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Drapeau de l'Afghanistan

Afghanistan

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Afghanistan

État d'Asie centrale, l'Afghanistan est limité au nord par le Tadjikistan, l'Ouzbékistan et le Turkménistan, au nord-est par la Chine, au sud-est par le Pakistan et à l'ouest par l'Iran.

Superficie : 650 000 km2
Nombre d'habitants : 31 412 000 (estimation pour 2010)
Nom des habitants : Afghans
Capitale : Kaboul
Langues : dari et pachto
Monnaie : afghani

Chef de l'État : Hamid Karzai
Chef du gouvernement : Hamid Karzai


Constitution :
 Adoption : 4 janvier 2004
 Entrée en vigueur : 26 janvier 2004

Institutions

Exécutif

chef de l'État et du gouvernement : président de la République

Législatif

Le Parlement se compose de la Wolesi Djirga (Chambre du peuple) et de la Meshrano Djirga (Chambre des Aînés).

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

L'Afghanistan est un haut pays dont l'ossature est constituée par un axe montagneux médian qui, de direction ouest-est, à l'ouest (où il est scindé en trois faisceaux parallèles, séparés par les hautes vallées du Mourgab et du Hari Rud) et au centre (où il se soude en une masse unique, le Kuh-e Baba), se redresse dans l'Est (vers une direction S.-O./N.-E.), dans l'Hindu Kuch, qui va se fondre dans le nœud orographique du Pamir. Sur le versant nord de l'arc montagneux médian, les collines et les plaines de piémont du Turkestan afghan descendent jusqu'à 250-300 m d'altitude vers l'Amou-Daria, qui délimite la frontière avec le Turkménistan et l'Ouzbékistan. Au sud-ouest, les cuvettes du Sistan, où se perd le Helmand, s'abaissent jusqu'à 460 m. La frontière avec le Pakistan est occupée par un autre axe montagneux (les chaînes du Paktia, 3 500 m), qui va se fondre à la hauteur du bassin de Kaboul (1 800 m) dans l'Hindu Kuch, dont le sépare au sud-ouest le fossé Kandahar-Ghazni. À l'est, la vallée de la rivière de Kaboul donne accès au Pakistan par le bassin de Djalalabad et la passe de Khaybar.

   Le climat de ces hautes terres est très rude, extrêmement continental et en même temps fortement marqué par l'aridité, la plus grande partie du pays ne recevant guère que de médiocres pluies d'orages de printemps ou les dernières précipitations apportées par des dépressions hivernales d'origine méditerranéenne qui arrivent ici très effacées. Le Sud-Est reçoit seul les derniers effluves de la mousson indienne (pluies d'été qui constituent la majeure partie des précipitations jusque dans la région de Kaboul). Le total des précipitations tombe à moins de 100 mm par an dans le Sistan. Il se tient vers 200-400 mm sur les piémonts nord et sud des montagnes médianes et ne devient appréciable que sur les sommets de l'Hindu Kuch oriental, où il peut dépasser un mètre, et sur les chaînes du Sud-Est arrosées par la mousson. C'est là que se trouvent les seules véritables forêts du pays (étage inférieur de chênes et pins ; cèdres deodars en altitude), qui alimentent une exportation régulière et une contrebande active vers le Pakistan. Les montagnes centrales ne comportent, au-dessus des steppes à pistachiers des piémonts, qu'un étroit étage de forêts de genévriers (entre 2 000 et 2 700 m d'altitude, au-dessous de la steppe alpine), d'ailleurs presque complètement détruit aujourd'hui.

   Trois décennies consécutives de guerre (depuis 1979) ont bouleversé la géographie économique et humaine de l'Afghanistan. Victime, en raison de sa situation géopolitique, du « grand jeu » entre les Britanniques et les Russes, puis entre les États-Unis et l'ex-U.R.S.S., le pays accuse un retard économique et social parmi les plus forts du monde.

Les populations

Dans ce contexte aride, les montagnes médianes ont servi de refuge à des populations sédentaires, essentiellement de langue persane (parlée par environ le quart de la population du pays), qui s'y sont accrochées dans des terroirs irrigués de fond de vallée, aménagés en terrasses, et entourés de cultures pluviales sur les pentes, tandis que les piedmonts steppiques étaient submergés par des populations nomades lors des grandes invasions médiévales turco-mongoles. Mais l'axe montagneux a été d'autant plus imperméable au nomadisme qu'il était plus élevé et plus arrosé. Dans l'Est se sont maintenues des populations de langue darde (groupe intermédiaire entre les parlers indiens et iraniens), restées païennes (les Nurestanis ou Kafirs [infidèles]) jusqu'à la fin du XIXe s., à côté des Tadjiks de langue persane qui y sont la population dominante, cultivateurs habiles et artisans, dans les bourgades et les villes (Kaboul) du piedmont. Les Tadjiks, qui constituent l'ancienne population aborigène persane, parlent un dialecte persan khorassanien (dari) ; ils sont sédentaires et détribalisés de longue date. Au centre, les Hazara, également de langue persane, ont subi une influence turco-mongole beaucoup plus prononcée, qu'ils ont assimilée linguistiquement, mais qui a laissé des marques dans le genre de vie (abris dérivés de la yourte comme habitats d'été). À l'O. (plus morcelé et plus sec), les Tchahar Aymaq (« les quatre tribus »), de langue également persane, mais franchement semi-nomades, ont été fortement influencés par la culture matérielle des nomades turcs. Sur le versant nord des montagnes médianes, ceux-ci ont totalement submergé les vieux agriculteurs autochtones du piedmont. Une importante minorité turcophone (15 à 20 % de la population totale du pays) se partage, dans ce qui est devenu le « Turkestan afghan », entre les deux peuples dominants de basse Asie centrale : Ouzbeks à l'E. et Turkmènes en cours de détribalisation à l'O.

