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Chine

Chine

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Carton de situation

Chine
en chinois Zhongguo
Nom officiel : République populaire de Chine

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à l'Asie.

État d'Asie orientale baigné à l'est par l'océan Pacifique, la Chine est limitée au sud par le Viêt Nam, le Laos, la Birmanie, l'Inde, le Bhoutan et le Népal, à l'ouest par le Pakistan, l'Afghanistan, le Tadjikistan et le Kirghizistan, au nord par le Kazakhstan, la Mongolie et la Russie, à l'est par la Corée du Nord. La Chine se compose de 22 provinces (23 avec Taïwan), 5 régions autonomes, 4 municipalités autonomes et 2 régions administratives spéciales (Hongkong et Macao).  

Superficie : 9 600 000 km2
Nombre d'habitants : 1 353 311 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Chinois
Capitale : Pékin
Langue : chinois
Monnaie : yuan

Chef de l'État : Hu Jintao

Chef du gouvernement : Wen Jiabao

Nature de l'État : république, régime socialiste

Constitution :

 Adoption : 4 décembre 1982

Institutions

Exécutif

Chef de l'État : président de la République

Chef du gouvernement : Premier du Conseil d'État

Législatif

 Congrès national populaire

GÉOGRAPHIE

Géographie physique

La Chine de l'Ouest

La Chine occidentale est occupée dans toute sa partie sud par une énorme masse de très hautes terres, dépassant fréquemment 6 000 m, la haute Asie, dont le rôle climatique est fondamental, car elle prive l'Asie centrale de toute influence méridionale. Ce bloc de hautes terres est également appelé plateau du Tibet. En réalité, il s'agit de chaînes de direction grossièrement O.-E., à peu près parallèles à l'Himalaya. Ce sont, du sud au nord, le Transhimalaya, séparé du Grand Himalaya par la remarquable coupure jalonnée par les vallées de l'Indus et du Brahmapoutre, et les Kunlun ; entre ces deux chaînes, le paysage de plateau est le plus présent, bien que les chaînons courts ne manquent pas ; le trait dominant est cependant la présence de nombreux lacs, aux eaux fortement minéralisées : le « Tibet lacustre ». Ces hautes montagnes sont froides, mais sèches : de ce fait, les glaciers, en dépit de l'altitude, sont relativement peu importants.

   Au nord des Kunlun, le pays devient réellement désertique. De nouvelles chaînes O.-E. isolent entre elles des dépressions. La chaîne des Nanshan est toutefois incurvée vers le nord ; entre les Kunlun et les Nanshan s'étend, vers 3 000 m, le Tsaidam, dépression salée ; les Nanshan, enferment, entre deux branches, à leur extrémité orientale, la cuvette du Koukou Nor ou Qinghai, à plus de 3 000 m et son vaste lac. La grande chaîne du Tianshan elle aussi O.-E., approche 7 500 m. Entre cette dernière et les Nanshan, la cuvette du Tarim, est beaucoup plus basse, de 1 000 à 1 200 m en moyenne ; le climat y est désertique, l'air d'une extrême sécheresse, et les contrastes thermiques très accusés. La cuvette du Tarim est occupée par un désert de sable, le Taklamakan ; la rivière Tarim, que les dunes ont rejetée vers le nord, au pied du Tianshan, va se perdre dans les marécages du Lob Nor. À son extrémité orientale, le Tianshan se divise en deux et enserre la dépression de Tourfan, à une altitude inférieure à celle de la mer ; les températures y sont très contrastées − 5 °C en janvier, 35 °C en juillet). Enfin, entre le Tianshan et l'Altaï (presque entièrement en République populaire de Mongolie), s'étend la cuvette de Dzoungarie, où les pluies sont inférieures à 100 mm.

   Au nord-est des Nanshan, la République populaire de Chine ne possède plus que la partie méridionale de l'immense plateau mongol (la « Mongolie-Intérieure »), très monotone, relevé seulement sur ses franges orientales.

   Le plateau mongol et la cuvette du Tarim correspondent sans doute à des portions de « socles », à de très anciennes terres qui n'ont plus subi de plissement depuis le Précambrien et ont été complètement arasées ; ces terrains sont masqués par des basaltes oligocènes et miocènes puis par les sables du Gobi, en Mongolie, et de très grandes épaisseurs d'alluvions, dans le Tarim. Toutes les montagnes, au contraire, résultent de plissements : l'Altaï et le Tianshan ont été ébauchés au Calédonien, les Nanshan et les Kunlun peut-être à l'époque hercynienne ; mais partout le rôle déterminant a été l'orogenèse himalayenne, notamment ses derniers mouvements plio-pléistocènes, qui ne sont d'ailleurs pas terminés. Tous les massifs montagneux ont été repris dans le mouvement et, au moins, soulevés ; ce soulèvement a été très rapide (de 13 à 14 cm par an pendant les 10 000 ans de l'époque glaciaire), provoquant une érosion très brutale et d'énormes accumulations d'alluvions dans les dépressions de piedmont et d'intermont (plusieurs milliers de mètres). Par ailleurs, les formes de relief sont, en grande part, le résultat d'une érosion en climat aride : désagrégation mécanique des roches, érosion éolienne. Enfin, toute cette immense région est un secteur d'endoréisme dominant

La Chine de l'Est

La Chine orientale correspond approximativement aux « dix-huit provinces traditionnelles » et à l'ancienne Manchourie. Dans cette Chine, les principaux traits du relief sont orientés N.-E.-S.-O., mais une chaîne de direction grossièrement O.-E., comme celles de l'Asie centrale, la chaîne des Qinling prolongée par les plus modestes Huaiyangshan, marque la séparation entre une Chine septentrionale, aux reliefs amples et calmes, Chine du Nord-Est et Chine du Nord, et une Chine méridionale (appelée aussi Chine du Sud-Est), au relief généralement peu élevé, mais tourmenté. Ainsi qu'il apparaîtra, la distinction est également valable sur le plan climatique.

Le Nord-Est

La Chine du Nord-Est comprend un cadre de hauteurs à l'ouest, au nord et à l'est, et une région déprimée au centre. À l'ouest, le Grand Khingan (1 200 km du nord-est au sud-ouest) est le rebord du plateau mongol. C'est une moyenne montagne de 1 200 m d'altitude environ, aux sommets plats, en pente douce vers l'ouest, mais en pente abrupte vers l'est ; ce massif de terrains cristallins et volcaniques, granites et basaltes au nord, liparites et trachytes au sud, est pénéplané, basculé vers l'ouest et cassé par une grande faille à l'est. Au nord, le Petit Khingan est une montagne basse (600-800 m), également cristalline. À l'est, les « Longues Montagnes Blanches » les Changbaishan, sont parallèles au Grand Khingan, mais beaucoup plus vigoureuses, avec des crêtes et des bassins longitudinaux et des cônes volcaniques récents ; elles correspondent à un bloc soulevé de terrains cristallins, affecté par des coulées de lave quaternaire qui ont parfois bloqué les vallées. Elles se prolongent par la presqu'île de Liaodong, qui est également un horst cristallin mais plus bas.

   Au centre, la plaine mandchoue est drainée vers le nord par la Soungari, vers le sud par le Liaohe ; au nord, la plaine de la Soungari se tient vers 120-200 m, au sud, la plaine du Liaohe est beaucoup plus basse, tandis que la partie centrale est plus élevée (200-270 m) et de topographie mouvementée ; la plaine mandchoue occupe en effet une zone effondrée entre des failles, mais fort inégalement, et sa partie centrale serait même actuellement en voie de soulèvement.

Le Nord

Dans le prolongement du Grand Khingan, la partie ouest forme un gradin élevé. Les monts du Hebei dominent la plaine de Pékin par un escarpement (qui est une grande flexure), puis les monts du Shaanxi, les Wutaishan et surtout les Taihangshan sont un bloc calcaire qui est limité par un escarpement rectiligne de 2 000 m de dénivellation au dessus de la Grande Plaine. Les plateaux du Shaanxi et du Shanxi coupés de bassins profonds qui sont des fossés tectoniques (vallée du Fenhe, vallée de la Wei), sont traversés par la grande boucle du Huang He, elle aussi dirigée par des failles, et sont presque complètement recouverts par le loess. Celui-ci enveloppe la région des plateaux, jusque vers 2 000 m d'altitude, d'un manteau d'une épaisseur considérable (jusqu'à 200 m parfois) et est l'élément dominant de la topographie de détail. C'est en effet un terrain tendre, facilement érodé par le vent et surtout par les eaux. Il est poreux et se délite verticalement : les vallées s'y enfoncent entre des murs verticaux où les hommes ont creusé des habitations troglodytes, leurs champs se trouvant ainsi au-dessus de leurs demeures. Mais les plateaux (yuan) cèdent rapidement la place à des crêtes (ling) ou à des collines séparées par des ravins, et le paysage est extrêmement disséqué. De même, dans le prolongement de la presqu'île de Liaodong, à l'est, la presqu'île du Shandong forme un gradin élevé : c'est un bloc soulevé entre des failles N.-E.-S.-O., mais cassé en deux par des failles perpendiculaires, la partie occidentale portant le mont sacré Taishan.

   Entre le gradin occidental et le gradin oriental, la Grande Plaine s'étend sur 330 000 km2 : elle occupe un fossé tectonique dessiné sans doute au Pliocène et remblayé par les alluvions loessiques du Huang He, qui atteignent d'énormes épaisseurs (de 800 à 1 000 m). La Grande Plaine et la plaine du Nord-Est se terminent sur la mer par des côtes basses et marécageuses. Les alluvions fluviales ne progressent guère sur la mer en raison d'une subsidence générale, mais s'accumulent sur de très grandes profondeurs. La presqu'île de Liaodong et le sud de la presqu'île du Shandong ont des côtes rocheuses et découpées avec de belles rades (Lüda et Qingdao).

La Chine méridionale

Le relief de la Chine méridionale, au sud des Qinling, est plus confus. On retrouve la disposition générale de la Chine septentrionale, une zone déprimée centrale entre deux gradins plus élevés, à l'ouest et à l'est. Toutefois, la zone déprimée n'est pas ici une plaine ; c'est une vaste région peu élevée (moins de 400 m en général), mais accidentée de basses montagnes à raides versants convexes. Deux vallées importantes sont orientées ici encore N.-E.–S.-O., celle du Xiang dans le prolongement du lac Dongting et celle du Gan dans le prolongement du lac Poyang. Par ailleurs, une chaîne O.-E., celle des Nanling coupe en deux la région déprimée; elle est franchie assez aisément aux cols de Zheling face à la vallée du Xiang, et de Meiling, face à la vallée du Gan. Le gradin occidental comprend les très hautes montagnes du Sichuan (plus de 7 000 m) et du Yunnan occidental, dont les crêtes prolongent celles des montagnes tibétaines, mais avec une orientation méridienne cette fois. En contrebas des premières, le Bassin rouge est une zone de collines déblayées dans une épaisse série de grès rouges tendres. En contrebas des secondes, le Yunnan oriental, le Guizhou et le Guangxi constituent la plus grande et la plus riche zone de reliefs calcaires du monde, avec, en particulier, les extraordinaires « forêts de pierre », les karsts à pitons de Guilin. Le gradin oriental comprend deux chaînes parallèles O.-E. elles aussi : Wuyishan et Daiyunshan ; l'ensemble est un immense batholite granitique, recouvert par endroits de nappes de rhyolites. Le relief montagneux de la Chine méridionale donne sur la mer une côte admirable. Au sud de la grande baie d'Hangzhou où la marée a une très forte ampleur (8 m), la côte est découpée en une multitude de petits estuaires et frangée par plus de 3 000 îlots. La côte étant en voie de subsidence, c'est une côte à rias, très favorable à la vie maritime, en dépit d'une certaine régularisation.

Les reliefs

La différence de relief s'explique en grande partie par une différence de structure. La Chine septentrionale est un bouclier (« Sinian Shield »), un socle de terrains cristallins : la région a été plissée pour la dernière fois avant le Cambrien ; les plis ont été usés jusqu'à la racine, et les terrains cristallins sont, en partie, recouverts par une épaisse couverture sédimentaire de couches primaires et secondaires, dont des calcaires et des terrains houillers. L'ensemble est consolidé ; les plissements primaires ne l'ont guère affecté, et les plissements typiquement chinois du Crétacé n'ont guère provoqué que des ondulations. Les plissements himalayens l'ont, par contre, cassé par des failles ; les grandes lignes de relief S.-O.-N.-E. sont des escarpements de faille, et le relief présente des blocs soulevés et des blocs affaissés. Les failles sont très récentes ; elles joueraient encore, continuant à soulever les horsts et à affaisser les fossés. Les tremblements de terre sont fréquents à l'ouest : celui du Gansu en 1920, fit 850 000 victimes, celui du Sichuan en mai 2008, environ 88 000. Une faille majeure explique également l'escarpement des Qinling au-dessus de la Wei et du Huanghe.

   La Chine méridionale comporte sur le bouclier précambrien des séries sédimentaires semblables à celles du Nord, mais beaucoup plus épaisses et, de ce fait, beaucoup plus souples. Ces séries ont été plissées à plusieurs reprises, au Crétacé pour la dernière fois (« orogenèse sinienne »). Les plissements, assez lourds, ont été accompagnés de montées de granites et d'éruptions de rhyolites. Ces plis ont été érodés et enfouis en partie sous leurs propres débris, qui ont constitué une couverture discordante de grès rouges restée à peu près horizontale. L'ensemble est massif et consolidé, mais les plis crétacés jouent encore un rôle important dans le relief, donnant des crêtes S.-O.-N.-E. Les granites sont souvent en creux, et les rhyolites donnent des sommets. Les traits essentiels du relief sont dus à des failles tertiaires.

Le climat

Alors que la Chine occidentale est aride, (si l'on excepte l'extrême sud de l'Himalaya), la Chine orientale reçoit d'abondantes pluies d'été. Ces pluies sont d'importance variable, et elles diminuent considérablement au nord-ouest, dans la région des plateaux de loess, où apparaît déjà l'aridité de la Chine occidentale : Xi'an ne reçoit que 414 mm de pluies mais Lanzhou en reçoit 800 mm. En effet, la « saison des pluies », générale sur toute la Chine orientale, est de durée inégale : plus de six mois à Canton, quatre mois à Shanghai, mais seulement deux mois à Pékin et trois mois à Changchun dans le Nord-Est. De ce fait, la quantité totale des pluies diminue également du sud vers le nord : à cet égard, les Qinling et les Huaiyangshan sont une limite importante séparant une Chine méridionale humide d'une Chine septentrionale plus sèche. Cependant, le fait capital n'en demeure pas moins qu'en juillet et en août il pleut abondamment sur toute la Chine orientale : juillet reçoit 270 mm de pluies à Canton, 121 mm à Shanghai, 228 mm à Pékin et 167 mm à Changchun. Ces mois d'été uniformément pluvieux sont aussi des mois chauds : juillet accuse 28,4 °C à Canton, 27 °C à Shanghai, 26,3 °C à Pékin et 23,6 °C encore à Changchun (par 43° de latitude nord). Il y a ainsi une remarquable unité des mois d'été sur toute la Chine, sur près de 25 degrés de latitude.

   Par contre, les hivers (et les saisons intermédiaires) sont très différents. D'abord au point de vue thermique : Haikou, dans l'île de Hainan, n'a pas de mois dont la température moyenne soit inférieure à 15 °C ; la moyenne de janvier est de 13,8 °C à Canton, de 2,7 °C à Shanghai, mais de 8,2 °C à Chongqing ; en revanche, elle descend à − 4,4 °C à Pékin, à − 16,9 °C à Changchun, à − 25 °C sur l'Amour, avec des minimums absolus de − 43 °C. En Chine du Nord, la maison doit être chauffée : le kang est une sorte de bat-flanc chauffé par en dessous, sur lequel on s'assied et on se couche. La limite la plus nette est celle des Nanling et des Wuyishan, au sud et à l'est desquels l'hiver est doux, et aussi les Qinling, au sud desquels le Sichuan a un hiver clément. La saison végétative est de douze mois au sud des Nanling, de onze mois au Sichuan, de neuf mois dans la vallée du Yangzi, de cinq mois à Harbin, dans le Nord-Est. Il est à remarquer, cependant, que l'hiver est presque partout froid ou très froid et que Canton est, à sa latitude (celle du tropique), l'un des endroits du monde où l'hiver est le plus rigoureux. D'autre part, l'hiver n'est pas vraiment sec en Chine méridionale : Canton reçoit 43 mm de pluies en janvier et Shanghai nettement plus encore (58 mm). Au contraire, au nord des Qinling, l'hiver est très sec : Pékin reçoit seulement 3 mm de précipitations (sous forme de neige) en janvier, et Changchun 7 mm.

   Les climats de la Chine orientale sont donc divers. Au sud des Nanling et à l'est des Wuyishan, on peut parler d'un climat « pénétropical », un climat vraiment tropical n'existant qu'à Hainan (janvier a une moyenne de 18,1 °C à Haikou), dans la presqu'île de Leizhouet dans le sud du Yunnan. À Canton, l'hiver est frais : janvier et février ont une moyenne inférieure à 15 °C. Par ailleurs, si l'été est bien la grande saison des pluies (de mai à septembre), il pleut également de la mi-février à la mi-avril : c'est la période du « crachin », de très nombreuses heures de pluies fines, d'humidité atmosphérique maximale ; puis, dès la mi-avril, vient une période d'orages. L'année compte ainsi 143 jours de pluie : il n'y a guère comme période sèche que celle qui s'étend de la mi-septembre à la mi-février, encore que le beau temps n'empêche pas le passage de typhons en septembre et en octobre, et que novembre même ne soit pas absolument sec.

   Entre les Nanling et les Qinling règne le climat le plus original, un climat « tempéré » à hiver froid et perturbé, à été tropical. Shanghai (à la latitude de Port-Saïd), voit se succéder en hiver des jours très froids et secs et des jours tièdes et humides avec alternance de vents du nord-ouest et de vents du sud-ouest : les sautes de températures sont extrêmement fortes, et l'hiver n'est pas réellement sec, pas plus que les saisons intermédiaires. Par ailleurs, s'il pleut de mai à octobre, avec passage d'assez nombreux typhons, la vraie période pluvieuse s'étend du 10 juin au 10 juillet : c'est le Huangmei, la « saison des prunes ». À l'abri de ses montagnes bordières et notamment des Qinling, le Bassin rouge du Sichuan a un hiver doux (8,2 °C à Chongqing en janvier), d'une part, et des pluies annuelles peu abondantes, d'autre part (942 mm à Chengdu), en dépit d'une très forte nébulosité ; l'hiver est sec, et, en été, les pluies sont moins abondantes qu'ailleurs en Chine méridionale (moins de 100 mm de pluies à Chongqing en août).

   Au nord des Qinling, la Chine septentrionale présente des climats nettement plus secs, où, en plaine, les pluies sont toujours très inférieures à 1 000 mm. Par ailleurs, ce sont des climats « continentaux » à très forts contrastes thermiques. Pékin, à la latitude de Lisbonne, a un hiver très froid et très sec, à journées lumineuses sur faible couche de neige ; l'été est court, mais tropical ; les pluies (500 mm en cinq mois sur un total de 590 mm) sont très irrégulières. Les tendances arides s'accentuent vers le nord-ouest. Le Nord-Est connaît un hiver très long et très froid, un été très court, mais chaud et généralement bien arrosé : il reçoit plus de pluies que le Nord.

   L'été tropical qui règne sur toute la Chine orientale est dû à la mousson. Celle-ci n'est autre que l'alizé austral attiré par les basses pressions d'origine thermique qui règnent sur l'Asie centrale. La mousson apporte ainsi jusque sur l'Amour des masses d'air équatoriales chaudes et humides. Les pluies au sud des Nanling sont dues essentiellement à des mécanismes tropicaux, notamment à la thermoconvection, ou encore aux typhons. Par contre, plus au nord, le rôle des dépressions cycloniques « tempérées » est très important : celles-ci fourniraient 35 % des précipitations à Nankin et provoquent en juillet et en août des pluies normalement plus importantes sur Pékin que sur Shanghai. La « pluie des prunes », période de la plus forte pluviosité dans les plaines du Yangzijiang, est sans doute due au passage particulièrement fréquent de dépressions cycloniques le long de cette voie (dépressions qui, en juillet, passent plus au nord, sur Pékin), en relation avec la présence, en altitude et plus au nord, du jet-stream, et cela dans la masse d'air de la mousson.

   La mousson est un vent du secteur sud. Mais, en hiver, la Chine est sous la domination d'un vent du secteur nord, la « mousson d'hiver ». Celle-ci est la conséquence des très hautes pressions dues au froid qui règne sur la Sibérie orientale. La mousson issue de cet anticyclone d'air polaire est un vent anticyclonique jusque vers 40° N.N. et amène des temps calmes sur la Chine septentrionale. Plus au sud, elle peut prendre une courbure cyclonique et provoquer une cyclogenèse (à cette époque, le jet-stream circule vers 25° N. et crée sur sa gauche une zone de basse pression où s'installe le « front polaire ») ; les dépressions entraînent l'alternance de vents très froids et très secs et de vents tièdes et humides. Enfin, les coulées extrêmes de la mousson atteignent en février et en mars la Chine au sud des Nanling, provoquant les pluies cycloniques du crachin.

   La chaîne des Qinling, limite morphologique et climatique, est aussi une limite biogéographique. Au sud régnait avant l'action des hommes une forêt pénétropicale, où s'interpénétraient espèces tropicales et espèces tempérées : camphriers, lauriers, schema, élæocarpus, castanopsis, eurya pour les premières, chênes verts et conifères pour les secondes. De là l'exceptionnelle richesse floristique de cette forêt, où l'on a compté 2 000 espèces différentes. Parfois encore très denses (par exemple, au Fujian), ces forêts ont été le plus souvent détruites par l'homme. Un gros effort de reboisement est aujourd'hui en cours. Au nord des Qinling, la forêt était de type tempéré ; elle a aujourd'hui en grande partie disparu. Des forêts « boréales » à mélèzes et à bouleaux couvrent dans le Nord-Est les Changbaishan.

L'hydrographie

Les régions massives et fermées de l'intérieur ont un régime hydrographique à part. À l'exception des rivières du Tibet oriental, qui deviendront le Brahmapoutre, l'Irrawaddy, la Salouen, le Mékong, le Yangzi Jiang et le Huang He, tout l'Ouest est marqué par l'endoréisme, les cours d'eau se perdant dans les sables des déserts, dans des nappes semi-marécageuses (Lob Nor) ou dans des lacs de montagne. À l'est et au sud, le drainage devient exoréique, et de grands fleuves (Soungari, Huang He, Huai, Yangzi Jiang, Xi Jiang) ainsi que d'innombrables fleuves côtiers écoulent vers l'est et le sud la totalité des précipitations. Les lacs sont parfois importants, mais des chenaux régulateurs les relient aux fleuves, de sorte qu'ils absorbent les eaux en périodes de crues et les restituent à la saison sèche ; tel est notamment le rôle des lacs Dongting et Poyang pour le système fluvial du Yangzi Jiang.

La population chinoise

Rappel historique

Le peuplement du pays s'est opéré à partir de 2000-1500 avant l'ère chrétienne. Il fut mené selon la tradition chinoise par les Han à l'issue d'une lente conquête. Cette ethnie, établie à l'origine sur les riches terres limoneuses (lœss) du bassin moyen du Huang He (fleuve Jaune) et de la Wei, pratiquait la culture du millet. La marche vers le sud des Han se serait effectuée au fur et à mesure qu'ils apprenaient à maîtriser les techniques de la riziculture et elle se serait traduite par le refoulement loin des plaines irrigables des populations indigènes.

   Cette tradition est en partie corroborée par les données archéologiques. En effet, certains foyers de Chine centrale (cultures de Yangshao et de Longshan), parmi les nombreuses cultures néolithiques qui parsemaient la Chine, ont profité de la fertilité des terres dans leur zone d'implantation, pour s'épanouir et s'étendre vers l'est et vers le sud, rencontrant et absorbant de ce fait des cultures locales moins développées techniquement et en terme de peuplement. Il résulte de ces caractères originels du peuplement chinois une longue tradition d'opposition entre Chine du Nord et Chine du Sud, entre ethnie Han et minorités.

Le milieu

La civilisation chinoise est née dans la grande plaine limoneuse construite par le fleuve jaune. C'est la fécondité du lœss qui a, très tôt, attiré les agriculteurs chinois vers les plateaux occidentaux.

   Mais, de ce côté, l'assèchement progressif du climat impose une limite à la colonisation paysanne. À l'ouest des terres cultivées, montagnes et bassins sont le domaine des nomades, dont les incessants va-et-vient font peser sur les sédentaires une menace souvent renouvelée.

   Vers le sud en revanche, de bonnes terres s'offrent à la culture ; si le relief devient plus morcelé, plus accidenté, le climat est plus chaud et plus humide. À l'est des monts Qinling, les plaines s'étendent continûment jusqu'au delta du Yangzi, puis d'amples vallées donnent accès au bassin subtropical du Xi Jiang. Les populations au sud du Yangzi furent submergées par la colonisation paysanne venue du nord ; elles en adoptèrent leur genre de vie et furent assimilées peu à peu. Une civilisation chinoise a peu a peu émergé grâce à un syncrétisme culturel dont la dominante venait du centre-nord. Ainsi l'espace chinois s'est formé progressivement d'est en ouest et, surtout, du nord au sud, par une gigantesque œuvre de colonisation.

   L'extrême diversité des conditions naturelles, et même des origines ethniques, a favorisé sans doute la persistance de régionalismes vigoureux, mais l'unité s'est imposée, fondée sur une certaine organisation sociale liée à un genre de vie agricole.

   Limitée au sud-ouest par de hautes montagnes forestières, au nord-ouest par des steppes et des déserts, la Chine, peu tournée vers l'extérieur, a évolué par elle-même. Cet isolement n'a sans doute été que relatif : les steppes de l'Asie centrale ont servi autant de lien que d'obstacle, et les montagnes himalayennes n'ont pas empêché des contacts avec l'Inde ; il a été tout de même suffisant pour imprimer à la civilisation chinoise une originalité. Cette personnalité même a contribué à faire de la Chine « l'éducatrice » de l'Asie orientale.

Le « miracle chinois »

Vers le XIIe s. de l'ère chrétienne, une première révolution agricole eut lieu grâce à l'adoption d'un riz à maturation précoce venu de l'actuelle Cochinchine. La phase de germination passant de 180 à 60 jours, deux récoltes annuelles furent désormais possibles. Une seconde révolution agricole se déroula à partir du XVIe s., avec l'introduction, depuis les Philippines (alors espagnoles), de plantes américaines (patates douces, pommes de terre, arachides, maïs) : on put, dès lors, mettre en valeur les terres sèches ainsi que les régions de collines, et étendre ainsi la superficie cultivée. Il résulta de cette double révolution une remarquable croissance de la population chinoise, qui connut une accélération particulièrement impressionnante au cours du XXe s. (150 millions d'habitants vers 1700, 375 millions vers 1900, 585 millions en 1953, 1,29 milliard en 2001).

