Barack Hussein Obama

Homme d'État américain (Honolulu 1961).
1. Une solide formation

D'origine kényane par son père, un Luo musulman mais athée venu faire ses études d'économie à l'université d'Hawaii, il est élevé par sa mère, une Américaine du Kansas qui se remarie après le départ de son jeune conjoint pour Harvard (puis définitivement pour le Kenya) et s'établit en Indonésie. À dix ans, Barack (« béni » en arabe et en swahili) rejoint ses grands-parents maternels à Honolulu. Diplômé en sciences politiques et en relations internationales de la prestigieuse université de Columbia, il interrompt rapidement un début de carrière prometteur dans les affaires et, préférant « donner sa voix aux sans-voix », devient éducateur social dans le quartier noir défavorisé de South Side, à Chicago. Converti au protestantisme, il enseigne – après trois années d'étude de droit à l'université d'Harvard (1988-1991) où il s'illustre notamment en devenant le premier rédacteur en chef afro-américain de l'éminente Harvard Law Review, – le droit constitutionnel à Chicago et entre dans un cabinet juridique spécialisé dans la défense des droits civiques. Son épouse depuis 1992, Michelle Robinson, avocate renommée proche du maire de la ville, Richard M. Daley, et figure influente du parti démocrate, l’enracine, par sa propre histoire familiale, dans la tradition et la communauté afro-américaines, alors que le parcours du jeune homme, malgré son choix d’un travail de terrain auprès des Noirs défavorisés, l’apparentait jusque-là bien plus à l’immigrant qui réussit aux États-Unis. Elle l'encourage en outre à se lancer dans une carrière politique.
2. Les débuts politiques : de Chicago à Washington, un démocrate sur les traces de Lincoln
Élu au Sénat de l'État de l'Illinois (1996), il se distingue à la fois par ses prises de position « libérales » (progressistes) en faveur de la couverture sociale pour les plus démunis, de la défense des homosexuels et de la lutte contre le sida, et par sa capacité à trouver des compromis avec les opposants républicains. En dépit de ce bilan plutôt flatteur, il échoue à se faire élire candidat à la Chambre des représentants contre le titulaire Bobby Rush, ancien membre des Panthères noires, lors des primaires démocrates de 2000. En 2003, il est l'un des rares élus américains à participer à des manifestations pacifistes et à prendre position contre la guerre en Iraq. L'année suivante, à Boston, il ouvre la Convention du parti, qui officialise la candidature de John Kerry à l'élection présidentielle, et se fait remarquer par un discours (« The Audacity of Hope ») qui fait l'apologie du rêve américain – une Amérique généreuse, égalitaire et multiraciale – ce qui lui confère un statut de jeune espoir politique d'ampleur désormais nationale. Élu sénateur des États-Unis (Illinois) dans la foulée, il rend publique sa participation au concours à l'investiture de sa formation depuis Springfield, ville du « grand émancipateur » Lincoln, le 10 février 2007.
3. Un Noir à la conquête de la Maison-Blanche
En appelant au changement dans un contexte de désavœu général de l’équipe sortante, il crée la surprise et parvient à s'imposer dans les primaires après une compétition acharnée avec Hillary Clinton, initialement donnée favorite (juin 2008). Pendant l'été, il choisit un vieux routier de la politique et des affaires internationales en la personne du sénateur du Delaware, Joseph Biden comme colistier et candidat à la vice-présidence des États-Unis. Son charisme, le professionnalisme de son staff de campagne, le rejet de l'Administration Bush dans l'opinion et l'inquiétude grandissante des Américains devant l'ampleur d'une crise financière qui menace de dégénérer en dépression majeure lui assurent une large victoire aux élections du 4 novembre avec près de 53 % des suffrages populaires contre 46 % pour son rival, le sénateur républicain John McCain. À son entrée en fonction en tant que 44e président des États-Unis le 20 janvier 2009, il devient le premier Afro-Américain à accéder à la Maison-Blanche. Si l’exploit de ce double et lointain héritier d’Abraham Lincoln et de Martin Luther King ne signifie pas la fin de préjugés racistes profondément ancrés dans la société, il scelle néanmoins l’avènement d’une nouvelle Amérique, beaucoup plus diverse dans sa composition et son profil, et peut-être déjà « post-ethnique ».
