
Chef de l'État : Akihito
Chef du gouvernement : Hatoyama Yukio
Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire
Constitution :
Adoption : 3 novembre 1946 (promulgation)
Entrée en vigueur : 3 mai 1947
Exécutif
Chef de l'État : empereur
Chef du gouvernement : Premier ministre
Législatif
La Diète se compose de la Chambre des représentants et de la Chambre des conseillers.
La présence des montagnes est massive : les pentes de plus de 15 % forment les trois quarts du pays, les plaines sont généralement périphériques et les rivages très développés. Tels sont les trois caractères du relief japonais. L'archipel nippon est l'un des arcs à concavité tournée vers l'Asie qui limitent celle-ci sur le Pacifique, depuis le Kamtchatka jusqu'aux Philippines. Il s'agit d'un ensemble récent par rapport au continent, né d'une suite de soulèvements et d'affaissements aux ères tertiaire et quaternaire.
L'archipel s'allonge sur environ 3 000 km. Il se rapproche du continent au nord : 320 km entre Hokkaido et la Russie ainsi qu'au sud-ouest : 120 km au détroit de Tsushima entre Kyushu et la Corée, mais s'en éloigne au centre, où la mer du Japon atteint 900 km dans sa largeur maximale. Des quelques vingt mille îles qui le composent, l'essentiel des hommes se concentre sur les quatre plus grandes : Hokkaido, Honshu, Shikoku et Kyushu.
De ce point de vue, le Japon intéresse en fait six arcs dont les points de rencontre constituent les élargissements de Hokkaido (arcs de Sakhaline, des Kouriles et du Nord-Est) et du centre de Honshu (arcs du S.-O. et des Ryukyu). On y distingue deux zones d'âge et de nature différents : la zone interne à l'O., socle secondaire constitué de roches sédimentaires très plissées et métamorphisé par des intrusions granitiques, et la zone externe, flanquant la première à l'E., formée de matériel tertiaire, lui aussi métamorphisé par des granites du même âge. Une grande fracture transversale, la Fossa Magna, scinde cet ensemble en deux parties.
La zone externe y montre seule des traces de plissement. Partout cependant le relief résulte d'un quadrillage de failles et de gauchissements qui orientent bassins, vallées et massifs. Les mouvements longitudinaux ont donné naissance au fossé de la mer Intérieure, que prolonge au N.-E. la plaine du Kansai. Un grand escarpement le borde au sud, courant depuis le sud de Kyushu jusqu'à la presqu'île de Kii. Des ondulations transversales commandent les variations de largeur respectives de Shikoku et de la mer Intérieure elle-même.
Vers le N.-E., le morcellement s'accroît : des fossés plus petits recoivent plaines et lacs, dont le lac Biwa. Le bloc soulevé le plus vaste constitue les monts Hida, les Alpes japonaises, qu'un escarpement de faille termine à l'E., sur la Fossa Magna. Au S., (Shikoku et Kii) des reliefs appalachiens subsistent dans la zone externe.
Le volcanisme n'est réellement important qu'à Kyushu, dont le centre est occupé par le mont Aso et sa vaste caldeira. La topographie glaciaire est quasi inexistante, même dans les monts Hida, et seuls l'enneigement et l'alternance du gel et du dégel sont responsables de la topographie de haute montagne que l'on observe ici.
C'est la dislocation essentielle de l'archipel ; elle se poursuit depuis le Pacifique (presqu'île d'Izu) jusqu'à la mer du Japon, et son rebord méridional est jalonné de grands volcans (Fuji, Asama). Ses deux extrémités sont occupées par les deux plus vastes plaines du pays : celle du Kanto (Tokyo) sur le Pacifique et celle de Niigata sur la mer du Japon.
Les directions longitudinales s'y affirment avec une grande netteté : trois chaînes parallèles méridiennes y sont séparées par des cordons de plaines, larges et bien évidées (l'ensemble correspondant ici à l'arc du N.-E.). Une grande dislocation méridienne y sépare notamment à l'est les monts de Kitakami, que flanque à l'ouest la plaine de ce nom, ouverte elle-même au sud sur la plaine de Sendai. Elle se poursuit vers le sud par un étroit couloir qui ouvre une voie naturelle, vers la plaine du Kanto. Localement (Uetsu), des blocs de matériel tertiaire, tufs et grès, soulevés donnent des reliefs énergiques. De grands édifices volcaniques dominent tous ces horizons au centre (Bandai, Zao) et sur la mer du Japon (Chokai).
Hokkaido, enfin, est formée essentiellement de trois axes de hauteurs dont le croisement au centre est masqué par la vaste calotte volcanique du Daisetsu. Des plaines effondrées entourent celui-ci au N., Kitami, au S.-O.,Tokachi, Konsen, qui est une plaine d'abrasion et surtout à l'E., où s'ouvre la grande dépression d'Ishikari (Sapporo). Les trois grandes familles de paysages morphologiques dérivent de cette structure, sans cesse modifiée par un système d'érosion vorace et le rejeu lent, mais continu, de mainte fracture.
Couvrant les trois quarts du Japon, elles donnent trois sortes de paysages. En toutes régions, des hauteurs moyennes, assez lourdes, d'altitude de 800 à 2 000 m, forment de longues échines séparées par de profondes vallées en V. Le manteau de débris qui les recouvre demeure mince, car les pluies dénudent constamment les pentes, là où une épaisse forêt ne les recouvre pas.
Dans le Daisetsu et surtout au long des monts Hida, des reliefs alpestres apparaissent : arêtes, abrupts, crêtes aiguës recoupées en pics dessinent de hauts sommets, dont une trentaine dépassent 3 000 m.
Le plus haut sommet du pays est toutefois un volcan, le Fuji (3 776 m) et ce sont les formes éruptives qui donnent au relief japonais ses aspects les plus originaux. Plus de 200 volcans ont été recensés dans l'archipel, dont une soixantaine environ sont actifs. Ils se localisent surtout aux deux extrémités du pays : Hokkaido et Tohoku (Daisetsu, Bandai, Chokai) et Kyushu (Kirishima, Aso), ainsi que sur la Fossa Magna (Fuji, Asama, Myoko). Cônes de toutes tailles et de toutes formes, lacs, vastes champs de laves stériles forment des paysages grandioses et désolés.
Ne couvrant que 16 % du pays, elles concentrent la quasi-totalité de la population. Ce sont des zones d'accumulations alluviales logées dans des creux d'origine tectonique. La plaine classique forme ainsi une dépression aux bords nets ouvrant soit sur la mer (par une longue plage entre deux promontoires), soit au cœur des montagnes ; un torrent la parcourt, en pente forte ; le calibre des alluvions diminue depuis son lit vers la périphérie pour croître de nouveau dans les cônes de débris qui garnissent le pied du versant. Ces torrents, larges et aux bras nombreux, ont une charge énorme, et leurs excès ont de tout temps forcé les hommes à les corseter étroitement de hautes levées, sous lesquelles routes et villages se sont établis.
Un lent affaissement affecte certaines de ces plaines situées en bordure de la mer, qui tend ainsi à les envahir (Waju au sud de Nagoya). Le fond de ces plaines est formé généralement de terrasses d'alluvions plus ou moins anciennes où le soulèvement a parfois encaissé légèrement les cours d'eau. Les plus élevées, ainsi celle de Tama dans le Kanto, ont été disséquées en une série de collines, tandis que les niveaux inférieurs forment des surfaces régulières. Il faut y creuser des puits parfois très profonds (Musashino, à l'O. de Tokyo). Localement, des dépôts d'origine volcanique remaniés par le vent recouvrent ces niveaux d'un placage épais de plusieurs mètres (le « loam » du Kanto).
Ces paysages de plaines varient surtout en fonction de leur dimension. Les plus vastes, Kanto, Ishikari (Hokkaido), Kitakami (Tohoku), Niigata ou Toyama (Hokuriku), offrent de grands horizons traversés en ligne droite par les routes et les voies ferrées. Ailleurs, il s'agit de bassins en amande (Nagano, Tsuyama) et, au cœur des zones les plus massives, une confluence de vallées comblées par des cônes alluviaux a pu donner de petites plaines au relief plus mouvementé, mais patiemment découpées en terrasses. Cependant nombre de ces plaines s'ouvrent sur la mer, où se terminent aussi les hauteurs, de façon généralement abrupte.
Les côtes constituent la troisième famille des grands paysages morphologiques japonais. L'archipel en déroule environ 28 000 km, soit 1 km pour 13 km2 de territoire. Leur tracé découle, pour l'essentiel de la tectonique.
Sur le Pacifique, elles se déploient obliquement par rapport aux grandes directions structurales (angle de 55° environ), ce qui entraîne une série d'indentations majeures : baies de Sendai, de Tokyo, de Suruga, d'Isé, de Kochi, presqu'îles de Matsushima, de Boso et de Miura (encadrant la baie de Tokyo), d'Izu, de Kii, ainsi que les caps Muroto et Sada à Shikoku.
Sur la mer du Japon, au contraire, l'orientation de la côte est parallèle aux directions structurales et demeure à peu près rectiligne, mis à part la presqu'île de Noto. Subsidence et soulèvement ont enfin affecté (et affectent encore) mainte section de ce littoral. Le soulèvement l'emporte dans le nord du pays (Hokkaido, Tohoku), apparent dans les plaines d'abrasion, les terrasses soulevées, les morsures récentes de l'érosion. L'affaissement domine au sud et à l'ouest, où abondent rias et marais littoraux.
Dans le détail, côtes plates et falaises alternent en toutes régions. Les premières sont fréquemment bordées de dunes qui forment localement d'importants massifs (le massif de Tottori sur la mer du Japon a 40 km de long sur 2 à 4 km de large). Les rivières débouchent obliquement dans la mer ; lagunes et marécages sont nombreux. La côte orientale du Tohoku, celle du Hokuriku offrent de longues plages continues sur des dizaines de kilomètres. Les côtes rocheuses l'emportent sur le Pacifique et dans l'Ouest, très découpées notamment lorsque les champs de failles (baie de Wakasa, sud-ouest de Kyushu) ont été envahis par la mer ; la diversité du matériel rocheux (grès, granites surtout) en fait varier localement l'aspect. Il faut remarquer que l'essentiel des zones urbanisées se trouve sur les baies, plates et marécageuses (Tokyo, Nagoya, Osaka), tandis que les côtes rocheuses aux sites plus abrités ne logent, à peu d'exceptions près (Nagasaki, Kagoshima), que des agglomérations peu importantes ou des petits ports de pêche.
Le climat est commandé par la situation générale de l'archipel : dans le Pacifique, mais à peu de distance de l'énorme masse continentale de l'Asie, voisin au nord des rivages sibériens (45e parallèle) et, au sud-ouest, ouvert aux influences tropicales, dont ne l'isole aucune terre (31e parallèle). En outre, divisé longitudinalement en deux versants tournés l'un vers l'Asie et l'autre vers le large, offrant toute une gamme d'altitudes et d'expositions, le Japon présente un riche éventail de climats régionaux et locaux.
L'influence maritime s'exerce surtout par l'action de deux courants qui longent le pays : le Kuroshio est un courant chaud né entre Taiwan et les Philippines, formé de deux branches qui enveloppent l'archipel et remontent l'une jusqu'au nord de Hokkaido à l'O., l'autre, bien plus vigoureuse, jusque vers la baie de Tokyo à l'E. Cette dernière se heurte, au nord de Tokyo, à l'Oyashio, courant froid venu de la mer d'Okhotsk en longeant la côte orientale de Hokkaido et du Tohoku. Ces courants atténuent les contrastes thermiques et modifient les précipitations.
C'est cependant l'influence continentale qui domine le climat japonais, selon le mécanisme de mousson.
En hiver, le Japon se trouve à mi-distance de l'anticyclone sibérien et de basses pressions centrées sur les Aléoutiennes ; un courant d'air N.-S. le parcourt, froid et sec à l'origine. Il se charge d'humidité en passant sur la mer du Japon, se résout en énormes chutes de neige au contact de la façade ouest de l'archipel, ce qui le force à s'élever brusquement.
Pendant l'été, l'Asie devient un centre de basses pressions, et les hautes pressions subtropicales remontent dans le Pacifique Nord ; le courant atmosphérique parcourant le pays s'inverse alors et, devenu S.-N., est générateur des pluies issues des perturbations cycloniques nées au contact des airs tropical et maritime. Ce front suit le déplacement des hautes pressions de la mer d'Okhotsk, qui suit lui-même le mouvement apparent du Soleil ; ce passage prend ainsi la forme d'un aller et retour et amène sur le pays deux périodes de pluie : l'une très accusée en mai-juin (« pluie des prunes »), l'autre, moins nette, en septembre. À ce moment toutefois arrivent les typhons, qui provoquent les plus violentes précipitations de l'année. Ils se forment au moment où la mer est la plus chaude et où l'air, saturé de vapeur d'eau, offre le maximum d'instabilité. Ils intéressent surtout la moitié ouest de l'archipel.
Les précipitations ont ainsi une double origine, hivernale et estivale, qui explique leur localisation en deux zones de concentration maximale : le long de la mer du Japon (1 700 mm de juillet à février) et sur le rivage pacifique de Shikoku (2 600 mm de mai à septembre). Entre elles, l'ensemble du pays reçoit de 1 m à 1,5 m d'eau. Localement toutefois, la sécheresse règne, ainsi dans le nord-est du Tohoku, sous l'effet de l'Oyashio, et sur la mer Intérieure, que les montagnes abritent des deux influences.
Les températures sont inférieures à celles des autres régions du globe à la même latitude. Elles accusent, durant la saison froide, de fortes variations d'une extrémité à l'autre du pays. Il a pu faire − 40 °C à Asahigawa (Hokkaido sur le 44e parallèle, latitude voisine de celle de Lyon), tandis que Hokodate, à la latitude de la Corse, a − 2,9 °C de moyenne en janvier. Le sud du pays, tout en connaissant le gel, a un hiver doux. En été, au contraire, une même chaleur lourde et humide règne de Sapporo (Hokkaido) à Kyiushu (22 et 26 °C en juillet). Partout cependant le cycle des quatre saisons se déroule, nettement tranché, si ce n'est que leur longueur (été et hiver : 2 et 5 mois à Sapporo, 5 et 3 mois à Kyushu) et les caractères de l'hiver, sec sur le Pacifique, neigeux sur la mer du Japon, varient régionalement. Printemps et automne ont un temps très doux et parent la nature de multiples couleurs.
Le Japon doit à son relief énergique et à ses fortes précipitations des cours d'eau nombreux, mais courts, en pente forte et au régime irrégulier. N'existent pas en effet ici de glaciers régulateurs, et, selon la saison, l'apparence en oscille entre un vaste lit de galets parcouru de minces filets et une nappe grondante se ruant vers l'aval. La période avril-septembre est celle des débits maximaux, entretenus successivement par la fonte des neiges, les pluies estivales et les typhons.
Ces cours d'eau fournissent les deux tiers de l'eau d'irrigation, le reste provenant des sources ou des étangs creusés par l'homme dans tout le pays. Des nappes abondantes existent dans le sous-sol des plaines. Les villes y captent leur eau pour près de la moitié, mais dépendent aussi des rivières, des sources et de certains lacs comme le Biwa, le plus vaste du pays (674 km2), qui alimente en partie Kyoto et Osaka.
La forêt est le plus répandu. Elle recouvre environ les deux tiers du sol japonais, sans nuire pour cela à l'occupation humaine puisqu'elle correspond aux zones montagneuses. On en tire depuis toujours le charbon de bois, le matériau de base de la construction ainsi que, depuis un demi-siècle, de la pâte à papier. Comme le pays s'étire en latitude et présente de grands contrastes d'altitude, cette forêt offre selon les régions des paysages variés, trois principalement. La forêt de type pénétropical, formée de conifères et de feuillus toujours verts (chêne vert, camélia, magnolia), se rencontre dans l'Ouest et partout où la température annuelle moyenne dépasse 13 °C. La forêt tempérée existe dans les montagnes de Honshu, dans le Tohoku et le sud de Hokkaido : chênes, hêtres, érables s'y mêlent à de nombreux conifères. Les sommets du Tohoku, le centre et le nord de Hokkaido portent des peuplements de conifères auxquels se mêlent frênes et bouleaux. Le sous-bois y est fort dense. Cette forêt s'étend là où la température annuelle moyenne se situe au-dessous de 6 °C.
Toutes ces forêts ont en commun plusieurs caractères, tout d'abord le grand nombre d'espèces rencontrées sur de faibles superficies, ce qui est dû au faible rôle joué ici par les glaciations quaternaires. Actuellement, une vigoureuse politique de reboisement (400 000 à 600 000 ha par an) tend à les entretenir tout en en modifiant la composition aux dépens des feuillus. Ceux-ci couvrent 40 % des superficies boisées (contre 30 % pour les conifères, le reste étant mixte), mais leur proportion décroît rapidement. On reboise en effet surtout avec des conifères, qui croissent plus rapidement et donnent un bois d'œuvre abondant ainsi qu'une matière première satisfaisante pour la cellulose et la pâte à papier. Celle-ci provient surtout du pin rouge (jadis de Sakhaline, aujourd'hui venant surtout de Hokkaido) et de quelques feuillus. Une petite partie de cette forêt demeure inexploitée en raison d'une relative inaccessibilité et aussi parce que, correspondant à la zone des sommets, sa présence écrête les crues dans les plaines sises à l'aval.
