont alors déportés en Mésopotamie ottomane, où leur prosélytisme reprend sous la forme neuve du béhaïsme : un nouveau prophète, disciple du précédent, Mirza Husayn Ali Nuri, dit Baha Allah, élabore en effet une nouvelle doctrine syncrétiste, se réclamant « des deux Testaments et des deux Corans », appelant en particulier à une sorte de pacifisme fraternel universel.

   Par ailleurs, l'histoire de l'Iran est dominée, au cours du XIXe s., par le problème de la pénétration européenne. Sous le règne de Fath Ali Chah (1797-1834), la Russie se fera céder, après deux guerres (1804-1813 et 1826-1828), Bakou, le Daguestan, la Géorgie (1813) et l'Arménie (1828). L'Iran a fait appel à l'intervention de la France napoléonienne, qui prend le pays sous sa protection (accord du 4 mai 1807). Cependant, face à la Russie menaçante, l'Iran se rapproche de l'Angleterre, dont le représentant, Malcolm, revient à Téhéran (1808), fait fermer le pays aux Français (1809), mais garantit son intégrité contre la Russie (1809). L'Angleterre s'installe ainsi dans le golfe Persique et commence à regarder vers l'Afghanistan. À plusieurs reprises, l'Iran tente d'exploiter l'affaiblissement de ce dernier pays pour s'y réimplanter ; chaque fois, notamment en 1837 et en 1856 (prise de Harat par les Perses), l'Angleterre l'arrête. Mais la Russie, à son tour, s'oppose aux entreprises anglaises. C'est ainsi qu'est signé l'accord de 1844, dit « de désintéressement », entre les deux puissances. En 1856, la Russie est paralysée par sa défaite de Crimée, et l'Iran de Naser al-Din (ou Nasir al-Din) se tourne de nouveau, à partir de 1860, vers la France pour contrebalancer l'influence britannique.

   La rivalité anglo-russe s'exaspère à la fin du siècle, au fur et à mesure que s'étendent la domination des Anglais sur le nord-ouest de l'Inde et le Baloutchistan (1876), et celle des Russes sur le Turkestan (entre 1860 et 1884). La solution n'est trouvée que sous le règne de Mozaffar al-Din (ou Muzaffar al-Din) [1896-1907], dans le cadre de l'Entente cordiale franco-anglaise, qui nécessite un rapprochement anglo-russe : l'accord colonial du 31 août 1907 délimite les frontières de l'Iran et partage le pays en deux zones d'influence (nord-ouest aux Russes, sud-est aux Anglais) et une zone neutre centrale et occidentale.

   À l'intérieur, Mozalfar al-Din a dû instituer, à la fin de son règne, un nouveau régime constitutionnel afin de satisfaire une opposition nationaliste mécontente de la pénétration étrangère, de l'arbitraire monarchique et de la corruption des fonctionnaires qui ruinent le pays. La politique absolutiste de son successeur, Mohammad Ali (1907-1909), provoque une révolution nationaliste qui contraint le roi à l'exil. Un enfant de 11 ans, Ahmad, lui succède, qui ne peut stopper l'invasion économique étrangère, britannique et russe surtout.

Les Pahlavis

Le créateur de la dynastie qui succède aux Qadjars est Reza Khan, chef d'un régiment de cosaques, qui, en se révoltant le 21 février 1921, impose d'abord un nouveau gouvernement, puis un nouveau régime en 1925 et se fait finalement couronner le 25 avril 1926 sous le nom de Reza Chah Pahlavi. Sous son impulsion autoritaire, l'unité du pays est consolidée – la population est sédentarisée par la force –, des réformes sont entreprises grâce à l'augmentation des profits pétroliers, négociée en 1933 avec l'Anglo-Iranian Oil Company. Reza Chah choisit de donner une orientation pro-allemande à sa politique étrangère, mais, en 1941, l'U.R.S.S. et la Grande-Bretagne occupant l'Iran, le chah est contraint d'abdiquer au profit de son fils, Mohammad Reza. L'influence russe et anglaise rappelle de fâcheux précédents historiques et suscite des troubles en 1945-1946, notamment au Kurdistan. La renaissance d'un courant nationaliste est concrétisée par la fondation, en 1949, du Front national de Mossadegh (de son vrai nom Mohammad Hedayat), le clergé chiite et le parti Tudeh (communiste, créé en 1941) participant également à ce renouveau national.

   En 1951, après l'assassinat du Premier ministre Razmara, Mossadegh est porté au pouvoir. En 1953, la nationalisation de l'industrie pétrolière provoquant des protestations anglaises, le chah démet son Premier ministre, recule un temps face à l'émeute mais, après un bref exil, fait juger et emprisonner Mossadegh, qui ne recouvrera la liberté qu'en 1956. Au terme d'un nouvel accord pétrolier, le consortium des compagnies rétrocède au chah 50 % des droits de la production. Avec la manne ainsi amassée, le souverain lance une politique de modernisation autoritaire et d'occidentalisation forcée, génératrice de bouleversements sociaux et économiques. Ses ambitions régionales, appuyées par une politique ambitieuse d'armement, provoquent l'opposition de ses voisins arabes. En 1963, la « révolution blanche » – réforme agraire, nationalisation des forêts et des pâturages, vente des usines de l'État, distribution de 20 % des bénéfices aux ouvriers, droit de vote pour les femmes, lutte contre l'analphabétisme, pour l'hygiène et la reconstruction – suscite la colère du Bazar (la bourgeoisie commerçante), du clergé chiite et des grands propriétaires terriens. L'accaparement de la manne pétrolière par une minorité, la corruption, le libéralisme sauvage et l'urbanisation rapide favorisent l'opposition de gauche, rassemblée autour du Tudeh, du mouvement des Moudjahidine-e Khalq (M.E.K., créé en 1965) et des libéraux (Mouvement pour la libération de l'Iran, M.L.I., créé en 1964 par Mehdi Bazargan). Le régime se durcit alors : la Savak, police politique créée en 1958, et l'armée deviennent des instruments de gouvernement à part entière. Des révoltes éclatent dans le Fars, un embryon de guérilla urbaine s'installe, l'ayatollah Ruhollah Khomeyni, porte-parole d'un clergé qui se considère de plus en plus comme un contre-pouvoir, est emprisonné puis exilé (1964).