   Au sud des montagnes médianes, enfin, s'est individualisé le peuple des Pachtouns ou Pathans, parlant une langue iranienne orientale (pachto), dont d'importantes fractions, à la suite du contrecoup des invasions médiévales, sont passées au nomadisme dans les déserts méridionaux et s'y sont organisées en grandes confédérations, Durrani au S. et la grande tribu nomade des Rhalzays (ou Ghalzays) qui estivent dans les montagnes centrales. Peuple dominant du pays, les Pachtouns ont été à l'origine de l'État afghan au XVIIIe s. Abd-al-Rahman (1880-1901), puis ses successeurs, ont favorisé leur extension plus ou moins dans tout le pays, dans le but d'asseoir leur domination politique. Ils ont ainsi ouvert les hauteurs du Hazaradjat aux nomades du Sud comme pâturages d'été, puis ont installé dans le Turkestan d'importants groupes, nomades ou sédentaires.

   Les principales minorités mixtes sont des Baloutches au S., des Kirghiz au N.-E., des Jats, des Kizil Bach, des sikhs, et des peuples dits « arabes ». La confession dominante est l'islam sunnite hanafite. Les Hazaras et une partie de la population persane aborigène sont chiites duodécimains ou parfois ismaéliens. Les structures tribales sont généralement désagrégées, à l'exception des tribus pachtouns et, dans une moindre mesure, des Hazaras. Le pouvoir politique traditionnel est assumé par le khan, ou mir, assisté d'un conseil tribal ou « des barbes blanches ». La propriété foncière est liée à celle de l'eau d'irrigation, les terres non irriguées étant collectives. La semi-nomadisation est répandue : réduite (campement d'été sur les champs en friche, assurant leur fertilisation) ou à moyenne et longue distance entre les pâtures de montagne, l'été, et les vallées, l'hiver. L'habitat d'hiver est généralement la maison de terre séchée à toit plat ou à dôme ; l'habitat d'été est, au N., la yourte mongole circulaire, au S., la tente noire de poils de chèvre (habitat unique des nomades). Les mariages interethniques sont rares ; les mariages entre cousins, ou mieux les mariages croisés, sont préférés en raison de la dot élevée. La monogamie domine. Avec 6,6 enfants par femme, le taux de fécondité du pays est l'un des plus élevés du monde, derrière celui du Niger. L'espérance de vie à la naissance, inférieure à 44 ans, est la plus faible du monde.

   Turkmènes et Ouzbeks pratiquent de nombreux artisanats (tapis, feutre, métaux, etc.).

   La répartition du peuplement opposait traditionnellement les piémonts du Nord aux terres méridionales, beaucoup moins peuplées. Mais les mouvements de population et le million de morts lié à la guerre avec l'Union soviétique ont contribué à la désertification de plusieurs régions : les régions frontalières du Pakistan et de l'Iran ont ainsi perdu plus de 80 % de leurs habitants, tandis que la région de Kaboul a connu une augmentation de 40 % de sa population.

Le secteur agricole et le monde rural

L'Afghanistan constitue un cas extrême de sous-développement, qui s'explique en partie par l'isolement du pays, dû à la situation continentale, mais aussi au rôle d'État tampon entre les possessions russes et britanniques en Asie, qu'aucune grande puissance n'avait intérêt à ouvrir vers l'extérieur. C'est seulement depuis 1964 qu'un tunnel à travers le col du Salang, à plus de 3 000 m d'altitude, a permis la construction d'une route carrossable en hiver entre les deux versants de l'Hindu Kuch, et la route de rocade périphérique à revêtement stable qui fait le tour du pays n'est pas encore complétée au N.-O. L'Afghanistan, d'autre part, n'a pas de réseau ferroviaire.

   Le secteur agricole occupe encore plus de la moitié de la population active et fournit le tiers du produit intérieur brut. Une des originalités de l'Afghanistan réside dans l'importance du nomadisme : environ 6 à 7 % de la population le pratique sur la quasi-totalité du territoire. Le nomadisme pastoral (moutons et chèvres), qui a longtemps dominé l'agriculture sédentaire, est aujourd'hui en net recul. Il n'aboutit pas toujours, cependant, à une sédentarisation mais se traduit, souvent, par la recherche de travaux saisonniers. Le reste de l'activité agricole se répartit entre les fonds de vallées et les oasis des piémonts. Ces dernières sont dépendantes, pour la plupart, de l'irrigation, qui y est très ancienne : on distingue les oasis à karez (galeries drainantes souterraines) des grandes oasis fluviales. La construction de barrages modernes (Dahla, Kadjakay, Darounta) ont permis une augmentation notable de la surface irriguée. La culture céréalière d'hiver (blé et orge) prédomine, tandis que le riz, le maïs et le coton (au nord) sont cultivés, l'été, lorsque l'eau est suffisante (ce qui n'est pas le cas de la majorité des oasis). Les fonds de vallées permettent une agriculture plus intensive, en terrasses irriguées, grâce à une pluviométrie plus importante.

Le secteur industriel

Seulement le cinquième de la population afghane est urbaine. Kaboul, avec plus de 3 millions d'habitants, concentre la plupart des activités industrielles du pays. Les secteurs dominants sont l'agroalimentaire, le textile (coton) et les constructions mécaniques. L'artisanat (tapis, soieries, orfèvrerie, etc.) reste actif. La rivière de Kaboul, en aval de la capitale, permet son alimentation en énergie grâce à ses centrales hydroélectriques. Mais l'afflux de réfugiés (la ville ne comptait que 900 000 habitants en 1979) a profondément déséquilibré le réseau urbain en sa faveur. Le second pôle industriel du pays se trouve au nord, autour de Mazar-e Charif, qui comprend des usines chimiques (engrais) et textiles. Le sous-sol afghan ne recèle pas de pétrole mais possède un gisement de gaz naturel, au nord, dans le Turkestan afghan (Chebarghan). Les autres ressources minières sont très difficilement exploitables à cause du relief et l'existence de lapis-lazuli dans le Badakhchan n'a guère qu'une importance symbolique, tandis que le charbon de l'Hindu Kuch, à l'est, produit environ 1 000 tonnes par an, une quantité négligeable. Le pays dispose d'un fort potentiel énergétique (électricité, gaz), encore inexploité.

   L'état de l'économie afghane est catastrophique. Les exportations (gaz, fruits secs, dérivés du textile, peaux et cuirs) sont inférieures aux importations et le pays dépend largement de l'aide internationale et humanitaire. L'Afghanistan est redevenu en 2002 le premier producteur mondial d'opium. La culture du pavot a retrouvé le niveau record de la fin des années 1990, après avoir très fortement diminué sous le régime des talibans qui l'avaient interdite en 2000.

