En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies à des fins statistiques.
En savoir plus
Identifiez-vous ou Créez un compte

Philippines

en tagal Pilipinas

Nom officiel : République des Philippines

Carton de situation - Philippines
Drapeau des Philippines
Drapeau des Philippines

État insulaire d'Asie du Sud-Est, les Philippines sont situées dans l'océan Pacifique occidental. À environ 1 200 kilomètres à l'est des côtes vietnamiennes, le pays est séparé de Taïwan au nord par le détroit de Luçon, baigné à l'est par la mer des Philippines, au sud par la mer de Célèbes et à l'ouest par la mer de Sulu et la mer de Chine méridionale.

  • Superficie : 300 000 km2
  • Nombre d'habitants : 98 394 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Philippins
  • Capitale : Manille
  • Langues : anglais et filipino
  • Monnaie : peso philippin
  • Chef de l'État : Benigno, dit Noynoy Aquino
  • Chef du gouvernement : Benigno, dit Noynoy Aquino
  • Nature de l'État : république à régime présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 2 février 1987
Pour en savoir plus : institutions des Philippines

GÉOGRAPHIE

L'archipel, au climat tropical (typhons fréquents, accompagnés parfois d'inondations meurtrières), est formé de plus de 7 000 îles et îlots, souvent montagneux et volcaniques. Les deux plus grandes îles, Luçon et Mindanao, regroupent les deux tiers de la superficie et de la population totales. La population, en accroissement rapide et aujourd'hui en majeure partie urbanisée, est à forte majorité catholique, mais avec une minorité musulmane. Le pays demeure encore largement agricole (riz et maïs, mais aussi, en partie exportés, coprah, canne à sucre, bananes, ananas, tabac, caoutchouc). Quelques ressources minières (or, chrome, cuivre) sont exploitées. Les centres d'appel constituent un secteur en plein développement. Mais l'endettement est lourd et le sous-emploi important, et les envois de la dizaine de millions de Philippins travaillant à l'étranger représentent un appoint essentiel.

1. Le milieu naturel

Les Philippines constituent un archipel de plus de 7 000 îles s'étendant sur 2 000 km du nord au sud et sur 1 300 km d'ouest en est. Luçon et Mindanao sont les deux plus grandes îles couvrant ensemble les deux tiers du territoire ; entre ces deux îles, l'archipel des Visayas comprend notamment Mindoro, Masbate, Negros, Cebu, Bohol, Leyte, Panay, Samar ; au sud-ouest, Palawan et l'archipel des Sulu s'allongent en direction de Bornéo.

Les Philippines sont un archipel montagneux. Les chaînes s'allongent selon une direction méridienne au nord (sierra de Zambales, Cordillère centrale, Sierra Madre dans l'île de Luçon), mais passent à des directions N.-O./S.-E. dans le sud de Luçon (péninsule de Camarines), les Visayas orientales (Leyte, Samar) et N.-E./S.-O. à Mindanao, dans les îles occidentales des Visayas (Cebu, Negros), à Palawan, et dans les Sulu. Les plaines sont peu nombreuses et de petites dimensions : la plaine de Manille (ou plaine centrale), dans l'île de Luçon, est la plus importante. Les montagnes sont taillées dans un matériel hétérogène d'âge variable (calcaires primaires, granites secondaires, roches tendres tertiaires), plissé à la fin du tertiaire, puis soumis à une tectonique cassante très vigoureuse. Cette dernière est responsable de l'essentiel des volumes du relief (horsts), et les plaines sont des fossés tectoniques. La vigueur de ces déformations est attestée moins par l'altitude des principaux sommets (le point culminant, le mont Apo, dans l'île de Mindanao, n'atteint que 2 954 m) que par la présence, à quelques dizaines de kilomètres seulement de ces montagnes, des fosses marines les plus profondes du monde (plus de 11 000 m à l'est de Mindanao). Près de Baguio (île de Luçon), des coraux pliocènes ont été portés à 1 950 m d'altitude, prouvant là encore l'ampleur de ces mouvements récents que confirme l'instabilité actuelle de la région, soumise à de fréquents tremblements de terre. En fait, les Philippines se rattachent à « l'arc interne » volcanique de l'Insulinde : on y rencontre 46 volcans dont 13 actifs, les plus redoutables étant le Mayon (île de Luçon, 2 421 m) et le Taal, situé au milieu d'un lac de l'île de Luçon et dont les dernières éruptions ont été meurtrières.

Entre 5 et 19° de latitude nord, les Philippines ont un climat tropical chaud et humide, mais la proximité de la mer atténue les amplitudes thermiques : la température s'écarte peu de la moyenne de 25-27 °C enregistrée en plaine. L'ouest de l'archipel reçoit les pluies apportées en été par la mousson du sud-ouest ; les montagnes sont les plus arrosées (près de 5 m dans la région de Baguio), et les effets d'abri sont sensibles (1 600 mm dans la vallée du Cagayan dans le nord de Luçon. L'hiver est sec dans ces régions occidentales, alors que les régions orientales reçoivent des pluies de l'alizé du nord-est ; issu de l'anticyclone des Hawaii et rendu instable par son trajet sur l'océan ; comme ces régions sont aussi soumises à la mousson d'été (moins forte qu'à l'ouest cependant), leur climat se rapproche du type équatorial. La violence du milieu naturel sur le plan climatique est illustrée par la fréquence des typhons (baguios) qui, venant des régions maritimes situées à l'est de l'archipel, se dirigent vers l'Asie orientale de juillet à novembre : on compte en moyenne 15 à 20 cyclones tropicaux chaque année, les plus nombreux étant en août-septembre ; les plus violents sont très meurtriers.

L'abondance des pluies entretient la vitalité de la forêt tropicale, à laquelle succèdent, en altitude, chênes et pins. Les côtes sont souvent ourlées de mangroves. L'homme, par ses défrichements, a contribué à l'extension des savanes et engendré des forêts secondaires maigres aux dépens de la forêt primaire.