   Malgré l'assassinat de son Premier ministre Ali Mansur en 1965, le chah maintient ses orientations. Fort de sa politique pro-américaine, ayant amélioré ses relations avec son ennemi traditionnel irakien – accord de 1967 sur l'exploitation conjointe de ressources en pétrole et en eau –, s'étant également rapproché de l'U.R.S.S. et des pays du Golfe, ayant amélioré ses richesses pétrolières grâce à de nouvelles négociations avec le consortium, le chah fait de l'Iran une puissance régionale. Il est solennellement couronné le 26 octobre 1967 : c'est l'apogée de la dynastie Pahlavi, dans un contexte cependant gros de tensions sociales, économiques – l'inflation est de 25 % – et politiques. Alors que l'Iran confirme sa puissance dans la région – la frontière avec l'Iraq est modifiée unilatéralement en 1969, trois îlots du golfe Persique sont occupés en 1971 –, sur la scène intérieure, les tensions se multiplient. Des troubles agitent le Kurdistan ; des dirigeants du M.E.K. sont exécutés ; en mai et en juillet 1972, des grèves et des affrontements opposent la police et les manifestants. Cependant, en 1973, le régime conclut de nouveaux accords encore plus avantageux avec le consortium pétrolier et poursuit, imperturbable, sa politique d'industrialisation et de modernisation, tandis que l'audience des religieux s'accroît.

   Sourd à la contestation, le chah instaure, en mars 1975, un régime de parti unique, dit de la Résurrection nationale, et resserre l'étau politique. Deux ans après, en 1977-1978, l'Iran entre en ébullition. Les trois courants de l'opposition s'unissent : les partis marxistes, autour du Tudeh et des M.E.K., les libéraux, qui se réclament de l'héritage de Mossadegh, et les religieux, exaltés par les prêches sur cassettes de l'ayatollah Khomeyni, alors exilé en Iraq. Le 7 janvier 1978, c'est un article injurieux publié contre ce dernier qui met le feu aux poudres. Une marche de protestation, sévèrement réprimée, se solde par une centaine de morts. Dès lors, les manifestations, qui réunissent de plus en plus de protestataires, se déroulent rituellement tous les 40 jours, durée du deuil chiite. Parti de province, le mouvement gagne finalement Téhéran. L'ayatollah Khomeyni, expulsé d'Iraq, se réfugie alors en France. Le 8 septembre 1978, la loi martiale est proclamée, mais les manifestations, bien que très sévèrement réprimées, ne cessent pas. Le chah tente de sauver son régime en promettant des réformes et des mesures d'apaisement (libération des prisonniers, levée de la censure, augmentation des salaires). En vain. En novembre, l'émeute est générale, le départ du chah inévitable.

La République islamique

La révolution islamique

En janvier 1979, le chah confie le pouvoir à Chahpur Bakhtiyar, chef du Mouvement de la résistance nationale (libéral, héritier de Mossadegh) et quitte définitivement le pays. Trois jours plus tard, 4 millions de personnes manifestent à Téhéran pour exiger le retour de l'ayatollah Ruhollah Khomeyni, qui rentre triomphalement en Iran le 1er février. C. Bakhtiyar tente d'imposer des réformes et de rétablir l'ordre, mais, entre le 9 et le 11 février, l'armée déserte en masse, des généraux sont exécutés, les casernes sont prises d'assaut et le Premier ministre est évincé par le Conseil islamique, mis en place par l'ayatollah Khomeyni, et remplacé par Mehdi Bazargan. C. Bakhtiyar s'exile en France ; en mars, le chah est condamné à mort par contumace ; le 1er avril, un référendum approuve la création d'une République islamique. De nombreux responsables politiques et militaires sont arrêtés par les Gardiens de la révolution (pasdarans), le bras armé du régime, et condamnés par les tribunaux islamiques avant d'être exécutés. Les répercussions régionales et internationales sont énormes, l'onde de choc provoquée par la révolution islamique se propageant dans tous les pays musulmans. L'influence idéologique et politique du mouvement iranien en fait l'un des événements les plus importants qui soient survenus dans le tiers-monde depuis la décolonisation.

La mise en place des institutions de la République islamique

Aux élections de septembre 1979, les représentants religieux groupés dans le parti républicain islamique (P.R.I.), créé par l'ayatollah R. Khomeyni, remportent 75 % des sièges, cette victoire étant facilitée par le boycott du scrutin prôné par les marxistes, les libéraux et les minorités ethniques – notamment les Kurdes, qui réclament, à la faveur des troubles, une plus grande autonomie. Les nouveaux députés rédigent une Constitution – adoptée par référendum en décembre – qui, selon le principe de la théorie du pouvoir élaboré par l'ayatollah Khomeyni pendant son exil – le velayat-e faqih (littéralement : « pouvoir du docte ») confère au religieux la primauté sur le pouvoir politique. Selon ce principe, le « Guide de la Révolution » (ou Guide suprême) est le chef de l'État, premier personnage du régime, ayant la prééminence sur le président de la République. La Constitution instaure également une différence de statut entre musulmans et non-musulmans. Les Kurdes sont sévèrement réprimés (10 000 morts en quelques mois) et les Gardiens de la révolution, soutenus par l'ayatollah Khomeyni, se livrent à une violente surenchère anti-américaine : l'ambassade des États-Unis à Téhéran est occupée en novembre par des étudiants islamiques qui exigent que le chah soit extradé vers l'Iran et procèdent à une prise d'otages qui durera plus de 400 jours. La société iranienne s'enfonce alors dans l'islamisation forcée : le tchador, qui couvre les femmes, devient le nouveau symbole du pays, devenu le chef de file d'une frange de l'islam qui réclame, à travers le monde, le retour à la tradition et à l'application de la loi islamique. Débordé par le mouvement révolutionnaire, M. Bazargan démissionne. Bien que déclarant se situer hors de la sphère politique, l'ayatollah Khomeyni, qui détient la réalité du pouvoir, fait élire à la présidence de la République, en janvier 1980, un jeune économiste, Bani Sadr. Durant les élections législatives de mars et de mai 1980, la position des intransigeants se renforce, les partis de la gauche, réprimés, entrant en dissidence. En juillet, le chah meurt au Caire.