HISTOIRE

Situé au cœur de l'Asie, l'Afghanistan est le lieu de rencontre des nomades, Scythes, Huns, Turcs, Mongols, et des grandes civilisations sédentaires, souvent expansionnistes, d'Iran, de Chine et d'Inde. Des voies internationales, utilisées très anciennement, le traversent : la plus prestigieuse est la « route de la soie », qui évoque l'antique commerce entre la Chine et Rome ; d'autres, souvent des variantes de celle-ci, ont été, au cours des siècles, empruntées par les armées, les missionnaires et les commerçants. Aussi l'Afghanistan reçoit-il toutes les influences ; mais il ne se contente pas de les subir, il est un creuset et donne peut-être autant qu'il emprunte. Ainsi joue-t-il, par exemple, un rôle capital dans la diffusion du bouddhisme vers l'Est et de l'islam en Inde. Relevant en définitive essentiellement du monde iranien, il ne forme un État qu'à une date récente ; pendant des siècles, il dépend de vastes empires, parfois créés par ses habitants, parfois les englobant seulement. De structure tribale, et ethniquement diversifié par les dépôts des invasions (turcophones et Mongols surtout), il professe néanmoins un nationalisme qui reflète le sens aigu de la communauté culturelle et l'amour des antiques traditions. Presque exclusivement musulman sunnite, il accorde une place essentielle au fait religieux.

Les origines

La préhistoire est encore mal connue. Les missions françaises ont cependant mis au jour, à Mundigak, sept niveaux de civilisation s'étageant du IVe millénaire aux alentours de l'an 500 avant J.-C. C'est à une époque indéterminée que les Aryens, venus de l'ouest, occupent le pays et fixent son ethnie de base. Sous les Achéménides, l'Afghanistan, sans doute intégralement conquis par Cyrus, est divisé en cinq satrapies par Darios Ier. La pax iranica y règne pendant deux siècles, ce qui lui permet de participer au grand essor de l'Iran et de se laisser imprégner par la réforme religieuse de Zarathushtra. La conquête d'Alexandre (329 avant J.-C.) provoque, plus qu'ailleurs, une symbiose de la Grèce, de l'Iran et de l'Inde.

   Mais les satrapies subsistent et, à la mort d'Alexandre, entrent en lutte intestine. Les Séleucides, la dynastie indienne des Maurya et le royaume de Bactriane dominent tour à tour. À la fin du IIe s. avant J.-C., de nouvelles invasions aryennes amènent la prépondérance de la tribu kushana, qui atteint son apogée sous Kujula (en grec Kadphisês) au Ier s. après J.-C. et sous Kanishka au IIe s. Malgré la présence d'autres courants religieux (autel du feu à Surkh Kotal), le pays se livre alors au bouddhisme (grand sanctuaire de Bamiyan). Son très grand essor est seulement freiné par le retour en force de l'Iran avec les Sassanides (IIIe s.) et les invasions des Huns Blancs ou Hephthalites (Turco-Mongols), qui font régner insécurité et oppression.

Des Arabes aux Séfévides

En 651 (conquête de Harat), les Sassanides sont vaincus par les armées arabes, qui occupent le pays. Ils se heurtent à une vive résistance qui empêche toute arabisation et rend l'islamisation fort lente : l'antique Kapisha (région de Kaboul) ne sera convertie qu'à la fin du IXe s., et, jusqu'au XIIIe s., il subsistera de nombreuses principautés vassales ou indépendantes. Dans le Nord, les Samanides, Iraniens originaires de Saman, près de Balkh, obtiennent la prépondérance. Les mercenaires turcs qu'ils recrutent amènent une ère nouvelle. En 962, l'un d'eux, Alp Tigin, se rend indépendant dans la région de Ghazni. Ses successeurs, et surtout Mahmud (999-1030), à la tête de la dynastie des Ghaznévides, étendent leur domination jusqu'à Ispahan et lancent dix-sept expéditions sur l'Inde. De Ghazni, rivale de Bagdad, ils font un centre remarquable, où brillent artistes et écrivains : parmi eux Ferdowsi (ou Firdusi), le poète national de l'Iran. Mais les Ghaznévides sont bientôt obligés de reconnaître la suprématie d'autres Turcs, les Grands Seldjoukides d'Iran, et disparaissent sous les coups de princes afghans, les Ghurides, qui se posent comme leurs héritiers : dès lors, Afghans et Turcs afghanisés fournissent princes et cadres des monarchies indo-musulmanes.

   Cette haute civilisation des XIe et XIIe s., égale à celle de l'Afghanistan bouddhique de jadis, sombre sous l'invasion de Gengis Khan, qui s'acharne particulièrement sur le pays (1221-1222). Aux dévastations mongoles s'ajoutent celles de Timur Lang (Tamerlan), qui se fait couronner à Balkh en 1370 et est responsable, entre autres, de la ruine du riche système d'irrigation : le pays ne s'en relèvera jamais. Pourtant, autour de Harat s'épanouit la Renaissance timuride, commencée avec Chah Rokh (1405-1447) et conduite à son sommet par Hoseyn Beyqara (Husayn Bayqara) [1469-1506] et son ministre Mir Ali Chir Navai. L'Afghanistan oriental, enfermé sur lui-même, revient à l'actualité quand le Turc Baber s'installe à Kaboul (1504) et conquiert l'Inde, où il fonde la dynastie dite des Grands Moghols, mais il demeure pour ceux-ci une province lointaine, négligée. À la même époque, l'Afghanistan occidental passe aux mains des Séfévides d'Iran.