2. La population

D'origine malaise dans sa quasi-totalité, la population est néanmoins diversifiée : 87 langues malayo-polynésiennes sont en usage dans l'archipel. Les plus pratiquées sont le cebuano (qui concerne 24 % de la population) et le tagal ou pilipino, parlé par 30 % de la population, principalement dans la région de Manille, base du filipino, langue officielle avec l'anglais. À la différence de l'Indonésie et de la Malaisie, les Philippines, situées plus à l'est, n'ont pas subi l'influence indienne. De même, l'islam ne s'est implanté qu'au sud de l'île de Mindanao, chez les Moros, dans l'archipel de Sulu et dans l'île de Palawan (5 % de la population). En revanche, l'hispanisation a été décisive comme agent unificateur : 85 % des Philippins sont catholiques romains, les noms propres sont à consonance hispanique, mais l'espagnol lui-même est devenu marginal. L'Église joue un rôle important et sa politique éducative a permis d'éliminer presque complètement l'analphabétisme. L'américanisation a également influé sur le système éducatif et sur l'adoption de l'anglais comme lingua franca.

Il subsiste des aborigènes Negritos, les Aëtas (50 000 personnes) dans les montagnes de l'est et de l'ouest de l'île de Luçon. On dénombre également des communautés montagnardes animistes au centre de Mindanao et dans la Cordillère centrale de Luçon, où vivent les Igorots, ou « montagnards » (500 000 membres), réputés pour leurs rizières en terrasses sur des pentes escarpées, jusqu'à 1 600 m d'altitude. Enfin, une communauté chinoise, installée avant les Espagnols, prospère mais peu nombreuse (1 % de la population), s'est fortement métissée, les mestizos étant aujourd'hui nombreux dans la classe dirigeante.

La population s'est rapidement accrue au cours du xxe s. : de 7 millions en 1900, elle s'élevait à 78 millions en 2001. Plus de la moitié des Philippins ont moins de 18 ans. Le taux d'accroissement démographique (1,9 % par an) reste, malgré le programme de contrôle des naissances promu par Fidel Ramos, l'un des plus élevés d'Asie du Sud-Est. La densité moyenne (260 habitants par km2) est le double de celle de l'Asie du Sud-Est mais la répartition de la population est très inégale. En effet, moins de 150 îles sur 7 000 sont habitées. L'île de Luçon (35 % du territoire) concentre 50 % de la population. Sa partie occidentale et l'île de Cebu, dans l'archipel des Visayas, sont surpeuplées et constituent des zones d'émigration vers le sud et notamment Mindanao, dont la part dans la population totale est passée de 10 à 22 % entre 1920 et 1990.

L'urbanisation, traditionnellement plus forte sur les côtes qu'à l'intérieur des terres, est élevée pour la région. Sur Luçon, Metromanila, c'est-à-dire Manille et son agglomération, regroupe 11 % de la population totale. La capitale est le premier port international, le centre administratif, bancaire, industriel (plus de 60 % des entreprises manufacturières), commercial et culturel du pays. Cebu, troisième ville des Philippines derrière Davao (Mindanao), est une plaque tournante du commerce maritime local.

3. L'économie

Au développement démographique correspond une surexploitation des ressources naturelles. L'agriculture occupe 40 % des terres. Riz et maïs sont les principales cultures vivrières. Le riz domine à Luçon, le maïs à Mindanao. Les rendements ne sont pas intensifs. En riziculture, ils ont été améliorés grâce au développement de l'irrigation, à l'utilisation de variétés hybrides mises au point par l'International Rice Research Institute (IRRI) de Los Baños, et grâce à l'extension des surfaces gagnées sur la forêt. L'autosuffisance alimentaire reste pourtant précaire.

La principale culture commerciale est le cocotier : les Philippines sont en effet le premier exportateur mondial de coprah et d'huile de coco. La canne à sucre est cultivée surtout à Negros. En raison de la défaillance du marché international depuis 1985 et de l'augmentation de la demande intérieure, les recettes sucrières (un huitième des recettes d'exportation dans les années 1970) ont été supplantées par celles des bananes et des ananas. Les Philippines exportent également du tabac et ont le monopole de la production de chanvre de Manille (ou abaca), utilisé pour les cordages, mais son importance a diminué.

La question agraire demeure un problème crucial. La structure foncière, héritée des dominations espagnole et américaine, est très inégalitaire. De grandes propriétés, les haciendas, sont exploitées par métayage et 40 % des paysans ne possèdent pas de terre. La moitié des fermiers, métayers ou petits propriétaires, exploitent des superficies de moins de 2 ha, insuffisantes pour faire vivre une famille. Les techniques agricoles restent primitives. Dans la plaine centrale de Luçon, principale région agricole du pays, moins de 1 % des propriétaires possédaient 80 % des terres au début des années 1980. Ouvriers agricoles et petits fermiers, souvent très endettés, vivent dans une grande pauvreté. Cette situation a été pour beaucoup dans la révolte des Huks (de Hukbalahap, ou Armée populaire anti-japonaise, en tagal) de 1948 à 1954.

À plusieurs reprises, l'État a adopté des mesures pour corriger ces inégalités trop criantes. En 1933, le président Quezón fit adopter un partage égalitaire de la récolte de riz entre propriétaire et métayer. En 1946, 1963 et 1972, il fut prévu de redistribuer des terres aux métayers. Mais la résistance des grands propriétaires, qui dominent les assemblées, l'emporta en définitive. Ces blocages profitèrent à la Nouvelle armée du peuple (NAP) du parti communiste, qui se renforça dans les années 1980.

La forêt, surexploitée, est tombée de 15 millions d'hectares en 1945 à 1,2 million en 1988. L'exportation de bois brut a été interdite en 1986, ainsi que l'abattage en 1991, mais on peut craindre qu'il ne continue clandestinement ; le reboisement a parallèlement été accéléré. Les mers sont intensivement exploitées : la pêche représentait 5 % du P.I.B. dès la fin des années 1980 (exportations de crevettes vers le Japon). Le secteur minier, quant à lui, pourtant riche en ressources (or, cuivre, fer, nickel, manganèse, chrome), est en déclin. Pauvres en énergie, les Philippines ont découvert en 1977 des gisements d'hydrocarbures au large du nord-ouest de Palawan, mais leur exploitation s'est révélée décevante. Des sources alternatives ont été développées (hydroélectricité, géothermie et charbon) afin de réduire les importations de pétrole.