4. Une immense promesse de changement et d'espoir ?
À ce poste, il s'applique à affronter le violent retournement conjoncturel en obtenant du Congrès un vaste plan de soutien de l'activité de 787 milliards de dollars dès la mi-février, puis de ses partenaires internationaux du G20 réunis à Londres au début d'avril le principe d'une relance concertée à l'échelle mondiale. Soucieux d'éviter de nouvelles et désastreuses faillites, il donne son feu vert à la nationalisation partielle de Citigroup (février) et de General Motors, de même qu'il accepte l'absorption de Chrysler par Fiat (juin). Il œuvre à la reformulation de la politique énergétique et environnementale nationale, appelant à l'adoption de normes plus strictes d'émission de CO2, tentant de promouvoir une ambitieuse loi sur le climat et pariant sur l'« économie verte » pour alléger la dépendance pétrolière de son pays envers l'étranger et permettre à l'Amérique de retrouver le chemin d'une croissance de surcroît plus durable.
Ce faisant, il se heurte aux résistances du Congrès et des lobbies industriels concernés, qui finissent par enterrer le projet. Dans ce contexte d’inerties et d’oppositions, l’adoption au début 2010 d’un projet phare de sa campagne, l’assurance-santé pour tous, même sous une version amendée et allégée, apparaît comme une victoire majeure, d’autant qu’elle est suivie en juillet par le vote d’une réforme bancaire qui renforce la réglementation du secteur et vise à limiter les risques pris par les opérateurs dans les manœuvres spéculatives. Ces succès, dûs à de multiples concessions, font néanmoins des mécontents : ils alimentent dans une partie croissante de la population un fort courant de rejet de l’État et de son intervention et déçoivent les plus militants des démocrates. De même, la stabilisation de l’économie ne satisfait guère des Américains inquiets des perspectives limitées de croissance et de la stagnation à un niveau élevé du chômage (près de 10 %), alors que la réaction tardive de l’Administration face à la marée noire qui atteint au printemps et à l’été les côtes de Louisiane à la suite de l’explosion d’une plateforme pétrolière dans le Golfe, symbolise en quelque sorte son impuissance.
5. Ou la tentation du repli et le temps des désillusions ?
B. Obama et son camp abordent dès lors la campagne des midterms de novembre 2010 avec de lourds handicaps, et subissent une cuisante défaite, qui les prive du contrôle de la Chambre tout en réduisant nettement leur majorité au Sénat. Le président se voit devant l’alternative suivante pour la seconde partie de son mandat : soit une partie de bras de fer avec les républicains avec comme conséquence le blocage des institutions, particulièrement dommageable en temps de crise, soit la recherche plus systématique encore de compromis, au prix de l’édulcoration de son programme et de nouvelles déceptions au sein de larges franges de ses électeurs de 2008 – autant d’obstacles sur le chemin d’une réélection en 2012. Mais auparavant, il obtient du Congrès en partance l’adoption de nouvelles lois, qui redorent son crédit, son image et son action : abrogation – conformément à une promesse de campagne – de la levée du tabou sur les orientations sexuelles des militaires, ratification du traité START de limitation des têtes nucléaires américano-russes, et indemnisation des dépenses de santé des agents publics ayant travaillé au dégagement des décombres du World Trade Center de New York.
En outre, il fait preuve de sa capacité à trouver des compromis en obtenant des républicains appelés à prendre les rênes de la Chambre et donc la maîtrise des lois budgétaires la prolongation à 13 mois des allocations chômage moyennant le report de 2 ans de la réforme fiscale des très hauts revenus qu’il projetait de mener. Comptant sur le Sénat et les attributions que la Constitution attribue à l’exécutif pour contrer les projets de casse de la réforme-santé difficilement adoptée un an plus tôt ou la remise en question de la politique environnementale que son Administration cherche à promouvoir, il parvient à s’opposer au nouveau Congrès, et notamment à la majorité des représentants républicains à partir de janvier 2011. Il sait aussi engager le bras de fer avec John Boehner, le nouveau Speaker, et ses collègues du Grand Old Party, réduisant in fine en avril à 38,5 milliards de dollars, c’est-à-dire presque au tiers, les économies que ceux-ci entendaient faire faire au gouvernement fédéral pour 2011. S’il signe en mars un décret présidentiel autorisant – contre ses engagements de candidat – la détention illimitée des prisonniers de Guantánamo, au grand dam des plus progressistes des démocrates, il est aussi contraint de répondre aux attaques de ses plus farouches opposants, qui remettent en doute sa nationalité américaine et l’obligent à se fendre de la publication d’un acte de naissance fin avril, alors qu’il s’apprête à remanier pour l’été son conseil de sécurité et que touche à sa fin la traque d’Oussama Ben Laden. La mort de ce dernier, tué lors d’une opération menée contre son repaire pakistanais le 1er mai, lui vaut un surcroît de popularité, et la validation de sa politique de défense, longtemps contestée.