La « terre de la famine »

Mais cette richesse démographique se révéla bientôt un handicap. La Chine devint la « terre de la famine » dès la seconde moitié du XIXe s., son terroir étant en effet insuffisant pour satisfaire les besoins alimentaires d'une population aussi nombreuse. On estime la superficie de ce terroir, aujourd'hui, entre 120 et 130 millions d'hectares cultivables (dont près de 110 millions seraient plantés en grains, avec une double récolte annuelle). Mais l'urbanisation, mal contrôlée, rogne, depuis les deux dernières décennies du XXe s., près de 300 000 hectares par an. Le pays, en outre, n'a pas connu la révolution agricole des temps modernes (fin XIXe-début XXe s.), si bien que les 120 millions d'exploitations agricoles familiales cultivaient leur parcelle, dans les années 1950, comme on le faisait en Europe de l'Ouest au XVIIIe s.

L'unité chinoise

Les Han constituent plus de 90 % de la population totale, le reliquat comprenant les diverses minorités nationales. Le risque d'éclatement ethnique est donc quasi nul. D'autant plus que la civilisation chinoise est forte : elle apporte avec elle, partout où des Chinois sont établis, un ordre moral fondé sur la famille, un esprit pratique soucieux de la collectivité, une recherche d'harmonie avec l'environnement, qui forment ce qu'il est convenu d'appeler le « confucianisme ». Cependant, si la Chine forme un État-nation, à la différence de l'ancienne U.R.S.S., elle connaît de sérieux problèmes avec certaines de ses minorités.

Les minorités nationales

Les populations non han, appelées « minorités nationales », comptaient, selon le recensement officiel de 1990, 91,3 millions d'individus de 56 nationalités différentes (certaines forment des « microcommunautés », à l'image des 1 066 Lhoba). La plupart vivent dans les cinq « régions autonomes » périphériques, instaurées entre 1947 (Mongolie-Intérieure) et 1965 (Tibet). Ainsi les Zhuang vivent principalement au Guangxi, les Ouïgours au Xinjiang, les Hui au Ningxia, les Mongols en Mongolie-Intérieure, tandis qu'une partie seulement des Tibétains résident au Tibet. Si elles ne représentent que 8 % de la population totale, ces « minorités nationales » occupent, en revanche, 60 % de la superficie du pays, presque toujours à sa périphérie, ce qui fait que leur poids géopolitique dépasse de beaucoup leur importance numérique. On y distingue cinq groupes essentiels :

   – Le groupe altaïque qui comprenait, selon le recensement officiel de 1990, 7 200 000 Ouïgours et 1 100 000 Kazakhs, populations turques du Xinjiang, ainsi que 9 800 000 Mandchous, totalement sinisés, 4 800 000 Mongols et 1 920 000 Coréens peuplant, pour une part, la Chine du Nord-Est.

   – Les 8 600 000 Hui, qui vivent au Gansu, au Yunnan et, surtout, dans leur région autonome du Ningxia, sont des musulmans presque totalement sinisés et métissés, distincts en cela des musulmans d'origine turque, dont la conscience identitaire est beaucoup plus affirmée.

   – Les Sino-Thaïs comprenaient, en 1990, 15 550 000 Zhuang du Guangxi (et, dans une moindre mesure, du Guangdong et du Guizhou), 2 550 000 Buyi et 2 510 000 Dong, présents surtout au Guizhou, 1 100 000 Li de l'île de Hainan et 1 020 000 Dai du Yunnan.

   – Les Tibéto-Birmans comptaient, à la même date, 6 580 000 Yi du Yunnan et 4 590 000 Tibétains, dont une petite moitié seulement vit dans la région autonome du Tibet (le reste habitant le Qinghai et le Sichuan). Font également partie de ce groupe les 1 590 000 Bai, les 1 250 000 Hani et les 570 000 Lisu présents au Yunnan.

   – Le groupe des Miaos-Yaos, dispersé dans le Sud-Ouest, comprenait, pour sa part, 7 380 000 Miaos, 5 720 000 Tujia et 2 130 000 Yaos.

   La politique du parti communiste chinois (P.C.C.) à l'égard de ces minorités s'inscrit dans l'abandon du projet initial, qui consistait à faire de la Chine un État fédéral plurinational (avec droit à la séparation reconnue, sur le modèle théorique soviétique), pour mettre en place, dès la Constitution de 1954, un « État pluriethnique unifié » au sein duquel la majorité han, considérée comme plus « avancée », se doit d'aider les minorités sur la voie du progrès, et où l'on ne reconnaît pas aux minorités le droit à la séparation.

   Ces peuples connaissent des destins divers. Certains, notamment au Yunnan, vivent à l'écart de tout et en sont encore au stade du néolithique. D'autres sont totalement sinisés ou en passe de l'être. Les Han représentent désormais 80 % de la population en Mongolie chinoise et sans doute plus de 50 % au Xinjiang, du fait de la poussée de leur peuplement. Au Tibet, celui-ci demeure faible dans la région autonome, où l'on compte 80 000 Han auxquels il faut adjoindre les 300 000 soldats des garnisons chinoises, soit au total 12 % de la population. Mais si l'on prend en considération l'ancien Tibet historique, plus vaste dans la mesure où il englobe le Qinghai et la partie occidentale du Sichuan, les Han y représentent près de 27 % des habitants. Si bien que certains craignent que le Xinjiang actuel, voire même le Tibet, ne soit la Mongolie-Intérieure de demain.

   En fait, deux nationalités constituent un réel problème pour les autorités chinoises : les Ouïgours du Xinjiang et les Tibétains de la région autonome du Tibet. Les troubles (émeutes, attentats, résistance des minorités à la sinisation…) sont récurrents dans ces régions reculées où la population refuse la pesante domination chinoise.

Une transition démographique spécifique

La pyramide des âges de la population chinoise permet de situer la Chine dans ce schéma général de la transition démographique.

   En 1953, elle montre un tracé classique de pays jeune qui ne pratique pas le contrôle des naissances : base large, sommet effilé, flancs lisses avec, cependant, la marque de la guerre civile et de la guerre sino-japonaise.

   En 1982, on constate un changement majeur : la pyramide des âges laisse désormais apparaître un rétrécissement basal à partir des années 1970-1980, qui traduit l'abandon de la politique nataliste suivie par Mao Zedong (« un homme, c'est une bouche, mais aussi deux bras… ») et l'instauration, en 1970, d'un strict contrôle des naissances, aggravé sous Deng Xiaoping, à partir de 1978, par la limitation autoritaire de la fécondité à un enfant par couple. La Chine est alors arrivée au terme de la première phase de sa transition démographique. Le taux d'accroissement naturel de la population diminue : il est aujourd'hui de 0,7 % par an. La profonde échancrure des années 1959-1961 s'explique par la terrible famine du « Grand Bond en avant ».

   La pyramide des âges en 1990 montre le début de l'entrée de la Chine dans la seconde phase de la transition démographique : le haut de la pyramide commence à gonfler et le bas à se rétrécir davantage. Cette évolution est cependant retardée par les conséquences du baby-boom (1962-1972) des « années Mao » dont les nombreuses générations sont arrivées en âge de procréer dans les années 1980. Le taux de croissance demeure de ce fait anormalement élevé : il y a, chaque année, de 13 à 15 millions de Chinois supplémentaires. Cette situation ne s'inversera probablement que vers 2040. On ne sera pas loin, alors, d'une population forte de 1,6 milliard de Chinois. D'autre part, les effets du contrôle des naissances, très strict depuis 1978, gonflent le pourcentage de la population adulte, tandis que la part des plus de 65 ans avoisine 6,8 % de la population totale, et que celle des moins de 15 ans est en baisse, aux alentours de 25 %. La pression sur le marché de l'emploi va donc empirer, d'autant plus que la mise en place brutale de la politique de l'enfant unique a multiplié les naissances illégitimes : le nombre des « enfants noirs » sans statut, exploitables à merci, aurait été de 8 à 9 millions par an durant les années les plus coercitives (1979-1982) ! La politique de contrôle des naissances a donc évité un désastre, mais n'a pas résolu le problème démographique.

La répartition de la population

La densité moyenne est encore inférieure à 120 habitants au km2, mais ce chiffre n'est pas significatif : 90 % des habitants se regroupent sur le sixième du territoire (les plaines et bassins de la Chine orientale). L'occupation du territoire oppose, en effet, une Chine surpeuplée (entre 300 et 1 000 hab./km2), à l'est et au sud-est, à un « désert chinois » (moins de 10 hab./km2), au nord et à l'ouest. Il s'agit d'un trait ancien de l'histoire du peuplement de la Chine.

   Un autre trait majeur, plus récent celui-là, est l'urbanisation croissante de la Chine. Il n'y avait, en effet, que 10 % de citadins en 1953. Après une poussée à 15 % liée à l'industrialisation du pays, ce taux est resté bloqué entre 1965 et 1976, pendant les années Mao. La population urbaine (aujourd'hui autour de 30 % de la population totale, ce qui représente plus de 300 millions de citadins) connaît une croissance importante même s'il est difficile de la quantifier précisément. Les Chinois incluent en effet dans le compte de leur population urbaine de très vastes régions rurales. Le pays compte plus de 50 villes « millionnaires » dont 3 administrent, chacune, plus de 10 millions d'habitants (Shanghai, Pékin, Tianjin).

   Cependant, 2 Chinois sur 3 sont encore des ruraux, ce qui est élevé dans le monde actuel pour un pays en pleine industrialisation et qui s'explique par le développement d'une structure intermédiaire, le bourg (zhen), où l'on vit d'activités rurales non agricoles.

Les activités

Mao Zedong et Deng Xiaoping : deux logiques économiques pour un même but

Les dirigeants communistes ont transmis une volonté commune de faire de la Chine un pays « puissant et prospère », afin d'effacer un siècle d'humiliation nationale et de rattraper le retard technologique et scientifique accumulé par le pays.

La logique économique de Mao

Celle-ci a dominé les années 1952-1977. Il s'agissait de mettre en place un système inspiré de l'U.R.S.S., soit un parti unique, confondu avec l'État, instaurant une dictature unificatrice et diffusant une idéologie mobilisatrice, et une planification d'État, jalonnée de plans quinquennaux, qui reposait sur le transfert massif des richesses produites par les paysans vers la ville où s'édifierait un puissant secteur industriel fondé sur les industries lourdes. La collectivisation de la campagne était un préalable nécessaire et fut réalisée en 1955. Les premières difficultés (campagne des « Cent Fleurs » en 1957) furent surmontées en avançant toujours plus loin dans la voie du socialisme. De cet excès allait naître une voie chinoise originale. Ce fut le « Grand Bond en avant », les communes populaires et la terrible famine des trois « années noires » (1959-1962). Jusqu'à sa mort, Mao essaya sans cesse, malgré les échecs, de revenir à cette ligne utopique fondamentale : ce fut la cause profonde de la « Révolution culturelle » (1966-1976).

   La carte industrielle de la Chine témoigne alors de cette volonté. Mao a utilisé de façon parasitaire l'héritage industriel antérieur en investissant peu et en utilisant au-delà du raisonnable les équipements antérieurs développés par les divers impérialismes dans les régions côtières (Chine côtière du Nord-Est et région du bas Yangzi Jiang) ; parallèlement, il a créé une « troisième ligne industrielle » loin à l'intérieur des terres (Sichuan, Chine du Nord-Ouest, Xi'an, Baotou) pour des raisons à la fois stratégiques (dissémination des centres économiques en cas d'invasion) et géographiques (proximité des gisements de charbon et de fer).

   Cette politique s'accompagne, d'autre part, d'un contrôle autoritaire sur la population. La paysannerie est assignée à résidence dans les quelque 600 000 villages du pays par l'instauration d'un recensement (hukou) interdisant l'exode rural. La population urbaine est encadrée par les unités de production (danwei) qui lui fournissent emplois, rations, logements, aide médicale, pensions de retraite, etc. Ce monde figé se sclérose : la croissance de la production suit avec peine la croissance de la population, la révolution verte ne faisant sentir ses effets que vers 1970. La Chine, repliée sur elle même, se ferme au monde.

La logique économique de Deng Xiaoping

Désireux d'ouvrir la Chine aux influences et aux capitaux étrangers, Deng Xiaoping développa une politique économique sensiblement différente, tout en gardant le même objectif et en refusant toute remise en question du système politique. L'une de ses premières mesures fut d'instaurer dans le Sud quatre zones économiques spéciales (Z.E.S.), ou zones franches (Zhuhai, Shenzhen, Shantou et Xiamen), dans l'objectif d'attirer des capitaux étrangers et de former des ouvriers et des gestionnaires chinois aux techniques modernes. Il décollectivisa les campagnes entre 1978 et 1985 et essaya d'introduire la logique du marché dans la gestion de l'industrie et la politique des prix dès 1984.

   Un nouvel espace industriel se dessine alors : il est essentiellement côtier, avec une relance spectaculaire de Shanghai, où une nouvelle ville est créée à Pudong, axée sur le tertiaire et les technologies de pointe. La région de la « rivière des Perles » (delta du Xi Jiang), dominée par Canton et Hongkong, connaît une expansion prodigieuse, avec un taux de croissance oscillant entre 20 et 30 % par an. Dans les campagnes ou les usines, on lie désormais le salaire au travail effectué. Alors que, à l'époque de Mao, l'enrichissement personnel, assimilé au capitalisme, était condamnable (et condamné…), il devient au contraire, sous Deng, un devoir ou, du moins, l'exemple à suivre.

   Mais cette nouvelle politique économique, si elle a résolu diverses contradictions générées par la logique maoïste antérieure, en a fait surgir de nouvelles. Le bilan économique de la Chine actuelle est certes positif mais les blocages et les menaces s'accumulent. De nouvelles sociétés rurale et urbaine se mettent en place, dont les dynamiques profondes peuvent influer sur le proche avenir de l'économie chinoise. Dans ce domaine comme dans d'autres, la Chine apparaît comme une grande puissance faible.

Une croissance accélérée

Depuis 1985, le taux de croissance du produit intérieur brut chinois est l'un des plus élevés du monde (11 % en moyenne) : 13,5 % en 1985, 11,3 % en 1988, 14,2 % en 1992, 7,8 % en 1998, 10 % en 2006. Son produit national brut (P.N.B.) place la Chine, en 2007, au 4e rang mondial derrière les États-Unis, le Japon, l'Allemagne et devant la Grande-Bretagne et la France. Toutefois, le P.N.B. par habitant reste très faible, ce qui situe les Chinois encore très bas dans l'échelle mondiale des revenus. Néanmoins, par son poids quantitatif, ce P.N.B. fait de la Chine l'un des « dragons » économiques du monde. Cette croissance est due essentiellement à l'essor de l'industrie.

   La Chine, enfin, a vu ses échanges commerciaux progresser fortement. La Chine est le troisième exportateur mondial, derrière l'Allemagne et les États-Unis et devant le Japon et la France. Entre 2000 et 2006, la Chine a plus que doublé sa part dans les exportations mondiales de marchandises. Les principaux secteurs concernés sont ceux de l'équipement de bureau et des télécommunications, devant ceux de produits plus traditionnels, comme les vêtements, le fer et l'acier. La Chine est aussi le troisième importateur mondial. Ses réserves en devises sont les premières au monde, devant celles du Japon. La Chine est le deuxième pays au monde, après les États-Unis, pour le montant des investissements de capitaux privés étrangers (en provenance surtout de Taïwan, du Japon et des États-Unis). Son entrée dans l'Organisation mondiale du commerce (O.M.C.) en 2001 a contribué à renforcer son rôle dans le commerce international.

L'agriculture, l'industrie, l'énergie et les transports

L'agriculture

Le problème alimentaire, longtemps dramatique, paraît en passe d'être résolu, plus par une augmentation des rendements que par une extension de la superficie cultivée (environ 110 millions d'hectares, 12 % de la superficie totale). L'agriculture a toutefois été améliorée par de grands travaux : essentiellement contrôle des eaux, à la fois pour l'irrigation et la prévention d'inondations dévastatrices. La collectivisation des terres avait abouti, à la fin des années 1950, à la constitution des communes populaires, aujourd'hui démantelées, l'agriculture familiale renaissant, souvent par le biais de contrats de production passés avec une collectivité. Les chiffres de production sont souvent impressionnants, mais doivent être rapportés à la population.

   La Chine est le premier producteur mondial de riz, le deuxième de blé et de maïs, mais demeure importatrice de céréales. Les ressources de l'agriculture sont complétées par celles de l'élevage (porc, volaille). L'élevage bovin est moins développé mais des efforts importants sont réalisés. La pêche apporte un complément alimentaire appréciable. Parmi les cultures industrielles, la Chine occupe désormais le premier rang pour le coton, le deuxième pour le thé et les arachides. Malgré d'importants progrès (la poursuite de la mécanisation, l'intensification de l'usage des engrais, la libéralisation du commerce), ce secteur, qui occupe plus de la moitié de la population active, connaît de nombreuses difficultés et les possibilités d'amélioration des ressources agricoles restent limitées.

L'industrie

L'industrie représente près de la moitié du produit intérieur brut et emploie 20 % des actifs (les services 33 % du P.I.B. et 31 % des actifs, l'agriculture 18 % du P.I.B. et 49 % des actifs). Ainsi, 40 % des ouvriers du monde, soit 100 millions de personnes, sont chinois, et la Chine est devenue l'atelier ou l'usine du monde.

   L'industrie s'est beaucoup développée depuis 1949 et surtout a essaimé à partir des régions de vieille tradition industrielle (aciéries de Wuhan ou du Nord-Est, notamment à Benxi, usines de la « troisième ligne » du Nord-Ouest et du Sichuan) et des grands ports maritimes. Le sous-sol, incomplètement prospecté, recèle du tungstène, de l'antimoine et surtout du fer, qui a favorisé l'essor de la sidérurgie. La Chine est le premier producteur mondial d'acier. Notamment, des laminoirs à train continu ont été construits à Handan (sud de la province d'Hebei) et des fours électriques à Baoshan. La sidérurgie a fourni une métallurgie de transformation assez diversifiée : matériel agricole et ferroviaire, machines textiles. La Chine est le troisième constructeur naval de la planète, le troisième producteur de machines-outils. Le textile (coton surtout) s'est considérablement développé : la Chine est le premier producteur de filés de coton (près de 30 % de la production mondiale), le second exportateur mondial de textile-habillement, secteur où coexistent des ateliers vétustes et des usines de haute technologie. L'industrie du jouet est la première du monde, avec les trois quarts de la production mondiale en volume. La Chine est désormais le troisième producteur mondial d'automobiles, derrière les États-Unis et le Japon mais devant l'Allemagne et la France. La Chine devient un des grands pays producteur d'électronique grand public. Les contrats dans l'aéronautique s'accompagnent le plus souvent d'importants transferts de technologie. La Chine possède deux centres de lancement de satellites, avec le lanceur Longue Marche dont l'équipement informatique sophistiqué doit beaucoup à diverses entreprises nord-américaines (la Chine a envoyé pour la première fois un homme dans l'espace en 2003). L'agroalimentaire et la chimie (engrais principalement) figurent parmi les autres branches industrielles. Le pays est devenu le troisième mondial en matière de dépenses de recherche et de développement.

L'énergie

La Chine assure, à elle seule, plus de 10 % de la consommation mondiale d'énergie. Elle est le premier consommateur de charbon, qui satisfait 80 % de ses besoins énergétiques. Les principaux problèmes sont le coût du transport et la pollution générée par ce combustible fossile. La production de pétrole est insuffisante et les espérances fondées sur l'exploitation du site de Karamay, au Xinjiang, semblent exagérées. Le pays importe, dès à présent, 10 % de ses besoins en hydrocarbures. L'hydroélectricité ne représente, aujourd'hui, qu'un peu moins de 6 % de la production totale d'électricité (2e rang mondial). Les trois quarts des équipements actuels se trouvent dans la Chine peu industrialisée du Sud-Ouest. Le pays a fortement augmenté sa production hydroélectrique avec, notamment, l'immense barrage des Trois-Gorges, sur le Yangzi Jiang, qui alimente la plus grande usine hydroélectrique du monde. La Chine construit également quatre centrales nucléaires à proximité des grandes aires urbaines (Shanghai, rivière des Perles), grosses consommatrices d'électricité. Le problème énergétique va donc se maintenir encore de longues années, durant lesquelles la Chine demeurera l'un des plus gros importateurs d'énergie du monde. Il est prévu la construction d'un gazoduc de 4 200 km reliant le bassin du Tarim, dans l'ouest, au delta du Yangzi Jiang.

Les transports

Le réseau de communications, dont le développement a permis l'intégration de la Chine occidentale, a cependant pris un important retard, considéré comme non prioritaire au début du régime de la Chine populaire. Il comporte environ 60 000 km de voies ferrées (ce qui est faible pour un pays aussi vaste), supportant la plus grande part du trafic intérieur, environ 950 000 km de routes (de qualité inégale) et plus de 150 000 km de voies navigables. L'engorgement du trafic est considérable, d'autant plus que des pondéreux comme le charbon sont produits sur la périphérie du territoire « utile » et doivent être transportés par rail. Il est prévu la construction de deux lignes de chemin de fer à grande vitesse à partir de 2005, entre Wuhan (Centre) et Canton (Sud) et entre Zhengzhou (Centre) et Xi'an (Nord). Il reste, cependant, beaucoup à faire et l'effort d'investissement du gouvernement et des provinces à partir de 2000 porte en priorité sur les infrastructures routières et ferroviaires, dont une nouvelle ligne Qinhai-Tibet. Les liaisons aériennes ont été développées, mais le réseau reste hétérogène (les deux principaux aéroports sont ceux de Pékin et de Shanghai).

   Sept ports maritimes chinois figurent parmi les principaux ports mondiaux, faisant de la Chine un des grands pôles du commerce maritime mondial, avec la Corée du Sud, le Japon, Singapour et l'Europe du Nord-Ouest. Ils se répartissent en trois grands groupes : l'estuaire du Yangzi Jiang, avec Shanghai et Ningbo, le golfe du Bohai, au nord, avec Tianjin et Dalian, et le delta de la Rivière des Perles, au sud, avec Shenzhen et Canton. Shanghai, qui domine cet ensemble, est aujourd'hui le deuxième port du monde, derrière Singapour. Ces ports assurent un commerce extérieur (importation d'aliments et de biens d'équipement, exportation de pétrole, de minerais et de quelques produits agricoles) avec le Japon en premier lieu, puis avec les États-Unis, l'Allemagne, l'Australie.

Les mutations et les problèmes

La création à partir de 1979 de « zones économiques spéciales », ouvertes aux investissements étrangers, tout comme l'essor récent du tourisme (49 millions de visiteurs en 2006) témoignent d'un mouvement d'ouverture de la Chine. L'urbanisation croissante de la Chine s'est accompagnée d'une rapide mutation de la population et du paysage urbains. Shanghai ressemble, de nos jours, à Hongkong et le triangle de la rivière des Perles (Canton-Shenzhen-Hongkong) fait penser à Singapour ou à Osaka, au Japon. Chengdu est la tête de pont vers la Chine de l'Ouest.

   Le décollage des campagnes est fragile et la société rurale lourde de tensions. L'opposition est nette entre une Chine côtière du Sud-Est, qui connaît un rapide essor économique, et une Chine du Nord, du Centre et de l'Ouest qui stagne ou régresse. Entre 80 et 150 millions de migrants ruraux, qui errent de chantier en chantier, forment le vivier d'un formidable exode rural de plus en plus impossible à contenir. Le problème qui se pose, dès lors, est la capacité des villes chinoises à intégrer un flux annuel de plus de 10 millions de ruraux.

   La progression des échanges, l'appel aux capitaux et à la technologie de l'étranger, le desserrement de l'emprise de l'État témoignent d'une ouverture vers l'extérieur, à la fois cause et effet d'une spectaculaire croissance de la production. Mais cet essor a pour rançon la dégradation de l'environnement (pollution urbaine et multiplication des accidents industriels), l'accentuation des inégalités sociales et régionales, l'accélération de l'exode rural (générateur de sous-emploi) et l'inflation.

HISTOIRE

Des origines à la dernière dynastie légendaire

Les restes du plus vieil hominidé découvert en Chine sont datés de 1,9 million d'années. Ils attestent ainsi l'ancienneté de la migration des espèces du genre Homo vers l'Asie.

   Les anciens historiens chinois plaçaient au début de leur histoire une série de souverains qui auraient régné à des époques très reculées. Ils les présentaient comme des sages et des inventeurs de techniques et d'institutions. Fuxi avait inventé la divination ; Shennong, l'agriculture ; Huangdi, la technique ; Yao et Shun, l'art de gouverner. En réalité, ces personnages sont purement légendaires, bien que les traits mythiques soient très effacés par la tendance rationaliste et moralisante. Pour les confucianistes, les premiers princes qui méritent d'être mentionnés furent Yao, Shun et Yu. Tous trois furent des modèles de sagesse. Le dernier est présenté comme un ingénieur hydraulicien qui est venu à bout d'une grande inondation ; il a fondé la première dynastie chinoise, celle des Xia.

Les Xia

On ne connaît rien de précis sur les Xia, qui auraient fondé vers la fin du IIIe millénaire avant J.-C., un premier royaume chinois, dont la capitale aurait été Anyi dans le Shanxi, lequel royaume allait durer plus de 500 ans. Les légendes révèlent une civilisation agricole et patriarcale dont les principaux traits se reconnaissent dans la vie chinoise ultérieure ; très tôt, soutenu par la forte cohésion familiale, le paysan chinois a fait preuve de son dynamisme colonisateur. Peuple de chasseurs, de pêcheurs, mais aussi de cultivateurs de céréales, les Chinois bâtissent déjà en terre battue ; ils pratiquent la divination sur écailles de tortue, et marquent leurs fêtes par des danses et chants rituels.

Les Shang (vers 1770-vers 1050 avant J.-C.)

La dynastie Shang (ou Yin, ou encore Shang-Yin), qui succède aux Xia, appartient à l'histoire : en effet, des fouilles ont mis au jour le site de leur capitale dans la région de l'actuel Anyang (Henan). De nombreuses inscriptions datées, sur os et écailles de tortue, ont fourni d'abondants renseignements sur cette époque. Avant de venir s'établir à Anyang, les Shang eurent plusieurs autres capitales. La civilisation du bronze qu'ils représentent semble avoir fleuri d'abord sur le pourtour du golfe du Petchili (aujourd'hui Bohai) et dans la presqu'île du Shandong. Elle remonta le fleuve Jaune et s'installa dans le Henan.

Les Zhou (vers 1050-221 avant J.-C.)

Le fondateur de la nouvelle dynastie royale, le roi Wu Wang, est le chef de la principauté de Zhou, dans la vallée de la Wei, sur la frontière occidentale de la Chine, qui s'étend alors au sud jusqu'au Yangzi. Pendant trois siècles, les seigneurs Zhou maintiendront leur résidence dans la haute vallée de la Wei. Cette période est celle des Xi Zhou ou Zhou de l'Ouest. La société chinoise trouve son organisation : sous l'autorité du roi (wang) sont les nobles, les agriculteurs, les artisans et les éleveurs.

   Vers 770 avant J.-C., l'invasion des nomades du Nord oblige les Zhou à transférer leur résidence à Luoyang, dans la province du Henan, non loin du fleuve Jaune. Cette première période ne nous est connue que par de très brefs récits des Mémoires historiques (Shiji) de Sima Qian et par des récits légendaires qui relatent les aventures romanesques des deux grands rois conquérants, Zao et Mu.