Les transports routiers (un peu plus de 160 000 km) et ferroviaires (1 000 km), dont la majeure partie est sur Luçon, sont insuffisants et en mauvais état. Les transports maritimes jouent un rôle essentiel mais une grande partie de la flotte de cabotage et des ports souffrent de vétusté. Philippine Airlines (PAL), la plus ancienne compagnie aérienne d'Asie, dessert une quarantaine d'aéroports dans l'archipel.

Les industries manufacturières d'exportation ont été encouragées avec succès dès les années 1970 grâce à la création de zones franches industrielles. Mais le développement d'une industrialisation de substitution aux importations, exigeant technologies et capitaux étrangers, a ensuite gonflé dangereusement la dette extérieureLes anciennes bases militaires américaines de Subic Bay et Clark Field, fermées en 1992, sont transformées en zones franches industrielles. Les États-Unis et le Japon restent les principaux partenaires commerciaux, mais les échanges avec les pays de l'ASEAN se sont accrus. Le Japon est le principal investisseur étranger.

Le déficit persistant du commerce extérieur (les importations ont augmenté avec la reprise économique) est en grande partie compensé par les rentrées de devises assurées les 10 % de la population émigrée dans d'autres pays d'Asie et au Moyen-Orient. Les revenus du tourisme demeurent assez limités bien qu'en progression.

HISTOIRE

1. Des origines à l'introduction de l'islam

L'archipel a été peuplé, par vagues successives, par des Négritos, puis par des Indonésiens (VIIIe-III e millénaire avant J.-C.), enfin par des Malais (iie siècle avant J.-C.-xiiie siècle après J.-C.), venus par la mer. Il passe sous la suzeraineté successive des thalassocraties malaises de Shrivijaya et de Majapahit.

La décadence de cette dernière coïncide avec l'arrivée de l'islam, d'abord dans les îles Sulu (fin du xive siècle), puis à Mindanao, d'où il remonte vers les Visayas et Luçon.

Vers 1450, Sayyid Abu Bakr organise le sultanat de Sulu. À l'arrivée des Espagnols, des raja musulmans gouvernent la région de Manille. Mais l'islam n'est solidement implanté que dans le Sud. Depuis le ixe siècle, les échanges se sont organisés entre l'archipel et la Chine. Des communautés chinoises se sont établies dans les îles. En outre, l'archipel commerce avec le Japon, le Cambodge, le Champa, l'Annam, le Siam et l'Insulinde.

L'introduction de l'islam est suivie de l'arrivée de marchands musulmans. L'influence étrangère sur l'archipel a été considérable, y compris dans la langue. Les structures sociales, fondées sur de petites communautés autonomes et dispersées, les barangays (du nom des bateaux sur lesquels étaient arrivés les Malais), sont proches de celles trouvées dans le reste du monde malais.

2. La colonisation espagnole (1521-1898)

Les îles sont découvertes par Magellan, qui, arrivé en 1521, baptise l'archipel Saint-Lazare et meurt le 27 avril dans l'île de Mactan, en face de Cebu, au cours d'un combat avec les indigènes. En 1543, Villalobos visite à nouveau l'archipel et dénomme Samar et Leyte Filipinas (du nom de l'infant, le futur Philippe II). Legazpi, arrivé du Mexique en 1565, donnera ce nom à l'archipel tout entier. Il s'installe à Cebu, y consacre la suzeraineté de l'Espagne, part à la conquête des Visayas, puis de Luçon. En 1571, il s'empare du site de Manille, qui devient capitale de la colonie.

Les Espagnols poursuivent la conquête de l'archipel, où seuls les Moros, musulmans du Sud, leur résisteront jusqu'au xixe siècle. Les successeurs de Legazpi entreprennent la colonisation, l'évangélisation et l'hispanisation du pays, avec l'aide des moines augustiniens. Ce sera chose relativement aisée, l'islam étant trop récent, et les Philippins n'ayant aucune structure étatique propre.

Sous la supervision, théorique, du vice-roi de Mexico, un gouverneur exerce le pouvoir, assisté de l'audiencia, ou cour suprême ; le territoire est divisé en provinces, subdivisé en pueblos, ou districts, administrés par un gobernadorcillo, indigène nommé, qui choisit les chefs de barangay parmi les familles des anciens datus, ou chefs. Pour récompenser les conquérants, pour doter le clergé, le roi leur concède des concessions, ou encomiendas, où ils sont chargés de recouvrer le tribut. Le tribut et le travail forcé dureront jusqu'en 1884. Les paysans sont regroupés d'autorité en réductions. Abus et exactions sont nombreux. Peu riche, négligée économiquement, la colonie demeurera déficitaire jusqu'au début du xixe siècle. Le commerce des galions vers Acapulco se poursuivra jusqu'en 1813 ; monopole gouvernemental, il transportait des objets précieux venus de Chine et du Japon et rapportait du Mexique de l'argent. Ce commerce s'accélère au xviiie siècle ; en 1831, Manille devient port franc et s'ouvre au commerce international.

Le rôle du clergé espagnol, en particulier des moines, est considérable. Après les augustiniens, les franciscains arrivent aux Philippines (1577), suivis des jésuites (1581), des dominicains (1587) et des récollets (1605). Manille devient le siège d'un archevêché (1595). Le premier collège jésuite, San José, est fondé en 1599, la première université dominicaine, Saint-Thomas, en 1611. Les ordres assurent l'administration civile dans la plus grande partie de l'archipel. Les moines deviennent aussi les principaux propriétaires fonciers. Leurs abus seront à l'origine de plusieurs soulèvements. En 1768, le gouverneur José Raón décide la sécularisation des paroisses vacantes dont un bon nombre passent aux mains de prêtres philippins. Leur restitution à des Espagnols (1859) sera l'une des causes de l'explosion du nationalisme philippin.

