
Chef de l'État : Hu Jintao
Chef du gouvernement : Wen Jiabao
Nature de l'État : république, régime socialiste
Constitution :
Adoption : 4 décembre 1982
Exécutif
Chef de l'État : président de la RépubliqueLégislatif
Congrès national populaireLa Chine occidentale est occupée dans toute sa partie sud par une énorme masse de très hautes terres, dépassant fréquemment 6 000 m, la haute Asie, dont le rôle climatique est fondamental, car elle prive l'Asie centrale de toute influence méridionale. Ce bloc de hautes terres est également appelé plateau du Tibet. En réalité, il s'agit de chaînes de direction grossièrement O.-E., à peu près parallèles à l'Himalaya. Ce sont, du sud au nord, le Transhimalaya, séparé du Grand Himalaya par la remarquable coupure jalonnée par les vallées de l'Indus et du Brahmapoutre, et les Kunlun ; entre ces deux chaînes, le paysage de plateau est le plus présent, bien que les chaînons courts ne manquent pas ; le trait dominant est cependant la présence de nombreux lacs, aux eaux fortement minéralisées : le « Tibet lacustre ». Ces hautes montagnes sont froides, mais sèches : de ce fait, les glaciers, en dépit de l'altitude, sont relativement peu importants.
Au nord des Kunlun, le pays devient réellement désertique. De nouvelles chaînes O.-E. isolent entre elles des dépressions. La chaîne des Nanshan est toutefois incurvée vers le nord ; entre les Kunlun et les Nanshan s'étend, vers 3 000 m, le Tsaidam, dépression salée ; les Nanshan, enferment, entre deux branches, à leur extrémité orientale, la cuvette du Koukou Nor ou Qinghai, à plus de 3 000 m et son vaste lac. La grande chaîne du Tianshan elle aussi O.-E., approche 7 500 m. Entre cette dernière et les Nanshan, la cuvette du Tarim, est beaucoup plus basse, de 1 000 à 1 200 m en moyenne ; le climat y est désertique, l'air d'une extrême sécheresse, et les contrastes thermiques très accusés. La cuvette du Tarim est occupée par un désert de sable, le Taklamakan ; la rivière Tarim, que les dunes ont rejetée vers le nord, au pied du Tianshan, va se perdre dans les marécages du Lob Nor. À son extrémité orientale, le Tianshan se divise en deux et enserre la dépression de Tourfan, à une altitude inférieure à celle de la mer ; les températures y sont très contrastées − 5 °C en janvier, 35 °C en juillet). Enfin, entre le Tianshan et l'Altaï (presque entièrement en République populaire de Mongolie), s'étend la cuvette de Dzoungarie, où les pluies sont inférieures à 100 mm.
Au nord-est des Nanshan, la République populaire de Chine ne possède plus que la partie méridionale de l'immense plateau mongol (la « Mongolie-Intérieure »), très monotone, relevé seulement sur ses franges orientales.
Le plateau mongol et la cuvette du Tarim correspondent sans doute à des portions de « socles », à de très anciennes terres qui n'ont plus subi de plissement depuis le Précambrien et ont été complètement arasées ; ces terrains sont masqués par des basaltes oligocènes et miocènes puis par les sables du Gobi, en Mongolie, et de très grandes épaisseurs d'alluvions, dans le Tarim. Toutes les montagnes, au contraire, résultent de plissements : l'Altaï et le Tianshan ont été ébauchés au Calédonien, les Nanshan et les Kunlun peut-être à l'époque hercynienne ; mais partout le rôle déterminant a été l'orogenèse himalayenne, notamment ses derniers mouvements plio-pléistocènes, qui ne sont d'ailleurs pas terminés. Tous les massifs montagneux ont été repris dans le mouvement et, au moins, soulevés ; ce soulèvement a été très rapide (de 13 à 14 cm par an pendant les 10 000 ans de l'époque glaciaire), provoquant une érosion très brutale et d'énormes accumulations d'alluvions dans les dépressions de piedmont et d'intermont (plusieurs milliers de mètres). Par ailleurs, les formes de relief sont, en grande part, le résultat d'une érosion en climat aride : désagrégation mécanique des roches, érosion éolienne. Enfin, toute cette immense région est un secteur d'endoréisme dominant
La Chine orientale correspond approximativement aux « dix-huit provinces traditionnelles » et à l'ancienne Manchourie. Dans cette Chine, les principaux traits du relief sont orientés N.-E.-S.-O., mais une chaîne de direction grossièrement O.-E., comme celles de l'Asie centrale, la chaîne des Qinling prolongée par les plus modestes Huaiyangshan, marque la séparation entre une Chine septentrionale, aux reliefs amples et calmes, Chine du Nord-Est et Chine du Nord, et une Chine méridionale (appelée aussi Chine du Sud-Est), au relief généralement peu élevé, mais tourmenté. Ainsi qu'il apparaîtra, la distinction est également valable sur le plan climatique.
La Chine du Nord-Est comprend un cadre de hauteurs à l'ouest, au nord et à l'est, et une région déprimée au centre. À l'ouest, le Grand Khingan (1 200 km du nord-est au sud-ouest) est le rebord du plateau mongol. C'est une moyenne montagne de 1 200 m d'altitude environ, aux sommets plats, en pente douce vers l'ouest, mais en pente abrupte vers l'est ; ce massif de terrains cristallins et volcaniques, granites et basaltes au nord, liparites et trachytes au sud, est pénéplané, basculé vers l'ouest et cassé par une grande faille à l'est. Au nord, le Petit Khingan est une montagne basse (600-800 m), également cristalline. À l'est, les « Longues Montagnes Blanches » les Changbaishan, sont parallèles au Grand Khingan, mais beaucoup plus vigoureuses, avec des crêtes et des bassins longitudinaux et des cônes volcaniques récents ; elles correspondent à un bloc soulevé de terrains cristallins, affecté par des coulées de lave quaternaire qui ont parfois bloqué les vallées. Elles se prolongent par la presqu'île de Liaodong, qui est également un horst cristallin mais plus bas.
Au centre, la plaine mandchoue est drainée vers le nord par la Soungari, vers le sud par le Liaohe ; au nord, la plaine de la Soungari se tient vers 120-200 m, au sud, la plaine du Liaohe est beaucoup plus basse, tandis que la partie centrale est plus élevée (200-270 m) et de topographie mouvementée ; la plaine mandchoue occupe en effet une zone effondrée entre des failles, mais fort inégalement, et sa partie centrale serait même actuellement en voie de soulèvement.
Dans le prolongement du Grand Khingan, la partie ouest forme un gradin élevé. Les monts du Hebei dominent la plaine de Pékin par un escarpement (qui est une grande flexure), puis les monts du Shaanxi, les Wutaishan et surtout les Taihangshan sont un bloc calcaire qui est limité par un escarpement rectiligne de 2 000 m de dénivellation au dessus de la Grande Plaine. Les plateaux du Shaanxi et du Shanxi coupés de bassins profonds qui sont des fossés tectoniques (vallée du Fenhe, vallée de la Wei), sont traversés par la grande boucle du Huang He, elle aussi dirigée par des failles, et sont presque complètement recouverts par le loess. Celui-ci enveloppe la région des plateaux, jusque vers 2 000 m d'altitude, d'un manteau d'une épaisseur considérable (jusqu'à 200 m parfois) et est l'élément dominant de la topographie de détail. C'est en effet un terrain tendre, facilement érodé par le vent et surtout par les eaux. Il est poreux et se délite verticalement : les vallées s'y enfoncent entre des murs verticaux où les hommes ont creusé des habitations troglodytes, leurs champs se trouvant ainsi au-dessus de leurs demeures. Mais les plateaux (yuan) cèdent rapidement la place à des crêtes (ling) ou à des collines séparées par des ravins, et le paysage est extrêmement disséqué. De même, dans le prolongement de la presqu'île de Liaodong, à l'est, la presqu'île du Shandong forme un gradin élevé : c'est un bloc soulevé entre des failles N.-E.-S.-O., mais cassé en deux par des failles perpendiculaires, la partie occidentale portant le mont sacré Taishan.
Entre le gradin occidental et le gradin oriental, la Grande Plaine s'étend sur 330 000 km2 : elle occupe un fossé tectonique dessiné sans doute au Pliocène et remblayé par les alluvions loessiques du Huang He, qui atteignent d'énormes épaisseurs (de 800 à 1 000 m). La Grande Plaine et la plaine du Nord-Est se terminent sur la mer par des côtes basses et marécageuses. Les alluvions fluviales ne progressent guère sur la mer en raison d'une subsidence générale, mais s'accumulent sur de très grandes profondeurs. La presqu'île de Liaodong et le sud de la presqu'île du Shandong ont des côtes rocheuses et découpées avec de belles rades (Lüda et Qingdao).
Le relief de la Chine méridionale, au sud des Qinling, est plus confus. On retrouve la disposition générale de la Chine septentrionale, une zone déprimée centrale entre deux gradins plus élevés, à l'ouest et à l'est. Toutefois, la zone déprimée n'est pas ici une plaine ; c'est une vaste région peu élevée (moins de 400 m en général), mais accidentée de basses montagnes à raides versants convexes. Deux vallées importantes sont orientées ici encore N.-E.–S.-O., celle du Xiang dans le prolongement du lac Dongting et celle du Gan dans le prolongement du lac Poyang. Par ailleurs, une chaîne O.-E., celle des Nanling coupe en deux la région déprimée; elle est franchie assez aisément aux cols de Zheling face à la vallée du Xiang, et de Meiling, face à la vallée du Gan. Le gradin occidental comprend les très hautes montagnes du Sichuan (plus de 7 000 m) et du Yunnan occidental, dont les crêtes prolongent celles des montagnes tibétaines, mais avec une orientation méridienne cette fois. En contrebas des premières, le Bassin rouge est une zone de collines déblayées dans une épaisse série de grès rouges tendres. En contrebas des secondes, le Yunnan oriental, le Guizhou et le Guangxi constituent la plus grande et la plus riche zone de reliefs calcaires du monde, avec, en particulier, les extraordinaires « forêts de pierre », les karsts à pitons de Guilin. Le gradin oriental comprend deux chaînes parallèles O.-E. elles aussi : Wuyishan et Daiyunshan ; l'ensemble est un immense batholite granitique, recouvert par endroits de nappes de rhyolites. Le relief montagneux de la Chine méridionale donne sur la mer une côte admirable. Au sud de la grande baie d'Hangzhou où la marée a une très forte ampleur (8 m), la côte est découpée en une multitude de petits estuaires et frangée par plus de 3 000 îlots. La côte étant en voie de subsidence, c'est une côte à rias, très favorable à la vie maritime, en dépit d'une certaine régularisation.
La différence de relief s'explique en grande partie par une différence de structure. La Chine septentrionale est un bouclier (« Sinian Shield »), un socle de terrains cristallins : la région a été plissée pour la dernière fois avant le Cambrien ; les plis ont été usés jusqu'à la racine, et les terrains cristallins sont, en partie, recouverts par une épaisse couverture sédimentaire de couches primaires et secondaires, dont des calcaires et des terrains houillers. L'ensemble est consolidé ; les plissements primaires ne l'ont guère affecté, et les plissements typiquement chinois du Crétacé n'ont guère provoqué que des ondulations. Les plissements himalayens l'ont, par contre, cassé par des failles ; les grandes lignes de relief S.-O.-N.-E. sont des escarpements de faille, et le relief présente des blocs soulevés et des blocs affaissés. Les failles sont très récentes ; elles joueraient encore, continuant à soulever les horsts et à affaisser les fossés. Les tremblements de terre sont fréquents à l'ouest : celui du Gansu en 1920, fit 850 000 victimes, celui du Sichuan en mai 2008, environ 88 000. Une faille majeure explique également l'escarpement des Qinling au-dessus de la Wei et du Huanghe.
La Chine méridionale comporte sur le bouclier précambrien des séries sédimentaires semblables à celles du Nord, mais beaucoup plus épaisses et, de ce fait, beaucoup plus souples. Ces séries ont été plissées à plusieurs reprises, au Crétacé pour la dernière fois (« orogenèse sinienne »). Les plissements, assez lourds, ont été accompagnés de montées de granites et d'éruptions de rhyolites. Ces plis ont été érodés et enfouis en partie sous leurs propres débris, qui ont constitué une couverture discordante de grès rouges restée à peu près horizontale. L'ensemble est massif et consolidé, mais les plis crétacés jouent encore un rôle important dans le relief, donnant des crêtes S.-O.-N.-E. Les granites sont souvent en creux, et les rhyolites donnent des sommets. Les traits essentiels du relief sont dus à des failles tertiaires.
Alors que la Chine occidentale est aride, (si l'on excepte l'extrême sud de l'Himalaya), la Chine orientale reçoit d'abondantes pluies d'été. Ces pluies sont d'importance variable, et elles diminuent considérablement au nord-ouest, dans la région des plateaux de loess, où apparaît déjà l'aridité de la Chine occidentale : Xi'an ne reçoit que 414 mm de pluies mais Lanzhou en reçoit 800 mm. En effet, la « saison des pluies », générale sur toute la Chine orientale, est de durée inégale : plus de six mois à Canton, quatre mois à Shanghai, mais seulement deux mois à Pékin et trois mois à Changchun dans le Nord-Est. De ce fait, la quantité totale des pluies diminue également du sud vers le nord : à cet égard, les Qinling et les Huaiyangshan sont une limite importante séparant une Chine méridionale humide d'une Chine septentrionale plus sèche. Cependant, le fait capital n'en demeure pas moins qu'en juillet et en août il pleut abondamment sur toute la Chine orientale : juillet reçoit 270 mm de pluies à Canton, 121 mm à Shanghai, 228 mm à Pékin et 167 mm à Changchun. Ces mois d'été uniformément pluvieux sont aussi des mois chauds : juillet accuse 28,4 °C à Canton, 27 °C à Shanghai, 26,3 °C à Pékin et 23,6 °C encore à Changchun (par 43° de latitude nord). Il y a ainsi une remarquable unité des mois d'été sur toute la Chine, sur près de 25 degrés de latitude.
Par contre, les hivers (et les saisons intermédiaires) sont très différents. D'abord au point de vue thermique : Haikou, dans l'île de Hainan, n'a pas de mois dont la température moyenne soit inférieure à 15 °C ; la moyenne de janvier est de 13,8 °C à Canton, de 2,7 °C à Shanghai, mais de 8,2 °C à Chongqing ; en revanche, elle descend à − 4,4 °C à Pékin, à − 16,9 °C à Changchun, à − 25 °C sur l'Amour, avec des minimums absolus de − 43 °C. En Chine du Nord, la maison doit être chauffée : le kang est une sorte de bat-flanc chauffé par en dessous, sur lequel on s'assied et on se couche. La limite la plus nette est celle des Nanling et des Wuyishan, au sud et à l'est desquels l'hiver est doux, et aussi les Qinling, au sud desquels le Sichuan a un hiver clément. La saison végétative est de douze mois au sud des Nanling, de onze mois au Sichuan, de neuf mois dans la vallée du Yangzi, de cinq mois à Harbin, dans le Nord-Est. Il est à remarquer, cependant, que l'hiver est presque partout froid ou très froid et que Canton est, à sa latitude (celle du tropique), l'un des endroits du monde où l'hiver est le plus rigoureux. D'autre part, l'hiver n'est pas vraiment sec en Chine méridionale : Canton reçoit 43 mm de pluies en janvier et Shanghai nettement plus encore (58 mm). Au contraire, au nord des Qinling, l'hiver est très sec : Pékin reçoit seulement 3 mm de précipitations (sous forme de neige) en janvier, et Changchun 7 mm.
Les climats de la Chine orientale sont donc divers. Au sud des Nanling et à l'est des Wuyishan, on peut parler d'un climat « pénétropical », un climat vraiment tropical n'existant qu'à Hainan (janvier a une moyenne de 18,1 °C à Haikou), dans la presqu'île de Leizhouet dans le sud du Yunnan. À Canton, l'hiver est frais : janvier et février ont une moyenne inférieure à 15 °C. Par ailleurs, si l'été est bien la grande saison des pluies (de mai à septembre), il pleut également de la mi-février à la mi-avril : c'est la période du « crachin », de très nombreuses heures de pluies fines, d'humidité atmosphérique maximale ; puis, dès la mi-avril, vient une période d'orages. L'année compte ainsi 143 jours de pluie : il n'y a guère comme période sèche que celle qui s'étend de la mi-septembre à la mi-février, encore que le beau temps n'empêche pas le passage de typhons en septembre et en octobre, et que novembre même ne soit pas absolument sec.
