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Pakistan

en ourdou Pākistān

Nom officiel : République islamique du Pakistan

Carton de situation - Pakistan
Drapeau du Pakistan
Drapeau du Pakistan

État d'Asie méridionale, le Pakistan est baigné par l'océan Indien (mer d'Oman) au sud et bordé par l'Iran à l'ouest, l'Afghanistan au nord-ouest, la Chine au nord-est et l'Inde à l'est.
Après s'être retiré du Commonwealth en 1972, il le réintègre en 1989, avant d'être suspendu de 1999 à 2004 et de novembre 2007 à mai 2008.
Le Pakistan est un État fédéral, qui se compose de 4 Provinces (Baloutchistan, Khyber Pakhtunkhwa [Province de la frontière du Nord-Ouest jusqu’en 2010], Pendjab et Sind), du Territoire fédéral de la capitale et des zones tribales.

  • Superficie : 803 000 km2
  • Nombre d'habitants : 182 143 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Pakistanais
  • Capitale : Islamabad
  • Langues : ourdou et anglais
  • Monnaie : roupie pakistanaise
  • Chef de l'État : Mamnoon Hussain
  • Chef du gouvernement : Nawaz Sharif
  • Nature de l'État : république à régime parlementaire
  • Constitution :
    • Adoption : 1973
    • Révision : 20 amendements entre 1974 et 2013
  • La Constitution, suspendue en 1999, a été progressivement remise en vigueur de novembre 2002 à mars 2003
Pour en savoir plus : institutions du Pakistan

GÉOGRAPHIE

Les secteurs irrigués du Sud et surtout du Nord-Est (Pendjab), correspondant à la plaine alluviale de l'Indus et de ses affluents, constituent les parties vitales du Pakistan. Ils fournissent du blé, du riz et du coton (principal produit d'exportation et base de la seule industrie notable, le textile). Le pourtour est formé en grande partie de montagnes peu peuplées (Baloutchistan à l'ouest ; partie de l'Hindu Kuch au nord, souvent frappé par des séismes). Le sous-sol fournit surtout du gaz naturel. Les problèmes économiques (sous-emploi, endettement) s'ajoutent aux conflits ethniques, voire religieux (entre musulmans chiites et sunnites), et aux tensions récurrentes avec l'Inde.

1. Le milieu physique

Entre la mer d'Oman au sud et les chaînes montagneuses du nord (extrémité occidentale de l'Himalaya), le Pakistan appartient à la fois au Moyen-Orient (régions arides et souvent accidentées de l'ouest aux confins de l'Afghanistan et de l'Iran) et au sous-continent indien à l'est (plaines de l'Indus).

Les régions naturelles peuvent se ramener à trois grands ensembles. La plaine de l'Indus et de ses affluents regroupe le Pendjab et le bas Indus (la basse plaine et le delta), correspondant à la province du Sind, bordés à l'est par le désert de Thar. La bordure montagneuse septentrionale compte de nombreux sommets à plus de 7 000 m d'altitude dans les paysages alpins de l'Hindu Kuch, du Karakorum et de l'Himalaya proprement dit, montagnes difficiles aux bassins rares (Chitral), dont l'édification résulte de leur position charnière entre les plaques indo-australienne au sud et eurasiatique au nord, la première ayant glissé sous la seconde. Le Baloutchistan, aride, steppique, présente une structure complexe de sédiments empilés du trias au quaternaire, calcaires à l'est, détritiques à l'ouest, en deux chaînes qui se raccordent au « nœud » de Quetta.

L'aridité du climat est corrigée par de grands travaux entrepris dès la seconde moitié du xixe s. et toujours continués : barrages du bassin de l'Indus et canaux (Sukkur, Tarbela, Mangla), ou karez du Baloutchistan (galeries de captage des nappes souterraines dans les piémonts jalonnées de puits). En effet, tout le Sind reçoit moins de 200 mm de pluies. Atteignant le Pakistan, les moussons ont épuisé une large partie de leur capital d'humidité ; on enregistre aussi quelques pluies d'hiver de type méditerranéen et non tropical. Mais seule la montagne du nord est bien arrosée et présente de belles forêts.

2. La population

Le Pakistan est le sixième pays le plus peuplé du monde. C'est l'un des rares États du monde à avoir été créé sur une base purement religieuse. S'il est presque exclusivement composé de musulmans (97 % de la population), il rassemble sur son territoire des ethnies d'une grande diversité culturelle et linguistique : l'unité de la nation est, de ce fait, l'un des problèmes majeurs qui compromet le plus les chances de développement du pays. Plus des trois quarts des musulmans suivent le rite sunnite hanafite, majoritaire dans le sous-continent indien ; le quart restant se partage entre chiites duodécimains (tout comme les Iraniens voisins) et chiites ismaéliens du Sind et du Cachemire. Le mysticisme soufi populaire, lié au culte des saints, est très répandu malgré l'opposition des néo-fondamentalistes musulmans, hostiles à cette pratique.

Le Pakistan est un pays aux frontières indécises (ligne de cessez-le-feu au Cachemire, porosité de la frontière du Nord-Ouest), dont les différents groupes ethniques, loin de former une unité, s'étendent sur les pays voisins (Pachtouns en Afghanistan, Sindis, Cachemiris et Pendjabis en Inde). La densité moyenne (plus de 200 habitants par km2) n'a que peu de signification, les quatre cinquièmes des Pakistanais vivant dans le bassin de l'Indus.

On distingue au Pakistan quatre grandes régions, tant du point de vue des ethnies que du mode de peuplement. Le poids démographique, politique et économique du Pendjab, à l'est, place cette région au premier plan (48 % de la population totale). L'organisation sociale du Pendjab rural repose sur le pouvoir exercé par les propriétaires fonciers (zamindars). Ceux-ci sont divisés en groupes (Jats, Araïns) fonctionnant selon des liens endogamiques qui rappellent le système des castes hindoues. Le Sind, au sud-est, est encore plus féodalisé : il forme, avec le Pendjab, le cœur agricole du pays. La partition de ces deux régions entre l'Inde et le Pakistan, en 1947, a provoqué des déplacements massifs de population (sans doute parmi les plus importants de l'histoire mondiale) et les nouveaux arrivants de l'Inde furent difficilement absorbés. La population du vaste et aride Baloutchistan, au sud-ouest, se compose de Baloutches, proches des Iraniens (37 % de la population locale), qui sont arrivés dans la région il y a 500 ans, de Brahouis d'origine dravidienne (20 %) et de Pachtouns ou Pathans (25 %). Baloutches et Brahouis se regroupent sur un mode tribal fortement hiérarchisé et pratiquent fréquemment le nomadisme. Les Pachtouns sont surtout présents dans la Province de la frontière du Nord-Ouest (PFNO) et dans une grande partie de l'Afghanistan voisin, avec lequel ils pratiquent des échanges et se livrent à de la contrebande. Plus au nord enfin, on trouve, dans l'« Azad Kashmir » ou Cachemire libre, des populations partagées, elles aussi, entre l'Inde et le Pakistan. Enfin, les immigrés de l'Inde, ou Mohajirs, se concentrent dans les grandes villes ; ils constituent les quatre cinquièmes de la population de Karachi et parlent surtout l'ourdou qui, malgré son statut de langue officielle, n'est pratiqué que par 7 % des Pakistanais.

Le taux d'accroissement naturel, estimé à 2,3 % par an en 2007, est élevé, d'autant plus que le gouvernement a très peu encouragé, contrairement à ses voisins du sous-continent indien, une politique de contrôle des naissances. Si elle a joué un rôle substantiel, l'émigration à l'étranger (en Occident et dans les pays du golfe Persique), qui représente 10 % de la population active, ne suffit plus à contrebalancer une démographie galopante. La population urbaine (34 %) croît plus vite que la population rurale et s'entasse dans des grandes villes tentaculaires. Ainsi, dans le Sind, Karachi a vu le nombre de ses résidents tripler en 20 ans et elle atteint, aujourd'hui, 12 millions d'habitants ; grâce à son port tourné vers le Moyen-Orient, elle est la capitale économique du pays mais sombre dans le chaos social. Plusieurs autres villes dépassent le million d'habitants : Hyderabad et Multan (centre cotonnier), dans le Sind ; Lahore, vieille ville culturelle, et Faisalabad, pôle industriel centré sur le coton, au Pendjab. Au nord, Rawalpindi est directement reliée à Islamabad, capitale administrative excentrée (800 000 habitants), qui souffre de son caractère artificiel. Peshawar, à l'ouest de celle-ci, dépasse les 1,3 million d'habitants ; sa proximité de l'Afghanistan et le relief montagneux environnant en font une capitale de la contrebande et du trafic de drogue.