La forêt japonaise est un milieu très vivant : de nombreux animaux y demeurent, protégés par sa relative solitude, notamment des ours à Hokkaido. Les loups paraissent toutefois avoir été éliminés. La « hara », est, entre la forêt et les plaines, aux altitudes comprises entre 400 et 1 500 m, une formation végétale originale à base de bambous nains, d'espèces buissonnantes et d'une herbe dure. Elle prend localement des aspects de forêt-parc et remplace probablement d'anciennes forêts essartées. Enfin, d'une extrémité à l'autre du pays, le bambou confère à la nature japonaise une grande unicité de paysage. Il en existe des centaines d'espèces, depuis les hauts massifs balançant leurs feuilles à 20 m du sol jusqu'au « sasa », espèce naine qui vient aussi bien sous le ciel brûlant de Kyushu que sur les rives glacées de la mer d'Okhotsk.
Le Japon a des sols pauvres et peu évolués dont l'essentiel s'est développé sous une couverture forestière. Les sols zonaux, élaborés sous un climat et dans un milieu végétal déterminé et stable sont surtout des podzols, rougeâtres dans l'Ouest, gris et bruns dans le Nord. Les sols azonaux correspondent aux sols alluviaux et constituent plus des quatre cinquièmes du total. Ils se divisent eux-mêmes en lithosols, grossiers et presque uniquement minéraux, et en sols alluviaux proprement dits, plus évolués, qui tapissent les plaines, où ils portent l'essentiel des cultures : ce sont les plus fertiles. Les sols intrazonaux, qui reflètent le drainage et la lithologie, surtout constitués ici de débris volcaniques, sont sombres et acides ; ils forment notamment le loam du Kanto (d'apport éolien) et ne sont cultivables qu'en raison des siècles d'amendements dont ils ont fait l'objet.
Le caractère foncièrement inhospitalier du milieu naturel résulte de la situation de l'archipel, établi sur une des zones d'instabilité de l'écorce terrestre (le « cercle de feu » du Pacifique) et entre deux mers d'où lui viennent moussons et typhons. On peut distinguer ces excès selon leur origine, structurale et tectonique ou climatique, mais aussi selon leur soudaineté. Certains, pour violents qu'ils soient, se présentent chaque année, pratiquement à date fixe, ainsi les typhons, l'enneigement, les crues, les glissements de terrain. D'autres, au contraire, arrivent brutalement : séismes et raz de marée, éruptions volcaniques. Leur gravité varie considérablement, les plus grands pouvant faire, tel le grand séisme du Kanto (1923), près de 140 000 victimes, tandis que celui de Kobé, en 1995, a tué plus de 6 000 personnes et détruit 200 000 habitations.
Les éruptions volcaniques, prévisibles de nos jours, ne menacent plus la vie humaine mais occasionnent de lourdes pertes matérielles. Celle du mont Bandai en 1888, qu'on peut citer comme exemple, emporta tout le haut de la montagne et détruisit routes, voies ferrées et constructions dans les vallées d'alentour, ruinant en outre la précieuse architecture des rizières. Elle fit 461 victimes. Les éruptions plus récentes ont été moins violentes (îles d'Izu en 1952 et 1953 et 2000, mont Aso en 1953).
Les séismes sont plus graves, demeurant imprévisibles. Ils frappent surtout la baie de Tokyo (où la terre tremble 5 000 fois par an) et le littoral pacifique jusqu'à Kyushu, secondairement les régions de Nagano et de Fukui (celle-ci sur la mer du Japon). Les incendies qui les accompagnent souvent les rend meurtriers ; l'essentiel des victimes de 1923 et des 3 895 morts que fit le séisme de Fukui en juin 1948 leur est dû. Les raz de marée, tsunami, causés par des séismes qui se produisent au large, occasionnent également de lourds dégâts.
En de nombreux points du pays, mais surtout dans le Hokuriku, sur la mer du Japon, la terre glisse avec lenteur le long de pentes argileuses. Ces fleuves de terre qui ont de 2 à 4 km de long sur 50 à 500 m de large et 10 à 20 m d'épaisseur entraînent avec eux, à une vitesse de 2 à 7 m par an, les rizières qu'ils portent et qu'on doit redistribuer périodiquement. En outre le sol des grandes villes s'affaisse, de plusieurs centimètres par an, en raison des pompages excessifs d'eau potable ou opérés à l'occasion des grands chantiers de construction qui détruisent l'équilibre physique du sol. Tokyo, Nagoya, Osaka en souffrent particulièrement.
Les typhons sont les plus violents. Août, septembre et octobre sont les mois les plus meurtriers, et c'est l'Ouest qui en souffre le plus. Les hommes protègent leurs habitations en les entourant de hautes murailles (Shikoku) ou de haies. Celles-ci abritent également des vents d'hiver qui balaient, chargés de neige, toute la façade sur la mer du Japon, ou, secs et glacés, la plaine du Kanto. Typhons et vents estivaux amènent d'énormes précipitations (souvent jusqu'à 200 mm pour un typhon) qui gonflent brusquement les cours d'eau. Et l'on a enregistré 1 000 mm de pluie en deux jours, en septembre 1971.
La fonte des neiges au printemps entraîne des dégâts identiques, mais c'est surtout à l'état solide que la neige est coûteuse pour les installations humaines, coupant routes et voies ferrées, bloquant les trains, effondrant les constructions et ensevelissant les villes (Hokuriku) sous un manteau humide durant de longues semaines. Réduites en eau, les neiges se dirigent vers l'aval rapidement (comme font aussi les eaux de pluie qui se déversent lors des typhons ou durant la « pluie des prunes »), déchaussant les piles des ponts, brisant leurs digues et recouvrant les rizières d'une couche de débris.
Parmi les autres violences dues au climat japonais, il faut citer les sécheresses prolongées qui frappent toujours quelque région, les étés anormalement frais qui ruinent la récolte de riz dans le Nord, les brumes estivales de l'est de Hokkaido, qui ont le même effet, les gelées tardives ou précoces réduisant dangereusement la période végétative. C'est de fait comme une terre peu hospitalière que doit être considéré le Japon. En dépit de la douceur que les peintres et les poètes ont chanté à l'envi, ces cataclysmes s'acharnent d'une façon brutale ou sournoise sur les constructions humaines, obligeant à un constant réaménagement du paysage occupé. La mise en valeur du pays est ainsi une œuvre jamais achevée et toujours menacée par les éléments. On ne saurait comprendre la géographie humaine du Japon, sans prendre la mesure au départ de ce trait fondamental de sa géographie physique.
Par leurs variations régionales, le relief, le climat, les paysages végétaux et les sols,et les excès de la nature définissent des régions naturelles où les types de temps, les formes de la topographie, les plantes et leur mode de culture s'associent de façon durable et fixe. Ces régions naturelles diffèrent des régions géographiques en ce que les hommes ont pu créer dans des conditions naturelles semblables des paysages différents, ou qu'inversement ces paysages se retrouvent identiques, ceux de la rizière par exemple, à travers des zones de reliefs, de sols ou de climats divers. Des limites naturelles jouent ici un certain rôle : le thé s'arrête ainsi au parallèle de Niigata, le mûrier au nord du Kanto, alors que le riz est en théorie cultivable partout ; ailleurs, les pentes trop raides ne se laissent pas niveler en terrasses ; ou encore, la neige ou le gel arrêtent la végétation en hiver et interdisent une culture secondaire alternant avec le riz.
Le Tohoku et Hokkaido ont en commun leur hiver long et froid, donc une période végétative brève. La fonte des neiges y alimente les cours d'eau dès le printemps. Le relief y compartimente étroitement les plaines, ce qui a favorisé le développement de communautés humaines poursuivant isolément la mise en valeur du territoire qui leur était échu. Cet isolement se retrouve à son degré maximal entre le Tohoku et Hokkaido, séparés par le détroit de Tsugaru, que balaie en hiver un vent violent.
Quatre régions naturelles se distinguent aisément dans ce Nord japonais. Le nord-est de Hokkaido forme la région la plus isolée et la plus ingrate du pays. Les hivers y sont interminables, les étés frais et brumeux. Avec des sols marécageux ou durcis par le gel, la région est hostile, avec ses vastes forêts de pins que l'homme défriche à grand-peine. À l'ouest d'une ligne cap Soya - cap Erimo, le relief s'adoucit ainsi que le climat, de belles plaines ouvrent le pays, un été bref mais chaud permet la riziculture et de belles forêts de feuillus alternent avec la taïga. L'ouest du Tohoku reçoit de plein fouet la mousson neigeuse, compromettant toute culture hivernale. Enfin, au contraire, dans le Centre et sur le Pacifique, sous un climat continental froid et sec, avec un hiver rude mais ensoleillé et un été chaud et humide, de longs couloirs méridiens propres à la circulation constituent un milieu plus favorable.
Correspondant au centre de Honshu, elle se divise nettement aussi en quatre régions.
La plaine du Kanto est la plus vaste du pays (7 000 km2). Plate et d'un seul tenant, balayée en hiver de vents glacés, elle est moyennement arrosée en été, mais les typhons ne l'épargnent pas.
Plus au sud, dans le centre de Honshu, le Chubu oppose deux façades bien différentes à un centre montagneux et fermé. Sur le Pacifique, au sud de Tokyo jusqu'à Nagoya, le littoral du Tokai forme un merveilleux adret ouvert au sud-est et échelonne plaines et collines en une succession d'expositions favorables bien que l'hiver y demeure sec et froid. Il s'adosse à la massive région du Tosan, où quelques bassins fermés (Kofu, lac Suwa, Matsumoto, Nagano, Takayama) s'ouvrent au milieu de hauteurs. Le climat est fortement continental et la forêt couvre ici d'immenses superficies.
Sur la mer du Japon enfin, les belles plaines du Hokuriku, Niigata, Toyama, Kanazawa, et Fukui alternent avec des sections montagneuses. L'enneigement hivernal leur donne une unité relayée en été par la présence uniforme des rizières. Sur la côte de la mer du Japon, plages, dunes et promontoires se succèdent.
Si on franchit l'échine de hauteurs moyennes courant depuis la baie de Wakasa, sur la mer du Japon, jusqu'à celle d'Ise, sur le Pacifique, on entre, à l'O., dans un milieu naturel bien différent. Le relief s'adoucit et se morcelle. Les grands horizons des plaines sont ici absents, de même que les hauteurs majestueuses du mont Fuji ou des monts Hida. Les plaines demeurent à l'échelle humaine, cernées de montagnes peu élevées. Le climat est lui aussi plus modéré, à l'exception des typhons qui ravagent les côtes à la fin de l'été. L'hiver reste doux, et la neige est presque absente. Lumière et chaleur s'affirment ici avec plus de force et, pour chacun ici, l'Ouest a une résonance tiède et lumineuse.
Trois régions naturelles, parallèles, longitudinales peuvent y être distinguées.Le littoral de la mer du Japon prolonge à l'O., sur 500 km, le milieu naturel du Hokuriku, d'une façon moins excessive toutefois. C'est le Sanin, où une succession de petites plaines, très isolées, séparées de courts promontoires, souvent prolongés au large en îlots et récifs, reçoit en hiver au moins un mètre de neige. La chaîne axiale du Chugoku isole cette région du bassin de la mer Intérieure, qui forme sur 450 km de long et 60 km de large environ, un ensemble de rivages et d'îles très homogène, depuis la plaine du Kansai jusqu'au nord de Kyushu. La sécheresse estivale et la clémence des hivers, la présence de la mer qui ferme tous les horizons confèrent une grande douceur à ces paysages, où l'olivier apparaît parfois.
Au S., groupant les sections méridionales de la presqu'île de Kii, de Shikoku et de Kyushu, s'étend le Japon pénétropical, à tous égards un monde à part au sein de l'archipel. Des plaines peu étendues alternent avec des hauteurs abruptes et massives (monts de Totsugawa, de Kochi, de Miyazaki) souvent volcaniques (Aso, Kirishima), couvertes d'épaisses forêts ou portant des sortes de pâturages. Sur la côte, des plages étroites succèdent à de hautes falaises battues des typhons.
Dans le sud de Kyushu, la mer a envahi un champ de fractures, et le sud-ouest de l'archipel s'émiette littéralement dans la mer. Le climat surtout individualise cette région. Un été chaud et prolongé est la saison dominante. Très pluvieux, il se termine par des typhons. L'hiver est doux, le printemps précoce. Une végétation exubérante règne dans les creux, caractérisée par le magnolia, le palmier et le bananier (qui ne porte pas de fruits). La proximité de la mer, l'absence presque totale de neige, la touffeur uniforme qui règne de mai à octobre définissent un milieu naturel véritablement original au Japon. Vers Fukuoka, la neige hivernale réapparaît, tandis que persistent les caractères estivaux. Cette région se soude ici directement au Sanin, encadrant complètement avec celui-ci le bassin de la mer Intérieure.
En 2001, le Japon comptait 126,9 millions d'habitants (9e rang mondial), soit 338,8 hab./km2 (5e rang, si l'on exclut certains micro-États). La moitié de la population vit à moins de 50 km du centre deTokyo (30 millions d'habitants), d'Osaka (16 millions) et de Nagoya (9 millions), qui forment la « mégalopole du Tokaïdo ». Avec ses extensions vers Fukuoka (années 1950-1970) et, plus récemment, vers Sendai, le Tokaïdo a donné naissance à la « mégalopole du Pacifique », qui concentre aujourd'hui 75 % de la population japonaise et 90 % du P.I.B.
Le déséquilibre est grand entre la mégalopole et les zones marginales du nord-ouest de Honshu (L'« Envers du Japon »), mais aussi avec les autres îles (Shikoku, Kyushu et Hokkaido), où certaines régions sont en voie de dépeuplement. Les plans d'aménagement du territoire destinés à disséminer l'industrie lourde pendant la période dite de « haute croissance » n'ont guère réussi à renverser la situation en faveur d'un rééquilibrage. La construction des trains à grande vitesse, le Shinkansen (depuis 1964), a surtout permis d'intégrer l'espace mégalopolitain et de l'étendre vers le nord et le sud-ouest. Les projets high-tech des années 1980 (Technopolis, Intelligent Cities…) prétendent abolir le handicap de l'isolement grâce aux nouvelles technologies de la communication. En pratique, ils vont surtout boucher les trous qui subsistent çà et là dans la mégalopole, et favoriser son extension à sa périphérie.
L'archipel montre des traces de peuplement depuis 500 000 avant J.-C. La mythologie nationale fait du peuple japonais une « ethnie unique » (tan'itsu minzoku). En réalité, il mêle des apports venus d'Asie centrale par la péninsule de Corée, du bassin du Yangzi Jiang et des îles du Sud. L'immigration coréenne est attestée jusqu'au VIIIe s. (En 2002, l'empereur Akihito rompt un tabou en évoquant une « parenté » entre la lignée impériale et la Corée.) Entrées par l'île de Kyushu, ces populations ont progressé vers le nord en refoulant des groupes autochtones (les Aïnous et les mystérieux Emishi) jusqu'à Hokkaido, qu'elles atteignent au Xe s. mais qu'elles ne coloniseront qu'au XIXe s.
L'archipel aurait compté 300 000 habitants au début de notre ère, 7,5 millions vers l'an 1000, et le double, probablement, vers 1500. Sous les Tokugawa, la paix permet une rapide croissance démographique (1730 : 27 millions ; 1846 : 31 millions), qui explose à partir de l'ère Meiji (1900 : 44 millions ; 1940 : 72 millions). L'État encourage alors le peuplement de Hokkaido, la colonisation extérieure (Mandchourie, Corée) et l'émigration (Hawaii, Amérique du Sud). Après la défaite de 1945, le contrôle des naissances par l'avortement est encouragé (loi eugénique de 1948). Mais la population va encore croître de 74 % en quarante-cinq ans, d'abord à cause du baby-boom de l'après-guerre (taux de natalité : 28 ‰ en 1950), puis à cause de l'allongement de l'espérance de vie. Cette vitalité démographique a été un élément majeur du développement économique. Mais, aujourd'hui, les Japonaises ne font plus en moyenne que 1,35 enfant dans leur vie ; le taux de natalité s'effondre (13,6 ‰ en 1980, 9,5 ‰ en 2000) alors que le vieillissement très rapide commence à faire remonter la mortalité (6,2 ‰ en 1980, 7,7 ‰ en 2000). En conséquence, la population devrait plafonner d'ici quelques années, et le solde naturel devrait devenir négatif vers 2010.
Grâce, notamment, à leur régime alimentaire, l'espérance de vie des Japonais était la plus forte du monde en 2000 : 77,6 ans pour les hommes, 84,6 ans pour les femmes. Combinée avec l'effondrement de la natalité, cette longévité entraîne un vieillissement très rapide de la population. En 2005, pour la première fois, le nombre d'habitants a diminué. En 2025, le Japon pourrait être le pays le plus vieux de la planète : 27 % de ses habitants devraient alors avoir plus de 65 ans (17,2 % en 2000). Cette évolution risque de peser lourdement sur l'économie et le dynamisme national, et relance le débat sur l'immigration.
Par principe, le Japon refuse l'immigration. Il a maintenu cette politique malgré un marché du travail extrêmement tendu depuis la fin des années 1950 jusqu'à la crise des années 1990. Les Coréens, dont 2,4 millions ont été contraints de venir travailler au Japon, pendant la colonisation de leur pays (1910-1945), et auxquels les Américains ont octroyé en 1946 le droit de résidence permanente pour ceux qui le souhaitaient (environ 600 000), ont longtemps été la seule communauté étrangère significative. En 2000, ils formaient encore 37,7 % des 1 686 000 résidents étrangers officiellement recensés (1,1 % de la population). En dépit des principes, le nombre des immigrés s'accroît (1991-1996 : +18 %), notamment pour occuper les emplois « 3K » (sales, durs et dangereux), dont les Japonais ne veulent plus. Les autorités ont dû assouplir leur politique, en permettant, depuis 1990, aux descendants d'émigrés japonais (nikkeijin) de venir travailler librement dans l'archipel et en tolérant la présence de plusieurs centaines de milliers de clandestins. En 2000, les Asiatiques non coréens formaient un tiers des résidents étrangers (dont les Chinois : 20 %), et les nikkeijin, 18 %. L'intégration s'améliore : en 1999, les mariages mixtes comptaient pour plus de 3 % des unions. Les étrangers sont parfois admis dans les emplois publics locaux ; il est même question de leur accorder le droit de vote aux élections municipales.