Entre les Nanling et les Qinling règne le climat le plus original, un climat « tempéré » à hiver froid et perturbé, à été tropical. Shanghai (à la latitude de Port-Saïd), voit se succéder en hiver des jours très froids et secs et des jours tièdes et humides avec alternance de vents du nord-ouest et de vents du sud-ouest : les sautes de températures sont extrêmement fortes, et l'hiver n'est pas réellement sec, pas plus que les saisons intermédiaires. Par ailleurs, s'il pleut de mai à octobre, avec passage d'assez nombreux typhons, la vraie période pluvieuse s'étend du 10 juin au 10 juillet : c'est le Huangmei, la « saison des prunes ». À l'abri de ses montagnes bordières et notamment des Qinling, le Bassin rouge du Sichuan a un hiver doux (8,2 °C à Chongqing en janvier), d'une part, et des pluies annuelles peu abondantes, d'autre part (942 mm à Chengdu), en dépit d'une très forte nébulosité ; l'hiver est sec, et, en été, les pluies sont moins abondantes qu'ailleurs en Chine méridionale (moins de 100 mm de pluies à Chongqing en août).
Au nord des Qinling, la Chine septentrionale présente des climats nettement plus secs, où, en plaine, les pluies sont toujours très inférieures à 1 000 mm. Par ailleurs, ce sont des climats « continentaux » à très forts contrastes thermiques. Pékin, à la latitude de Lisbonne, a un hiver très froid et très sec, à journées lumineuses sur faible couche de neige ; l'été est court, mais tropical ; les pluies (500 mm en cinq mois sur un total de 590 mm) sont très irrégulières. Les tendances arides s'accentuent vers le nord-ouest. Le Nord-Est connaît un hiver très long et très froid, un été très court, mais chaud et généralement bien arrosé : il reçoit plus de pluies que le Nord.
L'été tropical qui règne sur toute la Chine orientale est dû à la mousson. Celle-ci n'est autre que l'alizé austral attiré par les basses pressions d'origine thermique qui règnent sur l'Asie centrale. La mousson apporte ainsi jusque sur l'Amour des masses d'air équatoriales chaudes et humides. Les pluies au sud des Nanling sont dues essentiellement à des mécanismes tropicaux, notamment à la thermoconvection, ou encore aux typhons. Par contre, plus au nord, le rôle des dépressions cycloniques « tempérées » est très important : celles-ci fourniraient 35 % des précipitations à Nankin et provoquent en juillet et en août des pluies normalement plus importantes sur Pékin que sur Shanghai. La « pluie des prunes », période de la plus forte pluviosité dans les plaines du Yangzijiang, est sans doute due au passage particulièrement fréquent de dépressions cycloniques le long de cette voie (dépressions qui, en juillet, passent plus au nord, sur Pékin), en relation avec la présence, en altitude et plus au nord, du jet-stream, et cela dans la masse d'air de la mousson.
La mousson est un vent du secteur sud. Mais, en hiver, la Chine est sous la domination d'un vent du secteur nord, la « mousson d'hiver ». Celle-ci est la conséquence des très hautes pressions dues au froid qui règne sur la Sibérie orientale. La mousson issue de cet anticyclone d'air polaire est un vent anticyclonique jusque vers 40° N.N. et amène des temps calmes sur la Chine septentrionale. Plus au sud, elle peut prendre une courbure cyclonique et provoquer une cyclogenèse (à cette époque, le jet-stream circule vers 25° N. et crée sur sa gauche une zone de basse pression où s'installe le « front polaire ») ; les dépressions entraînent l'alternance de vents très froids et très secs et de vents tièdes et humides. Enfin, les coulées extrêmes de la mousson atteignent en février et en mars la Chine au sud des Nanling, provoquant les pluies cycloniques du crachin.
La chaîne des Qinling, limite morphologique et climatique, est aussi une limite biogéographique. Au sud régnait avant l'action des hommes une forêt pénétropicale, où s'interpénétraient espèces tropicales et espèces tempérées : camphriers, lauriers, schema, élæocarpus, castanopsis, eurya pour les premières, chênes verts et conifères pour les secondes. De là l'exceptionnelle richesse floristique de cette forêt, où l'on a compté 2 000 espèces différentes. Parfois encore très denses (par exemple, au Fujian), ces forêts ont été le plus souvent détruites par l'homme. Un gros effort de reboisement est aujourd'hui en cours. Au nord des Qinling, la forêt était de type tempéré ; elle a aujourd'hui en grande partie disparu. Des forêts « boréales » à mélèzes et à bouleaux couvrent dans le Nord-Est les Changbaishan.
Les régions massives et fermées de l'intérieur ont un régime hydrographique à part. À l'exception des rivières du Tibet oriental, qui deviendront le Brahmapoutre, l'Irrawaddy, la Salouen, le Mékong, le Yangzi Jiang et le Huang He, tout l'Ouest est marqué par l'endoréisme, les cours d'eau se perdant dans les sables des déserts, dans des nappes semi-marécageuses (Lob Nor) ou dans des lacs de montagne. À l'est et au sud, le drainage devient exoréique, et de grands fleuves (Soungari, Huang He, Huai, Yangzi Jiang, Xi Jiang) ainsi que d'innombrables fleuves côtiers écoulent vers l'est et le sud la totalité des précipitations. Les lacs sont parfois importants, mais des chenaux régulateurs les relient aux fleuves, de sorte qu'ils absorbent les eaux en périodes de crues et les restituent à la saison sèche ; tel est notamment le rôle des lacs Dongting et Poyang pour le système fluvial du Yangzi Jiang.
La Chine connaît une phase de développement économique et social rapide depuis maintenant trois décennies. L'évolution des chiffres macro-économiques, PIB, PIB / habitant et commerce extérieur, en témoigne : elle est devenue en quelques années une des principales puissances économiques mondiales. Sa plus grande résistance à la crise financière et économique de 2008 lui a même permis de devenir, fin 2009, le premier exportateur du monde, au détriment de l'Allemagne, et la seconde économie mondiale, en lieu et place de son voisin japonais. Sur le plan social, les progrès sont aussi difficilement niables : le niveau de vie moyen de la population chinoise s'est fortement amélioré et la qualité de la vie dans certaines villes du pays est désormais comparable à celle des villes occidentales. En trente ans, c'est l'ensemble des secteurs productifs, de la société et du territoire chinois qui ont été bouleversés.
Cette transition économique est le résultat de nombreuses réformes menées à partir de la fin des années 1970 sous l'égide d'une élite dirigeante modérée et pragmatique constituée entre autres de Deng Xiaoping, Zhao Ziyang et Hu Yaobang. Ces réformes ont commencé par la restructuration du secteur agricole avant de se concentrer ensuite sur le monde industriel et urbain. Elles comprennent, pour ne citer que les plus importantes, la décollectivisation, la décentralisation des pouvoirs de décisions économiques au niveau local, la réorganisation des entreprises et du secteur bancaire d'État, ou encore la réforme du logement.
Parallèlement, les autorités chinoises ont ouvert progressivement le territoire au commerce international et aux investissements étrangers via la création de quatre zones économiques spéciales (ZES) dans le sud-est du pays en 1980 (Shenzhen, Zhuhai, Shantou et Xiamen), puis l'ouverture de nombreuses villes et régions côtières entre 1984 et 1988, avant d'opter pour une quasi-généralisation de l'ouverture en 1992. Ce processus a été doublé d'une plus grande insertion du pays dans les institutions économiques et financières mondiales. Son adhésion officielle à l'Organisation Mondiale du Commerce en décembre 2001 en est l'un des exemples majeurs.
Mais ces réformes ont aussi eu de nombreux effets négatifs sur la société et le territoire. Elles ont approfondi les inégalités spatiales, entre provinces côtières et provinces intérieures, entre régions urbaines et régions rurales, mais aussi les inégalités sociales. Dans le monde rural, la disparition progressive des structures collectives et du système de protection sociale allant avec, a contribué à fragiliser une partie de la paysannerie, tandis que, dans le monde urbain, la réforme des entreprises d'État et la libéralisation du marché du travail ont confronté certaines populations au phénomène nouveau du chômage.
Cette question des inégalités est l'un des défis majeurs que les autorités chinoises ont à relever. La Chine se range en effet parmi les pays les plus inégalitaires du monde, occupant même la première place en Asie de ce point de vue. Un certain nombre de nouvelles politiques sociales et d'aménagement du territoire ont donc été lancées ces dernières années pour y apporter des débuts de réponse. Enfin, s'ajoutent aux disparités socio-spatiales, les questions de l'énergie et de l'environnement. Le développement industriel et agricole du pays chinois, aussi énergivore que prédateur pour l'environnement, est désormais confronté à l'épineuse question du développement durable.
La répartition de la population sur le territoire chinois est très inégale. La densité moyenne de 135 hab./km², généralement citée, est loin de traduire la réalité de la géographie du peuplement chinois. Une importante dissymétrie existe entre les régions orientales, dont certaines sont très densément peuplées, et les régions occidentales et périphériques où l'on trouve de vastes espaces, hautes montagnes et déserts, inoccupés. La très grande majorité de la population chinoise, urbaine comme rurale, est concentrée dans les espaces de plaines et de vallées de la Chine orientale.
Six foyers principaux de peuplement, rassemblant près de 70% de la population totale du pays, peuvent être identifiés : la grande plaine du Nord, les basses plaines et le delta du Yangzi Jiang, les plaines lacustres du Hubei-Hunan et du Jiangxi, le bassin du Sichuan, le delta de la rivière des Perles et la plaine du Nord-Est. En dehors de ces foyers, le peuplement demeure ponctuel et sporadique, concentré, parfois avec de très lourdes densités (plus de 500, voire 1 000 hab./km²), dans des bassins intra-montagneux, vallées ou petites plaines littorales. Dans les régions occidentales, on trouve quelques îlots de peuplement dans la vallée du Brahmapoutre, au Tibet, et au Xinjiang, dans les bassins du Tarim et de Dzoungarie.
Le peuplement du territoire chinois se caractérise également par sa diversité ethnique. Il est démographiquement dominé par la nationalité han, qui représente près de 92% de la population totale tandis que les 8% restant se répartissent très inégalement en 55 nationalités minoritaires : 54 sur le territoire de la République populaire de Chine et une dernière, la nationalité Gaoshan, à Taiwan, comptabilisée par les autorités dans les 56 nationalités officielles du fait de la revendication de la République populaire de hine sur l'île.
La présence de ces nationalités minoritaires est l'aboutissement d'une très longue histoire marquée par le déplacement des populations et des frontières. L'expansion de la civilisation et du domaine impérial chinois, puis la délimitation progressive de ses frontières dans la seconde moitié du XIXe s. et au début du XXe s., ont à la fois refoulé et intégré en périphérie du territoire de nombreux peuples qui constituent aujourd'hui une riche mosaïque linguistique, culturelle et religieuse, échantillon représentatif de la diversité du peuplement asiatique.
Les nationalités minoritaires de la République populaire de Chine relèvent essentiellement de deux grandes familles ethno-linguistiques : la famille sino-tibétaine, qui regroupe la plupart des populations minoritaires du sud, sud-ouest et du plateau tibétain, et la famille altaïque, qui rassemble celles du nord-ouest, du plateau mongol et de l'ancienne Mandchourie. Elles sont également marquées par de très fortes disparités démographiques et une très grande diversité de leurs structures socio-économiques et religieuses.
Sur le plan démographique, on compte des nationalités minoritaires à gros effectif, rassemblant plusieurs millions d'individus comme les Zhuang, les Mandchous, les Hui ou encore les Ouïghours. Dix huit nationalités minoritaires, dont la population dépasse le million d'individus, représentent à elles seules 94% de l'effectif total. À l'inverse, on compte une très grande majorité de nationalités minoritaires aux effectifs démographiques faibles, inférieurs à 40 000 individus (c'est le cas pour 19 d'entre elles), voire à 10 000 (7 sont dans ce cas).
Sur le plan des structures socio-économiques traditionnelles et religieuses, les différences sont également grandes, par exemple entre les pasteurs mongols semi-nomades déplaçant saisonnièrement leurs troupeaux dans les prairies du plateau mongol et les paysans dai des confins méridionaux du Yunnan. Peu de points communs également entre les Ouïghours turcophones musulmans des oasis du Xinjiang et les Coréens du nord-est, imprégnés de culture confucéenne et, pour certains, convertis depuis un siècle et demi au christianisme. Si les diverses politiques d'industrialisation et de développement économique, menées par les autorités communistes depuis 1949, ont eu un impact sur le mode de vie des populations minoritaires, en obligeant la plupart d'entre elles à se sédentariser, à abandonner leurs activités économiques traditionnelles, voire à s'urbaniser, leurs us et coutumes n'en demeurent pas moins toujours aussi variés aujourd'hui. Certaines d'entre elles sont même depuis peu exploitées pour répondre à l'accroissement du tourisme intérieur, prenant par endroits la forme d'une certaine folklorisation.
Les nationalités minoritaires sont majoritairement établies dans les régions périphériques et dans une grande moitié occidentale du territoire. Elles n'en constituent pas pour autant, du moins aux échelles provinciales, la majorité de la population. Excepté dans la région autonome du Tibet, et au Xinjiang, où Ouïghours et Han constituent chacun près de la moitié de la population, les Han sont partout plus nombreux. Une observation aux échelles administratives infraprovinciales montreraient une géographie beaucoup plus complexe, avec la présence d'entités administratives peuplées à 60-70 %, voire plus, de nationalités minoritaires tandis que dautres sont dominées démographiquement par les Han. Toutefois, l'implantation principalement urbaine des Han dans la plupart de ces régions et surtout le contrôle par ceux-ci de l'appareil politique et administratif aux échelons supérieurs limitent fortement l'importance de la supériorité démographique locale des nationalités minoritaires.
Les nationalités minoritaires vivent en très grande majorité dans des entités administratives dites « autonomes ». Cinq sont à l'échelon provincial (Mongolie-Intérieure, Xinjiang, Ningxia, Guangxi et Tibet) tandis que les autres se situent à des échelons administratifs inférieurs (préfectures, districts et cantons). Les droits particuliers qui y sont accordés sont limités aux domaines économiques, culturels et religieux et ne touchent aucunement le domaine politique. Si la République populaire de Chine se définit officiellement comme un « État multinational », reconnaissant par là la diversité du peuplement du territoire, elle se présente aussi et surtout comme un État « unitaire », s'opposant donc de jure et parfois manu militari à toute revendication qui dépasserait le degré d'autonomie accordé par son cadre constitutionnel.
La question de cette « unité » est pour l'heure non négociable et les réactions du pouvoir chinois peuvent être très répressives, lorsque, à ses yeux, la stabilité du territoire est en jeu. L'attention est aujourd'hui focalisée quasi-exclusivement sur les Ouïghours et les Tibétains. Les affrontements récents entre manifestants et forces de sécurité chinoises, au printemps 2008 au Tibet, et en juillet 2009 au Xinjiang, sont à la fois l'expression d'un malaise politique, économique et social chez certains membres de ces deux minorités et de l'inflexibilité du pouvoir chinois. Ailleurs les enjeux géopolitiques demeurent moins importants du fait d'un processus d'acculturation plus avancé (Zhuang, Mandchous), d'une fragmentation géographique considérable (le Yunnan, par exemple, abrite 21 nationalités minoritaires) ou d'un effectif démographique très faible.
Avec une population supérieure à 1,35 milliard d'habitants en 2009, la Chine est le pays le plus peuplé du monde. Cette première place est très ancienne. Les historiens de la démographie s'accordent en effet à dire que la Chine a toujours été, avec l'Inde, l'un des deux principaux foyers de peuplement de la planète, représentant, selon les périodes, entre le quart et le tiers de la population mondiale.