   De 722 à 481 avant J.-C., s'étend la période des Dong Zhou ou Zhou de l'Est. Dite aussi « Chunqiu » (« Printemps et Automnes », du nom d'une chronique, cette période voit naître le confucianisme. L'histoire chronologique chinoise commence. Les États appelés Zhongguo (royaumes du Milieu) sont situés dans le bassin du fleuve Jaune. Les autres sont considérés comme barbares, non pour des raisons raciales, mais parce qu'étrangers à la culture chinoise. Le Fils du Ciel est, en théorie, le maître suprême du pays, du Tian Xia, « (le monde) sous le Ciel ». Seul, il porte le titre de roi (wang).

   Certaines seigneuries – celles qui se trouvent à la périphérie du monde chinois – réussissent à s'allier à des groupes barbares des steppes ou des montagnes. C'est ainsi que des grands États se constituent, dont la puissance éclipse de plus en plus le royaume de Zhou et les autres petits pays du Centre. Quelques principautés de cette époque préfigurent déjà des provinces chinoises. Quatre pays mènent le jeu politique ; ce sont les quatre grands États de l'époque : Qin (au Shaanxi), Jin (au Shanxi), Qi (au Shandong), Chu (dans le Hubei), auxquels on joint Song (au nord du Henan). Ces grands princes sont des souverains absolus sur leurs territoires. Après le déclin du pouvoir royal, ils connaissent successivement la suprématie. C'est ce que l'histoire appelle les « Cinq Hégémons », Wuba. Les plus célèbres sont l'hégémon de Qi, dans la première moitié du VIIe s. avant J.-C., et celui de Qin, à la fin du VIIe et au VIe s. avant J.-C. La civilisation chinoise gagne dans la vallée du Yangzi, où s'organise alors le royaume de Zhou.

   Puis s'ouvre la période dite des « Royaumes combattants » (Zhanguo, 481-221 avant J.-C.), période importante, au cours de laquelle la Chine trouve l'essentiel de l'armature politique qu'elle conservera jusqu'au début du XXe s. La Confédération chinoise n'a plus de valeur juridique. La guerre d'annexion remplace la guerre féodale : les grands États absorbent peu à peu les petits. À partir de 335 avant J.-C., la plupart des princes se parent eux-mêmes du titre de rois (wang), montrant par là qu'ils ne reconnaissent plus l'autorité des princes Zhou. Deux États réussissent à s'élever au-dessus des autres : Zhou au sud, et Qin au nord-ouest (Shaanxi).

   Vers 300 avant J.-C., un danger commence à menacer la civilisation chinoise. Pour la première fois, les Xiongnu (qui seraient les Huns de l'Asie orientale) se trouvent mentionnés par leur nom. Nomades, ils menacent les confins nord de la Chine.

   Les princes de Qin, à partir de la fin du IVe s. avant J.-C., amorcent une vaste campagne d'annexion, qui les amènera à faire la conquête de toute la Chine, depuis les steppes mongoles et la plaine de Mandchourie, au nord, jusqu'aux régions montagneuses qui s'étendent au sud du Yangzi. En 316 avant J.-C., leurs armées pénètrent au Sichuan, dans la plaine de Chengdu ; en 312 avant J.-C., elles occupent tout le sud du Shaanxi. Mais c'est surtout à la fin du IIIe s. avant J.-C. que les conquêtes se font plus nombreuses.

Les Qin (221-206 avant J.-C.)

Dès 221 avant J.-C., avec la conquête par le prince de Qin de Qi, le pays le plus à l'est, le système féodal de l'ancienne Chine est réduit. Le prince de Qin se fait proclamer Premier Empereur (Shi Huangdi). La capitale de l'Empire est à Xianyang, près de Xi'an, dans le Shaanxi. Pour arrêter les incursions des Xiongnu, il ordonne la construction de la Grande Muraille, qui s'étendra, jusqu'aux frontières du Nord-Ouest, sur plus de 2 000 km. D'autre part, il conquiert un vaste territoire au sud du fleuve Bleu, jusqu'à la région cantonaise (Nanhai) inclusivement. Mais l'œuvre principale de Qin Shi Huangdi sera d'établir un gouvernement bureaucratique centralisé, qui survivra à tous les changements dynastiques. Il supprime tous les fiefs, toutes les principautés locales et démantèle la noblesse. L'Empire est divisé en trente-six provinces, et chacune de celles-ci en plusieurs préfectures. En 213 avant J.-C., Qin Shi Huangdi ordonne de brûler les livres « classiques », qui, pour beaucoup, exprimaient les idéaux de l'ancienne noblesse. Seuls sont conservés les livres utiles (médecine, divination, pharmacie, agriculture). Les lettrés sont inquiétés, les confucéens sont persécutés. Un nombreux personnel administratif, aux fonctions diversifiées et hiérarchisées, est créé. La nouvelle organisation de la Chine, calquée sur celle du royaume de Qin, est due en grande partie au génie personnel du grand ministre Li Si, et au triomphe d'un système, celui des légistes. L'écriture est unifiée. Le pays est enfin pourvu de frontières ; pour le rendre homogène, l'empereur supprime les barrières intérieures et les fortifications locales. Il essaie d'assurer la stabilité de l'État en transformant les paysans tenanciers en propriétaires payant un impôt fixe. L'ouverture de grandes voies de communication aide également au progrès de l'unité nationale. Mais les seigneurs supportent mal la contrainte de lois sévères, les grands travaux entrepris épuisent les corvéables et ruinent le trésor. En 209 avant J.-C., un soulèvement populaire dirigé par Zhen Sheng ébranle le pouvoir despotique du successeur de Qin Shi Huangdi, qui abdique en 206 avant J.-C. L'Empire sombre dans l'anarchie. Pourtant, en 202 avant J.-C. Liu Bang, propriétaire d'imposants domaines agricoles, monte sur le trône ; il fondera la dynastie des Han.

Les Qian Han ou Han antérieurs ou Han occidentaux (206 avant J.-C.-9 après J.-C.)

La capitale est à Chang'an (aujourd'hui Xi'an), dans le Shaanxi. Liu Bang, intronisé sous le nom de Han Gaozu, hérite de l'œuvre de Qin Shi Huangdi. Il refait sans mal l'unité de l'Empire.

195 avant J.-C. : à sa mort, l'autorité Han est assurée. Cependant des généraux et des membres de la famille impériale menacent de ramener la féodalité.

140 avant J.-C. : Wudi devient empereur. Son règne (140-87 avant J.-C.) représente une des époques les plus brillantes de l'histoire chinoise. Il institue d'abord le système des apanages, pour lutter contre l'aristocratie locale en divisant les grands domaines à chaque génération. Il établit auprès de chaque roi ou prince régional un résident impérial, à la fois censeur et espion, qui reçoit le titre de conseiller. Les lettrés confucéens, persécutés par Qin Shi Huangdi, méprisés par Liu Bang, se rallient à l'empereur Wudi, car ils sont devenus les véritables bénéficiaires de la réforme. Ils obtiennent à nouveau des charges, l'école des légistes, appui du césarisme Qin, ayant été écartée ; le recrutement des fonctionnaires s'effectue désormais par concours ; ainsi prend naissance la classe si importante du mandarinat. À l'extérieur, l'empereur Wudi reprend les grands projets de conquête de l'empereur Shi Huangdi.

135 avant J.-C. : expédition au Fujian, annexé en 110 avant J.-C.

133 avant J.-C. : expédition contre les Xiongnu, dont la confédération menace la sécurité de l'Empire.

126 avant J.-C. : l'armée Han conquiert le Gansu, s'établit à Dunhuang et au Turkestan.

119 avant J.-C. : les Xiongnu sont défaits, l'empire Han tient la route de la soie.

111 avant J.-C. : Canton est pris, le Tonkin est envahi, ainsi que le Yunnan.

109 avant J.-C. : les armées chinoises pénètrent dans le Xinjiang et poussent vers le Pamir, jusqu'au Fergana (actuel Ouzbékistan).

108 avant J.-C. : après vingt années de campagne, la Corée est conquise.

87 avant J.-C. : mort de Wudi, qui laisse à ses successeurs le plus grand empire chinois, que seul l'empereur Xuandi (73-49 avant J.-C.) saura gouverner sans intrigues.

5 après J.-C. : l'empereur Pingdi, encore au berceau, est empoisonné par un ministre ambitieux, Wang Mang, qui, avec l'aide de l'impératrice douairière, va usurper le trône.

9 après J.-C. : Wang Mang se proclame fondateur de la dynastie des Xin. Bien qu'usurpateur, il entreprend des réformes économiques et sociales. L'État reste en droit le seul propriétaire du sol ; des terres sont redistribuées à chaque famille ; l'esclavage privé est limité. Des prix maximaux sont fixés pour les denrées. Mais l'État est devenu un créancier sans pitié : il en résulte finalement un nouvel abaissement du niveau de vie des paysans. D'ailleurs, les mesures sont surtout théoriques, et les grands propriétaires continuent à agrandir leurs domaines.

23 : des jacqueries (« Montagnes vertes » et « Sourcils rouges ») mettent fin au pouvoir de Wang Mang. La jacquerie des « Sourcils rouges » est suivie d'une insurrection légitimiste qui restaure la dynastie Han. Liu Xiu devient empereur et prend le nom de Guang Wudi.

Les Hou Han ou Han postérieurs ou Han orientaux (23 après J.-C.-220)

La capitale est transférée de Chang'an à Luoyang dans le Henan. Guang Wudi rétablit le fonctionnement de la famille administrative et militaire, et mate les révoltes périphériques. Ses successeurs continueront son œuvre de restauration pendant un siècle.

   La position chinoise en Asie centrale, momentanément ébranlée, est rétablie ; les conquêtes de Ban Chao, à la fin du Ier s. après J.-C., atteignent toute la contrée qui s'étend de Tourfan à Kachgar. Ainsi, l'ordre chinois est imposé aux nomades. Grâce au contrôle de la route de la soie, le commerce extérieur est florissant. Les marchands répandent les idées et les manières chinoises chez les Barbares. Ceux-ci, à leur tour, font connaître le bouddhisme aux Chinois. C'est, en effet, à cette époque qu'on décèle, à la capitale et à la cour de certains princes, les premières communautés bouddhiques chinoises. La civilisation chinoise connaît une nouvelle phase d'épanouissement et de raffinement ; l'invention du papier facilite certains moyens d'expression ; l'alchimie, la médecine, la chirurgie, l'astronomie progressent. À la fin du Ier s., le luxe reprend à la Cour ; les eunuques représentent un facteur politique important, et leur clique essaie de ruiner celle des « lettrés ».

   En 184, la détresse des paysans aboutit, comme sous Wang Mang, à un soulèvement populaire. Celui-ci, dont les chefs se réclament de l'idéologie taoïste, est connu sous le nom de « révolte des Turbans jaunes ». Des généraux, rendus illustres par leurs victoires dans les guerres extérieures, se mettent d'accord pour réprimer la révolte. Trois d'entre eux se partagent l'Empire.

Les Trois Royaumes (220-316)

À la fin des Han commence une période de guerre civile et de morcellement politique qui durera près de quatre siècles. La Chine se trouve d'abord partagée en Trois Royaumes (Sanguo) : Wei, Shu Han et Wu.

220 : le prince Cao Pei règne sur les provinces du Nord, rassemblées dans le royaume de Wei, dont la capitale est Luoyang dans le Henan. Ce royaume disparaîtra en 265.

221 : le prince Liu Bei, un prince Han, fonde le royaume de Shu Han, dans le Sichuan, avec pour capitale Chengdu. Ce royaume disparaîtra en 263.

222 : le prince Sun Quan fonde le royaume de Wu qui contrôle les provinces du Sud et dont la capitale est à Wuchang (Hubei), puis à Jiankong (aujourd'hui Nankin, Jiangsu). Ce royaume disparaîtra en 280.

265 : le prince Sima Yan, du royaume de Wei, fonde une nouvelle dynastie, celle des Xi Jin.

280 : l'unité nominale de la Chine est rétablie par la dynastie des Xi Jin. La capitale est à Luoyang. Faible politiquement, cette dynastie n'en est pas moins une époque intéressante pour les lettres et les arts. Mais bientôt commencent les grandes invasions. Les Barbares fondent dans la Chine du Nord et de l'Ouest des royaumes véritables.

308 : un des chefs des Xiongnu méridionaux se proclame empereur. (À l'époque des Trois Royaumes, les Xiongnu méridionaux, refoulés au sud par les Xianbei, peuple protomongol qui avait occupé la Mongolie extérieure, s'étaient établis à l'intérieur de la grande boucle du fleuve Jaune, puis dans le nord du Shanxi.)

311 : l'empereur Xi Jin est fait prisonnier. La maison impériale se réfugie dans le Sud : pendant trois siècles, Nankin (Nanjing) est capitale de l'Empire, qui est réduit à la Chine du Sud. Ainsi ce pays de sinisation relativement récente devient le principal foyer de la civilisation chinoise, le vieux pays du Nord étant périodiquement submergé par des hordes barbares, vite absorbées il est vrai.

Les Six Dynasties (316-581)

316 : Luoyang est prise, ainsi que Chang'an, par un Xiongnu sinisé du Shanxi. Les Xiongnu domineront le nord de la Chine jusqu'en 352.

349 : les tribus Xianbei déferlent sur le nord de la Chine, qu'elles domineront jusqu'en 507. Ces tribus sont d'origine turque-toungouse. Elles sont plus connues sous le nom de Tabghatch ou Toba. Elles fondent le royaume de Bei Wei.

386 : la dynastie Bei Wei (ou Wei du Nord) installe sa capitale à Chang'an. Cette dynastie est célèbre dans l'histoire de la Chine par la culture bouddhique qu'elle a instaurée et qui a laissé les sanctuaires rupestres de Yungang et Longmen.

399 : voyage du premier pèlerin chinois Fa Xian vers l'Inde bouddhique.

420 : dans le sud de la Chine, la dynastie Xi Jin est remplacée par une dynastie Song, qui règne à Nankin jusqu'en 479, date à laquelle les Qi la remplacent.

502 : les Liang renversent les Qi. Les Liang, protecteurs du bouddhisme, en font une religion d'État sous le règne de Liang Wudi.

577 : les Chen renversent les Liang et règnent à Nanjing jusqu'en 589. Entre-temps, au nord, la dynastie Wei s'est effondrée et, pendant la seconde moitié du VIe s. de petits royaumes se disputent pour asseoir leur autorité.

Les Sui (581-618)

581 : la famille Yang remporte l'avantage et fonde la dynastie des Sui, dont la capitale est soit à Chang'an, soit à Luoyang.

589 : les Sui refont l'unité de l'Empire en annexant les royaumes du Sud. Puis l'empereur Wendi se tourne contre la nouvelle puissance turque apparue en haute Asie. Deux empires turcs se sont constitués au VIe s. : l'empire des Turcs orientaux, avec pour centre Karakorum, sur le haut Orkhon ; celui des Turcs occidentaux dans la région de l'Ili et dans le Turkestan occidental. Les Sui profitent des discordes entre les deux États pour rétablir la suprématie chinoise en Asie centrale.

605 : Yangdi (605-616), fils et successeur de Wendi, fait creuser le Grand Canal.

611 : soulèvement populaire de Wang Pu.

615 : les armées chinoises sont défaites en Corée. Les Tujue attaquent le nord de la Chine. L'empereur est fait prisonnier.

617 : la famille Li s'installe à Chang'an.

Les Tang (618-907)

618 :

Li Yuan (dont le nom d'empereur est Gaozu) fonde l'empire des Tang.

627 : son fils Li Shimin (ou Taizong), qui l'a aidé à prendre le pouvoir grâce à son génie militaire, lui succède. Pendant près de deux siècles, la Chine va connaître puissance et prospérité. La population semble atteindre alors le chiffre de 50 millions. La capitale abrite par moments 2 millions d'individus. Le luxe et le raffinement des mœurs atteignent leur apogée aussi bien à Chang'an qu'à la capitale secondaire Luoyang. Ce n'est plus une disgrâce, désormais, pour un fonctionnaire, d'être envoyé dans la région du Yangzi : les grandes villes du Sud ont pris une grande importance économique et culturelle. Le commerce, surtout celui du thé, est florissant. L'invention de l'imprimerie date de la fin des Tang. Le bouddhisme, quelque temps suspect, est réhabilité en grande partie grâce au moine pèlerin Xuan Zang, qui voyage en Inde en 629. On assiste à l'essor d'une économie monétaire. Les impôts sont prélevés en monnaie et non plus en nature ; les commerçants organisent des banques et utilisent un genre de lettre de change, première forme de monnaie fiduciaire. En 629-630, les armées chinoises écartent pour longtemps les menaces qui viennent des steppes du Nord.

649 : Taizong meurt, après un des règnes les plus glorieux de l'histoire chinoise.

650 : son fils Gaozong lui succède.

658-659 : expéditions militaires vers la Corée.

683 : mort de Gaozong ; l'impératrice Wu Zetian devient la maîtresse absolue de l'Empire et fonde la dynastie des Zhou.

705 : mort de l'impératrice ; fin de sa dynastie.

712 : Xuanzong monte sur le trône. Son règne de près d'un demi-siècle sera celui des arts et des lettres. La xylographie est inventée. Les grands poètes Du Fu, Li Bo, Han Yu ou Bo Juyi fréquentent la cour impériale. Xuanzong tentera de reprendre la politique d'expansion de Taizong, qui avait écrasé les Turcs, rétabli le protectorat chinois sur le bassin du Tarim, et avait permis à la civilisation chinoise d'atteindre les confins indo-iraniens. La tribu turque des Ouïgours, qui s'arroge l'empire de Mongolie au milieu du VIIIe s. deviendra par la suite une alliée fidèle de la dynastie des Tang.

715 : l'armée chinoise vient au secours des rois de Fergana, de Samarkand, de Bactriane menacés par la conquête arabe qui poursuit sa marche vers l'est.

728 : l'empereur doit intervenir contre les Lolos, qui menacent de faire sécession au Yunnan.

747-750 : expéditions chinoises contre les Tibétains.

751 : les Arabes défont l'armée chinoise sur les bords du Talas ; victoire des Lolos contre l'occupant chinois.

754 : le royaume de Nanzhao (fondé par les Lolos) se révolte et se détache de l'Empire ; il menacera par la suite le Sichuan et le Tonkin, et prendra le nom de Dali au Xe s.

755 : le règne de Xuanzong s'achève avec la révolte de An Lushan, gouverneur de la région de Pékin et protégé de la favorite de l'empereur, Yang Guifei. An Lushan veut sauver l'Empire qui vient d'essuyer de nombreux revers militaires ; Xuanzong s'enfuit au Sichuan.

763 : la révolte d'An Lushan est écrasée lorsque celui-ci est assassiné par son propre fils. Mais la puissance de la dynastie des Tang, dès lors, va s'affaiblissant. Ces huit années de guerre civile ont provoqué un appauvrissement démographique, accompagné d'une très grave crise économique et sociale. Pour remplir le trésor de l'État vidé par la guerre civile, l'État écrasera les paysans d'impôts, de corvées, de levées de milice toujours plus considérables. Endettés, les paysans vendent leurs terres aux grands propriétaires, dont ils deviennent pratiquement les serfs. Au lieu de paysans aisés, la Chine ne possède plus qu'une sorte de prolétariat agricole. À la fin du VIIIe s. les familles de propriétaires ne représentent plus que 5 % de la population. L'État confisque aussi une partie des biens des marchands. Les prélèvements fiscaux sont si brutaux qu'ils provoquent des émeutes.

841 : premières persécutions des bouddhistes.

874 : un soulèvement paysan éclate mené par Huang Chao et Wang Xianzhi.

881 : Huang Chao s'empare de Chang'an ; l'empereur s'enfuit de nouveau vers le Sichuan. La dynastie Tang s'effondre ; le dernier empereur Tang sera détrôné en 907. Les princes féodaux retrouvent leurs fiefs. Pendant un demi-siècle, le monde chinois retombe dans l'anarchie.

Les Cinq Dynasties ou Wu Dai (907-978)

De 907 à 960, l'espace chinois est une fois de plus partagé. Cinq familles chinoises ou turques prennent successivement le pouvoir dans le Nord.

907 : au nord, les Liang postérieurs (Hou Liang) installent leur capitale à Bianzhou (aujourd'hui Kaifeng) dans le Henan.

923 : fin des Liang. À la même période, les Jin installent leur capitale à Taiyuan.

937 : fin du royaume de Wu Tang installé dans l'Ouest et le Sud depuis 902. La même année le royaume de Nan Tang, dont les princes seront de grands poètes, lui succède.

939 : fondation du royaume du Viêt Nam libéré de la tutelle chinoise.

944 : fin du royaume de Min dans le Fujian après dix-huit années d'existence.

959 : après un demi-siècle environ, les princes de Zhou installés au Hunan disparaissent de la scène politique.

965 : fin de la domination du Sichuan par les princes Shu.

978 : le royaume de Wu Yue, qui domine la région de Hangzhou, disparaît.

Les Song (960-1279)

En 960, un homme du Nord, Zhao Guangyin, a réussi à reconstituer l'unité et fondé la dynastie des Song. Il monte sur le trône par un pronunciamento militaire à Kaifeng. Puis il conquiert de 963 à 979 les autres royaumes chinois, sauf le royaume Kitan de Pékin, met fin au régime des coups d'État militaires et restaure l'« Empire civil ». Les valeurs traditionnelles sont remises à l'honneur. Le système des examens publics destinés au recrutement du personnel administratif est rétabli et comprend désormais trois « matières » principales : style administratif, narration et poésie. Les lettrés sont répartis par province et les plus éminents reçoivent de hautes charges. Ils sont divisés dans une lutte politique sans précédent, née de la crise agraire du IXe s., devenue permanente au XIe s. Le mandarinat conservateur, champion de la politique du laisser-faire, est favorable à la grande propriété et aux intérêts privés. Les novateurs radicaux visent à enrichir l'État en aidant le peuple à produire davantage. À cette période de stabilité politique correspond une période d'inventions techniques et scientifiques, dont la Chine est fertile sous les règnes des grands empereurs : premier emploi de la poudre à canon à des fins militaires et invention de la boussole (vers 1000) ; invention de l'odométrie (1027) ; débuts de l'utilisation du caractère mobile pour l'imprimerie (1041) ; première horloge hydraulique (clepsydre) à échappement inventée à Kaifeng (1088) ; premiers bateaux à pédaliers à roues (début du XIIe s.). Cette longue période d'inventions correspond au moment où les « novateurs » dirigés par Wang Anshi sont au pouvoir (1021-1086). Celui-ci supprime la corvée et la remplace par l'impôt personnel. Le régime de la propriété foncière demeurant celui des latifundia, ces réformes audacieuses sont purement fiscales, sans aucun caractère « social ». Pourtant, dans un pays dont le centre de gravité continue depuis le VIIIe s. à se déplacer vers le sud-est, elles coïncident avec un essor très net du commerce (surtout celui du thé).

1101 : Huizong devient empereur de Chine. C'est à partir de son règne que la Chine des Song se préoccupe de politique extérieure. En effet, les Song n'ont pas jusqu'alors renouvelé en Asie les conquêtes des grands empereurs des Han ou des Tang. Ne possèdent-ils pas déjà toute la Chine historique, à l'exception de la région de Pékin, des Ordos, du Gansu et de Datong, alors aux mains de tribus barbares ?

1122 : prise de Yandu (aujourd'hui Pékin) par les Jürchen de Mandchourie, ex-alliés des Song dans la lutte contre les Kitan.

1126 : les Jürchen, qui ont fondé la dynastie Jin en 1115, règnent sur le nord de la Chine.

1127 : les Chinois reculent devant l'avance des Barbares venus du Nord et abandonnent tout le territoire au nord du fleuve Huai. La capitale est transférée à Lin'an (aujourd'hui Hangzhou). C'est le début de la dynastie des Song du Sud (Nan Song), qui continue celle des Song du Nord et dont le premier empereur est Gaozong (1127-1162).

1167 : naissance de Gengis Khan en Mongolie.

1195 : Ningzong, dernier souverain Song à avoir un règne paisible, devient empereur. Il le restera jusqu'en 1224.

1206 : Gengis Khan est le chef de toutes les tribus turco-mongoles.

1215 : Gengis Khan s'empare de Zhongdu (aujourd'hui Pékin), la dynastie Jin s'effondre partiellement.

1226 : après avoir mené ses conquêtes vers la Perse et l'Asie centrale, Gengis Khan repart en campagne contre la Chine. Il meurt en 1227.

1233 : le royaume des Barbares Xixia (Ordos, Gansu et marches occidentales) tombe aux mains des successeurs de Gengis Khan.

1234 : Kaifeng, la capitale des Nan Song, tombe aux mains des armées mongoles. La même année, l'empire Jin disparaît.

1258 : les Song reculent devant les armées des Mongols, et déplacent leur capitale à Lin'an, dans le Zhejiang.

1275 : premier voyage de Marco Polo à la cour de Kubilay Khan, à Khanbalik (l'actuel Pékin).

1276 : Kubilay Khan s'empare de la capitale des Song, Lin'an.

1279 : fin de l'empire des Song.

Les Yuan (1280-1368)

En 1280, Kubilay Khan, un des petits-fils de Gengis Khan, fondateur de la dynastie des Yuan, se fait proclamer empereur de Chine. La capitale est Khanbalik. Cette époque présente l'image grandiose d'un libre-échange commercial s'étendant depuis l'Europe orientale jusqu'au Pacifique. Mais, après tant de dévastations, l'état du pays est pitoyable. La population est tombée de 100 millions à 60 millions. Kubilay fait remettre en état les routes impériales ; il étend à la Chine le système de la poste mongole, à laquelle 200 000 chevaux sont affectés. Le Grand Canal est créé avec le tracé qui existe encore aujourd'hui. Le système Song de « prévoyance d'État » et de « greniers régulateurs » est remis en vigueur. Malheureusement, l'administration financière est très défectueuse. L'inflation et les dévaluations perpétuelles rendent le régime mongol impopulaire dans les parties les plus commerçantes de la Chine. Le papier-monnaie apparaît. Le néoconfucianisme devient idéologie officielle de l'État. Les lettrés écrivent en langue vulgaire. Les premiers romans populaires apparaissent et le théâtre se développe, avec Ma Zhiyuan et Guan Hanqing. Dans sa législation officielle (le Code des Yuan), la dynastie mongole se préoccupe d'améliorer la situation des esclaves, des ouvriers agricoles et des fermiers, mais elle ne sait pas éviter une marche continue vers le paupérisme. Un pourcentage considérable de la population meurt de faim.

1292 : deuxième voyage de Marco Polo au royaume du Grand Mongol.

1325 : premiers soulèvements populaires à caractère social, dirigés contre les riches Mongols et Chinois. Mais, bientôt, les Mongols, en voie d'absorption par la masse indigène, ayant renforcé les lois raciales, ces mouvements prennent un caractère national.

1351 : le fleuve Jaune déborde, des régions entières sont inondées, et la famine sévit. Éclate la révolte des « Turbans rouges », et les représentants des classes privilégiées font cause commune avec les révoltés.

1368 : profitant des troubles, un paysan, Zhu Yuanzhang, s'empare du pouvoir ; la dynastie des Yuan s'effondre.

Les Ming (1368-1644)

1368-1398 :

Zhu Yuanzhang règne sous le nom de Hongwu. La capitale est à Nankin.