Dès le début, les Espagnols ont dû faire face à des menaces contre leur nouvelle colonie. En 1566, les Portugais se présentent devant Cebu ; Pereira met le siège devant la ville et tente de la prendre (1570). En 1574, une flotte chinoise, commandée par Li Mahong, attaque sans succès Manille. Les Hollandais, qui ont évincé les Portugais, tentent à plusieurs reprises de s'emparer de Manille (1600, 1609, 1616, 1647). Avant de se refermer sur lui-même au xviie siècle, le Japon revendique la suzeraineté sur l'archipel. Pendant la guerre de Sept Ans les Anglais occupent Manille (1762-1763) ; ils l'abandonnent après la signature du traité de Paris.

Parqués depuis 1581 dans un quartier hors les murs, le Parian, les Chinois jouent un rôle important dans le commerce, tant avec la Chine que comme intermédiaires avec les Philippins ; ils se soulèvent à plusieurs reprises, et 6 000 d'entre eux sont massacrés par les Espagnols en 1762. Ces derniers ont à réprimer de nombreuses autres insurrections : celles de Raja Lakandula près de Manille (1574), de Magalat à Luçon, de Sumuroy à Samar, de Dagohoy à Bohol, de Diego Silang en Ilocos (nord de Luçon), etc. Plus difficile sera la lutte menée contre les musulmans moros, qui résistent aux soldats comme aux missionnaires jusqu'en 1851, quand le sultan de Sulu signe la paix avec l'Espagne, dont il reconnaît la suzeraineté.

3. De la révolution nationaliste à l'occupation américaine

L'unité de l'administration espagnole a contribué à créer un sentiment national. Celui-ci s'exprime dans l'élite, parfois formée en Espagne, comme José Rizal, mais aussi parmi le clergé, qui se voit refuser l'accès aux responsabilités. L'exécution de trois prêtres, Burgos, Gómez et Zamora, accusés d'avoir fomenté une mutinerie à Cavite (1872), suscite une explosion de révolte. Des organisations voient le jour, comme la Sociedad Hispano-Filipina, des journaux sont fondés, comme La Solidaridad. Rizal dénonce, dans ses livres, les abus coloniaux et crée la Liga filipina (1892) ; exilé, emprisonné, il sera finalement fusillé à Manille (1896) après le début de l'insurrection nationale.

Un ami de Rizal, Andrés Bonifacio, fonde en 1892 une organisation nationaliste secrète, la Katipunan ; la découverte de ce mouvement est à l'origine du déclenchement de la révolution (août 1896). La rivalité entre les deux principaux chefs de la résistance, Bonifacio, plus populaire, et Emilio Aguinaldo, représentant de l'élite, les Ilustrados, culmine avec l'arrestation et l'exécution de Bonifacio (mai 1897). Emilio Aguinaldo devient alors le chef incontesté de l'insurrection. La guérilla est généralisée. En décembre, le gouverneur Primo de Rivera signe avec Aguinaldo un cessez-le-feu à Biac-na-Bato. Mais les affrontements reprennent vite.

De Hongkong, où il s'est réfugié, Aguinaldo négocie avec les Américains, qui ont déclaré la guerre à l'Espagne (avril 1898). L'amiral Dewey coule la flotte espagnole devant Manille (1er mai). Les Américains s'emparent de Manille (août) avec l'aide des nationalistes, qui ont proclamé la république à Malolos (12 juin), mais leur interdisent l'entrée dans la ville. Le traité de Paris (10 décembre), qui donne l'archipel aux États-Unis, est suivi d'un nouveau et meurtrier soulèvement général. Capturé en mars 1901, Aguinaldo fait acte d'allégeance. Mais la résistance durera jusqu'à la fin de 1902.

4. La période américaine et la Seconde Guerre mondiale

Les États-Unis instaurent un gouvernement civil. L'instruction (en anglais, langue officielle) est développée. Une partie des terres du clergé sont rachetées pour être revendues à la population. Le Philippine Act (1902) prévoit l'instauration d'un système représentatif. Les élections à l'Assemblée, au suffrage censitaire, ont lieu en 1907. Mais l'exécutif demeure exercé par le gouverneur américain ; deux délégués philippins siègent au Congrès américain. Ce sont les nationalistes qui remportent les élections de 1907, sous la direction de Sergio Osmeña et de Manuel Quezón.

En 1916, le Philippine Autonomy Act, ou loi Jones, dote l'archipel – dont le droit à l'indépendance est reconnu – d'un système bicaméral inspiré de celui des États-Unis, le gouverneur conservant le contrôle de l'exécutif. L'archipel est doté de communications modernes, la superficie cultivée quadruple. Mais les structures agraires et sociales changent peu. Le mécontentement rural s'exprimera par le mouvement sakdaliste, réprimé en 1935, ou par la création (1931) d'un parti communiste, vite interdit. En même temps, la philippinisation de l'administration s'accélère.

En 1934, la loi Tydings-McDuffie pose les bases pour l'accession de l'archipel à l'indépendance, avec une Constitution à l'américaine et après une période transitoire de dix ans. Manille doit accepter l'établissement de bases navales américaines. La nouvelle Constitution est adoptée le 14 mai 1935. Quezón, qui a choisi comme vice-président Osmeña, est élu président du « Commonwealth des Philippines ». Il organise l'émigration des îles surpeuplées du Nord et du Centre vers le Sud musulman ; en 1937, les femmes obtiennent le droit de vote, et le tagal devient la base de la langue nationale. Il entend aussi développer la défense face à la menace nippone : le général Douglas MacArthur est chargé de mettre sur pied une armée nationale.