Naissance de l'Afghanistan moderne

La décadence moghole et l'affaiblissement des Séfévides, au début du XVIIIe s., rendent leurs libertés aux remuantes tribus afghanes et permettent la naissance de l'Afghanistan moderne, que préfigurent la révolte et la déclaration d'indépendance de Mir Veys (Mir Ways) [1707], chef de la tribu Ghalzay. Mais les Ghalzays doivent affronter le mouvement national de Nader Chah (ou Nadir Chah), qui prend Kandahar et Kaboul en 1738. Un officier de Nader, Ahmad Khan, de la tribu des Abdalis, se proclame roi à Kandahar dès que Nader Chah est assassiné (1747) et fonde la dynastie des Durrani, première dynastie afghane indépendante. Comme ses devanciers, il intervient à plusieurs reprises en Inde, et il constitue un royaume vaste mais instable. Son successeur, Timur Chah, qui transfère sa capitale à Kaboul, le garde en paix, mais, à sa mort, ses fils et ses féodaux se disputent sa succession (1793). Finalement, Dust Mohammad (Dust Muhammad), actif dès 1818, est reconnu émir à Kaboul (1838) et il fonde la dynastie des Barakzay ou Muhammadzay. Renonçant aux provinces indiennes, il se consacre entièrement à l'Afghanistan, devenu État tampon entre les impérialismes anglais et russe. Tour à tour victime et bénéficiaire de l'intervention britannique, Dust Mohammad est, lors de la première guerre anglo-afghane (1839-1842), remplacé par Chodja al-Molk (Chudja al-Mulk) [1839], puis, à la suite d'une insurrection et de la destruction de l'armée anglaise d'Alexander Burnes (1842), il est replacé sur le trône mais contraint à subir un semi-protectorat.

   La pression russe sur l'Asie centrale amène en 1878 l'Angleterre à une deuxième guerre afghane, et Abd al-Rahman (1880-1901) est obligé de reconnaître les frontières de la « ligne Durand » (1893). Les efforts de Habib Allah (1901-1919) et d'Aman Allah (1919-1929) pour sortir leur pays de son isolement sont annihilés par la volonté anglaise de le renforcer. Seule la troisième guerre afghane, dite « guerre d'indépendance », consacre la pleine reconnaissance de la souveraineté de l'Afghanistan : armistice de Rawalpindi (8 août 1919), traité de Kaboul (22 novembre 1921). Aman Allah entreprend la modernisation du pays : Constitution (1922), code administratif (1923), début de l'instruction féminine (1924) ; nouvelle Constitution (1928) ; il voyage en Europe et se fait nommer roi. La réaction conservatrice ne tarde guère. Le souverain est renversé et un aventurier, Habib Allah Khan, exerce pendant six mois une dictature sanguinaire.

   Nader Khan (Nadir Khan), parent d'Aman Allah, abat l'usurpateur et se fait proclamer roi (1929). Instruit par l'expérience, il reprend avec prudence les réformes, mais n'en est pas moins assassiné en 1933. Son fils Zaher Chah (Zahir Chah) lui succède. De culture française et tout acquis aux idées nouvelles, il fait adhérer son pays à la Société des Nations (SDN) [1934], l'ouvre progressivement sur l'extérieur. En 1937, il signe le pacte de Sadabad avec la Turquie, l'Iran et l'Iraq, mais ne se laisse pas pour autant entraîner dans la Seconde Guerre mondiale.

La timide modernisation et l'échec de la monarchie

Le retrait des Britanniques de l'Asie du Sud, avec l'indépendance de l'Inde et du Pakistan, en 1947, laisse l'Afghanistan dans une situation économique catastrophique : l'isolement du pays, voulue par le Royaume-Uni, et son archaïsme politique freinent sa modernisation, mais sa position géostratégique de première importance suscite la mobilisation des organisations internationales, qui vont lui fournir une assistance considérable. Cependant, l'URSS et les États-Unis cherchent à y étendre leur influence ; les Soviétiques, depuis le Tadjikistan voisin, envoient des conseillers dans les régions septentrionales, tandis que les Américains sont présents dans le sud du pays. L'aide internationale cumulée, de 1957 à 1977, s'est élevée à 1,7 milliard de dollars, faisant alors de l'Afghanistan le pays le plus aidé du monde, eu égard à ses potentialités : mais les rivalités américano-soviétiques empêchent toute concertation quant à l'efficacité du soutien apporté. De plus, le conservatisme du pouvoir, malgré une tentative de démocratisation du pays entre 1963 et 1973, bride les initiatives de décollage économique. La famille royale, s'appuyant avant tout sur les Pachtouns, s'enlise dans sa revendication du Pachtounistan face à son voisin pakistanais : le nouvel État issu de la partition de l'Inde comprend en effet, dans ses marges occidentales, des populations pachtounes également présentes du côté afghan. La nouvelle Constitution (1964), approuvée par le roi Zaher, permet l'émergence de nouveaux partis, mais le Parlement est rapidement paralysé, tandis que les récoltes de 1970 et 1971 sont catastrophiques. L'échec de la monarchie, sanctionné par le coup d'État républicain (16-17 juillet 1973) dirigé par Sardar Mohammad Daud Khan, cousin et beau-frère du roi, avec le soutien de l'URSS, suivi par l'arrivée au pouvoir des communistes, s'explique avant tout par son attachement profond à ses privilèges et son refus de la modernité ; c'est aussi le fait d'une jeunesse aristocratique formée en Occident ou en URSS et déçue par l'immobilisme du gouvernement.

L'arrivée des communistes au pouvoir

Un coup d'État communiste, le 27 avril 1978, met fin à la république de Daud Khan. Le leader du parti démocratique du Peuple (PDP), Nur Mohammad Taraki, prend le pouvoir, instaure une dictature d'obédience marxiste et permet à l'URSS – grâce à la signature d'un traité d'amitié et de coopération (décembre 1978) –, d'étendre davantage son influence sur le pays. La montée de la gauche s'était opérée dès les années 1960, mais elle restait profondément divisée en raison de rivalités personnelles et claniques. Babrak Karmal, du parti de gauche Parcham (le Peuple), qui avait au départ soutenu le prince Daud Khan, est poussé par les Soviétiques de s'unir avec le Khalq (le Drapeau), autre formation marxiste, pour former le PDP et renverser Daud Khan. L'influence des communistes est directement liée à l'éducation de nouvelles couches de la population, qui demeurent exclues du jeu clanique et politique et qui voient le pays s'enfoncer dans une arriération économique : toutefois, leur prise du pouvoir provoque l'exil de plus de 100 000 personnes et ravive les tensions entre les factions au sein du PDP Babrak Karmal, écarté par Nur Mohammad Taraki, finit par prendre le pouvoir grâce à l'intervention de l'armée soviétique en décembre 1979, après l'assassinat de celui-ci, puis de son successeur, Hafezollah Amin. Le pays sombre alors dans une double guerre : la lutte contre l'Armée rouge, qui dure jusqu'en 1989, et la guerre civile, qui continue de déchirer le pays, malgré la profonde évolution de sa nature et de ses finalités sur les deux décennies.