La grande guerre patriotique

En septembre, les incidents frontaliers qui opposaient depuis plusieurs mois Irakiens et Iraniens dégénèrent : l'Iraq, soutenu et armé par l'Occident, envahit le Khuzestan, sans parvenir à y soulever la minorité arabe. Ce qui reste de l'armée iranienne se rue dans la bataille, y subissant d'emblée de sérieux et meurtriers revers : la guerre Iran-Iraq, qui durera huit ans, vient de commencer. Même si les otages américains sont finalement libérés (sans doute en échange d'armes, en janvier 1981), la lutte contre « le grand Satan américain » s'intensifie en même temps que le pouvoir se durcit : qualifié de « contre-révolutionnaire pro-occidental », B. Sadr est destitué (juin 1981) et trouve refuge en France. Les partis libéraux sont interdits, les Gardiens de la révolution se déchaînent dans le Kurdistan. Le pays sombre alors dans une guerre civile qui prend la forme d'une guérilla urbaine organisée par les partis marxistes : sept jours après la destitution de B. Sadr, un attentat contre le siège du P.R.I. fait 72 morts parmi l'élite du régime religieux, dont 10 ministres et 20 députés ; le président du Parlement, Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, est blessé ; deux mois plus tard, le nouveau président de la République, Mohammad Ali Radjai, meurt dans un attentat. Alors que la répression s'accentue contre les libéraux, le M.E.K., le Tudeh et les Kurdes, les religieux, notamment à la faveur de l'élection à la présidence de la République, le 2 octobre 1981, de l'hodjatoleslam Ali Khamenei, prennent le contrôle de tous les rouages de l'État et décident d'exporter la révolution. Ils n'y parviendront pas, mais vont utiliser ces tentatives, notamment au Liban et au Soudan, à titre de surenchère pendant la guerre avec l'Iraq. Enrôlant des enfants, mobilisant le peuple iranien à l'aide d'une intense propagande, les religieux iraniens parviennent, en 1982, à reprendre l'initiative dans la guerre contre l'Iraq.

   La poursuite de la guerre sauve paradoxalement le régime, qui l'utilise pour faire taire les contestations intérieures. Le conflit affaiblit cependant les deux pays – il y aura au total un million de morts –, dont les infrastructures et les industries sont détruites. Reconstituée, l'armée iranienne, après quelques gains territoriaux, soutient une guerre de position. Pendant cette période, l'isolement international de l'Iran se renforce : la République islamique rompt ses relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne (juin 1987), l'Arabie saoudite (juillet 1987, après le massacre de la Grande Mosquée de La Mecque) et la France (novembre 1987). Attaqué de toutes parts, le régime islamique se durcit d'autant : lors du « massacre des prisons » (août 1988-février 1989), entre 4 500 et 5 000 prisonniers politiques, dont des femmes, sont exécutés. En juillet 1988, l'Iran accepte cependant, le cessez-le-feu réclamé par l'O.N.U. : le bilan du conflit est lourd en pertes humaines, les installations pétrolières ont été touchées et la situation économique est catastrophique.

La transition Rafsandjani (juillet 1989-mai 1997)

L'ayatollah Khomeyni – qui a dissous le P.R.I. en juin 1987 – meurt le 4 juin 1989. En prononçant, quelques mois avant sa mort, une fatwa condamnant à mort l'écrivain britannique d'origine indienne Salman Rushdie, auteur de Versets sataniques jugés blasphématoires à l'égard de l'islam, il a accru l'isolement diplomatique de l'Iran, tout en hypothéquant les chances d'un rapprochement de son pays avec la communauté internationale.

   

Le 28 juillet 1989, l'ancien président du Madjlis, l'hodjatoleslam Ali Akbar Hachemi Rafsandjani est triomphalement élu à la présidence de la République avec 94,5 % des voix. Il bénéficie de pouvoirs renforcés à la suite d'une réforme constitutionelle qui institue un régime présidentiel et supprime le poste de Premier ministre. Succédant à l'ayatollah Khomeyni, l'hodjatoleslam Ali Khamenei est désigné Guide de la révolution en août. Le président Rafsandjani s'efforce de prôner une ouverture relative, tant sur le plan intérieur – négociations avec les Kurdes, libération des libéraux, marginalisation des radicaux, intégration des Gardiens de la révolution dans l'armée – que sur les plans économique et diplomatique. Pendant la guerre du Golfe (1990-1991), l'Iran joue la neutralité, obtient la libération de tous ses prisonniers de guerre et la reconnaissance de sa frontière avec l'Iraq, telle qu'elle a été définie par le traité d'Alger de 1975. Son attitude modérée lui permet d'esquisser en outre – malgré la poursuite impitoyable de ses adversaires à l'étranger (une soixantaine d'exécutions, dont 37 en Europe ; assassinat de Chahpur Bakhtiyar en août 1991 à Paris) – un rapprochement avec l'Union européenne. Téhéran rétablit ses relations avec la Grande-Bretagne (septembre 1990) et règle son contentieux avec la France (décembre 1991). S'il restaure ses relations diplomatiques avec l'Arabie saoudite, il continue néanmoins de se poser en chef de file des opposants aux accords de Madrid et d'Oslo sur la question palestinienne, tout en accroissant son implication au Liban et au Sud-Liban.

   À partir des élections législatives d'avril-mai 1992, qui voient la victoire des modérés et l'élimination de la gauche islamique et des extrémistes religieux, les troubles internes reprennent : mouvements clandestins de lutte armée, attaques du M.E.K. contre les installations pétrolières et certaines ambassades, attaques sunnites contre le mausolée de l'ayatollah Khomeyni, ripostes chiites contre des édifices sunnites, violente contestation de la libéralisation économique, etc. Peu après sa réélection, le 11 juin 1993, avec 63 % des voix, le président Rafsandjani échappe à une tentative d'assassinat en février 1994, voit son influence se réduire sous la pression des conservateurs groupés autour du Guide suprême, et perd le contrôle de l'armée.

   L'embargo total décrété en 1995 par les États-Unis contre l'Iran, accusé de soutenir le terrorisme international, le gel de ses avoirs financiers et les sanctions américaines contre tous ceux qui seraient tentés d'y investir (loi Kennedy-D'Amato, août 1996) aggravent les problèmes économiques. Le Kurdistan est toujours quadrillé par 150 000 soldats et forces paramilitaires iraniennes.

   À l'issue des élections législatives de mars-avril 1996, l'Assemblée consultative islamique se partage entre partisans du Guide de la révolution, A. Khamenei, d'une part, et ceux du président Rafsandjani, d'autre part. Ce dernier n'est pas parvenu à imposer ses projets économiques ni à contrecarrer l'influence hégémonique des milieux conservateurs et islamistes devenus majoritaires au sein du régime dans les années 1990. Cependant, l'assouplissement relatif des contrôles et de la répression contribue à l'évolution de la société iranienne au sein de laquelle se développent la contestation, les aspirations au pluralisme (ce dont témoigne une floraison de journaux) à la modernité et à l'ouverture sur le monde.

