
Chef de l'État : Islam Karimov
Chef du gouvernement : Chavkat Mirzioïev
Nature de l'État : république
Constitution :
Adoption : 8 décembre 1992
Révision : avril 2002
Exécutif
Chef de l'État : président de la République
Chef du gouvernement : Premier ministre
Législatif
Le Parlement de compose de l'Assemblée suprême et du Sénat.
L'Ouzbékistan s'étend du pied des montagnes du Tian Shan et du Pamir aux rives de la mer d'Aral. C'est une ancienne République fédérée de l'U.R.S.S., créée en 1924 lors de la division du Turkestan russe en républiques nationales. Son territoire s'inscrit dans le grand bassin dépressionnaire Touranien. La moitié occidentale du pays est le domaine des grandes étendues désertiques. Au centre s'étend la plaine aride et sableuse de Kyzylkoum, clairsemée de hauteurs isolées (500-950 m d'altitude). Vers l'ouest, au-delà du delta de l'Amou-Daria, se trouve le plateau du désert d'Oustiourt, culminant à 250 m d'altitude. La moitié orientale du territoire est occupée par de riches piémonts et vallées, séparées par les chaînes des montagnes de Tian Shan (4 000 m) et du Turkestan-Zerafchan (Guissar-Alay, 5 000 m). La dépression du Fergana, très fertile, se prolonge vers l'E. sur le territoire du Kirghizistan voisin.
Les principaux fleuves de l'Ouzbékistan, qui se jettent tous deux dans la mer d'Aral, sont l'Amou-Daria (1 437 km) et le Syr-Daria (2 137 km). Les rivières de la partie orientale (Angren, Tchyrchyk) sont affluents du Syr-Daria ; les rivières de l'ouest (Zerafchan, Sourhan Daria, Chirabad) constituent la partie amont de l'Amou-Daria.
Le climat continental, caractérisé par des températures excessives (plus de 50 °C en été ; - 30 °C en hiver ; 200-300 mm de précipitations), épargne seulement les dépressions abritées par les montagnes. Les conditions climatiques favorisent l'extension de la végétation de désert et de semi-désert ; les forêts (2 % du territoire) se disputent seulement les versants des montagnes du Sud-Est. Les énormes ponctions d'eau, détournée du fleuve Amou-Daria vers le canal du Karakoum, au Turkménistan, rendent la République autonome de Karakalpaki (au nord-ouest) infertile, salinisée et polluée. L'est du pays regroupe l'essentiel de la population et la quasi-totalité de l'activité économique, au premier rang de laquelle se place l'agriculture.
L'Ouzbékistan connaît l'une des plus fortes croissances démographiques de l'Asie centrale, et les moins de 15 ans représentent aujourd'hui 36 % de la population. État pluriethnique, l'Ouzbékistan est peuplé à plus de 70 % d'Ouzbeks. Très tôt sédentarisés, ceux-ci, d'origine turque, sont musulmans sunnites mais fortement influencés par le mysticisme soufi, dont l'une des branches les plus importantes a été fondée dans la région. Les fondamentalismes se confondent souvent avec les oppositions régionalistes, notamment à Boukhara. Les Russes, qui forment plus de 8 % de la population, sont concentrés dans les villes et tendent à émigrer en raison de la politique d'« ouzbékisation » de l'Administration. Enfin, les Tadjiks, officiellement 4 % mais sans doute beaucoup plus, sont totalement marginalisés par l'État.
L'Ouzbékistan est, avec une densité moyenne de 55 hab./km2, le pays le plus densément peuplé d'Asie centrale. Comme pour ses voisins, son économie avait été entièrement orientée, dans le cadre de la centralisation soviétique, vers la production de matières premières agricoles et minérales, en particulier le coton, permettant à l'ex-U.R.S.S. d'occuper le premier rang mondial dans ce secteur. Cela a conduit à un désastre écologique pour la mer d'Aral, qui tend à disparaître et dont les eaux résiduelles sont très polluées. L'« or blanc » occupe aujourd'hui la moitié de la surface cultivée et représente 18 % de la production mondiale (l'Ouzbékistan est le sixième producteur mondial). Les irrigations permettent aussi quelques cultures de tabac, de canne à sucre, des légumes, des vignes et des vergers. Héritages de la période soviétique, ces cultures irriguées accroissent le problème déjà aigu du manque d'eau. L'Ouzbékistan est à cet égard dépendant du Kirghizistan, tandis que le Kirghizistan dépend de l'Ouzbékistan pour une grande partie de ses importations énergétiques. Ces échanges donnent lieu à des tensions, les ruptures d'approvisionnement de gaz naturel ouzbek entraînant en représailles des coupures d'eau de la part du Kirghizistan. Depuis l'indépendance (en 1991), le gouvernement ouzbek s'est efforcé de diversifier les cultures et de promouvoir les industries de seconde transformation, notamment textiles.