Environ un million de Japonais se sont expatriés après le début de l'ère Meiji (1868). Leurs descendants sont surtout nombreux aux États-Unis et en Amérique latine, notamment au Brésil (1,3 million) et au Pérou. Au cours des années 1990, une nouvelle vague d'émigration s'est peu à peu formée, au point que le Japon est aujourd'hui le seul grand pays développé dont le solde migratoire net est négatif. En 2000, les consulats japonais à l'étranger recensaient 811 712 citoyens japonais résidant hors de l'archipel (en augmentation de 10 % en cinq ans), dont 36 % aux États-Unis, et plus de 25 000 en France.
Les Japonais ont une image de leur nation extrêmement prégnante. Le cœur en est le concept de kokutai (« corps national »). La race japonaise serait pure, homogène depuis la nuit des temps, et sa lignée impériale remonterait à la déesse Amaterasu. Le Japon serait, en quelque sorte, une « nation organique » (« Cent millions d'hommes, une seule pensée »), à la différence des nations occidentales, fondées sur un contrat (la loi) négocié entre des groupes divers. La nation et l'État se confondraient ainsi dans un « État-famille », que la démocratie représentative dénaturerait. Il en résulterait une supériorité multiforme : des vertus personnelles et civiques (zèle, frugalité, patience ; consensualité, respect, obéissance) et une éthique qui transcende le matérialisme. Mais sa différence exposerait sans cesse le Japon aux agressions du monde extérieur, contre lequel il doit protéger son kokutai. Cette idéologie a été mise à mal par la défaite de 1945, la démocratisation et l'ouverture sur le monde, mais elle nourrit encore une abondante littérature (le nihonjinron) et certains aspects des mentalités collectives.
La société japonaise se caractérise par la structuration de très nombreux champs d'activité en groupes de type semi-familial, hiérarchiques et autoritaires, mais aussi très conviviaux. L'individu y est parfois qualifié de « contextuel », dans la mesure où il apparaît second par rapport aux obligations qui découlent de son appartenance à ces groupes. On qualifie ceux-ci de « verticaux », par opposition aux groupes « horizontaux » (classes sociales), qui prédomineraient en Occident. Ils ont conféré au Japon une très forte capacité de mobilisation et d'organisation, pour la guerre comme pour la paix. Mais, depuis les années 1980, les défauts de ce modèle sont de plus en plus apparents (étouffement de l'initiative personnelle et de la créativité, faible notion du bien public, confiscation de la décision, gérontocratie). Le système des valeurs traditionnelles se délite, et les conduites sociales se rapprochent de celles de l'Occident (montée du célibat et du divorce, dont on compte désormais un pour trois mariages). La critique est virulente contre la « société corsetée » (kanri shakai), ses gardiens (l'Administration) et, même, ses symboles comme l'emploi à vie. La vogue du terme « réseau » (nettowaku) symbolise l'évolution vers un modèle social fondé sur des appartenances changeantes et librement consenties. La crise que le pays traverse depuis le début des années 1990 a aussi provoqué une profonde crise de confiance envers les élites traditionnelles (classe politique, haute administration).
La première révolution industrielle, à l'ère Meiji, répond au défi de l'arrivée des Occidentaux. Son but est la sécurité et la puissance de la nation (« Un pays riche, une armée forte »). Faute d'une classe d'entrepreneurs assez puissante, elle est mise en œuvre par l'État, qui crée un « capitalisme sans capitalistes ». Les quatre grands conglomérats, ou zaibatsu, qui se développent alors (Mitsui, Mitsubishi, Sumitomo et Yasuda) restent étroitement liés à l'Administration. Ces caractéristiques perdureront pendant tout le XXe s. Après la défaite de 1945, la pulsion nationaliste de la politique industrielle est renforcée par la crainte de voir les Américains désindustrialiser le pays (démantèlement des zaibatsu, qui se recomposeront en réseaux plus lâches, les keiretsu). Le rôle de l'Administration, à qui il revient de répartir des ressources devenues très rares (matières premières, devises), est encore renforcé.
Grâce à la guerre de Corée, la production industrielle retrouve son niveau d'avant la guerre en 1950. La décennie suivante voit la mise en place du « modèle japonais » en matière de relations du travail (syndicats d'entreprise, emploi à vie, avancement à l'ancienneté) au terme de conflits sociaux très durs. Les années 1960-1972 sont celles de la « haute croissance » le P.I.B. quintuplant. Ce « miracle japonais » repose principalement sur l'industrie lourde et sur le marché intérieur. Malgré des percées à l'exportation (motos, appareils de photo, construction navale), le commerce extérieur reste déficitaire jusqu'en 1964, puis très faiblement excédentaire (1970 : +2 milliards de dollars). En 1968, le Japon supplante la R.F.A. (République fédérale d'Allemagne) et devient la deuxième puissance économique du monde libre.
Avec la crise due au premier choc pétrolier (1974-1976), la priorité est donnée à une nouvelle génération d'industries (machines-outils, automobiles, électronique) qui bénéficient de méthodes de production révolutionnaires : flux tendus (« zéro stock »), contrôle de qualité permanent (« zéro défaut »). Elles sont le fer de lance d'une stratégie d'exportation à outrance, qui assure au Japon une croissance annuelle de près de 5 % et en fait une très grande puissance commerciale (2 milliards de dollars d'excédent en 1970, 96 milliards en 1987) au prix de frictions croissantes avec les États-Unis. En 1985, ceux-ci l'obligent à réévaluer très fortement le yen (accord du Plaza). L'endaka (« yen cher ») gêne un temps les exportations japonaises, mais fait du pays une puissance financière majeure : ses investissements à l'étranger quintuplent en trois ans, et le Japon devient le premier créancier mondial. En 1990, son P.I.B. dépasse ceux de l'Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne réunis.
À partir de 1985, la surabondance de liquidités engendrée par les excédents commerciaux et l'endaka fait gonfler une « bulle » spéculative. Les actifs immobiliers et boursiers triplent de valeur en cinq ans. Ce gonflement sans aucun rapport avec l'économie réelle aboutit à une catastrophe : en 1990, la Bourse de Tokyo s'effondre. L'indice Nikkei chute de 40 000 à 15 000 points, et ne se relève pas. Les banques, qui avaient prêté à tout va, se retrouvent écrasées par une masse de mauvaises créances (équivalente peut-être à 4 000 milliards de francs). À partir de 1992, la crise gagne l'industrie, qui se trouve confrontée à une double concurrence : d'un côté celle des États-Unis qui retrouvent leur dynamisme étiolé pendant la décennie précédente, et de l'autre celle des nouveaux pays producteurs de l'Asie en développement, notamment la Chine. Les grandes entreprises japonaises, déjà ébranlées par l'éclatement de la « bulle », découvrent qu'elles ont perdu une partie de leur compétitivité. La débâcle du système financier se transforme en une longue récession qui révèle le vieillissement du « modèle japonais » et son inadaptation aux changements imposés par la mondialisation de l'économie.
Dans le même temps, les États-Unis, libérés par la fin de la guerre froide, exercent sur Tokyo des pressions très fortes (négociations Structural Impediment Initiative : 1989-1991) et forcent le Japon à engager un processus d'ouverture de son économie, qui jusque-là s'était développée en grande partie à l'abri de la concurrence internationale. La crise asiatique qui éclate en 1997 aggrave encore la situation du pays, dont l'Asie est le premier marché d'exportation. Aujourd'hui, le Japon doit restructurer en profondeur son économie : délocaliser une partie de ses activités vers les pays voisins à main-d'œuvre bon marché, se recentrer sur une nouvelle génération d'industries et de services de très haute technologie et à très forte valeur ajoutée, et diminuer partout les coûts de production pour rétablir sa compétitivité. Le coût social est de plus en plus élevé : le Japon fait connaissance avec les « plans sociaux » à grande échelle. Plus de deux millions d'emplois industriels ont été supprimés entre 1993 et 2001, et près de 350 000 petites entreprises et commerces ont disparu dans le même temps. Le taux de chômage officiel, qui n'était que de 2 % en 1990, atteint 5,6 % au début de 2002 (soit 3,7 millions de chômeurs) ; c'est le plus haut niveau enregistré depuis cinquante ans, mais le taux réel pourrait être presque double.
Entre 1992 et 2002, le taux de croissance moyen n'est que de 0,55 % par an (États-Unis : 3,6 % ; France : 1,7 % ; Chine : 10,5 %). Depuis 1998, le Japon est en récession quasi continue : - 2,5 % en 1998, 0,2 % en 1999, - 0,9 % en 2000, - 1,3 % en 2001. Au début de 2002, les autorités redoutaient de voir toute l'économie s'engager dans une spirale déflationniste incontrôlable, avec une baisse simultanée des prix, de la consommation, des profits, des investissements et de la production.
En 1945, les paysans formaient 42 % de la population active, et 80 % d'entre eux vivaient dans une très grande précarité. En 1946, une réforme agraire leur a redistribué 2 millions d'hectares de terres agricoles. La petite paysannerie propriétaire ainsi reconstituée est un soutien inébranlable du parti libéral-démocrate (P.L.D.). Celui-ci la soustrait aux lois du marché et la subventionne. Le consommateur paye ainsi très cher les produits alimentaires. Mais cette protection permet aux agriculteurs de subsister malgré la petitesse des exploitations (1,5 hectare en moyenne), avec un niveau de vie supérieur à celui des salariés. En 2000, le Japon dénombrait encore 2 337 000 exploitations agricoles (contre 5 375 000 en 1946), sur lesquelles vivaient 10 467 000 personnes. Mais l'agriculture ne comptait plus que 1,2 % du P.I.B. et les agriculteurs ne représentaient plus que 4,1 % des actifs ; en outre, 46 % d'entre eux avaient plus de 65 ans et un très grand nombre d'entre eux n'auront pas de successeurs.
Le riz ne représente plus en valeur que le quart de la production agricole. L'essentiel de la production est achetée par l'État, qui la revend à perte. Comme la consommation diminue (95 kg par habitant par an en 1970, 70 en 1990, 65 en 2000), celui-ci accumule des stocks et encourage à réduire la production (9,5 millions de tonnes en 2000) au profit de produits alimentaires à plus forte valeur ajoutée et plus proches des goûts de consommateurs qui « s'occidentalisent ». Les cultures maraîchères et fruitières représentent désormais un tiers de la production en valeur, et l'élevage 27 % (porc et poulet surtout). Les fleurs représentent 5 % de la production agricole (en valeur), les autres cultures (pommes de terre, blé, thé...), 7 %.
Le parti libéral démocrate (P.L.D.), qui gouverne le Japon depuis 1955, insiste sur la « sécurité alimentaire » du pays pour justifier les protections dont il entoure les agriculteurs, qui constituent son électorat le plus fidèle. Mais, en 1999, le pays ne produisait plus que 40 % des calories consommées par sa population (contre 79 % en 1960), en raison du changement des habitudes alimentaires et du recul des surfaces cultivées. Cette évolution est d'autant plus irréversible que depuis le début des années 1990, la mondialisation oblige le Japon à lever peu à peu les protections. Même le marché du riz est aujourd'hui entrouvert, et le Japon est désormais le plus gros importateur mondial de produits agricoles.
Tout laisse augurer une restructuration de grande ampleur de tout le secteur agricole japonais à moyen terme, accompagné d'une forte concentration des exploitations. Mais le choc social sera amorti, car la plupart des foyers recensés comme « agriculteurs » sont en réalité déjà reconvertis : en 2000, 82 % de leurs revenus provenaient d'autres sources que la terre (beaucoup de paysans, par exemple, sont salariés dans les P.M.E. locales).
Les Japonais tirent de la mer 40 % des protéines animales qu'ils consomment, sans compter les algues : environ 25 % proviennent de l'aquaculture. Jusqu'en 1989, le Japon était au premier rang mondial pour la pêche, mais depuis, ses prises n'ont cessé de diminuer. La surexploitation des eaux territoriales et la réglementation internationale contre ses méthodes de chalutage souvent ravageuses l'ont fait rétrograder derrière la Chine et le Pérou. Le pays a dû accroître ses importations qui constituent, à elles seules, plus de 30 % des importations mondiales de poisson. À côté de la pêche industrielle, le Japon compte 270 000 petits pêcheurs (2 150 000 personnes avec leurs familles). Le P.L.D. protège cet électorat avec le même soin que celui porté aux agriculteurs – notamment en s'opposant aux limitations de la pêche à la baleine.
Le secteur industriel représentait 21 % du P.I.B. et 20,5 % de la population active en 2000. D'après les prévisions de l'Administration, il devrait se maintenir autour de ce niveau vers 2010.
Les ressources minérales sont rares et généralement peu abondantes (or, cuivre, étain, zinc). En 1998, le Japon n'exploitait plus en quantité significative que du charbon (3,8 millions de tonnes). Comme il doit importer la quasi-totalité des matières premières qu'il consomme, son industrie est allée très loin dans la voie des économies (notamment en matière d'énergie) dès les années 1970. Cette nécessité explique aussi l'effort accompli dans le domaine du nucléaire civil (25 % de l'énergie produite en 1992, 30 % en 1996, depuis ce taux est resté le même), pour lequel le Japon est le seul pays à poursuivre dans la voie des surgénérateurs, avec l'espoir de s'affranchir un jour d'une dépendance qui le rend vulnérable. Mais une opposition croissante des populations locales ne permet plus guère désormais d'envisager la construction de nouvelles centrales.
La logique de sécurité et de puissance nationales qui a commandé sa politique industrielle explique que le Japon possède aujourd'hui, sur son territoire, une gamme d'industries quasi complète, sauf dans le domaine de l'aéronautique, démantelé par les Américains après 1945. En 1999, les industries lourdes et de première génération représentaient encore près du tiers de la valeur de la production manufacturière (chimie et dérivés : 15,3 % – en hausse ; sidérurgie et métallurgie : 11 % – en baisse ; céramique : 3 % ; textile : 1,1 % – en baisse…), contre 45 % pour les industries de deuxième génération et de haute technologie, qui ont fait du Japon une superpuissance exportatrice (matériel électrique et électronique : 18,8 % ; automobile et matériel de transport : 15,1 % – en hausse ; machines-outils et de précision : 11,1 %) et 22 % pour l'industrie légère (agroalimentaire : 12 % ; imprimerie et édition : 4,5 % ; confection : 1,3 %). La même logique de sécurité explique le retard en matière de délocalisation : en 1995, les firmes japonaises n'effectuaient que 6 % de leur production à l'étranger, contre 24 % pour leurs concurrents américains. Le rattrapage de ce retard est désormais en cours, imposé par la mondialisation de l'économie, mais il s'accompagne de la montée du chômage et nourrit la crainte d'un « évidement » (kudoka) de l'archipel.
La production industrielle est concentrée dans trois pôles, dont le poids relatif a beaucoup changé depuis le début de la « haute croissance ». En 1955, les régions du Kanto (Tokyo) et du Kansai (Osaka-Kobe-Kyoto), en assuraient chacune 20 %. En 1998, le Kanto en assurait désormais le tiers, alors que le Kansai, desservi par le déclin relatif de ses industries lourdes, avait reculé (11 %) et se trouvait dépassé par le Tokai (région de Nagoya), bastion de l'automobile (13,6 %). Le Setouchi (6,5 %), dans le sud-ouest de Honshu (Okayama, Hiroshima, Yamaguchi), a vu fleurir les gros combinats littoraux pendant les années 1960. L'île de Kyushu, d'abord vouée à l'industrie lourde à cause de son charbon (mines de Miike), est devenue, dans les années 1980, la principale zone de fabrication de composants électroniques ; elle représentait 10 % de la production mondiale en 1994, mais elle est aujourd'hui durement atteinte par la concurrence américaine et asiatique.
Moins du tiers des salariés de l'industrie travaillent dans des entreprises de plus de 200 salariés, où ils bénéficient plus ou moins de l'emploi « à vie ». Mais 56 % travaillent dans des P.M.I. de moins de 100 salariés, où les conditions sont moins bonnes, surtout au dernier échelon de la sous-traitance (256 000 entreprises de moins de 20 salariés emploient 21 % de la main-d'œuvre), et plus encore dans les quelque 250 000 ateliers familiaux qui emploient moins de quatre personnes. Cette dualité a toujours conféré à l'industrie japonaise plus de flexibilité pour les salaires et la main-d'œuvre que l'existence de l'emploi « à vie » ne le laisse penser.
En démantelant les zaibatsu, les Américains ont interdit les holdings et limité strictement l'entrée des banques dans le capital des entreprises. En 1990, deux tiers de la capitalisation boursière étaient détenus par les six keiretsu (25 %), selon un système de participations croisées, ou par des investisseurs institutionnels sous la tutelle plus ou moins étroite de l'Administration (45 %). Les entreprises pouvaient donc agir selon leur logique propre (priorité à l'investissement productif) en accord avec la politique définie par l'État, à la différence des entreprises américaines soumises à des actionnaires soucieux de profit immédiat. Les banques, sous la tutelle du ministère des Finances, étaient tenues de leur prêter en abondance et à bon marché, en échange de la garantie de l'État. Mais l'éclatement de la « bulle » spéculative, l'ouverture du marché financier aux capitaux étrangers (4 % de la capitalisation boursière en 1990, plus de 13 % en 2000), la levée de l'interdiction des holdings depuis 1997 et le vote de lois qui donnent un peu plus de pouvoirs aux actionnaires annoncent des changements, dont il est toutefois douteux qu'ils fassent des entreprises japonaises des entités vouées toutes entières à la « création de valeur » pour le profit des actionnaires.