La présidence Khatami (août 1997- août 2005)

Une soif de réformes

Le 23 mai 1997, l'ancien ministre de la Culture, Mohammad Khatami, modéré et libéral, est élu président de la République avec près de 70 % des suffrages. Une cohabitation tendue, ponctuée de règlements de compte, s'instaure entre conservateurs et réformateurs au pouvoir. Dans la sphère civile, le débat porte sur les places respectives du religieux et du politique. Par ailleurs, les assassinats de plusieurs opposants nationalistes et intellectuels en novembre et décembre, puis la mise en cause et la démission du ministre des Renseignements rendent la situation politique du pays particulièrement opaque.

   Se présentant comme l'organisateur d'une nouvelle étape de la révolution islamique – celle de la stabilisation –, M. Khatami plaide pour la reconnaissance des libertés publiques, le multipartisme et l'ouverture internationale de son pays. En 1998, il s'engage à renoncer à faire exécuter la fatwa à l'encontre de S. Rushdie. En février 1999, l'organisation d'élections municipales au suffrage universel – une première en Iran –, grâce à la volonté du président et malgré l'opposition tenace des conservateurs, constitue une victoire pour les réformateurs, qui l'emportent, notamment dans de grandes villes, telles Mechhed et Chiraz, jusque-là acquises aux conservateurs. La société civile ne craint plus de s'exprimer ouvertement ; les jeunes, en particulier, réclament davantage de libertés et l'accélération des réformes. À la suite de la fermeture du quotidien réformateur Salam, des affrontements opposent les étudiants de l'université de Téhéran aux forces de l'ordre et aux milices intégristes, entraînant des manifestations dans plusieurs grandes villes (juillet 1999). Mais, ces événements tournent à l'avantage des conservateurs, qui profitent des hésitations du président Khatami pour procéder à une série d'arrestations et faire adopter par le Parlement plusieurs projets de loi visant notamment à restreindre la liberté d'expression. Les élections législatives de février 2000 confirment néanmoins la popularité des réformateurs, qui obtiennent, dès le premier tour, la majorité absolue des 290 sièges au Parlement. Les tentatives d'intimidation (nouvelles mesures contre la presse réformatrice) ou de révision des résultats par les conservateurs, entre les deux tours, ne parviennent pas à enrayer leur victoire spectaculaire.

   En juin 2001, M. Khatami est réélu triomphalement à la présidence avec 77 % des suffrages, avec un taux d'abstention de 33 %. En dépit d'une marge de manœuvre qui paraît plus grande, le président se heurte toujours à l'âpre résistance des conservateurs – majoritaires au sein du Conseil des gardiens de la Constitution, du Conseil des experts et du système judiciaire – et du premier d'entre eux, l'ayatollah A. Khamenei. Confronté à l'offensive des conservateurs contre les réformes, il ne peut nommer des femmes ministres et ne se mobilise pas contre les atteintes répétées aux libertés publiques (fermetures de journaux, arrestations et emprisonnements de journalistes, d'intellectuels, d'étudiants ou de militants des droits de l'homme). Après avoir entravé l'application des réformes économiques, politiques et culturelles adoptées de 2000 à 2004 par le Parlement, alors constitué d'une majorité écrasante de réformateurs, les conservateurs optent pour une stratégie d'usure des revendications démocratiques de la population afin de pérenniser leur mainmise sur la société.

La renaissance d'une puissance régionale

Dès son arrivée au pouvoir, le président Khatami modifie sensiblement les relations extérieures de son pays. Il opère un rapprochement en direction des pays arabes, maintient de bonnes relations avec la Russie, noue des liens économiques avec les nouvelles nations d'Asie centrale et cherche à se rapprocher de l'Asie, notamment de la Chine, de l'Inde et du Pakistan. Si le « grand Satan américain » continue, mais plus mollement, à l'exclure de la scène internationale, l'Occident est ménagé et, sans attendre la levée de l'embargo, se réinstalle économiquement.

   Riche d'énormes potentialités pétrolières, jouissant d'une position stratégique exceptionnelle à la jonction du Moyen-Orient, du golfe Persique et de l'océan Indien et se réarmant activement, l'Iran se pose en concurrent direct de la Turquie, mais c'est avec l'Afghanistan que les tensions s'aggravent. En 1996, la victoire des talibans – des fondamentalistes sunnites, naturellement opposés aux chiites iraniens – provoque l'afflux d'un million de réfugiés en Iran. À son inquiétude sur le sort de ses minorités ethniques en Afghanistan, s'ajoutent une grande incertitude sur le trajet du futur oléoduc en Asie centrale et la menace que représente la frontière irano-afghane, devenue un lieu de transit pour le trafic de drogue. En août 1998, l'assassinat de dix diplomates iraniens à Kaboul attise les tensions : 200 000 soldats iraniens sont massés à la frontière afghane et de violents affrontements opposent les deux armées en octobre. Le président Khatami joue cependant l'apaisement.

   Déjà mises à mal par le regain de tension au Proche-Orient en 2000 – Téhéran jugeant a politique des États-Unis beaucoup trop favorable à Israël –, les relations irano-américaines se détériorent après les attentats du 11 septembre 2001. Après avoir hésité entre une attitude conciliante préconisée par M. Khatami et une position plus critique – voire franchement hostile – défendue par A. Khamenei, la République islamique opte finalement pour cette dernière, au moment même où les États-Unis l'accusent de chercher à se doter d'armes de destruction massive, de soutenir le Hezbollah libanais ou d'accueillir sur son sol des membres d'al-Qaida en fuite. La République islamique se voit également reprocher de vouloir s'ingérer dans la politique afghane au risque de déstabiliser le gouvernement provisoire, et de renforcer son influence dans l'ouest de l'Afghanistan par une aide militaire aux commandants locaux. Dans son discours sur l'état de l'Union (30 janvier 2002), le président G. W. Bush inclut l'Iran dans l'« axe du Mal armé pour menacer la paix du monde ». À la fin de l'année 2001, l'effondrement du régime des talibans sous le coup des bombardements américains modifie la donne régionale. Aux premières loges du conflit, l'Iran subit un nouvel afflux de réfugiés afghans. Par ailleurs, le renforcement de la présence américaine en Asie centrale avec l'installation de troupes dans plusieurs États de la région (Ouzbékistan, Kirghizistan…), est un sujet de préoccupation pour la République islamique. Le pétrole de la mer Caspienne et les grands projets stratégiques de développement énergétique du Caucase et de l'Asie centrale constituent les futurs enjeux de cette partie du monde, où l'Iran, la Russie et les États-Unis – pour ne citer que les plus grandes puissances – se livrent une bataille acharnée dans l'espoir de faire valoir leurs intérêts respectifs.