3. L'économie

3.1. L'agriculture

Malgré une réforme agraire plus timide qu'en Inde, la situation foncière y est moins inquiétante grâce un peuplement plus récent (40 % des exploitations ne dépassent pas deux hectares). L'irrigation du bassin de l'Indus remonte à l'Antiquité et demeure le facteur décisif de l'agriculture pakistanaise, qui représente 20 % du produit intérieur brut (PIB) et 75 % du commerce extérieur. De grandes réalisations, effectuées dans les années 1960, ont permis une rationalisation et une extension de la surface cultivée grâce, notamment, à un réseau de canaux unique au monde. Mais les problèmes de salinité et d'excès d'eau (water logging), dus à la vétusté des canaux, subsistent et concernent entre 30 et 75 % des terres irriguées au Sind. Les succès de la révolution verte, de 1960 à 1965, ont surtout concerné le blé (68 % de la production céréalière, 8e rang mondial) et le riz, qui est surtout consacré à l'exportation. Le Pakistan est, par ailleurs, le premier exportateur mondial de coton et le sixième producteur de canne à sucre. Mais l'économie rurale n'est pas suffisamment diversifiée : malgré une hausse de la production de fruits et de légumes et une amélioration de l'élevage (dans l'aviculture), l'insuffisance du réseau routier et commercial est patent. Principale région agricole, le Pendjab fournit, grâce à une terre fertile mais aussi à une meilleure rationalisation et à une plus forte modernisation, les quatre cinquièmes du blé, la moitié du riz, ainsi que les deux tiers du coton et de la canne à sucre du Pakistan. Vient ensuite le Sind, qui possède 5,5 millions d'hectares de terres cultivées, dont 3,2 millions sont irrigués. Enfin, la Province de la frontière du Nord-Ouest, plus montagnarde, produit des oléagineux, les oasis du Baloutchistan étant, pour leur part, très marginales.

3.2. L'industrie

Le Pakistan possède des ressources minières diversifiées mais peu abondantes ; il ne jouit pas, comme l'Inde, de grandes réserves de fer et de charbon. S'il manque de pétrole (il ne produit que 10 % de ses besoins), il possède un peu de gaz naturel. Le fort potentiel hydroélectrique reste sous-utilisé, et Karachi possède une centrale nucléaire. Le développement de l'industrie remonte à l'indépendance et a privilégié les branches textile (21 % du secteur) et agroalimentaire (raffineries de sucre, huileries). La croissance industrielle, rapide jusqu'en 1965, stagne depuis lors. Le secteur représente désormais 27 % du PIB. Le développement de l'industrie lourde (chimie, pétrochimie et sidérurgie à Ben Qasim) a été initié au début des années 1970. En 1973, l'État procéda à la nationalisation de plusieurs grandes sociétés.

3.3. Commerce extérieur

Malgré une hausse de ses exportations, le Pakistan ne parvient pas à dégager un excédent de son commerce extérieur. Ses principaux partenaires commerciaux sont les États-Unis, le Japon, l'Allemagne et l'Arabie saoudite. L'importance du marché parallèle, de la contrebande et du trafic de drogue sont autant de facteurs de déstabilisation économique et sociale, qui provoquent une émigration massive de la population (au moins 100 000 départs annuels).

En 2008, confronté à une grave crise économique, le Pakistan obtient un crédit d'un montant de 7,6 milliards de dollars de la part du Fonds monétaire international (FMI). Le FMI indique que les finances du pays ont été détérioré par l'instabilité politique, les violences des islamistes et la hausse des prix pétroliers et alimentaires (l'inflation s'élevant à près de 25 % en 2008). La balance des paiements est fortement déficitaire, de l'ordre de 9 % du produit intérieur brut, et le déficit atteint 14 milliards de dollars.

HISTOIRE

1. L'indépendance

Ali Jinnah, qui, avec la Ligue musulmane, luttait aux côtés du parti du Congrès indien contre la domination britannique, réclame à partir de 1940 la création de l'État islamique du Pakistan, séparé de l'Inde et regroupant les musulmans du sous-continent indien. En juin 1947, lord Mountbatten, vice-roi des Indes, fait accepter le principe de la partition. L'Indian Independence Act, présenté en juillet 1947 par le gouvernement britannique, prévoit que le Pakistan comprendra tous les territoires, à majorité musulmane, qui formaient jusqu'à la date de l'indépendance (15 août 1947) les provinces du Bengale oriental, du Sind et du Baloutchistan. Les États princiers peuvent opter pour le rattachement à l'Inde au Pakistan ou se proclamer indépendants. La création d'un État musulman, vœu d'Ali Jinnah, est réalisée, mais cet État est divisé en deux parties distantes de 1 700 km, le Pakistan occidental, situé entre l'Iran à l'ouest, l'Afghanistan au nord, l'Inde à l'est et bordé par la mer d'Oman au sud, au nord et le Pakistan oriental, limité par l'Inde, à l'ouest, au nord et à l'est, par la Birmanie au sud-est, et bordé par le golfe du Bengale.

Deux États princiers, Hyderabad et le Cachemire, remettent en cause le principe de la partition. Le nizam d'Hyderabad, musulman qui régnait sur des sujets en majorité hindous, s'était proclamé indépendant. Prenant prétexte de désordres intérieurs, l'Inde envahit le territoire et l'annexe sans que le Pakistan puisse intervenir. Au Cachemire, un conflit éclate en 1947 entre l'Inde et le Pakistan. Il aboutit à la partition de la région en 1949, de part et d'autre d'une ligne de cessez-le-feu fixée par les Nations unies, le Pakistan conservant l'Azad Kashmir (« Cachemire libre »).

La création du Pakistan s'accompagne d'un important mouvement de population : le pays doit accueillir de 6 à 7 millions de musulmans, alors que 6 millions d'hindous regagnent l'Inde. L'afflux des réfugiés modifie profondément la répartition démographique au Pakistan occidental dans la mesure où ces réfugiés cherchent à s'intégrer dans les villes. Le Pakistan oriental, essentiellement agricole, absorbe plus facilement les nouveaux arrivants.

La première Assemblée constituante (1947-1954) est dominée par la Ligue musulmane. Muhammad Ali Jinnah, « le père de la nation », devient premier gouverneur général du Pakistan et président de l'Assemblée constituante. À sa mort, le 11 septembre 1948, Liaqat Ali Khan, Premier ministre et président de la Ligue musulmane, lui succède, tandis que Khawaja Nazimuddin devient gouverneur général. En octobre 1951, Liaqat Ali Khan est assassiné. La Ligue musulmane se divise en une Ligue musulmane Jinnah, dirigée par le nabab Mamdot au Pakistan occidental, et une Ligue musulmane Awami de H. S. Suhrawardi du Pakistan oriental, qui préconise l'autonomie régionale.

2. La Constitution de 1956

Le 29 février 1956, une Constitution établit une fédération de deux provinces également représentées à l'Assemblée fédérale. La République islamique du Pakistan est dirigée par un président obligatoirement musulman ; Iskander Mirza, gouverneur général depuis août 1955, est nommé président provisoire de la République. L'ourdou et le bengali sont langues d'État, et l'Assemblée fédérale de Karachi est doublée d'assemblées locales, à Dacca pour le Pakistan oriental et à Lahore pour le Pakistan occidental. Mais l'absence de partis politiques organisés renforce le chaos, que favorise une situation économique désastreuse. I. Mirza abroge la Constitution le 7 octobre 1958 et proclame la loi martiale, que le général Muhammad Ayyub Khan est chargé d'appliquer.

Le 28 octobre 1958, le général Ayyub Khan dépose I. Mirza et devient président de la République. Une réforme agraire (1959) permet une réorganisation de l'agriculture et protège les petits paysans. L'organisation d'un programme de « démocraties de base » (1960) met en place une série d'assemblées renouvelables tous les cinq ans et composées de membres élus ou désignés et de fonctionnaires ; il s'agit d'instaurer une véritable démocratie à partir des villages. Ayyub Khan se fait confirmer en février 1960 dans ses fonctions de président de la République et promulgue le 1er mars 1962 une Constitution de type présidentiel. Le président, obligatoirement musulman, et l'Assemblée nationale sont élus par un collège électoral issu des démocraties de base. La levée de la loi martiale en juin 1962, après les élections du 28 avril, contribue à la stabilisation de la vie politique. Ayyub Khan est réélu président de la République en janvier 1965.

Mais la même année éclate entre l'Inde et le Pakistan la deuxième guerre du Cachemire, qui s'internationalise rapidement. Un cessez-le-feu intervient le 22 septembre 1965, et, le 10 janvier 1966, Lal Bahadur Shastri, Premier ministre indien, et Ayyub Khan signent à Tachkent (URSS) une déclaration consacrant la normalisation entre les deux pays. Mais le problème du Cachemire subsiste.

Deux hommes commencent à s'opposer au président : à l'ouest, Zulfikar Ali Bhutto, qui fonde, en novembre 1967, le parti du Peuple pakistanais ; à l'est, Mujibur Rahman, devenu, après l'arrestation de Suhrawardi en 1966, le chef de la Ligue Awami et qui réclame l'autonomie régionale du Pakistan oriental. Dans les deux provinces, le mécontentement croît, tandis qu'on accuse de corruption l'entourage du président. Le général Ayyub Khan (devenu maréchal) doit céder la place, le 25 mars 1969, au général Yahya Khan.

La loi martiale est instaurée, la Constitution suspendue. Yahya Khan réussit à rétablir un certain calme. Il annonce l'élection, pour la première fois au suffrage universel, d'une nouvelle Assemblée constituante. Ces élections générales ont lieu en décembre 1970. La Ligue Awami et le parti de Z. A. Bhutto les remportent, respectivement, dans les provinces orientale et occidentale. La première obtient la majorité absolue.