L'Administration japonaise a toujours considéré la « concurrence excessive » comme un obstacle à sa politique économique et au bon ordre de la nation. Elle organisait ouvertement la limitation de la concurrence en réglementant les prix dans de nombreux secteurs, sous forme de cartels de branches que la loi autorisait dans les circonstances les plus diverses, ou par le biais de discrètes « directives administratives ». Dénoncées depuis longtemps par les industriels étrangers, ces pratiques apparaissent de moins en moins compatibles avec la mondialisation. Depuis 1997, les lois qui autorisaient la formation des cartels ont été abolies et les prix sont de plus en plus libérés, mais il s'en faut encore de beaucoup pour que l'Administration ait renoncé à intervenir dans la vie économique.
En 2000, le Japon comptait 585 000 entreprises de construction qui employaient 6,5 millions de salariés (10,1 % de la population active). Le seul secteur des travaux publics représentait 7,2 % du P.I.B. en 2000, soit plus du double qu'en France et cinq fois plus qu'en Grande-Bretagne. C'est l'un des secteurs où la mafia japonaise (yakuza) exerce une influence importante. Il a une importance vitale pour le P.L.D., pour lequel les entreprises de construction sont à la fois une source essentielle de financement et des agents électoraux très actifs. Les travaux publics, financés essentiellement par les impôts des mégapoles mais qui bénéficient principalement aux préfectures rurales, constituent par ailleurs un moyen de redistribution des revenus. Les effets négatifs de cette situation (travaux démesurés et surfacturés) sont très critiqués depuis le début de la récession.
Les services fournissaient plus de 60 % du P.I.B. et employaient 63,6 % de la population active en 2000. Traditionnellement, de nombreuses activités liées à ce secteur avaient une productivité médiocre et une main-d'œuvre trop abondante. C'était un des moyens qui permettaient de maintenir le taux de chômage très bas, tout en assurant à l'usager une grande qualité de service. Mais la crise actuelle oblige à revoir ce mode de fonctionnement.
La distribution se caractérise par la complexité de ses circuits, dénoncée par les importateurs étrangers, qui y voient un obstacle, mais aussi par son atomisation. En 1991, on recensait 1,39 million de points de vente (1 pour 90 habitants, contre 1 pour 220 habitants aux États-Unis), dont 1,26 million de petites boutiques qui ne réalisaient que 18 % des ventes. Beaucoup sont des pop and mom stores tenus par un couple âgé. Le P.L.D. les a très longtemps protégés en entravant l'essor de la grande distribution. Mais, en 1991, sous la pression américaine, la loi a été revue. Depuis, les boutiques disparaissent par dizaines de milliers chaque année. Mais les groupes de la grande distribution, trop longtemps empêchés de se développer, n'ont pas résisté au tassement de la consommation depuis 1998 : trois des quatre plus grands dans ce secteur ont fait faillite entre 2000 et 2002, alors que les grands groupes étrangers (Carrefour, Wal-Mart) prenaient pied au Japon.
Le secteur de la finance (banque, assurance, courtage) s'est développé dans un contexte étranger aux lois du marché, sous la tutelle de l'Administration, qui attendait de lui qu'il serve sa politique économique. En échange, les établissements étaient implicitement garantis contre la faillite, et pouvaient spéculer librement dans des secteurs très peu surveillés (prêts usuraires via des organismes non bancaires, manipulations boursières). Une réglementation tatillonne bridait toute concurrence, entraînant un lourd retard technique (faible productivité, faible sophistication des produits). Ce retard, et l'absence de toute capacité à apprécier les risques dans un environnement totalement protégé et réglementé ont conduit à la catastrophe de 1990. Ravagé par l'éclatement de la « bulle » spéculative et les scandales qui ont suivi, le secteur a bénéficié en 1998 d'une injection massive de fonds publics qui n'a pourtant pas suffi à assainir les bilans des établissements. Le secteur a dû s'ouvrir à la concurrence mondiale depuis 1997 (réforme dite « big bang ») et à des alliances avec des opérateurs étrangers. Une restructuration de grande ampleur est en cours : sept des dix-huit compagnies d'assurance-vie ont fait faillite en 2000-2001, et tout le secteur bancaire se réorganise par fusions autour de quatre établissements géants. Mais les établissements financiers ne retrouveront pas la santé tant qu'une solution n'aura pas été trouvée pour liquider la masse gigantesque des mauvaises créances (100 000 milliards de yens ?) qui l'empêchent aujourd'hui d'assurer normalement ses fonctions au service de l'économie.
Les grandes entreprises d'électricité et de chemins de fer (grandes bénéficiaires de la privatisation des Japan National Railways en 1987) se sont largement diversifiées et constituent, à côté des keiretsu, dont elles ne relèvent pas, un pilier essentiel du monde des affaires. Les transports se caractérisent aussi par le système perfectionné du takyubin, transport routier ultrarapide de colis porte à porte.
L'économie du Japon repose d'abord sur son marché intérieur. Les échanges extérieurs ne comptent guère que pour 8 à 9 % du P.I.B., trois fois moins qu'en France. Le commerce japonais est resté déficitaire jusque après 1965. Ses excédents ont explosé à partir du premier choc pétrolier, passant de 3,5 à 60 milliards de dollars pour ce qui est des échanges avec les États-Unis (1975-1985), et de 3 à 34 milliards avec l'Europe (1975-1991). Depuis, ils ont contribué de manière décisive à la puissance économique de l'archipel. De plus, l'exportation est vitale pour les industries qui « tirent » la croissance, comme l'automobile, les machines-outils et l'électronique.
En 1999, les exportations se composaient aux trois quarts de biens d'équipement et de consommation. Les composants et le matériel électronique et de télécommunications (16,5 %) reculaient sous l'effet de la concurrence asiatique, alors que l'automobile et les matériels de transport (20 % avec les pièces détachées) se maintenaient bien. Le textile, qui représentait 30 % des exportations en 1960, est devenu insignifiant (0,6 %). La sidérurgie et la chimie, très importantes en 1970 (26 %), n'ont plus désormais qu'un rôle mineur (13 %). La concurrence des pays émergents d'Asie dans le domaine de l'électronique et de l'automobile laisse prévoir que la part de ces secteurs va diminuer à son tour, au profit de biens de plus haute technologie.
La structure des importations s'est modifiée parallèlement. En 1960, les produits fabriqués ne comptaient que pour 22 %, contre 65 % pour les matières premières et l'énergie. En 2000, ils représentaient 61 % des importations, contre seulement 27 % pour les matières premières minérales et énergétiques. Ce pourcentage reste toutefois inférieur à celui des autres grands pays industriels (75-80 %). Il atteste un progrès dans l'ouverture du marché japonais, mais il est aussi lié à la délocalisation des entreprises japonaises, qui vendent aujourd'hui dans l'archipel des automobiles fabriquées dans leurs usines américaines ou des téléviseurs assemblés dans leurs usines de Malaisie.
Les États-Unis sont traditionnellement le premier partenaire commercial du Japon, qui effectuait avec eux la moitié de son commerce dans les années 1960. En 2000, ils comptaient encore pour 25 %, loin devant l'Europe occidentale (18 %). Mais, depuis 1990, les échanges avec l'Asie ont pris la première place. Ils représentaient 40,5 % du commerce japonais en 1996. Après un certain ralentissement consécutif à la crise qui a frappé la région en 1997, ils ont retrouvé leur vigueur, notamment en raison de la croissance soutenue de la Chine, qui s'est solidement installée comme le deuxième partenaire commercial du Japon (17,5 %). En 2000, sept des dix premiers partenaires commerciaux du Japon étaient des pays asiatiques : la Chine, puis Taïwan (3e), la Corée du Sud (4e), la Malaisie (6e), Singapour (7e), la Thaïlande (8e) et l'Indonésie (9e).
Les îles du Japon sont peuplées, dès avant le VIIIe millénaire avant notre ère, par des populations provenant probablement du continent nord-asiatique et qui étaient au stade du paléolithique supérieur (ou tout au moins mésolithique). On distingue dans la préhistoire du Japon plusieurs phases, la plus ancienne étant qualifiée de pré-Jomon ou précéramique. Lui succède une culture céramique de type particulier (à impressions de cordes, d'où son nom de Jomon), qui durera jusqu'au IIIe s. avant notre ère dans le sud du Japon, mais se continuera parfois jusqu'au Xe s. dans le Nord.
Cette longue période de « mésolithique attardé », au développement assez lent, est caractérisée par des poteries à fond plat ou pointu, décorées de reliefs sur leurs bords, et par l'utilisation d'un outillage de pierre. Ces objets appartiennent à des populations clairsemées de chasseurs-ramasseurs et de pêcheurs au harpon, demeurant dans des cabanes de bois à demi enterrées, rectangulaires ou rondes. Vers le milieu de la période (Ve-IV e millénaire avant notre ère), les poteries commencent de s'orner de décors fantastiques en relief et de figures anthropomorphes. La pierre polie se substitue progressivement à la pierre taillée, sans toutefois la supplanter complètement. Vers la fin de la période, la poterie se simplifie et apparaissent des mortiers plats en pierre, servant à broyer les graines alimentaires. On peut déjà discerner des éléments de cultes du foyer. Les techniques de chasse et de pêche se perfectionnent et des filets sont utilisés pour attraper le poisson.
Vers le IIIe s. avant J.-C., dans le nord du Kyushu, apparaît un nouveau peuple en provenance du sud de la Chine. Ces Yayoi (du nom d'un quartier de Tokyo où, en 1884, ont été découvertes les premières poteries : yayoishiki) apportent avec eux la technique de la culture du riz. Leur céramique, montée au tour et cuite à une température plus élevée, a des formes inspirées de la poterie des Han et de la Corée. Dans le même temps apparaissent, dans l'extrême nord des îles, des populations venues de Sibérie, apparentées aux Caucasoïdes, les Aïnous, qui se mélangent aux peuples Jomon attardés. Dans le reste des îles, les populations Jomon sont progressivement refoulées dans les montagnes par les néolithiques Yayoi, qui utilisent de nouvelles techniques : métallurgie du fer et du bronze, tissage, tour de potier, etc. Parmi les objets métalliques, on distingue des armes rituelles, des miroirs et des dotaku. Les paysans Yayoi sont organisés en petites communautés ou chefferies, dont le roi est en même temps le grand prêtre. Ils construisent des maisons d'un type nouveau inspiré de celles, sur pilotis, du sud de la Chine et enterrent leurs morts dans des cistes ou des urnes. De cette époque date probablement la « mongolisation » de la population, une certaine sinisation des mœurs et une organisation religieuse et politique particulière.
Vers le milieu du IIIe s. de notre ère, des groupes de cavaliers-guerriers venus de Corée pénètrent dans le Japon méridional et s'installent en maîtres. Ces familles « aristocratiques » s'imposent facilement aux paysans Yayoi et entrent en lutte contre les populations de « sauvages » réfugiées dans les montagnes et le nord des îles. Ces cavaliers-archers d'origine altaïque, bardés de fer et montés sur de grands chevaux, deviennent les chefs des communautés villageoises et les organisent en « États ». Ils se font inhumer dans des tumulus de très grandes dimensions appelés kofun, sous lesquels sont ménagées des chambres funéraires, dont certaines ont un plan en « entrée de serrure », qui semble particulier au Japon. Autour des tumulus sont rangés des cylindres de terre cuite (haniwa), parfois surmontés de représentations humaines ou animales. Ces guerriers apportent également aux paysans Yayoi de nouvelles croyances (chamanisme sibérien), des mythes et un schéma d'organisation sociale en clans. Ceux-ci, en se groupant, forment des sortes de royaumes qui ne tardent pas à entrer en lutte les uns contre les autres. Il n'y a pas alors de distinction politique entre les îles du Japon et le sud de la Corée : celle-ci ne se fera que plus tard, alors qu'à la suite des luttes internes un groupe de clans arrivera à dominer tous les autres dans les îles.
Le clan souverain du Yamato (région du sud de Kyoto), une fois sa position solidement établie, va prétendre à l'empire, et son roi (miyatsuko) prendra aussitôt le titre chinois d'empereur (tenno). Assez tardivement (en 712 et 720), les nouveaux empereurs, afin de légitimer leur emprise, font rédiger une « histoire » du Japon, faisant descendre leur lignée de la déesse du Soleil, Amaterasu. Les deux ouvrages ainsi rédigés à la gloire des tenno, le Kojiki et le Nihon Shoki, sont les seules sources (ou à peu près) que nous ayons pour établir une histoire du Japon avant l'arrivée du bouddhisme (venu de Corée vers 538). On y apprend qu'un empereur Jimmu, petit-fils d'Amaterasu, aurait fondé l'empire, que des guerres auraient opposé le Mimana (sud de la Corée) au Yamatai (nord de Kyushu ?), dans lesquelles se seraient illustrés l'« impératrice » Jingu et son fils Ojin. Le sud de Kyushu fut à son tour conquis sur les autochtones. Ces luttes provoquèrent un afflux considérable de Coréens au Japon, qui y apportèrent leurs mythes et croyances, ainsi que de nombreuses techniques nouvelles héritées des Chinois : tissage de la soie, écriture, poterie vernissée, architecture, doctrines confucéenne et taoïque, ainsi que des rudiments de culture chinoise. On date généralement de 538 (introduction officielle du bouddhisme coréen) le début de la période historique du Japon.
645 : le clan Nakatomi réussit à éliminer celui des Soga, alors tout-puissant, et établit un système de gouvernement calqué sur celui de la chine des Tang (code de l'ère Taika), un système d'« ères », et préconise une distribution idéale des terres aux paysans, assiette d'un système d'impôts inspiré de celui alors en vigueur en Chine.663 : défaite des troupes japonaises en Corée ; les liens politiques sont rompus avec le continent, mais de très nombreux Coréens accompagnent les Japonais dans leur retraite et s'établissent dans les îles.672 : l'empereur Temmu fait appliquer plus strictement le code Taika et entreprend de faire rédiger un code plus complet, celui de l'ère Taiho (701).
Six sectes bouddhiques, installées près de Nara et de la cour d'Asuka, imposent leurs conceptions, mais le peuple n'y a point de part.
710 : achèvement du code de l'ère Taiho, promulguant une nouvelle distribution des terres, précisant les droits et devoirs de chacun et instituant un système militaire et social nouveau.712 : rédaction officielle du Kojiki. La cour s'établit définitivement à Nara, abandonnant l'habitude de changer de lieu de résidence à la mort de chaque souverain. Les paysans, trop imposés, s'évadent des terres impériales pour se réfugier sur celles des seigneurs ou des monastères, ce qui affaiblit le pouvoir impérial au profit des chefs de clans et des communautés religieuses.741 : l'empereur Shomu fait construire des temples bouddhiques dans toutes les provinces, afin de prier pour la prospérité, ce qui affaiblit financièrement les chefs de clans obligés de participer à la dépense.743 : l'empereur permet la possession individuelle des terres nouvellement défrichées ; c'est l'origine des grands domaines féodaux. Épidémie de variole : pour apaiser les divinités, on élève un grand temple, le Todai-ji, à Nara (alors appelée Heijokyo) et on y installe une grande effigie du Bouddha en bronze, en 749.751 : première anthologie officielle de poèmes, le Kaifuso, rédigée en chinois.754 : le moine bouddhiste Ganjin arrive de Chine avec des élèves et de nombreux techniciens.756 : l'impératrice douairière Komyo fonde un musée (le shoso-in), encore intact de nos jours.770 : à la mort de l'impératrice Shotoku, le moine Dokyo, qui avait usurpé tous les pouvoirs, est chassé, et les ministres refusent désormais de laisser le trône à des femmes.784 : l'empereur Kammu, afin de se libérer de l'emprise des moines bouddhistes de Nara, fonde une nouvelle capitale à Nagaoka, puis, dix ans plus tard, une autre à Heiankyo (Kyoto), qu'il fait édifier sur le plan en damier de la capitale des Tang, Changan (aujourd'hui Xi'an). Cette nouvelle cité, inaugurée en 794, demeurera la capitale du Japon jusqu'en 1868.Après avoir confisqué « au nom de l'empereur » les terres de nombreux seigneurs qui lui étaient hostiles, Minamoto no Yoritomo a constitué un gouvernement parallèle à celui de l'empereur, mais sur des bases différentes, instaurant une société quasi féodale fondée sur les relations d'assistance et de fidélité existant entre Yoritomo lui-même, ses vassaux et les vassaux de ceux-ci. Il lève des troupes, libère quelque peu la paysannerie des règles qui la régissaient jusque-là, lui donnant les terres qu'elle cultive, mais lui conférant un statut inférieur à celui des guerriers (samouraïs). Des intendants représentent Yoritomo dans chaque État vassal, et, à partir de 1192, un représentant personnel du shogun, le tandai, est placé auprès de la cour à Kyoto. Yoritomo a imposé un kampaku de son choix à la cour et repris à son compte la politique matrimoniale instaurée par les Fujiwara au IXe s.