L'invasion des Philippines et leur occupation par le Japon, entre le 8 décembre 1941 et le 6 mai 1942, entraînent le départ de Quezón pour les États-Unis. La résistance reprend, largement à l'initiative des communistes. En octobre 1943, les Japonais proclament la république, sous la présidence de José Laurel. En octobre 1944, les Américains débarquent à Leyte (→ bataille de Leyte) ; Manille est reprise (février 1945) ; l'archipel est libéré le 4 juillet.

Pour en savoir plus, voir l'article campagnes du Pacifique.

5. L'indépendance et la République (1945-1972)

Rétabli à la tête d'une administration civile en février 1945, Osmeña se heurte au général MacArthur, qui soutient la candidature de Manuel Roxas. Celui-ci, à la tête du nouveau parti libéral, l'emporte sur Osmeña (23 avril 1946). L'indépendance est officiellement proclamée le 4 juillet 1946, alors que les Huks contrôlent plusieurs provinces, bénéficiant du soutien de nombreux paysans pauvres. Les États-Unis imposent le Philippine Trade Relations Act, ou loi Bell, qui prévoit la poursuite d'un libre-échange relatif jusqu'en 1954 et sa disparition progressive jusqu'en 1973, et le Parity Act, qui octroie aux citoyens américains l'égalité de traitement avec les Philippins. Manille obtient aussi une aide militaire américaine et accorde aux États-Unis 23 bases militaires pour 99 ans (14 mars 1947).

Roxas meurt en avril 1948. Le vice-président Elpidio Quirino lui succède et confie à son ministre de la Défense, Ramón Magsaysay, la tâche de réprimer la guérilla des Huks, qui s'étend alors aux portes de Manille. Fin 1950, la rébellion est vaincue avec l'aide américaine. En 1953, Magsaysay devient président. Il fait voter des réformes sociales et lutte contre la corruption. Sa mort accidentelle (17 mars 1957) et la résistance du Congrès et des classes possédantes limitent les effets des réformes.

Sur le plan international, les Philippines demeurent étroitement liées aux États-Unis. En 1954, la conférence de Manille a donné naissance à l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est (OTASE). En 1956 est reconnue la souveraineté philippine sur les bases américaines. Carlos García devient président en 1957. Face à une situation économique dégradée, il se fait le héraut d'une politique de nationalisme économique. Le libéral Diosdado Macapagal lui succède aux élections de 1961. Il doit lui aussi faire face à de sérieuses difficultés financières, sociales et agraires. Des rivalités éclatent avec Kuala Lumpur concernant la revendication par Manille de la souveraineté sur le Sabah, État de Kalimantan (Bornéo) entré en 1963 dans la Malaisie. Macapagal est battu en 1965 par Ferdinand Marcos, candidat des nationalistes.

6. La présidence de Ferdinand Marcos (1965-1986)

La situation est difficile : chômage élevé, violence politique rampante, économie minée par la corruption et la contrebande. Les premières décisions de Ferdinand Marcos sont d'envoyer un contingent de 2 000 non-combattants au Viêt Nam du Sud et de rétablir l'économie de marché, mesures bien accueillies des Américains et des Japonais, qui contrôlent respectivement 40 % et 30 % des échanges du pays. Les relations qui avaient été rétablies avec la Malaisie se tendent à nouveau sur la question du Sabah (1968). Très populaire, Marcos est réélu président en 1969. Mais, en dépit d'une augmentation de la production industrielle et agricole, les étudiants et la gauche manifestent contre sa diplomatie proaméricaine et son engagement au Viêt Nam. La misère d'une paysannerie qui a peu bénéficié de la « révolution verte » facilite la progression du parti communiste passé dans l'orbite prochinoise et qui s'est doté d'une aile militaire, la NAP (Nouvelle armée du peuple) ; les communistes prosoviétiques perdent leur influence avec la mort de leur chef Pedro Taruc et l'arrestation de son second. En 1971, une scission se produit au sein du parti de Marcos et un attentat, dont on soupçonne les auteurs d'être des partisans du président, décime la direction de l'opposition libérale. Marcos proclame la loi martiale en septembre 1972 et arrête les opposants, dont Benigno Aquino, le chef des libéraux.

Le système présidentiel est remplacé par un régime parlementaire (17 janvier 1973) ; en attendant son instauration, Marcos cumule, pendant une période transitoire indéfinie, les pouvoirs de président selon l'ancienne Constitution et de Premier ministre prévus par la nouvelle, recourant souvent au référendum. Au nom de la « nouvelle société », il promulgue de nombreux décrets, dont une réforme agraire. L'économie bénéficie du calme politique, ainsi que de l'ouverture aux marchés des pays communistes : Marcos se rend à Pékin (1975), à Moscou (1976), normalisant ses relations avec ces capitales, ainsi qu'à Hanoi (1976). Il rétablit également les relations avec les Japonais. Un traité commercial est signé avec les États-Unis ; la négociation sur le statut des bases reprend en 1976 pour aboutir en 1979.

Le 21 septembre 1977, Marcos annonce des élections à une Assemblée consultative intérimaire pour 1978. Les élections sont dominées par le parti officiel KBL (Kilusan Bagong Lipunan, Mouvement pour une nouvelle société), qui remporte presque tous les sièges (avril) ; l'opposition boycotte le scrutin, sauf à Manille. Le 17 janvier 1981, Marcos lève la loi martiale, mais conserve pratiquement tous ses pouvoirs. Le 16 juin, il est réélu président ; l'opposition a à nouveau boycotté le scrutin. Le régime se personnalise de plus en plus : Imelda Marcos, présentée par beaucoup comme l'éventuel successeur de son mari, est nommée gouverneur du Grand-Manille (Metro-Manila) en 1975 et ministre des « établissements humains ». La situation économique empire, la paysannerie et les couches moyennes des villes s'appauvrissent. De nombreux cas de disparition, d'assassinat, d'emprisonnement arbitraire, de torture sont dénoncés par l'Église. Cependant, la NAP étend ses opérations dans les Visayas (Samar, Negros) et à Mindanao. Sur cette dernière, on estime à plusieurs dizaines de milliers les maquisards du Front moro de libération nationale (FMLN), mouvement séparatiste musulman créé à la fin des années 1960 par Nur Misuari.