Sur le temps long, l'évolution démographique de la Chine se structure en deux phases. La première,très longue, est antérieure à 1950. Elle est caractérisée par une courbe accidentée, courtes périodes de croissance entrecoupées par des chutes parfois catastrophiques, dont l'allure générale est toutefois exponentielle. D'une cinquantaine de millions d'habitants sous l'empire des Han au début du IIIe s., la population chinoise franchit ainsi successivement le cap des 100 millions au XIIe s., celui des 200 millions vers la fin du XVIe s., puis la barre des 400 millions vers 1820. La période 1850-1950 est ensuite marquée par un faible dynamisme démographique, en raison d'un contexte politique instable marqué par des successions de révoltes et de guerres. En 1949, année de la promulgation de la République populaire, la Chine compte environ 540 millions d'habitants.
La seconde phase correspond à latransition démographique, dont le déroulement a toutefois été compliqué par un aléa politico-économique de taille, le Grand Bond en avant, puis par la domination d'un discours anti-malthusien jusqu'au début des années 1970. Ces différents obstacles n'enlèvent toutefois rien à la rapidité de son achèvement, dirigé à partir de 1972 par la mise en place d'une politique de contrôle des naissances, suivie par la politique de l'enfant unique sept ans plus tard.
La transition démographique de la Chine peut-être chronologiquement découpée en cinq phases.
La décennie qui suit la promulgation de la République populaire est caractérisée par une forte reprise démographique. Le pays gagne 100 millions d'habitants entre 1949 et 1957. Cette reprise repose sur une rapide baisse du taux de mortalité (passé de 18 ‰ en 1950 à moins de 11 ‰ en 1957), alors rendu possible par la stabilisation politique du pays et la réalisation de progrès sanitaires et médicaux, dans un contexte de très forte natalité, qui est annuellement supérieure à 30 ‰ sur la même période.
La croissance est ensuite brièvement, mais brutalement, interrompue entre 1959 et 1961 par le désastre du Grand Bond en avant. La grave crise économique et l'apparition de poches de famines dans de nombreuses provinces du pays dérèglent alors complètement le régime démographique, marqué durant cette période par une remontée brutale de la mortalité et une chute tout aussi rapide de la natalité. Il en résulte une baisse de la population dont l'ampleur constitue encore un sujet de débat et de controverse entre les démographes, du fait de l'incertitude des statistiques. Pour beaucoup, le coût humain de la famine serait compris entre 20 et 30 millions de morts.
L'abandon de la politique du Grand Bond en avant, puis les réorientations économiques réalisées à partir des années 1961-1962, permettent ensuite un retour rapide de la croissance démographique, mais avec une vitalité bien supérieure à celle de la décennie 1950. Il s'agit avant tout d'une phase de récupération marquée par une augmentation remarquable de la natalité qui atteint un sommet de 43 ‰ en 1963. S'ensuit un véritable baby boom avec des taux de natalité supérieurs à 30 ‰ jusqu'en 1971 alors même que la mortalité retombe rapidement pour s'établir de façon durable en deçà des 7,5 ‰. L'accroissement naturel durant les années 1960 demeure au final vertigineux, la Chine gagnant durant cette période plus de vingt millions d'habitants par an !
Les années 1970 constituent un tournant majeur dans l'histoire démographique chinoise. Elles voient l'abandon progressif par les autorités du discours anti-malthusien jusqu'alors dominant au profit d'une politique de limitation des naissances dont l'application est durable et se révèle rapidement efficace. Elles ouvrent une nouvelle période marquée par une réduction de moitié du taux de fécondité (de 5,8 en 1970 à 2,7 en 1979), une baisse rapide du taux de natalité (inférieur à 20 ‰ en 1980) et un ralentissement, bienvenu, du rythme de la croissance.
Enfin, à partir du tournant des années 1980, la croissance démographique se poursuit par inertie. L'enjeu pour les autorités consiste alors à limiter celle-ci en veillant au maintien d'un taux de natalité autour, puis rapidement en deçà, de 20 ‰. Ce souci explique aisément la radicalisation du contrôle des naissances en 1979, via la politique de l'enfant unique, dont l'objectif est en fait de limiter le plus possible la remontée du nombre des naissances, liée à l'arrivée à l'âge du mariage et de la procréation de la génération du baby boom des années 1960.
Au total, ce maintien de la politique de limitation des naissances a permis à la Chine d'achever rapidement sa transition démographique. Le taux de natalité est désormais stabilisé autour de 12 ‰. Le taux de mortalité entame quant à lui une légère remontée depuis le milieu des années 2000, signe incontestable que le pays se dirige vers une stabilisation de sa population, que beaucoup d'experts prévoient pour 2030-2040. Les autorités chinoises ont quant à elles comme objectif de ne pas dépasser le seuil de 1,6 milliard d'habitants avant 2050. Tout en veillant à l'atteindre, elles doivent aussi gérer trois défis démographiques majeurs : le surnuméraire de main d'œuvre, le vieillissement de la population et le déséquilibre des sexes.
Efficace, la politique de limitation des naissances l'a incontestablement été, mais sa mise en place a été trop tardive. Il s'est en effet formé jusqu'au milieu des années 1970 des classes d'âge nombreuses qui, par effet d'inertie, pèsent encore fortement sur la démographie du pays. Il en résulte notamment que la part de la population en âge de travailler est très nombreuse, 700 millions au début des années 2000, sans doute 1 milliard en 2015, excédant les capacités d'absorption du marché de l'emploi, dans les campagnes comme dans les villes. D'un autre côté, la politique de limitation des naissances a aussi contribué à accélérer le vieillissement de la population et à approfondir le déséquilibre des sexes.
Si la population chinoise est encore relativement jeune (âge moyen inférieur à 40 ans), elle n'en est pas moins, du fait de l'allongement de l'espérance de vie (73 ans en 2007 contre 35 ans en 1949), en phase de vieillissement rapide. Le total de la populations âgée de plus de 60 ans devrait atteindre 300 millions en 2025. Il sera alors certainement supérieur à celui des moins de 15 ans. Ce processus de vieillissement demeure un défi non négligeable pour les autorités qui doivent mettre en place des structures adéquates, médicales et sociales, résoudre la délicate question des retraites par exemple.
Le déséquilibre des sexes n'est pas une situation nouvelle en Chine. La préférence donnée à la naissance d'un garçon comme premier enfant est ancienne et répond à des préoccupations traditionnelles, culte des ancêtres et perpétuation de la lignée, mais aussi économique par la prise en charge future du noyau familial. Ce déséquilibre inquiète surtout par son ampleur et son renforcement rapide depuis les années 1980. Si l'industrialisation, l'urbanisation, et l'installation de structures collectives dans les années 1950 l'ont un temps limité, sans toutefois le faire disparaître, la mise en place de la politique de l'enfant unique puis la décollectivisation des années 1980 l'ont fait resurgir brusquement. Il ne touche pas cependant avec la même vigueur l'ensemble de la société et du territoire chinois. Il est quasi exclusivement Han, particulièrement important dans les zones rurales, sans doute plus conservatrices, mais surtout dénuées de protection sociale, et abyssal parmi les jeunes générations : 123 garçons pour 100 filles chez les moins de 15 ans au milieu des années 2000.
D'après les statistiques des Nations Unies, le réseau urbain chinois compte, en 2010, 109 agglomérations supérieures à un million d'habitants, 107 dont la population est comprise entre 500 mille et un million d'habitants et plusieurs centaines de « petites villes » de moins de 500 000 habitants. À première vue équilibré, le réseau urbain chinois est en fait marqué par une relative faiblesse des villes intermédiaires, qui ne rassemblent que 13% de la population urbaine contre 44% pour les villes millionnaires et 43% pour les petites villes. Ce poids aux deux extrémités de la hiérarchie urbaine est le résultat de stratégies mises en place à partir des années 1980. Les unes, visant à favoriser la renaissance des marchés et à amortir l'exode rural via le développement d'activités non agricoles au sein des campagnes, ont contribué au fort développement des bourgs, tandis que d'autres, en accordant plus de prérogatives politiques et économiques aux grandes villes, particulièrement aux cités portuaires et aux capitales provinciales, ont rendu celles-ci très attractives.
Géographiquement, la très grande majorité des villes chinoises est localisée dans la partie orientale du territoire. Malgré l'ancienneté du fait urbain en Chine, cette géographie demeure principalement l'héritage de la période moderne (1842-1949), caractérisée par un premier développement industriel et urbain sur le littoral (Shanghai, Tianjin, Dalian, Canton, Hong Kong, …), en Mandchourie (Shenyang, Changchun, Harbin) et en Chine du Nord. La politique d'industrialisation, menée par les autorités communistes à partir des années 1950, a ensuite permis le développement de certaines capitales provinciales de l'intérieur (Xi'an, Baotou, Chengdu,…), sans jamais remettre en cause toutefois cette géographie héritée. L'ouverture des villes côtières, à partir du milieu des années 1980, l'a finalement consolidée, en accentuant même un peu plus la première place donnée aux grandes villes des provinces littorales.
Six grandes régions urbaines se distinguent et correspondent,sans surprise, aux six principaux foyers de peuplement déjà mentionnés. Les trois premières sont situées sur le littoral et rassemblent, sous la forme de nappes urbaines, plusieurs grandes agglomérations et leur réseau de villes satellites. Elles réunissent chacune entre une quinzaine et vingtaine de millions d'habitants et se rangent parmi les plus grandes concentrations urbaines du monde. Il s'agit du delta du Yangzi Jiang, dominé par l'agglomération Shanghaienne, du delta de la rivière des Perles, structuré par Canton, Shenzhen et Hong Kong et de la région « jing-jin-ji » commandée par Pékin, avec son avant-port, Tianjin et la ville de Tangshan, située dans le nord de la province du Hebei. Ces trois régions constituent également les trois principaux moteurs du développement économique et industriel du pays.
Les trois autres régions urbaines sont démographiquement moins importantes, mais demeurent des pôles de croissance indispensables au développement économique de l'intérieur du territoire. La première est située dans le centre de la province du Liaoning. Il s'agit d'une vieille région d'industrie lourde, aujourd'hui en voie de revitalisation. Elle gravite autour de la capitale provinciale, Shenyang, et comprend quelques grandes villes industrielles comme Anshan et Fushun. Elle constitue un des nœuds de l'axe urbain du nord-est chinois qui se prolonge au sud vers le port de Dalian et au nord vers les capitales provinciales de Changchun et de Harbin. La (seconde) deuxième région se situe dans le cours moyen du Yangzi Jiang autour de la ville de Wuhan tandis que la troisième est pilotée par la ville de Chongqing. Certains auteurs chinois voient en cette dernière l'une des futures grandes régions urbaines du pays, en lui adjoignant notamment l'agglomération urbaine de Chengdu, pourtant relativement éloignée et séparée d'elle par de vastes espaces ruraux.
Historiquement, le processus d'urbanisation chinois peut être divisé en trois phases. La première a lieu durant la période moderne. Elle est certes d'une très faible intensité et ne touche que sporadiquement le territoire, mais elle permet de dessiner dans les grandes lignes la géographie du réseau urbain. La deuxième a lieu durant les années 1950. Elle est parallèle à la mise en place du premier plan quinquennal (1953-1957) d'inspiration soviétique, qui repose sur le développement de l'industrie en milieu urbain. Le taux d'urbanisation passe ainsi de 13 à 17,6 % entre 1950 et 1965. Cette phase d'urbanisation est toutefois interrompue par la Révolution culturelle qui se présente comme foncièrement anti-urbaine. Entre 1965 et 1975, le taux d'urbanisation demeure stable et subit même un léger recul pour atteindre 17,4 % en 1975.
Cette évolution lente et chaotique du taux d'urbanisation durant les trente premières années du régime communiste ne donne que plus d'ampleur au tournant qui s'opère dans les années 1980. En faisant des villes les principaux lieux d'ouverture et de réforme, les autorités passent progressivement d'une politique anti-urbaine à une politique du tout urbain. Dès lors, la population urbaine entame une ascension rapide qui s'accélère fortement durant les années 1990. Le taux d'urbanisation double entre 1980 et 2005, passant de 19,6 à 40,4 %. Durant cette période, le taux de croissance annuel moyen de la population urbaine dépasse 3 % avec un pic à près de 5 % entre 1985 et 1990. Cette croissance est doublement alimentée par l'extension des espaces urbanisés au détriment des espaces ruraux périphériques ainsi que par un exode rural qui s'oriente d'abord vers les petites villes avant de se diriger progressivement et majoritairement vers les capitales provinciales et les grandes villes côtières. Le processus d'urbanisation se poursuivra dans les années qui viennent, sans doute un peu moins rapidement (le taux de croissance annuelle prévu est inférieur à 2,5 % entre 2010 et 2020), mais transformera inéluctablement la Chine en un pays majoritairement urbain. Les données des Nations Unies annoncent un franchissement du seuil des 50 % autour de 2015 et un taux d'urbanisation supérieur à 70 % pour le milieu du XXIe s.
La question des villes et de l'urbanisation en Chine ne serait pas complète sans évoquer la transformation rapide des espaces urbains, notamment ceux des plus grandes villes. Ces dernières ont en effet lancé ces dernières années des nouveaux projets d'aménagement urbain qui consistent essentiellement à restructurer les centres-villes, via le développement de nouveaux quartiers d'affaires et commerciaux, souvent au détriment d'un tissu urbain plus ancien, et la modernisation des infrastructures de transport. Les périphéries sont quant à elles gagnées par de nouvelles zones de logement collectif, voire pavillonnaire pour les populations les plus aisées, et par de nouvelles zones industrielles. En somme, on assiste à une spécialisation fonctionnelle des espaces urbains qui contrastent fortement avec l'image de la ville d'avant les réformes. La rupture la plus brutale est sans doute caractérisée par la verticalisation généralisée du bâti, conséquence dans le paysage urbain du boom immobilier que la plupart des villes chinoises connaissent depuis maintenant une quinzaine d'années et dont le moteur principal n'est plus seulement le besoin pressant de logement mais aussi la spéculation immobilière. Cette dernière est telle que de plus en plus d'analystes craignent la formation d'une bulle immobilière, un risque qui vient s'ajouter à la liste des défis que ces diverses mutations urbaines ont généré ou accentué ces dernières années.
Le premier de ces défis est caractérisé par la congestion du trafic automobile et la nécessité constante d'améliorer les transports publics. Vient ensuite la lutte contre la pollution et l'urgence de mettre en œuvre un développement urbain dit « durable ». L'approfondissement des inégalités et l'apparition de ségrégations socio-spatiales entre des quartiers habités par des populations pauvres (migrants ruraux, anciens ouvriers d'entreprise d'État…) et des quartiers riches, dotés de logements, de commerces et d'équipements de loisirs luxueux, constituent également un défi social majeur. Enfin, le déplacement des populations et / ou la destruction des centres anciens, que provoquent souvent les nouveaux projets d'aménagement, mettent parfois en branle des mécontentements au sein de la société urbaine, par refus de quitter son ancien quartier ou par souci de préserver le patrimoine, générant des affrontements avec les autorités locales qui ont, bien souvent, le dernier mot.
L'agriculture est le premier secteur productif du pays à avoir été touché par les réformes. Dès 1978, les autorités décident de mettre un terme au système de production collectif en proclamant la dissolution des communes populaires, créées vingt ans plus tôt et ancien instrument d'excellence du Grand Bond en avant. Cette décollectivisation s'accompagne d'une redistribution de la terre cultivée aux familles paysannes en usufruit, par des baux de 15 ans, puis 30 en 1988, et moyennant diverses redevances.
La rémunération des paysans est désormais liée à leur production, dont ils redeviennent complètement responsables et dont ils peuvent vendrent les surplus sur les marchés. L'État abandonne dans le même temps son monopole dans l'achat et la vente des produits agricoles, dont les prix sont progressivement libéralisés. Enfin, en 1984, les paysans sont officiellement encouragés à développer une économie diversifiée non agricole dans les régions rurales par la mise en place d'entreprises de bourgs et de cantons (EBC).
Toutes ces réformes, en libérant les forces productives, permettent une reprise, puis une formidable croissance de la production agricole. La Chine se range désormais parmi les premiers producteurs du monde de grains (1er pour le blé et le riz et 2ème pour le maïs en 2008), de coton, d'oléagineux, de fruits, de viandes, d'œufs et de légumes. Elle domine également le secteur de la pêche et de l'aquaculture (39 % de la production mondiale en 2006).