Le sous-sol recèle d'importantes richesses naturelles : or, pétrole (à Gazli, Djarkak, Moubarek), gaz naturel (seconde réserve de la région après le Turkménistan), houille, molybdène, plomb, zinc, manganèse. Le gaz naturel est exporté et la production de pétrole est attractive pour les investisseurs étrangers. De plus, l'Ouzbékistan est le septième producteur mondial d'uranium. Les autres grandes activités sont l'industrie chimique (engrais) et pétrochimique et les constructions mécaniques (équipements agricoles et pour l'industrie textile).
Bien que difficilement accessible (à moins de passer par le Tadjikistan), la dépression du Fergana, à l'est, entre les massifs du Tian Shan et du Pamir, est une région riche aux fortes densités de population. Ce bassin fertile a été mis en valeur grâce à l'irrigation (coton, fruits, légumes, mûriers). Les villes sont nombreuses et associent activités d'échange et industries légères dérivées de l'agriculture : usines textiles à Namangan, Fergana et Margilan, industries diverses à Andijan. Du pétrole et du gaz naturel sont extraits près de Minboulak, et la ville de Fergana possède un vaste complexe pétrochimique. La population de la région, fortement tribalisée et conservatrice, reste cependant une source d'instabilité sociale. De l'autre côté de la crête du Kouram, qui borde la dépression au nord, un charbon de médiocre qualité est exploité à proximité de la ville d'Angren. De même, des minerais polymétalliques non ferreux sont extraits près d'Almalyk.
À l'extrémité nord-ouest du Tian Shan, la capitale, Tachkent, est une oasis de piémont, autour des vallées du Tchirtchik et de l'Angren : cité cosmopolite comptant plus de 2 millions d'habitants, elle développe une activité scientifique, culturelle et industrielle (mécanique, agroalimentaire, centrale thermique) importante.
Plus à l'ouest, dans la grande oasis du Zeravchan, se trouvent les deux villes historiques de l'Asie centrale, Samarkand et Boukhara, où sont rassemblés de nombreux Tadjiks. Outre l'agriculture, cette région, et son flanc sud (Karchi, Termez), connaît un développement industriel limité. Cependant, de grands espoirs sont placés dans les mines d'or de Mourintaou (désert du Kyzylkoum) : ce métal précieux constitue déjà le deuxième revenu des exportations du pays.
Au-delà de Boukhara, au nord-ouest, le désert du Kyzylkoum et la République autonome de Karakalpakie sont hostiles et presque inhabités ; le développement économique y décline, et les conditions de santé publique deviennent catastrophiques (avec, notamment, un taux de mortalité infantile de 100 ‰). Cette République, qui n'a d'autonome que le nom, avait été rattachée à l'Ouzbékistan en 1932.
Le territoire de l'Ouzbékistan actuel correspond à la Transoxiane, qui fut au cœur de l'histoire de l'Asie centrale : présence de tribus est-iraniennes sédentaires dans les trois oasis d'antique civilisation (Khorezm, Bactriane, Sogdiane), développement des routes de la soie, invasions successives des peuples nomades turcs et mongols venus du nord (Türüks au Ve s., Turcs karakhanides aux XIe-XIIe s., Mongols gengiskhanides au XIIIe s.). Deux villes symbolisent les deux âges d'or successifs de la Transoxiane : Boukhara, qui fut la capitale de l'émirat des Samanides, dynastie persane du Xe s., et Samarkand, que Timur Lang (Tamerlan) fit renaître de ses cendres après le saccage de Gengis Khan pour devenir la capitale de son Grand émirat. La disparition des routes de la soie, remplacées par des voies maritimes plus sûres, sonne le glas de la Transoxiane. La chute de l'émirat timouride face aux Özbegs de la dynastie des Chaybanides, les derniers conquérants turco-mongols de la région, entraîne la fragmentation de l'Asie centrale en deux (1599) puis trois (1710) entités politiques : le khanat de Khiva à l'ouest et l'émirat de Boukhara au sud, puis le khanat de Kokand au nord-est.
