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Timur Lang

(« le Seigneur de fer boiteux »), en turc Timur, en mongol Temür, en français Tamerlan

Manucci, Timur Lang à la chasse
Manucci, Timur Lang à la chasse

(Kech, près de Samarkand, Ouzbékistan, 1336-Otrar, sur le Syr-Daria, 1405), émir de Transoxiane (1370-1405).

La vie

Timur Lang, dont nous avons fait Tamerlan, naît le 8 avril 1336 à Kech, petite ville au sud de Samarkand, dans une famille noble de Transoxiane. Il a pour père Amir Taraghai (Emîr Turagay), gouverneur de Kech, et pour mère Takina Khatun (Tekina Hatun). Les généalogistes se sont évertués à lui donner une ascendance gengiskhanide, et lui-même a cherché à se placer dans la lignée de Gengis Khan : quand, en 1370, il prend le titre de roi, il se déclare son héritier et le restaurateur de son œuvre, mais reconnaît le légitime khanat djaghataïde, quitte à changer son titulaire selon ses besoins. Au faîte de sa puissance, il s'appuie sur la loi musulmane tout en prétendant garder l'ordre fondamental des Mongols, le yasa (ou yasaq).

Malgré l'état anarchique de la société dans laquelle il grandit, le prestige de la famille gengiskhanide et le goût pour la pax Mongolorum n'ont pas disparu. La Transoxiane et les pays situés entre Talas (Kirghizistan) et Manas (Xinjiang) qui constituaient les terres de Djaghataï s'étaient séparés. En Transoxiane, un émir turc, Qazghan (Kazgan, mort en 1358), avait exercé pendant plus de dix ans l'autorité suprême au nom du khan. Son successeur, par contre, avait été chassé par un oncle de Timur, Hadjdji Barlas (Haci Barlas), qui n'avait cependant pas pu s'imposer à ses pairs. À l'âge de vingt-cinq ans, Timur croit pouvoir faire mieux que lui et, pour le supplanter, il se déclare vassal du souverain djaghataïde de l'Ili. Se jugeant trop peu récompensé de sa félonie, il s'allie à une coalition de notables, chasse les Mongols, instaure, avec son beau-frère Mir Husayn (Emîr Hüseyin, mort en 1369), un duumvirat. L'entente entre les deux hommes est de courte durée, et, en 1370, Timur se fait proclamer roi dans Balkh conquise. Dix ans de luttes acharnées seront nécessaires pour qu'il s'impose en Transoxiane et au Kharezm. Puis, en vingt-quatre ans, l'émir parvient à constituer un immense empire, comprenant le Fergana, la Transoxiane, le Kharezm jusqu'à la mer d'Aral, l'Iran tout entier, la Mésopotamie, l'Arménie, le Caucase, l'Anatolie orientale. En outre, par ses campagnes victorieuses, il s'assure la suprématie en Inde, en Asie Mineure, sur tout l'ancien territoire de la Horde d'Or, c'est-à-dire sur l'actuelle Russie du Sud. Il part pour conquérir la Chine en décembre 1404, mais il meurt en route, le 19 janvier 1405. Il est enterré solennellement dans le célèbre mausolée qu'il s'est fait construire dans sa chère capitale de Samarkand (Gur-e Mir).

L'empire de Timur Lang

Timur n'a pas seulement prétendu reconstituer l'empire de Gengis Khan, mais agir en protecteur officiel de l'islam et en soldat de la foi. En fait, c'est uniquement pour sa propagande intérieure qu'il cherche des raisons religieuses à ses campagnes, qui n'en ont aucune, et c'est pour la même propagande qu'il affecte d'être meilleur musulman qu'il ne l'est. Quand il part pour l'Inde, en 1398, c'est sous le prétexte que son souverain musulman est trop tolérant pour les païens et n'impose pas sa religion. Quand il détruit l'Empire ottoman en 1402, par la seule bataille d'Ankara, il se justifie en capturant Smyrne, encore chrétienne, et en faisant de cette ville un symbole de son action contre les infidèles. Si l'on considère l'ensemble de son œuvre militaire dans la perspective de l'islamisme, qui semble être la sienne, on constate qu'elle a pour résultat de détruire les grandes puissances musulmanes contemporaines, et elles seules. Certes, la Turquie ottomane se relèvera rapidement ; certes, un des descendants de Timur, Baber (1483-1530), retrouvera la voie des Indes et y fondera un nouvel et plus vaste empire ; par contre, la Horde d'Or disparaîtra à jamais et la Russie pourra s'établir sur ses ruines.