L'intervention soviétique

Les raisons de l'intervention soviétique restent encore obscures. C'est sans doute en partie pour protéger ses nombreux ressortissants – dont une partie avait péri lors de massacres perpétrés par l'opposition islamiste – que l'URSS décide d'envoyer l'Armée rouge. Le pouvoir est très vite assimilé au parti de l'étranger, et l'opposition (les moudjahidin) s'organise sur des bases claniques, ethniques et religieuses ; les musulmans chiites, dans l'Ouest et le Centre, reprennent rapidement le contrôle de leur région ; les musulmans sunnites forment la majorité de la population. Contestée par une grande partie de la communauté internationale, l'armée soviétique s'enlise dans une « sale guerre » : elle est dépourvue de la logistique adéquate pour faire face à une guérilla mieux entraînée qu'elle au climat et au relief hostiles, et ne parvient pas à mobiliser la population soviétique pour envoyer au front sa jeunesse au nom d'une idéologie en déclin. L'intransigeance des dirigeants de l'URSS– malgré les demandes réitérées de l'ONU de retirer les troupes soviétiques – et l'importance des enjeux internationaux conduisent à une impasse de laquelle Mikhaïl Gorbatchev tente de sortir, dès son arrivée au pouvoir en 1985. Les États-Unis concentrent leur aide, par l'intermédiaire du Pakistan et avec le soutien actif de l'Arabie saoudite, vers les sunnites pachtouns, tandis que l'Iran chiite, qui vient d'achever sa révolution islamiste, soutient les chiites hazara du centre et de l'ouest du pays. Dans ce contexte d'anarchie, le gouvernement de Babrak Karmal ne parvient pas à imposer son régime, et ses réformes brutales envers les paysans ne font que renforcer l'opposition. Parallèlement, des centaines de milliers d'Afghans émigrent vers le Pakistan, l'Iran et l'Occident. En mai 1986, l'échec de Babrak Karmal est patent et conduit à son remplacement par Mohammad Nadjibollah : celui-ci lance en 1987 un appel à la « réconciliation nationale » et fait adopter en novembre une Constitution qui n'a plus rien de socialiste.

Les accords de Genève et le retrait des troupes soviétiques

Le 14 avril 1988, un accord est signé, à Genève, entre le Pakistan, l'Afghanistan, les États-Unis et l'URSS. Il prévoit, outre le retrait, sur neuf mois, des troupes soviétiques du territoire afghan, des accords bilatéraux avec le Pakistan, garantissant l'intégrité politique de l'Afghanistan vis-à-vis de son voisin, et formulant les modalités de retour des réfugiés. Mais le départ des troupes de l'Armée rouge est loin de mettre fin à la guerre civile, sur laquelle la présence soviétique jetait un voile cachant la complexité des alliances et des divisions. La fracture entre nationalistes et communistes, vive durant l'occupation soviétique, s'estompe pour laisser place à des rivalités entre fondamentalistes islamistes, dirigés par Gulbuddin Hekmatyar, et modérés. Ces divisions sont la principale raison de la chute tardive, en 1992, du gouvernement de Mohammad Nadjibollah. Après le départ des Soviétiques, celui-ci, en effet, ne contrôle que les grandes villes, alors que l'opposition des moudjahidin tient les campagnes. L'intervention de l'ONU, qui œuvre pour un règlement politique du conflit, l'engagement de l'URSS et des États-Unis d'arrêter leurs livraisons d'armes ne pourront empêcher l'opposition de prendre Kaboul par la force. Cette victoire est cependant loin de mettre fin à la guerre civile : le factionalisme de l'opposition prend la forme d'une rivalité ethnique, selon la division classique entre Tadjiks du Nord, regroupés au sein du Djamiat-i Islami et dirigés par le commandant Ahmad Chah Masud, et Pachtouns du Sud, rassemblés autour du Hezb-i Islami et menés par Gulbuddin Hekmatyar. L'accord de Peshawar permet la création d'un État islamique d'Afghanistan le 28 avril 1992. Mais, si les ethnies du Nord gagnent, par l'intermédiaire du commandant Masud, le ministère de la Défense du gouvernement intérimaire dirigé par Sibghbatollah Modjaddedi, les forces de G. Hekmatyar reprennent le combat durant l'été. La confirmation de Burhanuddin Rabbani, en décembre, au poste de président de la République islamique d'Afghanistan n'empêche pas une nouvelle « bataille de Kaboul » au début de l'année 1993. L'accord de paix signé en mars à Islamabad maintient B. Rabbani à son poste, tandis que G. Hekmatyar devient Premier ministre.

Les talibans

L'apparition des talibans, à l'automne 1994 dans la région de Kandahar, reste mystérieuse. Regroupés autour du mollah Omar, ils ne se distinguaient pas des autres mouvements anticommunistes durant l'invasion soviétique, mais leur présence était déjà attestée. Soutenus par le Pakistan, qui joue un rôle prépondérant dans leur entraînement, ces étudiants de madrasa, sunnites et majoritairement d'ethnie pachtoune, suivent une idéologie ultrafondamentaliste prenant sa source dans l'école de Deoband, en Inde, qui prônait à la fin du XIXe s. un retour à l'islam pur afin de lutter contre l'influence de l'hindouisme. Les talibans réussissent rapidement à prendre le contrôle du sud du pays. Leur succès n'est pas tant lié à leur force militaire qu'à un réel soutien de la population qui, lassée par vingt années de guerre, voit en eux une possible pacification du pays. Les talibans rétablissent effectivement l'ordre dans les régions qu'ils contrôlent, grâce à une application très stricte de la charia, mêlée à une pratique scrupuleuse des coutumes rigoristes pachtounes.

