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zen

(japonais zen, du chinois chan, du sanskrit dhyāna, méditation)

Kamakura, le daibutsu
Kamakura, le daibutsu

Importante école bouddhiste, originaire de Chine et introduite au Japon au xiiie s., privilégiant l'enseignement de maître à disciple.

Le zen remonte légendairement à l'expérience du Bouddha Shakyamuni, qui réalisa l'éveil dans la posture de dhyana (méditation) en Inde au vie s. avant J.-C. C'est cette expérience qui se serait ensuite transmise de façon ininterrompue, de maître à disciple, formant ainsi la lignée du zen.

La diffusion du zen

En 1199, le moine Yosai fonde le premier temple zen, l'Engaku-ji, à Kamakura. D'autres moines japonais, à leur retour de voyages d'études en Chine, implanteront le zen dans l'archipel, au début du xiiie s. Puis le moine japonais Dogen (connu sous le nom de Shoyo Daishi), revenant lui aussi de Chine, fonde l'école dite « soto », dont le cœur est la pratique de la posture de l'éveil. Ce maître est considéré comme un des plus grands philosophes du bouddhisme.

Dérivé du mahayana (« Grand Véhicule »), c'est-à-dire la voie royale – la voie la moins abstraite du bouddhisme –, le zen est une philosophie antirationnelle et antiscolastique. Il rejette les théories métaphysiques pour se concentrer tout entier sur la contemplation qui mène à l'illumination intérieure (satori). C'est l'appréhension du moi ultime, de l'unité du monde, par l'effacement de l'activité mentale. Il ne s'agit nullement d'une annihilation de l'individu. Au cours de l'initiation, le maître parle peu au disciple, dont la pensée se détache de plus en plus de la vie matérielle. Mais il ne s'agit pas d'une mystique passive. La contemplation est fondée sur une discipline du corps rigide ; le disciple ne cesse d'accomplir les tâches qui lui incombent. Bien plus, il les accomplit de mieux en mieux, jusqu'à ne plus avoir conscience de son action : c'est alors qu'il remplit ses tâches à la perfection.

Dans un texte chinois du ive s. avant J.-C., on peut lire : « C'est bien de tirer comme un archer. Mais ce n'est pas tirer comme quelqu'un qui n'a plus conscience de tirer. » Affirmation séduisante pour les adeptes du zen, dont elle traduit la recherche du moi ultime à travers la perfection du geste. Quand le maître adresse la parole à son disciple, c'est souvent par le biais de questions, très banales en apparence, comme : « Quelle est la nature du bruit provoqué par une seule main qui applaudit ? » Quand on saura que toute réponse décrivant un son ou expliquant l'absence de son est rejetée, on comprendra que la méditation de l'élève puisse durer de nombreux jours.

Si le zen se heurte à l'opposition des autres sectes, qui vont jusqu'à incendier ses sanctuaires, il provoque l'enthousiasme des guerriers, qui deviennent ses plus fervents adeptes. L'absence de dogme, l'ascèse physique, la discipline mentale prônées par le zen répondent aux aspirations de la classe guerrière. Et ce sera grâce à l'appui des seigneurs du Japon féodal que le zen se développera, pour connaître son apogée aux xive et xve s.

Le goût japonais

Le règne des Ashikaga est une période de troubles politiques intérieurs, mais aussi une période de vie culturelle intense. Le shogun se fait mécène et soutient officiellement les maîtres du zen. Ces derniers entretiennent des relations régulières avec la Chine, se tenant au courant de l'évolution culturelle du continent. Ainsi, le zen, loin d'avoir une forme figée, intègre les influences du continent aux traditions nationales. Il domine toute la vie intellectuelle et artistique de l'époque, en remettant à l'honneur l'usage du chinois classique, en imposant les conceptions architecturales chinoises et surtout en renouvelant l'art pictural. Ses adeptes mènent une vie proche de la nature, rejettent toute recherche de l'effet et s'enthousiasment pour les « paysages à la chinoise », paysages monochromes de la Chine des Song. Sesshu sera l'un des plus grands maîtres du genre.

Kyoto, devenue capitale sous les Ashikaga, recèle une multitude de joyaux dus au génie artistique des moines zen : monastères, résidences, comme le pavillon d'or (Kinkaku-ji, fin du xive s.), dont l'intérieur est entièrement recouvert de feuilles d'or, et le pavillon d'argent (Ginkaku-ji, fin du xve s.), destinés à abriter d'érudites discussions ou encore à rehausser le raffinement d'une cérémonie du thé. Car – et c'est peut-être un de leurs apports les plus importants – les moines zen contribuent à modeler le « goût japonais ». Outre l'art des jardins et la cérémonie du thé, ils introduisent au Japon l'ikebana (art d'arranger les fleurs). Depuis le vie s., on ornait de bouquets les autels bouddhiques, mais le zen fixe les règles de l'art floral, qui, devenu profane, fait aujourd'hui partie de l'éducation de toute jeune fille accomplie.