3. Le problème du Bengale oriental et la sécession du Bangladesh

En janvier 1971, M. Rahman refuse de participer à l'élaboration d'une Constitution qui néglige son programme en six points, formulé dès 1965, et qui demande l'autonomie du Pakistan oriental. La loi martiale est alors rétablie au début de mars et Yahya Khan se rend à Dacca pour négocier, le 15. Un accord est conclu le 23. Deux jours plus tard, l'armée déclenche une répression sanglante au Bengale. M. Rahman est arrêté et transféré à l'ouest. La résistance bengalie s'organise ; le 26 mars, une radio clandestine proclame l'indépendance du Bangladesh ; un gouvernement provisoire bengali est formé en territoire indien ; des millions de réfugiés vont fuir la sévère répression de l'armée pakistanaise. En juin 1971, le général Yahya Khan prononce une amnistie générale, mais refuse de libérer M. Rahman. Cependant, la tension croît entre l'Inde et le Pakistan, dégénérant en un véritable conflit armé (3 décembre). Défaite en quelques jours au Bengale, n'obtenant aucun succès notable sur le second front ouvert au Cachemire, l'armée pakistanaise doit capituler sans condition quand les troupes indiennes du général Aurora Singh entrent à Dacca (16 décembre). L'autonomie du Bangladesh devient effective. Au Cachemire, Indira Gandhi, Premier ministre indien, décide un cessez-le-feu unilatéral le 17 décembre. Z. A. Bhutto succède le 20 décembre au général Yahya Khan.

Pour en savoir plus, voir les articles Bangladesh, Cachemire.

La loi martiale ne sera levée qu'après la rencontre de Simla (28 juin-2 juillet 1972) entre Z. A. Bhutto et I. Gandhi. Une troisième Constitution est adoptée, le 10 avril 1973, de type fédéral ; le Pakistan est composé de quatre provinces : Pendjab, Sind, Baloutchistan et Province de la frontière du Nord-Ouest, chacune ayant son assemblée et son gouvernement. Le président de la République est subordonné au Premier ministre Z. A. Bhutto, qui restera cinq ans et demi au pouvoir avant d'être victime d'un coup d'État militaire, le 5 juillet 1977. Ce coup d'État est provoqué par une crise déclenchée par l'opposition à la suite des élections législatives du 7 mars précédent. Le parti du Peuple pakistanais (PPP) y a obtenu une très large majorité, et l'opposition, regroupée dans une coalition de neuf « partis », l'Alliance nationale pakistanaise, n'a recueilli que 36 % des suffrages. Cette opposition exprime en fait l'opinion de milieux conservateurs et religieux.

4. L'ère Zia et l'islamisation du pays (1978-1988)

La loi martiale est à nouveau proclamée, et le général Zia ul-Haq, que Z. A. Bhutto avait élevé à la dignité de chef d'état-major des armées, en est l'« administrateur en chef », avant d'accéder, en septembre 1978, à la présidence de la République. S'instaure alors une véritable dictature militaire, qui va se maintenir sous le couvert d'un processus d'« islamisation ». Le général Zia ul-Haq fait condamner à mort, le 18 mars 1978, puis exécuter, le 4 avril 1979, Z. A. Bhutto. En octobre 1979, les élections législatives promises par le général lors du coup d'État sont ajournées sine die, toute activité politique est interdite, les partis politiques sont bannis, la censure est imposée. Dans ce pays, où les tendances séparatistes sont latentes et où l'islam est le seul réel facteur d'unité, un rigoureux processus d'« islamisation » se poursuit, présenté comme une justification des mesures prises. Dès le 10 février 1979, le Coran et la sunna deviennent la « loi suprême » du Pakistan.

Le régime du général Zia ul-Haq doit également sa longévité à la conjoncture internationale : si l'aide militaire et économique des États-Unis et des pays occidentaux a été nettement accrue, ce n'est que la conséquence de la présence soviétique en Afghanistan. Le Pakistan doit faire face aux problèmes posés par l'afflux de 3 millions de réfugiés afghans, ce qui lui vaut d'autres soutiens matériels. L'opposition démocratique, qui organise au cours de l'été 1983 un vaste mouvement de « désobéissance civile », semble désormais menacer le pouvoir en place. Aussi Zia ul-Haq organise-t-il en décembre 1984 un référendum sur l'islamisation, qui lui permet de prolonger son mandat et de légitimer son pouvoir. L'élection, en février 1985, d'un Parlement islamique sans pouvoir réel, suivie d'une série d'amendements à la Constitution de 1973, renforce encore le caractère présidentiel du régime. En décembre 1986, la loi martiale est levée, mais l'opposition au régime demeure forte. Le 17 août 1988, Zia ul-Haq meurt dans un accident d'avion. Le président du Sénat, Ghulam Ishaq Khan, assure l'intérim et convoque des élections (novembre), à l'issue desquelles Benazir Bhutto, fille de l'ancien Premier ministre, chef de file de l'opposition et du parti du Peuple pakistanais (PPP) devient Premier ministre après la victoire de son parti.

5. La démocratisation de la vie politique

Dotée d'une éducation occidentale, B. Bhutto est la première femme à accéder au pouvoir dans un pays islamique, ce qui provoque de vives réactions de la part de certains milieux intégristes. De fait, elle aura beaucoup de mal à se dégager de la pression de l'armée et à obtenir un véritable soutien populaire. L'opposition, majoritaire au Sénat et par les élections, maître du Pendjab, se montre implacable vis-à-vis du gouvernement. L'armée, quant à elle, considère B. Bhutto incapable de tenir les rênes du pays, qui s'enfonce rapidement dans la violence (notamment au Sind). Le 6 août 1990, le président Ghulam Ishaq Khan destitue le gouvernement, déclare l'état d'urgence et provoque des élections législatives anticipées pour le mois d'octobre. La coalition de l'opposition, l'Alliance démocratique islamique (IDA), remporte la victoire et Nawaz Sharif, chef de la Ligue musulmane du Pakistan (PML), principale formation de cette coalition, est nommé Premier ministre. Malgré la réussite de sa politique d'ouverture, facilitée par une large majorité parlementaire, il perd le soutien des Mohajirs (réfugiés venus de l'Inde en 1947) du Mohajir Qaumi Movement (MQM) et des islamistes. La rivalité croissante entre le Premier ministre et le président provoque l'intervention du chef des armées, qui destituera l'un et l'autre le 15 juillet 1993. Les nouvelles élections, organisées en octobre, permettent le retour du PPP et de B. Bhutto au pouvoir. Mais le climat social du pays est détérioré : les violences interethniques et interconfessionnelles secouent la capitale économique du pays, Karachi, et sa province, le Sind : des gangs extrémistes islamistes (sunnites et chiites), les Sindis et les Mohajirs du MQM s'affrontent dans de sanglants attentats. Parallèlement, le pays sombre dans la crise économique. B. Bhutto tente de manipuler le processus démocratique pour se maintenir au pouvoir. Mais d'importantes manifestations islamistes et antigouvernementales se déroulent durant l'été 1996. En novembre, l'armée convainc le président Farooq Leghari (membre du PPP, élu en novembre 1993) de limoger B. Bhutto. En même temps, il dissout l'Assemblée nationale.

6. Le retour de Nawaz Sharif (1997-1999)

La désaffection populaire envers le PPP permet à Nawaz Sharif de revenir au pouvoir avec une majorité écrasante lors des élections de février 1997. Fort de cette majorité, il mène bataille pour asseoir son pouvoir aux dépens de ceux de l'armée, du président et de l'appareil judiciaire. Au terme d'une année de lutte constitutionnelle, la Ligue musulmane du Pakistan (PML) finit par gagner, en novembre, en obtenant la démission du président F. Leghari. Un proche de N. Sharif, Rafiq Tarar, le remplace. Cependant, l'attention portée par le Premier ministre à la consolidation de son pouvoir laisse en suspens la mise en œuvre des réformes indispensables. Par ailleurs, le regain de popularité, procuré par les essais nucléaires en réponse aux essais conduits par l'Inde en mai 1998, n'est que de courte durée : les sanctions économiques infligées par la communauté internationale ne tardent pas à grever l'économie fragile du pays. Les États-Unis, suivis du Japon, décident, à la mi-novembre, la levée partielle des sanctions, mais le Pakistan doit prendre une série de mesures impopulaires, destinées à répondre aux exigences du Fonds monétaire international (FMI). Outre les difficultés économiques, N. Sharif est confronté à l'influence grandissante de l'opposition islamiste et surtout à une recrudescence de la violence, en particulier au Pendjab, où les affrontements entre communautés sunnites et chiites font plus de 1 300 victimes entre 1997 et 1998. À l'automne, le Premier ministre fait voter un amendement qui place la loi islamique au-dessus de la Constitution, puis il instaure des tribunaux militaires, qui multiplient les condamnations à mort (supprimés en avril 1999 à la suite d'une décision de la Cour suprême). L'effondrement des institutions, la corruption généralisée et la menace d'une banqueroute complètent un tableau extrêmement sombre. Les mouvements de l'opposition, désormais unis, réclament la démission du très impopulaire N. Sharif.