1403-1424 : règne de Yongle, qui établit sa capitale à Pékin en 1409. Ce règne est le plus fastueux de l'époque Ming. Yongle fait construire à Pékin la plupart des palais que l'on peut encore admirer aujourd'hui. : Sous les premiers Ming, la Chine connaît de nouveau un grand essor. Les empereurs font établir un cadastre. On restaure les travaux d'irrigation, on distribue gratuitement des bœufs de labour et des outils, on organise un système de greniers publics (réserves en cas de mauvaises récoltes), ainsi qu'un système de « champs militaires » attribués à des soldats et susceptibles de subvenir ainsi à leurs propres besoins, on décrète en1394 la culture obligatoire du coton. Toutes ces mesures amènent une reprise de l'agriculture. Par ailleurs naît une nouvelle classe sociale qui correspond dans une certaine mesure à la bourgeoisie en Europe. La population s'étant accrue, l'Administration a besoin de plus de fonctionnaires et leur caste s'augmente de gens qui n'appartiennent pas à l'aristocratie terrienne. Le peuple ne bénéficie pas de cette apparente démocratisation. Les nouveaux venus, pour payer leurs dettes et s'enrichir, sont amenés à pressurer les petites gens, en augmentant les sommes dues pour les impôts qu'ils sont chargés de percevoir. Humiliée par les souverains de la précédente dynastie, la Chine devient xénophobe. C'est sous les Ming que commence, dans l'Est et dans le Sud, la piraterie japonaise, véritable fléau qui ne cessera qu'à lafin du XVe s. quand des troubles intérieurs se produiront au Japon. Puis, vers la fin de la dynastie apparaissent les Européens.

1514 : les Portugais arrivent les premiers. Quelques années plus tard, ils sont autorisés à fonder à Macao un établissement qui gardera un caractère essentiellement commercial.

1573 : Wanli, dont le règne est marqué par des luttes de factions au sein même de la Cour, menées notamment par les eunuques alors tout-puissants, est le premier empereur chinois à autoriser les missions étrangères en Chine.

1582 : le jésuite Matteo Ricci débarque en Chine. Il apporte à la Cour des connaissances astronomiques, ce qui lui permet d'exercer son apostolat sans être inquiété.

1620 : fin du règne de Wanli. La dynastie Ming touche à sa fin. En effet, intervenant comme médiateurs dans les luttes entre différentes tribus toungouses, les Chinois permettent à celles-ci de créer à la fin du XVIe s. une ligue de tribus des « Mandchous », qui vont conquérir la Chine et la gouverner pendant plus de trois siècles.

1625 : les premiers rois mandchous établissent leur capitale à Moukden (aujourd'hui Shenyang) ; leur royaume devient une redoutable menace pour l'empire des Ming, une fois conquise la Mandchourie méridionale. En vue de s'emparer du trône impérial, ils initient l'aristocratie mandchoue à la civilisation chinoise.

1637 : rédaction du traité de technologie Tiangong kaiwu.

Les Qing (jusqu'en 1840)

1644 : les Mandchous sont appelés à l'aide par un général chinois pour soumettre un chef de bande révolté (Li Zicheng). Ayant chassé celui-ci de Pékin, les généraux mandchous refusent de quitter la capitale chinoise. Or le dernier roi mandchou vient de mourir à Moukden. Shunzhi, son fils, est choisi comme empereur et est installé sur le trône à Pékin, fondant la dynastie des Qing. Dans les postes importants, les fonctionnaires chinois sont doublés par des fonctionnaires mandchous.

1659 : le changement de régime se fait aisément ; toute la Chine reconnaît la dynastie mandchoue. Pendant 150 ans la Chine va connaître une période d'expansion qui sera suivie d'une longue période de décadence.

1661 : mort de Shunzhi.

1662 : début du règne de Kangxi, empereur lettré par excellence, rendu surtout célèbre par son dictionnaire. Son règne est un des plus longs de l'histoire chinoise. Il favorise, comme son père, les missionnaires occidentaux, en particulier les jésuites. À cette époque, on peut dire que la Chine se trouve techniquement à égalité avec l'Europe.

1673 : la jeune dynastie mandchoue est mise en danger par une révolte qui sévit pendant quatre ans en Chine méridionale, notamment au Fujian et au Guangdong.

1681 : les Qing occupent le Yunnan.

1683 : annexion de Taïwan. La Chine du Sud, qui a bénéficié jusque-là d'un régime exceptionnellement favorable, connaît les rigueurs de l'annexion militaire.

1689 : signature du traité de Nertchinsk, entre les Russes et les Chinois, qui délimite dans un sens favorable à la Chine la frontière sur le fleuve Amour. Kangxi avait parmi ses conseillers diplomatiques un jésuite français. C'est sous son règne, en effet, que les jésuites joueront un rôle prépondérant à la cour de Pékin.

1696 : au nord, après la défaite des tribus de la Mongolie intérieure, pour éviter qu'un nouvel empire mongol ne se constitue aux portes de la Chine, Kangxi impose militairement le protectorat chinois sur toute la Mongolie. Kangxi a aussi envoyé un premier corps expéditionnaire au Tibet, mais celui-ci a échoué. Ce n'est qu'en 1720 que l'armée impériale entrera victorieuse à Lhassa.

1707 : sur les conseils des jésuites, Kangxi fait entreprendre un relevé cartographique complet de la Chine, qui sera achevé dix ans plus tard.

1715 : la Chine se ferme à la foi chrétienne, mais les missionnaires continuent d'être accueillis à la Cour. En effet, le Vatican condamne l'adoption des rites chinois par les jésuites et donne raison aux dominicains.

1722 : fin du brillant règne de Kangxi.

1736 :

Qianlong monte sur le trône. Il continue d'employer personnellement les jésuites en raison de leurs connaissances scientifiques et artistiques, bien qu'il redoute leur influence religieuse et politique. Le Code des Ming livrait sans défense aux propriétaires les fermiers et ouvriers agricoles qui cultivaient leurs terres. Favorisant le morcellement général de la propriété en Chine, la dynastie mandchoue fait confisquer de nombreuses grandes propriétés. De plus, elle rend à l'État, en les faisant rentrer dans le régime commun, une partie des masses énormes de terres appartenant à la maison impériale et qui étaient auparavant exemptes d'impôts. Sous les règnes de Kangxi et de Qianlong, la cité impériale de Pékin est reconstruite sur les plans des palais Ming (lesquels ont été brûlés lors de la chute de cette dynastie). Sous leurs règnes, également, sont construits les beaux parcs et palais d'été, au nord-ouest de Pékin, en partie avec l'aide d'architectes étrangers. En politique extérieure, Qianlong poursuit l'œuvre de Kangxi au Tibet et en Mongolie. Il soumet aussi les tribus Miaos du sud de la Chine.

1793 : George Macartney, l'envoyé britannique, se voit refuser l'ouverture de relations diplomatiques et commerciales.

1796 : mort de Qianlong ; l'empire chinois est alors aussi vaste que celui des Han ou des Tang, s'étendant de l'Himalaya à la Sibérie et du fleuve Rouge au Pamir. Après ces deux grands règnes commence la décadence de la dynastie, contre laquelle des sociétés secrètes complotent. Début de la révolte du Lotus blanc, qui s'achève en 1804.

1813 : une secte (Ordre céleste) issue de l'ancienne secte du Lotus blanc réussit presque à capturer l'empereur. Celui-ci tourne le dos aux apports scientifiques européens.

1830 : expulsion des derniers missionnaires jésuites. Le pays se trouve alors pratiquement fermé aux étrangers. Un quartier du port de Canton reste néanmoins ouvert aux commerçants étrangers. Il est placé sous la surveillance de marchands chinois (système du Cohong). Les Anglais y échangent cotonnades et opium de l'Inde contre du thé et de la soie. Le port de Macao est toutefois colonie portugaise.

1834 : première intervention britannique contre les autorités chinoises qui gênent le trafic.

1836 : seconde intervention britannique.

1839 : le gouvernement de Pékin décide d'interdire l'importation d'opium. Le commissaire Lin Zexu applique la loi avec vigueur, saisit et détruit un important stock d'opium indien à Canton.

La pénétration européenne (1840-1894)

1841 : riposte de Londres. Canton est bombardé par une expédition britannique, qui occupe Shanghai et remonte le Yangzi jusqu'à Nankin.

1842 : traité de Nankin signé avec les Anglais. Ceux-ci obtiennent l'ouverture de cinq ports et occupent l'île de Hongkong. Les droits de douane ne doivent pas excéder 5 % de la valeur. Cette « guerre de l'opium » ouvre la Chine aux commerçants étrangers.

1844 : signature de traités analogues avec la France et les États-Unis, notamment celui de Whampoa (Huangpu) où les Français obtiennent aussi la liberté de l'apostolat des missions catholiques. En politique intérieure, la faiblesse militaire révélée par les défaites, l'hostilité de beaucoup de Chinois du Sud envers la dynastie étrangère mandchoue, la misère des paysans, chargés d'impôts et exploités par des fonctionnaires prévaricateurs préparent une crise interne, précipitée par de mauvaises récoltes.

1846 : les mécontents se rallient à un mouvement religieux, animé par un visionnaire du nom de Hong Xiuquan. Ses contacts avec des missionnaires lui ayant valu quelques notions de christianisme, il prêche une religion nouvelle, mélange d'emprunts au confucianisme et à la Bible, et il ambitionne de régénérer la Chine.

1851 : formation du gouvernement rebelle de Hong Xiuquan, qui se proclame « Roi céleste » et fonde l'empire céleste de la Grande Paix (Taiping tian guo).

1853 : Hong Xiuquan s'empare de Nankin, après avoir pris Hankou, où il installe sa capitale. Il règne sur plusieurs provinces de la Chine centrale. Peu après, Hankou est reprise par le général des autorités impériales, Zeng Guofan. Les puissances occidentales sont dans l'embarras : doivent-elles soutenir le mouvement Taiping, vaguement chrétien et nationaliste, mais moderniste (il prône des réformes agraires et sociales, notamment l'émancipation de la femme), ou prendre parti pour le pouvoir de Pékin, traditionaliste et xénophobe ? Toutefois, comme l'anarchie règne dans les régions que contrôlent les Taiping, notamment dans le bassin du Yangzi, et que Shanghai est menacé, les puissances occidentales finiront par se tourner vers Pékin. Mais auparavant, elles obtiennent de nouveaux avantages.

1856 : début de la seconde « guerre de l'opium ».

1858 : lors du traité de Tianjin, qui fait suite à une expédition franco-britannique destinée à venger la mort d'un missionnaire catholique et la saisie d'un navire britannique, Européens, Russes et Américains obtiennent des garanties de la part du gouvernement de Pékin. Mais les Chinois refusent de recevoir leurs diplomates.

1860 : pour laver cet affront et faire respecter ces nouvelles garanties, une nouvelle expédition franco-britannique envahit le Hebei et gagne la bataille de Palikao (Baliqiao). C'est l'année du sac et de l'incendie du palais d'Été. De nouveaux « traités inégaux » sont alors signés. Pékin ouvre onze nouveaux ports aux étrangers et autorise l'installation de commerces exempts de la juridiction locale, la libre circulation des étrangers en Chine, ainsi que le libre exercice des religions. Les missions diplomatiques sont accueillies et traitent avec l'office chargé des relations extérieures : le Zongliyamen. La Chine s'ouvre définitivement aux étrangers. Les concessions jouissent de l'exterritorialité et ont un service de douanes.

1861 : Pékin reçoit des armes de la part des puissances étrangères, ainsi que des conseillers et des mercenaires, tels l'Américain Ward et l'Anglais Gordon. Ce dernier aide Zeng Guofan et les milices des propriétaires fonciers à étouffer la révolte Taiping.

1862 : début du règne de Tongzhi.

1864 : Nankin tombe. Le « Roi céleste » se suicide. Une partie de ses troupes se réfugie au Tonkin, mais Nankin et Xuzhou, cités prospères, sont ruinées.

1870 : massacre de dix religieuses françaises et du consul français à Tianjin. Le gouvernement impérial reste méfiant vis-à-vis des Occidentaux.

1874 : fin du règne de Tongzhi.

1875 :

début de la régence de Cixi et du règne de Guangxu. Avec le prince Gong Yixin et des mandarins comme Zeng Guofan, Cixi cherche à établir l'autorité de la dynastie en réprimant les insurrections paysannes dans le Nord, celles des musulmans dans le Yunnan ou dans le Xinjiang. La Chine s'enlise dans ses traditions malgré la création d'un collège des sciences européennes à Pékin. La Chine est menacée de dislocation par une évolution trop rapide sous une influence étrangère.

1884-1885 :  : guerre sino-française. Au Tonkin, la France se heurte aux bandes des « Pavillons-Noirs ». La Chine renonce à sa suzeraineté sur le Tonkin.

De la guerre sino-japonaise jusqu'à la révolution (1894-1911)

1894-1895 : guerre sino-japonaise. La Chine veut faire respecter sa suzeraineté sur la Corée. Elle suscite une guerre avec le Japon qui, victorieux, obtient lors du traité de Shimonoseki la péninsule du Liaodong et Taïwan. Les puissances occidentales, surprises par ce nouveau concurrent inattendu, cherchent à limiter l'expansion nippone. Le Japon doit rétrocéder le Liaodong. Les Occidentaux divisent alors la Chine côtière en zones d'influence économique et obtiennent des « territoires à bail ».

1896-1898 : la Russie obtient de construire le chemin de fer transmandchourien et Port-Arthur en bail. Elle contrôle ainsi le Nord-Est. L'Allemagne, après le meurtre de deux de ses missionnaires, se fait attribuer la baie de Jiaozhou et le port de Qingdao. La France tente d'accaparer le Sud-Ouest, notamment le Yunnan, où elle construit un chemin de fer, et la baie de Guangzhouwan. L'Angleterre, dont les intérêts sont très dispersés, obtient le port de Weihaiwei et le bassin du Yangzi, où elle construit des chemins de fer, Shanghai-Nankin, Shanghai-Ningbo. Quant aux États-Unis, restés à l'écart de ce partage, ils se contentent de la garantie du régime de la « porte ouverte ». Le marché chinois devient alors le champ de compétition d'entreprises financières, commerciales et industrielles dans lesquelles les Européens investissent des capitaux considérables.

1898 : La Chine réagit à ces ambitions occidentales. Le mandarin Kang Youwei décide l'empereur à européaniser en hâte la Chine. C'est la période des « Cent Jours », de juin à septembre, au cours de laquelle Cixi est éliminée. Des édits réorganisent l'enseignement, les examens, l'armée, etc. Mais Cixi, avec l'aide du général mandchou Rong Lu et de Yuan Shikai, repend le pouvoir, abolit les réformes, punit Kang Youwei et son entourage et fait de l'empereur son prisonnier.

1899 : un mouvement populaire éclate. Les membres de la société secrète Yihetuan (dont le symbole est un poing fermé, d'où le nom de Boxeurs [ou Boxers] donné par les Occidentaux à ses membres) mènent campagne contre les étrangers au Shandong. Des missionnaires sont tués. La révolte gagne Pékin. Les légations sont assiégées et isolées. Les renforts sont repoussés. La Cour impériale laisse faire. Le ministre d'Allemagne Ketteler est tué.

1900 : en août, une expédition internationale délivre les légations. Les puissances occidentales imposent des sanctions et obtiennent une indemnité de 2 milliards de francs-or. Pour cela il faut recourir à des emprunts, gagés sur les revenus des douanes et de la gabelle. L'emprise financière et la pénétration économique des puissances étrangères en sont facilitées.

1900-1910 : période de tentatives de réforme dans l'enseignement, l'armée et l'Administration. Cixi prend la direction de cet effort de modernisation.

1908 : mort de Cixi et de l'empereur Guangxu. Puyi devient empereur à l'âge de trois ans. La régence ne peut qu'accentuer la faiblesse d'un régime déjà menacé par la pression des forces révolutionnaires.

De la révolution au socialisme (1911-1949)

1911 :

fin de la dynastie des Qing. Le régime impérial s'effondre. Dans les milieux intellectuels, les idées républicaines font leur chemin. Les jeunes Chinois rêvent d'une Chine unifiée et modernisée. Fondé par Sun Yat-sen, le Guomindang provoque une agitation. Le 10 octobre 1911, des troupes éclatent dans la vallée du Yangzi, à Wuchang. Le 29 décembre, des représentants des diverses provinces choisissent Sun Yat-sen comme président de la République.

1912 : Yuan Shikai, chargé par la Cour de réprimer les révoltes, obtient l'abdication de l'empereur (février). Yuan Shikai (auquel Sun Yat-sen laisse la place) devient président de la République, élu par une Assemblée réunie à Nankin.

1913 : emprunt accordé par un consortium international, qui permet à Yuan Shikai de se maintenir au pouvoir. Des soulèvements provoquent la dissolution du Guomindang.

1914 : le Japon s'empare des concessions allemandes en Chine (Qingdao).

1915 : la Chine cède à vingt et une « demandes » du Japon, qui impliquent le protectorat de ce dernier. Yuan Shikai cherche à rétablir la monarchie à son profit.

1916 : mort de Yuan Shikai. La Chine entre alors dans une longue période de luttes entre les chefs républicains et les généraux. Les dujun (« seigneurs de la guerre »), Zhang Zuolin, gouverneur de Mandchourie, Cao Kun, gouverneur du Zhili (aujourd'hui Hebei), etc., plongent la Chine du Nord dans des luttes fratricides, qui se poursuivront jusqu'en 1927.

1917 : au sud de la Chine, Sun Yat-sen prend la tête du gouvernement républicain qui siège à Canton.

1918 : la Chine du Sud (sud du Yangzi), aux mains des révolutionnaires, s'offre au gouvernement de Pékin, qui bénéficie de l'appui financier du Japon.

1919 : mouvement du 4 mai, au cours duquel la jeunesse étudiante met en accusation l'idéologie et la société anciennes, fustige le népotisme et prône l'émancipation des femmes. Les écrivains abandonnent le wenyan (langue des classiques) pour le baihua (langue parlée). Parmi les leaders de ce mouvement, Li Dazhao et Chen Duxiu, futurs fondateurs du parti communiste chinois.

1920 : des intellectuels et des ouvriers se réunissent à Shanghai pour former un parti révolutionnaire.

1921 : création du parti communiste chinois (P.C.C.) à Shanghai.

1922 : le P.C.C. adhère au Komintern.

1923 : le Guomindang est réorganisé par Sun Yat-sen et la mission soviétique de Borodine. Dans l'esprit de Staline et de Boukharine, il s'agit de structurer la bourgeoisie chinoise avant de l'éliminer dans un avenir lointain.

1925 : mort de Sun Yat-sen. Scission au sein du Guomindang entre, d'une part, les radicaux avec Wang Jingwei et Song Qingling (veuve de Sun Yat-sen) et, d'autre part, les modérés avec Jiang Jieshi (Tchang Kaï-chek).

1926 :

Jiang Jieshi l'emporte et expulse des organes dirigeants les communistes, qui ont déjà montré leur force à diverses occasions. Le Komintern ne réagit pas. Jiang Jieshi lance le projet nationaliste d'« expédition vers le Nord » à la conquête des provinces tenues par les divers seigneurs de guerre. Toute la Chine du Sud est bientôt conquise. Les troupes fusillent les syndicalistes et les éléments de gauche.

1927 : les communistes s'emparent de Shanghai et ouvrent la ville à Jiang Jieshi, qui les fusille en masse (avril). Nankin devient le siège du gouvernement nationaliste chinois. Les communistes chinois, privés de leurs bases urbaines, rentrent dans la clandestinité. Mao Zedong, Zhou Enlai et Zhu De rassemblent leurs troupes pour former l'armée populaire de libération. Ils se regroupent dans les montagnes du Hunan puis du Jiangxi et entament avec succès leur campagne de propagande en milieu paysan, alors impatient de réformes agraires.

1928 : Jiang Jieshi marche vers le nord et, avec l'aide de Feng Yuxiang, entre en juin à Pékin, que Zhang Zuolin doit évacuer et qui devient capitale. Jiang Jieshi devra faire face aux dissidents de son parti, aux généraux rebelles, aux communistes et aux Japonais qui cherchent à envahir la Chine.

1931 :

création d'une République soviétique chinoise présidée par Mao Zedong (capitale Ruijin au Jiangxi). En septembre, à la suite d'incidents, les Japonais occupent la Mandchourie.

1932 : boycott de marchandises japonaises par les Chinois. Le Japon attaque Shanghai. La S.D.N. réagit en vain. La Mandchourie devient le Mandchoukouo, État prétendument indépendant, placé sous l'autorité de Puyi, dernier empereur mandchou.

1933 : les Japonais entrent en Chine du Nord, toutefois ils évacuent les territoires situés au sud de la Grande Muraille ; la lutte anticommuniste se poursuit au Jiangxi.

1934-1935 :

début de la « Longue Marche » des communistes attaqués par les forces nationalistes du Guomindang. L'aile gauche du Guomindang souhaite une réconciliation nationale avec les communistes face au danger japonais.

1936 : Yan'an devient le capitale des soviets chinois. Incident de Xi'an : Jiang Jieshi tombe aux mains des communistes grâce à l'aide du général Zhang Xueliang que Zhou Enlai a su rallier. Une fois relâché sur ordre de Staline, Jiang Jieshi fait amende honorable et le gouvernement nationaliste cesse la lutte contre les communistes. C'est un prélude à l'union nationale contre le Japon.

1937 : le Japon engage les hostilités près de Pékin contre les troupes chinoises. Pékin tombe. Marche japonaise vers le sud. Le gouvernement de Jiang Jieshi se réfugie à Hankou après avoir fui Nankin. Débarquement à Shanghai. Jiang Jieshi entre dans la résistance aux côtés des communistes, qui organisent la guérilla à partir du Shaanxi. Les Japonais ne peuvent avancer à l'intérieur du pays.

1938 : chute de Hankon. Jiang Jieshi se réfugie à Chongqing, qui sera sa capitale pendant sept ans. Les communistes gagnent du terrain au Henan, au Shandong et au Zhejiang.

1939 : les Japonais cherchent à bloquer les frontières de la Chine.

1940 : Wang Jingwei se détache de Jiang Jieshi et négocie avec les Japonais, avec l'aide desquels il négocie un gouvernement dissident à Nankin.

1940-1945 : le mordant des troupes communistes s'affirme dans la mesure où décline celui des forces nationalistes. Celles-ci sont en partie immobilisées pour arrêter l'extension des zones contrôlées par des alliés souvent traités en rivaux ; les incidents, parfois graves, se multiplient. Le gouvernement de Chongqing s'affaiblit au milieu des intrigues, des combinaisons d'hommes d'affaires, des manœuvres de politiciens jouant de l'idée d'une paix séparée avec le Japon pour obtenir des États-Unis une aide accrue. Ces derniers soutiennent énergiquement la Chine et envient des missions militaires (généraux Stilwell et Hurley) pour rétablir la situation de Jiang Jieshi, lutter contre la confusion politique et intensifier l'effort de guerre d'une Chine unifiée.

1945 :

le Japon capitule le 14 août ; communistes et nationalistes se retrouvent alors face à face. Les forces communistes s'emparent d'une partie de la Mandchourie, du Shandong, du Hebei, du Henan, tandis que le Guomindang récupère la plupart des grandes villes. Le général américain Marshall tente alors une formule de compromis pour intégrer les communistes dans une Chine reconstituée sous la conduite de Jiang Jieshi, à qui les États-Unis conservent leur confiance.

1946 : la guerre civile reprend ; les nationalistes perdent du terrain, notamment en Mandchourie, récupérée après le désarmement des Japonais par l'armée soviétique.

1947 : les communistes dénoncent les ambitions de Jiang Jieshi, sa collusion avec les Américains, et s'alignent sur l'U.R.S.S. Le chef du Guomindang ne s'en montre que plus intransigeant ; il dissout la « Ligue démocratique », moins extrémiste et de formation récente, si bien que les modérés grossissent les rangs des mécontents décidés à l'écarter du pouvoir. Alors que dans les régions contrôlées par les nationalistes règne une semi-anarchie, aggravée par la pénurie et une vertigineuse inflation, Mao Zedong propose à ses partisans un programme constructif.

1948 : Jiang Jieshi est élu président de la République à Nankin.

1949 : en août se constitue un gouvernement populaire du Nord-Est, bientôt suivi par celui de la Chine du Nord. La partie est perdue pour Jiang Jieshi, qui, le 8 décembre, se réfugie dans l'île de Formose (Taïwan), où s'installe son gouvernement. La désagrégation du Guomindang, le ralliement des hésitants aux communistes, l'adhésion des masses paysannes, mécontentes des taxes prélevées par les nationalistes et attirées par la généralisation de la réforme agraire, ont contribué aux rapides succès de l'armée populaire de libération.

La République populaire et la construction d'un nouvel ordre (1949-1954)

Le désordre initial : la Chine en 1949

Douze ans de guerre avec le Japon et de guerre civile entre les communistes de Mao Zedong et les nationalistes de Jiang Jieshi ont ravagé le pays : la Chine ne récolte plus que les trois quarts du riz d'avant-guerre. Sa production industrielle a baissé de plus de la moitié par rapport à celle de 1936. L'inflation est telle que l'on instaure un étalon millet en Chine du Nord et un étalon riz en Chine du Sud…

La reconstruction

La tâche prioritaire des communistes est donc de reconstruire le pays. Ils y parviennent grâce au rétablissement d'un certain ordre, dans le cadre des six régions administratives et militaires qu'ils ont mises en place au fur et à mesure de la progression des soldats de l'armée populaire de libération (A.P.L.), nouveau nom de l'armée rouge depuis juillet 1946. Le Nord-Est (ex-Mandchourie) est sous le contrôle de Gao Gang ; la Chine orientale, dont la capitale est Shanghai, est gérée par Rao Shushi ; le prestigieux général Lin Biao domine les régions de Chine centrale et méridionale ; Peng Dehuai, un autre grand chef de guerre, dirige la région du Nord-Ouest, de Xi'an au lointain Xinjiang ; enfin le général Liu Bocheng, secondé par son commissaire politique Deng Xiaoping, est le responsable de la région du Sud-Ouest, axée sur le Sichuan. Ses soldats entrent à Lhassa en octobre 1950 et mettent fin à l'indépendance de fait du Tibet. Les derniers soldats nationalistes, chassés du Yunnan, se sont réfugiés dans le triangle d'or birman de l'opium. Jiang Jieshi a fui à Taïwan où le régime nationaliste crée en décembre 1949 un gouvernement en exil, après avoir écrasé dans le sang une tentative autonomiste dès février-mars 1947.

   

Par ailleurs, les notables désignés par les autorités de la Conférence consultative politique du peuple chinois, réunis à Pékin en septembre 1949, à la veille de la proclamation, le 1er octobre, de la République populaire de Chine, jettent les bases juridiques du nouveau régime. Mao Zedong cumule les fonctions de président de la République, du parti communiste chinois (P.C.C.) et de la puissante commission des Affaires militaires. Zhou Enlai est Premier ministre ; Liu Shaoqi, vice-président de la République et du gouvernement, est le numéro deux du régime. L'ancien typographe Chen Yun dirige le secteur de l'économie et des finances.

   Dès décembre 1952, la Chine retrouve pratiquement son niveau de production d'avant la guerre : 161 millions de tonnes de céréales, 166 de charbon et 1 500 000 tonnes d'acier. Il faudra cependant attendre juillet 1955, après l'émission, en mars, d'une monnaie non convertible, mais stable, le yuan, pour pouvoir fixer les objectifs du premier plan quinquennal, lancé deux ans plus tôt. En juin 1953, le gouvernement publie les résultats du nouveau recensement : on dénombre 585 millions de Chinois. En septembre 1954, l'Assemblée nationale populaire, formée de députés élus à partir de candidatures uniques patronnées par le seul P.C.C., adopte une Constitution.