   La prise de Mazar-e Charif, bastion de l'opposition du général Rachid Dostom, puis celle de Bamiyan, contrôlée jusqu'alors par les chiites, au cours de l'été 1998, permet aux talibans d'étendre leur conquête, facilitée par l'incapacité de l'opposition de s'unir : tout sépare le général ouzbek R. Dostom des chiites de Karim Khalili et du Tadjik Masud. En mars 1999 cependant, un accord intervient entre les forces d'opposition afghanes : le commandant Masud, à la tête de l'Alliance du Nord, a désormais la tâche de conduire toutes les opérations militaires contre les talibans. Mais ces derniers, après une succession de victoires militaires importantes (prise, notamment, de Taloqan), contrôlent la quasi-totalité du pays en septembre 2000.

   

À partir de 1999, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une série de sanctions votées à l'initiative des États-Unis à l'encontre des talibans afin d'obtenir l'extradition d'Oussama Ben Laden, d'origine saoudienne, tenu pour être le principal instigateur des attentats contre les ambassades américaines de Dar es-Salaam (Tanzanie) et de Nairobi (Kenya) en août 1998. Par ailleurs, les conditions de vie déplorables imposées aux femmes (privées d'éducation et exclues du monde du travail) contribuent à propager à l'étranger une image passablement ternie du régime des talibans. En mars 2001, l'application d'un décret ordonnant la destruction de toutes les statues du pays, incluant les bouddhas de Bamiyan, site majeur de l'art pré-islamique en Afghanistan, provoque de vives protestations dans le monde, y compris dans des pays alliés, le Pakistan et l'Arabie saoudite.

   La mort du commandant Masud (9 septembre 2001), victime d'un attentat probablement commandité par al-Qaida, suivie par les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, provoquent un renversement rapide de la situation en Afghanistan.

   Le président G. W. Bush lance immédiatement un ultimatum aux talibans, les enjoignant de livrer Ben Laden et le mollah Omar dans les plus brefs délais. Faute de réponses convaincantes, les États-Unis décident d'intervenir militairement en Afghanistan après s'être assurés du soutien du Pakistan – particulièrement impliqué dans la problématique régionale — et de celui de l'Ouzbékistan, susceptible de servir de base arrière aux troupes américaines. La Russie, la Chine, l'Iran et, afin d'éviter tout risque de dérapage au Proche-Orient, l'ensemble des États arabes, sont également consultés.

   

Le 7 octobre débute l'opération « Liberté immuable » avec le soutien des Occidentaux. Les frappes « ciblées » de l'armée américaine (épaulée par les Britanniques), permettent une avancée rapide des troupes de l'Alliance du Nord, qui reconquiert, le plus souvent sans combattre, villes et villages abandonnés par les talibans (libération de Kaboul en novembre). Défaits, ces derniers, soit se replient dans quelques bastions, dont la région de Tora Bora, où les bombardements s'intensifient, soit se regroupent dans la vallée de Shawal, dans le Nord-Waziristan pakistanais.

Le processus de Bonn (2001-2005)

Alors que la traque des terroristes continue (ni O. Ben Laden, ni le mollah Omar n'ont été capturés), le 27 novembre s'ouvre à Bonn une conférence interafghane destinée à organiser l'après-talibans. Un accord intervient le 5 décembre. Il prévoit la création d'un gouvernement intérimaire, sous la direction d'un proche des États-Unis, le pachtoun Hamid Karzai, et la tenue d'une assemblée traditionnelle, ou Loya Djirga, en juin 2002 afin de désigner un chef de l'État provisoire et de préparer la mise en place d'une assemblée constituante.

   De retour dans son pays en avril 2002 après vingt-neuf années d'exil, l'ex-roi Zaher Chah convoque la Loya Djirga qui plébiscite, en juin, H. Karzai à la tête de l'exécutif afghan pour une période de dix-huit mois. Ce dernier entre en fonction après avoir présenté le nouveau gouvernement, au sein duquel de nombreux seigneurs de la guerre font un retour en force.

   En dépit de la mise en place, en décembre 2001, de la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) sous mandat de l'ONU, dans la capitale et ses environs – le reste du pays demeurant de la compétence des forces américaines et de leurs alliés afghans –, l'insécurité prévaut (assassinat des ministres de l'Aviation civile et des Travaux publics en février et en juillet 2002 ; tentative d'assassinat d'H. Karzai en septembre 2002). À la veille de l'ouverture de la Loya Djirga, qui doit décider de la future Constitution, le mandat de la FIAS, placée sous commandement de l'OTAN depuis août 2003, est élargi au-delà de Kaboul et renouvelé pour un an.

   Selon un rapport de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, l'Afghanistan est redevenu, en 2002, le premier producteur mondial d'opium, malgré l'interdiction de la culture et du commerce du pavot (lancée en janvier 2002), et le programme d'éradication des cultures (avril 2002). Cette explosion de la production d'opium constitue un facteur majeur de corruption.

   

Le 4 janvier 2004, au terme de difficiles tractations, les 502 délégués de la Loya Djirga approuvent une nouvelle Constitution, qui institue une république islamique (sans proclamation de la charia) à régime présidentiel fort, néanmoins tempéré par l'institution de deux vice-présidents élus sur le même ticket que le président. Elle ouvre la voie à l'organisation d'élections initialement prévues en juin 2004, mais reportées au 9 octobre, compte tenu des difficultés à établir des listes d'électeurs, des menaces des talibans et de l'insécurité qui domine dans le sud et le sud-est du pays. Après avoir écarté en juillet de son ticket, comme l'y invitaient les États-Unis, le puissant ministre de la Défense et vice-président Mohammad Fahim, H. Karzai est élu avec 55,4 % des suffrages contre 16,3 % à son rival immédiat, l'ancien ministre et leader de l'ex-Alliance du Nord, le Tadjik Yonous Qanooni. En décembre, H. Karzai nomme un nouveau gouvernement dont sont exclus la plupart des chefs de guerre.

   Point d'orgue du processus de Bonn, les élections législatives et provinciales du 18 septembre 2005, les premières depuis 1969, sont marquées par un taux de participation de 50 % (inférieur à 30 % dans les régions pachtounes). Le nouveau Parlement bicaméral comprend la Chambre haute, composée de 102 membres élus par les collectivités locales et de personnalités nommées par le président, et la Chambre basse, dont les 249 députés sont, pour moitié d'entre eux, d'ex-moudjahidin, 68 sièges y étant réservés aux femmes.