   À la suite de la diffusion en décembre 2002 de deux sites nucléaires iraniens (Arak, au sud-ouest de Téhéran, et Natanz, au centre du pays) par les télévisions américaines de photos satellites, l'Iran accepte une inspection de l'Agence internationale de l'énergie atomique (A.I.E.A.). La découverte d'uranium enrichi à Natanz lors d'une inspection en février 2003, associée à la révélation du transfert de la technologie nucléaire pakistanaise à plusieurs pays dont l'Iran dans les années 1980 et 1990, resserre l'étau sur le régime islamique. Soumis à une importante pression internationale, notamment américaine et européenne, Téhéran signe le 18 décembre 2003 le protocole additionnel du Traité de non-prolifération nucléaire (T.N.P.) et suspend volontairement ses activités d'enrichissement d'uranium. En juin 2004, l'A.I.E.A. relève à nouveau des traces d'uranium hautement enrichi sur trois sites différents. Conclu le 14 novembre 2004, un accord euro-iranien permet d'éviter que le cas iranien ne soit renvoyé par l'A.I.E.A. au Conseil de sécurité de l'O.N.U. pour d'éventuelles sanctions, comme le souhaitent les États-Unis, partisans d'engager une politique répressive : au nom de l'Union européenne, la « troïka » (Allemagne, France et Grande-Bretagne) tente d'obtenir par la négociation un renoncement de l'Iran à tout enrichissement d'uranium en échange d'avantages commerciaux et d'une assistance à son programme nucléaire civil. En dépit des ouvertures prudentes effectuées par les États-Unis (levée de leur opposition à la candidature de l'Iran à l'Organisation mondiale du commerce (O.M.C.) en mars 2005, ainsi qu'à la vente de pièces détachées aéronautiques à l'Iran), Téhéran annonce qu'il entend poursuivre ses activités nucléaires.

Le retour des ultraconservateurs

Pour la septième législature (2004-2008), le Conseil de surveillance invalide 3 600 des candidats réformateurs, parmi lesquels quelques personnalités marquantes. Cent vingt députés réformateurs sortants démissionnent en guise de protestation ; quatre-vingts d'entre eux entament une grève. Mais les principaux acteurs du mouvement de réformes – les femmes, les jeunes et les intellectuels –, mécontents du bilan du président Khatami et du blocage des institutions par les conservateurs, ne se mobilisent pas pour soutenir les députés grévistes ou démissionnaires lors de élections législatives (20 février et 7 mai 2004), remportées par les conservateurs et marquées par le taux de participation le plus faible depuis la révolution. Ils boycottent à nouveau l'élection présidentielle de juin et permettent, ainsi, contre toute attente, l'accession à la présidence de la République d'un ultraconservateur. Le 24 juin, Mahmud Ahmadinejad est largement élu au second tour de l'élection présidentielle avec 61,6 % des suffrages contre Ali Akbar Hachemi Rafsandjani (35,9 %), mais il doit son élection à une fraude électorale dite « modérée », impliquant le trucage de quelques millions de voix ; il a bénéficié en outre du soutien de l'establishment iranien, qui voit en lui le candidat le plus malléable pour accélérer la radicalisation religieuse, nationaliste et anti-occidentale et faire basculer la République islamique vers un gouvernement donnant aux religieux et à leurs alliés le contrôle total sur l'État, l'économie et la société.

   D'origine modeste (ancien instructeur des bassidjis et ex-officier des Gardiens de la révolution devenu universitaire puis maire de Téhéran), M. Ahmadinejad se fait le porte-parole de la frange la plus déshéritée (les mostazafin) et la plus religieuse de la société iranienne. Effectuant d'incessantes tournées en province, il distribue directement l'argent, gagnant une certaine popularité, mais accentuant l'inflation et le chômage. Cette politique clientéliste ne tarde pas à provoquer le mécontentement de la population, déçue par les promesses non tenues. En dépit de l'augmentation considérable des revenus pétroliers et gaziers de l'État, la crise économique ne permet pas l'ascension sociale des classes populaires et conduit à la paupérisation des classes moyennes. La dégradation des conditions de vie (hyperinflation, baisse du pouvoir d'achat, chômage des jeunes diplômés), sous les effets conjugués d'une gestion économique populiste et des sanctions internationales, pousse à des actes de violence dans plusieurs villes du pays lors de l'entrée en vigueur du rationnement de l'essence en juin 2007. Sur le plan politique, le durcissement du régime est orchestré par la montée en puissance des Gardiens de la révolution, forts de 130 000 membres, qui intègrent les milices bassidjis, quadrillent l'État et prennent le contrôle de pans entiers de l'économie.

   L'un des principaux enjeux des élections législatives du 14 mars 2008 est de forger une nouvelle alliance autour des conservateurs traditionnels et pragmatiques, emmenés par l'ancien président Ali Akbar Hachemi Rafsandjani (élu en septembre 2007 à l'Assemblée des experts), opposés à la politique du chef de l'État et cherchant à entraver sa réélection à la présidentielle de 2009. Se qualifiant de pragmatiques et de « troisième vague », un trio – regroupant Mohammad Baqer Qalibaf, maire de Téhéran, ancien chef de police et adversaire de M. Ahmadinejad lors de la présidentielle de 2005, Ali Larijani (principal négociateur sur le programme nucléaire iranien, démissionnaire en octobre 2007) et Mohsen Rezayi (ancien commandant des Gardiens de la révolution) – prend l'initiative. En l'absence d'influentes personnalités réformatrices du fait de leur disqualification massive par le Conseil de surveillance, les élections se jouent entre les ultras, les traditionalistes et les pragmatiques. Ces derniers l'emportent largement bien que les réformateurs constituent, comme en 2004, une minorité visible du nouveau Madjlis avec 60 sièges sur 290. Alors que la situation économique continue de se dégrader, aggravée par la baisse du prix du pétrole, le régime étouffe toute revendication sociale et accentue sa répression sur la presse, les étudiants, les minorités ethniques et religieuses, les femmes, les organisations non gouvernementales (plus d'une centaine sont suspendues en 2007-2008 : 350 exécutions quotidiennes ont lieu en 2007).