L’été voit le président et les républicains s’empoigner au sujet de la dette publique, qui atteint son plafond autorisé. Si le premier vient finalement à bout de l’opposition acharnée des seconds, qui vaut au pays sa dégradation par l’agence de notation Standard and Poor’s, le compromis dégagé ne fait que remettre à plus tard, en l’occurrence à l’extrême fin 2012, les choix difficiles : hausse des impôts, notamment des plus riches, ou baisse des dépenses publiques, en particulier des budgets sociaux. Ce modus vivendi entre parties laisse en somme aux électeurs le soin de trancher à terme entre ces deux politiques et orientations partisanes et idéologiques. Dès lors s’engage une campagne fort incertaine et très rude, mettant aux prises d’une part le président sortant, plombé par la fragilité de la reprise et le poids des attentes non tenues, mais auréolé de sa victoire contre le terroriste Ben Laden et de la validation par la Cour suprême en juin 2012 de son projet phare d’assurance santé, et d’autre part son challenger républicain, le mormon, ex-gouverneur du progressiste Massachussetts et richissime ancien gestionnaire de fonds Mitt Romney, seul rescapé de la sanglante bataille des primaires de son camp.
6. Une réélection historique
Avec 51 % des voix à l’échelle nationale et 332 Grands Électeurs, B. Obama remporte assez facilement la présidentielle de novembre 2012. Il est vrai qu’il doit surtout ce succès aux interrogations voire aux inquiétudes suscitées au sein d’une partie de la population (minorités, modérés, femmes notamment) par tout ou partie du projet très droitier présenté par son adversaire M. Romney. À quoi s’ajoutent une légère amélioration de la situation économique et notamment du front de l’emploi ainsi que l’efficacité de sa machine électorale, davantage en phase avec les évolutions de fond de la société américaine que celle de son concurrent.
Deuxième président démocrate à être réélu depuis 1944, il est aussi le premier Noir à être reconduit à la Maison-Blanche, ce qui confirme un peu plus, sans pour autant la sceller indubitablement, l’orientation post-ethnique prise par les États-Unis contemporains. Même s’il n’améliore pas son score de 2008 et ne parvient pas à faire regagner aux démocrates, dans la foulée, le contrôle de la Chambre des représentants, le parti de l’âne regagne du terrain dans les deux assemblées : d’une certaine manière, B. Obama obtient des électeurs un quasi mandat pour mener les réformes fiscales, économiques, écologiques qu’il leur a présentées – un mandat que, selon toute vraisemblance, il entend bien utiliser, mais dont le temps s’avère compté…
7. Une politique étrangère entre rupture et continuité
En politique étrangère, c'est également le changement dans la continuité qui prévaut. Barack Obama s'attache en priorité à redorer l'image fortement détériorée des États-Unis dans le monde. Ses premiers gestes de président visent à tirer un trait sur le passif des années Bush Jr : sans remettre en cause la priorité de la lutte contre le terrorisme, le nouvel hôte de la Maison-Blanche n'en condamne pas moins officiellement l'usage de la torture et des prisons secrètes, de même qu'il affiche – avec une certaine précipitation – son intention de fermer rapidement le centre de détention de Guantánamo : un vœu pieux, comme en témoignent l’imbroglio juridique dans lequel se débat son Administration et le décret qu’il signe en mars 2011 autorisant la détention illimitée in situ des prisonniers restants. Et s'il souhaite accélérer le retrait des troupes d'Iraq (celles-ci quittent les grandes villes du pays à la fin de juin puis le pays lui-même en août 2010, ne laissant sur le terrain qu'une force de maintien de l'ordre de quelque 50 000 hommes jusqu'en décembre 2011), c'est pour les redéployer en partie sur le théâtre afghan (jugé primordial et de fait continûment renforcé dès février 2009 avant que le retrait ne soit envisagé et amorcé à compter de la seconde moitié de 2011).