Le programme des vainqueurs

Les communistes ont donc su parer au plus pressé et obtenir des résultats spectaculaires. Leur histoire les avait immergés, à partir de l'été 1927, dans les campagnes les plus reculées, ce qui ne les avait guère préparés à la gestion d'une économie moderne. Leur attitude envers la modernité est ambiguë : héritiers du mouvement du 4 mai 1919, ils pourfendent le « féodalisme » de la société traditionnelle, mais ils s'opposent à l'Occident « impérialiste » et refusent la confusion entre modernisation et occidentalisation. Leur choix du modèle soviétique (« L'U.R.S.S. d'aujourd'hui, c'est la Chine de demain », déclare Mao) cherche à surmonter cette contradiction : l'U.R.S.S. paraît à la fois moderne et anti-impérialiste. D'autant plus que la mort de Staline, le 5 mars 1953, a supprimé l'hypothèque des mauvaises relations entre ce dernier et Mao Zedong. On suivra donc l'exemple du pays pionnier du socialisme : planification d'État, collectivisation de la terre, nationalisation des grands moyens de production et d'échanges, financement de l'industrialisation à marche forcée, dominée par l'industrie lourde, par des prélèvements massifs sur les revenus paysans et rôle hégémonique du parti unique, le P.C.C. Ce parti exerce sa « dictature de démocratie nouvelle », au nom de 95 % de la population, contre une infime minorité d'« ennemis du peuple ».

La mise en place d'un nouvel ordre

Diverses lois et décrets construisent l'ossature de cette Chine nouvelle : la loi sur le mariage de juin 1950 brise la famille patriarcale, autorise le divorce et assure l'égalité juridique de la femme avec l'homme, réalisant ainsi un des rêves du mouvement du 4 mai, malgré les difficultés rencontrées pour sa mise en œuvre ; la loi agraire, votée le même mois, confisque 47 millions d'hectares aux notables ruraux. Cette classe est détruite et les 300 millions de paysans, qui cultivent 100 millions d'hectares, disposent de minipropriétés de 1 à 3 hectares par foyer. Le pacte politique conclu à cette occasion entre le régime et l'immense paysannerie, dont la soif de terre a été en partie assouvie, a été scellé dans le sang : la violence la plus extrême a prévalu durant un processus d'expropriation qui a coûté la vie à au moins 3 millions de personnes. La réforme agraire a ainsi été l'occasion d'un formidable règlement de comptes et a permis aux communistes de créer une nouvelle élite rurale. Toutefois, la situation économique qu'elle crée dans les campagnes est impossible à gérer. Dès 1952, des dizaines de millions de paysans affluent à la ville, chassés par la misère. Le 19 novembre 1953 une décision essentielle est prise : l'État instaure à son profit le monopole du commerce des céréales, espérant ainsi limiter la spéculation et, surtout, préparer les paysans à la collectivisation. Déjà des équipes d'entraide agricole regroupaient quelques dizaines de fermes par village en des coopératives élémentaires dont les membres gardaient la propriété de leur terre : 39 % des foyers paysans y avaient adhéré en 1953.

   Dans les villes, l'État a hérité du Guomindang un important secteur nationalisé, à la suite de la mainmise gouvernementale sur les entreprises japonaises. Ces usines fournissent le tiers de la production industrielle. Les entreprises capitalistes deviennent peu à peu des entreprises mixtes par le jeu des commandes d'État, complété par les campagnes syndicales contre les patrons soupçonnés de corruption ou de malversations. Un important secteur mixte assure la transition vers la collectivisation des banques et de l'industrie. La faible bourgeoisie chinoise s'est résignée très vite à capituler sans combat.

   Dans le même temps, le parti communiste commence à placer sous son contrôle la société urbaine qu'il quadrille de ses divers comités. La Terreur rouge, entre mars et septembre 1951, a abouti à l'exécution de plus d'un million d'ennemis du régime, vrais ou supposés, et à l'envoi dans des camps de concentration de deux millions d'autres. Le système de rééducation par le travail (laogai), largement inspiré du goulag soviétique, frappe plus les citadins que les paysans, à la différence de son modèle. Ses premiers règlements datent d'août 1954. Dans ce contexte de terreur et de répression, un pesant conformisme intellectuel s'impose peu à peu à tous. Quand l'écrivain Hu Feng critique les « poignards » dont le parti communiste frappe ainsi les créateurs, il est emprisonné et brisé par le parti dès octobre 1954.

La Chine, brillant second de l'U.R.S.S

La Chine applique d'autant plus le modèle soviétique qu'elle a choisi d'appartenir sans réserve au camp socialiste, dans le contexte de la guerre froide, développée depuis 1947 entre l'U.R.S.S. et les États-Unis. Dès juillet 1949, Mao Zedong a annoncé que la Chine « penchait d'un seul côté ». Il se rend en U.R.S.S. en décembre 1949 et rencontre Staline. En février 1950, un traité sino-soviétique d'amitié, d'alliance et d'assistance mutuelle est signé, bientôt honoré par la Chine : 800 000 soldats chinois interviennent comme « volontaires » dans la guerre de Corée en octobre 1950 et affrontent les troupes, essentiellement américaines, envoyées par l'O.N.U. au secours de la Corée du Sud agressée. Pékin perd dans ce contexte, au profit de Taïwan, son siège au Conseil de sécurité de l'O.N.U., tandis que les États-Unis décrètent l'embargo contre la Chine. La perspective de reconquérir Taïwan, protégée par la VIIe flotte américaine, s'éloigne. Cette géopolitique continentale d'une Chine à qui la mer est quasi fermée s'accompagne cependant de quelques succès : Pékin signe l'armistice de Panmunjom (27 juillet 1953), qui met fin aux hostilités en Corée, et joue un rôle important lors de la conférence de Genève de mai 1954, qui met fin à la guerre française d'Indochine. Cette nouvelle autorité internationale de la Chine est confirmée avec éclat en avril 1955 par le rôle éminent joué par Zhou Enlai, chef du gouvernement et ministre des Affaires étrangères, à la conférence des non-alignés réunie à Bandung.

Les plaies cachées

Toutefois, divers problèmes sont déjà survenus, qui forment la toile de fond de la première véritable crise politique du régime. En février 1954, deux dirigeants de première importance, Gao Gang et Rao Shushi, qui avaient quitté deux ans plus tôt les régions qu'ils administraient pour être promus dans l'appareil central du parti, sont dénoncés pour attitude antiparti. On les accuse d'avoir voulu faire des régions qu'ils administraient des « royaumes indépendants ». Le premier se suicide, et le second disparaît. L'affaire, qui demeure en partie obscure, a pour conséquence essentielle que Mao, aidé de Liu Shaoqi et de Deng Xiaoping, devenu membre du comité permanent du Bureau politique du parti, élimine ainsi deux personnalités qui lui faisaient ombrage : déjà le tyran pointe sous le « libérateur ».

Le désordre maoïste (1955-1976)

La pensée de Mao

Mao Zedong, qui s'était tenu en retrait durant ces premières années du régime, croit pouvoir maintenant mettre en pratique sa vision politique. Fondée sur le concept de « révolution permanente », celle-ci doit fort peu à Hegel, encore moins à Marx et beaucoup aux conceptions chinoises du conflit cosmique permanent entre le yang et le yin. Le monde se fait et se défait sans cesse. Toute stabilisation prolongée est mortelle : « un se divise en deux ». La lutte des classes est une manifestation essentielle de cette loi générale. Seule, elle empêche la bureaucratie du parti de dégénérer en une nouvelle bourgeoisie. Mao va donc cultiver les contradictions nées de la construction même du nouvel ordre.

La première expérimentation du maoïsme (1955-1958)

C'est d'abord au sein du monde paysan que Mao met en œuvre sa vision politique. Le 31 juillet 1955, il accélère la collectivisation et dénonce comme « des femmes aux pieds bandés » les cadres qui voulaient s'en tenir à la réforme agraire initiale. Les faits semblent lui donner raison : la campagne chinoise est presque totalement collectivisée en décembre 1956. Les paysans ont donc répondu positivement à son appel : il a profité de la déception de tous ceux que la réforme agraire n'a pas sortis de la misère. Mais le plan de développement agricole de douze ans, complètement irréaliste, qu'il lance en février 1956 échoue en quelques mois.

   Dans les villes, le capitalisme a disparu dès janvier 1956 et le taux de croissance de l'industrie tourne autour de 15 %. En septembre 1956, le VIIIe congrès d'un parti communiste chinois fort de 11 millions d'adhérents, adopte des thèses typiquement staliniennes : la principale contradiction en Chine étant l'opposition entre le « caractère avancé des rapports de production » et l'archaïsme des forces productives, il suffit donc de développer ces dernières.

   Mais Mao, tout au contraire, reste un fervent partisan de la lutte des classes. Or les faits semblent une nouvelle fois lui donner raison. Le XXe congrès du P.C.U.S., en février 1956, a été l'occasion pour Khrouchtchev de dénoncer les crimes de Staline. Ce faisant, il a ouvert une crise dans le camp socialiste, qui culmine en octobre avec l'insurrection hongroise, écrasée au début novembre par l'armée rouge soviétique. En février 1957, Mao estime que la « juste solution des contradictions au sein du peuple », dont ce drame est une illustration, nécessite que l'on permette la libre critique de la bureaucratie par les masses. La campagne des « Cent Fleurs » est donc lancée, qui bat son plein en mai 1957 : les intellectuels attaquent avec vigueur le parti, notamment sur le campus de l'université de Pékin où les étudiants exigent la liberté de parole, d'association et de pensée. De nombreuses grèves se développent, qui portent sur des revendications salariales, et une émeute éclate à Wuhan. Des centaines de milliers de coopératives agricoles sont dissoutes. Cependant, Mao, qui n'a rien d'un communiste libéral (il avait d'ailleurs fait connaître, dès avril 1956, ses réserves quant à la dénonciation de Staline à l'occasion du XXe congrès du P.C.U.S.), approuve rapidement la contre-offensive du P.C.C. qui, entre le 8 juin et le 9 octobre 1957, lance, sous la direction de Deng Xiaoping, une vigoureuse campagne « antidroitière » et invite à arracher les « fleurs vénéneuses » : ceux qui avaient suivi au mois de mai les incitations à la critique ouverte des dysfonctionnements du régime sont alors exilés à la campagne ou internés dans des camps par centaines de milliers.

   Mao a le vent en poupe : ses opposants modérés sont hors course. Il interprète le lancement de Spoutnik 1 en octobre comme la preuve de la supériorité militaire de l'U.R.S.S. sur les États-Unis dans le domaine des fusées stratégiques et déclare à Moscou, lors d'une conférence des 64 partis communistes, que « le vent d'est l'emporte sur le vent d'ouest ». Il refuse donc la coexistence pacifique entre les deux camps prônée par Khrouchtchev et propose, au contraire, pour prouver la supériorité du socialisme sur le capitalisme, que la Chine rattrape en quinze ans le niveau global de production atteint par la Grande-Bretagne et relance son utopique plan agricole de douze ans. La seconde session du VIIIe Congrès du P.C.C., réunie en mai 1958, adopte la ligne dite du « Grand Bond en avant ».

   En août, cette politique prend la forme du lancement des communes populaires, supposées résoudre toutes les difficultés du socialisme. Autosuffisantes, dirigées par un comité du parti tout-puissant et fortes en moyenne de 5 000 familles, elles pratiquent une collectivisation totale, fabriquent la fonte nécessaire aux outils agricoles dans de petits hauts-fourneaux, et nourrissent leurs membres dans des cantines gratuites, dans la perspective de la victoire prochaine du communisme. On envisage d'ailleurs la proche suppression du salariat et l'extension du système des « communes » à la ville. À, l'automne, 90 millions de paysans sont mobilisés pour de gigantesques travaux de construction de canaux et de barrages. Les récoltes s'annoncent superbes. On parle de 300, voire 400 millions de tonnes de céréales, contre 195 en 1957.

L'échec (1959-1965)

Mais ces millions de paysans éloignés des travaux des champs laissent pourrir sur pied cette récolte qui, de toute façon, n'excède pas 200 millions de tonnes. Les autorités, néanmoins, exigent que les livraisons de céréales à l'État soient calculées sur la base des évaluations fantaisistes de l'été. En 1957, ces livraisons avaient été de 40 millions de tonnes, le reste étant autoconsommé. En 1958, elles sont de 55,7 millions de tonnes, alors que la production n'a crû, en réalité, que de 5 millions. C'est d'autant plus grave que la collectivisation avait privé les paysans de toute réserve. En 1959, alors que la production chute de 30 millions de tonnes, on exige des paysans la livraison record de 55,9 millions et on en demande encore 42 millions en 1960.

   Or, la direction du parti, réunie à Lushan en juillet-août 1959, prend la décision insensée de persister dans l'erreur, alors que la famine a déjà fait son apparition en Chine centrale. Le maréchal Peng Dehuai, qui a osé critiquer le « vent mauvais communiste » et comparer la vision du monde de Mao à celle d'une grenouille au fond d'un puits, est remplacé au poste de ministre de la Défense par Lin Biao, proche fidèle de Mao. Plus rien ne permet d'éviter le pire : de l'hiver 1959 à l'hiver 1961, la Chine connaît trois années noires, qui coûtent la vie à au moins 30 millions de paysans. Le pacte initial implicite passé entre les paysans et les communistes est ainsi brisé. En ville, un strict rationnement a évité le pire.

   Liu Shaoqi (qui a succédé à Mao à la présidence de la République en 1959), Deng Xiaoping et Peng Zhen, maire de Pékin et membre du comité permanent du Bureau politique, mettent alors en place diverses mesures, appelées « les trois libertés et un contrat », qui relancent la production agricole : la terre collective va être partagée entre les exploitations familiales, à charge pour les paysans de fournir une partie de leur récolte à l'État. Ceux-ci disposent librement des surplus sur les marchés libres qui sont rouverts. En 1965, la Chine produit à nouveau 195 millions de tonnes de grains. On refoule dans les villages des millions de paysans venus à la ville pour travailler sur des chantiers que l'on ferme. La crise alimentaire est surmontée.

La Chine, centre rouge du monde (1962-1965)

Parallèlement à la crise intérieure, Mao a suscité une grave tension internationale. Déjà, en août 1958, en même temps qu'il lançait les communes populaires, il faisait bombarder par l'A.P.L. l'îlot nationaliste de Quemoy, au large de Xiamen, et ouvrait une crise dans le détroit de Taïwan. En mars 1959, Lhassa et la région orientale du Tibet se sont soulevées contre l'occupation chinoise et le dalaï-lama s'est réfugié en Inde. La tension sur la frontière himalayenne en est aggravée et culmine avec une courte guerre à l'automne 1962, au cours de laquelle l'A.P.L. humilie l'armée indienne. Les désaccords sino-soviétiques sont publics à partir du printemps 1960 et aboutissent à une rupture totale entre les deux partis communistes en 1963-1964. L'U.R.S.S. avait cessé d'aider la Chine à construire sa bombe atomique et rappelé ses experts durant l'été 1960. Elle n'avait pas soutenu la Chine lors des crises internationales de 1958 à 1962. Dans ce contexte, critiquer Mao revenait à soutenir les « révisionnistes » soviétiques. La Chine était en passe de devenir le cœur rouge du monde. Aussi Mao Zedong, malgré la terrible catastrophe du « Grand Bond », passe-t-il à la contre-attaque en septembre 1962. Il critique les dirigeants du parti qui auraient « oublié la lutte des classes » et lance une « campagne d'éducation socialiste », tout en mettant fin à la nouvelle politique agricole, où il voit une restauration du capitalisme. Durant trois ans, des directives contradictoires se succèdent pour placer ou non cette campagne d'éducation, souvent violente, sous le strict contrôle du parti. Ce conflit est gagné par Mao, dont le culte se développe, favorisé par la sortie d'un « petit livre rouge » de ses citations édité par l'A.P.L.

   Le 16 octobre 1964, la Chine fait exploser sa bombe atomique et affirme briser ainsi le monopole nucléaire des grandes puissances. L'U.R.S.S. devient un ennemi, au même titre que les États-Unis, alors que la Chine se rapproche de la France avec laquelle elle noue des relations diplomatiques en janvier de la même année. Une nouvelle politique étrangère s'ébauche.

La Révolution culturelle et les gardes rouges (1966-1968)

Décidé à détruire les hauts cadres du parti qui avaient osé, en 1961-1962, mettre en place une politique contraire à la sienne et lui avaient résisté entre 1962 et 1965, Mao poursuit son offensive. Pour ce faire, il mobilise la jeunesse des écoles, qui l'idolâtre, contre la bureaucratie communiste et les divers appareils idéologiques d'État, qu'elle exècre, d'autant plus que l'échec du « Grand Bond » a entraîné un marasme économique qui compromet son avenir. À partir de mai 1966, après avoir renforcé l'appareil militaire et policier, Mao lance une « révolution dans la révolution » et invite les masses à « bombarder les états-majors », dans une des premières affiches en grands caractères (dazibaos), qui vont se multiplier par la suite. Ce mouvement est appelé la « Grande Révolution culturelle prolétarienne », la jeunesse urbaine constituant des unités de « gardes rouges » qui pourchassent avec brutalité les restes du « féodalisme » et attaquent les « dirigeants révisionnistes engagés dans la voie de la restauration du capitalisme ». Quand ces derniers résistent, l'A.P.L. soutient la « gauche ». Peng Zhen est la première victime illustre de cette révolution, bientôt suivi par Liu Shaoqi (qui mourra en prison en 1969) et par Deng Xiaoping.

   Très vite le chaos se développe, d'autant plus que, commencé dans les campus universitaires et dans les lycées et collèges, le mouvement gagne les usines, où des « rebelles » se soulèvent contre la direction. Le plus souvent, ce sont des ouvriers privés de garantie d'emploi, des paysans affectés à des travaux de force, des apprentis. Ils s'en prennent aux syndicats officiels et au parti qui s'appuient sur les ouvriers qualifiés. Les conflits sont parfois sanglants, comme à Wuhan, durant l'été 1967. Rapidement, les différentes unités de gardes rouges s'entre-déchirent, tandis que le groupe central chargé de la Révolution culturelle, animé par l'épouse de Mao, Jiang Qing, par divers idéologues et polémistes, comme les shanghaiens Zhang Chunqiao et Yao Wenyuan, ou le secrétaire de Mao, Chen Boda, n'a d'autre autorité que celle que lui délègue Mao. Cependant, l'armée commence à rétablir l'ordre. À partir de l'été 1968, plus de 16 millions de gardes rouges sont envoyés dans les villages les plus reculés pour s'y rééduquer auprès des paysans pauvres. Les comités révolutionnaires mis en place depuis quelques mois sont formés de militaires et de cadres qui ont surnagé pendant la tourmente. La phase active de la Révolution culturelle est terminée. Il faut reconstruire l'État, recoudre le tissu social déchiré, relancer la production et mettre un terme à une guerre civile rampante.

La bureaucratisation de l'utopie (1969-1976)

En avril 1969, le IXe Congrès du P.C.C. rétablit un semblant d'ordre. Le parti se reconstruit du sommet vers la base, l'A.P.L., seule force encore organisée, jouant de nouveau un rôle décisif. Lin Biao, son chef, est nommé par le Congrès vice-président du parti, apparaissant ainsi comme le successeur désigné de Mao. Par conviction ou par calcul, il exaspère les tensions avec l'U.R.S.S., ce qui aboutit au printemps 1969 à de graves incidents de frontière, révélant l'isolement international de la Chine. Mao, conscient du péril, change de cap du tout au tout et invite le président Nixon à Pékin, après une rencontre secrète avec Kissinger, en juillet 1971. La visite officielle a lieu en février 1972 et aboutit à la normalisation des relations sino-américaines, en 1978. Cette volte-face stratégique inaugure une nouvelle politique étrangère qui va s'appeler la « politique des Trois Mondes » : face au premier monde formé des deux superpuissances, l'américaine et la soviétique, le tiers monde (où se situe la Chine) doit s'unir avec le deuxième monde (les anciennes grandes puissances occidentales et le Japon) contre la superpuissance la plus dangereuse, l'U.R.S.S. Lin Biao n'accepte pas ce renversement des alliances. Il n'est pas sûr, cependant, qu'il ait véritablement organisé un complot contre Mao. Mais, dénoncé par ce dernier, il s'enfuit à la hâte et périt dans un accident d'avion en Mongolie, le 12 septembre 1971.

   Dans ce nouveau contexte, divers dirigeants pragmatistes, autour de Zhou Enlai et, à partir d'avril 1973, de Deng Xiaoping, réhabilité et rétabli dans ses fonctions de premier vice-Premier ministre et de vice-président du Comité central, cherchent à renouer avec une logique du développement qu'ils appellent les « quatre modernisations ». Alors que la Révolution culturelle avait placé la politique (ou, plutôt, l'idéologie) au poste de commande, ils lui substituent l'économie et privilégient les domaines de l'agriculture, de l'industrie, des sciences et techniques et de la défense nationale. Pour eux, la Révolution culturelle a formé une parenthèse à refermer au plus vite. Mais, malade, coupé du réel, Mao s'obstine dans ses visions utopiques. S'il se résigne à la montée en puissance des pragmatistes, il favorise en même temps l'ascension vers les sommets du parti d'idéologues gauchistes promus par la Révolution culturelle, que l'on appellera plus tard « la Bande des Quatre » : Jiang Qing, Yao Wenyuan, Zhang Chunqiao et Wang Hongwen. Ce dernier, devenu un des chefs des « rebelles » de Shanghai, est même choisi comme vice-président du parti, lors de son Xe congrès, en août 1973. Une campagne est lancée par ces ultragauchistes contre Lin Biao qu'ils dénoncent comme « droitier » au même titre que… Confucius. Pour eux, la Révolution culturelle se poursuit.

   L'année 1976 met fin à cette sourde lutte entre deux lignes, par une série de coups de théâtre. C'est l'obscur Hua Guofeng, et non pas Deng Xiaoping, qui succède au poste de Premier ministre à Zhou Enlai, mort en janvier 1976. Le mécontentement populaire se traduit les 4 et 5 avril 1976 par des manifestations de dizaines de milliers de personnes place Tian'anmen à la mémoire de Zhou Enlai et contre la Bande des Quatre. Deng Xiaoping, accusé d'avoir fomenté ces « événements contre-révolutionnaires », qui sont durement réprimés, est de nouveau privé de ses fonctions, sans être toutefois exclu du parti. La mort de Mao, le 9 septembre, précédée par le terrible tremblement de terre de Tangshan, le 28 juillet, qui semble un signe du destin, débouche sur l'arrestation, le 6 octobre, de la Bande des Quatre. Hua Guofeng est désigné le 7 octobre comme le nouveau président du parti.

La réforme de Deng Xiaoping

L'irrésistible ascension de Deng Xiaoping (1977-1978)

Confirmé comme président du parti par le XIe congrès, en août 1977, Hua Guofeng lance en février 1978 un ambitieux programme de grands travaux où l'on retrouve un peu du volontarisme du « Grand Bond en avant ». Chargé d'édifier le mausolée de Mao, place Tian'anmen, et éditeur du dernier tome des Œuvres choisies du président, il se réclame d'un maoïsme bon teint, quoique tempéré.

   

Mais il a dû faire une concession majeure aux militaires pour parvenir à ses fins : la réhabilitation de Deng Xiaoping. Ce dernier, qui retrouve toutes ses fonctions lors du XIe Congrès, lance aussitôt une triple offensive. La première se propose de revoir à la baisse le bilan du maoïsme : c'est la campagne de « la pratique comme critère de la vérité », qui commence à établir un bilan négatif de la Révolution culturelle. La deuxième est plus profonde : Deng Xiaoping relance, à partir des deux provinces de l'Anhui et du Sichuan, la politique des « trois libertés et un contrat », qu'il avait expérimentée déjà en 1961. Les succès de cette campagne font tache d'huile : la décollectivisation commence dans les campagnes, alors que la production y progresse. Cette révolution silencieuse assure à Deng Xiaoping l'appui de la paysannerie. La troisième offensive est politique : alors que la tenue d'un comité central décisif se prépare en novembre-décembre 1978, Deng Xiaoping profite de la venue à Pékin de dizaines de milliers de plaignants qui demandent la reconnaissance des torts subis par eux du temps de Mao et d'une campagne d'affiches sur ce que l'on appelle bientôt le « Mur de la démocratie », près du siège central du parti. On y réclame plus de libertés, on y dénonce Mao comme le cinquième homme derrière la Bande des Quatre. Des manifestations ont lieu au centre de Pékin. Deng Xiaoping profite de ce mouvement pour faire basculer le Comité central en sa faveur. Ses amis entrent au Bureau politique, la réforme dans les campagnes, appelée « système de responsabilités » est généralisée. Hua Guofeng doit faire son autocritique. La réforme (gaige) commence.

Les années heureuses de la réforme (1979-1985)

Deng Xiaoping s'emploie alors à consolider et à amplifier ce succès encore fragile. Il élimine d'abord le mouvement démocratique qu'il a utilisé, mais qui le gêne désormais. Il a besoin, en effet, du soutien des militaires et de la haute bureaucratie communiste. Or les activistes du Mur de la démocratie ont pris de l'assurance. Dès le 5 décembre, un ancien garde rouge, Wei Jingsheng, exige une cinquième modernisation, la démocratie. Des dazibao non contrôlés paraissent et dénoncent le manque de liberté. Deng Xiaoping annonce le 16 mars 1979 que toute remise en question du rôle hégémonique du P.C.C. sera punie. Le 29 mars, Wei Jingsheng est arrêté. D'autres mises en détention d'opposants suivent. Wei est condamné à quinze ans de prison. L'épisode démocratique est terminé.

   Deng Xiaoping élimine parallèlement le courant maoïste orthodoxe. Le procès, entre novembre 1980 et janvier 1981, des survivants de l'affaire Lin Biao et de la Bande des Quatre, est en fait le procès de la Révolution culturelle et de Mao lui-même. Hua Guofeng est peu à peu dépouillé de ses pouvoirs au profit de deux protégés de Deng Xiaoping, Hu Yaobang, qui devient le numéro un du P.C.C. en succédant officiellement à Hua Guofeng à la présidence du parti, et Zhao Ziyang, qui est nommé Premier ministre. Le XIIe Congrès du P.C.C., en septembre 1982, entérine ces décisions. Cette remise en cause de Mao, qui s'accompagne, au niveau de la société, d'une disparition progressive des structures maoïstes (décollectivisation, assouplissement du contrôle de la société urbaine), ne constitue cependant qu'une « démaoïsation » partielle : en effet, la pensée Mao Zedong continue à être une des bases théoriques du P.C.C. et il subsistera même par la suite une certaine nostalgie de cette époque « où l'argent n'était pas roi ».

   Au plan extérieur, Deng Xiaoping ouvre résolument le pays au monde et rompt avec la géopolitique isolationniste de Mao. Il se rend aux États-Unis en janvier-février 1979, normalise les relations avec le Japon, et crée dans le Sud cinq « zones économiques spéciales », dont celle de Shenzhen. Ces ports francs sont ouverts aux capitaux étrangers. En même temps, une courte guerre sino-vietnamienne, en février 1979, révèle les nouvelles ambitions régionales de la Chine.