   Sur le plan international, l'arrivée au pouvoir de M. Ahmadinejad ouvre une période de crispation et de défiance. Dès le 8 août 2005, l'Iran annonce la reprise de ses activités d'enrichissement d'uranium, au mépris des résolutions de l'A.I.E.A. et sur fond de propos anti-israéliens et négationnistes de son président. Cherchant à éviter, sur le court terme, la destruction de ses installations nucléaires, l'Iran ambitionne, sur le long terme, de devenir une puissance régionale. Cette stratégie repose sur le refus de la reconnaissance de l'État d'Israël (assorti de déclarations publiques sur la « disparition » d'Israël ou sur la négation de la Shoah) et sur l'alliance stratégique de l'Iran avec des États (Syrie, Liban) ou des organisations (Hezbollah, Hamas) en conflit avec l'État hébreu. Elle suscite, outre la réprobation de la communauté internationale et l'hostilité affichée des États-Unis, la méfiance des régimes sunnites (Jordanie, Arabie saoudite et pays du Golfe), qui redoutent la création d'un « arc chiite » au Moyen-Orient (Orient arabe). Le transfert du dossier nucléaire iranien au Conseil de sécurité des Nations unies vise à contraindre l'Iran à mettre fin à son programme d'enrichissement d'uranium par des sanctions. Or, ce dernier compte sur le soutien de la Russie (qui ne considère pas le programme nucléaire iranien comme une menace) et de la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité, pour en limiter la portée et l'efficacité. Sommé de suspendre l'enrichissement d'uranium avant le 31 août 2006 (résolution 1696), l'Iran fait fi des sanctions qui lui sont imposées (décembre 2006) et annonce son intention d'accélérer son programme d'enrichissement. Les sanctions (embargo sur les exportations d'armes iraniennes, restrictions financières et commerciales) sont alourdies. Malgré le vote de nouvelles sanctions (mars 2008), l'A.E.I.A. constate le refus de Téhéran de faire toute la lumière sur son programme nucléaire. Une nouvelle proposition de coopération présentée par les Six (les cinq membres du Conseil de sécurité de l'O.N.U. plus l'Allemagne) est rejetée par le président Ahmadinejad, qui défend le droit inaliénable de son pays à disposer d'un programme nucléaire.

La cohésion du régime menacée

Peu avant l'élection présidentielle du 12 juin 2009, le Conseil des gardiens de la Constitution ne valide que 4 candidats, sur 475, dont 42 femmes : le président sortant, M. Ahmadinejad, celle d'un autre conservateur, Mohsen Rezayi, et, dans le camp des réformateurs modérés, Mehdi Karoubi (ancien président du Madjlis) et Mir Hossein Moussavi, un homme du sérail (Premier ministre de 1981 à 1989). Ce dernier, qui a fait symboliquement campagne avec son épouse, Zahra Rahnavard, directrice de 1998 à 2005 de l'université féminine al-Zahra de Téhéran, dispose également de l'appui de la plupart des réformateurs, dont l'ancien président Mohammad Khatami, qui, après avoir annoncé sa candidature, s'est finalement désisté. Pendant la campagne, le régime met tout en œuvre pour que l'apparence d'une élection démocratique soit préservée : des débats télévisés d'une liberté de ton inédite entre les candidats permettent la promotion du candidat réformateur M. H. Moussavi, qui attire dans son camp une « vague verte » d'étudiants, d'intellectuels ou de femmes. Le jour de l'élection, la participation est de 85 %. La proclamation hâtive de la victoire de M. Ahmadinejad, avec un score écrasant – plus de 63 % des suffrages – devant M. H. Moussavi – moins de 34 % des voix – provoque un soulèvement populaire spontané. Sans attendre la proclamation officielle des résultats, l'ex-Premier ministre dénonce avec force de nombreuses violations, une « manipulation » massive du scrutin, et réclame son annulation. Les jours qui suivent voient un mouvement de contestation – inédit depuis la révolution islamique de 1979 et clairement uni autour d'un même slogan : « Où est mon vote ? » – s'exprimer lors de manifestations quotidiennes et pacifiques dans la capitale comme en province. L'ayatollah Ali Khamenei, rompant avec son rôle traditionnel d'arbitre idéologique et moral de Guide suprême, place toute son autorité au service de M. Ahmadinejad et impose sa réélection. Se sentant menacé, le régime se réfugie dans la théorie du complot étranger à nouveau brandie, l'intimidation et la répression féroce (des milliers d'arrestations, une soixantaine de morts officiels [plus de 350 selon des organisations non gouvernementales], l'usage de la torture).

   Le régime des mollah a gagné la bataille de la rue mais sa légitimité est désormais atteinte. En dérogeant à son devoir d'impartialité, A. Khamenei s'est coupé d'un grand nombre d'Iraniens (dont le slogan devient « Mort au dictateur ! » puis « Mort à Khamenei ! »), y compris des principales figures religieuses du clergé chiite (les grands ayatollah Hossein-Ali Montazeri, Moussavi Ardebili ou encore Safi Golpayegani), qui critiquent ses méthodes répressives et s'interrogent sur la légitimité d'« un gouvernement né de tant d'irrégularités ». L'intensité et la durée des troubles créent le doute sur la stabilité du régime et affectent le statut de puissance régionale du pays.

   Investi le 1er août, M. Ahmadinejad s'entoure de fidèles, pour la plupart issus des mouvances bassidjis, des Gardiens de la révolution et surtout des services secrets, les trois « piliers » qui l'ont soutenu jusqu'ici. Le durcissement politique et les lourdes tensions apparues au sein du régime rendent difficile un quelconque infléchissement de la République islamique sur la poursuite de son programme nucléaire. Face à la communauté internationale, Téhéran continue de louvoyer et de souffler le chaud et le froid. Après avoir autorisé, en août 2009, l'inspection du site d'Arak par l'A.I.E.A., l'Iran apporte, en septembre, une fin de non-recevoir à l'offre présentée en avril par les Six conditionnée à un « gel » des activités d'enrichissement d'uranium. Placé sous une forte pression internationale après la subite divulgation, le 25 septembre, par les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne d'un deuxième centre d'enrichissement de l'uranium aux environs de la ville de Qom, tenu secret pendant des années, Téhéran rejette la politique instaurée par le président américain Barack Obama nouvellement élu, qui se dit prêt à un « respect mutuel » et à un « dialogue direct » avec la République islamique.