L'agriculture chinoise est dominée par la trilogie céréalière – riz, blé et maïs –, qui représentait en 2007 un peu plus de la moitié de la superficie ensemençée et la moitié de la production agricole nationale. Cependant, à l'exception du maïs, cette production céréalière connaît depuis plusieurs années à une diminution de ses superficies que la hausse des rendements a de plus en plus de difficultés à compenser. L'industrialisation, le développement des infrastructures de transport et l'urbanisation, tout comme l'érosion des sols et la désertification, dont les impacts sont dramatiques dans certaines régions, expliquent en partie cette diminution des surfaces. D'autre part, les prix bas du riz et du blé sur le marché et le développement de cultures plus rémunératrices tendent aussi à détourner une partie de la paysannerie chinoise de cette production.
Si les autorités cherchent à maintenir la production céréalière nationale, notamment par le biais de subventions, elles sont désormais dans l'obligation d'importer certaines productions, céréalières ou non, comme le blé, le soja ou encore le coton. D'un autre côté, elles encouragent le développement de productions pour l'exportation, par exemple des fruits, des légumes, des fleurs et des produits de l'aquaculture. Enfin, si les productions animales ou d'origine animale occupent une place plus réduite dans la production totale, elles n'en sont pas moins en plein développement depuis la décennie 1980, en raison notamment des modifications du régime alimentaire de la société chinoise. Les productions de porcs, de volailles, d'œufs et de lait sont ainsi en pleine expansion.
La géographie agricole chinoise est marquée par trois grandes caractéristiques : une opposition entre plaines et vallées alluviales, intensivement cultivées, et terroirs de pente, très inégalement mis en valeur ; une dichotomie entre des régions orientales rassemblant plus de 90 % des terres cultivées et des régions occidentales dominées par l'élevage ; et, en Chine orientale, une distinction nord-sud entre Chine du blé et Chine du riz.
Toutefois, au-delà de ces grandes lignes, une géographie régionale, basée sur le développement de cultures dominantes, voire de véritables spécialisations, émerge en Chine orientale : soja et maïs dans le nord-est ; blé, maïs et coton en Chine du nord ; riz et thé dans le cours moyen et aval du fleuve Yangzi Jiang ; polyculture et développement de cultures tropicales dans les régions méridionales.
En sus de l'élevage, la région du Xinjiang connaît aussi le développement ces dernières années de périmètres irrigués consacrés à la culture de céréales, de coton ou de légumes. Enfin, on assiste depuis les réformes au fort développement d'une agriculture périurbaine de légumes, de fruits, de fleurs, ou encore d'élevage intensif.
Au total, tout en soulignant les progrès considérables qui ont été réalisés ces deux dernières décennies et l'existence de poches de réussite, l'agriculture chinoise reste toutefois dans son ensemble peu dynamique. Elle est encore avant tout une agriculture micro-parcellaire (la surface moyenne d'une exploitation est d'environ 0,5 ha contre une quarantaine en France), vivrière, peu mécanisée et principalement tournée vers l'auto-consommation. Elle est à plusieurs vitesses, opposant par exemple, pour ne citer que les deux situations les plus extrêmes, une agriculture périurbaine connectée au monde urbain, voire aux flux commerciaux internationaux, et une agriculture vivrière de montagnes ne dépassant pas le finage du village. En plus d'être confrontée à la réduction massive des surfaces agricoles au profit du monde industriel et urbain, elle doit aussi faire face à de graves problèmes environnementaux (érosion, désertification, salinisation et pollution des sols), causés par des déforestations et surpâturages passés excessifs, voire à de mauvaises méthodes de cultures et d'irrigation. Dans certaines régions comme en Chine du Nord, elle est menacée par à un inquiétant manque d'eau qui nécessite entre autres une modernisation urgente d'infrastructures d'irrigation souvent vétustes.
Depuis le milieu des années 2000, les autorités chinoises ont donc pour principal objectif de renforcer la compétitivité agricole du pays, via le développement d'une filière agro-alimentaire dynamique et de cultures exportatrices. Pour ce faire, elles accélèrent la spécialisation agricole en encourageant les industries du secteur à établir des contrats de production avec des villages « spécialisés » qui peuvent ainsi mettre en valeur une spécificité de leur terroir. L'idée est en fait de développer des marques correspondant à des secteurs géographiques bien définis. Une autre des tendances du développement futur porte sur la mécanisation, l'innovation technologique et l'amélioration des savoir-faire. Leur mise en place risque toutefois d'être compliquée par la fragmentation du parcellaire et l'importance de la main d'œuvre agricole. L'agriculture chinoise emploie encore près de 40 % de la population active du pays et ce type d'évolution libérerait indubitablement une partie de celle-ci, alors que de 100 à 150 millions de paysans ont déjà quitté les campagnes pour travailler en ville, posant dans le même temps aux autorités l'épineux défi de l'exode rural.
L'émergence de flux migratoires des campagnes vers les villes est incontestablement une des plus importantes mutations rurales de ces deux dernières décennies. Elle est le résultat conjugué d'un surnuméraire de main d'œuvre, mis à jour par le processus de décollectivisation, et d'une multiplication des opportunités d'emploi dans l'industrie manufacturière et le secteur de la construction. Le moteur de ces flux est essentiellement économique et réside dans la présence de profondes inégalités de revenu entre les villes et les campagnes.
D'abord orientés vers les bourgs et petites villes, où se sont développées les entreprises (de bourgs et de cantons) à partir de la seconde moitié des années 1980, ces flux migratoires se sont ensuite dirigés dans les années 1990 vers les capitales provinciales ainsi que les très grandes villes et régions industrielles du littoral. Si ces migrations rurales n'ont pas encore pris la forme d'un véritable exode vers les villes, pourtant inéluctable à terme, c'est essentiellement en raison du maintien par les autorités centrales chinoises du système du permis de résidence (hukou). Établi en 1958, ce système divise la population en deux catégories, agricole et non agricole, (et avait) avec alors pour objectif de limiter les migrations intérieures spontanées et l'exode rural. D'abord assoupli en 1985 et 1998, il est depuis 2001 au centre d'une vaste réforme, certes lente et progressive, mais qui devrait à terme aboutir à sa suppression. Cette dernière sera sans doute bienvenue pour les migrants ruraux résidants en ville tant ce système, malgré les assouplissements successifs, est encore pour eux discriminant, en ne leur permettant pas par exemple d'accéder à certains services (logement, éducation, hôpital…) dans les mêmes conditions que les citadins.
En sus de gérer cette question des migrants et des migrations rurales, les autorités chinoises sont conscientes de la nécessité de réduire les inégalités de revenu entre les villes et les campagnes, mais aussi au sein du monde rural, qui se sont fortement approfondies durant les années 1990. Elles doivent plus largement répondre à un malaise social dans certaines campagnes du centre et des périphéries du pays où la production agricole est souvent peu dynamique, où les équipements sociaux, éducatifs et de transport demeurent insuffisants et où les populations n'ont pas la possibilité d'augmenter leurs revenus par le biais d'activités non agricoles. Pour ce faire, a été lançée en 2005 une nouvelle politique de développement rural intitulée « édification des nouvelles campagnes socialistes » qui vise entre autres à mobiliser plus de fonds publics à destination de ces régions.
La Chine connaît une très forte croissance industrielle depuis la fin des années 1970. Elle est devenue le leader mondial dans la production d'acier, de charbon, de ciment, d'engrais chimiques, de télévisions, de véhicules, d'électronique et, sans surprise, du textile-habillement (43 % de la production mondiale en 2008). La compagnie chinoise Lenovo était 4ème producteur mondial d'informatique en 2008, avec 7,2 % du marché mondial.
Dans le secteur des productions manufacturées, la Chine a fondé sa réussite sur une production à bas coût, reposant sur des exonérations fiscales et la présence d'une main d'œuvre nombreuse et pas chère : en 2008, un ouvrier chinois coûtait encore dix fois moins cher qu'un ouvrier français. Ces deux facteurs ont, non seulement permis à ses petites et moyennes entreprises d'être compétitives, mais surtout attiré de nombreux investissements étrangers, d'abord originaires de Hong Kong, de Taiwan et de la diaspora chinoise, puis du Japon, de la Corée du Sud, de l'Union européenne et des États-Unis.
La Chine est ainsi progressivement devenue dans le courant des années 1990 et 2000 une plate-forme de production manufacturée, fournissant une bonne part de la consommation mondiale. Dans le même temps, la croissance de ses exportations lui a permis de générer un important excédent commercial qu'elle a réinvestit dans ses politiques de développement économique et d'aménagement du territoire et aussi dans la recherche et le développement. On assiste ainsi depuis quelques années à une progressive montée en gamme de sa production : l'objectif, à terme, n'étant plus de fonctionner comme un assembleur pour le marché mondial, mais comme une véritable puissance industrielle, dotée de grands groupes capables d'innover et d'investir à l'étranger.
Les deux autres décisions d'importance prises par les autorités centrales chinoises ont été de restructurer le secteur d'État et d'encourager l'émergence des entreprises privées. Inexistantes en 1978, ces dernières représentaient près de 60% du tissu industriel en 2007. Toutefois, la restructuration des entreprises d'État chinoises n'a pas consisté en une simple politique de libéralisation ou de fermeture des entreprises les moins compétitives. L'objectif était surtout de construire de grands groupes nationaux dans les secteurs stratégiques (transport, énergie, construction …) et d'en faire des sociétés par action au sein desquels l'État resterait toutefois majoritaire. Ainsi, les entreprises d'État n'ont pas disparu, bien au contraire. Elles représentent aujourd'hui la principale force de l'économie chinoise et ce sont elles qui, dans les secteurs de l'énergie, des matières premières, de la construction et des infrastructures de transport, sont en train de prendre position sur certains marchés étrangers. En 2007, la majorité des 500 plus grandes entreprises chinoises étaient des entreprises d'État.
Nombreuses et non moins dynamiques, les entreprises privées, qu'elles soient chinoises, mixtes ou étrangères, sont surtout présentes dans le secteur de la production manufacturée (textile, confection, électronique…). Grâce à leur insertion dans l'économie mondiale, elles sont à l'origine de la réussite industrielle du pays et de son émergence en tant qu'atelier du monde.
Clé de voûte de l'aménagement du territoire et des échanges, ainsi que de la diffusion de l'industrialisation et du développement économique, le secteur des transports est logiquement devenu pour les autorités centrales chinoises une très grande priorité. Il aura toutefois fallu attendre la seconde moitié des années 1990 et surtout l'entrée dans la décennie 2000 pour assister à une véritable révolution dans ce domaine. Au début des années 1990, la Chine possédait seulement 1 000 kilomètres d'autoroutes, un réseau ferré équivalent à celui de la France à la même époque (soit un peu plus de 20 000 kilomètres pour un pays 17 fois plus étendu), construit pour moitié avant 1949 et électrifié seulement à 12%.
Le réseau fluvial, inutilisable au nord en raison d'un fort alluvionnement des principaux cours d'eau, était encore vétuste et mal équipé au sud, malgré des conditions naturelles plus favorables. Les ports maritimes quant à eux commençaient tout juste à entrer dans l'ère de la conteneurisation. En bref, la tâche dans le secteur des transports restait alors colossale.
D'abord financés dans les années 1980 par la Banque mondiale et par des aides au développement des pays industrialisés, principalement le Japon, la construction et la modernisation des infrastructures de transport terrestres bénéficient désormais d'un puissant financement public et de politiques ambitieuses, avec l'adoption, au milieu des années 2000, de plans nationaux de développement des réseaux ferrés et autoroutiers. Les progrès ont été depuis considérables. À la fin de l'année 2007, la Chine possédait 78 000 kilomètres de voies ferrées, dont 24 400 électrifiés. L'objectif du plan national ferroviaire 2005-2020, qui prévoit un investissement annuel de 130 milliards de yuans (soit 14 milliards d'euros), est d'atteindre à terme les 100 000 kilomètres.
À cette densification et cet étalement géographiques du réseau, s'ajoutent des prouesses techniques, comme en atteste l'inauguration en 2006 de la ligne Qinghai-Tibet qui, parcourant des espaces situés à plus de 4 000 mètres d'altitude, fait désormais figure de plus haute ligne de chemin de fer du monde. La priorité du plan national est aussi d'accélérer le développement des voies ferrées légères au sein des grandes agglomérations urbaines de Pékin, Shanghai, Tianjin et Chongqing (de 1 000 kilomètres en 2010 à 4 500 d'ici 2050) et de construire de nouvelles lignes à grande vitesse, pour passer de 8 000 km aujourd'hui à 18 000 kilomètres d'ici 2020, entre les principales agglomérations du pays. Les premières lignes à grande vitesse ont été inaugurées en 2008 (ligne Pékin-Tianjin), en 2009 (ligne Wuhan-Canton) et en 2011 (Pékin-Shanghai, 1 318 km en moins de cinq heures). Ce développement fulgurant du réseau ferroviaire chinois doit répondre au double défi d'augmentation du trafic de passagers et d'amélioration des conditions de transport du fret, trop lent et congestionné, pour des marchandises toujours plus volumineuses.
Pendant longtemps dévolu aux déplacements ruraux ou à des considérations stratégiques, qui ont motivé très tôt la construction de routes pénétrantes vers les régions frontalières (Tibet, Xinjiang et Heilongjiang) et le Fujian (du fait de la proximité de Taiwan), le réseau routier s'est surtout développé à partir des années 1980, principalement en Chine orientale.
Le réseau autoroutier voit quant à lui le jour en 1990 avec l'inauguration des deux premiers axes Shenyang-Dalian et Pékin-Tianjin. D'autres tronçons apparaîtront ensuite autour des villes de Pékin, Tianjin, Shanghai et Canton, parallèlement au développement urbain et à l'explosion du parc motorisé. Depuis 2000 et le lancement de plans successifs d'aménagement du territoire, les réseaux routiers et autoroutiers ont été modernisés et étendus. En 2007, la Chine comptait près de 3,6 millions de kilomètres de routes et d'autoroutes, dont 53 900 kilomètres de réseau autoroutier. Pour celui-ci, les objectifs du plan national est d'établir dans un premier temps un système d'autoroutes connectant toutes les capitales provinciales entre elles et chacune d'elles avec Pékin. À terme, le réseau devrait comptabiliser 85 000 kilomètres, incluant les sept autoroutes transversales reliant Pékin à Shanghai, au delta de la rivière des Perles (Canton, Hong Kong et Macao), à Harbin, à Kunming, à Lhassa, à Urümqi, et à Taipeh, capitale de Taiwan, ce qui supposerait la construction d'un gigantesque pont autoroutier au-dessus du détroit de Taiwan !
Parallèlement, la Chine est devenue, en 2009, le premier marché mondial pour l'automobile, avec 14 millions de ventes dans l'année. Son parc en service atteignait à la même date le chiffre de 76 millions de véhicules.
Sans minimiser le développement dynamique des infrastructures de transport terrestre, nul autre secteur que le transport maritime ne peut mieux illustrer la puissante et rapide insertion de la Chine dans le processus de mondialisation des échanges.
La stratégie économique basée sur le développement d'une production manufacturée orientée vers les marchés mondiaux a très tôt donné la priorité aux ports et au transport maritime, dont le développement a été très rapide ces deux dernières décennies. En 2008, on comptait six ports chinois, incluant Hong Kong, dans les dix premiers ports à conteneurs du monde et la Chine représentait alors, toujours avec Hong Kong, près de 27 % du trafic conteneurisé mondial. Cette puissance maritime ne se limite pas au pouvoir d'attraction que la Chine exerce sur les flux maritimes mais se manifeste aussi par l'émergence rapide de sa flotte marchande (3ème flotte mondiale par le nombre de navires et 4ème par le tonnage en 2009) et de ses chantiers navals (premier rang mondial, avec plus de 50 % des commandes, depuis fin 2009).