1192 : devenu le seigneur le plus puissant du Japon, Yoritomo se fait nommer shogun (dictateur militaire) par l'empereur, qui, à Kyoto, ne possède plus aucune autorité. Yoritomo, ayant établi son bakufu (gouvernement militaire) à Kamakura, dicte ses ordres au pays tout entier. Le pays, ruiné, affamé, se rallie à lui. Yoritomo met fin au régime des « empereurs retirés » et règne en maître sur tout le Japon.1195 : Minamoto no Yoritomo fait une impressionnante démonstration de force à Kyoto, mais les intrigues continuent.1199 : à la mort de Yoritomo, un seigneur Hojo (apparenté aux Taira) prend la régence (shikken) du bakufu, avec l'aide de sa fille Masako, veuve de Yoritomo. Yoriie, fils de Yoritomo, prend le titre de shogun.1203 : Yoriie, incapable, abdique au profit de son frère Sanetomo et est assassiné. Hojo Tokimasa est cependant obligé de démissionner de sa charge de shikken en 1205, Masako s'étant opposée à Makiko son épouse. Son fils Hojo Yoshitoki lui succède en tant que shikken.1219 : Sanetomo ayant été assassiné, l'empereur Go-Toba déclare (en 1221) le bakufu rebelle et tente de reprendre le pouvoir. Hojo Yoshitoki bat les troupes de l'empereur à Uji et l'exile. Les shikken Hojo ont désormais tous les pouvoirs et nomment à leur gré les empereurs.1222 : le bakufu fait faire un recensement général.1232 : promulgation d'un nouveau code de lois en 51 articles, le Joei Shikimoku, rédigé en japonais. Il recevra par la suite, en 1243 et 1286, des additions. Ce « code national » restera en vigueur jusqu'en 1868.1247 : à la suite de la révolte de quelques seigneurs non inféodés au bakufu et après la victoire de ce dernier, leurs domaines sont confisqués. Bien que le shogun soit désormais choisi dans la famille impériale, le véritable pouvoir demeure aux mains des shikken Hojo. Le bakufu s'aristocratise et se stabilise.1266-1268 : Kubilay Khan, alors empereur de Chine, prétend conquérir le Japon. Le bakufu, alarmé, fait renforcer les défenses du nord de l'île de Kyushu et mobilise tous les samouraïs. En 1271, une autre ambassade chinoise (mongole) est renvoyée.1274 : attaque du nord de Kyushu par une grande flotte mongole et coréenne (30 000 hommes) qui, inexplicablement, se retire la nuit suivante. La cour offre des prières aux divinités.1275 : des envoyés du khan demandant la soumission du Japon à la Chine sont exécutés. Le bakufu se dote d'une flotte puissante et fait construire un long mur en pierre le long des côtes du nord de Kyushu.1281 : deux flottes mongole et coréenne (environ 140 000 hommes) débarquent en deux points de la côte nord de Kyushu. Les Mongols sont sur le point de vaincre, lorsque, le 14 août, un typhon providentiel détruit une partie de la flotte d'invasion et force les guerriers mongols et coréens à se rembarquer en toute hâte ; ceux qui sont restés à terre sont impitoyablement massacrés par les samouraïs.1294 : mort de Kubilay Khan. Le Japon est provisoirement sauvé de l'envahisseur chinois, mais les shikken préfèrent garder sous les armes les samouraïs afin de prévenir un retour offensif des Mongols. Ces guerriers une fois démobilisés se trouvent ruinés. Certains sont alors oubliés, en contrevenant à la loi, de vendre des parties de leurs domaines à des marchands, qui, seuls, ont profité de la guerre en fournissant armements et vivres…1297 : le bakufu renforce les lois interdisant la vente des fiefs. Mais les seigneurs dépossédés n'obéissent déjà plus au gouvernement de Kamakura. L'empereur les soutient dans leur révolte.1326 : l'empereur Daigo II refuse d'abdiquer comme le lui demande le shikken, et, soutenu par les nobles, désigne son fils comme héritier.1331 : Daigo II est battu par les troupes du shikken et exilé dans l'île d'Oki.1333 : grâce à la complicité d'un Minamoto dissident, Ashikaga Takauji, Daigo II s'enfuit, réunit des troupes et rentre à Kyoto. Soulèvement général des seigneurs contre le bakufu. La ville de Kamakura est prise et incendiée. Daigo II restaure le pouvoir impérial.Tokugawa Ieyasu établit son bakufu au centre de ses domaines, à Edo (aujourd'hui Tokyo), et s'y fait construire un château. Il monopolise le commerce de la soie et acquiert une fortune considérable. Il s'adjoint des hommes habiles : le confucéen Hayashi Razan (1583-1657), le navigateur anglais William Adams (qui s'était échoué sur les côtes du Japon et que Ieyasu avait pris à son service afin qu'il créât une marine moderne), des marchands influents… Il divise ses vassaux en trois classes : les fudai, dépendant directement de lui et qui avaient combattu à ses côtés à Sekigahara, les hatamoto ou vassaux mineurs, dépendant aussi directement de lui, enfin les tozama ou « daimyo extérieurs », très surveillés et obligés de venir vivre à Edo pendant une partie de l'année. Le code de réglementation instauré par Hideyoshi est strictement appliqué.
1614-1615 : les seigneurs mécontents se regroupent autour d'Hideyori dans le château d'Osaka. Deux sièges permettent à Tokugawa Ieyasu d'abattre les rebelles. La forteresse est rasée et Hideyori contraint au suicide, ainsi que les principaux chefs des rebelles.1616 : Ieyasu, blessé au cours du siège d'Osaka, meurt. Son fils, Tokugawa Hidetada, déjà intronisé shogun depuis 1605, lui succède. L'œuvre de Ieyasu a été immense et durable : il a unifié le pays et donné à celui-ci un gouvernement stable ; il a renoué des relations amicales avec la Chine des Qing, amélioré sa flotte de commerce et noué de fructueuses relations avec les pays du Sud-Est asiatique, et même l'Europe. Ayant tout d'abord favorablement accueilli les prêtres étrangers, il s'est vite aperçu de la collusion de ceux-ci avec les puissances militaires d'Europe, et il a interdit prosélytisme et construction d'églises, sans toutefois recourir à la persécution, comme l'avait fait Hideyoshi sur la fin de sa vie.après avoir consolidé la position du bakufu, Hidetada laisse sa charge de shogun à son fils Iemitsu. Mais celui-ci renforce les interdits relatifs aux étrangers déjà promulgués par son père en 1616 : tous les ports japonais sont fermés aux navires européens, sauf ceux de Hirado et Nagasaki. Cependant, l'activité missionnaire reprenant dans l'île de Kyushu, Iemitsu recourt à la persécution, dès 1622. En 1624, les marchands portugais quittent le pays et les Anglais ferment leur comptoir à Hirado.
1637 : grande rébellion chrétienne et paysanne à Shimabara. Le bakufu réagit violemment, massacre les chrétiens de Shimabara et interdit aux navires portugais et espagnols d'aborder au Japon.1639 : le pays est fermé aux étrangers, sauf aux Chinois et aux Hollandais, qui ont permission de rallier une partie du port de Nagasaki, Dejima (Deshima). Les bateaux japonais doivent être munis d'une autorisation spéciale pour aller en Chine, aux îles Ryukyu, en Corée ou dans le Sud-Est asiatique. Création de grandes routes (Tokaido). Le christianisme est pourchassé.1651 : mort de Tokugawa Iemitsu. Tentative de coup d'État avortée. De nombreux hatamoto, appauvris, vivent de brigandage.1657 : un incendie catastrophique détruit la ville d'Edo, faisant plus de 100 000 morts. La capitale est reconstruite sur un plan nouveau. Troubles chez les Tozama, qui sont rapidement remis à la raison.1680 : sous le shogun Tokugawa Tsunayoshi, la classe de marchands commence à prendre une très grande importance. Les daimyo sont parfois obligés de leur emprunter de quoi subvenir à leurs fastueuses dépenses.1703 : incident de la « vengeance des 47 ronin » (samouraïs ayant quitté le service de leur maître et parcourant le pays en quête d'aventures) : le shogun les condamne à se suicider, mais cet événement va défrayer la chronique et inspirer d'innombrables récits et pièces de théâtre.1709 : Arai Hakuseki, conseiller confucéen du shogun Ienobu, complète la « Règle des maisons guerrières » instaurée par Tokugawa Ieyasu et adoucit la justice pénale. Les villes connaissent une grande prospérité et la classe des chonin (citadins) se développe.1716 : plusieurs années de disette ont fait monter les prix et la situation économique est précaire. Le shogun Yoshimune tente des réformes agraires, fait irriguer de nouvelles terres et interdit les dépenses excessives.1735 : Yoshimune fixe le prix du riz, mais les paysans, accablés par les impôts, se révoltent.1764, 1765, 1773 : nouvelles et sanglantes révoltes paysannes.1787 : le conseiller du shogun Ienari, pour rétablir la situation, chasse les fonctionnaires corrompus, assainit les finances et tente de repeupler les campagnes.1792 : apparition de bateaux russes sur les côtes d'Hokkaido. La prospérité est revenue et les citadins jouissent d'une vie facile baptisée ukiyo (« monde flottant ».1804 : l'amiral russe N. P. Rezanov mouille dans le port de Nagasaki et y reste pendant six mois. Il ne reçoit pas l'autorisation de se rendre à Edo.1808 : un navire anglais menace de bombarder Nagasaki si on lui refuse l'approvisionnement en eau et en vivres.1825 : le shogun Ienari ordonne de détruire tout navire étranger mouillant dans un port japonais.1832-1836 : série de famines suivies de révoltes paysannes.1844 : le gouvernement hollandais demande au bakufu de cesser sa politique d'isolement.1845-1846 : un navire anglais est bien accueilli à Nagasaki ; deux navires de guerre américains mouillent en rade d'Edo, mais ne peuvent entreprendre de pourparlers avec le bakufu.1853 : l'Américain Perry vient avec quatre bateaux de guerre apporter une lettre du président des États-Unis et annonce son intention de revenir l'année suivante chercher la réponse. Le pays se divise en anti-Occidentaux et pro-Occidentaux.1854 : retour de l'amiral Perry. Le bakufu, effrayé, consent à ouvrir deux ports, Shimoda et Hakodate, et à recevoir un consul américain. Il doit signer des accords semblables avec la Grande-Bretagne, la Russie et la Hollande.1856 : arrivée du consul américain Harris, qui est reçu en 1857 par le shogun Iesada.1858 : une partie du pays se soulève, indignée des accords signés par le shogun avec les « barbares ».1860 : li Naosuke, conseiller du shogun et partisan de l'ouverture du Japon, est assassiné. Le shogun demande conseil à l'empereur, aux côtés duquel se rangent les ennemis du bakufu.1862-1863 : après l'assassinat d'un Anglais, la flotte britannique bombarde le port de Kagoshima.1863 : un bateau américain ayant été attaqué par les canons du port de Shimonoseki, une escadre internationale prend la ville et oblige le daimyo du Choshu à payer une forte indemnité.1864 : les partisans de l'empereur se révoltent à Kyoto et battent les troupes envoyées par le bakufu. Le shogun Yoshinobu offre sa démission à l'empereur en 1867. Un gouvernement provisoire est mis en place. Les partisans des Tokugawa tentent de résister, mais un soulèvement populaire abat leur résistance. Mutsuhito monte sur le trône et assume le pouvoir.1868 : Mutsuhito transfère son gouvernement à Edo, rebaptisée en Tokyo. Une ère nouvelle commence, appelée Meiji ou du « gouvernement éclairé ».l'empereur Mutsuhito procède à de profonds remaniements. Le pays est divisé administrativement en arrondissements, le peuple est organisé en nouvelles classes, enfin le droit au sabre est refusé aux samouraïs. La loi donne la propriété des terres aux paysans (1868), rétablit la liberté d'achat et de vente de celles-ci (1871), ainsi que la liberté du commerce intérieur et extérieur (1872-1873). L'impôt foncier est réformé (1872), des universités sont créées et le gouvernement est modernisé.
1874-1877 : Saigo Takamori et Eto Shimpei groupent les mécontents et se révoltent. L'armée impériale (créée en 1871) mettra trois ans à réduire les rebelles.1885 : Mutsuhito supprime le Conseil impérial des Tairo et institue un cabinet parlementaire de style occidental présidé par Ito Hirobumi.1889 :le 11 février, l'empereur promulgue une Constitution, mais les partisans de l'ancien régime sont encore nombreux et les assassinats politiques se succèdent. La Constitution donne des pouvoirs étendus à l'empereur, crée deux chambres législatives (diète), la Chambre des pairs, aux membres désignés par l'empereur, et la Chambre des représentants élus. Cette dernière assemblée sera réorganisée en 1900 et 1902. La justice est refondue sur des modèles français et allemands. L'armée et la marine sont modernisées, le service militaire obligatoire institué. De nombreuses lois accélèrent le processus d'occidentalisation du Japon. Des lignes de chemin de fer sont inaugurées entre les plus grandes villes, à partir de 1870. La population japonaise augmente rapidement.
1894 : à la suite d'un différend au sujet de la Corée, les forces japonaises débarquent en Chine. Elles l'emportent sur mer comme sur terre. Les Japonais envahissent Formose (Taïwan). La Chine signe le traité de Shimonoseki en 1895, qui consacre la victoire du Japon et, malgré la diplomatie occidentale, l'influence prépondérante de celui-ci en Corée.1902 : le Japon, après avoir aidé les puissances occidentales contre la révolte des Boxeurs en Chine en 1900, conclut une alliance militaire avec l'Angleterre, alliance destinée à contenir les visées russes sur la Corée. Le tsar Nicolas II envoie 100 000 hommes en Mandchourie.1904 : le Japon attaque la marine russe basée à Port-Arthur et débarque une armée en Corée et dans le Liaodong.1905 : après d'âpres combats, le général russe Stoessel, qui commande Port-Arthur, est obligé de capituler. Les troupes japonaises avancent en Mandchourie. La flotte russe de la Baltique, envoyée en renfort, est détruite dans le détroit de Tsushima par les forces de l'amiral Togo. La Russie est obligée de concéder le droit de s'installer en Mandchourie et en Corée aux Japonais, et leur cède la moitié sud de l'île de Sakhaline. Ito Hirobumi est nommé résident en Corée et commence de « japoniser » ce pays. Au Japon même, où l'économie a fait un bond en avant énorme grâce aux deux guerres victorieuses, le jeu des partis s'installe au gouvernement, faisant alterner au pouvoir libéraux et conservateurs. Militaristes et libéraux s'affrontent, mais, en 1911, les militaristes finiront par l'emporter sur le cabinet temporisateur de Saionji.En signant les traités de Washington (1921-1922), qui entérinaient le statu quo entre les grandes puissances en Asie et dans le Pacifique et gelaient les armements navals pour dix ans, les politiciens japonais renonçaient à l'expansion coloniale. L'armée avait vu diminuer son influence de même que son budget. Mais, à la fin de l'ère Taisho, le Japon rentre dans une période de tourmente : corruption politique, poussée des « partis prolétariens », misère et violences rurales provoquées par la concentration des terres. En 1927, les militaires proposent comme solution de reprendre l'expansion coloniale (« mémoire Tanaka »). La crise économique de 1929 les convainc de passer à l'action. En novembre 1930, ils abattent le Premier ministre Hamaguchi, qui vient d'accepter la prolongation du gel des armements navals (traité de Londres). En septembre 1931, l'armée force la main du gouvernement en occupant la Mandchourie, en violation du système de Washington. Comme le monde des affaires refuse de souscrire un emprunt de défense nationale, le directeur général de Mitsui est assassiné en mars 1932 ; en mai, c'est le Premier ministre Inukai. Terrorisées, les élites civiles abandonnent de facto le pouvoir aux militaires ; la Constitution n'est pas violée. La Diète siège, et les élections se déroulent normalement. Mais l'empereur ne désigne plus que des Premiers ministres soumis aux militaires, qui forment des cabinets extraparlementaires que la Diète n'ose pas renverser. La question qui suscite de vives controverses est de savoir si l'empereur Hirohito est alors le complice actif des militaires ou leur otage.
Les militaires imposent au Japon une organisation de type totalitaire : fusion « volontaire » de tous les partis politiques dans l'Association pour le service du trône (1940), organisation corporatiste de l'économie, encadrement de la population par les 1 120 000 tonarigumi (groupes de voisinage), endoctrinement et répression de toute dissidence par la police secrète (Kempeitai). L'idéologie repose sur le kokutai et sa vision d'une nation organique, pure, homogène et supérieure – mais sans la volonté systématique d'éliminer les races dites « inférieures » qu'on trouve dans le nazisme. La propagande puise pêle-mêle dans la mythologie shinto, l'éthique samouraï et le confucianisme.
L'empereur est placé au centre de tout. La survie du kokutai est indissociable de celle de sa lignée divine. La nation n'agit que par lui (il légitime le pouvoir exercé en son nom) et pour lui (tous ses sujets lui doivent dévouement jusqu'à la mort). Le tennosei (système impérial) est ainsi le principe actif du totalitarisme japonais. Mais, en même temps, son existence préserve, au cœur même du système, un espace sur lequel l'emprise totalitaire ne s'exerce pas, puisqu'un ordre impérial ne peut pas être contesté. Hirohito, quelle que soit son implication dans les agissements de l'armée, l'utilise pour protéger une « faction de la paix », qui s'organise au palais à partir de 1942, et, tout à la fin, pour mettre un terme à la guerre.
Comme les nazis à leurs débuts, les militaires dénoncent aussi le caractère « antinational » des grands groupes capitalistes (les zaibatsu). Mais, malgré les velléités de l'armée de promouvoir de nouveaux groupes (Nissan, Hitachi), les quatre grands zaibatsu ne feront qu'accroître leur emprise sur l'économie pendant la guerre.
Dès 1932, les Japonais ont fait de la Mandchourie l'État fantoche du Mandchoukouo, que la S.D.N. et la Chine refusent de reconnaître. Le Japon quitte alors la S.D.N., et ses troupes entrent en Chine du Nord (1933). L'armée est divisée sur la stratégie à adopter ; une opération sur Shanghai tourne court (1934). Le 6 février 1936, les généraux proches du palais (faction du Contrôle) éliminent les jeunes officiers extrémistes de la faction de la Voie Impériale. La cohésion de l'armée et ses liens avec les élites civiles sont renforcés. Le 7 juillet 1937, l'offensive générale est lancée contre la Chine.