L'art des jardins

Les paysagistes japonais ne veulent pas réorganiser la nature suivant des formes plus ou moins géométriques, à la manière occidentale. Dans un espace souvent réduit, ils recréent la richesse, la variété de la nature. Si cette reconstitution du réel est l'aspect le mieux connu en Occident, ce n'est pas le seul que présentent les jardins zen. Les Japonais délaissent souvent la représentation fidèle du réel au profit d'une représentation symbolique de la nature. Les spéculations zen mènent alors à des réalisations quasi abstraites. Un des modèles les plus achevés du genre est le jardin du temple Ryoan-ji à Kyoto (fin du xve s.). Ce jardin est composé uniquement de pierres disposées sur un rectangle de sable gris. C'est Kyoto qui abrite le plus grand nombre de réalisations des paysagistes zen du shogunat Ashikaga et de leurs successeurs au xviiie s.

Le zen aujourd'hui

Avec le shogunat Ashikaga, le zen a connu son âge d'or. Son influence va se poursuivre sous les Tokugawa : on la ressent alors dans la composition de certains haikus. Mais un goût nouveau pour un art populaire baroque se développe. Une débauche de magnificence remplace la sévérité suggestive des peintures monochromes à la chinoise. Pourtant le zen, discipline de vie, n'est pas mort. On connaît l'engouement – peut-être superficiel – des sociétés industrielles d'aujourd'hui pour tout ce qui est zen, de la nourriture à l'art, en passant par la méditation.

À quoi ce mouvement correspond-il profondément dans le Japon d'aujourd'hui ? Le zen, ascèse intérieure, est aussi une discipline extérieure. La contemplation n'isole pas du « monde », elle l'utilise à travers l'activité physique, elle en fait un moyen de perfection. L'activité physique, qu'il s'agisse du geste du judoka ou du geste de l'ouvrier qui travaille à la chaîne, est utilisée pour atteindre les « sommets » de la contemplation. Le succès du zen puise peut-être sa source dans le fait que, parfaitement intégré au monde moderne, il ignore le fossé que l'Occident a creusé entre progrès technologique et vie spirituelle. Cette profonde interpénétration des mondes intérieur et extérieur est ce qui fait à la fois l'originalité et la force du zen.

Le zazen

Le zen, qui a influencé profondément toute la culture japonaise, n'est pas une religion au sens classique du terme, mais une recherche de l'appréhension directe de l'essence de toute chose. Son secret est la posture de « méditation » elle-même, le zazen, ce qui veut dire « être assis ». Elle consiste simplement à s'asseoir sur un coussin, face au mur, jambes croisées, genoux au sol, bassin basculé en avant pour garder la colonne vertébrale parfaitement droite, menton rentré, mains posées l'une sur l'autre contre le bas-ventre, paumes vers le ciel, pouces joints, en se concentrant exclusivement sur la posture et la respiration, calme et profonde. Ainsi, tel un verre d'eau boueuse au repos, l'esprit retrouve naturellement, automatiquement, inconsciemment sa transparence originelle.

C'est surtout depuis la fin des années 1960 que la pratique du zazen a pénétré les sociétés occidentales, apportée notamment en France par le moine Taisen Deshimaru et en Californie par Shunryu Suzuki.

L'art zen

Le zen est à l'origine d'une évolution de la technique de la peinture chinoise, puis de la peinture japonaise, essentiellement motivée par une exigence incompatible avec les systèmes élaborés en Occident.

Le point qui est l'oiseau

Le zen, et avant lui le chan, exige que le peintre, transcendant l'esthétisme, soit capable de représenter un « moment de vérité visuelle » de la nature, dans un mouvement d'appréhension instantanée, inséparable de la nature elle-même – autrement dit, qu'il puisse parvenir sans effort à une création picturale, qui, loin d'être une copie de la réalité objective, se présente comme le plus pur produit possible de la nature elle-même, ou plutôt réalise l'existence même de la forme appréhendée : « Un point sur une peinture sumi-e ne représente pas un faucon, une ligne courbe ne symbolise pas le mont Fuji. Le point est l'oiseau, et la ligne est la montagne » (Suzuki). Dans la mesure ou l'art implique une esthétique, un effort concerté, contraires aux principes qui régissent ce type de création spontanée, on peut dire qu'il n'existe, à proprement parler, ni art chan ni art zen.

Le « samadhi » de l'encre

Technique picturale importée de Chine au Japon, le sumi-e, ou peinture à l'encre (peu diluée dans l'eau), illustre une catégorie de peinture considérée en Orient comme appartenant à la même classe d'art que la calligraphie. L'incomparable maîtrise « calligraphique » de Liang Kai (époque song) et de Mu Qi, que d'aucuns tiennent pour les deux plus grands peintres chinois de tous les temps, les impose comme les maîtres par excellence de l'art chan. Pas plus que d'autres grands peintres chinois avant eux adeptes du chan, ils ne sont les inventeurs de la technique dite de l'« encre rompue » (l'encre étant un mélange de noir de fumée et de gomme, comprimé en bâton et séché) ou du lavis monochrome, mais, en exploitant à fond ses ressources, ils ont atteint, grâce à elle, le samadhi de l'encre qui suggère, avec une économie de moyens extrême, le point de perfection de la notation spontanée.