Enfin, cet état des lieux des mutations des transports chinois ne peut ignorer les du transports aériens, dont le développement a été rendu nécessaire par l'ouverture du pays sur l'extérieur et l'immensité de son territoire. En 1988, la CAAC (Civil Aviation Administration of China), qui concentrait jusque-là l'ensemble des activités du transport aérien, de la gestion du personnel et des aéroports au transport de voyageurs et de marchandises, a laissé la place à Air China et à plusieurs compagnies régionales pour les voyageurs et à China Air Cargo pour le fret.
Le nombre de lignes aériennes et de terminaux aéroportuaires, intérieurs comme internationaux, s'est multiplié. En 2007, la Chine comptait 152 aéroports et 1 506 routes aériennes civiles, dont 1 216 intérieures et 290 internationales. Agrandi et modernisé pour les Jeux Olympiques de 2008, l'aéroport de Pékin se range désormais par le nombre de passagers à la 7ème place mondiale et à la 2ème en Asie, derrière Tokyo, dont la première place est de plus en plus menacée, d'autant plus que les déboires financiers de la compagnie japonaise Japan Airlines tranchent avec la vitalité des compagnies chinoises.
On assiste également à un fort développement de l'industrie aéronautique civile avec l'émergence d'importants complexes industriels autour des villes de Harbin, Shenyang, Xi'an et Tianjin. C'est d'ailleurs dans cette dernière ville que le groupe européen Airbus a choisi d'ouvrir en 2008 ce qui constitue pour l'heure son unique chaîne d'assemblage d'avions de ligne hors des frontières de l'Union européenne. L'objectif pour la compagnie est de pouvoir accéder prioritairement au marché chinois, dont les perspectives de croissance sont les plus importantes du monde, en échange d'un abandon de sa participation majoritaire (51% pour la partie chinoise contre 49% pour Airbus) et de transferts de technologie, susceptibles de renforcer le potentiel industriel de l'aéronautique chinoise, déjà en mesure de produire ses propres avions de ligne.
Bien dotée en ressources naturelles, la Chine se range parmi les principaux producteurs mondiaux de matières premières énergétiques et minières, figurant même en première position pour certaines productions comme le charbon, le fer, l'or ou encore l'électricité hydraulique. Toutefois, en dépit de leur importance, certaines de ces productions demeurent insuffisantes pour alimenter la consommation nationale et répondre aux besoins croissants du développement économique et industriel chinois. Entre 1988 et 2008, la Chine a été responsable de 45 % de la croissance de la consommation énergétique mondiale. En conséquence, les importations augmentent fortement depuis le milieu des années 1990 et les entreprises du secteur ont été restructurées, afin de gagner en compétitivité pour la recherche et l'exploitation des gisements miniers et d'hydrocarbures à l'étranger. Le poids du pays au sein des échanges mondiaux et son influence sur les cours sont de plus en plus manifestes.
Dans le secteur énergétique, cette dépendance de plus en plus grande de la Chine vis-à-vis des approvisionnements extérieurs ne doit cependant pas être exagérée. Près de 70 % de la demande énergétique chinoise est en fait couverte par les productions nationales de charbon (plus de 50 % de la demande) et d'hydroélectricité (plus de 10 %). La dépendance concerne surtout les hydrocarbures (pétrole et gaz) qui pèsent ensemble pour 30% dans la consommation énergétique totale.
Principale source d'énergie du pays, le charbon a été à la base de l'industrialisation de la Chine du Nord et du Nord-Est à partir de la fin du XIXe siècle. Les plus grands gisements se situent dans le Shanxi, dans le sud de la Mongolie-Intérieure et dans les provinces du Nord-Est. Depuis 1989, la Chine maintient sa production annuelle de charbon au-dessus d'un milliard de tonnes. Très polluantes, la production et la consommation charbonnière sont aujourd'hui au cœur des débats environnementaux. De fait, les autorités cherchent d'une part à limiter leur grande dépendance au charbon, via le développement de l'hydroélectricité, de l'énergie nucléaire ou encore des énergies renouvelables, et d'autre part, parce que très conscientes qu'il sera difficile de se passer de cette ressource, à développer des technologies propres.
Les hydrocarbures, principalement le pétrole, constituent la seconde source d'énergie du pays. La production pétrolière chinoise a été amorcée avec la coopération soviétique au cours des années 1950. Après une forte augmentation durant les années 1960 et 1970, elle a ensuite ralenti durant les années 1980 et demeure depuis relativement stable. Le golfe de Bohai, le gisement de Daqing dans la province du Heilongjiang, et les gisements du Tarim et de Karamay dans la région autonome du Xinjiang sont à ce jour les principales régions productrices du pays, auxquelles s'ajoutent quelques gisements offshore au large du delta de la Rivière des Perles, de Hainan et en mer de Chine orientale. Dans ce domaine, comme dans celui du gaz, la Chine est fortement dépendante de ses importations qui n'ont cessé d'augmenter depuis 1993. Ses principaux fournisseurs sont l'Angola, l'Arabie saoudite, l'Iran, la Russie et le Venezuela. L'enjeu est désormais de diversifier le plus possible les fournisseurs, d'acquérir, par le biais des grands groupes pétroliers nationaux, des gisements à l'étranger (Moyen-Orient, Afrique, Venezuela) et de sécuriser les voies d'approvisionnement maritimes et terrestres.
La troisième source d'énergie est représentée par l'hydroélectricité. Le potentiel hydroélectrique chinois est immense, mais a été longtemps sous-exploité. Les premières centrales hydroélectriques du pays ont été construites en Mandchourie par les Japonais dans les années 1930 et 1940, puis dans le cadre de la coopération sino-soviétique durant les années 1950, tandis qu'un premier barrage sur le fleuve Yangzi Jiang a vu le jour dans les années 1970. Il faut attendre ensuite les années 1980 et le lancement d'un vaste programme hydroélectrique, en partie financé par la Banque mondiale et ouvert aux investissements étrangers, pour assister à la construction de nouveaux barrages, principalement dans les régions montagneuses du sud-ouest (Sichuan, Guizhou, Yunnan, Guangxi). Ce renouveau hydroélectrique chinois est également illustré par la construction récente du barrage des Trois Gorges, édifice pharaonique et controversé, qui devrait fournir à lui seul 10 % de la production hydroélectrique du pays (mais seulement 2 % du total des besoins énergétiques ).
Même si elle est encore négligeable en proportion, l'énergie nucléaire demeure également une priorité. Lancé timidement à partir du début des années 1990, avec la mise en service d'une première centrale en 1991, dans le Zhejiang, et d'une seconde en 1994, dans le Guangdong, le développement du nucléaire s'est fortement accéléré depuis le début des années 2000. Quatre nouvelles centrales ont été mises en service entre 2002 et 2006 et une dizaine d'autres sont en construction et devraient successivement entrer en production d'ici 2015. Toutes ces centrales sont pour l'heure dans les provinces littorales (Guangdong, Zhejiang, Jiangsu, Shandong et Liaoning), mais de nouveaux projets sont actuellement à l'étude pour équiper les provinces intérieures. L'objectif des autorités est d'atteindre une production de 36 millions de kWh avant 2020.
Enfin, les enjeux environnementaux contemporains poussent aussi au développement des énergies renouvelables, d'autant plus que l'immensité et la diversité géographique et climatique du pays offrent un potentiel intéressant. Les autorités chinoises ont ainsi promulgué une loi sur l'énergie renouvelable le 1er janvier 2006, accordant diverses subventions et taxes préférentielles pour des investissements dans ce secteur. L'objectif est de faire passer la proportion de ces énergies dans la consommation nationale à 7 % en 2015, puis à 15 % en 2020.
Au total, au-delà des évolutions et des enjeux présents au sein de chacun des secteurs évoqués, la question énergétique en Chine sous-entend aussi de répondre à des défis structurels et transversaux. La faible productivité et la vétusté d'une partie de l'appareil industriel chinois causent encore de dramatiques gaspillages. On estime par exemple qu'à niveau de production identique la Chine consomme sept fois plus d'énergie que le Japon. À cette réduction des gaspillages s'ajoute la nécessité de poursuivre l'innovation dans les technologies de production, la modernisation et le développement des infrastructures de transports énergétiques (oléoducs, gazoducs, lignes à haute tension), l'éducation des responsables et des consommateurs, et, bien sûr, de prendre en compte la question environnementale.
Depuis 1949, toutes les politiques de développement mises en place en Chine se sont avérées prédatrices pour l'environnement. Jusqu'à ces dernières années, la question environnementale, comme sur une grande partie de la planète d'ailleurs, n'a en aucune façon constitué une préoccupation majeure. La prise de conscience en Chine à ce sujet a été progressive, au fur et à mesure que l'enjeu environnemental devenait planétaire et que la réalité de l'environnement chinois était révélé au grand jour.
La situation environnementale en Chine est tout simplement dramatique. L'air et l'eau notamment y sont de très mauvaise qualité. La plupart des villes du pays connaissent un haut degré de pollution, 30 % du territoire chinois est touché par des pluies acides et près de la moitié du réseau hydrographique est considéré comme très pollué. La plaine de Chine du Nord est confrontée à un grave déficit hydrique tandis que les régions Nord et Ouest (soit près 40 % de la superficie totale du pays) sont touchées par un sévère processus d'érosion et de désertification. La superficie des terres cultivables, quant à elle, diminue sensiblement.
Les causes de cette détérioration environnementale sont bien sûr majoritairement d'ordre anthropique. L'industrialisation, l'urbanisation, l'augmentation du parc motorisé, la combustion du charbon dans les centrales thermiques et l'utilisation importante d'engrais et de pesticides dans l'agriculture sont autant de facteurs explicatifs pour ces diverses pollutions. L'érosion et la désertification ont été en partie accentuées par des déforestations passées excessives, tout comme le déficit hydrique en Chine du Nord, ce dernier étant renforcé par une croissance de la consommation en eau, une raréfaction des pluies et un gaspillage de la ressource.
Cette dégradation de l'environnement en Chine a de très fortes incidences économiques. La disparition des terres cultivables demeure un sérieux handicap pour le secteur agricole tandis que les polluants atmosphériques provoquent des pluies acides coûteuses pour l'agriculture et la construction. Les conséquences sont également très graves sur le plan sanitaire. Les maladies respiratoires, celles liées à l'eau polluée, mais aussi les cancers, se sont multipliés ces dernières années et l'on ne compte plus les cas d'intoxication alimentaire dus aux résidus de pesticides. Dès 1997, un rapport de la Banque mondiale révélait que les coûts de la pollution de l'air et de l'eau représentaient 7,7 % du PIB chinois. En plus de l'aspect économique, la dégradation de l'environnement a également des conséquences sociales. Il n'est pas rare que des populations touchées collectivement par des problèmes de pollution finissent par demander des comptes aux autorités locales, par des manifestations, voire des émeutes.
Officiellement, les premières mesures politiques prenant en compte la donnée environnementale remontent aux années 1970, avec la création de la SEPA (State Environmental Protection Administration) en 1974 et l'engagement de l'État à protéger l'environnement et à prévenir la pollution, via un amendement à la Constitution en 1978. Toutefois, la priorité donnée au développement économique et la faible médiatisation de la question environnementale dans une très grande partie du monde auront alors très vite raison de ces bonnes intentions. Les premières véritables mesures des autorités en matière d'environnement datent de fait des années 2000, avec, entre autres, la création d'une taxe sur les émissions polluantes en 2000, l'ouverture de cinq centres régionaux de la SEPA (Shenyang, Nankin, Canton, Xi'an et Chengdu) en 2006 et l'élévation de cette dernière au rang de ministère (ministère de la Protection de l'Environnement) en mars 2008. Mais malgré ces réelles avancées qui témoignent aujourd'hui d'une plus grande prise de conscience au plus haut niveau politique de l'enjeu de la question environnementale en Chine, le chemin reste encore long pour qu'une bonne application des mesures soit effective.
Les limites aux politiques de protection de l'environnement en Chine tiennent à des facteurs politiques, juridiques et sociaux. On constate un manque de volonté politique au niveau des autorités locales, surtout obsédées par les taux de croissance et le développement à tout prix,plus que par l'appliquation des lois et règlements édictés à Pékin. Les pénalités infligées aux pollueurs sont le plus souvent trop faibles pour convaincre de la nécessité d'adopter des technologies moins polluantes, surtout pour les petites entreprises aux moyens limités. Certaines politiques économiques continuent de promouvoir des secteurs industriels vieillis et polluants, mais pourvoyeurs de nombreux emplois, tandis que, pour des raisons économiques et sociales, les prix du charbon et de l'eau sont maintenus à un niveau bas, poussant au gaspillage. Les ressources financières affectées par le gouvernement aux activités de protection de l'environnement et les personnels qualifiés pour effectuer les contrôles sont encore insuffisants tandis que le système juridique est encore loin d'être complet. Enfin, la participation de la société civile aux politiques de préservation de l'environnement est quasi inexistante. L'acquisition d'une conscience environnementale prendra sans doute du temps que l'environnement lui-même ne sera pas en mesure de supporter.
Au total, la mise en place d'un développement durable en Chine repose fondamentalement sur la capacité des autorités chinoises à mettre en œuvre un système législatif et une communication efficace en matière de protection de l'environnement et à renforcer les mécanismes de contrôle. Une réelle et forte volonté politique de la part des autorités et la mise en place d'une véritable coopération internationale seront deux conditions d'un futur succès de la lutte contre la pollution et pour la préservation de l'environnement en Chine.
La question environnementale est emblématique des enjeux actuels du développement de la Chine dans le contexte de la mondialisation. En effet, elle peut constituer un point d'achoppement pour la fréquentation touristique, qui n'est pas seulement une manne financière mais une opportunité de rencontres et de dialogues interculturels.
Pour en savoir plus, voir l'article histoire de la Chine.
Par-delà une apparente continuité de trois mille ans de chefs-d'œuvre, l'art chinois, grâce aux fouilles et aux recherches historiques, se révèle chaque jour plus complexe dans ses expressions régionales et dans son évolution. Les tendances esthétiques chinoises établissent une échelle de valeurs artistiques différente de celle de l'Occident. Architecture et sculpture sont considérées comme œuvres d'artisans au même titre que la céramique, le bronze ou le laque ; la calligraphie et, plus tard, la peinture occupent en revanche une place privilégiée. Moyens d'expression de la pensée, elles représentent aux yeux des Chinois la création artistique la plus accomplie.
Les inscriptions oraculaires de la dynastie des Shang constituent les documents les plus anciens que nous connaissions de l'écriture chinoise. Ces caractères, tracés d'abord au pinceau puis gravés sur l'os (jiaguwen), sont pictographiques ou idéographiques. Certains sont même déjà formés de combinaisons abstraites. Sous les Zhou et les Royaumes combattants (XIIe-IIIe s. avant J.-C.) apparaissent sur les bronzes rituels des inscriptions en grands caractères sigillaires (ainsi appelés car ils furent utilisés plus tard pour les sceaux). Au début des Qin (IIIe s. avant J.-C.), ce type de graphie fut simplifié en « petit sigillaire ».
Le tournant décisif dans l'évolution de l'écriture chinoise se situe entre le IIIe et le Ier s. avant J.-C., avec l'adoption d'une écriture nouvelle, plus facile à tracer et mieux adaptée aux ressources du pinceau : le lishu, ou « écriture des scribes ». Ce style fut adopté peu à peu par les membres de l'administration impériale et se développa sous les Han. À cette époque, ces caractères angulaires qui permettaient des traits modulés donnèrent naissance à trois formes d'écriture, utilisées jusqu'à nos jours par les calligraphes : l'écriture régulière ou kaishu ; le xingshu, ou écriture courante ; le caoshu, cursive rapide employée à l'origine pour les brouillons.
Dès la fin des Han, les artistes utilisèrent la puissance d'évocation des caractères à des fins purement plastiques. La calligraphie, dégagée de son rôle utilitaire, devint un art indépendant, visant à une création individuelle spontanée. Les grands maîtres du IVe s., dont Wang Xizhi et son fils Wang Xianzhi sont les plus illustres représentants, donnèrent au caoshu sa forme définitive. Leur style, plein d'aisance et de grâce, reste pour la postérité un modèle inégalé. Sobriété et vigueur intérieure caractérisent les œuvres de l'époque Tang. En outre, il ne faut pas négliger un courant hétérodoxe où des artistes indépendants, comme Zhang Xu au VIIIe s., élaborent un style personnel, libéré de toute convention.