C'est le début d'une fuite en avant. Les Japonais s'emparent des régions côtières et établissent à Nankin un gouvernement chinois à leur dévotion. Ils mènent une guerre de terreur (massacre d'au moins 200 000 civils à Nankin, en 1937). Mais Jiang Jieshi (Tchang Kaï-chek) résiste dans l'intérieur du pays avec l'aide des communistes de Mao Zedong. Les Occidentaux, alarmés par la poussée japonaise vers leurs colonies, l'approvisionnent par la route de Birmanie. Les Japonais s'enlisent, mais la guerre en Europe et la défaite de la France (juin 1940) leur permettent d'envisager d'attaquer Jiang par le sud. Ils se rapprochent de l'Axe (pacte tripartite de septembre 1940) et, sous la menace, obtiennent le droit de passer par l'Indochine française et d'en utiliser les ressources (riz, caoutchouc). Les États-Unis s'interposent alors et prennent des sanctions : gel des avoirs japonais, embargo sur le fer et le pétrole. Le Japon se prémunit contre une guerre sur deux fronts en signant un pacte de neutralité avec l'U.R.S.S. (avril 1941). Le prince Konoe, Premier ministre, essaie d'obtenir que Washington reconnaisse les acquis japonais. En octobre 1941, il est remplacé par le commandant en chef de l'armée, le général Tojo Hideyuki. Le 7 décembre, l'aéronavale japonaise détruit une partie de la flotte américaine du Pacifique à Pearl Harbor.
Après cette victoire, le Japon compte sur sa supériorité aéronavale pour s'emparer de l'Asie du Sud-Est et de ses matières premières, couper la route de Birmanie et s'établir dans les archipels au milieu du Pacifique afin de pouvoir ensuite discuter en position de force. Mais, après six mois de succès, durant lesquelles ses forces parviennent jusqu'aux portes de l'Inde et de l'Australie, il est mis en échec sur mer (îles Midway, juin 1942) et sur terre (Guadalcanal). En 1943, les Américains contre-attaquent. La prise de Saipan (juillet 1944) leur permet de bombarder l'archipel, qu'ils coupent de l'Asie du Sud-Est en reprenant les Philippines (octobre). Le 1er avril 1945, ils débarquent en terre japonaise, à Okinawa, et prennent l'île au terme de furieux combats (49 000 soldats américains, 110 000 soldats et 150 000 civils japonais tués), marqués par l'utilisation massive des kamikazes.
Le Japon est à bout de forces. Tojo a quitté le gouvernement après la perte de Saipan. Tokyo essaye de négocier une reddition sans occupation ni représailles. Il faut la bombe atomique (Hiroshima, 6 août ; Nagasaki, 9 août) et l'entrée en guerre de l'U.R.S.S. (8 août) pour que l'empereur impose la capitulation aux ultras et l'annonce à la nation (15 août). Le 30 août, le général Douglas MacArthur atterrit à la tête des unités d'occupation. Hirohito, que les Américains ont préféré maintenir en place, tirera lui-même un trait sur l'idéologie militariste en dénonçant à la radio « l'idée erronée selon laquelle l'empereur est divin et le peuple japonais supérieur aux autres » (1er janvier 1946).
Deux millions de soldats et près de 700 000 civils ont péri. Les grandes villes (sauf Kyoto) sont presque anéanties. La production industrielle est à 10 % de son niveau de 1940. Six millions de soldats et de colons sont rapatriés en désordre. Le pays est à reconstruire.
L'occupation américaine (1945-1952) commence par la purge des anciens dirigeants et par des réformes démocratiques : nouvelle Constitution, réforme agraire, établissement des libertés politiques et syndicales, nouveau Code civil. Tojo et six autres accusés sont pendus comme criminels de guerre au terme du procès de Tokyo (28 décembre 1948). Mais Washington, pour faciliter l'occupation, décide de garder l'empereur, tout en le dépouillant du pouvoir. La gauche japonaise prend son essor ; le socialiste Katayama Tetsu devient Premier ministre après les élections d'avril 1947, où son parti a obtenu 26 % des voix. Mais la guerre de Corée (1950-1953) pousse les Américains à réprimer la gauche : en 1949-1950, les « purges rouges » brisent les syndicats communistes. Pour consolider le camp conservateur, ils laissent amnistier les anciens députés de la période militariste. Dès la fin de l'occupation américaine, 124 d'entre eux reviennent au Parlement (élections d'octobre 1952). En novembre 1955, les conservateurs s'unissent au sein du parti libéral-démocrate (P.L.D.), dont la cheville ouvrière est un ancien criminel de guerre, Kishi Nobusuke, aidé par la CIA. Le P.L.D. gouvernera sans partage jusqu'en 1993. Dès décembre, Yoshida Shigeru, le « père » du nouveau Japon, Premier ministre en 1946-1947, puis, à partir d'octobre 1948, est écarté au profit de politiciens amnistiés : Hatoyama Ichiro (1955-1957), puis Kishi lui-même (1957-1960).
Kishi est résolu à défaire autant que possible les réformes libérales léguées par les Américains. Cette politique du « cours inverse » suscite une opposition croissante de la gauche et de la société civile. La restructuration de l'industrie provoque aussi des conflits sociaux très durs (papeteries d'Oji, charbonnages de Miike), qui se terminent par la mise au pas des syndicats et la mise en place du « modèle japonais » caractérisant les relations du travail et reposant sur le syndicalisme d'entreprise et l'emploi à vie. L'agitation culmine en 1960 avec des manifestations sanglantes contre le traité de sécurité nippo-américain, signé en 1951 à San Francisco. Le terrorisme politique reparaît (assassinat du leader socialiste Asanuma). Kishi est poussé à la démission en juin. Ikeda Hayato (1960-1964) choisit la conciliation avec la gauche et engage le pays dans la « haute croissance ». Sous Sato Eisaku (1964-1972), le Japon devient la 2e puissance économique du monde libre.
La modernisation de la société, les dégâts de la croissance (pollution, urbanisation désordonnée) et les à-coups économiques liés aux chocs pétroliers redonnent de l'élan à la gauche. La toute-puissance du P.L.D. s'érode : de 63,2 % des voix en 1955, il tombe à 41,9 % en 1976. Pendant une dizaine d'années (1967-1976), des fronts socialistes-communistes gouvernent la plupart des grandes villes, dont Tokyo et Osaka. Des partis centristes apparaissent : le Komeito, bras séculier de la secte bouddhiste Soka-Gakkai, et le petit parti démocrate-social (P.S.D.). Les gouvernements P.L.D. deviennent instables : Tanaka (1972-1974), Miki (1974-1976), Fukuda (1976-1978), Ohira (1978-1980), Suzuki (1980-1982).
Cependant, les divisions de l'opposition, la stabilisation de la société et le retour d'une croissance soutenue remettent le P.L.D. en selle. Nakasone Yasuhiro (1982-1987) applique son programme néonationaliste : renforcement de l'armée, interprétation restrictive de la Constitution, usage obligatoire de l'hymne « Kimigayo » et du drapeau national à l'école… Mais la pression des partenaires du Japon et l'évolution des mentalités remettent en cause le modèle fondé sur le protectionnisme, l'intervention de l'Administration dans l'économie et l'autoritarisme dans la vie sociale. Le P.L.D. doit entreprendre l'ouverture du marché et la déréglementation, alors que ses électeurs les plus fidèles (paysannerie, P.M.E. et P.M.I.) y sont opposés. Les mandats écourtés de Takeshita Noboru (1987-1989) et de Uno Sosuke (mai-août 1989) témoignent de la confusion qui s'installe dans le parti.
En janvier 1989, la mort de Hirohito clôt l'ère Showa (la « Paix lumineuse »), et l'avènement de son fils Akihito ouvre l'ère Heisei (l'« Accomplissement de la paix »).
À partir de 1990, l'effondrement de la Bourse, après cinq années de spéculation, précipite le Japon dans la crise et provoque une série de scandales. L'opinion réclame une réforme politique (moralisation, décentralisation, réforme électorale) et la diminution du pouvoir de la bureaucratie. Kaifu Toshiki (1990-1992) et Miyazawa Kiichi (1992-1993) échouent à les réaliser. Le parti socialiste en profite brièvement et bat le P.L.D. aux sénatoriales de 1989. Mais il est sclérosé par un demi-siècle d'opposition. En 1992, un premier parti néoconservateur, le Nouveau Parti du Japon (N.P.J.), est créé par le gouverneur (ex-P.L.D.) de Kumamoto, Hosokawa Morihiro. Le P.L.D. lui-même se divise : en juin 1993, 36 députés de l'aile droite menés par Ozawa Ichiro forment le parti du Renouveau (P.R.) ; dix autres créent le parti pionnier (P.P., centre gauche). Miyazawa Kiichi dissout la Chambre basse. Aux élections de juillet, le P.L.D. remporte encore 223 sièges et 39,5 % des voix ; mais il n'a pas de majorité. Les trois partis néoconservateurs totalisent 22,5 % des voix et 103 sièges. Les socialistes sont écrasés (15,4 % des voix et 72 sièges). Une coalition de six partis – du P.S. au P.R. – se constitue contre le P.L.D., avec Hosokawa Morihiro comme Premier ministre. Elle réalise une timide réforme politique, avant d'éclater, en avril 1994.
Le P.L.D. revient aux affaires en juin 1994, en s'alliant au P.S. et au P.P. dans un cabinet dirigé par le socialiste Murayama Kiichi. Cette alliance choque l'opinion et précipite le P.S. et le P.P. vers leur déclin. En janvier 1996, le P.L.D. récupère le poste de Premier ministre au profit de Hashimoto Ryutaro. L'opposition, quant à elle, se recompose difficilement : à droite, Ozawa Ichiro réunit son parti, le parti du Renouveau, le N.P.J., le Komeito et le P.D.S. dans le Nouveau Parti du Progrès (N.P.P.) ; au centre gauche, deux jeunes députés très populaires, Kan Naoto et Hatoyama Yukio, créent le parti démocrate du Japon (P.D.J.) en ralliant la plupart des députés P.S. et P.P., et quelques néoconservateurs (septembre 1996). La confiance des Japonais, déjà très ébranlée par de nombreux scandales politico-financiers et par une série de drames où les autorités ont été gravement prises en défaut – notamment le séisme de Kobe et l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo par la secte Aum en 1995 –, est minée par l'incapacité de la classe politique à sortir le pays de la récession dans laquelle il se trouve depuis quatre ans. Les citoyens désertent les urnes (autour de 40 % d'abstention) ou protestent par un vote contestataire, notamment en élisant des gouverneurs « amateurs », qui défient le gouvernement central. Leur exaspération se manifeste par la multiplication des procès contre l'Administration et des référendums locaux dirigés contre les centrales nucléaires ou les bases américaines (Okinawa, 1996).
Aux législatives d'octobre 1996, le P.S. est réduit à l'insignifiance et le P.P. disparaît. Un résultat très moyen (16 % des voix et 52 sièges) stoppe l'élan du parti démocrate. Une performance décevante – 28 % des voix et 156 sièges – ébranle le N.P.P., qui éclate en 1997. Le P.L.D. (32,8 % des voix et 239 sièges) peut à nouveau gouverner seul, mais, en juillet 1998, il subit une lourde défaite aux élections sénatoriales. Hashimoto Ryutaro doit démissionner et Obuchi Keizo, ministre des Affaires étrangères sortant, le remplace à la tête du gouvernement. Il revient à des cabinets de coalition, dans lesquels il inclut le Komeito – qui s'est reconstitué en 1997 sous l'étiquette de « Nouveau Komeito » – et diverses formations centristes issues de l'éclatement du N.P.P. (d'abord le parti libéral, puis le nouveau parti conservateur). Ce rassemblement de centre droit contrôle solidement les deux chambres de la Diète, ce qui permet à Obuchi Keizo de faire adopter de nombreux textes controversés (élargissement de la coopération militaire avec les États-Unis, officialisation des emblèmes nationaux), de commencer l'assainissement du secteur bancaire et de faire avancer les réformes économiques. Mais ces dernières divisent profondément le P.L.D. Victime d'une embolie cérébrale (avril 2000), Obuchi Keizo est remplacé par Mori Yoshiro, désigné à huis clos. L'opinion, choquée par ce procédé peu démocratique, l'est encore davantage par les propos de Mori Yoshiro (« Le Japon est la terre des dieux et l'empereur en est le centre ») qui rappellent une idéologie d'un autre âge. Le P.L.D. le paye aux législatives de juin 2000, à l'issue desquelles la coalition qu'il dirige conserve la majorité absolue, mais perd 62 sièges ; en pourcentage des suffrages, le P.D. (25 %) talonne les libéraux-démocrates (28,5 %). Une série de scandales ajoutés aux impairs répétés de Mori Yoshiro ne cessent d'affaiblir le gouvernement dont l'action est paralysée par la division entre réformateurs et partisans du statu quo.
En avril 2001, Mori Yoshiro est écarté sans ménagement par les barons du P.L.D. qui organisent des primaires. Le réformateur Koizumi Junichiro, répondant au désir de changement de la base du parti, l'emporte sur l'ancien Premier ministre Hashimoto Ryutaro, le candidat des barons. Élu Premier ministre, Koizumi Junichiro, fort du soutien des autres composantes de la coalition gouvernementale – le Komeito et le parti conservateur –, bouscule tous les conservatismes au sein de son propre parti pour mener à bien les réformes structurelles – privatisations et déréglementations – indispensables. Celles-ci tardent à être mises en œuvre, mais Koizumi Junichiro est réélu à la présidence du P.L.D. (septembre 2003) et reconduit à la tête d'un cabinet remanié. Profitant d'une embellie économique réelle mais fragile, il dissout la Chambre basse. La coalition gouvernementale et le P.L.D. sortent affaiblis des élections législatives anticipées de novembre au profit du Komeito, qui améliore son score (34 sièges) et surtout du parti démocrate du Japon (P.D.J.), dirigé par Kan Naoto, qui gagne 40 sièges. Elle est à nouveau sanctionnée lors des élections sénatoriales partielles de 2004 pour sa politique néolibérale (qui ne remédie ni à la précarité de l'emploi ni aux nouvelles inégalités sociales), pour le passage en force de la réforme des retraites et pour la participation (non-combattante) des F.A.D. à la force multinationale en Iraq. En août 2005, le Premier ministre dissout à nouveau la Chambre basse alors que son projet de privatisation de la poste – qui divise fortement le P.L.D. – est rejeté par la Chambre haute. La victoire écrasante de la coalition gouvernementale aux élections législatives anticipées de septembre (bénéficiant désormais d'une majorité de plus de deux tiers) conforte Koizumi Junichiro dans sa détermination à poursuivre le démantèlement de la poste. Mais, conformément à son engagement, il se retire au terme de son mandat à la tête du P.L.D., en septembre 2006.
Le porte-parole du nouveau gouvernement, Abe Shinzo, lui succède après un vote sans surprise au Parlement. Présenté comme un faucon, le plus jeune Premier ministre du Japon fait de la renaissance de l'identité nationale et de la révision de la Constitution pacifiste les priorités de son mandat. Il obtient la création d'un ministère de la Défense et signe, en mars 2007, un pacte de sécurité avec l'Australie, vivement encouragé par les États-Unis. Mais c'est sans compter avec le malaise social dû à l'accroissement des inégalités sociales et au fiasco de la gestion du système des retraites. Lors des élections sénatoriales partielles de juillet 2007, la coalition gouvernementale subit une sévère défaite au profit du parti démocrate du Japon (P.D.J.), dirigé, depuis 2006, par Ozawa Ichiro. Abe Shinzo, miné par une série de scandales et de démissions, finit lui-même par démissionner en septembre 2007, un an après son arrivée au pouvoir.
Fukuda Yasuo, issu de la droite modérée du P.L.D., forme un gouvernement de continuité et s'engage à poursuivre les réformes dans un pays à l'économie fragilisée et affecté d'un énorme déficit public. Mais, manquant d'audace et de charisme, Fukuda Yasuo est réduit à mener une politique de « petits pas », rapidement paralysée par le blocage systématique du P.D.J., majoritaire à la Chambre haute. En dépit de quelques succès diplomatiques (net réchauffement des relations sino-japonaises marqué par la visite historique du Premier ministre chinois au Japon en mai 2008 ; présidence japonaise du G8 en juillet), Fukuda Yasuo démissionne soudainement le 1er septembre 2008, un mois après avoir été contraint de nommer son ex-rival, Aso Taro, aux commandes du P.L.D.
Aso Taro, qui a acquis une réputation de faucon lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères (2005-2007) et qui se distingue par son nationalisme et son franc-parler, est élu Premier ministre le 24 septembre. Annonçant la fin des réformes structurelles engagées par Junichiro Koizumi entre 2001 et 2006, il privilégie les plans de relance pour faire face aux répercussions de la crise financière et économique internationale qui frappe sévèrement le Japon. Affecté par la chute de ses exportations dans les secteurs de l'automobile et de l'électronique et par la hausse de sa monnaie, le pays connaît la récession la plus grave depuis l'après-guerre. Aso Taro, rapidement épinglé par la presse et par l'opposition pour son train de vie luxueux et pour le recours par la compagnie minière de sa famille, Aso Mining (devenue Aso Cement), à l'exploitation de 300 prisonniers de guerre anglais, australiens et néerlandais, entre mai et août 1945, affiche des records d'impopularité. Le sort du Premier ministre paraît scellé mais, du côté de l'opposition, le P.D.J. est également pris dans la tourmente. Son président depuis 2006, Ozawa Ichiro, éclaboussé par un scandale financier en mars 2009, démissionne en mai (conservant toutefois un rôle central en se voyant confier la responsabilité de la stratégie électorale) et est remplacé par Hatoyama Yukio, son ex-bras droit. Aux élections législatives anticipées du 30 août, une douzaine de formations sont en lice, mais la bataille se joue entre les deux grands partis, P.L.D. et P.D.J. Conscients de la gravité de l'enjeu et lassés des dérives du P.L.D. à la tête du pays depuis 54 ans et de son incapacité à réformer, les Japonais portent – amorçant un virage politique historique – le P.D.J. au pouvoir. Le taux de participation élevé (69 %) rend la défaite du P.L.D. encore plus sévère. Alors qu'il détenait 300 sièges (sur 480) à la Chambre basse, il n'en compte plus que 119. Après avoir annoncé sa démission de la présidence du parti, Aso Taro assume les fonctions de chef du gouvernement jusqu'à l'élection par le Parlement, le 15 septembre, de Hatoyama Yukio, appelé à lui succéder.