7. La longue séquence militaire du général Mucharraf (1999-2008)

7.1. Le putsch du général Pervez Mucharraf

C'est dans ce contexte que, le 12 octobre 1999, N. Sharif est renversé lors du coup d'État mené par le général Pervez Mucharraf, nommé par lui-même un an auparavant chef d'état-major. L'état d'urgence est décrété, la Constitution suspendue. Un nouveau cabinet de dix ministres est formé, agissant sous la direction du Conseil national de sécurité, composé de deux militaires et de quatre civils et présidé par le nouvel homme fort du pays. L'ex-Premier ministre déposé, N. Sharif, condamné une première fois en avril 2000 à la réclusion militaire à perpétuité, puis une seconde fois en juillet à quatorze années d'emprisonnement avec interdiction d'exercer toute fonction publique à vie, est finalement gracié en décembre et contraint à l'exil.

Le chef de l'État, Rafiq Tarar, est, quant à lui, maintenu en place jusqu'en juin 2001, date à laquelle le général Mucharraf se fait investir président, montrant ainsi sa volonté de rester au pouvoir au-delà d'octobre 2002, date fixée par la Cour suprême pour le retour à un régime civil.

7.2. Les attentats du 11 septembre 2001 et l'« alliance » avec les États-Unis

Contrairement aux déclarations d'intention du général au lendemain de sa prise de pouvoir, le processus de retour à la démocratie n'est guère immédiat. Des élections locales se tiennent entre décembre 2000 et juillet 2001, mais le renouvellement du personnel politique souhaité n'a pas lieu, en dépit de l'absence des partis : seuls des candidats indépendants sont autorisés à se présenter. Par ailleurs, le lancement du programme de réformes tarde à venir.

Mais ce sont surtout les pressions exercées par les États-Unis au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 qui placent le général devant une alternative étroite : soit maintenir son soutien au régime des talibans en place en Afghanistan et risquer alors de voir s'interrompre tout soutien financier et d'être mis au ban des nations ; soit apporter sa coopération à la lutte antiterroriste et heurter les sentiments religieux de puissants groupes fondamentalistes dans le pays et au sein même de l'armée.

Faisant prévaloir l'« intérêt national » sur l'aventure islamiste, le général Mucharraf décide de se rallier aux États-Unis et prend en janvier 2002 à l'encontre des groupes islamistes une série de mesures qui lui vaudront d'être la cible de deux attentats en décembre 2003.

Cherchant à consolider son pouvoir, il obtient son maintien à la présidence pour cinq ans à l'issue d'un référendum boycotté par les grands partis d'opposition (avril 2002), puis il se fait octroyer par une série d'amendements constitutionnels le pouvoir de dissoudre le Parlement et de démettre le cabinet (août).

7.3. La montée des partis fondamentalistes aux élections générales de 2002

Le 10 octobre 2002, les premières élections générales depuis le putsch d'octobre 1999 sont marquées par la percée de six partis religieux fondamentalistes réunis au sein du MMA (Muttahida Majlis-e-Amal, Conseil uni pour l'action), qui, avec 53 sièges à l'Assemblée fédérale devient la troisième force parlementaire du pays et qui contrôle, en outre, deux des quatre Assemblées provinciales (Province de la frontière du Nord-Ouest et Baloutchistan) voisines de l'Afghanistan.

Le vote en faveur des partis religieux, qui ont mené campagne sur le thème du rejet de l'alliance avec les États-Unis dans la guerre antiterroriste, constitue un désaveu pour le général Mucharraf. Sa formation, une faction de la Ligue musulmane du Pakistan, la PML-Q, n'obtient que 69 sièges sur les 272 élus au suffrage direct, derrière le parti du Peuple pakistanais (PPP) de l'ex-Premier ministre en exil B. Bhutto, arrivé en tête avec 71 sièges. Les fidèles de N. Sharif (PML-N) paient leurs divisions et n'obtiennent que 14 sièges. Petite avancée sur le chemin de la démocratie, 60 sièges réservés aux femmes et 10 aux minorités religieuses sont distribués au prorata des voix des partis.

7.4. 2002-2006 : les ambiguïtés de Pervez Mucharraf

En novembre, le Parlement élit au poste de Premier ministre un candidat de consensus, Mir Zafarullah Khan Jama. Toutefois, au terme de plusieurs mois de détérioration de ses relations avec le président, il est contraint de démissionner en juin 2004 et est remplacé en août par Chaukat Aziz. Cette démission est suivie en octobre de l'adoption par le Parlement d'une loi permettant au général Mucharraf de se maintenir au poste de chef des armées – en contradiction avec un accord passé en décembre 2003 avec le MMA, dans lequel il s'engageait à renoncer à ce poste d'ici la fin 2004.

Les élections locales d'août 2005, entachées de nombreuses fraudes et marquées par la large victoire des candidats proches du pouvoir, n'atteignent pas leur objectif principal : la légitimation du régime militaire. Celui-ci doit aussi essuyer le mécontentement consécutif à son inaction face au grave tremblement de terre d'octobre dans le nord du pays, cependant que la situation intérieure se dégrade : intensification des heurts avec les islamistes sur la frontière nord-ouest, violences confessionnelles (attentats-suicides) fréquentes dans le reste du pays.

Désireux de désamorcer l'escalade de la radicalisation, P. Mucharraf signe avec les « talibans pakistanais » en septembre 2006 un accord de paix, qu'il dénonce toutefois moins d'un an plus tard.

7.5. 2007 : un pouvoir de plus en plus contesté

Déstabilisation, épreuve de force

Les contestations convergent en 2007, année du 60e anniversaire de l'indépendance : manifestations populaires liées à la hausse des prix ; bras de fer avec les islamistes, notamment dans les provinces tribales du Nord et de l'Ouest, ainsi qu'autour de leur haut lieu à Islamabad – la mosquée Rouge –, finalement prise d'assaut par les forces de l'ordre en juillet (ce qui provoque l'appel au djihad lancé par al-Qaida contre P. Mucharraf ainsi qu'une vague d'opérations de déstabilisation ininterrompue et meurtrière de la part de commandos et de kamikazes fondamentalistes) ; protestation de l'opposition libérale, prenant fait et cause pour les juges de la Cour suprême et en particulier son chef, Iftikhar Mohammed Chaudhry, suspendu en mars et devenu dès lors symbole de l'arbitraire présidentiel.

Contrecarrant les visées de P. Mucharraf qui espérait être autorisé à demander en octobre le renouvellement de son mandat tout en restant chef des armées, l'instance judiciaire qui réinstaure I. M. Chaudhry à sa tête fin juillet, continue à lui dénier ce droit ; elle affiche par là-même sa volonté de poursuivre l'épreuve de force avec le pouvoir exécutif et militaire.

Face à la conjonction des mécontentements, P. Mucharraf songe dès l'été à imposer l'état d'urgence, mais doit y renoncer sur pression internationale et en particulier américaine. Il doit même accepter d'envisager non seulement de renoncer à sa fonction de commandant en chef de l'armée s'il est reconduit à la présidence – ce qui apparaît imminent après le vote en sa faveur des assemblées le 6 octobre –, mais encore de permettre le retour des anciens Premiers ministres exilés, B. Bhutto et N. Sharif, afin qu'ils puissent mener la campagne de leurs partis respectifs aux élections législatives prévues pour janvier 2008.

Recrudescence de la violence, état d'urgence, assassinat de Benazir Bhutto

Reflet de l'état désastreux du pays et mauvais augure pour son avenir politique, c'est un attentat – dont elle sort miraculeusement indemne – qui accueille Benazir Bhutto à Karachi le 18 octobre 2007 tandis que N. Sharif, après une tentative de retour avortée le 10 septembre, peut à nouveau fouler le sol natal à partir du 25 novembre. Entre-temps, P. Mucharraf a imposé l'état d'urgence (décrété le 3 novembre), réprimé l'opposition, assigné à résidence B. Bhutto, avec qui il continue néanmoins à négocier un accord, et mis au pas la Cour suprême, vidée de ses opposants, dont I. M. Chaudhry, remplacé par un juge fidèle au président.

Le 28 novembre, P. Mucharraf renonce à sa fonction de chef des armées, et c'est en tant que civil que, le lendemain, il prête serment devant une Cour suprême remaniée à sa discrétion pour un nouveau mandat de 5 ans à la tête du pays, non sans faire savoir que les élections législatives se tiendront le 8 janvier. Mais, l'état d'urgence levé (16 décembre), les attentats redoublent de violence, affectant le processus politique annoncé (et aboutissant au chiffre d'un millier de victimes en 6 mois) : c'est ainsi que le 27 décembre, quelques heures seulement après que 4 personnes ont trouvé la mort lors d'un échange de coups de feu dans une réunion électorale de N. Sharif, B. Bhutto est tuée dans une opération suicide à la fin d'un meeting à Rawalpindi, ce qui sème consternation, trouble et émeutes.

7.6. La victoire de l'opposition et les aspirations à un retour à la démocratie

Les élections générales auxquelles le PPP de l'ex-Premier ministre désormais pris en main par son mari, Asif Ali Zardari, ne compte pas se soustraire, sont en définitive reportées au 18 février 2008, cependant qu'une enquête sur les circonstances suspectes de l'assassinat finit par dégager de toute responsabilité l'entourage du chef de l'État.

Bien que précédées d'une vague sans précédent de violences, les élections se déroulent dans le calme et voient, malgré une participation réduite (près de 40 %), la victoire écrasante du PPP de A. Zardari (première force politique du pays) et de la PML-N de N. Sharif. Le très net revers de la PML-Q transforme cette consultation en référendum contre le régime du président Mucharraf et l'effondrement des partis religieux atteste un peu plus les espoirs que les Pakistanais placent dans le retour de la démocratie.