ART ET ARCHÉOLOGIE DE L'IRAN ANCIEN

Introduction

Les textes n'apparaissent en Iran qu'à partir de l'époque achéménide (milieu du VIe s. avant J.-C.), si l'on excepte l'utilisation éphémère de l'écriture protoélamite attestée à Suse C et à Sialk (ou Siyalk) IV vers 3000 avant J.-C. La connaissance de l'évolution antique du pays repose, par conséquent, sur la recherche archéologique, seul moyen d'investigation. Si les voyageurs et les érudits s'intéressèrent aux ruines de Persépolis dès la fin du XVIIIe s., si la grande inscription trilingue de Béhistoun fut étudiée à partir de 1835 par H. C. Rawlinson, la fouille proprement dite ne fut guère pratiquée avant le début des recherches françaises à Suse en 1884 (Marcel Dieulafoy, puis Jacques de Morgan). À partir des années 1930, les méthodes employées furent plus satisfaisantes, et de grandes missions commencèrent à explorer des sites dispersés dans diverses régions du pays, plateau central, chaîne du Zagros, plaine de Suse. Mais les résultats qu'offre la recherche archéologique- si intéressants soient-ils - ne forment pas une trame continue : chaque exploration résout moins de problèmes qu'elle n'en pose, et l'archéologie iranienne en est au stade de la monographie plus que de la synthèse.

Les origines

Des recherches américaines récentes permettent d'offrir un tableau des premiers pas de la domestication animale et végétale sur le territoire iranien. Il est maintenant certain que les premiers villages existèrent, dans la chaîne du Zagros, dès la fin du VIIIe millénaire avant J.-C. Dans la plaine du Khuzestan, les plus anciens habitants expérimentaient des techniques de culture et d'emmagasinement pour subvenir à leur alimentation : l'élevage de la chèvre et, dans une plus faible mesure, du mouton, la culture de l'orge et du blé amidonnier y sont attestés. L'outillage est entièrement lithique, la céramique est encore inconnue. La poterie apparaît pour la première fois dans le Kurdistan iranien (Tepe Guran) dans la seconde moitié du VIIe millénaire avant J.-C., et un peu plus tard (vers 6000 avant J.-C.) dans le Khuzestan. Dans cette dernière région, les maisons de la période sont construites sur fondations, chèvre et mouton sont tout à fait domestiqués. Des figurines d'argile, peu cuites, étaient modelées depuis fort longtemps. Sans doute faut-il placer aux environs de 6000 avant J.-C. la « Vénus » et le sanglier de Tepe Sarab, près de Kermanchah. À la fin du VIe millénaire avant J.-C., les habitants de la plaine du Khuzestan commencent à utiliser les techniques d'irrigation et domestiquent les premiers bovidés.

   Sur le plateau central, l'occupation humaine fut sans doute beaucoup plus tardive. On la repère seulement à partir de la fin du VIe millénaire avant J.-C., à Sialk I, près de Kachan. Pendant plus de deux mille ans, entre 5500 et 3000 avant J.-C., les villageois du plateau iranien façonnèrent de magnifiques céramiques peintes, qui sont parmi les chefs-d'œuvre de l'art antique de l'Iran (Sialk, Tepe Hissar, Tall-e Bakun). Ces poteries sont décorées de motifs géométriques, puis de silhouettes d'animaux stylisés : le répertoire animalier du IVe millénaire avant J.-C., léopards, oiseaux aquatiques, bouquetins, sloughis, est d'une diversité étonnante. L'être humain est rarement figuré. Dès la fin du Ve millénaire avant J.-C., le site de Tall-e Iblis, dans le sud-est du plateau central, près de Kerman, apporte les précisions les plus intéressantes sur les débuts de la métallurgie, peut-être pratiquée de façon domestique, mais probablement exportée. À la fin du IVe millénaire avant J.-C., les cultures villageoises du plateau pratiquent couramment les techniques métallurgiques (Sialk III, 4). Les cultures iraniennes à céramiques peintes atteignirent leur apogée artistique dans le Khuzestan, où les fouilles françaises du début du XXe s. exhumèrent, à Suse, les séries qui ornent les salles du Louvre (3800-3500 avant J.-C.).

Les IIIe et IIe millénaires avant J.-C.

La région de l'Élam (Suse) s'urbanise parallèlement à la Mésopotamie. Vers 3000 avant J.-C. apparaissent l'écriture pictographique des tablettes protoélamites et la sculpture en ronde-bosse ; seul, le sceau-cylindre, qui s'imprime sur des tablettes ou des bulles d'argile, permet de marquer les principales étapes de l'évolution. Les liens entre l'Iran et la Mésopotamie deviennent extrêmement nets. L'exemple le plus frappant est fourni par certains vases en stéatite décorés de reliefs peu accentués dont les détails sont rendus le plus souvent par des incisions, retrouvés en Mésopotamie en abondance dans la région de la Diyala, à Mari, à Tello, mais également à Suse ; ils sont datés d'environ 2700-2400 avant J.-C. Des exemplaires viennent d'être retrouvés sur le plateau central iranien, à Tepe Yahya, au sud de Kerman. Cette ville devait vivre en partie du commerce de la stéatite, fort prisée en Mésopotamie. À l'autre extrémité du territoire iranien, sur les bords sud-est de la mer Caspienne (Chah Tepe, Turang Tepe), la céramique peinte chalcolithique est peu à peu remplacée par une céramique monochrome grise à surface soigneusement lissée, qui supplante également les céramiques peintes antérieures à Tepe Hissar, au sud de la chaîne de l'Elbourz. Dès les premiers siècles du IIIe millénaire avant J.-C., la céramique grise lissée règne seule sur toute la région au sud-est de la mer Caspienne. On peut en suivre, jusqu'au début du deuxième millénaire avant J.-C., l'évolution continue. Au milieu du IIIe millénaire avant J.-C., cette civilisation permettait l'acheminement du lapis-lazuli, extrait d'Afghanistan, vers les cours sumériennes, grandes consommatrices. Dans la seconde moitié du IIIe millénaire avant J.-C., la pression de la Mésopotamie sur l'Iran occidental se fait plus forte : les rois montagnards du Zagros font alors sculpter sur les parois des montagnes des reliefs de victoire directement inspirés de l'art akkadien (bas-relief d'Anubanini). Vers 2200 avant J.-C., l'écriture protoélamite est définitivement remplacée par l'écriture cunéiforme. À Suse, les sceaux-cylindres de l'époque sont difficilement distingués des sceaux mésopotamiens. Au IIe millénaire avant J.-C., l'art élamite « moyen » (1500 à 1000 avant J.-C.) est célèbre grâce au site extraordinaire de Tchoga Zanbil, à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Suse.

Les débuts du Ier millénaire avant J.-C.