La pierre à encre, l'encre, le pinceau et le papier (ou la soie) sont les matériaux du calligraphe et plus tard du peintre de lavis.
L'encre, séchée sous forme de bâtonnets, est faite de noir de fumée additionné de résine ou de colle animale. Frottée avec plus ou moins d'eau sur une pierre servant d'encrier, elle permet d'obtenir toutes les valeurs de noirs et de gris.
Le plus ancien spécimen de pinceau connu fut découvert dans une tombe du IVe s. avant J.-C. ou du IIIe s. avant J.-C., à Changsha, au Hunan. Il se compose de poils de chèvre montés sur une tige de bambou. Au cours des siècles, différentes recettes furent utilisées pour obtenir le degré de souplesse et de fermeté voulu, en mélangeant parfois des poils durs et des poils doux. À la différence de la technique occidentale, le pinceau chinois est tenu verticalement. La vigueur du trait dépend de la maîtrise non pas des doigts et de la main, mais du poignet qui, sans appui, transmet directement à la pointe du pinceau l'énergie de l'artiste. Le coup de pinceau, plus ou moins appuyé, lent ou rapide, étalant une encre épaisse ou diluée, offre des variations infinies.
La qualité du support joue par sa beauté et son pouvoir absorbant. La soie ou le papier imposent le plus souvent une exécution rapide, sans repentirs possibles dans la composition.
Les peintures chinoises se présentent sous forme de rouleaux horizontaux ou verticaux :
- Le rouleau horizontal (en japonais makimono) ajoute à la notion d'espace une dimension temporelle. L'œil progresse au fur et à mesure que les scènes se déploient de droite à gauche. Semblable au déroulement d'une musique, le rythme est marqué par des pleins et des vides, des zones de forts encrages répondant à des nappes d'encre pâle et légère.
- Le rouleau vertical (en japonais kakemono), que l'on suspend, favorise les compositions en hauteur. Les plans se succèdent de bas en haut pour évoquer les proches et les lointains.
L'identité des méthodes et des matériaux utilisés pour l'écriture et pour la peinture suffit à expliquer la parenté qui existe entre elles. Pourtant, calligraphie et peinture n'ont pas participé d'emblée d'une commune esthétique. Il faut attendre les recherches de la seconde moitié du VIIIe s. sur les virtualités de l'encre, tributaires des innovations calligraphiques, pour que la peinture se détourne de ses origines artisanales et de ses représentations figuratives. Le paysage à l'encre monochrome (lavis) devient alors une catégorie distincte, la discipline privilégiée d'une élite intellectuelle et sociale. À l'encontre du travail traditionnel et descriptif, qui consiste à cerner le contour des objets par un dessin lent et minutieux, ce nouveau courant tend à la suggestion par un style elliptique et fragmentaire. Exigeant du peintre moins de précision, il lui demande plus de puissance et de vie.
Le bouddhisme chan, lié à la mystique taoïste, contribua sans doute à l'épanouissement de l'art du paysage. En mettant l'accent sur la méditation et le détachement, d'où peut renaître la spontanéité profonde de l'artiste, il favorisait une communion parfaite entre le peintre et la nature. C'est alors que s'élabore la peinture des lettrés (wenren hua), ainsi nommée sous les Ming, mais dont la théorie est formulée dès le XIe s. par le peinture et poète Su Dongpo. L'artiste ne cherche pas à copier l'univers, mais à découvrir le rythme interne qui anime les choses au-delà de l'apparence. L'art correspond à une nécessité intérieure et exprime la personnalité. À partir des Yuan, le poème et la calligraphie apposée sur la peinture comptent autant que le lavis d'encre pour traduire l'état d'âme de l'artiste. L'étude des Anciens, base de la peinture des lettrés, n'est pas (comme on le croit souvent en Occident) une copie stérile : le peintre s'enrichit au contact des grandes œuvres du passé et revit librement l'expérience des maîtres. L'important est de transmettre un rythme spirituel, de faire de la peinture une « écriture du cœur ».
L'estampage est un procédé permettant de reproduire à l'encre, sur papier, des inscriptions ou des dessins gravés sur pierre. Cette technique fut sans doute pratiquée en Chine dès le IIe s. après J.-C., mais les plus anciens spécimens subsistants datent du VIIe s. La méthode la plus courante consiste à recouvrir le sujet d'une feuille de papier légèrement humide et à tapoter la surface avec un maillet feutré pour que le papier adhère au support. On applique ensuite, à l'aide d'un tampon de charpie, une encre épaisse sur toute la surface. Quand celle-ci a séché, on décolle le papier du support, et le dessin en creux apparaît à l'endroit, en blanc sur fond noir. Ses qualités esthétiques et son degré de fidélité valent à l'estampage d'être apprécié des connaisseurs à l'égal d'une œuvre d'art originale.
L'architecture chinoise a conservé jusqu'au XIXe s. des prescriptions cosmologiques anciennes, quelques principes essentiels : l'orientation, la pureté géométrique des formes et la symétrie par rapport à un axe nord-sud. Ces données de base valent pour la ville, le palais, le temple ou l'habitation privée, dont le site est choisi avec soin par les géomanciens. De part et d'autre de l'axe orienté, l'espace s'organise à partir d'un schéma simple, susceptible de combinaisons multiples : la cour fermée sur ses quatre côtés par des bâtiments. La progression rythmée des ensembles architecturaux qui s'échelonnent le long de la voie médiane rappelle les temps forts et les temps faibles d'une composition musicale, les pleins et les vides d'une peinture qu'on déroule.
À la permanence des types de construction (pavillon rectangulaire simple ou à étages, tour, kiosque…), s'oppose l'éphémère des matériaux. Toutes les structures sont en bois, mais, en fait, le corps de l'édifice lui-même compte moins que la terrasse qui le supporte et la toiture qui le couvre. Entre ces deux éléments, les colonnes ont seules le rôle de soutien, tandis que les murs sont de simples écrans protecteurs. Un système élaboré de consoles, qui atteint son plein épanouissement sous les Tang et les Song, supporte les poutres de la charpente et les bords du toit en saillie. Cette toiture très développée et variée dans ses formes, caractéristique des constructions chinoises, est rendue possible grâce au système de la ferme par empilage, qui superpose des poutres de longueur décroissante jusqu'à la hauteur désirée. Le toit est couvert de tuiles alternativement convexes et concaves. Peu cuites et grisâtres pour les bâtiments ordinaires, elles sont vernissées en bleu, jaune ou vert pour les demeures importantes.
La maison traditionnelle, dont le type de base est fixé aux environs de notre ère, comprend une succession de cours sur lesquelles s'ouvrent des bâtiments aux fonctions précises : salles de réception, appartements privés, chambres de domestiques, cuisines… L'entrée, face au sud, est protégée par un mur écran qui interdit l'accès de la maison aux esprits malfaisants. Les terres cuites funéraires de l'époque Han fournissent de nombreux exemples de maisons rurales, dont les bâtiments ont en général un ou deux étages. Cette tendance à construire élevé s'est perpétuée dans le centre et le sud de la Chine, tandis que dans le nord les maisons, de plain-pied, adoptent un parti horizontal. Dans les demeures riches, un jardin d'agrément, qui abrite des pavillons et des pièces d'eau, s'ouvre souvent à l'arrière de la maison.
Comme la peinture de paysage, le jardin se définit par le terme shanshui, montagne et eau. Ces deux éléments sont à la base de tous les jardins, bien que la végétation, le climat et le site permettent des variations infinies. Cherchant à recréer la nature à une échelle réduite, le jardin reconstitue, spirituellement, une excursion dans un paysage. La vision d'une montagne tout entière est transposée dans des rocailles ou des pierres aux formes étranges, particulièrement appréciées par les collectionneurs de l'époque Song. Souvent associées à un pin ou à un bambou, ces pierres se découvrent au hasard de la promenade dans les ouvertures décoratives que l'on a ménagées sur des murs blanchis à la chaux. Les rapprochements entre plantations et bâtiments suscitent des jeux de couleurs. Tout cela fait du jardin une retraite conçue pour le délassement entre amis, où règnent avant tout la liberté, la fantaisie et l'imprévu.
La maçonnerie et la pierre étaient réservées aux travaux publics, aux terrasses, à certaines pagodes et aux sépultures. À partir du IIIe s. avant J.-C., la construction d'une chambre funéraire, liée à l'emploi de la brique, remplace le principe de la fosse verticale en usage dès l'époque Shang. Cette chambre souterraine, le plus souvent voûtée, est surmontée d'un tumulus auquel on accède par le « chemin des âmes » (shendao). Cette allée, tracée sur l'axe médian et orientée de la tombe, est bordée d'une double rangée de statues, de stèles et de piliers. Dans les sanctuaires impériaux, des portiques d'honneur à trois ou cinq ouvertures sont élevés à l'entrée du champ funéraire. Les tombeaux monumentaux des empereurs Ming, à Nankin et à Pékin, marquent le point d'aboutissement de ce mode de sépulture. L'allée s'allonge, les statues et les détails ornementaux se multiplient, les dispositions architecturaux se compliquent, mais le schéma de base reste le même.
Venu de l'Inde, le bouddhisme du mahayana (ou du Grand Véhicule) se répand en Chine au milieu du IIe s. après J.-C. Au Gansu, à l'extrême ouest de la Chine, là où aboutissent les routes d'Asie centrale, les premiers centres religieux sont fondés dès le IVe s. à Dunhuang, puis au début du Ve s. à Maijishan et Binglingsi. Dans ce dernier site, les travaux entrepris en 1963 ont permis de dater de 420 les plus anciennes sculptures rupestres. En terre modelée et séchée, cette forme de statuaire suit, avec des différences locales encore mal connues, l'évolution générale de la sculpture sur pierre. Pour ces deux techniques, la période la plus florissante se situe entre le Ve et le VIIIe s., tandis que, dès la fin des Tang, s'amorce une lente décadence.
Les principaux vestiges comprennent : 1° les sculptures en argile et en pierre provenant des grottes bouddhiques (ouest et nord de la Chine surtout) ; 2° des stèles votives ; 3° des statues en bronze doré, et plus tardivement en pierre, qui étaient vénérées dans les temples et sur les autels domestiques.
À partir de 460, les Wei du Nord font creuser dans le grès tendre les premiers sanctuaires de Yungang au Schanxi. Les liens avec l'Ouest sont encore profonds et apparaissent sur les grands bouddhas des grottes XIX et XX. Le premier, debout, avec son écharpe aux plis arrondis, rappelle les bouddhas colossaux de Bamiyan (Afghanistan) ; l'autre évoque plutôt l'école indienne de Mathura. Cependant, une stylisation purement chinoise s'élabore progressivement à partir des modèles indiens. Le vêtement devient plus lourd et s'évase sur les côtés en un plissé rigoureusement symétrique qui se termine en pointes. La robustesse des visages au front large laisse place peu à peu à l'élégance et à la délicatesse de l'émotion.
La tendance à la spiritualité que reflète cet art anguleux s'affirme dans les grottes de Longmen (Henan), creusées à partir de 494. Le corps allongé des bouddhas disparaît sous l'amoncellement des plis tubulaires du manteau. Sur le visage devenu mince et étroit, la bouche est petite et retroussée aux coins en un sourire mystique, caractéristique des Wei du Nord. À cette époque, l'art bouddhique s'est complètement fondu dans la tradition stylistique héritée des Han. Un rythme linéaire intense se traduit avec bonheur dans la sculpture en bronze doré, où le métal souligne les plis aigus des draperies et les ciselures de l'auréole (stèle datée 518, musée Guimet, Paris).
À la fin des Wei du Nord sont creusées les grottes de Gongxian, au Henan. Les sculptures, taillées avec simplicité et vigueur dans la pierre, révèlent un art plus libre et plus chaleureux que celui de Longmen.
À partir de 535, une réaction contre le style tendu des Wei du Nord cherche à traduire le modelé pour donner au Bouddha un aspect plus humain. Cette tendance s'épanouit dans les sculptures rupestres de Tianlongshan au Shanxi, commencées peu après l'établissement des Qi du Nord dans la région, vers 550. Les visages s'arrondissent, et un léger mouvement rompt avec la rigidité absolue de l'attitude. Peut-être sous l'influence de la plastique de l'Inde Gupta, les vêtements gagnent en souplesse pour laisser deviner les contours du corps. Les statues, tout en restant frontales, commencent à se détacher du fond sur lequel elles étaient plaquées.
Les Sui continuent ces recherches de réalisme, bien que les bouddhas gardent encore un aspect frustre et massif. Sous les Tang, la période de 627 à 712 correspond à une production intense et de haute qualité. Longmen, qui avait périclité au VIe s., s'enrichit de nouvelles sculptures. Dans le grand ensemble du Fengxiansi, terminé en 676, le bouddha colossal au visage charnu reflète la sérénité majestueuse d'un art impérial. Le type des bodhisattvas élaboré à cette époque restera en vogue jusqu'au XIVe s. et même plus tard. Les colliers et l'écharpe dessinent des courbes longues et amples sur leur torse nu. Une haute coiffure et une taille fine donnent au personnage l'aspect féminin de la guanyin. La qualité spirituelle de la statuaire de la première moitié du VIe s. a disparu au profit des recherches de volume et de mouvement. Celles-ci aboutissent à un véritable réalisme corporel qui s'exprime avec le plus de force sur le visage grimaçant et les muscles gonflés des dvarapala, ou gardiens de temple.
Entre 700 et 740, l'activité se reporte à Tianlongshan, où la sculpture rupestre atteint une délicatesse de modelé incomparable.
Dès le milieu du VIIIe s., les drapés et les corps s'alourdissent, les mains et les visages s'empâtent. À l'exception de quelques spécimens en bois (guanyin d'époque Song), la sculpture bouddhique, dans son ensemble, se fige dans un style conventionnel dépourvu de tout sentiment religieux.
La métallurgie du bronze apparaît en Chine au début du IIe millénaire avant J.-C. et trouve sa plus belle expression dès la fin de la période Shang (capitale Anyang, XIVe-XIIe s.). Les travaux récents sur la fonte des bronzes Shang (découvertes de moules en plusieurs parties servant à la fonte directe du métal) permettent peut-être de penser que cette technique fut inventée en Chine même et non pas, comme on le croyait auparavant, importée par la route des steppes. En outre, les objets en bronze découverts à Zhengzhou au Henan- antérieurs à ceux d'Anyang - établissent une filiation avec le néolithique de la phase de Longshan. La forme des vases reproduit en bronze des modèles plus anciens en terre cuite.
À la fin des Shang, le bronze est encore une matière rare et un symbole de prestige. Aussi le réserve-t-on au souverain et au culte. Les vases rituels présentent des formes extrêmement variées, adaptées à leur usage. Certains étaient destinés à la présentation des viandes et des céréales comme les tripodes ding et li, les bassins munis d'un pied gui et les coupes à couvercle dou. D'autres servaient au vin du sacrifice, tels les zun ronds ou carrés, les calices élancés gu, les bouteilles hu, les guang, verseuses à couvercle orné d'une tête d'animal, et les jue, coupes tripodes aux extrémités effilées, décorées de deux montants se terminant par des sortes de champignons. Enfin, certaines pièces ont une forme zoomorphe : tigre entre les pattes duquel se blottit un petit personnage (musée Cernuschi, Paris), éléphant (musée Guimet).
À Zhengzhou, le décor des bronzes se limite à des motifs géométriques (triangles, spirales, cercles concentriques) et à des masques animaliers simples en léger relief. En revanche, les motifs décoratifs se combinent à l'infini sur les vases d'Anyang, aux proportions harmonieuses et à la fonte parfaite. Les formes animales, incisées ou en relief, parfois même en ronde-bosse, se détachent sur un fond gravé de spirales disposées en registres ou couvrant toute la surface. Le motif le plus caractéristique est un masque aux yeux globuleux, dépourvu de mâchoire inférieure et portant des cornes (appelé plus tard taotie), auquel s'associe toute une faune : dragons monopodes (dont les formes affrontées peuvent constituer un taotie), poissons, oiseaux huppés, tortues, cigales inscrites dans un cadre triangulaire, serpents et vers à soie.