C'est finalement un fidèle de la famille Bhutto, Yousaf Raza Gilani, vice-président du PPP, qui est élu le 24 mars par la nouvelle assemblée Premier ministre et placé à la tête d'un cabinet de coalition formé du PPP et de la PLM-N. Il fait aussitôt libérer tous les juges de la Cour suprême emprisonnés, engageant un bras de fer avec le président Mucharraf. Mais cette question devient cependant vite source de tensions au sein de l'alliance gouvernementale : après avoir appelé à la réintégration des magistrats dans leurs fonctions, N. Sharif, n'obtenant pas satisfaction, contraint ses ministres à démissionner dès le 12 mai.

7.7. Pervez Mucharraf lâché par l'allié américain et menacé de destitution

Par ailleurs, la détérioration de la sécurité dans les régions du nord-ouest et les pressions américaines conduisent à une remise en question de la stratégie de « réconciliation nationale » avec les talibans pakistanais adoptée en avril 2008pour restaurer la paix civile : le cessez-le-feu signé avec Baitullah Mehsud, chef du Mouvement des talibans au Pakistan (Tehrik-e-taliban Pakistan, TTP) proche d'al-Qaida, est rompu fin juin, d'où la reprise des opérations militaires pendant l'été.

En outre, un incident armé survient fin juillet à la frontière cachemiri, envenimant les relations avec l'Inde, cependant que les autorités de Kaboul accusent la branche politique des services secrets pakistanais (l'Inter Services Intelligence, ISI) de mener un double jeu et d'alimenter le terrorisme intérieur.

Dans ce contexte troublé, les Américains décident de lâcher leur allié P. Mucharraf, menacé en interne de destitution. Devant la détermination de l'alliance au pouvoir à aller au bout de la procédure parlementaire d'« impeachment », celui-ci choisit de démissionner le 18 août. A. Zardari se porte alors candidat à son remplacement, contrairement à l'engagement pris auprès de N. Sharif de présenter une personnalité « non partisane », ce qui, avec la question de la réintégration des juges, précipite l'éclatement de la coalition gouvernementale : le 25 août, la PML-N s'en retire et passe dans l'opposition.

8. Une ère Zardari sous influences et menaces (2008-2013)

8.1. Insurrection islamiste, montée de l'antiaméricanisme

Asif Ali Zardari, chef du PPP, n'en est pas moins facilement élu par les assemblées le 6 septembre 2008 avec 481 suffrages face au magistrat Saïd-uz-Zaman Siddiqui de la PML-N (153 voix) et Mushahid Hussain, un proche de l'ancien président (44 voix). Il devient ainsi le nouveau chef d'État du pays.

Entre-temps, la frontière afghane, cible d'attaques aériennes et d'opérations terrestres américaines, est le théâtre d'une insurrection islamiste. La décision prise en juillet par G. W. Bush d'autoriser – sans l'accord d'Islamabad – les incursions armées contre les camps des insurgés dans les zones tribales de l'ouest du Pakistan et les lourdes pertes civiles que celles-ci induisent, attisent un antiaméricanisme virulent au sein des populations pachtounes et ruinent les efforts du pouvoir pour tenter d'endiguer l'insurrection des talibans. De fait, les attentats spectaculaires se multiplient, de Peshawar (33 morts le 6 septembre) à Islamabad (une soixantaine de victimes dans une attaque à l'explosif de l'hôtel Marriott le 20 septembre).

8.2. La duplicité des services secrets pakistanais mise en cause

Sommé de pacifier le nord-ouest du pays et de rétablir plus généralement la sécurité, le gouvernement Gilani doit aussi gérer les conséquences de la crise internationale qui frappe durement le pays et mendier auprès du FMI mi-novembre une ligne de crédit de $7,6 milliards. Gage donné aux démocraties occidentales, il démantèle le 23 novembre 2008 l'ISI, sorte d'État dans l'État qui a œuvré à la domination de l'armée sur la société civile, et vraisemblablement nourri les contentieux aux frontières cachemiri et afghane, voire au-delà. En effet, les services secrets sont accusés par les autorités indiennes d'avoir fourni une aide logistique au commando d'assaillants pakistanais de Lashkar-e-Taiba responsable des spectaculaires attaques qui ensanglantent Bombay à la fin de novembre.

Enjoint par New Delhi – et Washington – à faire la vérité sur ces implications militaires et à extrader les personnes arrêtées dans le cadre de l'enquête interne, A. Zardari se heurte à l'intransigeance de l'armée qui lui reproche de vouloir obtempérer aux injonctions du grand voisin. Mais, malgré des bruits de bottes de part et d'autre de la frontière, l'escalade de la tension est évitée : Islamabad finit en février par reconnaître une part de responsabilité dans les attentats.

8.3. La montée des protestations

À l'intérieur, l'agitation gronde aussi et menace de déstabiliser le nouveau pouvoir. D'une part, la rébellion talibane s'intensifie. Il est vrai que la multiplication des raids aériens américains à la frontière afghane est de nature à l'amplifier. Faute de pouvoir la réduire, le gouvernement est contraint de reculer et, au grand dam des Occidentaux, de signer à la mi-février 2009 avec les chefs islamistes de la vallée de Swat un accord de paix en contrepartie de son acceptation de l'application de la charia dans la région.

D'autre part, le 25 février 2009, un arrêt de la Cour suprême frappe d'inéligibilité N. Sharif et son frère Shahbaz, ministre en chef (Chief minister) de la province du Pendjab – la plus peuplée du pays – et tous deux chefs de la PML-N. La protestation politique s'organise, autour notamment de la contestation des avocats qui entreprennent, le 11 mars, avec l'appui de l'opposition, une « longue marche », pourtant interdite par le pouvoir.

Les États-Unis, inquiets de ces divisions qui fragilisent un peu plus le Pakistan, font pression pour dénouer la crise : des discussions entre parties aboutissent le 16 mars 2009 à un compromis qui prévoit le rétablissement dans leurs fonctions des juges de la Cour suprême, la libération des opposants arrêtés dans les précédentes semaines, et l'application d'une « charte de la démocratie » à l'aune de laquelle seront réexaminées les procédures visant N. Sharif et son frère.

8.4. Le Pakistan au bord de l'implosion

Il reste que le régime Zardari sort de la confrontation affaibli et que, par ailleurs, la pression islamiste ne baisse pas, comme en témoignent les nombreuses actions terroristes qui frappent forces de l'ordre et civils ici et là et (attentat contre l'équipe sri-lankaise de cricket à Lahore le 4 mars 2009, une cinquantaine de victimes lors d'une explosion dans une mosquée au nord-ouest du pays le 27 mars, attaques d'une école de formation de la police à Lahore le 30 mars, puis d'une mosquée chiite au Pendjab le 5 avril, etc.). À la fin d'avril, la progression des talibans dans le nord-ouest du pays semble menacer la capitale : installés désormais à Buner, ils sont en effet à quelque 100 km d'Islamabad.

L'armée reprend alors l'offensive et s'emploie à les déloger de la vallée de Swat, ce qui, une fois de plus, rend caduc l'accord officiel de cessez-le-feu précédemment conclu. Comme en réponse à cette intensification des combats, les attentats se font en juin quasiment quotidiens.

Déchiré par ce conflit intérieur, affecté par le déplacement forcé de millions de réfugiés, instable politiquement, et durement fragilisé par le retournement conjoncturel mondial ainsi que par l'insuffisance des infrastructures, le Pakistan semble s'enfoncer chaque jour un peu plus dans le chaos.

8.5. Recrudescence des violences interconfessionnelles

Dans ce contexte, l’armée fait figure de pilier de stabilité et trouve de nombreuses occasions de redorer son blason. Si en août 2009 un tir de drones américains tue le chef taliban Baitullah Mehsud, les militaires peuvent faire valoir dans les semaines qui suivent la capture de plusieurs chefs de la rébellion islamiste et l’intensification de sa répression, ce qui s’accompagne toutefois d’une recrudescence des attentats meurtriers (meurtre de 5 employés de l’ONU à Islamabad le 6 octobre, explosion faisant une cinquantaine de victimes au cœur de Peshawar 3 jours plus tard, prise d’otages spectaculaire au QG de l’armée à Rawalpindi le lendemain, nouveaux carnages sur des marchés du Nord-Ouest et à Peshawar les 12 et 28 octobre, série de raids contre les forces de police le 15, etc., soit environ 250 victimes en 4 semaines). Et les mois suivants d’égrener de la sorte les attaques sanglantes et les opérations dirigées contre les chiites destinées à enfoncer un coin entre les communautés et faire advenir le spectre de la guerre civile – en vain cependant.

8.6. Restauration des pouvoirs parlementaires

En revanche, le pouvoir présidentiel fait l’objet de nouvelles contestations, qui sont tout d’abord essentiellement internes, dans le cadre d’un réaménagement des institutions. À la mi-décembre 2009, la Cour suprême invalide l’amnistie décrétée par l’ancien chef de l’État Mucharraf et dont bénéficiaient d’importantes personnalités, comme A. Zardari. Elle ouvre dans la foulée des procédures sur de possibles détournements de fonds dont ce dernier se serait rendu coupable.