Ce type d'œuvres « sans contrainte », tel le Portrait imaginaire du poète Li Bai (encre sur papier, Tokyo), exécuté par Liang Kai, eut un retentissement considérable au Japon, où, dès le xiie s., les moines avaient déjà assimilé l'essentiel de la nouvelle technique d'inspiration chan.

Le vide et la forme

Les principales techniques des maîtres japonais de la peinture zen, telles que le hatsuboku (sorte de tachisme), le haboku (variante nippone de l'« encre rompue »), le tentaï (manière « pointilliste »), le suiboku (encre souvent très additionnée d'eau) et, bien entendu, le sumi-e, dérivent de la peinture d'encre monochrome chinoise, de même que l'art de réserver le vide (sunyata) dans l'intention de faire exister l'espace. C'est d'ailleurs en grande partie sur le rapport établi entre la forme et l'espace, et sur le paradoxe d'un vide qu'on ne peut concevoir que par la forme, que se fondent tout naturellement les deux autres pratiques majeures du zen que sont l'ikebana et l'art du « jardin de pierres ».

Le « mode graphique d'exister »

À l'imitation des maîtres chinois de la peinture monochrome, dont la pratique picturale était indissociable de la relation existant entre l'« aisance de l'encre » – question de formation technique – et l'« esprit du pinceau » – question de vie –, les peintres japonais adeptes du zen, sous l'impulsion de Muso (1275-1351), maître du sumi-e, également architecte de jardins et poète, puis de Mo Kuan et Kao (actifs au xive s.), réinventèrent un « mode graphique d'exister » (Roland Barthes) qui atteignit son plus haut degré de perfection au xve s. avec les créations de Cho Densu ([ou Minchô], 1352-1431), Josetsu (la Truite et la Gourde, vers 1405-1430, Kyoto), Shubun (1414-1465), Soga Jasoku (mort en 1483) et, bien sûr, Sesshu, auteur en 1495 du célèbre kobaku du musée de Tokyo, l'un des plus extraordinaires paysages « en tache d'encre » de la culture d'Extrême-Orient.

Si le suiboku, jusque-là exclusivement pratiqué par les moines, tombe dès la fin du xve s. dans le domaine laïque (école Kano), perdant ainsi beaucoup de sa force, d'autres peintres, toujours capables de travailler conformément à l'esprit du zen, vont surgir aux époques suivantes. Les plus éminents, maîtres d'une pratique picturale sur papier qui exclut l'idée d'une esquisse préalable et ne souffre ni repentir, ni rature, ni ajout, ont pour noms Minamoto Musachi (1582-1645), Isshi (1608-1648), Hakuin (1685-1768), Fugai (vers 1700) et Sengai (1750-1837).

L'architecture monastique

C'est une méthode d'assemblage du bois (le kara-yo), importée de Chine à l'époque de Kamakura, qui influencera le plus fortement l'architecture monastique zen, dont on peut se faire une idée à travers quelques édifices célèbres : le Shariden ou pavillon des Reliques de l'Engaku-ji (le seul qui subsiste des cinq temples zen de Kamakura), le Kaisando de l'Eiho-ji à Gifu (érigé en 1352), le Saimyo-ji, près de Kyoto, et, bien qu'il ne s'agisse pas à proprement parler de temples, les fameux pavillons d'or et d'argent de Kyoto, dus à l'empereur Muromachi.

Les « zenistes », en revanche, n'ont pas eu recours à la sculpture comme moyen d'expression majeur.

La cérémonie du thé

Par la cérémonie du thé (chanoyu), les maîtres du zen ont su faire, d'un besoin quotidien, un véritable rite d'une simplicité et d'un raffinement extrêmes. La perfection du geste est au cœur de la cérémonie. C'est la recherche du dépouillement qui mène à la beauté.

C'est à l'époque de Muromachi que Murata Shuko (1422-1502) introduisit dans la cérémonie du thé l'esprit du zen. À la suite de Takeno Joho (1502-1555), successeur de Murata Shuko, le maître du thé Senno Rikyu (1522-1591) codifia définitivement les rites de la cérémonie tels qu'on les respecte encore aujourd'hui au Japon. Le rapport de la cérémonie du thé avec le zen n'est pourtant pas, de nos jours, toujours évident.

Cette cérémonie peut se dérouler suivant deux modes de réception bien distincts, l'un correspondant à la cérémonie du « thé léger », l'autre à la cérémonie du « thé fort ». Les rites qui accompagnent cette dernière obéissent à des règles beaucoup plus strictes et complexes que celles qui régissent le cérémonial du thé léger. On sert un repas avant d'offrir le thé fort, que chacun boit à tour de rôle dans le même bol. On parle peu, à voix basse, et seule la cérémonie du thé proprement dite peut faire l'objet de la conversation. On ne consacre jamais moins de trois heures à une cérémonie du thé fort. Quel que soit le type de réunion, avant de pénétrer dans le pavillon de thé, les invités puisent à l'aide d'une louche en bois un peu d'eau contenue au creux d'une pierre pour se laver les mains et se rincer la bouche en signe de purification.