   Dans ce nouveau contexte, la réforme progresse très vite à la campagne. On y multiplie les contrats de « forfait intégral » qui donnent aux paysans la libre jouissance des terres que la collectivité leur a attribuées pour quinze ans et plus, contre diverses obligations. La récolte de céréales de 1984 est de 407 millions de tonnes, un record. Les revenus paysans croissent de 11 % par an. Les communes populaires sont dissoutes en 1985. La collectivisation à la campagne a disparu.

   Par contre, les tentatives d'extension de la réforme à la ville marquent le pas, malgré une décision en ce sens prise en 1984. Les citadins sont habitués à un ordre, organisé autour de leurs entreprises. Celles-ci leur assurent un emploi à vie, le logement, un système d'assurance maladie, une retraite. Cette réforme, avec son souci de vérité des prix et de rentabilité, est pour eux un risque. Il l'est aussi pour le parti qui a peur des influences idéologiques de l'Occident et lance en 1983 une campagne contre la « pollution idéologique » pour s'en protéger.

La réforme en crise (1986-1988)

Progressivement, la réforme suscite des difficultés et des déceptions. Le retard de l'industrie fait que les intrants, éléments de base nécessaires à la production agricole (fioul, engrais, semences…), de plus en plus demandés, sont de plus en plus chers. Or le prix de vente des céréales baisse de 25 % entre 1984 et 1990, car il y a désormais surproduction. Les revenus paysans diminuent sensiblement de 1985 à 1989. Les cadres, profitant de la pénurie, organisent un marché noir des intrants. Si 20 % des paysans se sont enrichis, 20 % aussi sont tombés dans la plus extrême misère. Environ 80 millions de ruraux essaient de trouver des emplois sur les chantiers urbains.

   

Or, à la ville, le chômage frappe peut-être 10 % de la population, tandis que l'inflation, qui était de 8,8 % en 1985, atteint 21 % en 1988. Ces difficultés doivent être surmontées. Dans divers cercles, des intellectuels démocrates favorables à une libéralisation du régime s'affrontent aux partisans du néoautoritarisme, qui tournent les yeux vers les gouvernements ultraconservateurs des prospères « petits dragons » asiatiques (Malaisie, Taïwan, Singapour, Hongkong et Corée du Sud). Mais tous veulent une extension de la réforme au domaine politique, qui mettrait fin à l'hégémonie du P.C.C. En décembre 1986, les étudiants manifestent pour plus de libertés, notamment à Shanghai et à Pékin. Deng Xiaoping renvoie Hu Yaobang (janvier 1987), suspect de sympathie pour leurs idées. Li Peng devient Premier ministre. Le XIIIe Congrès du P.C.C., en octobre 1987, nomme Zhao Ziyang à la tête du parti. Deng Xiaoping, bien qu'il ne soit plus officiellement que le président de la commission des Affaires militaires du parti, reste en fait le numéro un du régime. Un an plus tard, à l'automne 1988, Li Peng est chargé d'un grand ministère économique qui rétablit le contrôle de l'État sur les prix, gèle les prêts et suspend de nombreux chantiers. Le malaise politique s'accentue, car s'y s'ajoute désormais une crise sociale rampante.

Le massacre de Tian'anmen et l'impasse politique (1989-1991)

La mort subite de Hu Yaobang, le 15 avril 1989, débouche ainsi sur une crise politique aiguë. Les manifestants étudiants de Pékin, qui voient en lui un champion des libertés et de la lutte contre la corruption, demandent dès le 21 avril que l'on réhabilite sa mémoire et exigent le départ de Deng Xiaoping. Dès le 26 avril, un éditorial du Quotidien du peuple, inspiré par ce dernier, présente cette agitation comme de la « chienlit ». Mais les troubles gagnent de l'ampleur et une partie importante des salariés de la capitale rejoint les étudiants dans la rue. Le 4 mai, Zhao Ziyang témoigne d'une volonté de dialogue avec les manifestants. Ceux-ci occupent désormais en permanence la place Tian'anmen où, à partir du 13 mai, 2 000 d'entre eux entament une grève de la faim. Le 15, la visite de Mikhaïl Gorbatchev, venu renouer le dialogue entre l'U.R.S.S. et la Chine, est perturbée, ce qui humilie Deng Xiaoping. Le 17, Zhao Ziyang est mis en minorité au Bureau politique par le clan conservateur convoqué par Deng Xiaoping, et la loi martiale est proclamée le 20 mai. Privés de soutien politique, et conscients de l'impasse où ils se trouvent, les étudiants multiplient les décisions contradictoires. L'état-major de l'A.P.L. fait venir des unités de toutes les régions militaires, et, le 4 juin, une force blindée procède brutalement à l'évacuation de la place Tian'anmen, massacrant 2 000 à 3 000 personnes qui cherchaient à s'opposer à son intervention. La police politique effectue des milliers d'arrestations. Jiang Zemin, qui a su éviter le pire à Shanghai dont il était le maire, est désigné pour succéder à Zhao Ziyang à la tête du P.C.C.

   Cependant le succès des conservateurs, avec Li Peng à leur tête, est sans lendemain. Ils tentent en vain de remettre en question la réforme et, notamment, la décollectivisation. De plus, l'implosion douloureuse de l'U.R.S.S. voisine montre les dangers de l'immobilisme de type brejnévien auquel s'apparente leur démarche.

La relance (1992-1997)

Deng Xiaoping entreprend, du 18 janvier au 21 février 1992, une « tournée d'inspection » dans le Sud, qui le conduit à Wuhan, Shenzhen, Zhuhai et Shanghai, où il vante les succès de sa réforme. Il affirme que l'économie de marché n'est pas incompatible avec le socialisme et qu'il faut étudier les performances du capitalisme. Le XIVe Congrès du P.C.C., en octobre 1992, appuie cette ligne et confirme Jiang Zemin dans ses fonctions, faisant de lui le nouveau numéro un du régime. Deng Xiaoping, malade, meurt le 19 février 1997.

   Durant ces années, les bonnes performances économiques d'une Chine dont le taux de croissance est proche de celui des « petits dragons » asiatiques se confirment. Mais les contradictions de la réforme sont de plus en plus visibles. Les scandales financiers et la corruption se généralisent. La tension sociale monte tant à la ville qu'à la campagne. Cependant, la succession de Deng Xiaoping s'effectue sans difficultés, l'équipe dirigeante assurant la continuité du régime, entre le XVe Congrès du P.C.C., en septembre 1997, et la désignation comme Premier ministre de Zhu Rongji, en mars 1998.

   En 1996, les Chinois inspirent la création, à Shanghaï, du Mécanisme des cinq de Shanghaï, une organisation regroupant la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan et destinée à maintenir la sécurité transfrontalière et à favoriser les relations économiques entre leurs membres.

La montée des contestations et la crispation du régime (1998-2001)

Le régime effectue, au cours de l'automne 1998, un repli sécuritaire. La montée des contestations politiques (activisme du parti démocrate chinois, formation dissidente interdite par le régime) et un malaise social de plus en plus perceptible (millions de licenciements) conduisent à une remobilisation des forces conservatrices : la répression des dissidents s'accentue. Inquiètes de la montée des manifestations pacifiques de la secte Fa Lun Gong – mouvement religieux d'inspiration taoïste-bouddhiste – en 1999, les autorités répliquent en la proclamant hors la loi, puis en faisant adopter par le Parlement une nouvelle législation antisecte.

   Sous l'impulsion de Jiang Zemin, le P.C.C. est engagé dans un processus de régénération. Sur le plan doctrinal, l'accent est mis sur trois points : l'intégration, selon la théorie dite des « Trois Représentativités », des nouvelles forces montantes (entrepreneurs privés, managers, techniciens spécialisés, etc.) dans le parti ; l'élaboration d'une nouvelle morale sociale après l'effondrement de l'idéologie maoïste ; enfin, l'intensification de la lutte contre la corruption. Concernant ce dernier point, plusieurs hauts fonctionnaires et des personnalités politiques au plus haut niveau en font les frais, notamment lorsqu'éclate, en 2000, autour du groupe industriel Yuanhua, le plus gros scandale politico-financier de ces dernières années.

   Sur le plan extérieur, le régime enregistre des déconvenues mais aussi quelques succès non négligeables. Alors que Macao se prépare dans le calme à être rendu aux Chinois (20 décembre 1999), une nouvelle crise éclate entre la République populaire de Chine et Taïwan – désormais seul territoire « chinois » à échapper au contrôle de Pékin (Hongkong a été rétrocédée en juin 1997). La remise en cause du principe d'« une seule Chine » par les autorités taïwanaises pousse Pékin à procéder à des manœuvres militaires d'intimidation. La victoire à l'élection présidentielle taïwanaise du candidat de la mouvance indépendantiste, Chen Shui-bian (mars 2000), constitue un revers pour les autorités chinoises.

   Les relations sino-américaines, entachées par une série d'incidents (tel le bombardement par l'O.T.A.N. de l'ambassade de Chine à Belgrade en 1999) et de déceptions (renforcement des liens militaires entre Washington et Tokyo), connaissent une nette dégradation peu après l'arrivée au pouvoir de la nouvelle administration américaine dirigée par le républicain George W. Bush. Les nombreux différends qui opposent les deux pays – aide de la Chine à l'Iraq, bouclier antimissile américain, droits de l'homme, livraison de matériels militaires sophistiqués à Taïwan, etc. – obèrent les intérêts commerciaux qui les liaient jusqu'à présent. En mars 2001, la collision accidentelle entre un avion espion américain et un chasseur chinois conduit à un véritable bras de fer.

   En juillet 2001, la Chine et la Russie signent un nouveau traité d'amitié et de coopération. Simultanément, grâce à une intense activité diplomatique, Pékin emporte l'organisation des jeux Olympiques de 2008. Ce succès, vécu comme un premier pas vers une reconnaissance internationale, sera suivi, en décembre, par l'accession de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce (O.M.C.). Tirant profit du nouveau contexte géopolitique créé par les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, Pékin rejoint Washington dans sa campagne contre le terrorisme. En contrepartie, elle escompte une meilleure compréhension de ses propres préoccupations de « sécurité nationale », et entend avoir les mains libres dans sa répression du « séparatisme islamique » au Xinjiang ou du particularisme tibétain. Par ailleurs, considérant, avec la Russie, la présence à long terme des forces américaines en Asie centrale comme un facteur de déstabilisation, elle s'efforce de consolider sa sécurité dans le cadre du Mécanisme des cinq de Shanghaï, devenue en avril l'Organisation de coopération de Shanghaï (O.C.S.), rejointe par l'Ouzbékistan.

La « quatrième génération »

La transition du pouvoir, amorcée en novembre 2002 par le XVIe Congrès du P.C.C., au cours duquel Hu Jintao, un apparatchik et un technocrate consensuel, est élu secrétaire général du Comité central du parti et la plupart des membres du Bureau politique sont remplacés, se poursuit sans heurts en 2003. Lors de la session annuelle de la Xe Assemblée nationale populaire, Hu Jintao remplace Jiang Zemin à la présidence de la République, Wu Banguo succède à Li Peng à la présidence de l'A.N.P., le vice-Premier ministre Wen Jiabao est nommé Premier ministre à la place de Zhu Rongji. À la génération des septuagénaires succède une équipe de sexagénaires, dite « quatrième génération ». Toutefois, Jiang Zemin, resté à la direction de la Commission militaire centrale jusqu'en 2005, demeure de facto l'homme fort du régime.

   Héritières d'une situation intérieure tendue – chômage persistant, inégalités sociales et régionales accrues, doléances paysannes et ouvrières –, créée par la politique libérale de leurs prédécesseurs, les nouvelles élites maintiennent pour objectif la prospérité et le développement, mais infléchissent les moyens d'y parvenir en s'assignant pour mission le rétablissement de l'équité et de la justice sociale. Ayant tous deux mené leur carrière d'apparatchik en Chine rurale, Hu Jintao et le Premier ministre Wen Jiabao forment un tandem sensible aux questions d'aménagement du territoire et de redistribution des revenus. À l'écoute d'un fort mécontentement social porteur d'une vigoureuse revendication d'un État de droit, les nouvelles autorités sanctionnent, en 2004, l'engagement irresponsable des cadres locaux dans une croissance effrénée et annoncent une réorientation vers la « qualité de la croissance », assortie d'une série de mesures au profit des campagnes (allègement de la surcharge fiscale et suppression des abus dans les expropriations dont sont victimes les paysans). En 2005 cependant, quelque 80 000 manifestations contre les expropriations de terres sans indemnités pour des projets industriels sont toujours répertoriées.

   Lors du 6e plénum du XVIe Congrès du P.C.C. (8-11 octobre 2006), le président Hu Jintao, cherchant à se démarquer de son prédécesseur Jiang Zemin, promet l'« harmonie sociale » contre les inégalités et la corruption. Au plan politique, le numéro un chinois entend régénérer le parti en y insufflant davantage de démocratie interne (des candidats indépendants peuvent désormais se présenter aux scrutins renouvelant les assemblées populaires des districts). Il souhaite apporter plus de transparence dans le fonctionnement de l'administration, comme l'illustre, par exemple, le limogeage de fonctionnaires pour avoir dissimulé l'ampleur de l'épidémie de S.R.A.S.

   La société civile chinoise acquiert une autonomie certaine dans le domaine de la sphère privée (accès à Internet, liberté de voyager, d'étudier à l'étranger, liberté d'entreprendre et de s'enrichir) ; la protection de la propriété privée est inscrite dans la Constitution amendée en mars 2004. Pour autant, l'État détient toujours le monopole de l'activité politique et exclut toute émergence de contre-pouvoirs indépendants (justice, presse) ou toute expression de dissidence ou de contestation : une cinquantaine de cyberdissidents sont condamnés pour « subversion du pouvoir de l'État » ; la commémoration du 15e anniversaire du massacre de Tian'anmen est interdite. En dépit d'un amendement constitutionnel adopté en 2004 et précisant que « l'État respecte et garantit les droits de l'homme », les violations demeurent légion : exaspérés, des militants des droits de l'homme lancent des grèves de la faim en février 2006. Le limogeage en septembre 2004 pour corruption du secrétaire du parti de Shanghaï, Cheng Lyangyu, le chef de file de la faction des affidés de Jiang Zemin, à la suite de la destitution du vice-maire de Pékin, montre la détermination du régime dans sa lutte contre la corruption. La nouvelle direction conforte sa posture répressive au Xinjiang, repousse sine die toute démocratisation des institutions à Hongkong (avril 2004) et entrave la dynamique indépendantiste à Taïwan (adoption d'une loi antisécession destinée à légitimer une possible intervention militaire contre l'île rebelle, en mars 2005). Elle poursuit la sinisation du Tibet en construisant un chemin de fer devant relier Lhassa à Golmud, une ville de la province du Qinghai.

   Lors du XVIIe Congrès du P.C.C. en octobre 2007, Hu Jintao est réélu par ses pairs pour un nouveau mandat de cinq ans. Il parvient à imposer au sein du comité permanent du Bureau politique, celui qu'il a choisi pour dauphin, Li Kequiang, chef du parti dans la province de Liaoning. Xi Jinping, tout juste nommé secrétaire du parti à Shanghaï et soutenu par le « clan des Shangaïens » qui se réclame de l'héritage de Ziang Jemin, fait également son entrée au sein du comité permanent. Le 15 mars 2008, Hu Jintao est sans surprise massivement réélu à la tête de l'État par les délégués de l'A.N.P. Son dauphin, Xi Jinping, est élu vice-président ; le lendemain, le Premier ministre Wen Jiabao est reconduit, pour un nouveau mandat de cinq ans. À peine renouvelée, l'équipe dirigeante est confrontée, à la mi-mars, à des manifestations de moines tibétains marquant le 49e anniversaire du soulèvement de 1959 dans la Région autonome du Tibet. Leur répression brutale par la police et l'armée chinoises (nombreuses arrestations, ouverture de camps de « rééducation patriotique ») et les incidents qui marquent le passage de la flamme olympique dans plusieurs villes occidentales (Londres, Paris, San Francisco) ouvrent une période de tensions diplomatiques avec les démocraties occidentales et de sursaut nationaliste au sein de l'opinion publique chinoise. Du 8 au 24 août 2008, Pékin accueille la XXIXe édition des jeux Olympiques. C'est l'occasion pour la Chine de montrer au monde entier son retour au rang des grandes nations, sur les plans économique, politique et sportif. En dépit des promesses faites au C.I.O. et à la communauté internationale de procéder à des améliorations concrètes dans le domaine des droits de l'homme, le régime maintient voire accentue la pression sur les dissidents. Il continue en outre de manifester son intransigeance sur la question tibétaine : le gouvernement chinois annule en effet le sommet prévu le 1er décembre 2008 entre la Chine et l'Union européenne, dont la France assure la présidence, après une déclaration du président français faisant allusion à sa rencontre prochaine avec le dalaï-lama en Pologne, sans en avoir averti Pékin au préalable. Au même moment, affectée par la crise économique internationale, la Chine craint que la baisse de la croissance entraîne une fragilisation de son ordre social, alors que son discours sur les droits de l'homme a pour habitude de valoriser les droits économiques au détriment des droits politiques. La hausse du chômage, conjuguée à des scandales comme celui du lait contaminé à la mélamine qui a affecté 300 000 enfants et en a tué 6, l'absence de débouchés pour les jeunes diplômés ou encore le retour des paysans dans les campagnes qui ont migré dans les villes et sont devenus des ouvriers licenciés (les mingong, paysans-ouvriers), sont autant de facteurs susceptibles de mettre à mal la stabilité sociale. Pour y faire face, les autorités chinoises mettent en œuvre une réforme du secteur rural, relativement limitée, mais qui a pour objectif d'accroître les droits des paysans sur leurs lopins de terres (ils pourront notamment le louer) et élèvent le seuil de pauvreté officiel de manière à ce que plus de 40 millions de personnes (contre moins de 15 millions auparavant) puissent bénéficier des aides de l'État.

Politique étrangère : paix, coopération, développement

Entendant participer à l'élaboration d'un monde multipolaire, au sein duquel elle chercherait à rayonner, non à dominer, la Chine de Hu Jintao centre sa diplomatie sur les thèmes de paix, de coopération et de développement. Peu après son avènement, la « quatrième génération » annonce sa doctrine stratégique : « non à l'hégémonisme, non à la politique de la force, non à la politique de blocs, non à la course aux armements » (avril 2004). Dans cet esprit, elle prône un objectif de réunification pacifique à long terme (qui préside à sa politique vis-à-vis de Taïwan) et se mobilise sur des dossiers internationaux (tels les pourparlers avec la Corée du Nord). À la différence de son prédécesseur, Jiang Zemin, qui privilégiait la relation sino-américaine, Hu Jintao regarde davantage vers l'Europe, l'Asie et l'Afrique.

La stabilité régionale

La quête de stabilité à ses frontières – une priorité depuis que la Chine connaît une croissance économique forte – motive la diplomatie chinoise. Rejoignant les préoccupations de ses partenaires au sein de l'Organisation de coopération de Shanghaï (O.C.S.), Pékin demande, en 2005, la fixation d'une date de retrait des contingents américains établis en Asie centrale depuis l'intervention militaire en Afghanistan en 2001. Dans le cadre d'une « Mission de paix 2005 » destinée à combattre de nouvelles menaces, armées russes et chinoises entament des exercices militaires conjoints. Par ailleurs, les deux pays signent un accord définitif sur le tracé de leur frontière orientale, mettant fin à quarante années de négociations. Après avoir interrompu ses efforts de rapprochement lors de la reprise des essais nucléaires indiens de 1998, Pékin privilégie, dans sa relation avec New Delhi, la coopération et ses intérêts nationaux : en juin 2003, Pékin accepte l'appartenance du Sikkim à l'Inde, à laquelle il fut rattaché en 1975 ; en contrepartie, l'Inde reconnaît la souveraineté de la Chine sur la Région autonome du Tibet. En avril 2005, les deux pays signent un protocole visant à régler le contentieux frontalier qui les oppose le long de l'Himalaya depuis la guerre de 1962 et s'engagent dans un partenariat stratégique. En 2008, l'Inde propose à la Chine une coopération en matière de nucléaire civil.

   Plusieurs contentieux enveniment les relations sino-japonaises : un certain nombre d'entre eux sont la résurgence de différends historiques (réédition de manuels d'histoire nippons révisionnistes ; visites répétées du Premier ministre Koizumi Junichiro au sanctuaire Yasukuni, où est honorée la mémoire des soldats nippons, et parmi ceux-ci des criminels de guerre) ou territoriaux (revendication de la souveraineté chinoise sur les îles Diaoyu/Senkaku sous contrôle nippon). Plus actuels, d'autres enjeux révèlent l'antagonisme persistant entre les deux puissances asiatiques. Ainsi Pékin récuse le renforcement des liens militaires entre les États-Unis et le Japon, l'exploitation des ressources énergétiques en mer de Chine orientale par ce dernier, son soutien sans faille à Taïwan et sa candidature à un siège permanent au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. L'arrivée au pouvoir de Abe Shinzo en 2006, puis celle de son successeur Fukuda Yasuo (2007) inaugure un net réchauffement des relations sino-japonaises marqué par la visite historique du Premier ministre chinois au Japon en mai 2008. La coopération se poursuit avec le Premier ministre japonais Aso Taro (2008), notamment lors du sommet trilatéral Chine-Japon-Corée du Sud (décembre 2008).

   À la suite de la victoire du candidat de l'opposition à l'élection présidentielle de Taïwan (mars 2008), Ma Jing-jeou, partisan d'une normalisation des relations avec Pékin, ce dernier reçoit Chen Yunlin, responsable chinois du département des relations entre la Chine populaire et Taïwan. À l'occasion de cette rencontre historique depuis la fin de la guerre entre communistes et nationalistes chinois il y a 60 ans, une série d'accords est signée sur le rétablissement des liens maritimes et postaux et sur l'augmentation de liaisons aériennes directes.

   Principal allié de la Corée du Nord, la Chine peine à contrôler son turbulent voisin. En octobre 2002, le déclenchement de la crise nucléaire nord-coréenne – Washington accusant Pyongyang de poursuivre un programme clandestin d'enrichissement de l'uranium – met à nouveau les relations sino-américaines à l'épreuve. Après avoir renvoyé dos à dos Pyongyang et Washington, Pékin modifie sa stratégie et s'implique davantage dans une tentative de règlement, répondant ainsi à la pression américaine et saisissant, dans le même temps, une occasion de renforcer son rôle sur la scène internationale. Après l'échec d'une rencontre trilatérale (Chine, Corée du Nord, États-Unis) en avril 2003, Pékin parvient, en août, à ramener Washington et Pyongyang à la table des négociations, en compagnie du Japon, de la Russie et de la Corée du Sud. N'ayant pu empêcher le premier essai nucléaire nord-coréen (9 octobre 2006), elle qualifie ce dernier de « défi à l'influence chinoise en matière de politique internationale » et sanctionne vigoureusement son voisin. Toutefois, c'est à Pékin que reprennent les « pourparlers à six » qui débouchent sur un accord conclu le 13 février 2007, en vertu duquel la Corée du Nord s'engage à désactiver son programme nucléaire en échange de la fourniture d'énergie et de garanties de sécurité par les États-Unis. Non sans de nombreuses volte-face, la Corée du Nord confirme la reprise de son processus de dénucléarisation après avoir été retirée par les États-Unis de la liste des États soutenant le terrorisme fin 2008. Interrompue depuis 2006, une liaison aérienne régulière Chine-Corée du Nord est rétablie en 2008.

Le développement pacifique

Sous la houlette de la « quatrième génération », la diplomatie chinoise se manifeste par un pragmatisme entièrement au service des intérêts nationaux. Dans cette optique, l'action extérieure chinoise passe par la recherche de partenaires offrant de nouveaux débouchés à ses exportations, le dialogue resserré avec les « pays riches » (participation de la Chine au G8, juin 2003) et la diversification de ses sources d'approvisionnements en énergie et en matières premières. Cette dernière motive notamment sa politique de rapprochement en direction de l'Afrique – où la Chine effectue une percée diplomatique en 2006, année du premier sommet Chine-Afrique et où Hu Jintao effectue une visite en février 2009 (Mali, Sénégal, île Maurice) afin d'y réaffirmer ses engagements en terme d'aide pris au sommet de 2006, malgré la crise économique –, de l'Amérique latine (ses troix principaux partenaires sont le Brésil, le Mexique et le Chili), de l'Asie centrale et de la Russie.

Repères d'actualité

5 juillet 2009 : Urumqi, chef-lieu de la Région autonome des Ouïghours du Xinjiang, est le théâtre de sanglantes émeutes entraînant plus d'une centaine de morts et de nombreux blessés. Le gouvernement chinois en attribue la responsabilité à la dissidence ouïghoure en exil, et notamment au Congrès mondial ouïghour de Rebiya Kadeer, arrivée en mars 2005 aux États-Unis après une détention en Chine de presque six ans et son exil forcé par Pékin. Une partie importante de la communauté ouïghoure, écartée des bienfaits de la croissance économique, conteste le maintien de l'hégémonie han sur le système politique local ainsi que la répression religieuse menée par la Chine.

L'ART DE LA CHINE ANCIENNE

Introduction

Par-delà une apparente continuité de trois mille ans de chefs-d'œuvre, l'art chinois, grâce aux fouilles et aux recherches historiques, se révèle chaque jour plus complexe dans ses expressions régionales et dans son évolution. Les tendances esthétiques chinoises établissent une échelle de valeurs artistiques différente de celle de l'Occident. Architecture et sculpture sont considérées comme œuvres d'artisans au même titre que la céramique, le bronze ou le laque ; la calligraphie et, plus tard, la peinture occupent en revanche une place privilégiée. Moyens d'expression de la pensée, elles représentent aux yeux des Chinois la création artistique la plus accomplie.

Écriture et calligraphie

Les inscriptions oraculaires de la dynastie des Shang constituent les documents les plus anciens que nous connaissions de l'écriture chinoise. Ces caractères, tracés d'abord au pinceau puis gravés sur l'os (jiaguwen), sont pictographiques ou idéographiques. Certains sont même déjà formés de combinaisons abstraites. Sous les Zhou et les Royaumes combattants (XIIe-IIIe s. avant J.-C.) apparaissent sur les bronzes rituels des inscriptions en grands caractères sigillaires (ainsi appelés car ils furent utilisés plus tard pour les sceaux). Au début des Qin (IIIe s. avant J.-C.), ce type de graphie fut simplifié en « petit sigillaire ».

   Le tournant décisif dans l'évolution de l'écriture chinoise se situe entre le IIIe et le Ier s. avant J.-C., avec l'adoption d'une écriture nouvelle, plus facile à tracer et mieux adaptée aux ressources du pinceau : le lishu, ou « écriture des scribes ». Ce style fut adopté peu à peu par les membres de l'administration impériale et se développa sous les Han. À cette époque, ces caractères angulaires qui permettaient des traits modulés donnèrent naissance à trois formes d'écriture, utilisées jusqu'à nos jours par les calligraphes : l'écriture régulière ou kaishu ; le xingshu, ou écriture courante ; le caoshu, cursive rapide employée à l'origine pour les brouillons.

   

Dès la fin des Han, les artistes utilisèrent la puissance d'évocation des caractères à des fins purement plastiques. La calligraphie, dégagée de son rôle utilitaire, devint un art indépendant, visant à une création individuelle spontanée. Les grands maîtres du IVe s., dont Wang Xizhi et son fils Wang Xianzhi sont les plus illustres représentants, donnèrent au caoshu sa forme définitive. Leur style, plein d'aisance et de grâce, reste pour la postérité un modèle inégalé. Sobriété et vigueur intérieure caractérisent les œuvres de l'époque Tang. En outre, il ne faut pas négliger un courant hétérodoxe où des artistes indépendants, comme Zhang Xu au VIIIe s., élaborent un style personnel, libéré de toute convention.

