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Nikita Sergueïevitch Khrouchtchev

Nikita Khrouchtchev
Nikita Khrouchtchev

Homme d'État soviétique (Kalinovka, province de Koursk, 1894-Moscou 1971).

Les origines

Né aux confins russo-ukrainiens, Nikita Khrouchtchev est d'origine modeste. Il ne reçoit pas d'éducation secondaire et passera pour ne pas savoir lire à l'âge de dix-sept ans. D'abord berger, il travaille ensuite comme ouvrier, puis comme mineur dans le bassin du Donets. En 1918, il entre dans la garde rouge de Iouzvka (aujourd'hui Donetsk) et rejoint le parti communiste.

Inscrit pendant trois ans aux cours de la faculté ouvrière, puis, de 1929 à 1931, à l'académie industrielle de Moscou, Khrouchtchev bénéficie des conditions de l'époque postrévolutionnaire, marquée par un recrutement intensif des cadres. Il suit la carrière d'un petit apparatchik (secrétaire de cellule, puis secrétaire de district) et se montre un fonctionnaire modeste et sérieux. L'époque des purges staliniennes crée de nombreux vides dans l'appareil du parti : il devient alors le protégé et l'adjoint, puis, en 1935, le successeur de Lazar Moisseïev Kaganovitch à la tête du parti communiste de la région de Moscou.

D'un premier mariage, il a une fille et un fils, qui mourra comme aviateur pendant la Seconde Guerre mondiale. D'un second mariage avec Nina Pretrovna, il aura un fils et une fille.

En 1938, Khrouchtchev devient secrétaire du comité central du parti communiste de la république d'Ukraine, où il applique la politique stalinienne d'épuration et de russification. Les services qu'il rend lui permettent de devenir suppléant au bureau politique du parti communiste de l'Union soviétique, puis membre titulaire en 1939. Il est alors pleinement stalinien et entonne avec les autres dirigeants les louanges du « phare et guide de l'humanité progressiste » (article de Khrouchtchev dans la Pravda de 1937).

La montée vers le pouvoir

Après la conquête de l'Ukraine par l'Allemagne nazie, Khrouchtchev organise un groupe de partisans, devient général et remplit les fonctions de commissaire politique pendant la bataille de Stalingrad. Revenu à Kiev après la victoire contre l'Allemagne, il prend avec Kaganovitch la responsabilité de la reconstruction de la république d'Ukraine (1945 à 1949), puis il retourne à Moscou, où il réintègre le secrétariat du parti pour la capitale. Il devient alors secrétaire du comité central. En 1951, il se heurte à Malenkov en proposant le regroupement des kolkhoses : son projet est repoussé par la direction du parti.

Le 5 mars 1953, Staline meurt. Molotov, Beria et surtout Malenkov, l'adversaire de Khrouchtchev, sont les mieux placés pour la succession. Après une courte période où Beria exerce le pouvoir (il est destitué en juin, arrêté en juillet et exécuté le 23 décembre 1953), c'est Malenkov, président du Conseil des ministres d'U.R.S.S., qui devient le numéro un soviétique. Et, dès le 29 mars, Khrouchtchev a abandonné son poste à la section régionale moscovite pour se consacrer au secrétariat général du parti, alors que Malenkov a quitté sa place au comité central le 14. Khrouchtchev est désormais le maître de l'appareil du parti, alors que Malenkov tient l'appareil d'État. Or, l'expérience stalinienne a prouvé la suprématie de l'appareil du parti sur celui du gouvernement : les cadres du parti, exilés en province par la nouvelle direction officielle, deviennent les soutiens de Khrouchtchev. À la session de septembre du comité central, il devient premier secrétaire du parti communiste de l'U.R.S.S.

De la fin 1953 à 1955, Khrouchtchev renforce la puissance de l'appareil du parti. Il l'emporte ainsi sur Malenkov, qui démissionne en 1955 et est remplacé par N. A. Boulganine.

La déstalinisation et la politique intérieure

Khrouchtchev avait été un fidèle stalinien, et les débuts de la déstalinisation s'étaient faits contre lui : dès mars 1953, Beria annulait les dernières mesures de Staline. Malenkov mettait l'accent sur la production des biens de consommation, alors que Khrouchtchev restait fidèle à la doctrine stalinienne de priorité à l'industrie lourde.

Mais, arrivé au pouvoir, Khrouchtchev va être l'homme de la déstalinisation. Il a déjà critiqué, en septembre 1953, la politique agricole stalinienne. Mais c'est au XXe Congrès du parti communiste de l'Union soviétique, en présentant en séance secrète son rapport sur le culte de la personnalité et ses dangers, qu'il lance véritablement l'attaque (1956). Ce rapport est la première reconnaissance officielle de ce que recouvrait la dictature de Staline. L'ensemble des partis communistes se trouve d'un seul coup plongé dans un débat sans précédent. Il semble bien que ce soit vraiment la fin de l'ère stalinienne.