Le mouvement d'opposition populaire, qui se développe dans l'ensemble du pays, s'amplifie lors de l'assassinat, en août 1983, de B. Aquino ; de grandes manifestations antigouvernementales sont alors organisées. Les élections législatives de mai 1984, qui sont marquées par une forte progression de l'opposition, traduisent l'affaiblissement du régime. En 1986, après une élection présidentielle très agitée, Marcos, ayant perdu le soutien des États-Unis, est contraint d'abandonner le pouvoir et de s'exiler. Après sa mort à Hawaii (septembre 1989), la Cour suprême refusera son inhumation aux Philippines. Son épouse, Imelda, autorisée à rentrer en 1991, sera jugée pour corruption (les époux Marcos ont détourné entre 3 et 10 milliards de dollars sur les fonds publics).

Corazón, dite Cory Aquino, la veuve du sénateur assassiné, devient présidente de la République le 25 février, avec l'appui de l'Église et d'une partie de l'armée.

7. Le retour à la démocratie

7.1. Cory Aquino (février 1986-juin 1992)

Cory Aquino rétablit les libertés démocratiques et fait libérer plus de 500 prisonniers politiques, dont des communistes, ce qui suscite des tensions avec ses partenaires politiques. Elle abroge la Constitution de 1973 et dissout la Chambre des représentants. Le 2 février 1987, le succès du référendum sur l'adoption de la nouvelle Constitution assoit sa légitimité. Le système bi-caméral à l'américaine est rétabli, le mandat présidentiel fixé à 6 ans. Les élections législatives et sénatoriales de mai confirment le régime.

Il se heurte pourtant à de graves difficultés, et notamment à l'insécurité ; le climat politique reste marqué par la violence. Entre 1987 et 1990, C. Aquino affronte sept tentatives de coups d'État émanant du mouvement des jeunes officiers anticommunistes ; elle y résiste grâce au soutien du général Fidel Ramos, devenu ministre de la Défense en janvier 1988.

C. Aquino tente de mettre fin à la rébellion communiste par la négociation. Elle n'y parvient pas, mais les communistes, pris de court par la chute de  Marcos, divisés, affaiblis par des purges sanglantes, perdent du terrain même si la NAP continue la lutte.

Avec la rébellion musulmane du FMLN, les négociations sont réouvertes sur le principe de l'autonomie de Mindanao. Mais le référendum sur cette question, organisé dans l'île en novembre 1989, ne reçoit l'assentiment que de 4 des 13 provinces qui la constituent. Le Front moro islamique de libération (FMIL), issu d'une scission au sein du FMLN en 1978, reprend le flambeau de la lutte à outrance.

La réforme agraire, tant réclamée par l'Église et la gauche, est adoptée en juin 1988. Elle prévoit une large redistribution de terres agricoles sur une période de dix ans. Mais le Congrès, dominé par les propriétaires terriens, y adjoint de nombreuses clauses échappatoires, qui en rendent l'application difficile.

Critiquée pour son indécision face aux réformes nécessaires, C. Aquino conserve pourtant sa popularité. En 1992, elle prend quelques mesures visant à moderniser l'économie, avant de céder la place à celui qu'elle a choisi comme dauphin, le général Fidel Ramos, élu en mai avec seulement 23,6 % des voix.

7.2. Fidel Ramos (juin 1992-juin 1998)

Fidel Ramos (protestant, ancien de West Point) entend mettre fin à l'insécurité qui entrave le redressement économique. Il lance un programme de réconciliation : abrogation de la loi anti-subversion (ce qui légalise le PCP), large amnistie, création d'une Commission d'union nationale. Il entame des pourparlers de paix sur trois fronts : avec les communistes, les indépendantistes musulmans et les jeunes officiers. Il s'efforce également de réduire la criminalité, notamment les nombreux enlèvements contre rançon, ainsi que le nombre des milices privées.

Un accord est conclu en septembre 1996 avec le FMLN, après de longues négociations, et son chef, Nur Misuari, devient gouverneur de la région autonome de Mindanao. Le FMIL continue la lutte pour l'avènement d'un État islamique, mais accepte à son tour de négocier. Une amnistie générale à l'égard des rebelles militaires est prononcée en 1994. Avec les communistes, un accord sur le « respect des droits de l'homme » est signé en mars 1998.

Dans le domaine économique, F. Ramos lance le programme « Philippines 2000 » dont l'objectif est l'industrialisation du pays à la veille du troisième millénaire. Malgré de fortes résistances, il procède à des déréglementations et des privatisations, améliore un secteur de l'énergie défaillant et redonne confiance aux investisseurs étrangers. Les Philippines sont relativement épargnées par la crise financière asiatique de 1997 : après un léger fléchissement en 1998, le pays renoue l'année suivante avec une croissance supérieure à 3 %.

F. Ramos multiplie les visites à l'étranger pour y diffuser la nouvelle image des Philippines, où démocratie et développement vont de pair. L'engagement des États-Unis à quitter leurs bases militaires, en 1992, est l'un des symboles de cette politique. Manille s'implique davantage dans l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) ; la revendication sur Sabah est de facto abandonnée. En revanche, en 1996-1997, les Philippines s'opposent à la Chine à propos de certaines îles Spratly, revendiquées par les deux pays. Par ailleurs, un nouvel accord avec les États-Unis, conclu en février 1998, prévoit la reprise d'exercices militaires conjoints.

8. Nouvelles turbulences politiques (1998-2010)

8.1. Joseph Estrada (juin 1998-janvier 2001)

En mai 1998, le vice-président Joseph « Erap » Estrada est élu président avec 46,4 % des voix. Cet ancien acteur de « séries B » s'engage à poursuivre la politique de son prédécesseur et à mener la lutte contre la pauvreté. Les pourparlers de paix reprennent avec les rebelles du FMIL, après une interruption en 1999, ainsi qu'avec le Front national démocratique (FND), communiste. Un nouveau groupe armé islamiste, Abu Sayyaf, attire l'attention du monde entier en enlevant et en séquestrant sur l'île de Jolo 21 otages dont 10 touristes entre avril et septembre 2000.