Surtout, en avril 2010, l’assemblée adopte une révision constitutionnelle restorant les pouvoirs parlementaires supprimés lors du putsch de 1999 ; plus question que le président puisse dissoudre la chambre à son gré : il lui faut désormais obtenir l’assentiment du Premier ministre, ou réagir à une motion de censure émanant des députés. De même, la nomination des chefs de l’armée ne saurait s’effectuer qu’après consultation du chef du gouvernement tandis que celle des juges à la Cour suprême doit passer par une commission à présent dominée par des magistrats. Ce rééquilibrage des prérogatives bénéficie aussi au Premier ministre Gilani : personnalité intègre et consensuelle, il apparaît de plus en plus comme l’homme fort du pays.

8.7. La paralysie de l'exécutif

Au reste, l’absence dans un premier temps du président Zardari lors des inondations de la mousson de l’été 2010 (près de deux milliers de morts ; jusqu’à 20 millions de personnes déplacées pendant deux mois ; un territoire grand comme l’Angleterre sous les eaux ; des récoltes dévastées et près d’une cinquantaine de milliards de dollars de dégâts, soit la plus grave catastrophe humanitaire qu’ait connue le pays) puis son rejet de l’union sacrée proposée par son vieux rival politique N. Sharif en vue de créer une commission indépendante chargée de collecter les fonds destinés aux victimes et à la reconstruction achèvent de discréditer son leadership.

Alors que les carences de l’État se font patentes et que seules l’armée et les associations islamistes semblent en mesure de faire quelque peu face à la situation, des groupes extrémistes sunnites choisissent de capitaliser sur son aggravation en prenant désormais pour cibles les ONG et leurs responsables dans tout le pays, tout en s'employant à relancer la guerre confessionnelle.

La rupture de la coalition au début de 2011 contraint le pouvoir à obtempérer à l’exigence d’un des partenaires gouvernementaux et à surseoir à la hausse des carburants pourtant exigée par le FMI et les créanciers internationaux, puis finalement en avril, à s’ouvrir à la PML-Q de l’ancien président Mucharraf. Toujours davantage fragilisé, l’exécutif semble incapable d’enrayer non seulement la multiplication des attentats mais aussi les atteintes islamistes portées à ce qui reste des figures de la diversité ou de la tolérance religieuses du pays : condamnation de chrétiens à la pendaison en vertu d’une loi sur le blasphème récemment entrée en vigueur, assassinats du gouverneur modéré du Pendjab opposant notoire à ce texte puis du seul ministre chrétien lui aussi tout aussi ostensiblement réfractaire à son instauration. L'exécutif ne parvient pas davantage à indemniser des populations que les conséquences des inondations et le ralentissement marqué de l’activité placent dans le plus grand dénuement.

8.8. Les conséquences du raid américain contre Oussama Ben Laden

Suspension de l'aide militaire américaine

Dans ce contexte, le raid américain contre le repère pakistanais d’Oussama Ben Laden à Abbotabad le 1er mai lui aliène un peu plus une opinion en proie à un puissant mouvement d’hostilité envers les États-Unis, tandis que talibans et fondamentalistes redoublent de violence, envers les forces armées en particulier. Alors qu’en juin dans le Sud-Waziristan, un drone tue un des principaux chefs du djihadisme local, Ilyas Kashmiri, les services secrets du pays arrêtent cinq personnes ayant aidé la CIA à localiser le chef d’al-Qaida, ce qui attise les tensions qui se font jour entre les autorités pakistanaises et celles de Washington. Et même si l’armée continue à traquer les combattants islamistes, avec quelque succès, les suspicions et sources de friction entre les deux nations deviennent telles que l’administration Obama décide d’interrompre temporairement l’aide militaire qu’elle fournit à Islamabad.

Tensions entre pouvoir civil et militaire à la suite du scandale du « memogate »

En octobre, la PML-Q retire son soutien à un cabinet par ailleurs bientôt un peu plus déconsidéré par le scandale des révélations de ses supposées offres de service aux États-Unis, en échange de leur appui contre la menace de putsch que l’armée aurait fait planer dans l’agitation suscitée par l’intervention du commando américain visant Ben Laden (« memogate »). L’élimination par erreur de 24 soldats pakistanais le 26 novembre lors d’une opération héliportée de l’OTAN à la frontière afghane entraîne dès lors, en représailles et gage d’indépendance donné à la population, un blocage problématique par Islamabad des convois d’approvisionnement des forces internationales et le boycott, tout aussi significatif, de la conférence de Bonn sur l’avenir du fragile voisin.

Victime d’une crise cardiaque, A. Zardari quitte à la fin de l’année la scène politique nationale mais, contrairement aux supputations et même aux attentes de l’opinion, la regagne bientôt. P. Mucharraf, qui cherche en vain à revenir dans le pays, fait l’objet d’un mandat d’arrêt international pour ses manquements dans l’enquête sur l’attentat ayant coûté la vie à B. Bhutto.

De son côté, le Premier ministre Gilani, répliquant aux multiples récriminations de l’armée, obtient au tout début de 2012 le renouvellement de la confiance des parlementaires et restaure un temps l’autorité des institutions civiles, notamment du cabinet restreint qu’il dirige à partir de mars. Mais, poursuivi par la justice pour obstruction dans les enquêtes concernant la fortune du président (février 2012), il se voit peu après contraint par la Cour suprême à la démission (juin 2012).

Le nouveau chef de gouvernement, Raja Pervez Ashraf, finalement préféré au candidat d’A. Zardari suspecté de trafic de produits stupéfiants, ne s’avère guère en mesure de contrer l’influence des militaires, a fortiori de satisfaire la profonde demande de renouvellement qui émane du pays, et par conséquent de remporter les prochaines élections prévues pour 2013. Au reste, il affronte toujours davantage l’opposition d’une petite formation, vraisemblablement manœuvrée par l’armée, le Mouvement pour la justice (Pakistan Tehreek-e-Insaf, ou PTI) d’Imram Khan, qui ambitionne de conquérir le pouvoir lors de ces échéances.

Il n’empêche : la levée du blocus du ravitaillement des forces de l’OTAN, annoncée en mai, n’en devient pas moins effective dès juillet, cependant que le médecin pakistanais ayant aidé la CIA à localiser Ben Laden et jugé pour trahison écope, quant à lui, d’une lourde peine de prison. Au même moment (juin), au risque de raviver les accusations de viol du territoire et de souveraineté nationale, les Américains liquident d'un tir de drone le numéro 2 d’al-Qaida, le Libyen Abou Yahya Al-Libi ; en septembre, la mise sur Internet d’un film-pamphlet contre l’islam réalisé par des fondamentalistes de Floride et de Californie ne fait qu’accroître l’antiaméricanisme, suscitant, comme dans d’autres pays musulmans, une vague de protestation.

9. Le troisième mandat de Nawaz Sharif (2013-)

La campagne électorale s’ouvre en mars 2013 dans un contexte politique et social très tendu marqué par de nouvelles violences intercommunautaires dont les chiites sont les premières victimes avec deux attentats qui font près de 200 morts en janvier et février 2013 à Quetta. De plus, outre les allégations de corruption pesant cette fois sur le Premier ministre sortant Pervez Ashraf, la détérioration de la situation économique (avec notamment une forte inflation) et énergétique (dont les coupures d’électricité récurrentes sont les signes les plus visibles), reste préoccupante.

Malgré les menaces des talibans pakistanais et la violence qui fait une centaine de victimes, le scrutin, organisé le 11 mai, est considéré comme un succès démocratique avec un taux de participation en forte hausse (55 % en moyenne et 60 % au Pendjab). Il se solde par la victoire de la Ligue musulmane de Nawaz Sharif (PML-N) qui, après le ralliement d’indépendants, obtient plus de 172 sièges (la majorité requise) dont la plupart au Pendjab où elle s’impose également massivement à l’Assemblée provinciale. La défaite du PPP (dont celle du chef du gouvernement) qui ne parvient à se maintenir que dans le Sind est un désaveu pour le « clan Bhutto » et pour le président Zardari tandis que le PTI d’Imram Khan parvient à faire élire une trentaine de députés mais ne tire véritablement son épingle du jeu que dans le Khyber Pakhtunkhwa (ex-Province de la frontière du Nord-Ouest), où il arrive en tête aux deux scrutins national et provincial, son chef I. Khan étant élu à Peshawar. Le 5 juin, c’est en position de force que N. Sharif est ainsi investi comme Premier ministre pour son troisième mandat avec le large soutien de 244 députés. En juillet, le PPP ayant boycotté le scrutin, Mamnoon Hussain, de la PML-N, est élu sans difficulté devant le candidat du PTI à la présidence de la République, une fonction désormais strictement encadrée depuis l’adoption du 18e amendement en avril 2010. Proche allié de N. Sharif, cet homme d’affaires originaire du Sind succède à Asif Ali Zardari en septembre.

La lutte contre la corruption et la correction des déséquilibres économiques du pays sont parmi les priorités du nouveau gouvernement : en septembre, le Pakistan obtient ainsi du FMI un prêt de 6,6 milliards de dollars dans le cadre du Mécanisme élargi de crédit qui doit accompagner un programme de réformes structurelles.