En Europe orientale, la critique du stalinisme déclenche la tempête. La révolte hongroise (1956) contraint l'U.R.S.S. à l'intervention armée, car la critique du stalinisme ne doit pas amener la fin de l'hégémonie soviétique. Le responsable du désordre est alors quelque peu mis à l'écart ; Molotov et Malenkov reprennent l'essentiel du pouvoir.

Mais, avec l'appui de certains partis communistes (dont le P. C. chinois), Khrouchtchev rétablit sa position. Il réorganise la vie intérieure de l'U.R.S.S., faisant sauter les verrous staliniens : il développe les biens de consommation, se fait l'apôtre de la croissance, du bien-être ; il préside à une refonte de l'administration, assouplissant la vieille machine stalinienne. Il lance une politique agricole ambitieuse de « conquête des terres vierges » (depuis 1954), qui sera un échec retentissant, contraignant pour de longues années l'U.R.S.S. à acheter du blé à l'Amérique du Nord. Enfin, il commence la conquête de l'espace (lancement du premier « Spoutnik » en octobre 1957) et allège les contraintes qui pèsent sur les intellectuels et les artistes (publication des œuvres de Soljenitsyne).

La coexistence pacifique

En juin 1957, les adversaires de Khrouchtchev, qui forment, réunis, la majorité au Praesidium du Comité central, tentent de l'éliminer. Khrouchtchev convoque alors le Comité central et fait condamner la majorité du Praesidium comme « groupe antiparti ». Le 27 mars 1958, il devient chef du gouvernement à la place de Boulganine. Pendant environ six années, son autorité bruyante et pleine d'imprévus sera incontestée.

Il lance alors une politique étrangère qui rompt totalement avec l'isolationnisme stalinien. Depuis 1948, la Yougoslavie a été exclue par Staline du camp socialiste. Dès mai 1955, Khrouchtchev s'est rendu à Belgrade. En 1955 et 1956 sont signées avec Tito les déclarations de Belgrade et de Moscou normalisant les rapports entre les deux pays. Mais Khrouchtchev, par un énergique ultimatum lors de l'expédition franco-anglaise contre Nasser (1956), a aussi montré sa force. Avec lui, l'U.R.S.S. s'implante dans le tiers-monde : au Proche-Orient, mais aussi à Cuba. En dépit de la crise permanente de Berlin (1953-1961), il multiplie les voyages à l'étranger, utilisant largement la télévision, répandant une nouvelle image de l'U.R.S.S. Il va aux États-Unis, où il remporte un immense succès, en Angleterre et en France. Il participe aux conférences au sommet à Genève (1955), à Paris (1960), à la session de l'O.N.U. en 1960, où il frappe sur la table avec son soulier, déclenchant un scandale. Il prend part à la conférence de Vienne en 1961. Au XXIIe Congrès du parti communiste de l'Union soviétique (1961), il renouvelle ses attaques contre Staline. En dépit d'une certaine remontée du néostalinisme dans l'appareil, sa position semble solide.

Certes, la crise de Cuba en octobre 1962, où l'U.R.S.S. est obligée de reculer devant les États-Unis en enlevant ses fusées de l'île, porte un coup à son prestige. Mais, grâce à ses entretiens avec les présidents Kennedy et Johnson, Khrouchtchev peut continuer à se présenter comme l'artisan de la paix dans le monde par la coexistence pacifique. En 1963 est signé le traité sur la limitation des expériences nucléaires.

Depuis 1959, cependant, Khrouchtchev s'est brouillé avec la Chine : la critique de Staline (dont le corps est retiré du mausolée lors du XXIIe Congrès) et surtout la stratégie de coexistence pacifique, où la victoire du socialisme devient l'enjeu d'une concurrence économique avec le capitalisme, sont pour les Chinois le signe de l'abandon d'une position révolutionnaire. Khrouchtchev leur apparaît comme l'homme qui a renoncé à l'espoir d'une victoire du socialisme par le soutien aux révolutions.

La chute

De plus en plus coupé de la réalité russe (il s'absente longuement de Moscou), atteint par les échecs de la politique agricole et par la reculade de Cuba, Khrouchtchev est contraint en octobre 1964 de présenter sa démission de secrétaire général du parti communiste de l'Union soviétique et de président du Conseil. Dès lors, il vivra dans une retraite absolue.

Son activité brouillonne et contradictoire est alors ouvertement critiquée, ainsi que sa manière très personnelle d'exercer le pouvoir. Les libéraux lui reprochent d'avoir gâché les chances de la déstalinisation par les incohérences de sa politique. L'appareil du parti lui préfère des hommes plus effacés, Kossyguine et Brejnev. Il meurt le 11 septembre 1971, d'une maladie du cœur. Ses obsèques, discrètes, se déroulent en l'absence de tout représentant du parti.