En politique étrangère, l'événement le plus marquant est le succès du sommet de l'ASEAN à Manille en novembre 1999, où l'ASEAN, la Chine, le Japon et la Corée du Sud adoptent un « code de conduite » régional en mer de Chine méridionale. Manille a pris également une part active aux opérations de maintien de la paix au Timor oriental.

Sur le plan intérieur, les réformes piétinent, la corruption se développe et les scandales discréditent le nouveau régime. En novembre 2000, la Chambre des représentants engage une procédure de destitution – pour corruption notamment – à l'encontre du président. Début 2001, les démissions s'enchaînent (magistrats, président du Sénat et ministres), tandis que le mouvement de protestation populaire, mené par la vice-présidente Gloria Macapagal-Arroyo, s'amplifie. Les forces armées et de police retirent leur soutien au président, qui démissionne (20 janvier 2001). Conformément à la Constitution, la vice-présidente est nommée à la présidence de la République.

8.2. Gloria Arroyo (janvier 2001-juin 2010)

Gloria Macapagal-Arroyo organise, en mai 2001, des élections qu'elle gagne de peu dans un climat d'extrême violence (80 morts dont 4 candidats). Avec le soutien de l'Église et de l'armée, elle s'engage à poursuivre la libéralisation économique initiée par son prédécesseur et à lutter contre la pauvreté et le clientélisme, qui est revenu en force. L'urgence est de restaurer l'ordre public : tout en dotant l'armée et la police de moyens accrus, Macapagal-Arroyo relance les négociations avec le FND et le FMIL, mais en exclut le groupe Abu Sayyaf qui poursuit ses enlèvements. Un cessez-le-feu est signé en juin 2001 avec le FMIL, grâce à la médiation de la Norvège et de la Malaisie. L'éviction de Nur Misuari du poste de gouverneur de la région autonome de Mindanao (il s'était déclaré pour l'indépendance de la nation Moro), en novembre, déclenche une révolte meurtrière à Mindanao. Réfugié en Malaisie, Nur Misuari est extradé et traduit en justice. Les négociations avec le FND connaissent une nouvelle impasse après l'assassinat de deux députés. Fin 2001, une offensive militaire est lancée sur l'île de Basilan contre Abu Sayyaf, placé sur la liste des groupes terroristes à abattre. En janvier 2002, les États-Unis ramènent 4 000 hommes aux Philippines pour lutter contre les rebelles et fournissent une importante aide militaire. Le résultat n'est pas décisif. En 2003, la spirale de violence reprend à Mindanao et l'on revient à la médiation norvégienne et malaisienne. La NAP reprend les armes.

Malgré une croissance positive, la lutte contre la pauvreté est un échec, la paupérisation s'accroît : 40 % de la population vit avec moins d'un dollar par jour. Le chômage augmente. La lutte contre la corruption est peu convaincante. Les réformes attendues (restructuration bancaire, fiscale, judiciaire) piétinent ; loin de se réduire, les déficits budgétaires se creusent et alourdissent la dette publique. L'armée commence à montrer des signes de mécontentement.

L'énergie de la classe politique se concentre sur l'élection présidentielle de mai 2004. La présidente avait annoncé en 2003 qu'elle ne se présenterait pas, mais elle maintient sa candidature face à celle de Fernando Poe, un acteur dont l'incompétence est manifeste. La campagne est d'une grande violence (120 morts), les débats de fond en sont absents, on séduit les électeurs avec des chansons. À peine élue, G. Macapagal-Arroyo voit renaître la contestation. Elle est accusée de fraude électorale. En juillet 2005, des manifestants réclament sa démission à Manille. Elle refuse. Plusieurs ministres démissionnent.

Pour aggraver les choses, les Philippines sont frappées par plusieurs catastrophes naturelles : une tempête tropicale fait 1 000 morts en novembre 2004, suivie en décembre par un typhon et, en février 2006, par un glissement de terrain à Leyte (3 000 disparus). On accuse la déforestation sauvage. L'insécurité perdure qui, jointe à la corruption, décourage les investissements étrangers et font classer les Philippines dans les pays à haut risque. Au plan international, la présidente s'est rangée résolument aux côtés des États-Unis, premier partenaire économique et commercial, dans la lutte contre le terrorisme international. Les GI sont revenus aux Philippines en 2002 et, en 2003, Manille a envoyé un contingent en Iraq – il a été rappelé en 2004 après la prise en otage d'un Philippin.

En février 2006, G. Macapagal-Arroyo décrète l'état d'urgence pour répondre à une tentative de coup d'État militaire, ce qui lui vaut les critiques de deux de ses prédécesseurs, C. Aquino et F. Ramos. L'état d'urgence est levé en mars. Malgré l'abolition de la peine de mort, décidée sous la pression de l'Église catholique, en juin 2006, les exécutions extrajudicaires de militants gauchistes, de syndicalistes, de défenseurs des droits de l'homme ou de partisans de la réforme agraire demeurent nombreuses. À l'instar des précédentes consultations, les élections législatives de mai 2007 se déroulent dans un climat de grande violence (plus d'une centaine de morts). Regroupés au sein de la coalition Team (« Together Everyone Achieve More »), les partisans de la présidente l'emportent avec 168 sièges devant l'opposition, une coalition de 5 partis (44 sièges). Ce succès ne suffit pas à enrayer la chute de popularité de la présidente, qui, pour calmer l'opinion, accorde en octobre 2007 sa clémence à son prédécesseur, J. Estrada, pourtant condamné en septembre à la détention perpétuelle. En novembre, une nouvelle tentative de coup d'État est déjouée dans la capitale.