Les tensions politiques renaissent cependant l’année suivante : accusant le Premier ministre d’avoir été élu grâce à une fraude massive, l’opposant I. Khan exige sa démission en mobilisant ses partisans à partir du mois d’août 2014. Ceux du chef politico-religieux Tahir Ul-Qadri se joignent à la contestation qui réunit des milliers de manifestants pendant quatre mois. Le bras de fer engagé fait craindre une intervention militaire mais cette protestation prend fin à l’appel de son instigateur en raison de la violence terroriste qui culmine le 16 décembre : plus de 140 personnes, pour la plupart des enfants et adolescents âgés de 12 à 16 ans, sont assassinés par un commando de talibans pakistanais dans une école de l’armée à Peshawar.

Cette tuerie est perpétrée en guise de représailles à la suite de la nouvelle offensive militaire « Zarb-e-Azb » contre les divers groupes islamistes djihadistes dans le Nord-Waziristan déclenchée au mois de juin après l’échec et la rupture des pourparlers avec le Tehreek-i-Taliban Pakistan qui avaient commencé en février.

10. La politique étrangère

10.1. Les frères ennemis : Inde et Pakistan

Les relations avec l'Inde constituent la préoccupation centrale de la politique étrangère du pays.

Entre velléités de dialogue et surenchère nucléaire

Le Cachemire, dont chacun contrôle la moitié, est le principal sujet de discorde à l'origine de deux des trois guerres que se sont livrées les frères ennemis. À la fin des années 1980, le Cachemire indien sombre peu à peu dans la guerre civile, dont une partie des protagonistes est épaulée par le Pakistan.

Au début de son second mandat, N. Sharif avait exprimé son désir de pacifier les relations avec son voisin ; la « doctrine Gujral » – du nom du Premier ministre indien de l'époque – permettait d'envisager, à moyen terme, un règlement de la question du Cachemire. Cependant, l'arrivée au pouvoir des nationalistes hindous en Inde en 1998, et surtout, les essais nucléaires auxquels elle procède les 11 et 13 mai marquent un brusque retour en arrière, le Pakistan répliquant, du 28 au 30 mai, par une série de cinq essais.

Encouragé par la communauté internationale, le dialogue reprend à l'automne sur la paix et la sécurité, ainsi que sur le Cachemire ; N. Sharif lance une offensive de paix en direction de l'Inde, qui culmine à Lahore, lors de la rencontre au sommet avec son homologue indien Atal Bihari Vajpayee en février 1999.

L'offensive de Kargil (1999) et la crise de 2001-2003

Mais ces tentatives de rapprochement sont torpillées par l'ISI (Inter Services Intelligence, le service de renseignements pakistanais au sein de l'armée), qui lance l'offensive de Kargil au mois de mai, en violation flagrante de la ligne de cessez-le-feu.

Dans un contexte régional troublé (intervention militaire américaine en Afghanistan et chute du régime des talibans), l'attaque du Parlement indien à New Delhi par séparatistes du Cachemire le 13 décembre 2001 constitue le point de départ d'une nouvelle crise indo-pakistanaise.

Prenant très au sérieux ce regain de tension, les Occidentaux tentent plusieurs médiations (tournée de Tony Blair à New Delhi et à Karachi début janvier 2002), mais les choses s'enveniment au printemps 2002, après un nouvel attentat meurtrier perpétré le 14 mai contre une caserne de l'armée indienne près de Jammu, dans le Cachemire indien.

Il s'ensuit une escalade verbale et militaire entre les deux pays, avec une intensification des tirs d'artillerie de part et d'autre de la frontière. Convaincue que le Pakistan ne met pas tout en œuvre pour empêcher les infiltrations des combattants islamistes sur son sol, l'Inde le menace de riposte militaire, tandis que ce dernier se lance dans une nouvelle série d'essais de missiles.

La reprise du dialogue

Les États-Unis et l'ONU parviennent à désamorcer cette crise qui prend fin le 18 avril 2003, lorsque New Dehli décide de « tendre la main de l'amitié » au Pakistan. Les relations diplomatiques (interrompues depuis 2001) entre les deux pays sont rétablies en mai, un nouveau cessez-le-feu entre en vigueur au Cachemire le 26 novembre 2003. Concrétisant la détente de leurs relations, les deux pays s'entendent pour remettre en service un « téléphone rouge » entre leurs deux capitales et prolonger un moratoire sur les essais nucléaires. En avril 2005, pour la première fois depuis 1948, des bus relient les Cachemire indien et pakistanais ; au cours d'une visite du général P. Mucharraf à New Delhi, ce dernier et le Premier ministre indien déclarent le processus de paix « irréversible ».

En septembre 2005, les deux frères ennemis procèdent à l'échange de plus de 500 civils pakistanais et indiens détenus de longue date. Au lendemain du séisme qui frappe le Cachemire sous administration pakistanaise le 8 octobre 2005, l'aide apportée par l'Inde vient conforter le rapprochement diplomatique en cours. Mais les choses en restent là et la normalisation tarde à se concrétiser.

Regain de tensions et bruits de bottes à la frontière indo-pakistanaise

Si le changement de pouvoir en 2008 et notamment l'arrivée de Asif Ali Zardari à la présidence semblent de nature à réchauffer un peu plus les relations entre les deux pays, l'attaque de l'ambassade indienne à Kaboul le 7 juillet (imputée à l'ISI) puis l'incident armé à la frontière cachemiri à la fin du mois et surtout les attentats de Bombay des 26-29 novembre 2008 provoquent de vifs remous entre New Delhi et Islamabad.

Le refus de la hiérarchie militaire pakistanaise d'envoyer le chef des services secrets témoigner dans le cadre de l'enquête menée par les autorités indiennes enfonce un coin entre les deux gouvernements. Et si, en décembre, sous la pression de Washington, Islamabad donne des gages à New Delhi en organisant l'arrestation de responsables djihadistes mis en cause dans les attaques, il n'est pas question de les extrader. D'où un regain de tension et des mouvements de troupes de part et d'autre de la frontière au tournant de l'année.

Toutefois, après avoir exprimé de nombreuses réticences à reconnaître l'implication de certains de ses services, le 12 février 2009, le pouvoir pakistanais concède à son homologue indien une certaine part de responsabilité, ce qui met un terme à l'escalade de soupçon entre les deux pays.

Vers un réchauffement ?

En juillet 2009, lors d’un sommet des non-alignés à Charm-el-Cheikh, les Premiers ministres Gilani et Manmohan Singh manifestent leur intention de réamorcer le processus de paix entamé en 2004. De fait, le dialogue entre les deux voisins et ennemis reprend en février 2010, et ce malgré une série d’attentats à Pune, en Inde, et à Kaboul, visant à l’interrompre.

Le dialogue s’engage résolument, un an plus tard, comme en témoigne la rencontre des chefs de gouvernement à la fin mars. La confirmation en mai à Chicago par un Pakistano-Américain de la participation probable de l’ISI dans l’attentat de Bombay de 2008 pas plus que les nouvelles explosions qui endeuillent cette grande mégalopole le 13 juillet 2011 (une dizaine de morts et plus de cent blessés) ne sont de nature à refroidir le réchauffement des relations qui se dessine. Au contraire, le ministre pakistanais des Affaires étrangères se rend à la fin du mois à New Delhi pour poursuivre le dialogue préalablement entamé.

Le 2 novembre, Islamabad fait connaître sa décision d’octroyer à l’Inde la clause de la nation la plus favorisée, ce qui ouvre la voie à une normalisation des échanges et partant des rapports entre les deux voisins. Étape supplémentaire vers sinon l'apurement des contentieux du moins la retombée des tensions : le 8 avril 2012, A. Zardari se rend en Inde, effectuant ainsi la première visite sur place d’un chef d’État pakistanais depuis 2005.

Le retour au pouvoir de N. Sharif au Pakistan (juin 2013) et l’accession au pouvoir des nationalistes hindous conduits par Narendra Modi en Inde (mai 2014) ouvre un nouveau cycle, lourd d’incertitudes. Si les deux dirigeants affirment leur volonté de lutter contre le terrorisme, les incidents de frontière se multiplient au Cachemire en 2014, où le Pakistan est accusé par le nouveau Premier ministre indien, lors d’une visite très symbolique à Kargil au mois d’août, de mener une guerre par procuration.

10.2. Les relations avec les États-Unis

Les États-Unis restent, avec la Chine, le principal soutien militaire du pays depuis son adhésion à l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est (OTASE) en 1954, et surtout, depuis l'intervention soviétique en Afghanistan – le Pakistan étant alors devenu une base arrière des combattants antisoviétiques. Mais le retrait de l' URSS en 1989 et la fin de la guerre froide font perdre au pays son importance stratégique régionale aux yeux des États-Unis, entraînant de ce fait une diminution de leur aide financière.

En outre, le rapprochement sino-indien et américano-indien, à partir de 1988, change considérablement les rapports de force. De plus en plus isolé, le Pakistan cherche à se tourner vers l'Asie centrale et participe activement à la formation et à la victoire des talibans dans l'Afghanistan voisin. Il est un des rares pays, avec l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, à reconnaître officiellement leur gouvernement. Mais ce soutien à l'idéologie obscurantiste des « étudiants en religion » l'isole davantage sur la scène internationale et devient une dangereuse source d'agitation islamiste à l'intérieur du pays.