Les luttes fratricides qui opposent les trois entités facilitent l'avancée des troupes russes dans la région : chute de Tachkent (1865), établissement d'un protectorat russe sur Boukhara (1868), Khiva et Kokand (1873) puis annexion du khanat de Kokand (1876). Tachkent devient le siège du gouvernement général du Turkestan, division coloniale couvrant l'Asie centrale. Les ethnologues russes nomment « Sartes » tous les sédentaires urbains ou ruraux de la région, quelle que soit leur langue. L'ethnonyme « Ouzbek » est alors réservé aux tribus nomades ou semi-nomades vivant autour des villes. Mais l'instauration du régime communiste après la révolution de 1917 entraîne l'abandon de la catégorie Sarte que Staline, commissaire aux nationalités, qualifie de bourgeoise. Les anciens Sartes sont alors reclassés suivant une logique linguistique : les Ouzbeks désignent désormais un ensemble hétéroclite de tribus turcophones sédentarisées ou semi-nomades, y compris les populations urbaines polyglottes ; les Tadjiks regroupent quant à eux l'ensemble des populations parlant le tadjik, variante orientale du persan. La division ethno-territoriale de l'Asie centrale aboutit à la création le 27 octobre 1924 d'une République socialiste soviétique (R.S.S.) d'Ouzbékistan qui rassemble l'essentiel des populations ouzbek et tadjik d'Asie centrale, avec Samarkand puis Tachkent pour capitale. En 1929, une R.S.S. du Tadjikistan s'en détache mais l'impossibilité de faire correspondre groupes ethniques et territoires conduit au maintien d'une large communauté persanophone dans les villes d'Ouzbékistan.
La période soviétique est marquée par le développement économique de la république. De vastes aménagements hydrauliques permettent l'extension de la culture de coton, notamment dans la vallée du Fergana et la steppe de la Faim, sous l'impulsion de Nikita Khrouchtchev. Bénéficiant également pendant la Seconde Guerre mondiale du transfert d'usines stratégiques, l'Ouzbékistan dispose d'une industrie lourde (métallurgie, pétrochimie, armement, aviation).
La perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev révèle en 1986 le scandale du coton ouzbek, vaste falsification des résultats économiques de la R.S.S. commanditée par les autorités nationales. En 1989, les tensions liées à la croissance démographique galopante et au marasme économique de l'Union soviétique aboutissent à une série de conflits ethniques, notamment dans la vallée du Fergana, où des pogroms sont organisés contre les Meskhets, un groupe caucasien déporté par Staline en 1944 (100 morts officiels).
L'Ouzbékistan accède à l'indépendance en 1991 et élit le premier secrétaire du parti communiste ouzbek, Islam Karimov, président de la République en décembre 1991 (86 % des suffrages). Une nouvelle Constitution est adoptée le 8 décembre 1992. Après une courte période de développement des libertés civiques dans les sphères politique (création du parti d'opposition nationaliste laïque Birlik (« Unité ») et du parti de la Renaissance islamique (P.R.I.), économique et religieuse (réouverture de mosquées, autorisation du hadj), I. Karimov procède à un durcissement du régime à l'égard des partis d'opposition, aujourd'hui en exil en Turquie et en Norvège, et de la religion. Ce contrôle des libertés entraîne la radicalisation de certains mouvements religieux, notamment dans la très conservatrice vallée du Fergana : le mouvement islamique d'Ouzbékistan (M.I.O.) organise une insurrection à Namangan (1997) et des attentats à Tachkent (1999) ; le mouvement Hizb ut-Tahrir développe un réseau clandestin parallèle à l'islam officiel et réclame la création d'un califat ; le mouvement Akromlar prône une justice sociale reposant sur les traditions religieuses et fait l'objet d'une vaste répression à Andijan en 2005 (186 morts officiels). L'existence même de cette opposition radicalisée fournit au président l'occasion d'accentuer ses méthodes répressives (censure, désinformation, torture, arrestations arbitraires, condamnations à la peine de mort), destinées à brider toute contestation. I. Karimov a été réélu en 2000 (92 %) et en 2007 (88 %) à la faveur d'une révision constitutionnelle supprimant la limite de deux mandats successifs.
En termes de politique étrangère, l'Ouzbékistan a développé très tôt une rhétorique négative à l'égard du passé colonial et soviétique, qui a entraîné un refroidissement des relations avec la Russie, tandis qu'un rapprochement s'opérait avec les États-Unis : adhésion en 1999 de l'Ouzbékistan au GUAM (union de la Géorgie, de l'Ukraine, de l'Azerbaïdjan et de la Moldavie, mise sur pied par les États-Unis en 1997 dans le but de concurrencer la C.E.I.), mise à disposition en 2001 de la base militaire de Karchi-Khanabad (K2) pour l'opération alliée en Afghanistan. Mais à partir de 2003, face aux critiques répétées des Occidentaux contre le durcissement du régime, notamment après la répression d'Andijan, I. Karimov procède à un revirement d'alliance et se rapproche de la Russie de Vladimir Poutine : retrait de l'Ouzbékistan du GUAM et renvoi des Américains de la base de K2 en 2005, adhésion à l'Eurasec, organisation économique eurasiatique sous tutelle russe.
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