Tandis que se profilent les élections générales de 2010, une tuerie commise lors d'un règlement de comptes entre clans politiques rivaux fait plus de cinquante morts dans la province de Maguindanao, sur l'île de Mindanao, en novembre 2009. Quelque 160 personnes proches ou membres du clan d'Andal Ampatuan, gouverneur de la province – qui soutenait la coalition au pouvoir de la présidente G. Macapagal-Arroyo avant d'en être exclu – sont impliquées dans le massacre. Par crainte de la rébellion des milices privées du gouverneur – autorisées dans le cadre de la lutte contre les séparatistes musulmans de Mindanao – la loi martiale est décrétée dans cette province avant d'être levée le 12 décembre. Ces tensions dans le sud du pays interviennent alors que des pourparlers de paix entre le FMIL et le gouvernement reprennent à Kuala Lumpur.

9. La présidence de Begnino Aquino III (juin 2010-)

Soutenu par le parti libéral, dirigé depuis 2008 par Mar Roxas (petit fils de l’ex chef de l’État Manuel Roxas), le sénateur Benigno S. Aquino, dit « Noynoy », remporte l’élection présidentielle du 10 mai 2010 avec 42 % des voix devant son plus proche rival, l'ancien président Joseph Estrada. La coalition formée autour du parti libéral l’emporte à la Chambre des représentants tandis que se délite le camp des anciens partisans de Gloria Arroyo dont une partie se rallie à la majorité présidentielle.

Fils de l’ex-présidente Cory Aquino et de Benigno Aquino, chef de l’opposition assassiné en 1983, tous deux à l'origine de la chute de la dictature, Benigno S. Aquino III a bénéficié du grand prestige attaché à son nom. Entré en fonctions le 30 juin, il fait de la lutte contre la corruption et la pauvreté, toujours endémiques dans le pays, les deux priorités de son gouvernement.

9.1. Un plan pour «  la transparence et la responsabilité »

Bien que la création d’une « Commission Vérité  » (juillet 2010) chargée d’enquêter sur la précédente administration ait été jugée inconstitutionnelle par la Cour suprême au nom de l’égalité devant la loi et donc abandonnée, la lutte contre la corruption semble faire quelques progrès. Accusé de vouloir protéger l’ex-présidente qui l’a nommé à ce poste à la dernière minute, le président de la cour est finalement destitué par le Congrès tandis que la charge d’ombudsman (spécialement chargé des enquêtes sur les cas de prévarication) est également confiée à un nouveau magistrat. Au-delà de la mise en accusation des plus hauts responsables – dont Gloria Arroyo qui fait l’objet de plusieurs plaintes pour fraude électorale et enrichissement illicite –, des mesures anti-corruption et de bonne gouvernance (GGAC) sont adoptées en janvier 2012 dans le cadre d’un plan d’action gouvernemental avec pour principaux objectifs d’accroître la transparence des décisions publiques (et budgétaires) et d’encourager la participation de la « société civile » à l’élaboration de ces dernières.

Mais l’application de cette politique se heurte à de nombreux blocages et si le « baromètre » de Transparency International relève quelques progrès dans un pays particulièrement gangrené par la corruption, une gigantesque manifestation contre le détournement des fonds publics à des fins électorales rassemble à Manille des milliers de Philippins en août 2013. Au cœur du scandale ayant déclenché ce mouvement, un fonds d’aide au développement mis à la disposition des parlementaires doit ainsi être réformé.

9.2. La reprise des négociations de paix

Les discussions avec la guérilla communiste (Front national démocratique des Philippines, NDFP/Nouvelle Armée du peuple, NPA) avec la médiation de la Norvège débouchent sur un nouvel accord de principe à Oslo en février 2011 puis à La Haye en décembre 2012. La tentative de mettre fin à ce conflit vieux de 43  ans bute cependant sur de nombreux obstacles dont le lancement de réformes socio-économiques de fond et la libération des prisonniers politiques.

Parallèlement, le 15 octobre 2012, le gouvernement parvient à un nouvel accord préliminaire de paix avec la rébellion moro menée par le FMIL.

Un État du Bangsamoro, nouvelle entité autonome, doit remplacer l’Autonomous region in muslim Mindanao (ARMM) en bénéficiant de compétences élargies – à l’exclusion de la défense et de la sécurité extérieure, de la politique étrangère, du marché commun et du commerce global, de la politique monétaire ainsi que de la citoyenneté – et en disposant de ressources propres. Une part équitable des recettes générées par l’exploitation des richesses naturelles de la région lui sera notamment dévolue. La suprématie de la charia, appliquée aux seuls musulmans, est reconnue, une charte des droits en vue de garantir les libertés de croyance et d’expression étant également inclue dans l’accord. Une autorité provisoire composée de représentants du FMIL et du gouvernement philippin est chargée de conduire la transition avant la mise en place d’ici 2016 des nouvelles institutions.

En dépit des premières mesures concrètes en faveur des territoires les plus délaissés dans le but de rétablir la confiance à Mindanao, le processus de paix s’avère également fragile. Le FMLN qui s’est tenu à l’écart des négociations, rejette ce nouvel arrangement craignant d’être marginalisé et exigeant de l’État qu’il respecte surtout ses engagements pris lors de l’accord de 1996 qu’il considère toujours en vigueur. Par ailleurs, un nouveau groupe islamiste radical qui a rompu avec le FMIL, ne le reconnaît pas non plus tandis que certains clans locaux l’accueillent avec méfiance. Les divisions du camp autonomiste/indépendantiste moro s’affichent de nouveau en septembre 2013, lorsque des partisans de Nur Misuari – fondateur du FMLN mais leader contesté d’une seule de ses factions depuis sa libération en 2008 – tentent un coup de force dans la ville de Zamboanga. Désavouée par les autres leaders du mouvement, l’attaque est réprimée à l’issue d’un long siège qui se solde par une centaine de morts et de nombreux déplacés.

Conforté à mi-mandat (mai 2013) par le renforcement de la coalition progouvernementale qui remporte une majorité au Sénat ainsi que par la reprise économique avec une croissance de 6 % en moyenne depuis 2010 – une embellie qui toutefois n’a que peu d’effet sur la pauvreté –, le président Aquino conserve encore le soutien d’une grande partie de la population malgré une forte baisse de sa popularité.