À la fin du IIe et au début du Ier millénaire avant J.-C., l'attention se porte de nouveau sur le nord de l'Iran. De nombreux sites du Nord-Ouest, Khorvine, Sialk, Giyan, fournissent une abondante céramique grise qui n'est pas sans présenter certaines analogies avec les cultures de la plaine de Gorgan du début du IIe millénaire avant J.-C. Les sites de Marlik et Hasanlu fournissent une fine vaisselle en or et en argent. Cette région devint l'enjeu d'une lutte d'influence entre les Assyriens, les Scythes, les Mèdes, les Mannéens : le trésor de Ziwiyé, qui date pour l'essentiel de la fin du VIIIe et du début du VIIe s. avant J.-C., en est un bon témoin, par l'hétérogénéité même des objets qui composent cette collection (Musée archéologique, Téhéran). Dans cette région, au moment où la puissance assyrienne s'assure peu à peu la maîtrise de tout l'Orient non iranien, les peuples mèdes sont attestés dans l'histoire, pour la première fois, à l'époque de Salmanasar III (859-824 avant J.-C.). Devant la menace assyrienne, ils se constituèrent en fédération de tribus, autour d'Ecbatane, et s'emparèrent de Ninive en 612 avant J.-C. Cette victoire fut bientôt annulée par le triomphe du Perse Cyrus, qui réunit sous son autorité les deux peuples.

L'époque achéménide

L'Empire achéménide, le plus vaste que l'Orient ait connu, vit éclore un art nouveau. Ayant vécu pendant plus de deux siècles sur une conception politique despotique, il donna naturellement naissance à un art fondé sur l'exaltation de la personne royale. Il chercha aussi à unir à un fond proprement iranien les éléments hétérogènes fournis par les civilisations non iraniennes des peuples soumis. La première capitale, Pasargades, est iranienne pour l'essentiel : monuments dispersés sur une grande superficie, isolés au milieu de jardins irrigués, tous conçus selon le principe de la salle hypostyle, dont l'origine doit être recherchée dans le nord de l'Iran, par exemple à Hasanlu IV (vers 1000-800 avant J.-C.), où existe une salle hypostyle à deux rangées de colonnes. En revanche, l'art ionien fait déjà sentir son influence dans la façon dont sont taillées les bases de colonnes, cannelées, et dans le traitement des reliefs, où les premières ébauches du drapé achéménide des vêtements sont probablement inspirées de modèles grecs. Cependant, le tombeau de Cyrus lui-même, en forme de maison couverte d'un toit à double pente, demeure à l'abri de ces contaminations étrangères.

   

Ce syncrétisme achéménide est encore plus net dans les constructions de Persépolis. Les bâtiments grandioses de Persépolis, juchés sur une gigantesque terrasse artificielle, et dont on ignore au fond le rôle exact, sont tous bâtis suivant le principe de la salle hypostyle, ici démesurément agrandie, puisque certaines salles comptent cent colonnes. Ces dernières sont l'élément le plus original de l'architecture perse, avec leur base campaniforme et leur chapiteau composite soutenant une imposte à double avant-train d'animal. Tous ces bâtiments sont couverts de reliefs décoratifs qui soulignent de façon heureuse les lignes de force de l'architecture. Le thème unique est celui du roi, qui trône, s'avance, donne audience, reçoit le tribut, triomphe des fauves. Les palais de Suse étaient décorés surtout de panneaux de briques émaillées, dont les plus connus représentent le défilé des archers du roi des rois. L'art achéménide sut exceller également dans les arts « mineurs », et le bouquetin ailé du musée du Louvre, vraisemblablement une anse de vase, exprime à merveille la légèreté de l'animal des montagnes.

L'Iran hellénisé et l'époque sassanide

Après la mort d'Alexandre le Grand, les provinces iraniennes furent perdues définitivement par ses successeurs au milieu du IIe s. avant J.-C. Des dynasties iraniennes s'emparèrent du pouvoir, mais la marque de l'hellénisme resta prédominante. Les Parthes Arsacides laissèrent surtout de nombreux reliefs rupestres (Béhistoun, Tang-e Sarvak). On leur attribue également, aux environs de l'ère chrétienne, la statue de Chami, en bronze, représentant un homme debout, revêtu d'un costume purement iranien ; la tête fut peut-être exécutée à Suse, et le corps sur place. L'Iran n'est alors qu'une partie d'un vaste milieu artistique qui s'étend du Gange à l'Euphrate. L'art parthe est soumis à des conventions sévères dont la plus connue est le respect de la loi de frontalité, sans doute par souci de rendre la présence du regard et, par celui-ci, la permanence de la vie.

   

Dès le deuxième quart du IIIe s. après J.-C., cet art parthe est remplacé par un art très différent : l'accession des Sassanides au pouvoir marque un changement profond. L'architecture voit apparaître une grande nouveauté : la salle carrée couverte d'une coupole sur trompes. Dans le domaine des arts décoratifs, la frontalité parthe cesse de régner, l'hellénisme est beaucoup moins présent. Avec les souverains sassanides se produit une sorte de renaissance nationale iranienne, qui érige le zoroastrisme en religion d'État et s'inspire de l'art achéménide, jugé plus « iranien » : des gorges égyptiennes surmontent les portes du palais de Firuzabad, comme au palais de Darios. Les reliefs rupestres ne représentent plus que des scènes d'investiture divine, des triomphes et des combats. L'art sassanide a également livré de magnifiques plats, coupes et carafes (Leningrad, musée de l'Ermitage). En métal précieux, ces objets sont décorés de scènes de chasse, de figures nues, de l'image du roi assis de face, les jambes fléchies, dans la posture dite « en majesté », promise à un long avenir : le roi trônant de la coupe dite « tasse de Salomon » (VIe s. après J.-C., B.N.F., Paris) est le prototype direct des « Christs en majesté » des tympans romans.

LITTÉRATURE

La littérature classique (Xe-XVe s.)

Les maîtres de la qasida (panégyrique)

Naser-e Khosrow, Onsori de Balkh, Rudaki.

L'apogée du ghazal (poésie lyrique)

Attar, Djami, Hafez, Sadi.

Le masnavi (épopée ou roman en vers)

Ferdowsi, Nezami, Sanai, Djalal al-Din Rumi.

Le rubaiyyat (quatrain)

Omar Khayyam.

L'Iran moderne

Sadeq Hedayat.

Plan de l'article
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Médias
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  • Mohammad Khatami
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  • Naqsh-i Roustem, haut-relief rupestre
  • Paysage rural en Iran
  • Persépolis, griffon
  • Persépolis, reliefs
  • Plat d'argent à décor doré
  • Téhéran

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