À plusieurs reprises dans de grands discours (à Ankara en avril 2009, puis au Caire en juin), il s'emploie à donner des signes de respect et en somme des gages à la « rue arabe ». Il associe le geste à la parole en se saisissant du dossier proche-oriental, non sans faire montre d'une plus grande fermeté envers l'allié israélien. Il se prononce également en faveur de l'engagement d'un dialogue voire de l'assouplissement des relations avec des puissances jusque-là considérées comme hostiles, tels l'Iran, la Russie, le Venezuela, ou encore Cuba. Et, prenant en compte la restructuration en cours des équilibres à l'échelle de la planète au même titre que l'amoindrissement relatif de la place des États-Unis dans le concert mondial, il plaide pour un nouveau multilatéralisme et la lutte contre la prolifération nucléaire (discours prononcé à Prague en 2009, suivi de la signature d’un nouveau traité START avec la Russie en mars 2010 et de la révision consécutive de la politique nucléaire du pays). C'est d'ailleurs cette question qui nourrit la première « crise » internationale à laquelle il se trouve confronté, à savoir la reprise, dès le début d'avril, des essais balistiques puis atomiques de la Corée du Nord, avant qu'à l'occasion de l'élection présidentielle contestée du 12 juin 2009 ne se rouvre le contentieux iranien.
C’est pour ces efforts « en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationale entre les peuples » qu’il se voit attribuer, à la surprise générale, le prix Nobel de la paix en octobre 2010, devenant par là-même le troisième président américain en exercice à recevoir cette distinction. Malgré ces initiatives, il peine à traduire en actes gestes et paroles : la crise politique de 2010 en Iraq se double d’une recrudescence de la violence, cependant que sur le théâtre afghan la situation s’aggrave, que la situation au Pakistan ne manque pas d’inquiéter, que les menaces terroristes demeurent, et que, par ailleurs, le dossier iranien reste en panne. De même, l’Administration peine à rouvrir le dialogue israélo-palestinien, pourtant jugé crucial dans la résorption des conflits de la région.
Les conférences internationales – comme les G 20 de Pittsburg en septembre 2009 ou de Séoul en novembre 2010, ou encore le sommet de Copenhague sur le climat en décembre 2009 – voient les positions américaines se heurter à celles de la Chine, et se soldent par autant d’échecs. D’où, progressivement, l’abandon de l’axe Washington-Pékin initialement privilégié, au profit notamment d’un rapprochement avec New Delhi, initié par G. W. Bush. À bien des égards par conséquent, la ligne du réalisme politique finit par l’emporter sur la remise en cause plutôt systématique des orientations passées.
À nouveau, le président Obama se voit contraint de seconder Séoul face aux offensives de Pyongyang dans la mer Jaune à la fin novembre 2010, menant conjointement avec la marine sud-coréenne des opérations destinées à intimider le voisin du Nord et à faire cesser son bombardement de l’île de Yongpyong. Mais la Corée du Sud s’emploie à défier Washington et le monde occidental, procédant à des tirs de missile balistique au cours de l’année 2012. Il ne peut, en outre, dès la fin 2010, que dresser un constat d’échec au Proche-Orient, étant impuissant à résoudre le différend israélo-palestinien.
Si les fuites de Wikileaks, rendant publics quelque 250 000 télégrammes du Département d’État, sont en partie à l’origine des soulèvements du Maghreb, le président tarde à prendre la mesure du vent de changement qui souffle sur la région et craint avant tout la répétition d’un scénario à l’iranienne. Certes, il salue dès le 14 janvier le départ du président tunisien Ben Ali, mais hésite sur la conduite à tenir envers l’allié Hosni Moubarak qu’il finit par lâcher en février. Il se voit obligé de s’engager dans une opération armée de l’OTAN en soutien aux rebelles libyens contre le colonel Kadhafi en mars, et se contente ensuite de condamner la répression à l’œuvre par les autorités en Syrie, mais aussi au Yémen et à Bahreïn – des États-pivots dans la lutte menée contre al-Qaida. Barack Obama peut toutefois s’enorgueillir d’avoir porté un coup sérieux à l’organisation terroriste lors de la liquidation de son chef dans son repaire pakistanais le 1er mai par un commando américain. Non sans enfoncer un coin supplémentaire avec les autorités d’Islamabad, de plus en plus fragilisées, et en proie très régulièrement à de vifs et puissants mouvements anti-américains.
Pour en savoir plus, voir l'article États-Unis : vie politique depuis 1945.