Les vieilles croyances préislamiques qui affleurent constamment dans la société djaghataïde du xive s. sont aussi celles de Timur Lang : comme les anciens Turcs, il organise des débats entre théologiens, s'intéresse aux pouvoirs des derviches et des sorciers, mais il se réjouit quand il peut dévoiler leur imposture. On pourrait citer nombre de ses attitudes qui relèvent de l'ancien chamanisme. Quant à son respect pour l'islam, il ne se dévoile guère quand ses soldats profanent les mosquées, détruisent les sanctuaires !

Ce qu'il y a de créateur en Timur apparaît moins clairement que ce qu'il y a de destructeur, mais peut lui être égal. Deux faits lui paraissent essentiels : pacifier les territoires, soutenir l'économie d'échanges. Et il parvient en effet à mettre fin au brigandage et aux luttes intestines. Il met en place un solide système de communications (relais postaux). Il veille à ce que les villes détruites se relèvent. Par contre, on lui reproche à juste titre de se montrer incapable d'organiser ses conquêtes, et cette incapacité explique en partie pourquoi bien des campagnes doivent être recommencées, pourquoi son empire est de si courte durée.

Un homme de guerre et un politique avisé

Il a épousé, entre autres, deux femmes chinoises et possède un harem. Sa famille est vaste et il veut que tous les siens soient apanagés. Il lègue le pouvoir suprême à Pir Muhammad, le fils aîné de son fils aîné, mais ses autres descendants ne lui en laissent que l'illusion : l'empire de Timur se disloque presque aussitôt que né. Il reviendra aux héritiers de son quatrième fils, Chah Rukh (?-1447), de promouvoir cette « renaissance timuride » que les épouvantables dévastations du conquérant rendent bien nécessaire et assez imprévisible.

Timur préfère traiter avec ses ennemis que les combattre et les tuer, cependant il use de la terreur non seulement pour montrer sa puissance et par goût, mais aussi comme d'un moyen de gouvernement. Sa cruauté, même en faisant la part des exagérations, est bien réelle et laisse dans l'histoire un souvenir d'autant plus vif qu'elle répond à son goût pour l'ordre et pour le colossal. Sans doute son instruction est-elle rudimentaire, mais il a l'intelligence de s'en rendre compte et aime à s'entourer de littérateurs, de savants, d'artistes. Eux, et les représentants du « clergé » musulman, sont souvent les seuls à échapper aux massacres. Avec les femmes et les adolescents, ils sont déportés à Samarkand, dont ils font un grand centre culturel et qu'ils parent de monuments que nous pouvons encore en partie admirer.

De haute stature, le corps déformé par les blessures, la tête forte et le teint coloré, Timur est certainement un stratège de génie et un homme de grand courage. C'est aussi un politique avisé, à la manière dont sont politiques les hommes de guerre. Bien que soldat dans l'âme, il négocie, il use de tous les moyens pour arriver à ses buts : exploitation des sentiments des autres, propagande, menaces, avertissements généreux, pourparlers. Hypocrite, calculateur, assez souple pour plier quand il le faut, il a la réputation d'être juste, bien qu'impitoyable, mais sait aussi se laisser aller à des élans de générosité calculée ou à une clémence spontanée. Il hait avant tout le désordre, l'anarchie. Il châtie sévèrement les abus de pouvoir, la corruption, les fraudes. Il se refuse aux dégrèvements, aux passe-droits. Homme du Moyen Âge, il dépasse son temps par la force de son caractère positif : s'il consulte les astrologues, il n'accepte leurs prévisions que si elles sont conformes à ses désirs. Son activité est inlassable. On lui donne à sa mort le titre, pour le moins surprenant, de Djannat Makan, « Habitant du Paradis ».

Les principales campagnes de Timur Lang

LES PRINCIPALES CAMPAGNES DE TIMUR LANG
1363 Timur chasse les Mongols.
1371Début de la guerre du Kharezm.
1379Prise d'Ourguentch. Annexion du Kharezm
1381Soumission de Harat. Campagne du Khorasan.
1383Campagne du Sistan. Prise de Kandahar.
1384Conquête du Mazandaran.
1386Conquête de l'Iran occidental. Prise de Van et d'Erzurum.
1387Prise d'Ispahan, de Chiraz.
Attaque de la Transoxiane par Tugtamich, khan de Kiptchak.
1389Campagne sur l'Ili et le lac Balkhach.
1391Campagne contre la Horde d'Or (Russie du Sud).
1392-1396Guerre de cinq ans : Mésopotamie, Caspienne, Géorgie. Ruine de la Horde d'Or (Kiptchak).
1398Campagne en Inde. Prise de Multan, Delhi.
1399-1400Prise de Kachgar, Yarkand, Aksou, Koutcha.
1400Prise de Tiflis.
Campagne contre les Mamelouks : prise d'Alep, Hama, Homs, Baalbek, Damas.
1401Deuxième prise de Bagdad et sac.
1402Bataille d'Ankara. Conquête de l'Anatolie. Prise de Brousse et de Smyrne.
1404Départ pour la Chine