Investi Premier ministre le 16 septembre 2009, le président du P.D.J., Hatoyama Yukio, constitue son gouvernement sur la base d'une coalition avec le parti social-démocrate (P.S.D., gauche) et le Nouveau parti du Peuple (N.P.P., centre droit). Bien qu'il dispose d'une écrasante majorité (308 sièges sur 480), le P.D.J. n'est, en effet pas majoritaire à la Chambre haute et a dû se forger des alliances. Les objectifs du premier cabinet d'alternance en un demi-siècle sont ambitieux : briser la collusion entre le personnel politique, les milieux d'affaires et l'Administration afin de redonner la primauté aux politiques ; accorder la priorité aux conditions de vie des Japonais et réduire les dépenses souvent dispendieuses en travaux publics. Le projet de budget (qui doit être voté par le Parlement début 2010), vise par un accroissement des dépenses sociales à remédier partiellement aux difficultés de la majorité confrontée à une détérioration de la situation économique et à une précarité croissante de l'emploi mais il entraîne un accroissement de la dette publique déjà considérable. Le 6 janvier, la démission pour raisons de santé du ministre des Finances, Fujii Hirohisa, un élément clé du cabinet Hatoyama, complexifie la tâche du Premier ministre, dont la cote de popularité est passée sous la barre des 50 %.
Selon l'article 9 de la nouvelle Constitution, « le peuple japonais renonce à jamais à la guerre » et « il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes ». La sécurité du Japon est assurée par les États-Unis (traité de sécurité signé le 8 septembre 1951), qui y gardent des bases militaires. Très tôt, néanmoins, pressé par son allié, le parti libéral-démocrate (P.L.D.) considère que l'article 9 autorise le Japon à se défendre. Des forces d'autodéfense (F.A.D.) sont créées en 1954. L'opposition virulente de la gauche force le P.L.D. à fixer à celles-ci des limitations strictes : budget militaire limité à 1 % du P.N.B., pas d'arme nucléaire, pas d'exportation d'armements ni d'utilisation militaire de l'espace. Mais ces limitations, qui ne procèdent que de déclarations gouvernementales, peuvent être facilement levées en droit. Par ailleurs, pour que les F.A.D. demeurent « défensives », en accord avec la Constitution, elles sont privées de capacité de projection (porte-avions, bombardiers lourds, missiles balistiques), rendant le Japon dépendant des États-Unis pour la défense de ses communications et la dissuasion nucléaire. En 2000, ceux-ci avaient 21 000 hommes et 130 avions de combat basés dans l'archipel, sans compter les forces embarquées sur le VIIe flotte, qui utilise les ports japonais.
À la même date, les F.A.D. comptaient 262 000 hommes, 1 050 chars, 680 véhicules blindés, 446 hélicoptères, 378 avions et 142 bâtiments de combat, constituant ainsi les forces conventionnelles les plus puissantes et les plus modernes d'Asie. Depuis la fin de la guerre froide, le budget militaire du Japon est le deuxième du monde. Le P.L.D. a rompu avec l'interprétation traditionnelle de l'article 9 qui limitait leur mission à la défense du territoire de l'archipel et de ses eaux territoriales. Il soutient désormais que cet article autorise les F.A.D. à participer aux missions de maintien de la paix de l'O.N.U. : une loi en ce sens, la loi PKO (Peace Keeping Operation), a été votée en 1992, et des Casques bleus japonais ont été envoyés sur divers théâtres d'opérations (Cambodge, Rwanda, et en 2002 au Timor-Oriental). Un pas supplémentaire a été franchi en 1996, quand le traité de sécurité a été réexaminé pour permettre une coopération active des F.A.D. avec les forces américaines en cas de crise régionale – mais uniquement dans un rôle de soutien logistique non combattant, et même « sans lien direct avec aucune action de combat ». Enfin, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, la Diète vote une « loi antiterroriste » qui étend la possibilité d'apporter un tel soutien non combattant aux opérations d'une coalition internationale approuvée par l'O.N.U. en n'importe quel point du globe. Pour pouvoir mener à bien de telles opérations, les forces japonaises ont commencé à se doter des capacités de projection dont elles étaient dépourvues jusqu'à présent.
Le souvenir de la colonisation et des atrocités japonaises hante la mémoire collective des Asiatiques. Les dommages de guerre négociés par Tokyo avec les pays voisins dans les années 1950 – pour solde de tous comptes et à l'exclusion de tout paiement aux victimes à titre individuel – ont été peu conséquents : le Japon a payé quarante fois moins que l'Allemagne. Le P.L.D. a toujours refusé que le gouvernement présente des excuses officielles. Beaucoup de ses responsables défendent une thèse qui impute la responsabilité de la guerre aux Occidentaux et insiste sur ses aspects positifs (élimination du colonialisme). Il a fallu l'éclipse du P.L.D. pour qu'un Premier ministre prononce les mots tabous de « guerre d'agression » (Hosokawa, 1993). En 1998, Obuchi Keizo fait un pas supplémentaire en présentant au président sud-coréen des excuses solennelles par écrit, mais il les refuse peu après à la Chine. L'approbation donnée en 2000 par le ministère de l'Éducation à un manuel d'histoire qui présente sous un jour favorable les guerres coloniales menées par le Japon entre 1875 et 1945 et qui élude ou nie les atrocités commises à cette occasion a ravivé les tensions.
Ainsi, la rancune toujours vivace en Asie, surtout en Chine et en Corée, entrave toute prétention du Japon au leadership régional. Par ailleurs, les insuffisances du traité de San Francisco (8 septembre 1951) entre le Japon, les États-Unis et 49 pays se font sentir : la Corée et la Chine en étant absentes et l'U.R.S.S. ayant refusé de le signer, Tokyo ne fera la paix avec Séoul et Pékin respectivement qu'en 1965 et en 1978, tandis qu'en 1998, Moscou et Tokyo n'avaient toujours pas conclu d'accord officiel. De plus, le traité de San Francisco a laissé sans solution trois contentieux territoriaux avec la Russie (îles Kouriles), la Corée (île Tokto [en japonais Takeshima]) et la Chine (îles Senkaku), qui nourrissent toujours des tensions.
De 1945 à 1952, le Japon dépend totalement des États-Unis pour sa sécurité et sa reconstruction économique. Mais ceux-ci ont besoin de ce « porte-avions incoulable » pour combattre le communisme en Asie. Tokyo en profite pour leur faire tolérer ses pratiques protectionnistes et l'amnistie des politiciens purgés, mais il ne peut pas les empêcher de conserver l'administration d'Okinawa et de l'archipel des Bonin même après 1952.
À partir de 1952, le Japon, porté par sa croissance économique, revient sur la scène internationale : accords sur les dommages de guerre avec les pays d'Asie du Sud-Est (1952-1958), rétablissement des relations diplomatiques avec l'U.R.S.S. et entrée à l'O.N.U. (1956), contacts multiformes avec Pékin (mémorandum sur le développement des échanges, 1962), accords commerciaux avec les pays européens préparant l'entrée à l'O.C.D.E. (1964), traité de paix avec la Corée (1965), tournée asiatique du Premier ministre Sato (1967). En 1968, le Japon devient la deuxième puissance économique du monde libre. En 1971, l'empereur Hirohito se rend en visite officielle en Europe. La relation avec les États-Unis est rééquilibrée par la renégociation (1960) du traité de sécurité, l'obtention d'un premier excédent commercial (1965) et la restitution des Bonin, puis d'Okinawa (accord de 1969).
Mais, en 1972-1973, le président américain, Richard Nixon, se désengage du bourbier vietnamien et se rapproche de Pékin, sans consulter Tokyo. Pour réduire le déficit commercial américain, il impose au Japon et à l'Europe la fin du système de Bretton Woods et oblige Tokyo à concéder les premiers accords de limitation « volontaire » des exportations. Cette attitude brutale et le premier choc pétrolier amènent Tokyo à se démarquer un peu de Washington en reconnaissant avant lui la Chine populaire (1972) et en adoptant une ligne pro-arabe au Proche-Orient.
Dans les années 1970, la poussée communiste à sa porte (chute du Viêt Nam en 1975) et les tensions au Proche-Orient, d'où provient son pétrole (deuxième choc pétrolier, 1979), entraînent le Japon dans une « diplomatie tous azimuts ». Celui-ci courtise les pays producteurs de pétrole les moins liés aux États-Unis (Iran, Iraq), esquisse avec Moscou des projets de mise en valeur de la Sibérie, signe avec Pékin un traité d'amitié et d'énormes contrats commerciaux (1978), et se dote d'une politique pour l'Asie du Sud-Est (doctrine Fukuda, 1977) axée sur un ambitieux programme d'aide au développement. Le Japon, bien qu'il préfère de beaucoup le cadre des relations bilatérales entre États, commence à accepter de négocier avec la Communauté européenne.
La « deuxième guerre froide » (invasion de l'Afghanistan par l'U.R.S.S. en 1979) se traduit par le renforcement des forces soviétiques en Extrême-Orient (Kouriles comprises) et de graves incidents (en 1983, plus de 200 Japonais trouvent la mort dans un Boeing sud-coréen abattu par l'U.R.S.S.). Les relations se tendent aussi avec la Chine, dont les luttes politiques internes rendent la diplomatie imprévisible. En Occident, les conflits commerciaux engendrent une hostilité inquiétante envers le Japon. La mise en place du marché unique fait craindre la création d'une Europe protectionniste. Le Japon réagit en réaffirmant sa solidarité avec le camp occidental (coopération technologique militaire avec les États-Unis ; aide au Pakistan et à la Turquie, menacés par la poussée soviétique en Afghanistan). Pour calmer le jeu, il promeut la concertation tous azimuts. Il pousse à la création de l'APEC (Asia Pacific Economic Cooperation), en 1989, pour la concertation transpacifique et noue un dialogue politique avec l'Union européenne (consultations ministérielles régulières ; déclaration de La Haye, 1991). Il développe le concept de « sécurité globale », dans lequel l'aspect militaro-diplomatique est inséparable du développement économique et de la confiance mutuelle. Nakasone Yasuhiro (1982-1987) lance une grande campagne d'« internationalisation », pour mieux acclimater les Japonais au monde (apprentissage des langues, échanges de personnes, jumelages). Mais apparaît aussi un courant néonationaliste, qui veut refaire du pays une puissance politique et militaire et qui entretient la polémique avec l'Occident, comme le montre Ishihara Shintaro dans le Japon sans complexe (1989) ; très populaire, celui-ci sera d'ailleurs élu en avril 1999 gouverneur de Tokyo.
La fin de la guerre froide (1989) détériore la relation du Japon avec les États-Unis. Ceux-ci ont désormais moins besoin de l'archipel au plan militaire et peuvent redoubler leurs pressions pour obliger le Japon à ouvrir son économie, quitte à le déstabiliser. La Chine connaît une croissance spectaculaire et réaffirme ses ambitions d'hégémonie régionale. Avec les pays émergents d'Asie, elle s'oppose aux prétentions de Washington d'imposer la démocratie et la loi du marché à la région. Pour sa part, le Japon est en crise économique et politique ; l'indigence de sa diplomatie pendant la guerre du Golfe nuit à sa crédibilité. Il esquisse un rapprochement avec Pékin (très importante aide au développement ; levée rapide des sanctions après le massacre de Tian'anmen, visite officielle de l'empereur Akihito en 1992). Mais la montée des tensions en Asie (crise nucléaire en Corée du Nord, en 1994, manœuvres militaires chinoises dans le détroit de Taïwan, en 1995-1996) le pousse à resserrer son lien militaire avec les États-Unis, en élargissant le champ d'action du traité de sécurité à toutes les crises qui pourraient survenir dans un « environnement régional » dont les limites ne sont pas précisées. La crise qui affaiblit les économies asiatiques en 1997, la montée en puissance de la Chine, et ce qui apparaît comme le renforcement de « l'hyperpuissance » américaine après les attentats du 11 septembre 2001 accroissent le rôle déterminant de ce qui reste, depuis 1945, pour le Japon « la relation bilatérale la plus importante du monde ». L'engagement de ce dernier en Iraq (déploiement des F.A.D. dans le sud-est du pays de 2004 à 2006) témoigne, par ailleurs, de la volonté d'une refonte de sa politique militaire, jusque-là exclusivement défensive, mais également d'une volonté de s'imposer comme le partenaire naturel de l'Europe en Asie. En dépit de la visite de Koizumi Junichiro à Pyongyang en septembre 2002, qui constitue une étape importante vers la normalisation entre les deux pays, celle-ci reste tributaire d'une série de contentieux (le sort des 11 Japonais qui auraient été enlevés par des agents nord-coréens au cours des années 1970-1980, le montant des réparations de guerre pour l'occupation de la péninsule coréenne de 1910 et 1945) mais surtout de la poursuite du programme nucléaire de la Corée du Nord, qui réalise son premier essai le 9 octobre 2006.
La montée en puissance de la Chine ne cesse d'inquiéter l'Archipel. En 2004, il mentionne cet autre voisin comme une préoccupation potentielle en matière de sécurité et s'associe à Washington pour soutenir Taïwan face aux menaces de Pékin. L'année 2005 connaît un regain de tension, suscité notamment par l'exploitation des ressources énergétiques en mer de Chine orientale – dont la souveraineté est contestée par Pékin – et par la candidature du Japon à un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.
Amorcé en 2007 par Abe Shinzo, le réchauffement des relations sino-japonaises se poursuit en 2008, année marquée par la visite historique du Premier ministre chinois Wen Jiabao au Japon et, sous le gouvernement d'Aso Taro, par l'organisation à Fukuaka d'un sommet trilatéral Chine-Japon-Corée du Sud (décembre 2008). En octobre 2008, le Japon qualifie de « très regrettable » la décision américaine de retirer la Corée du Nord de la liste des États soutenant le terrorisme. Arrivée au pouvoir en septembre 2009, la nouvelle coalition de Hatoyama Yukio, issue d'un accord entre le P.D.J., le P.S.D. et le N.P.P., a pour objectif de faire évoluer la politique étrangère nippone vers une plus grande autonomie à l'égard des États-Unis.
Pour la partie préhistorique et protohistorique, se reporter au chapitre histoire.
À ses débuts, l'architecture japonaise se caractérise par deux sortes d'habitations : l'une, d'origine nordique, est une demeure demi-souterraine couverte d'un toit de chaume soutenu par des piles de bois ; l'autre, d'origine méridionale, est un bâtiment sur pilotis revêtu d'un toit débordant, abritant une galerie extérieure. Ce toit se hérisse de billes de bois posées transversalement sur la poutre faîtière, tandis que les arêtiers s'entrecroisant au-dessus des pignons forment les chigi. Ce modèle subsistera dans les sanctuaires de la religion Shinto, dont ceux d'Izumo et d'Ise restent les exemples les plus caractéristiques. Maintes fois reconstruits au cours des siècles, élevés en bois de pin, sans peinture ni crépi, ils restent fidèles à de très anciennes formules. Leurs toitures sont, à présent, revêtues de fragments d'écorce de hinoki (bois de cèdre). L'influence de la Chine est déjà visible dans les modèles de maisons en terre cuite qui surmontent certains haniwa. Elle triomphe à la fin du VIe s., lors de l'introduction du bouddhisme et de la fondation des premiers temples.
Fondé par le prince Shotoku, le Horyu-ji est le plus ancien monastère qui subsiste aujourd'hui. Par son plan symétrique, par la structure de ses édifices (Chumon, porte monumentale ; Kondo, temple d'or et pagode) montés sur des terrasses en pierre et dont les éléments en bois sont revêtus de peinture rouge, par le profil des toits couverts de tuiles reposant sur des colonnes par l'intermédiaire de consoles à deux branches, l'ensemble est caractéristique de l'architecture chinoise, dont il reste le plus ancien exemple. Au VIIIe s., les temples de Nara suivent les mêmes modes, avec des proportions plus amples. À l'époque Heian, où a lieu l'introduction des sectes ésotériques qui recherchent pour leurs communautés des lieux retirés au flanc des montagnes (mont Hiei, mont Koya), la disposition symétrique des bâtiments est abandonnée, et le plan doit se conformer à la configuration du terrain. Ainsi s'établissent des liens étroits entre les bâtiments et le cadre naturel, qui sont un des traits les plus caractéristiques de l'architecture japonaise. Les formules chinoises ont tendance à se « japoniser » ; les sanctuaires sont de dimensions plus restreintes, mais luxueusement décorés, à l'intérieur, de revêtements en laque incrusté de nacre et rehaussé d'or et d'ornements orfévrés. Se mirant dans un plan d'eau sinueux, le Hoo-do du Byodo-in, en forme de phénix aux ailes éployées, est l'exemple le plus fameux de ce style.
Le bakufu de Kamakura voit renaître des influences chinoises. Au Nandaimon du Todai-ji de Nara, reconstruit à cette époque, sont adoptées des formules de la Chine du Sud, appelées improprement tenjiku-yo (« style indien »). Dans le même temps, l'apparition de la secte zen entraîne l'emploi du style des Song du Nord, ou kara-yo (« style chinois »), opposé au wa-yo (« style national »), nom qui désigne les modes japonisés de l'époque précédente. Simplicité des bâtiments dépourvus de peinture rouge, multiplication sous les toits des consoles dont le rôle devient purement décoratif, ouvertures cintrées en anse de panier, telles sont les caractéristiques du Shariden (pavillon des Reliques) d'Engaku-ji, à Kamakura.