La résurgence des talibans et l'enlisement de l'OTAN (2005-)

Si le processus de Bonn semble s'être achevé avec succès, des défis majeurs attendent les nouvelles autorités afghanes pour une stabilisation complète du pays. À peu près réussie dans la région de Kaboul, la mise en place de l'administration est quasi inexistante dans le reste du territoire, État de non-droit où sévit une insécurité grandissante, en raison essentiellement de la résurgence des talibans.

Le retour progressif des talibans et la menace d'al-Qaida

Chassés du pouvoir fin 2001, les talibans, radicalisés, réinvestissent peu à peu leurs anciens bastions avec l'aide des populations pachtounes, des fondamentalistes du Pakistan, et des djihadistes d'al-Qaida. Dans les provinces du Sud essentiellement pachtounes où ils bénéficient de solidarités religieuses et tribales fortes, les talibans mettent à profit l'incurie et la corruption des autorités issues des élections pour recruter de nombreux jeunes dans leurs rangs. Ce ralliement leur est d'autant plus aisé que la désillusion est grande au sein d'une population déçue de ne voir se réaliser aucune des promesses annoncées par la communauté internationale en 2001 et heurtée par les nombreuses bavures des forces de la coalition internationale (en 2007, au moins 1 633 civils ont été tués, dont 321 par des bombardements). Formée dans les madrasas qui se sont multipliées dans les FATA (Federally Administred Tribal Areas) ou « zones tribales » pakistanaises le long de la frontière avec l'Afghanistan, cette génération de néo-talibans bénéficie de l'aide financière, technique et stratégique des djihadistes d'al-Qaida. L'organisation d'Oussama Ben Laden, mise en déroute par l'alliance de la guérilla sunnite irakienne avec l'armée américaine à Bagdad, a elle-même trouvé refuge à la frontière afghano-pakistanaise, grâce à la complicité des services secrets pakistanais (ISI) et à l'ambivalence du général-président Pervez Mucharraf. En reconstituant leurs forces dans le sanctuaire pakistanais, les talibans afghans inspirent même la création d'un mouvement taliban pakistanais.

Une insécurité grandissante

À partir du printemps 2006, les talibans afghans forment avec les djihadistes d'al-Qaïda, les fidèles de l'ancien Premier ministre G. Hekmatyar et les tribus pachtounes une coalition d'insurgés. Multipliant les opérations de guérilla contre la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS), les forces de sécurité afghanes, les relais du gouvernement ou les acteurs de développement, ils parviennent rapidement à reprendre le contrôle des zones rurales dans la plupart des régions pachtounes et ont pour objectif l'encerclement de Kaboul. À partir de 2005, ils commettent leurs premiers attentats suicide puis des assassinats de personnalités politiques ou de représentants de la société publique, des prises d'otages et des enlèvements d'étrangers. Leurs attaques deviennent particulièrement meurtrières à partir de l'automne 2007 (75 morts à Pol-e-Khomri dont 59 enfants et 6 parlementaires ; 100 morts dans la province de Kandahar, le 17 février 2008). Le nombre de pertes enregistrées par la FIAS malgré son renforcement (50 000 hommes en 2008, dont un tiers d'Américains), dépasse – pour la première fois en 2008 depuis le déclenchement des deux guerres – celui des pertes subies par la coalition internationale en Iraq.

   Toutefois, la population civile afghane paie le plus lourd tribut à l'insurrection (1 600 morts en 2005, 4 000 en 2006, près de 6 000 en 2007). Elle subit en outre une grave détérioration de ses conditions de vie en raison de l'augmentation du prix des produits de première nécessité et du risque de pénurie alimentaire, de conditions climatiques rigoureuses (désertification croissante, plus de 1 000 morts lors de l'hiver 2008).

Une aide internationale « gaspillée, inefficace et non coordonnée »

L'aide internationale promise depuis 2001 pour la reconstruction (90 % des dépenses publiques de l'État) est insuffisante et la population n'en profite pas.

   Bien que les besoins du pays demeurent immenses, la distribution de l'aide internationale est inéquitable, mal ciblée ou dilapidée par une corruption endémique. Sur 25 milliards de dollars d'aide promise, 10 milliards n'ont pas été versés. Par ailleurs, l'aide destinée au financement de projets civils est largement inférieure à l'assistance liée à la sécurité telle que la formation de l'armée nationale afghane (ANA) et de la police nationale. Or la première, dont les effectifs croissent régulièrement pour atteindre 80 000 soldats en 2008, demeure inopérante faute de moyens logistiques ; la seconde – 60 000 hommes formés en 2008  – est rongée par la corruption.

   Alors que le pays enregistre d'incontestables progrès (accès plus larges à la santé et à l'éducation grâce notamment à la construction d'hôpitaux, d'écoles et de routes), il continue, malgré les coûteux programmes – plus de 1,5 milliard d'euros – de lutte contre la drogue lancés par la communauté internationale, de battre des records de production d'opium (8 200 tonnes en 2007, soit une progression de plus de 30 % en un an et la quasi-totalité de la production mondiale) et de cannabis, la drogue représentant plus de la moitié de son PIB.

   En janvier 2006, la conférence internationale de Londres sur l'aide à l'Afghanistan adopte un nouveau « Pacte pour l'Afghanistan », qui prend le relais du processus de Bonn. Le Pacte précise les modalités de la coopération entre l'Afghanistan et la communauté internationale jusqu'en 2010, encadrée par la Mission d'Assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA).

Inflexion de la stratégie des Occidentaux

Les difficultés rencontrées par les troupes de l'OTAN face à la recrudescence des attaques des insurgés relancent la question de la stratégie des Occidentaux en Afghanistan.

   Réunie le 12 juin 2008 à Paris à la demande des autorités afghanes, la Conférence de soutien à l'Afghanistan marque l'amorce d'un changement notable de stratégie de la part de la communauté internationale, perceptible dans l'octroi de nouvelles aides financières (promesse d'environ 20 milliards de dollars), dans l'annonce d'un mandat « renforcé » de la MANUA, mais surtout dans l'abandon de la stratégie du « tout militaire » au profit d'un investissement massif sur le terrain civil.