La signification symbolique de ce décor reste souvent obscure. Le goût des Shang pour la chasse a peut-être inspiré la richesse des thèmes animaliers. Il est possible aussi que certains vases soient liés à la représentation des esprits mythologiques de la terre, élément primordial dans la civilisation agricole des Shang.
Le souci de l'artisan chinois d'assurer solidité et imperméabilité aux poteries d'usage courant, sensible dès l'époque néolithique, est à l'origine des améliorations que l'on constate au cours des siècles (choix des matériaux, degrés de cuisson, fours). Après l'apparition de la fonte du bronze, les classes simples doivent encore se contenter de substituts en terre cuite : les potiers copient les formes et les décors des vases rituels de l'aristocratie. D'autre part, la coutume de placer dans les tombes des objets évoquant la vie quotidienne du défunt contribue à la naissance d'un art funéraire de la terre cuite, qui imite en matériau peu coûteux des pièces de bronze, de laque ou de jade.
Sous les Han, des céramiques cuites à haute température (ci), plus solides que la poterie ordinaire (tao), semblent avoir déjà fait l'objet d'un commerce intérieur. Les échanges entre le nord et le sud de la Chine, longtemps divisés, reprennent sous les Tang. À cette époque, trois facteurs vont contribuer au développement de l'industrie céramique chinoise : 1° l'influence de l'art sassanide, dont les orfèvreries arrivent en Chine par les routes d'Asie centrale ; 2° l'usage du thé, qui se répand parmi les lettrés et suscite de nouvelles recherches esthétiques ; 3° la demande étrangère (présence de marchands arabes, vers 800, à Canton et Yangzhou). Des conditions favorables- bonnes terres, communications faciles… - amènent la création de nombreux fours dans les provinces côtières, du Jiangsu au Guangdong.
Dès le IXe s., les céramiques sont adjointes aux soieries dans les dons offerts par l'empereur de Chine. Source de richesse, l'exportation de ces matières précieuses s'intensifie à partir des Yuan et des Ming. Les fours privés et officiels rivalisent d'ingéniosité, les décorateurs trouvent leur inspiration dans les étoffes, les laques, les peintures et les estampes. Avant de céder au goût de la surcharge, l'art céramique chinois connaît encore, jusqu'au début du XIXe s., une grande vitalité.
L'argile plastique mêlée d'eau est la base de tout produit céramique. Sa dureté est fonction du degré et de la durée de sa cuisson (700 à 800 °C pour une terre cuite, 1 450 °C pour certaines porcelaines). Pour pallier la porosité de la pâte, les Chinois découvrirent, dès le milieu du IIe millénaire avant J.-C., l'emploi de couvertes naturelles à base de cendres végétales. La condensation sous la voûte d'un four clos entraîne des retombées qui adhèrent à la surface des récipients. Ce résultat, accidentel, fut recherché volontairement par la suite. Il accéléra l'évolution de la poterie chinoise vers le grès (argile cuite à haute température, vitrifiée et imperméable) et la porcelaine. À partir de la fin du Ier millénaire avant J.-C., un autre moyen d'assurer l'imperméabilité des pièces est l'emploi de glaçures plombifères ou alcalines, procédé déjà connu des Achéménides et des Parthes.
La surface d'une poterie peut être masquée par l'application d'un engobe (argile délayée). Il est utilisé soit pour cacher les imperfections du corps, soit pour servir de fond à un décor peint ; ainsi glaçures et couvertes sont souvent posées sur un engobe.
Les glaçures, cuites au petit feu (800 °C), sont appliquées sur des terres cuites (Han et Tang par exemple) ou sur les biscuits (à partir des Ming). Elles sont colorées par des oxydes métalliques : cuivre (vert), fer (brunâtre), cobalt (bleu), antimoine (jaune) et, à partir des Yuan, manganèse (violet).
Les couvertes naturelles varient du vert au brun suivant le mode de cuisson (en réduction ou en oxydation). Posées sur les grès ou les porcelaines et cuites à haute température, elles ne peuvent être colorées qu'avec des oxydes de grand feu (cuivre, fer ou cobalt). La peinture sous une couverte blanche et transparente, à base de ces mêmes métaux, a donné naissance aux « bleu et blanc », aux « rouge et blanc » et aux « flambés ». Ces pièces ne subissent qu'une cuisson. En revanche, la peinture sur couverte, qui utilise les émaux, nécessite deux cuissons. Ces émaux, qui se révèlent à petit feu, sont appliqués sur la pièce déjà cuite. Inventés sous les Song, la gamme de leurs couleurs est encore réduite. Elle s'élargit sous les Ming et aboutit sous les Qing aux « familles » verte, rose et noire.
Les couvertes ont souvent tendance à se fendiller. Ces craquelures, dues à l'origine à des accidents de cuisson, furent provoquées par la suite, ici encore, à des fins esthétiques.
Disque de jade perforé trouvé dans les tombes des premières dynasties (symbole du ciel ?).
Écriture cursive.
Ensemble de prescriptions géomantiques déterminant jadis le choix d'un site. On prenait en considération la direction des vents (feng) et l'orientation des eaux (shui).
Forme féminine chinoise du bodhisattva Avalokiteshvara. À partir de l'époque Song, la divinité est représentée avec de nombreux bras et de neuf à onze têtes. Elle siège sur un rocher au milieu des flots.
Inscriptions sur os et écailles de carapace de tortue.
Écriture régulière.
« Motif du tonnerre », spirales formant le fond du décor des bronzes archaïques.
Écriture des scribes.
Substituts en bois, en métal ou en terre cuite des victimes sacrificielles ou des objets enterrés avec le mort.
« Montagne et eau », peinture de paysage.
Pagode.
« Glouton ». Monstre mythique composé d'une tête sans mâchoire inférieure. Motif décoratif des bronzes Shang.
Peinture des lettrés.
Écriture courante.
Mur écran placé derrière la porte d'entrée pour interdire l'accès de la maison aux mauvais génies. On dit encore zhaobi.
Écriture sigillaire.
Tube, ouvert aux deux bouts, encastré dans un bloc rectangulaire en jade (symbole de la terre ?).
Dès la fondation de l'Empire, les lettres deviennent essentielles pour accéder au pouvoir : qui veut devenir mandarin doit dès l'enfance apprendre par cœur les cinq classiques confucéens, lire les philosophes de l'Antiquité, travailler la langue classique et sa calligraphie.
Le papier, fabriqué dès l'an 100 après J.-C., remplace avantageusement les lamelles de bambou ou la soie. Au Xe s., cinq siècles avant l'Europe, la Chine invente l'imprimerie sous la forme de la xylographie: chaque page est gravée en creux sur une planche de bois; les feuilles, pliées en deux, sont attachées par une ficelle de leur côté libre. Le livre imprimé est rapidement et largement diffusé, si bien que les éditions anciennes ne sont pas rares aujourd'hui.
L'Antiquité, qui prend fin quand commence l'Empire, en 221 avant J.-C., voit une riche production de textes, sur lesquels s'appuiera la philosophie chinoise, notamment les doctrines confucéenne et taoïste.
Parmi les cinq classiques confucéens, le Classique des poèmes est resté le plus apprécié. C'est une compilation, longtemps attribuée à Confucius, de 305 poèmes datés d'entre le XIe et le VIe s. avant J.-C. Elle est divisée en trois parties, « Airs des principautés », « Poèmes raffinés » et « Hymnes ». Les 160 « Airs des principautés » sont de simples chansons populaires, avec refrain et couplets, qui étaient chantées au cours des fêtes paysannes, et qui doivent leur charme à leur naïveté. Les « Poèmes raffinés », au nombre d'une centaine, décrivent la vie de l'aristocratie, ses chasses et ses festins, dans un style plus recherché. Les « Hymnes » sont des récits épiques destinés aux cérémonies de la cour. Ce premier recueil poétique chinois rassemble ainsi des œuvres d'origine et de finalité fort différentes, expression spontanée du génie populaire ou poèmes savants destinés à l'élite. En Chine, au cours des siècles, la littérature savante se ressourcera régulièrement dans la littérature orale et populaire.
Laozi (Lao-tseu) n'a peut-être jamais vécu, mais le petit livre qui lui est attribué a connu une destinée hors pair : en 81 brefs chapitres, dont la totalité dépasse à peine 5 000 idéogrammes, la Voie et la Vertu, qui aurait été écrit en une nuit, apporte à ses lecteurs les réponses aux questions fondamentales qu'ils se posent. C'est une suite de petites phrases au sens sibyllin et souvent paradoxal. La première à elle seule a suscité maintes interprétations : « Le chemin que l'on peut cheminer n'est pas le chemin permanent, le nom que l'on peut nommer n'est pas le nom permanent, ce qui n'a pas de nom est le début du Ciel et de la Terre, ce qui a un nom est la mère de toutes les choses. » Face aux innombrables écoles philosophiques qui se disputent les esprits en cette époque féconde, la Voie et la Vertu est devenu l'ouvrage de référence de la doctrine taoïste, avant de nourrir l'ensemble de la pensée chinoise.
L'âge classique s'étend du début de la dynastie des Han (IIIe s. avant J.-C.), alors que Lin Bang refait l'unité de l'empire de Qin Shi Huangdi, à la fin de celle des Tang (IXe s. après J.-C.), où la Chine retombe dans l'anarchie des Cinq Dynasties.
En 92 avant J.-C., Sima Qian, grand historien de la cour, présente à l'empereur Wu des Han Mémoires historiques. C'est une histoire générale de la Chine, des origines (2687 avant J.-C.) à l'année 101, dont les 130 chapitres se divisent en cinq parties : les « Annales impériales » (12 chapitres) rapportent la chronologie des dynasties et des empereurs ; les « Tables » (10 chapitres) permettent de retrouver les correspondances de dates (jusqu'à l'unification de l'Empire, chaque principauté avait son propre calendrier et sa propre datation); la synthèse des grands problèmes d'alors fait l'objet de huit « Traités », tandis que 30 chapitres décrivent l'histoire mouvementée des maisons héréditaires qui se partageaient le territoire chinois avant l'unification, et que les 70 chapitres restants sont consacrés à la biographie des personnalités marquantes. Sima Qian sauve ainsi de l'oubli la vie et parfois les œuvres de philosophes, d'hommes de lettres, de grands marchands, voire de brigands, et clôt l'ouvrage sur sa propre biographie. Bien qu'il réutilise abondamment des textes anciens, Sima Qian, grâce à un incomparable talent narratif, parvient à donner à son œuvre une unité de pensée et de style. Ses héros ont nourri à jamais l'imaginaire chinois : Xiang Yu, qui préfère la mort à la défaite ; Jing Ke, à qui un instant d'hésitation fait manquer l'assassinat du premier empereur; ou la belle Xishi, qui fait et défait les royaumes.
En 405, Tao Yuanming (365-427), magistrat dans une petite ville, déclare : « Pour cinq boisseaux de riz, je ne me courberai pas devant un imbécile », et rend les insignes de sa fonction. Ainsi le plus transparent des poètes chinois lance la mode du retour à la campagne : désormais, les champs, le vin et les paysans seront ses compagnons célébrés en des poèmes cristallins, dont le charme et la simplicité demeurent inaltérés. Je retourne vivre aux jardins et aux champs célèbre les vertus du « naturel », qui est à la fois la nature extérieure et la nature profonde de l'homme. Tao Yuanming ne se contente pas de fuir la société et ses mensonges, il rêve de sortir de l'histoire : dans son petit conte la Source aux fleurs de pêcher, des hommes vivent en parfaite harmonie entre leurs coqs et leurs chiens dans un univers dont le chemin est hélas perdu, ainsi que l'apprend la dernière phrase.
Du Fu (712-770), celui que la postérité appellera « Poète de la sagesse » n'a connu que misère et solitude. Refusé aux examens, et donc exclu de la carrière mandarinale, il se dédie à la poésie : quelque 1 500 poèmes, pour la plupart datés avec précision, forment la chronique d'un temps de troubles. En 756, la rébellion vient briser les rêves de splendeur des Tang : Du Fu peint les excès des sergents recruteurs qui emmènent femmes et vieillards, les champs de bataille que le « sang des fils de bonne famille a transformés en marécages », mais aussi la joie de la victoire. Plus tard, Du Fu se lamentera sur un autre « échec », la venue de l'âge:
Tourments, regrets amers ont fait blanchir mes tempes
Vaincu, je viens de renoncer aux coupes de vin trouble !
Du Fu choisit volontiers le huitain, sorte d'équivalent du sonnet européen, qu'il soumet, sous ses deux variantes en vers de cinq ou de sept pieds, à une prosodie complexe. Les cinquième et sixième vers doivent se refléter l'un l'autre, tant sur le plan grammatical que sémantique : « Sur l'émeraude du fleuve, les oiseaux gagnent en blancheur, /Sur le verdoiement des collines, les fleurs deviennent incandescentes. » Deux à deux, les couleurs, les lieux, les objets se répondent.
À trente ans, Liu Zongyuan (773-819) entre dans le cabinet du nouvel empereur et propose un programme de réformes draconiennes. C'est sans compter avec les forces conservatrices : l'empereur est déposé, les jeunes ministres exilés. Jamais Liu Zongyuan n'obtiendra son pardon. En exil dans l'extrême sud de l'empire, encore peu sinisé, il découvre une autre nature, d'autres hommes, d'autres mœurs. Sa pensée s'en enrichit, et, n'ayant rien à perdre, il peut se permettre une plus grande liberté de langage vis-à-vis du gouvernement, à travers apologies, fables ou biographies romancées, comme celle du Chasseur de serpents qui préfère risquer la mort en recueillant le venin destiné aux pharmacies de l'empereur plutôt que d'être soumis à l'impôt normal.
Malgré son éloignement, la renommée littéraire et philosophique de Liu Zongyuan en fait un chef de file du mouvement de la « Prose à l'ancienne », qui cherche à restaurer la pureté et la vigueur du style des anciens. Dans ses textes politiques, comme le Discours sur la féodalité, il s'exprime clairement, sans alourdir ses phrases de trop de citations. L'un de ses quatrains, sur la vertu de la solitude, est connu de tous les Chinois :
« Sur les mille montagnes, disparus les vols d'oiseaux,
Sur les dix mille sentiers, effacées les traces humaines.
Dans sa barque solitaire, un vieil homme en cape de paille
Ne pêche que la neige sur le fleuve glacé. »
L'âge postclassique s'étend sur dix siècles, du début de la dynastie des Song (960), qui restaure les valeurs traditionnelles, à la fin des Qing (1911) et à l'instauration de la république.
Brillant étudiant, puis chef de file du parti conservateur et préfet éclairé, Su Shi (1037-1101) a pratiqué tous les genres littéraires, créé un style de calligraphie, et même inventé des recettes de cuisine. Sa poésie, libre et hardie, éclate en tous sens et brise les poncifs : on lui doit 2 500 poèmes réguliers, touchant à tous les sujets, mais aussi 350 poèmes à chanter, d'inspiration légère et amoureuse, aux vers irréguliers qui épousent une mélodie connue, telle son Élégie sur la bataille de la Falaise rouge. Auteur de nombreux textes de prose classique, dissertations politiques, préfaces, dédicaces de monuments, il invente les « notes de pinceau », sorte de journal intime sans prétention.
Le théâtre connaît son heure de gloire sous la dynastie mongole des Yuan, principalement dans la nouvelle capitale, Cambaluc (Pékin). C'est un genre populaire et citadin qui associe des dialogues en langue orale et des arias chantées en langue savante. Afin de séduire le public, le répertoire ne néglige ni l'amour ni la galanterie, auxquels le reste de la littérature chinoise a peu sacrifié, sauf dans quelques contes de l'époque des Tang. C'est l'un d'eux qui inspire la pièce de Wang Shifu, le Pavillon de l'ouest : réunis par le hasard dans un monastère entouré de brigands, Oriole et son amoureux incarnent le triomphe de l'amour. Après quelques hésitations de la belle, ils se retrouvent au clair de lune, grâce à la complicité de la soubrette. Mais la mère ayant exigé du jeune homme qu'il soit reçu aux examens, il gagne la capitale, où il oublie celle qu'il a séduite et qui lui écrira une poignante lettre d'adieu. Cette pièce, interdite sous les Qing pour incitation à la licence, est la bible des amoureux chinois, qui en fredonnent les arias et en feuillettent les multiples éditions illustrées.