L'époque Muromachi verra un compromis entre le wa-yo et le kara-yo. Cependant, à la fin du XVIe s., l'influence de l'architecture Ming se manifeste dans le décor sculpté et polychrome, illustré par les ensembles du Zuigan-ji à Matsushima et surtout par ceux de Nikko. Désormais, l'architecture bouddhique se fige et cesse de se renouveler.
Au VIIIe s., Nara, première capitale fixe, fut bâtie sur le plan en damier des villes chinoises ; ses palais et ses résidences aristocratiques suivirent aussi la mode nouvelle. Celle-ci devait se perpétuer à Heian-kyo (Kyoto), fondée en 794, et dont le plan, qui subsiste encore partiellement, fut conçu par un Chinois. Mais, si les édifices officiels restent fidèles aux formules continentales, dans les résidences privées s'effectue un compromis entre ces dernières et les vieilles traditions japonaises : bâtiments sur pilotis, toit en écorce de hinoki très débordant et abritant, par l'intermédiaire d'appentis, la galerie circulaire, ou engawa, qui permet, tout en restant dans la maison, de contempler le cadre extérieur : un jardin à la chinoise, avec un étang semé d'îlots reliés à la terre par des ponts. Les intérieurs étaient ornés de peintures murales et de paravents, le sol couvert de nattes, ou tatamis.
C'est à l'époque Muromachi que s'effectuent, sous l'influence du zen, d'importantes innovations : adoption du style kara-yo aux ouvertures en anse de panier (Ginkaku-ji, bâti au XVe s. pour le shogun Ashikaga Yoshimasa) et surtout adjonction d'un porche, ou genkan. L'intérieur est divisé par des cloisons à glissières, ou fusuma, et dans les salles de réception est ménagée une alcôve, ou tokonoma, réservée à la présentation d'une peinture et d'un arrangement de fleurs. De légers éléments d'ameublement sont adaptés aux parois : étagère (tana), tablette pour écrire éclairée par une fenêtre ronde (shoin). Conçus à l'intention de la cérémonie du thé, de légers pavillons en matériaux rustiques sont couverts de toits de chaume.
L'époque Momoyama voit naître des châteaux forts en bois montés sur des massifs de pierre. Dans le donjon ou à l'ombre de ce dernier, de somptueux appartements utilisent le style Shoin, en le magnifiant et en le surchargeant d'un décor sculpté et peint aux couleurs chatoyantes. L'influence du zen subsiste dans les chashitsu (pavillons de thé), et, si dans l'architecture officielle se conserve jusqu'en 1868 la tendance à la surcharge ornementale, dans les résidences privées s'élabore une architecture fonctionnelle aux lignes simples, faisant, par ses larges ouvertures et par ses galeries, une ample place au cadre extérieur auquel s'adapte l'édifice. Le modèle du genre est le palais Katsura (près de Kyoto), conçu dans le premier quart du XVIIe s., demeure princière disposée dans d'admirables jardins aux points de vue très divers. Restreinte aux dimensions les plus exiguës, cette formule est restée, jusqu'à nos jours, celle de la maison japonaise traditionnelle.
C'est avec l'introduction des premières images bouddhiques que le Japon s'initia à l'art plastique ; les œuvres les plus anciennes qui y sont conservées comptent au nombre des plus beaux exemples de la statuaire extrême-orientale. Le style des Wei du Nord, transmis par des artisans coréens ou chinois, fait son apparition à l'époque Asuka (fin du VIe-début du VIIe s.). La triade du Bouddha en bronze doré, datée de 623, œuvre de Tori, descendant d'un émigrant chinois, se distingue par sa frontalité, l'élégance des plicatures, l'allongement des formes, l'acuité des traits. On retrouve ces qualités dans les chefs-d'œuvre que sont la Kudara Kannon (Avalokiteshvara) et la Yumedono Kannon du Horyu-ji, ainsi que le Miroku du Chugu-ji. Déjà s'y révèle l'habileté des praticiens japonais, qui, à l'opposition des Chinois tailleurs de pierre, préfèrent travailler le bois. L'époque Hakuho (645-710) et celle de Nara (710-794) voient aux influences retardataires des Coréens se substituer celles de la Chine des Tang. La recherche du volume, l'élégance des proportions, le réalisme, l'individualisation des traits feront la gloire des sculptures si nombreuses conservées dans les temples de la première capitale japonaise. Le Grand Bouddha en bronze du Todai-ji, haut de plus de 20 m, était l'expression grandiose de la piété de l'époque (749). Il n'en subsiste plus que la partie inférieure et quelques pétales du trône de lotus. Bientôt, au bronze trop coûteux se substituent le plâtre, le bois revêtu de laque dorée ou peinte, la laque sèche, modelage de laque et d'étoffe sur une âme de bois ou d'argile. À la fin du VIIIe s., l'atelier du Toshodai-ji, à Nara, se distingue par ses effigies taillées en plein bois, aux dimensions amples, aux corps moulés sous des draperies cannelées. La même technique est employée, au début de l'époque Heian (IXe-Xe s.), pour les divinités à aspect terrible des sectes ésotériques : aspect massif du Fudo (Avalokiteshvara) du To-ji à Kyoto. La seconde moitié de l'époque Heian (Xe-XIIe s.) voit naître une technique nouvelle empruntée à la Chine, et qui substitue au travail en plein bois des assemblages moins onéreux, permettant l'élaboration d'une image par plusieurs praticiens. Des ateliers se forment, dont le plus ancien est celui de Jocho (XIe s.), auteur de l'Amida en bois doré, se détachant sur une admirable auréole ajourée, icône principale du Byodo-in. Les proportions amples n'ont plus la tension nerveuse des époques précédentes, les contours sont adoucis, l'influence de l'art pictural est visible dans les draperies, et cette influence ira croissant au cours du XIIe s.
Avec son réalisme aigu, sa tendance à l'individualisation des traits, l'époque Kamakura se signale par un retour au style de l'époque de Nara. Toute une pléiade d'artistes, groupée autour de Unkei, œuvre dans l'ancienne capitale et y remplace les sculptures disparues au cours des guerres civiles. Les Ni-o, rois-gardiens de la porte sud du Todai-ji, sont, avec les disciples du Bouddha du Kofuku-ji, les œuvres caractéristiques de cette période. La puissance de la plastique s'affirme dans d'admirables portraits de prêtres et de laïcs. Mais cette renaissance est sans lendemain. En dépit de sa popularité, le Dai Butsu (Grand Bouddha) en bronze de Kamakura, haut de 11,36 m, manifeste déjà un déclin. Celui-ci s'accentuera au XIVe s., le zen ne favorisant pas, à l'exception de quelques portraits de patriarches, la création d'images pieuses.
L'art du sculpteur trouvera un refuge dans les masques de no, aux expressions sereines ou tourmentées, ainsi que dans les décorations architecturales, dont Hidari Jingoro reste, avec l'ornementation de Nikko, le plus célèbre créateur. Les artisans de l'époque Tokugawa cisèleront les netsuke dans le bois ou l'ivoire.
L'évolution de la peinture permet de saisir de façon caractéristique les tendances générales de l'art japonais, élaborant à partir des modèles chinois des formules nationales.
Une première période, toute chinoise, s'étend du VIIe au IXe s., et les rares exemples qui en subsistent constituent des documents d'une importance capitale pour l'étude de la peinture continentale. Au début de l'époque Heian (IXe-Xe s.), de nouveaux modèles de l'art bouddhique chinois (portraits des patriarches des sectes Shingon et Tendai, divinités protectrices d'aspect terrifiant [Fudo]) sont imités par les Japonais, qui, dès ce moment, insistent sur les valeurs linéaires au détriment du volume. Bientôt viendront s'y joindre les thèmes plus paisibles de l'amidisme : Raigo, descente du ciel du Bouddha du Paradis de l'Ouest venant accueillir les âmes de ceux qui l'invoquent à leur heure dernière. L'inspiration est encore étrangère, mais les paysages ont la douceur de la campagne japonaise, et les formes élégantes sont harmonieusement colorées et rehaussées de légères dorures. Élégance et richesse expriment le goût raffiné de l'aristocratie, qui domine toute l'époque et qui, bien qu'imprégnée de culture chinoise, reste plus sensible qu'intellectuelle et plus éprise de nouveauté que d'absolu. C'est pour cette aristocratie que, vers les XIe-XIIe s., la peinture profane, restée longtemps fidèle au kara-e (décors et paravents à la mode chinoise), se transforme en yamato-e, ou style national. Les sujets sont alors empruntés aux romans et aux légendes édifiantes de l'époque. L'esprit narratif y domine dans de longs rouleaux horizontaux (makimono). On y distingue divers styles (peintures rehaussées de gouache colorée ou peinture à l'encre), mais tous obéissent aux mêmes conventions : composition se déroulant du coin supérieur droit du rouleau au coin inférieur gauche, perspective panoramique, toits enlevés permettant d'observer les scènes d'intérieur.
Le yamato-e poursuit son essor au cours du bakufu de Kamakura, et l'on y observe une tendance croissante au réalisme et à la recherche du mouvement ; illustrations de romans historiques ou d'événements récents, descriptions des enfers bouddhiques, des calamités, des maladies révèlent une individualisation des types qui va parfois jusqu'à la caricature. Les maîtres du yamato-e créent également de beaux portraits.
Sous le shogunat des Ashikaga (1338-1573), le yamato-e, devenu le privilège de l'école Tosa, attachée à la cour impériale, se fige lentement, enrichissant ses peintures de nuages dorés qui barrent les compositions et en séparent les différentes scènes.
La peinture à l'encre des Song du Sud, introduite par la secte zen, connaît alors une grande faveur. Les moines des monastères s'initient à cette technique nouvelle. Ils sont protégés par les shogun, mécènes et collectionneurs. Le kakemono, rouleau en hauteur que l'on suspend dans le tokonoma, fait alors son apparition. Les recherches spatiales des artistes chinois restent cependant étrangères à leurs émules japonais, que leurs moyens d'expression (paravents et fusuma ornant les demeures aristocratiques) inclinent à des compositions décoratives. Seul Sesshu, moine zen qui étudie la peinture en Chine, semble avoir assimilé les bases intellectuelles de cet art et reste le plus grand maître du sumi-e (peinture à l'encre).
La tendance décorative subsiste néanmoins avec Kano Motonobu, dont les œuvres à deux dimensions sont caractérisées par un cerne épais et souple. L'alliance de l'artiste avec l'atelier des Tosa entraîna l'apparition, dans certaines de ses peintures, de couleurs vives et de thèmes japonais traditionnels. L'école Kano triompha sous le règne des grands dictateurs, dont les palais furent somptueusement décorés par Eitoku et par son atelier. Leurs compositions aux couleurs chatoyantes se détachent sur des fonds d'or et d'argent. Éclectiques, les Kano empruntèrent leurs sujets à la Chine et au yamato-e, s'inspirèrent, dans leurs représentations de fleurs et d'oiseaux, de la peinture officielle des Ming. Ils créèrent les namban byobu, paravents des Barbares du Sud, figurant l'arrivée du navire portugais venant ravitailler les jésuites établis au Japon depuis 1549.
Devenu, lors de l'avènement des Tokugawa, l'école officielle des shogun et de la cour, l'atelier des Kano se scinda en deux branches, l'une restant à Kyoto, l'autre se transportant à Edo, où elle poursuivit sa carrière, sans grand renouvellement, jusqu'en 1868. Les bouleversements qui avaient marqué le XVIe s. avaient brisé l'ancienne société ; le développement du commerce et d'une industrie artisanale favorisa la naissance d'une bourgeoisie qui, bien que méprisée, ne tarda pas à acquérir une grande puissance financière. Issus de cette classe bourgeoise, c'est pour elle que travaillèrent les grands décorateurs qui firent la gloire du XVIIe s. japonais : Sotatsu, Korin, Kenzan, admirables coloristes. L'art d'un Korin et d'un Kenzan, peintres, potiers, laqueurs, dessinateurs d'étoffes, domine la période Genroku (1688-1704), la plus brillante de l'époque Tokugawa.
C'est également pour cette bourgeoisie éprise de luxe et de plaisirs qu'œuvrèrent les animaliers et les peintres de fleurs des écoles Okyo et Shijo. L'apparition d'une nouvelle peinture de genre doit aussi lui être attribuée : courtisanes, scènes de théâtre et de la vie quotidienne seront popularisées à Edo par l'estampe sous le nom d'ukiyo-e.
Cependant, par Nagasaki, seul port ouvert aux étrangers, Chinois et Hollandais, les intellectuels s'initient de façon plus théorique que pratique à la peinture chinoise des lettrés (nan-ga ou bunjin-ga), où se distinguent Buson, Chikuden, Tanomura et Gyokudo. La peinture occidentale exerce son prestige dès le milieu du XIXe s., et son influence devient prépondérante à partir de 1868. Dès lors, tous les courants de la peinture occidentale, et particulièrement de l'école française, ont leur retentissement parmi les artistes japonais. Les genres traditionnels en furent pour un temps délaissés, mais n'ont pas tardé à reprendre vie.
Transmise de Chine au Japon dès le VIIIe s., l'impression sur bois y resta longtemps réservée à l'imagerie religieuse. Au début du XVIIe s. apparaissent les premiers romans illustrés. On attribue à Moronobu (vers 1673) les premières feuilles isolées représentant des scènes de la vie d'Edo et de théâtre. Le genre, appelé plus tard ukiyo-e, connut un vif succès dans la classe bourgeoise.
La fin du XVIIIe s. est l'âge d'or de l'estampe, avec Koryusai, Torii Kiyonaga, Shunsho, Utamaro et Sharaku. Les compositions sont plus amples (triptyques et polyptyques). Le XIXe s. verra le genre traditionnel se poursuivre avec Toyokuni, tandis que le paysage prendra une place prépondérante avec Hokusai et Hiroshige.
L'habileté technique des artisans japonais et leur sens profond de la décoration et de l'harmonie des couleurs devaient favoriser l'essor des arts mineurs. Bois, bambou, terre, laque, vannerie, soie, les matières les plus diverses ont été travaillées avec un égal bonheur et une égale ingéniosité.
Ces techniques furent le plus souvent d'origine chinoise. Les trésors conservés au Shoso-in de Nara, où sont, depuis le VIIIe s., abritées les collections de l'empereur Shomu, nous montrent les sources des Japonais en matière de textile, de laque, de poterie, d'ébénisterie. Déjà, parmi ces objets, il est souvent difficile de distinguer les produits autochtones des pièces d'importation.
Le développement des arts mineurs suit, dans ses grandes lignes, l'évolution générale de l'art japonais et est surtout en liaison étroite avec la peinture. L'orientation de cette dernière, attachée aux deux dimensions, la rend particulièrement apte au décor.
Il en subsiste peu de vestiges. Les techniques empruntées aux Tang (Chine) sont mises au service du goût japonais, où domine le yamato-e. Les laques à décor incrusté de nacre, poudré d'or et d'argent, sont d'une élégance raffinée.
Le goût plus sobre des guerriers oriente les décors vers le réalisme ; les formes sont moins élégantes. Les armes prennent une importance croissante ; les lames de sabre seront exportées dans tout l'Extrême-Orient ; les gardes de sabre (tsuba) sont en fer ajouré.
L'influence du zen s'exerce, souveraine. La vogue du chanoyu est à l'origine des bouilloires en métal ciselé et surtout des céramiques. Celles-ci imitent les productions chinoises (ko-seto et seto-guro) ou s'inspirent des poteries locales jusqu'alors réservées aux plus humbles usages (Bizen).
Le goût somptueux de l'époque est favorisé par l'introduction de nouvelles techniques chinoises et par l'habileté grandissante des artisans (laques à décor en relief, brocarts d'or et d'argent de Nishijin [Kyoto], armes somptueuses, tsuba rehaussés de cuivre et de métaux précieux). Dans la céramique, le goût plus sobre du zen prévaut dans les raku (Kyoto) à vernis plombifères. La fantaisie d'un décor floral libre et franc anime les shino et les oribe fabriqués dans la région de Mino, et auxquels de grands maîtres de la cérémonie du thé ont donné leur nom.
L'essor des arts mineurs est favorisé par la prospérité ; partout naissent de nouveaux ateliers provinciaux, mais Kyoto restera longtemps le foyer des modes artistiques. Une nouvelle clientèle bourgeoise patronne les artistes et les artisans. Korin et Kenzan, peintres, laqueurs et potiers, domineront la période Genroku, et leurs modèles seront imités fort longtemps. La céramique prospère, de nombreux potiers coréens étant arrivés au Japon à la fin du XVIe s. Ils seront à l'origine de la porcelaine japonaise, et bientôt les ateliers d'Arita (Kakiemon, Nabeshima) rivaliseront avec ceux de Kutani. Cependant, la virtuosité des artisans l'emporte bientôt sur leur faculté d'invention. La surcharge du décor, les mélanges de matières, le fini du détail se révèlent dans les inro, les netsuke, les tsuba, qui font, à la fin du XIXe s., la joie des collectionneurs occidentaux. À ce moment, le contact européen semble devoir détruire un artisanat qui s'est cristallisé dans des formules vieillies. Mais les arts populaires conservent toute leur fraîcheur.
Le Manyo-shu.
Genji monogatari de Murasaki Shikibu, Sei Shonagon.
Basho, Chikamatsu Monzaemon, Ihara Saikaku.
Abe Kobo, Akutagawa Ryunosuke, Inoue Yasushi, Ishikawa Jun, Kawabata Yasunari, Kinoshita Junji, Mishima Yukio, Mori Ogai, Natsume Soseki, Oe Kenzaburo, Shimazaki Toson, Tanizaki Junichiro, Tsubouchi Shoyo.
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