   De leur côté, les autorités afghanes définissent une Stratégie nationale de développement pour l'Afghanistan (ANDS) pour la période 2008-2013, dans laquelle elles expriment le souhait de définir elles-mêmes leurs propres besoins et d'être davantage associées à la gestion de l'aide internationale. Dans cet esprit d'« afghanisation de la paix », H. Karzai lance avec l'aide de l'Arabie saoudite une offre de dialogue au mollah Omar en septembre. Celle-ci, toutefois, demeure sans succès.

   En revanche, l'arrivée au pouvoir au Pakistan d'Asif Ali Zardari (élu le 8 septembre), succédant à Pervez Mucharraf contraint à la démission en août, permet d'espérer l'ouverture d'une ère nouvelle dans les relations afghano-pakistanaises.

   Les États-Unis pour leur part, après avoir pris conscience que le front central de la guerre contre al-Qaida ne se situe pas en Iraq mais au Pakistan et en Afghanistan, envisagent un changement de stratégie. À partir de janvier 2009, le nouveau président américain, Barack Obama, place l'axe afghano-pakistanais au cœur de ses priorités. Cette nouvelle stratégie d'approche « régionale » du dossier afghan reçoit un large soutien de la communauté internationale lors de la conférence internationale sur l'Afghanistan, à La Haye, en mars, mais bute sur des intérêts nationaux divergents, voire antagonistes, en particulier entre l'Inde et le Pakistan. Ce dernier, lui même déstabilisé sur son propre territoire et allié des États-Unis mais dont l'armée et les services secrets sont en même temps suspectés par certains de double jeu, affiche officiellement sa volonté de lutter, en collaboration avec Kaboul, contre le « terrorisme ». De son côté, craignant avant tout un retour au pouvoir des talibans dans le cadre d'une alliance avec Islamabad à la recherche d'une « profondeur stratégique », l'Inde resserre également ses liens avec le gouvernement Karzai par d'importants investissements dans la reconstruction du pays.

La réélection de H. Karzai et le « processus de Kaboul »

Malgré les opérations d'intimidation des talibans, dont l'attentat contre le siège de la FIAS au cœur même de Kaboul, les élections présidentielle et provinciales se tiennent en août 2009.

   Cependant, la fraude massive avérée conduit à un recomptage des voix et ce n'est qu'après le retrait de son rival, Abdullah Abdullah – ex-ministre des Affaires étrangères limogé en 2006 et ancien proche du commandant Masud – que H. Karzai est finalement officiellement proclamé en novembre vainqueur de ce scrutin très contesté, avec moins de 50 % des suffrages.

   Prenant notamment en considération l'engagement du gouvernement à lutter contre la corruption, la conférence internationale réunie à Kaboul en juillet 2010 confirme toutefois la décision adoptée à Londres en janvier de canaliser sur deux ans 50 % de l'aide internationale à travers le budget national et de l'aligner progressivement sur les « programmes de priorité nationale ». Elle approuve également l'objectif du gouvernement afghan d'assumer la sécurité du pays en 2014 et appuie la ligne fixée en juin à l'occasion d'une « djirga pour la paix » prévoyant en particulier l'ouverture de négociations avec les insurgés qui renonceraient à la violence et n'auraient plus aucun lien avec les réseaux terroristes.

   Parallèlement, tout en maintenant la date de juillet 2011 pour le début du retrait de leurs forces, les États-Unis – qui rapatrient au même moment leurs troupes de combat d'Iraq – renforcent leur dispositif militaire en Afghanistan. Avec 30 000 soldats supplémentaires, l'engagement américain doit ainsi atteindre environ 100 000 hommes sur les 150 000 de la FIAS dont le commandement est par ailleurs confié, à partir de juillet, au général David Petraeus, considéré comme le « pacificateur » de l'Iraq.

   En septembre, alors qu'une nouvelle offre de dialogue est faite par H. Karzai au mollah Omar – qui dément toutefois de son côté toute ouverture de pourparlers – ont lieu les élections législatives et en octobre, un « Haut conseil pour la paix » présidé par l'ancien président de la République Burhanuddin Rabbani est officiellement institué. À l'issue d'un long dépouillement, les résultats du scrutin, marqué par de nombreuses irrégularités corrigées par quelques invalidations, sont publiés le 24 novembre : autour de 4 millions d'électeurs se sont rendus aux urnes, soit un taux de participation d'environ 38 %. Auparavant, lors de son sommet tenu à Lisbonne le 20 novembre, l'OTAN a confirmé le transfert progressif au gouvernement afghan, entre 2011 et 2014, des responsabilités en matière de sécurité et précisé les termes de leur coopération future dans le cadre d'un « partenariat à long terme ».

L'enlisement après dix ans de présence internationale

L'assassinat par un commando taliban de Burhanuddin Rabbani en septembre 2011 est un nouveau coup porté au processus de paix vacillant lancé l'année précédente. Intervenant après plusieurs attaques, dont celles lancées en juin et en août contre l'hôtel Intercontinental et le centre culturel britannique, il relance le débat sur la capacité des forces afghanes à assurer seules la sécurité et prendre la relève des troupes internationales après 2014.

   Alors que la FIAS (dont les forces françaises) placées depuis juillet sous le commandement du général John Allen, continue d'essuyer des pertes à Kaboul ou sur le terrain, des négociations secrètes avec les talibans ne sont toujours pas écartées par les Américains.

   Parallèlement, en octobre, reconnaissant par ailleurs l'échec de la lutte contre l'insurrection un an après le début de l'intervention des États-Unis et de l'OTAN, le président Karzai conclut un pacte stratégique avec l'Inde dans la perspective du futur retrait des forces occidentales, un accord qui n'entraîne toutefois aucune réaction de la part du Pakistan. En revanche, ce dernier est le grand absent de la conférence internationale, réunie à Bonn en décembre, à l'issue de laquelle les Occidentaux assurent de leur soutien le président afghan qui demande le maintien de l'aide internationale jusqu'en 2024 et s'engage, une fois de plus et sans véritablement convaincre ses interlocuteurs, à lutter plus résolument contre la corruption.

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À voir aussi dans Larousse
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  • Conférence interafghane, Bonn, 2001
  • Drapeau de l'Afghanistan
  • Hamid Karzai
  • Le commandant Masud et ses troupes de moudjahidin
  • Opération « Liberté immuable », Afghanistan, 2001
  • Oussama Ben Laden
  • Retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan
  • Vallée du Pandjchir Rud
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