   La pierre à encre, l'encre, le pinceau et le papier (ou la soie) sont les matériaux du calligraphe et plus tard du peintre de lavis.

   L'encre, séchée sous forme de bâtonnets, est faite de noir de fumée additionné de résine ou de colle animale. Frottée avec plus ou moins d'eau sur une pierre servant d'encrier, elle permet d'obtenir toutes les valeurs de noirs et de gris.

   Le plus ancien spécimen de pinceau connu fut découvert dans une tombe du IVe s. avant J.-C. ou du IIIe s. avant J.-C., à Changsha, au Hunan. Il se compose de poils de chèvre montés sur une tige de bambou. Au cours des siècles, différentes recettes furent utilisées pour obtenir le degré de souplesse et de fermeté voulu, en mélangeant parfois des poils durs et des poils doux. À la différence de la technique occidentale, le pinceau chinois est tenu verticalement. La vigueur du trait dépend de la maîtrise non pas des doigts et de la main, mais du poignet qui, sans appui, transmet directement à la pointe du pinceau l'énergie de l'artiste. Le coup de pinceau, plus ou moins appuyé, lent ou rapide, étalant une encre épaisse ou diluée, offre des variations infinies.

   La qualité du support joue par sa beauté et son pouvoir absorbant. La soie ou le papier imposent le plus souvent une exécution rapide, sans repentirs possibles dans la composition.

Peinture

Les peintures chinoises se présentent sous forme de rouleaux horizontaux ou verticaux :

   - Le rouleau horizontal (en japonais makimono) ajoute à la notion d'espace une dimension temporelle. L'œil progresse au fur et à mesure que les scènes se déploient de droite à gauche. Semblable au déroulement d'une musique, le rythme est marqué par des pleins et des vides, des zones de forts encrages répondant à des nappes d'encre pâle et légère.

   - Le rouleau vertical (en japonais kakemono), que l'on suspend, favorise les compositions en hauteur. Les plans se succèdent de bas en haut pour évoquer les proches et les lointains.

   

L'identité des méthodes et des matériaux utilisés pour l'écriture et pour la peinture suffit à expliquer la parenté qui existe entre elles. Pourtant, calligraphie et peinture n'ont pas participé d'emblée d'une commune esthétique. Il faut attendre les recherches de la seconde moitié du VIIIe s. sur les virtualités de l'encre, tributaires des innovations calligraphiques, pour que la peinture se détourne de ses origines artisanales et de ses représentations figuratives. Le paysage à l'encre monochrome (lavis) devient alors une catégorie distincte, la discipline privilégiée d'une élite intellectuelle et sociale. À l'encontre du travail traditionnel et descriptif, qui consiste à cerner le contour des objets par un dessin lent et minutieux, ce nouveau courant tend à la suggestion par un style elliptique et fragmentaire. Exigeant du peintre moins de précision, il lui demande plus de puissance et de vie.

   

Le bouddhisme chan, lié à la mystique taoïste, contribua sans doute à l'épanouissement de l'art du paysage. En mettant l'accent sur la méditation et le détachement, d'où peut renaître la spontanéité profonde de l'artiste, il favorisait une communion parfaite entre le peintre et la nature. C'est alors que s'élabore la peinture des lettrés (wenren hua), ainsi nommée sous les Ming, mais dont la théorie est formulée dès le XIe s. par le peinture et poète Su Dongpo. L'artiste ne cherche pas à copier l'univers, mais à découvrir le rythme interne qui anime les choses au-delà de l'apparence. L'art correspond à une nécessité intérieure et exprime la personnalité. À partir des Yuan, le poème et la calligraphie apposée sur la peinture comptent autant que le lavis d'encre pour traduire l'état d'âme de l'artiste. L'étude des Anciens, base de la peinture des lettrés, n'est pas (comme on le croit souvent en Occident) une copie stérile : le peintre s'enrichit au contact des grandes œuvres du passé et revit librement l'expérience des maîtres. L'important est de transmettre un rythme spirituel, de faire de la peinture une « écriture du cœur ».

Estampage

L'estampage est un procédé permettant de reproduire à l'encre, sur papier, des inscriptions ou des dessins gravés sur pierre. Cette technique fut sans doute pratiquée en Chine dès le IIe s. après J.-C., mais les plus anciens spécimens subsistants datent du VIIe s. La méthode la plus courante consiste à recouvrir le sujet d'une feuille de papier légèrement humide et à tapoter la surface avec un maillet feutré pour que le papier adhère au support. On applique ensuite, à l'aide d'un tampon de charpie, une encre épaisse sur toute la surface. Quand celle-ci a séché, on décolle le papier du support, et le dessin en creux apparaît à l'endroit, en blanc sur fond noir. Ses qualités esthétiques et son degré de fidélité valent à l'estampage d'être apprécié des connaisseurs à l'égal d'une œuvre d'art originale.

Architecture

L'architecture chinoise a conservé jusqu'au XIXe s. des prescriptions cosmologiques anciennes, quelques principes essentiels : l'orientation, la pureté géométrique des formes et la symétrie par rapport à un axe nord-sud. Ces données de base valent pour la ville, le palais, le temple ou l'habitation privée, dont le site est choisi avec soin par les géomanciens. De part et d'autre de l'axe orienté, l'espace s'organise à partir d'un schéma simple, susceptible de combinaisons multiples : la cour fermée sur ses quatre côtés par des bâtiments. La progression rythmée des ensembles architecturaux qui s'échelonnent le long de la voie médiane rappelle les temps forts et les temps faibles d'une composition musicale, les pleins et les vides d'une peinture qu'on déroule.

   

À la permanence des types de construction (pavillon rectangulaire simple ou à étages, tour, kiosque…), s'oppose l'éphémère des matériaux. Toutes les structures sont en bois, mais, en fait, le corps de l'édifice lui-même compte moins que la terrasse qui le supporte et la toiture qui le couvre. Entre ces deux éléments, les colonnes ont seules le rôle de soutien, tandis que les murs sont de simples écrans protecteurs. Un système élaboré de consoles, qui atteint son plein épanouissement sous les Tang et les Song, supporte les poutres de la charpente et les bords du toit en saillie. Cette toiture très développée et variée dans ses formes, caractéristique des constructions chinoises, est rendue possible grâce au système de la ferme par empilage, qui superpose des poutres de longueur décroissante jusqu'à la hauteur désirée. Le toit est couvert de tuiles alternativement convexes et concaves. Peu cuites et grisâtres pour les bâtiments ordinaires, elles sont vernissées en bleu, jaune ou vert pour les demeures importantes.

   

La maison traditionnelle, dont le type de base est fixé aux environs de notre ère, comprend une succession de cours sur lesquelles s'ouvrent des bâtiments aux fonctions précises : salles de réception, appartements privés, chambres de domestiques, cuisines… L'entrée, face au sud, est protégée par un mur écran qui interdit l'accès de la maison aux esprits malfaisants. Les terres cuites funéraires de l'époque Han fournissent de nombreux exemples de maisons rurales, dont les bâtiments ont en général un ou deux étages. Cette tendance à construire élevé s'est perpétuée dans le centre et le sud de la Chine, tandis que dans le nord les maisons, de plain-pied, adoptent un parti horizontal. Dans les demeures riches, un jardin d'agrément, qui abrite des pavillons et des pièces d'eau, s'ouvre souvent à l'arrière de la maison.

Jardins

Comme la peinture de paysage, le jardin se définit par le terme shanshui, montagne et eau. Ces deux éléments sont à la base de tous les jardins, bien que la végétation, le climat et le site permettent des variations infinies. Cherchant à recréer la nature à une échelle réduite, le jardin reconstitue, spirituellement, une excursion dans un paysage. La vision d'une montagne tout entière est transposée dans des rocailles ou des pierres aux formes étranges, particulièrement appréciées par les collectionneurs de l'époque Song. Souvent associées à un pin ou à un bambou, ces pierres se découvrent au hasard de la promenade dans les ouvertures décoratives que l'on a ménagées sur des murs blanchis à la chaux. Les rapprochements entre plantations et bâtiments suscitent des jeux de couleurs. Tout cela fait du jardin une retraite conçue pour le délassement entre amis, où règnent avant tout la liberté, la fantaisie et l'imprévu.

Sépultures

La maçonnerie et la pierre étaient réservées aux travaux publics, aux terrasses, à certaines pagodes et aux sépultures. À partir du IIIe s. avant J.-C., la construction d'une chambre funéraire, liée à l'emploi de la brique, remplace le principe de la fosse verticale en usage dès l'époque Shang. Cette chambre souterraine, le plus souvent voûtée, est surmontée d'un tumulus auquel on accède par le « chemin des âmes » (shendao). Cette allée, tracée sur l'axe médian et orientée de la tombe, est bordée d'une double rangée de statues, de stèles et de piliers. Dans les sanctuaires impériaux, des portiques d'honneur à trois ou cinq ouvertures sont élevés à l'entrée du champ funéraire. Les tombeaux monumentaux des empereurs Ming, à Nankin et à Pékin, marquent le point d'aboutissement de ce mode de sépulture. L'allée s'allonge, les statues et les détails ornementaux se multiplient, les dispositions architecturaux se compliquent, mais le schéma de base reste le même.

Sculpture bouddhique

Venu de l'Inde, le bouddhisme du mahayana (ou du Grand Véhicule) se répand en Chine au milieu du IIe s. après J.-C. Au Gansu, à l'extrême ouest de la Chine, là où aboutissent les routes d'Asie centrale, les premiers centres religieux sont fondés dès le IVe s. à Dunhuang, puis au début du Ve s. à Maijishan et Binglingsi. Dans ce dernier site, les travaux entrepris en 1963 ont permis de dater de 420 les plus anciennes sculptures rupestres. En terre modelée et séchée, cette forme de statuaire suit, avec des différences locales encore mal connues, l'évolution générale de la sculpture sur pierre. Pour ces deux techniques, la période la plus florissante se situe entre le Ve et le VIIIe s., tandis que, dès la fin des Tang, s'amorce une lente décadence.

   Les principaux vestiges comprennent : 1° les sculptures en argile et en pierre provenant des grottes bouddhiques (ouest et nord de la Chine surtout) ; 2° des stèles votives ; 3° des statues en bronze doré, et plus tardivement en pierre, qui étaient vénérées dans les temples et sur les autels domestiques.

   À partir de 460, les Wei du Nord font creuser dans le grès tendre les premiers sanctuaires de Yungang au Schanxi. Les liens avec l'Ouest sont encore profonds et apparaissent sur les grands bouddhas des grottes XIX et XX. Le premier, debout, avec son écharpe aux plis arrondis, rappelle les bouddhas colossaux de Bamiyan (Afghanistan) ; l'autre évoque plutôt l'école indienne de Mathura. Cependant, une stylisation purement chinoise s'élabore progressivement à partir des modèles indiens. Le vêtement devient plus lourd et s'évase sur les côtés en un plissé rigoureusement symétrique qui se termine en pointes. La robustesse des visages au front large laisse place peu à peu à l'élégance et à la délicatesse de l'émotion.

   

La tendance à la spiritualité que reflète cet art anguleux s'affirme dans les grottes de Longmen (Henan), creusées à partir de 494. Le corps allongé des bouddhas disparaît sous l'amoncellement des plis tubulaires du manteau. Sur le visage devenu mince et étroit, la bouche est petite et retroussée aux coins en un sourire mystique, caractéristique des Wei du Nord. À cette époque, l'art bouddhique s'est complètement fondu dans la tradition stylistique héritée des Han. Un rythme linéaire intense se traduit avec bonheur dans la sculpture en bronze doré, où le métal souligne les plis aigus des draperies et les ciselures de l'auréole (stèle datée 518, musée Guimet, Paris).

   À la fin des Wei du Nord sont creusées les grottes de Gongxian, au Henan. Les sculptures, taillées avec simplicité et vigueur dans la pierre, révèlent un art plus libre et plus chaleureux que celui de Longmen.

   À partir de 535, une réaction contre le style tendu des Wei du Nord cherche à traduire le modelé pour donner au Bouddha un aspect plus humain. Cette tendance s'épanouit dans les sculptures rupestres de Tianlongshan au Shanxi, commencées peu après l'établissement des Qi du Nord dans la région, vers 550. Les visages s'arrondissent, et un léger mouvement rompt avec la rigidité absolue de l'attitude. Peut-être sous l'influence de la plastique de l'Inde Gupta, les vêtements gagnent en souplesse pour laisser deviner les contours du corps. Les statues, tout en restant frontales, commencent à se détacher du fond sur lequel elles étaient plaquées.

   

Les Sui continuent ces recherches de réalisme, bien que les bouddhas gardent encore un aspect frustre et massif. Sous les Tang, la période de 627 à 712 correspond à une production intense et de haute qualité. Longmen, qui avait périclité au VIe s., s'enrichit de nouvelles sculptures. Dans le grand ensemble du Fengxiansi, terminé en 676, le bouddha colossal au visage charnu reflète la sérénité majestueuse d'un art impérial. Le type des bodhisattvas élaboré à cette époque restera en vogue jusqu'au XIVe s. et même plus tard. Les colliers et l'écharpe dessinent des courbes longues et amples sur leur torse nu. Une haute coiffure et une taille fine donnent au personnage l'aspect féminin de la guanyin. La qualité spirituelle de la statuaire de la première moitié du VIe s. a disparu au profit des recherches de volume et de mouvement. Celles-ci aboutissent à un véritable réalisme corporel qui s'exprime avec le plus de force sur le visage grimaçant et les muscles gonflés des dvarapala, ou gardiens de temple.

   Entre 700 et 740, l'activité se reporte à Tianlongshan, où la sculpture rupestre atteint une délicatesse de modelé incomparable.

   Dès le milieu du VIIIe s., les drapés et les corps s'alourdissent, les mains et les visages s'empâtent. À l'exception de quelques spécimens en bois (guanyin d'époque Song), la sculpture bouddhique, dans son ensemble, se fige dans un style conventionnel dépourvu de tout sentiment religieux.

Bronzes archaïques

La métallurgie du bronze apparaît en Chine au début du IIe millénaire avant J.-C. et trouve sa plus belle expression dès la fin de la période Shang (capitale Anyang, XIVe-XIIe s.). Les travaux récents sur la fonte des bronzes Shang (découvertes de moules en plusieurs parties servant à la fonte directe du métal) permettent peut-être de penser que cette technique fut inventée en Chine même et non pas, comme on le croyait auparavant, importée par la route des steppes. En outre, les objets en bronze découverts à Zhengzhou au Henan- antérieurs à ceux d'Anyang - établissent une filiation avec le néolithique de la phase de Longshan. La forme des vases reproduit en bronze des modèles plus anciens en terre cuite.

   À la fin des Shang, le bronze est encore une matière rare et un symbole de prestige. Aussi le réserve-t-on au souverain et au culte. Les vases rituels présentent des formes extrêmement variées, adaptées à leur usage. Certains étaient destinés à la présentation des viandes et des céréales comme les tripodes ding et li, les bassins munis d'un pied gui et les coupes à couvercle dou. D'autres servaient au vin du sacrifice, tels les zun ronds ou carrés, les calices élancés gu, les bouteilles hu, les guang, verseuses à couvercle orné d'une tête d'animal, et les jue, coupes tripodes aux extrémités effilées, décorées de deux montants se terminant par des sortes de champignons. Enfin, certaines pièces ont une forme zoomorphe : tigre entre les pattes duquel se blottit un petit personnage (musée Cernuschi, Paris), éléphant (musée Guimet).

   À Zhengzhou, le décor des bronzes se limite à des motifs géométriques (triangles, spirales, cercles concentriques) et à des masques animaliers simples en léger relief. En revanche, les motifs décoratifs se combinent à l'infini sur les vases d'Anyang, aux proportions harmonieuses et à la fonte parfaite. Les formes animales, incisées ou en relief, parfois même en ronde-bosse, se détachent sur un fond gravé de spirales disposées en registres ou couvrant toute la surface. Le motif le plus caractéristique est un masque aux yeux globuleux, dépourvu de mâchoire inférieure et portant des cornes (appelé plus tard taotie), auquel s'associe toute une faune : dragons monopodes (dont les formes affrontées peuvent constituer un taotie), poissons, oiseaux huppés, tortues, cigales inscrites dans un cadre triangulaire, serpents et vers à soie.

   La signification symbolique de ce décor reste souvent obscure. Le goût des Shang pour la chasse a peut-être inspiré la richesse des thèmes animaliers. Il est possible aussi que certains vases soient liés à la représentation des esprits mythologiques de la terre, élément primordial dans la civilisation agricole des Shang.

Céramique

Introduction

Le souci de l'artisan chinois d'assurer solidité et imperméabilité aux poteries d'usage courant, sensible dès l'époque néolithique, est à l'origine des améliorations que l'on constate au cours des siècles (choix des matériaux, degrés de cuisson, fours). Après l'apparition de la fonte du bronze, les classes simples doivent encore se contenter de substituts en terre cuite : les potiers copient les formes et les décors des vases rituels de l'aristocratie. D'autre part, la coutume de placer dans les tombes des objets évoquant la vie quotidienne du défunt contribue à la naissance d'un art funéraire de la terre cuite, qui imite en matériau peu coûteux des pièces de bronze, de laque ou de jade.

   

Sous les Han, des céramiques cuites à haute température (ci), plus solides que la poterie ordinaire (tao), semblent avoir déjà fait l'objet d'un commerce intérieur. Les échanges entre le nord et le sud de la Chine, longtemps divisés, reprennent sous les Tang. À cette époque, trois facteurs vont contribuer au développement de l'industrie céramique chinoise : 1° l'influence de l'art sassanide, dont les orfèvreries arrivent en Chine par les routes d'Asie centrale ; 2° l'usage du thé, qui se répand parmi les lettrés et suscite de nouvelles recherches esthétiques ; 3° la demande étrangère (présence de marchands arabes, vers 800, à Canton et Yangzhou). Des conditions favorables- bonnes terres, communications faciles… - amènent la création de nombreux fours dans les provinces côtières, du Jiangsu au Guangdong.

   

Dès le IXe s., les céramiques sont adjointes aux soieries dans les dons offerts par l'empereur de Chine. Source de richesse, l'exportation de ces matières précieuses s'intensifie à partir des Yuan et des Ming. Les fours privés et officiels rivalisent d'ingéniosité, les décorateurs trouvent leur inspiration dans les étoffes, les laques, les peintures et les estampes. Avant de céder au goût de la surcharge, l'art céramique chinois connaît encore, jusqu'au début du XIXe s., une grande vitalité.

Données techniques

L'argile plastique mêlée d'eau est la base de tout produit céramique. Sa dureté est fonction du degré et de la durée de sa cuisson (700 à 800 °C pour une terre cuite, 1 450 °C pour certaines porcelaines). Pour pallier la porosité de la pâte, les Chinois découvrirent, dès le milieu du IIe millénaire avant J.-C., l'emploi de couvertes naturelles à base de cendres végétales. La condensation sous la voûte d'un four clos entraîne des retombées qui adhèrent à la surface des récipients. Ce résultat, accidentel, fut recherché volontairement par la suite. Il accéléra l'évolution de la poterie chinoise vers le grès (argile cuite à haute température, vitrifiée et imperméable) et la porcelaine. À partir de la fin du Ier millénaire avant J.-C., un autre moyen d'assurer l'imperméabilité des pièces est l'emploi de glaçures plombifères ou alcalines, procédé déjà connu des Achéménides et des Parthes.

   La surface d'une poterie peut être masquée par l'application d'un engobe (argile délayée). Il est utilisé soit pour cacher les imperfections du corps, soit pour servir de fond à un décor peint ; ainsi glaçures et couvertes sont souvent posées sur un engobe.

   Les glaçures, cuites au petit feu (800 °C), sont appliquées sur des terres cuites (Han et Tang par exemple) ou sur les biscuits (à partir des Ming). Elles sont colorées par des oxydes métalliques : cuivre (vert), fer (brunâtre), cobalt (bleu), antimoine (jaune) et, à partir des Yuan, manganèse (violet).

   Les couvertes naturelles varient du vert au brun suivant le mode de cuisson (en réduction ou en oxydation). Posées sur les grès ou les porcelaines et cuites à haute température, elles ne peuvent être colorées qu'avec des oxydes de grand feu (cuivre, fer ou cobalt). La peinture sous une couverte blanche et transparente, à base de ces mêmes métaux, a donné naissance aux « bleu et blanc », aux « rouge et blanc » et aux « flambés ». Ces pièces ne subissent qu'une cuisson. En revanche, la peinture sur couverte, qui utilise les émaux, nécessite deux cuissons. Ces émaux, qui se révèlent à petit feu, sont appliqués sur la pièce déjà cuite. Inventés sous les Song, la gamme de leurs couleurs est encore réduite. Elle s'élargit sous les Ming et aboutit sous les Qing aux « familles » verte, rose et noire.

   Les couvertes ont souvent tendance à se fendiller. Ces craquelures, dues à l'origine à des accidents de cuisson, furent provoquées par la suite, ici encore, à des fins esthétiques.

Petit vocabulaire fondamental des arts de la Chine

Bi

Disque de jade perforé trouvé dans les tombes des premières dynasties (symbole du ciel ?).

caoshu

Écriture cursive.

Fengshui

Ensemble de prescriptions géomantiques déterminant jadis le choix d'un site. On prenait en considération la direction des vents (feng) et l'orientation des eaux (shui).

Guanyin

Forme féminine chinoise du bodhisattva Avalokiteshvara. À partir de l'époque Song, la divinité est représentée avec de nombreux bras et de neuf à onze têtes. Elle siège sur un rocher au milieu des flots.

Jiaguwen

Inscriptions sur os et écailles de carapace de tortue.

Kaishu

Écriture régulière.

Leiwen

« Motif du tonnerre », spirales formant le fond du décor des bronzes archaïques.

Lishu

Écriture des scribes.

Mongqi

Substituts en bois, en métal ou en terre cuite des victimes sacrificielles ou des objets enterrés avec le mort.

Shanshui

« Montagne et eau », peinture de paysage.

Ta

Pagode.

Taotie

« Glouton ». Monstre mythique composé d'une tête sans mâchoire inférieure. Motif décoratif des bronzes Shang.

Wenren

Peinture des lettrés.

Xingshu

Écriture courante.

Vingbi

Mur écran placé derrière la porte d'entrée pour interdire l'accès de la maison aux mauvais génies. On dit encore zhaobi.

Zhuanshu

Écriture sigillaire.

Zong

Tube, ouvert aux deux bouts, encastré dans un bloc rectangulaire en jade (symbole de la terre ?).

LITTÉRATURE

Dès la fondation de l'Empire, les lettres deviennent essentielles pour accéder au pouvoir : qui veut devenir mandarin doit dès l'enfance apprendre par cœur les cinq classiques confucéens, lire les philosophes de l'Antiquité, travailler la langue classique et sa calligraphie.

   Le papier, fabriqué dès l'an 100 après J.-C., remplace avantageusement les lamelles de bambou ou la soie. Au Xe s., cinq siècles avant l'Europe, la Chine invente l'imprimerie sous la forme de la xylographie: chaque page est gravée en creux sur une planche de bois; les feuilles, pliées en deux, sont attachées par une ficelle de leur côté libre. Le livre imprimé est rapidement et largement diffusé, si bien que les éditions anciennes ne sont pas rares aujourd'hui.

L'Antiquité

L'Antiquité, qui prend fin quand commence l'Empire, en 221 avant J.-C., voit une riche production de textes, sur lesquels s'appuiera la philosophie chinoise, notamment les doctrines confucéenne et taoïste.

« Le Classique des poèmes » : une somme de poésie

Parmi les cinq classiques confucéens, le Classique des poèmes est resté le plus apprécié. C'est une compilation, longtemps attribuée à Confucius, de 305 poèmes datés d'entre le XIe et le VIe s. avant J.-C. Elle est divisée en trois parties, « Airs des principautés », « Poèmes raffinés » et « Hymnes ». Les 160 « Airs des principautés » sont de simples chansons populaires, avec refrain et couplets, qui étaient chantées au cours des fêtes paysannes, et qui doivent leur charme à leur naïveté. Les « Poèmes raffinés », au nombre d'une centaine, décrivent la vie de l'aristocratie, ses chasses et ses festins, dans un style plus recherché. Les « Hymnes » sont des récits épiques destinés aux cérémonies de la cour. Ce premier recueil poétique chinois rassemble ainsi des œuvres d'origine et de finalité fort différentes, expression spontanée du génie populaire ou poèmes savants destinés à l'élite. En Chine, au cours des siècles, la littérature savante se ressourcera régulièrement dans la littérature orale et populaire.

Laozi : les paradoxes du taoïsme

Laozi (Lao-tseu) n'a peut-être jamais vécu, mais le petit livre qui lui est attribué a connu une destinée hors pair : en 81 brefs chapitres, dont la totalité dépasse à peine 5 000 idéogrammes, la Voie et la Vertu, qui aurait été écrit en une nuit, apporte à ses lecteurs les réponses aux questions fondamentales qu'ils se posent. C'est une suite de petites phrases au sens sibyllin et souvent paradoxal. La première à elle seule a suscité maintes interprétations : « Le chemin que l'on peut cheminer n'est pas le chemin permanent, le nom que l'on peut nommer n'est pas le nom permanent, ce qui n'a pas de nom est le début du Ciel et de la Terre, ce qui a un nom est la mère de toutes les choses. » Face aux innombrables écoles philosophiques qui se disputent les esprits en cette époque féconde, la Voie et la Vertu est devenu l'ouvrage de référence de la doctrine taoïste, avant de nourrir l'ensemble de la pensée chinoise.

L'âge classique

L'âge classique s'étend du début de la dynastie des Han (IIIe s. avant J.-C.), alors que Lin Bang refait l'unité de l'empire de Qin Shi Huangdi, à la fin de celle des Tang (IXe s. après J.-C.), où la Chine retombe dans l'anarchie des Cinq Dynasties.

Sima Qian : l'homme et son destin

En 92 avant J.-C., Sima Qian, grand historien de la cour, présente à l'empereur Wu des Han Mémoires historiques. C'est une histoire générale de la Chine, des origines (2687 avant J.-C.) à l'année 101, dont les 130 chapitres se divisent en cinq parties : les « Annales impériales » (12 chapitres) rapportent la chronologie des dynasties et des empereurs ; les « Tables » (10 chapitres) permettent de retrouver les correspondances de dates (jusqu'à l'unification de l'Empire, chaque principauté avait son propre calendrier et sa propre datation); la synthèse des grands problèmes d'alors fait l'objet de huit « Traités », tandis que 30 chapitres décrivent l'histoire mouvementée des maisons héréditaires qui se partageaient le territoire chinois avant l'unification, et que les 70 chapitres restants sont consacrés à la biographie des personnalités marquantes. Sima Qian sauve ainsi de l'oubli la vie et parfois les œuvres de philosophes, d'hommes de lettres, de grands marchands, voire de brigands, et clôt l'ouvrage sur sa propre biographie. Bien qu'il réutilise abondamment des textes anciens, Sima Qian, grâce à un incomparable talent narratif, parvient à donner à son œuvre une unité de pensée et de style. Ses héros ont nourri à jamais l'imaginaire chinois : Xiang Yu, qui préfère la mort à la défaite ; Jing Ke, à qui un instant d'hésitation fait manquer l'assassinat du premier empereur; ou la belle Xishi, qui fait et défait les royaumes.