Suspendu du Commonwealth à la suite du coup d'État militaire du général Mucharraf en octobre 1999, le Pakistan change de cap au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington. Sous la pression des États-Unis, il promet une « coopération sans limites » à George W. Bush dans son combat contre le terrorisme et s'engage dans la lutte contre al-Qaida, tout en maintenant un jeu ambigu dans les zones tribales de la province frontière du Nord-Ouest, traditionnellement fermée à l'armée pakistanaise, et sanctuaires de choix pour les fugitifs d'Afghanistan.

Cet alignement pro-américain permet à Islamabad d'obtenir des avantages financiers immédiats grâce à la levée totale des sanctions mises en place à la suite des essais nucléaires de 1998 puis un soutien conséquent (10 milliards de dollars entre 2002 et 2007), et de recouvrer sur la scène internationale, la légitimité perdue lors du coup d'État de 1999. À l'intérieur en revanche, il expose à la pression des islamistes locaux le général Mucharraf, qui, en décembre 2003, échappe de peu à deux tentatives d'assassinats. Au reste, c'est à Karachi qu'a eu lieu la décapitation (commandée et filmée par al-Qaida) du journaliste américain du Wall Street Journal, Daniel Pearl, en 2002.

Par ailleurs, mis en cause par la presse américaine, le Pakistan concède – ce qu'il avait toujours nié – que ses experts ont pu favoriser la prolifération de technologies nucléaires sensibles au profit de pays tels que l'Iran, la Corée du Nord et la Libye.

En mai 2004, il est réintégré au sein du Commonwealth, dont il est à nouveau exclu à l'annonce de l'imposition de l'état d'urgence en novembre 2007. Il est d'ailleurs, cette année-là, soumis à la forte pression des Occidentaux, et notamment des Américains, très inquiets de la dégradation de la situation militaire à la frontière avec l'Afghanistan et de la menace d'implosion politique intérieure.

La conviction que les chefs d'al-Qaida ont trouvé refuge au Pakistan conduit Washington à multiplier les raids aériens contre les camps et les installations des talibans situés à la frontière afghane. G. W. Bush autorise d'ailleurs, pendant l'été 2008, la mise en œuvre d'opérations terrestres dans la région sans en référer à Islamabad – force est de constater que cette décision et son application souvent coûteuse en vies civiles suscitent, dans les territoires concernés et l'ensemble du pays plus généralement, un violent sentiment d'antiaméricanisme sur lequel s'appuient les islamistes. L'idée selon laquelle les services secrets pakistanais mèneraient un double jeu, soutenant les talibans en Afghanistan et les rebelles cachemiri en Inde tout en faisant semblant de les combattre à l'intérieur, fait de plus en plus de P. Mucharraf un allié encombrant, complice ou impuissant, que les États-Unis décident de lâcher (août 2008).

Mais malgré le changement de pouvoir à Islamabad, les Américains doivent continuer à composer avec la réticence des autorités et de l'état-major pakistanais à s'aligner sur Washington et à avaliser l'intensification des raids de l'OTAN à la frontière avec l'Afghanistan. Ainsi, le 25 septembre 2008, deux hélicoptères de l'US Air Force rencontrent-ils des tirs de sommation de l'armée à la suite de leur incursion dans les zones tribales du Nord-Waziristan. Les Américains doivent aussi faire avec l'incapacité des uns et des autres à contrôler la frontière et son hinterland : après avoir subi un détournement de véhicules de ravitaillement au début de novembre dans la région de Peshawar, l'OTAN perd 200 camions incendiés par les talibans le 7 décembre dans cette même ville.

Le régime Zardari entend néanmoins montrer qu'il écoute les demandes formulées par Washington, comme l'attestent le démantèlement du département politique de l'ISI à la fin novembre 2008, puis, en décembre, la série d'arrestations de djihadistes impliqués dans les attentats de Bombay – concession faite à l'Inde destinée à éviter un embrasement supplémentaire de la région. Au reste, l'administration Obama fait de la stabilité d'un Pakistan menacé de désintégration l'une des priorités de sa politique au Moyen-Orient. Elle intervient activement sur le front intérieur en contribuant à dénouer la crise politique de février-mars 2009 et, redoutant une prise en main du pays par al-Qaida, appuie l'offensive militaire contre les islamistes de la vallée de Swat à partir de la fin avril 2009 et dans le Sud-Waziristan, après une série d’attentats perpétrés par le Tehrik-e-taliban (TTP), la fédération des talibans pakistanais, en octobre.

Des opérations conjointes sont ainsi menées, aboutissant par exemple à l’arrestation d’un important chef afghan taliban à Karachi, le mollah Abdul Ghani Baradar (8 février 2010), cependant que la coopération entre les deux pays fait l’objet d’un affichage renforcé, et assorti d’une nouvelle enveloppe de 7,5 milliards de dollars sur 5 ans, lors d’une visite d’Hillary Clinton sur place à la mi-juillet. Mais les réticences patentes de l’armée à démanteler certains fiefs talibans, voire l’existence possible de liens entre l’insurrection afghane et les services secrets d’Islamabad suscitent régulièrement le mécontentement de Washington et vont même jusqu’à faire dire au Premier ministre britannique David Cameron à Londres, fin juillet 2010, que le pays « exporte la terreur ».

L’intensification des attaques de drones américains à la frontière avec l’Afghanistan va de pair avec la multiplication des incendies de camions de ravitaillement des forces internationales. Elle nourrit en outre plus que jamais au sein des populations locales le grief du viol par les États-Unis de l’intégrité nationale, toutes choses qu’exacerbent l’exfiltration en mars 2011 de l’agent Raymond Davis, coupable du meurtre en pleine rue de deux Pakistanais en janvier, puis l’opération de neutralisation et d’exécution d’O. Ben Laden par la CIA à Abbotabab au tout début de mai. Le puissant mouvement d’hostilité à Washington qui s’ensuit dans l’opinion s’ajoute aux soupçons croissants formulés par l’administration Obama à l’endroit de l’armée pakistanaise et de son possible double jeu envers les islamistes pour empoisonner les relations entre les deux nations, pourtant censément alliées dans la traque des djihadistes terroristes et des talibans afghans. L’aide militaire américaine est de la sorte temporairement arrêtée à l’été 2011. Tandis que la demande formulée par H. Clinton de mettre un terme aux agissements du réseau islamiste Haqqani semble rester sans réponse (septembre) et que l’état-major pakistanais se défend de toute ambiguïté, les tirs de drones se multiplient et aboutissent à la liquidation de nouveaux leaders d’al-Qaida (en particulier Ilya Kashmiri en juin 2011 et Abou Yahya Al-Libi un an plus tard). Non sans que ces attaques à la frontière ne suscitent des « dégâts collatéraux » dommageables aux civils ou, comme le 26 novembre 2011, à des militaires pakistanais. En représailles, et pour donner des gages de souveraineté à une opinion furieuse de ces incartades, le gouvernement d’Islamabad décide de bloquer immédiatement le ravitaillement des forces internationales présentes en Afghanistan – au moment problématique où celles-ci se préparent à quitter leur terrain d’action.

Il est aussi vrai que les autorités civiles pakistanaises sont alors sous le coup du scandale du « memogate », c’est-à-dire de la révélation des offres de services qu’elles auraient faites en mai aux responsables américains en échange du redoublement de leur appui, à la suite du raid contre le repère de Ben Laden à Abbotabad et des craintes qu’elles avaient d’un putsch consécutif de l’armée. Et qu’elles font face par conséquent aux accusations des militaires. Toutefois, après le boycott de la conférence internationale de Bonn sur l’Afghanistan en décembre 2011, elles s’attachent très vite à reprendre la main sur le dossier et leur place dans les négociations entre parties. De même, les routes d’approvisionnement des forces internationales rouvrent pour de bon dès juillet 2012. Et ce, malgré le nouvel accès de fièvre anti-États-Unis qui saisit les villes du pays après la diffusion sur Internet par des ultras américains d’un film-pamphlet contre l’islam à la mi-septembre 2012.

Le retour au pouvoir de Nawaz Sharif en juin 2013 ne change pas fondamentalement la donne, les États-Unis et le Pakistan annonçant la relance du « dialogue stratégique » entre les deux pays. En visite à Washington en octobre, le Premier ministre demande certes formellement l’arrêt des tirs de drones qui sont toutefois repris, conduisant à l’élimination, le 1er novembre, du chef des talibans pakistanais qui est aussitôt remplacé.

Islamabad obtient surtout le déblocage d’une enveloppe de 1,6 milliard de dollars (dont les trois quarts sont destinés à l’aide militaire et à la lutte contre le terrorisme) tandis que parallèlement, les discussions avec le gouvernement afghan reprennent également avec deux rencontres (en août et octobre) entre N. Sharif et Hamid Karzaï.

L’élection d’Ashraf Ghani et la fin de l’intervention internationale ouvrent une nouvelle ère dans les relations entre le Pakistan et l’Afghanistan, qui s’accusent mutuellement d’héberger des sanctuaires pour les insurgés islamistes au premier rang desquels les talibans afghans d’un côté, et leurs homologues pakistanais de l’autre. Précédée par des rencontres à Kaboul entre hauts responsables de la sécurité, la première visite du président afghan à Islamabad ainsi qu’à Rawalpindi auprès de l’État-major de l'armée pakistanaise, en novembre 2014, pourrait annoncer une amélioration des liens et de la coopération entre les deux États.