Incarnation de l'esprit de révolte, le malicieux Roi des Singes ne respecte personne, fût-ce l'Empereur de Jade, Bouddha ou Laozi. Ayant acquis des pouvoirs magiques, il provoque le Ciel et affronte seul les armées célestes, mais son indéfectible confiance en lui le fait tomber dans la paume de Bouddha, qui, pour racheter son orgueil, l'invite à accompagner le moine Tripitaka jusqu'aux Indes, à la recherche des Écritures bouddhiques. Ce moine a réellement existé au VIIIe s., mais les 81 aventures qu'il vit avec ses compagnons relèvent de la plus folle imagination. Le Singe doit vaincre des monstres de toute forme, de la plus séduisante jeune fille au plus horrible squelette. Il lui faut aussi se vaincre lui-même, car, épris de liberté, il accepte mal sa sujétion au moine. Au terme de ce parcours initiatique, les pèlerins reçoivent enfin les Saintes Écritures, dont les pages sont vierges.
Comme les autres romans populaires de l'époque Ming, écrits sur des canevas antérieurs, la Pérégrination vers l'ouest continue sa carrière dans tout l'Extrême-Orient à travers la BD et le film.
Née officiellement à la suite du Mouvement du 4 mai 1919, la littérature en langue moderne ne s'impose réellement qu'au début des années 1930. Lu Xun, brillant pamphlétaire, glorifié comme le précurseur de la Révolution, réveille l'orgueil national dans des textes incisifs. Lao She est le seul à trouver un véritable style : Pousse-Pousse (1936), roman plein de tendresse pour le petit peuple de la capitale, traite les pires malheurs avec humour. La poésie se cherche : imitation des poètes russes ou des symbolistes français, retour aux sources paysannes, inspiration révolutionnaire, essais dominés par quelques poèmes d'Ai Qing, comme la Torche.
Après 1949, en République populaire de Chine, les écrivains sont tenus de mettre leur talent au service du nouveau pouvoir, selon les principes édictés par Mao Zedong lors des « Causeries de Yen'an ». Tandis que paraissent les grands romans épiques de la Révolution, les auteurs qui ne se soumettent pas sont durement réprimés, voire physiquement supprimés, notamment pendant la Révolution culturelle (1966-1976), après laquelle de jeunes écrivains constitueront autour de Liu Xingwu la « littérature de la plaie ». Si des revues littéraires voient le jour pendant le « printemps de Pékin » (1989), la répression qui lui fait immédiatement suite les interdit. Quelques romanciers parviennent toutefois à s'exprimer, à travers une critique de la Révolution culturelle (Yang Jiang), la description des fastes de la Chine impériale (Su Tong) ou du malaise entre la jeunesse et le pouvoir.
Cloches et tambours réservés aux palais princiers, flûtes et cithares aux nobles et officiers, jarres de terre pour les paysans, les catégories de l'Antiquité ont perduré et se retrouvent respectivement dans les cérémonies confucéennes, les musiques de banquets de la cour, les ballades aux tambours des places publiques.
Mais on peut retracer d'autres filiations, plus souterraines, telle celle qui relie les carillons de pierre aux métallophones à plaques puis aux jeux de gongs accordés des musiques paraliturgiques.
L'aspect imposant des orchestres rituels ne doit pas masquer l'origine plus ancienne encore des chants, considérés comme l'expression spontanée du génie populaire, au point que le Classique des vers (Shijing) en a conservé ou plagié un grand nombre. Les chants alternés des villages attestent une permanence des formes, des thèmes et des conditions d'exécution, liées principalement aux jeux de printemps entre garçons et filles.
Malgré la richesse des instruments de l'Antiquité, les plus répandus sont ceux qui ont été importés et ont une origine plus récente : le luth pipa, les hautbois suona et guanzi apparaissent, vers le IIIe s., en Asie centrale. La vielle arrive au XIe s. du monde des steppes, tandis que la cithare à cordes frappées yangqin, dérivée du psaltérion occidental, n'atteint la Chine qu'au XVIIIe s. La harpe konghou, venue de Perse au début de notre ère, a depuis longtemps disparu.
L'Antiquité connaissait déjà la coexistence de plusieurs systèmes de hauteurs, attestés dès 433 avant J.-C. : une division de l'octave en douze demi-tons donnant les hauteurs absolues de référence (le tempérament exact sera calculé en 1584 par Zhou Zhaiyu), un système relatif d'intervalles par unisson, seconde majeure, quinte et sixte, complétés par la tierce majeure et le demi-ton. Sous l'influence de la théorie des cinq éléments, ce deuxième système aboutira rapidement au pentatonisme classique : do ré mi sol la. Mais ce système de penser la musique par intervalles ne signifie pas nécessairement que les airs se limiteront à ces cinq notes. C'est pourtant ce que la restauration Ming tentera d'imposer, avec quelque succès, au nom d'un nationalisme mal appliqué. La pratique des musiciens, quant à elle, s'inscrit dans les possibilités de l'instrument et les exigences du style et du répertoire. L'hétérogénéité des accords et des tempéraments participe de l'esthétique propre à l'harmonie chinoise.
La relation orale du maître au disciple, de l'ensemble au novice, demeure prépondérante jusqu'aux années 1950. Toutefois, des notations pour cithare qin apparaissent dès le VIe s., sous une forme littéraire qui sera à partir du XIIe s. condensée en graphismes concis indiquant cordes et doigtés. Au Xe s., le jeu du luth est transcrit sous forme de tablature, vraisemblablement à la demande de scribes bouddhistes venus du Japon. L'ancienne notation en valeurs absolues lülü sert au XIIe s. à noter la voix, tandis qu'émerge la notation gongche, aux multiples variantes locales, encore vivace, quoique remplacée progressivement au XXe s. par la notation chiffrée Chevé, originaire de France. On possède ainsi des partitions permettant de faire résonner des musiques des VIe ou XIIe s., et surtout des traditions ininterrompues depuis au moins l'époque Ming, préservées dans les musiques des temples bouddhiques de Pékin ou du Wutaishan et dans les musiques paraliturgiques de Xi'an ou du Fujian.
Hormis celui de la cithare qin, apanage et emblème des lettrés, les répertoires en solo actuels remontent à l'époque moderne : fin du XVIIIe s. pour les luths, années 1920 pour les vielles, 1950 pour les flûtes.
La musique chinoise ne connaît ni harmonie fonctionnelle ni bourdon (grondement d'un son grave) ; passant d'une note de cadence à une autre, elle s'inscrit mélodiquement autour d'un chant unique simultanément orné et varié à des vitesses différentes par plusieurs instruments aux timbres complémentaires. Principalement paire, la mesure, souvent marquée par la percussion, parvient rarement à encadrer le flux mélodique qui l'anticipe et la déborde.
La pulsation elle-même subit des mutations, souvent du lent au vif. Quant à l'instrumentation, elle reste homogène du début à la fin d'une pièce, ou alors oppose des sous-ensembles nettement différenciés, typiquement les percussions (gongs, cymbales et tambours) et les vents, renforcés éventuellement par les cordes. Amplification de la parole naturelle, jeu sur le langage, lieu de l'expression personnelle, la voix se plaît à la virtuosité de l'articulation. L'importance accordée aux timbres et à leur opposition atteste une permanence de l'oreille chinoise, qui ne se représente pas la musique comme une suite de notes, mais de sons d'intensités, de couleurs, de textures, de densités, de vitesses et d'allures diversifiées.
Les danses, et singulièrement les danses masquées, remontent aux plus anciens rites sexuels et d'exorcisme. On y menait grand bruit, on s'y déguisait, on y portait des masques ou des parures d'animaux, on se livrait à des « joutes de hâbleries », tout particulièrement à l'occasion des fêtes hivernales. Extase et possession accompagnaient ces danses masquées, véritables ancêtres des arts de la scène, au point que le caractère xi, qui désigne l'opéra moderne, s'écrit avec la clé de hallebarde.
La danse exprime moins en Chine une allégresse du corps qu'une prise de possession de l'espace. Longues robes chasubles, manches démesurées, évoquent des formes d'oiseaux ou de serpents plutôt que de mettre en valeur le corps humain. À côté de l'imitation animale, l'aspect martial fournit l'autre inspiration majeure de la danse: boucliers et épées font pendants aux flûtes et aux plumes. Le nombre de danseurs lui-même obéit à un souci de symbolique et de symétrie, les règlements le codifiant en multiples pairs de huit. Le pas de Yu le Grand, boitillant sur la carte de la Grande Ourse, ou le combat à l'épée de bois pour soumettre les esprits figurent encore dans les rituels taoïstes, tandis que la circumambulation, longue marche serpentant dans le temple, caractérise l'influence bouddhique. Toujours l'espace prédomine sur le corps. L'écriture chorégraphique apparaît dès les Tang, et sera développée par Zhou Zhaiyu sous les Ming, autour de 1600.
Une seule époque fait figure d'exception, celle des Tang, quand les corps dénudés des femmes, aux hanches et aux seins marqués, attestent une influence directe de l'Inde.
Le théâtre chinois, art total, mérite pleinement son appellation d'opéra. Son origine remonte sans nul doute au théâtre de poupées, lié au culte des morts.
Marionnettes à fil ou à gaines du Fujian, à tiges du Guangdong, ombres du Shanxi ou du Hebei, ces opéras miniatures ne sont nullement l'apanage du jeune public, ils restent la référence guidant la gestuelle des acteurs, dont le jeu codifié réclame un apprentissage long et ardu. De même que la figurine ne profère bien entendu pas elle-même le texte, la synchronisation de la voix et des gestes de l'acteur passe, comme dans le rituel taoïste, par la médiation du jeu du maître tambour. La typologie des rôles dans l'opéra découle de la fixité des marionnettes et distingue les hommes (sheng), les femmes (dan), les « visages peints » (jing) et les clowns (chou). Certains emplois valorisent le chant, d'autres la mimique, d'autres l'acrobatie.
Parallèlement au théâtre de poupées, l'art du conteur se situe à l'origine de l'opéra. De tradition orale, il s'exerce sur les places publiques. S'accompagnant parfois d'un tambour, d'un luth, d'une vielle, l'artiste itinérant s'apparente au bateleur de tréteaux. Usant dans sa prose de ritournelles, dictons et devinettes, il chante également sur des airs connus des paroles nouvelles, art qui influença la poésie classique elle-même, et dont l'un des sommets demeure les ballades du Nanyin ou Nanguan du Fujian et de Taiwan. Les premiers prédicateurs bouddhistes surent à merveille tirer parti de la popularité de la ballade.
La mythologie et surtout l'histoire-bataille fournissent l'essentiel des sujets, proposant des intrigues complexes de rendez-vous cachés, de pactes secrets, d'alliances renversées. Les histoires d'amours contrariées jouent un rôle de premier plan.
Le « théâtre du Sud » (Nanxi) des Song précède l'opéra des Yuan, qui bénéficie de l'apport des lettrés chinois, chassés par l'occupant mongol de leurs emplois bureaucratiques et réduits au travail de librettistes. On conserve de nombreux livrets, dus à des dramaturges tels Guan Hanqing (1224-1297) ou Ma Zhiyuan (1256-1321).
Le chuanqi de l'époque Ming se serait développé à partir du « théâtre du Sud », transmis par les formes populaires et mis à la mode par un lettré, Gao Ming. Au milieu du XVIe s., le musicien Wei Liangfu et le dramaturge Liang Chenyu créent le kunqu, où le chant est doublé par la flûte traversière. Ce genre hautement raffiné restera la référence stylistique absolue jusqu'à nos jours.
L'opéra de Pékin naît au tournant du XIXe s. dans la capitale, sous la double influence des styles erhuang venu de l'Anhui et xipi du Hubei. L'instrument principal en est la vielle à deux cordes. Son âge d'or se situe dans les années 20, avec les fameux « quatre rôles féminins ». Les tournées de Mei Lanfang à l'étranger et le cinéma contribuèrent à donner l'image d'un théâtre de travestis aux voix haut perchées, un art stylisé à l'extrême, profondément exotique, qui sut séduire Charlie Chaplin comme Bertolt Brecht. Parallèlement subsistent bien sûr de multiples genres locaux, tel le gaoqiang, chanté à voix nue éventuellement reprise par un chœur et entrecoupée d'un jeu très développé des percussions, que l'on retrouve aujourd'hui au Sichuan.
Dans la Shanghai des années 1920 se développe une industrie cinématographique.
On y distingue, à côté des films d'inspiration nationale – les dessins animés des frères Wan, les films d'opéra et surtout les premiers films d'arts martiaux dont le succès est immense, notamment Feu au temple du Lotus rouge (1928), série en dix-huit épisodes –, de nombreuses œuvres influencées par le cinéma hollywoodien : adaptations de films de Lubitsch et du Fantôme de l'Opéra, comédies musicales à la Busby Berkeley et films chinois avec sosies de Laurel et Hardy et de Shirley Temple.
Au début des années 1930, toute une génération de cinéastes de gauche, notamment communistes, investit les studios de Shanghai ; se développe alors, de 1931 à 1937, un véritable âge d'or du cinéma chinois, avec la réalisation d'une collection de comédies sociales d'inspiration réaliste (on a pu parler à leur propos de « néoréalisme » avant la lettre), illustré entre autres par Yuan Muzhi (les Anges du boulevard, 1937) et Shen Xiling (Au carrefour, 1937).
Quand les Japonais envahissent Shanghai en 1938, la plupart des gens de cinéma s'installent à Hongkong.
Une seconde vague d'émigration en direction de la colonie britannique, moins importante, a lieu quand Mao Zedong arrive au pouvoir, en 1949, et que le centre de la production cinématographique est installé à Pékin. Dès lors, le cinéma chinois a deux visages : au Nord, un cinéma sérieux, de propagande, calqué sur le modèle soviétique ; au Sud, à Hongkong, un cinéma populaire qui hérite des genres développés à Shanghai, liés à la Chine féodale et désormais prohibés à Pékin – opéras traditionnels, mélodrames à costumes et, surtout, films d'arts martiaux. Parmi ces derniers, on distingue les films de combat à mains nues (ou kung-fu), propulsés tardivement sur la scène internationale grâce à Bruce Lee, et les films de cape et d'épée, issus de la tradition de l'opéra et du cirque de Pékin, dont le cinéaste King Hu (Touch of Zen, 1972 ; Raining in the Mountain, 1978) est le plus digne représentant.
À partir de 1967, pendant la Révolution culturelle, la Chine populaire cesse de produire des films, à l'exception de ballets révolutionnaires. Mais la mort de Mao, en 1976, et l'arrestation de la « bande des quatre » – dont la veuve du président, Jiang Qing, ex-actrice des studios de Shanghai dans les années 1930 – entraînent la réhabilitation des acteurs, scénaristes et cinéastes interdits, la sortie de films censurés, l'ouverture des frontières aux coproductions et films étrangers, l'apparition de films commerciaux d'espionnage et policiers.
L'industrie retrouve tout son essor dans les années 1980 : le pays compte 25 milliards de spectateurs par an. La levée du carcan idéologique et la décentralisation de la production permettent à une nouvelle génération de cinéastes de s'exprimer, d'aborder les sujets tabous comme les sentiments individuels et la sensualité amoureuse, et de dénoncer les rigidités de la société chinoise traditionnelle et contemporaine. Les chefs de file en sont Chen Kaige (la Grande Parade, 1985 ; le Roi des enfants, 1987) et Zhang Yimou, dont le Sorgho rouge (1988) a connu un grand succès auprès de la jeunesse chinoise, mais qui n'a pu, après les événements de la place Tien An Men en 1989, montrer dans son pays Épouses et concubines (lion d'argent au festival de Venise, en 1991).
Le Shijing, le Yijing, Qu Yuan.
Cao Cao, Sima Qian, Sima Xiangru, Tao Yuanming.
Bo Juyi, Du Fu, Han Yu, Li Bo.
Ba Jin, Ding Ling, Guo Moruo, Hu Shi, Lao She, Lu Xun, Mao Dun.
École des lois, école des noms, école du yin/yang.
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