Tao Yuanming : la fuite du monde

En 405, Tao Yuanming (365-427), magistrat dans une petite ville, déclare : « Pour cinq boisseaux de riz, je ne me courberai pas devant un imbécile », et rend les insignes de sa fonction. Ainsi le plus transparent des poètes chinois lance la mode du retour à la campagne : désormais, les champs, le vin et les paysans seront ses compagnons célébrés en des poèmes cristallins, dont le charme et la simplicité demeurent inaltérés. Je retourne vivre aux jardins et aux champs célèbre les vertus du « naturel », qui est à la fois la nature extérieure et la nature profonde de l'homme. Tao Yuanming ne se contente pas de fuir la société et ses mensonges, il rêve de sortir de l'histoire : dans son petit conte la Source aux fleurs de pêcher, des hommes vivent en parfaite harmonie entre leurs coqs et leurs chiens dans un univers dont le chemin est hélas perdu, ainsi que l'apprend la dernière phrase.

Du Fu : l'histoire en poèmes

Du Fu (712-770), celui que la postérité appellera « Poète de la sagesse » n'a connu que misère et solitude. Refusé aux examens, et donc exclu de la carrière mandarinale, il se dédie à la poésie : quelque 1 500 poèmes, pour la plupart datés avec précision, forment la chronique d'un temps de troubles. En 756, la rébellion vient briser les rêves de splendeur des Tang : Du Fu peint les excès des sergents recruteurs qui emmènent femmes et vieillards, les champs de bataille que le « sang des fils de bonne famille a transformés en marécages », mais aussi la joie de la victoire. Plus tard, Du Fu se lamentera sur un autre « échec », la venue de l'âge:

Tourments, regrets amers ont fait blanchir mes tempes

Vaincu, je viens de renoncer aux coupes de vin trouble !

   Du Fu choisit volontiers le huitain, sorte d'équivalent du sonnet européen, qu'il soumet, sous ses deux variantes en vers de cinq ou de sept pieds, à une prosodie complexe. Les cinquième et sixième vers doivent se refléter l'un l'autre, tant sur le plan grammatical que sémantique : « Sur l'émeraude du fleuve, les oiseaux gagnent en blancheur, /Sur le verdoiement des collines, les fleurs deviennent incandescentes. » Deux à deux, les couleurs, les lieux, les objets se répondent.

Liu Zongyuan : le poids de la disgrâce

À trente ans, Liu Zongyuan (773-819) entre dans le cabinet du nouvel empereur et propose un programme de réformes draconiennes. C'est sans compter avec les forces conservatrices : l'empereur est déposé, les jeunes ministres exilés. Jamais Liu Zongyuan n'obtiendra son pardon. En exil dans l'extrême sud de l'empire, encore peu sinisé, il découvre une autre nature, d'autres hommes, d'autres mœurs. Sa pensée s'en enrichit, et, n'ayant rien à perdre, il peut se permettre une plus grande liberté de langage vis-à-vis du gouvernement, à travers apologies, fables ou biographies romancées, comme celle du Chasseur de serpents qui préfère risquer la mort en recueillant le venin destiné aux pharmacies de l'empereur plutôt que d'être soumis à l'impôt normal.

   Malgré son éloignement, la renommée littéraire et philosophique de Liu Zongyuan en fait un chef de file du mouvement de la « Prose à l'ancienne », qui cherche à restaurer la pureté et la vigueur du style des anciens. Dans ses textes politiques, comme le Discours sur la féodalité, il s'exprime clairement, sans alourdir ses phrases de trop de citations. L'un de ses quatrains, sur la vertu de la solitude, est connu de tous les Chinois :

« Sur les mille montagnes, disparus les vols d'oiseaux,

Sur les dix mille sentiers, effacées les traces humaines.

Dans sa barque solitaire, un vieil homme en cape de paille

Ne pêche que la neige sur le fleuve glacé. »

L'âge postclassique

L'âge postclassique s'étend sur dix siècles, du début de la dynastie des Song (960), qui restaure les valeurs traditionnelles, à la fin des Qing (1911) et à l'instauration de la république.

Su Shi : un lettré complet

Brillant étudiant, puis chef de file du parti conservateur et préfet éclairé, Su Shi (1037-1101) a pratiqué tous les genres littéraires, créé un style de calligraphie, et même inventé des recettes de cuisine. Sa poésie, libre et hardie, éclate en tous sens et brise les poncifs : on lui doit 2 500 poèmes réguliers, touchant à tous les sujets, mais aussi 350 poèmes à chanter, d'inspiration légère et amoureuse, aux vers irréguliers qui épousent une mélodie connue, telle son Élégie sur la bataille de la Falaise rouge. Auteur de nombreux textes de prose classique, dissertations politiques, préfaces, dédicaces de monuments, il invente les « notes de pinceau », sorte de journal intime sans prétention.

« Le Pavillon de l'ouest » : le drame d'amour

Le théâtre connaît son heure de gloire sous la dynastie mongole des Yuan, principalement dans la nouvelle capitale, Cambaluc (Pékin). C'est un genre populaire et citadin qui associe des dialogues en langue orale et des arias chantées en langue savante. Afin de séduire le public, le répertoire ne néglige ni l'amour ni la galanterie, auxquels le reste de la littérature chinoise a peu sacrifié, sauf dans quelques contes de l'époque des Tang. C'est l'un d'eux qui inspire la pièce de Wang Shifu, le Pavillon de l'ouest : réunis par le hasard dans un monastère entouré de brigands, Oriole et son amoureux incarnent le triomphe de l'amour. Après quelques hésitations de la belle, ils se retrouvent au clair de lune, grâce à la complicité de la soubrette. Mais la mère ayant exigé du jeune homme qu'il soit reçu aux examens, il gagne la capitale, où il oublie celle qu'il a séduite et qui lui écrira une poignante lettre d'adieu. Cette pièce, interdite sous les Qing pour incitation à la licence, est la bible des amoureux chinois, qui en fredonnent les arias et en feuillettent les multiples éditions illustrées.

« La Pérégrination vers l'ouest » : un roman fantasque

Incarnation de l'esprit de révolte, le malicieux Roi des Singes ne respecte personne, fût-ce l'Empereur de Jade, Bouddha ou Laozi. Ayant acquis des pouvoirs magiques, il provoque le Ciel et affronte seul les armées célestes, mais son indéfectible confiance en lui le fait tomber dans la paume de Bouddha, qui, pour racheter son orgueil, l'invite à accompagner le moine Tripitaka jusqu'aux Indes, à la recherche des Écritures bouddhiques. Ce moine a réellement existé au VIIIe s., mais les 81 aventures qu'il vit avec ses compagnons relèvent de la plus folle imagination. Le Singe doit vaincre des monstres de toute forme, de la plus séduisante jeune fille au plus horrible squelette. Il lui faut aussi se vaincre lui-même, car, épris de liberté, il accepte mal sa sujétion au moine. Au terme de ce parcours initiatique, les pèlerins reçoivent enfin les Saintes Écritures, dont les pages sont vierges.

   Comme les autres romans populaires de l'époque Ming, écrits sur des canevas antérieurs, la Pérégrination vers l'ouest continue sa carrière dans tout l'Extrême-Orient à travers la BD et le film.

La littérature moderne

Née officiellement à la suite du Mouvement du 4 mai 1919, la littérature en langue moderne ne s'impose réellement qu'au début des années 1930. Lu Xun, brillant pamphlétaire, glorifié comme le précurseur de la Révolution, réveille l'orgueil national dans des textes incisifs. Lao She est le seul à trouver un véritable style : Pousse-Pousse (1936), roman plein de tendresse pour le petit peuple de la capitale, traite les pires malheurs avec humour. La poésie se cherche : imitation des poètes russes ou des symbolistes français, retour aux sources paysannes, inspiration révolutionnaire, essais dominés par quelques poèmes d'Ai Qing, comme la Torche.

   Après 1949, en République populaire de Chine, les écrivains sont tenus de mettre leur talent au service du nouveau pouvoir, selon les principes édictés par Mao Zedong lors des « Causeries de Yen'an ». Tandis que paraissent les grands romans épiques de la Révolution, les auteurs qui ne se soumettent pas sont durement réprimés, voire physiquement supprimés, notamment pendant la Révolution culturelle (1966-1976), après laquelle de jeunes écrivains constitueront autour de Liu Xingwu la « littérature de la plaie ». Si des revues littéraires voient le jour pendant le « printemps de Pékin » (1989), la répression qui lui fait immédiatement suite les interdit. Quelques romanciers parviennent toutefois à s'exprimer, à travers une critique de la Révolution culturelle (Yang Jiang), la description des fastes de la Chine impériale (Su Tong) ou du malaise entre la jeunesse et le pouvoir.

ARTS DE LA SCÈNE

Cloches et tambours réservés aux palais princiers, flûtes et cithares aux nobles et officiers, jarres de terre pour les paysans, les catégories de l'Antiquité ont perduré et se retrouvent respectivement dans les cérémonies confucéennes, les musiques de banquets de la cour, les ballades aux tambours des places publiques.

   Mais on peut retracer d'autres filiations, plus souterraines, telle celle qui relie les carillons de pierre aux métallophones à plaques puis aux jeux de gongs accordés des musiques paraliturgiques.

La musique

L'aspect imposant des orchestres rituels ne doit pas masquer l'origine plus ancienne encore des chants, considérés comme l'expression spontanée du génie populaire, au point que le Classique des vers (Shijing) en a conservé ou plagié un grand nombre. Les chants alternés des villages attestent une permanence des formes, des thèmes et des conditions d'exécution, liées principalement aux jeux de printemps entre garçons et filles.

   Malgré la richesse des instruments de l'Antiquité, les plus répandus sont ceux qui ont été importés et ont une origine plus récente : le luth pipa, les hautbois suona et guanzi apparaissent, vers le IIIe s., en Asie centrale. La vielle arrive au XIe s. du monde des steppes, tandis que la cithare à cordes frappées yangqin, dérivée du psaltérion occidental, n'atteint la Chine qu'au XVIIIe s. La harpe konghou, venue de Perse au début de notre ère, a depuis longtemps disparu.

Les systèmes musicaux et la notation

L'Antiquité connaissait déjà la coexistence de plusieurs systèmes de hauteurs, attestés dès 433 avant J.-C. : une division de l'octave en douze demi-tons donnant les hauteurs absolues de référence (le tempérament exact sera calculé en 1584 par Zhou Zhaiyu), un système relatif d'intervalles par unisson, seconde majeure, quinte et sixte, complétés par la tierce majeure et le demi-ton. Sous l'influence de la théorie des cinq éléments, ce deuxième système aboutira rapidement au pentatonisme classique : do ré mi sol la. Mais ce système de penser la musique par intervalles ne signifie pas nécessairement que les airs se limiteront à ces cinq notes. C'est pourtant ce que la restauration Ming tentera d'imposer, avec quelque succès, au nom d'un nationalisme mal appliqué. La pratique des musiciens, quant à elle, s'inscrit dans les possibilités de l'instrument et les exigences du style et du répertoire. L'hétérogénéité des accords et des tempéraments participe de l'esthétique propre à l'harmonie chinoise.

   La relation orale du maître au disciple, de l'ensemble au novice, demeure prépondérante jusqu'aux années 1950. Toutefois, des notations pour cithare qin apparaissent dès le VIe s., sous une forme littéraire qui sera à partir du XIIe s. condensée en graphismes concis indiquant cordes et doigtés. Au Xe s., le jeu du luth est transcrit sous forme de tablature, vraisemblablement à la demande de scribes bouddhistes venus du Japon. L'ancienne notation en valeurs absolues lülü sert au XIIe s. à noter la voix, tandis qu'émerge la notation gongche, aux multiples variantes locales, encore vivace, quoique remplacée progressivement au XXe s. par la notation chiffrée Chevé, originaire de France. On possède ainsi des partitions permettant de faire résonner des musiques des VIe ou XIIe s., et surtout des traditions ininterrompues depuis au moins l'époque Ming, préservées dans les musiques des temples bouddhiques de Pékin ou du Wutaishan et dans les musiques paraliturgiques de Xi'an ou du Fujian.

   Hormis celui de la cithare qin, apanage et emblème des lettrés, les répertoires en solo actuels remontent à l'époque moderne : fin du XVIIIe s. pour les luths, années 1920 pour les vielles, 1950 pour les flûtes.

Les principes musicaux

La musique chinoise ne connaît ni harmonie fonctionnelle ni bourdon (grondement d'un son grave) ; passant d'une note de cadence à une autre, elle s'inscrit mélodiquement autour d'un chant unique simultanément orné et varié à des vitesses différentes par plusieurs instruments aux timbres complémentaires. Principalement paire, la mesure, souvent marquée par la percussion, parvient rarement à encadrer le flux mélodique qui l'anticipe et la déborde.

   La pulsation elle-même subit des mutations, souvent du lent au vif. Quant à l'instrumentation, elle reste homogène du début à la fin d'une pièce, ou alors oppose des sous-ensembles nettement différenciés, typiquement les percussions (gongs, cymbales et tambours) et les vents, renforcés éventuellement par les cordes. Amplification de la parole naturelle, jeu sur le langage, lieu de l'expression personnelle, la voix se plaît à la virtuosité de l'articulation. L'importance accordée aux timbres et à leur opposition atteste une permanence de l'oreille chinoise, qui ne se représente pas la musique comme une suite de notes, mais de sons d'intensités, de couleurs, de textures, de densités, de vitesses et d'allures diversifiées.

La danse

Les danses, et singulièrement les danses masquées, remontent aux plus anciens rites sexuels et d'exorcisme. On y menait grand bruit, on s'y déguisait, on y portait des masques ou des parures d'animaux, on se livrait à des « joutes de hâbleries », tout particulièrement à l'occasion des fêtes hivernales. Extase et possession accompagnaient ces danses masquées, véritables ancêtres des arts de la scène, au point que le caractère xi, qui désigne l'opéra moderne, s'écrit avec la clé de hallebarde.

   La danse exprime moins en Chine une allégresse du corps qu'une prise de possession de l'espace. Longues robes chasubles, manches démesurées, évoquent des formes d'oiseaux ou de serpents plutôt que de mettre en valeur le corps humain. À côté de l'imitation animale, l'aspect martial fournit l'autre inspiration majeure de la danse: boucliers et épées font pendants aux flûtes et aux plumes. Le nombre de danseurs lui-même obéit à un souci de symbolique et de symétrie, les règlements le codifiant en multiples pairs de huit. Le pas de Yu le Grand, boitillant sur la carte de la Grande Ourse, ou le combat à l'épée de bois pour soumettre les esprits figurent encore dans les rituels taoïstes, tandis que la circumambulation, longue marche serpentant dans le temple, caractérise l'influence bouddhique. Toujours l'espace prédomine sur le corps. L'écriture chorégraphique apparaît dès les Tang, et sera développée par Zhou Zhaiyu sous les Ming, autour de 1600.

   Une seule époque fait figure d'exception, celle des Tang, quand les corps dénudés des femmes, aux hanches et aux seins marqués, attestent une influence directe de l'Inde.

L'art théâtral

Le théâtre chinois, art total, mérite pleinement son appellation d'opéra. Son origine remonte sans nul doute au théâtre de poupées, lié au culte des morts.

Marionnettes et ballades

Marionnettes à fil ou à gaines du Fujian, à tiges du Guangdong, ombres du Shanxi ou du Hebei, ces opéras miniatures ne sont nullement l'apanage du jeune public, ils restent la référence guidant la gestuelle des acteurs, dont le jeu codifié réclame un apprentissage long et ardu. De même que la figurine ne profère bien entendu pas elle-même le texte, la synchronisation de la voix et des gestes de l'acteur passe, comme dans le rituel taoïste, par la médiation du jeu du maître tambour. La typologie des rôles dans l'opéra découle de la fixité des marionnettes et distingue les hommes (sheng), les femmes (dan), les « visages peints » (jing) et les clowns (chou). Certains emplois valorisent le chant, d'autres la mimique, d'autres l'acrobatie.

   Parallèlement au théâtre de poupées, l'art du conteur se situe à l'origine de l'opéra. De tradition orale, il s'exerce sur les places publiques. S'accompagnant parfois d'un tambour, d'un luth, d'une vielle, l'artiste itinérant s'apparente au bateleur de tréteaux. Usant dans sa prose de ritournelles, dictons et devinettes, il chante également sur des airs connus des paroles nouvelles, art qui influença la poésie classique elle-même, et dont l'un des sommets demeure les ballades du Nanyin ou Nanguan du Fujian et de Taiwan. Les premiers prédicateurs bouddhistes surent à merveille tirer parti de la popularité de la ballade.

L'opéra

La mythologie et surtout l'histoire-bataille fournissent l'essentiel des sujets, proposant des intrigues complexes de rendez-vous cachés, de pactes secrets, d'alliances renversées. Les histoires d'amours contrariées jouent un rôle de premier plan.

   Le « théâtre du Sud » (Nanxi) des Song précède l'opéra des Yuan, qui bénéficie de l'apport des lettrés chinois, chassés par l'occupant mongol de leurs emplois bureaucratiques et réduits au travail de librettistes. On conserve de nombreux livrets, dus à des dramaturges tels Guan Hanqing (1224-1297) ou Ma Zhiyuan (1256-1321).

   Le chuanqi de l'époque Ming se serait développé à partir du « théâtre du Sud », transmis par les formes populaires et mis à la mode par un lettré, Gao Ming. Au milieu du XVIe s., le musicien Wei Liangfu et le dramaturge Liang Chenyu créent le kunqu, où le chant est doublé par la flûte traversière. Ce genre hautement raffiné restera la référence stylistique absolue jusqu'à nos jours.

   L'opéra de Pékin naît au tournant du XIXe s. dans la capitale, sous la double influence des styles erhuang venu de l'Anhui et xipi du Hubei. L'instrument principal en est la vielle à deux cordes. Son âge d'or se situe dans les années 20, avec les fameux « quatre rôles féminins ». Les tournées de Mei Lanfang à l'étranger et le cinéma contribuèrent à donner l'image d'un théâtre de travestis aux voix haut perchées, un art stylisé à l'extrême, profondément exotique, qui sut séduire Charlie Chaplin comme Bertolt Brecht. Parallèlement subsistent bien sûr de multiples genres locaux, tel le gaoqiang, chanté à voix nue éventuellement reprise par un chœur et entrecoupée d'un jeu très développé des percussions, que l'on retrouve aujourd'hui au Sichuan.

CINÉMA

Dans la Shanghai des années 1920 se développe une industrie cinématographique.

   On y distingue, à côté des films d'inspiration nationale – les dessins animés des frères Wan, les films d'opéra et surtout les premiers films d'arts martiaux dont le succès est immense, notamment Feu au temple du Lotus rouge (1928), série en dix-huit épisodes –, de nombreuses œuvres influencées par le cinéma hollywoodien : adaptations de films de Lubitsch et du Fantôme de l'Opéra, comédies musicales à la Busby Berkeley et films chinois avec sosies de Laurel et Hardy et de Shirley Temple.

Les années 1930

Au début des années 1930, toute une génération de cinéastes de gauche, notamment communistes, investit les studios de Shanghai ; se développe alors, de 1931 à 1937, un véritable âge d'or du cinéma chinois, avec la réalisation d'une collection de comédies sociales d'inspiration réaliste (on a pu parler à leur propos de « néoréalisme » avant la lettre), illustré entre autres par Yuan Muzhi (les Anges du boulevard, 1937) et Shen Xiling (Au carrefour, 1937).

   Quand les Japonais envahissent Shanghai en 1938, la plupart des gens de cinéma s'installent à Hongkong.

Cinéma de propagande et cinéma populaire

Une seconde vague d'émigration en direction de la colonie britannique, moins importante, a lieu quand Mao Zedong arrive au pouvoir, en 1949, et que le centre de la production cinématographique est installé à Pékin. Dès lors, le cinéma chinois a deux visages : au Nord, un cinéma sérieux, de propagande, calqué sur le modèle soviétique ; au Sud, à Hongkong, un cinéma populaire qui hérite des genres développés à Shanghai, liés à la Chine féodale et désormais prohibés à Pékin – opéras traditionnels, mélodrames à costumes et, surtout, films d'arts martiaux. Parmi ces derniers, on distingue les films de combat à mains nues (ou kung-fu), propulsés tardivement sur la scène internationale grâce à Bruce Lee, et les films de cape et d'épée, issus de la tradition de l'opéra et du cirque de Pékin, dont le cinéaste King Hu (Touch of Zen, 1972 ; Raining in the Mountain, 1978) est le plus digne représentant.

La Révolution culturelle

À partir de 1967, pendant la Révolution culturelle, la Chine populaire cesse de produire des films, à l'exception de ballets révolutionnaires. Mais la mort de Mao, en 1976, et l'arrestation de la « bande des quatre » – dont la veuve du président, Jiang Qing, ex-actrice des studios de Shanghai dans les années 1930 – entraînent la réhabilitation des acteurs, scénaristes et cinéastes interdits, la sortie de films censurés, l'ouverture des frontières aux coproductions et films étrangers, l'apparition de films commerciaux d'espionnage et policiers.

Nouvelles perspectives

L'industrie retrouve tout son essor dans les années 1980 : le pays compte 25 milliards de spectateurs par an. La levée du carcan idéologique et la décentralisation de la production permettent à une nouvelle génération de cinéastes de s'exprimer, d'aborder les sujets tabous comme les sentiments individuels et la sensualité amoureuse, et de dénoncer les rigidités de la société chinoise traditionnelle et contemporaine. Les chefs de file en sont Chen Kaige (la Grande Parade, 1985 ; le Roi des enfants, 1987) et Zhang Yimou, dont le Sorgho rouge (1988) a connu un grand succès auprès de la jeunesse chinoise, mais qui n'a pu, après les événements de la place Tien An Men en 1989, montrer dans son pays Épouses et concubines (lion d'argent au festival de Venise, en 1991).

LITTÉRATURE ET PHILOSOPHIE

Littérature

Avant le IIIe s. avant J.-C.

Le Shijing, le Yijing, Qu Yuan.

Des Han aux Tang (206 avant J.-C.-618 après J.-C.)

Cao Cao, Sima Qian, Sima Xiangru, Tao Yuanming.

Les Tang (618-907)

Bo Juyi, Du Fu, Han Yu, Li Bo.

Les Song (960-1279)

Ouyang Xiu, Su Shi.

Les Yuan (1279-1368)

Guan Hanqing.

Les Qing (1644-1911)

Rêve dans le pavillon rouge.

Le XXe s.

Ba Jin, Ding Ling, Guo Moruo, Hu Shi, Lao She, Lu Xun, Mao Dun.

Philosophie

Ve-IIe s. avant J.-C.

Confucius, Laozi, Mozi.

   École des lois, école des noms, école du yin/yang.

À partir des Han jusqu'au XXe s.

Confucianisme.

Plan de l'article

Chine

GÉOGRAPHIE

Géographie physique

La Chine de l'Ouest

La Chine de l'Est

Le Nord-Est

Le Nord

La Chine méridionale

Les reliefs

Le climat

L'hydrographie

La population chinoise

Rappel historique

Le milieu

Le « miracle chinois »

La « terre de la famine »

L'unité chinoise

Les minorités nationales

Une transition démographique spécifique

La répartition de la population

Les activités

Mao Zedong et Deng Xiaoping : deux logiques économiques pour un même but

La logique économique de Mao

La logique économique de Deng Xiaoping

Une croissance accélérée

L'agriculture, l'industrie, l'énergie et les transports

L'agriculture

L'industrie

L'énergie

Les transports

Les mutations et les problèmes

HISTOIRE

Des origines à la dernière dynastie légendaire

Les Xia

Les Shang (vers 1770-vers 1050 avant J.-C.)

Les Zhou (vers 1050-221 avant J.-C.)

Les Qin (221-206 avant J.-C.)

Les Qian Han ou Han antérieurs ou Han occidentaux (206 avant J.-C.-9 après J.-C.)

Les Hou Han ou Han postérieurs ou Han orientaux (23 après J.-C.-220)

Les Trois Royaumes (220-316)

Les Six Dynasties (316-581)

Les Sui (581-618)

Les Tang (618-907)

Les Cinq Dynasties ou Wu Dai (907-978)

Les Song (960-1279)

Les Yuan (1280-1368)

Les Ming (1368-1644)

Les Qing (jusqu'en 1840)

La pénétration européenne (1840-1894)

De la guerre sino-japonaise jusqu'à la révolution (1894-1911)

De la révolution au socialisme (1911-1949)

La République populaire et la construction d'un nouvel ordre (1949-1954)

Le désordre initial : la Chine en 1949

La reconstruction

Le programme des vainqueurs

La mise en place d'un nouvel ordre

La Chine, brillant second de l'U.R.S.S

Les plaies cachées

Le désordre maoïste (1955-1976)

La pensée de Mao

La première expérimentation du maoïsme (1955-1958)

L'échec (1959-1965)

La Chine, centre rouge du monde (1962-1965)

La Révolution culturelle et les gardes rouges (1966-1968)

La bureaucratisation de l'utopie (1969-1976)

La réforme de Deng Xiaoping

L'irrésistible ascension de Deng Xiaoping (1977-1978)

Les années heureuses de la réforme (1979-1985)

La réforme en crise (1986-1988)

Le massacre de Tian’anmen et l'impasse politique (1989-1991)

La relance (1992-1997)

La montée des contestations et la crispation du régime (1998-2001)

La « quatrième génération »

Politique étrangère : paix, coopération, développement

La stabilité régionale

Le développement pacifique

Repères d'actualité

L'ART DE LA CHINE ANCIENNE

Introduction

Écriture et calligraphie

Peinture

Estampage

Architecture

Jardins

Sépultures

Sculpture bouddhique

Bronzes archaïques

Céramique

Introduction

Données techniques

Petit vocabulaire fondamental des arts de la Chine

Bi

caoshu

Fengshui

Guanyin

Jiaguwen

Kaishu

Leiwen

Lishu

Mongqi

Shanshui

Ta

Taotie

Wenren

Xingshu

Vingbi

Zhuanshu

Zong

LITTÉRATURE

L'Antiquité

« Le Classique des poèmes » : une somme de poésie

Laozi : les paradoxes du taoïsme

L'âge classique

Sima Qian : l'homme et son destin

Tao Yuanming : la fuite du monde

Du Fu : l'histoire en poèmes

Liu Zongyuan : le poids de la disgrâce

L'âge postclassique

Su Shi : un lettré complet

« Le Pavillon de l'ouest » : le drame d'amour

« La Pérégrination vers l'ouest » : un roman fantasque

La littérature moderne

ARTS DE LA SCÈNE

La musique

Les systèmes musicaux et la notation

Les principes musicaux

La danse

L'art théâtral

Marionnettes et ballades

L'opéra

CINÉMA

Les années 1930

Cinéma de propagande et cinéma populaire

La Révolution culturelle

Nouvelles perspectives

LITTÉRATURE ET PHILOSOPHIE

Littérature

Avant le IIIe s. avant J.-C.

Des Han aux Tang (206 avant J.-C.-618 après J.-C.)

Les Tang (618-907)

Les Song (960-1279)

Les Yuan (1279-1368)

Les Qing (1644-1911)

Le XXe s.

Philosophie

Ve-IIe s. avant J.-C.

À partir des Han jusqu'au XXe s.

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