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Inde

Inde

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Carton de situation

Inde
en hindi Bhārat
Nom officiel : République de l'Inde

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à l'Asie.

État de l'Asie méridionale baigné à l'ouest par la mer d'Arabie, à l'est par le golfe du Bengale, l'Inde est limitée au nord-ouest par le Pakistan, au nord par la Chine, le Népal et le Bhoutan, au nord-est par le Bangladesh et la Birmanie. Membre du Commonwealth, l'Inde est un État fédéral composé de 28 États et de 7 Territoires.  

Superficie : 3 268 000 km2
Nombre d'habitants : 1 198 003 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Indiens
Capitale : New Delhi
Langues : anglais et hindi
Monnaie : roupie indienne

Chef de l'État : Pratibha Devisingh Patil

Chef du gouvernement : Manmohan Singh

Nature de l'État : république à régime parlementaire

Constitution :

 Entrée en vigueur : 26 janvier 1950

 Révision : novembre 1976

Institutions au niveau fédéral

Exécutif

Chef de l'État : président de la République

Chef du gouvernement : Premier ministre

Législatif

Le Parlement se compose de la Chambre du peuple et du Conseil des États.

GÉOGRAPHIE

Les milieux physiques

Formation et répartition des reliefs

Les milieux résultent en Inde de la combinaison de quatre grands types de reliefs (moyennes montagnes, hautes montagnes, plaines et plateaux) et de climats (très humides, humides, secs et très secs). On distingue trois grands ensembles. Au nord, les mouvements orogéniques violents du Cénozoïque ont mis en place l'Himalaya (qui, d'ailleurs, n'appartient que très partiellement à l'Inde). Au sud de ces énormes reliefs, une fosse géante a été comblée par des sédiments très épais, portant actuellement une plaine alluviale (plaine du Gange). Plus au sud encore subsiste une masse de vieux terrains, mis en place pour la plupart avant le début du Paléozoïque et qui forment un socle. Ce socle indien (ou péninsulaire), le Deccan, porte surtout des plateaux très étendus et quelques moyennes montagnes ; des plaines s'y dispersent sur ses bordures, surtout à l'est.

   L'Inde non himalayenne est de loin la plus étendue, tandis que les montagnes du Nord ont une originalité qui permet de les individualiser.

L'évolution de l'Inde non himalayenne
– LA FORMATION DU SOCLE INDIEN

La formation du socle indien est très ancienne. Une bonne partie du complexe rocheux de base, granites et gneiss, s'est constituée au cours d'une évolution précambrienne très compliquée. Plusieurs phases de plissements ont été suivies de destruction des reliefs par l'érosion et il s'est succédé de multiples épisodes de mise en place du matériel venu des profondeurs de l'écorce terrestre. Mais ces phases très anciennes n'ont pas laissé d'ensembles géologiques bien identifiables. Il n'en va pas de même d'une autre série qui s'est déroulée juste avant le début du Paléozoïque et au cours de celui-ci.

   Au Précambrien moyen, une séquence sédimentation-plissement a mis en place la série plissée des Aravalli, qui affleure actuellement au nord-ouest de la péninsule. Une phase de sédimentation gréseuse du Précambrien supérieur a laissé des étendues de grès, ceux des monts Satpura, au nord-est de Bombay. Au début du Paléozoïque, une nouvelle séquence sédimentation-plissement a mis en place la série peu étendue des monts de Cuddapah, près de Madras. À la fin du Paléozoïque se sont produits des événements géologiques lourds de conséquences économiques : tandis que se déposait une nouvelle série de grès (grès vindhyens), des fossés d'effondrement étaient remplis de sédiments, qui constituent les gisements de houille exploités aujourd'hui. Les plus importants de ces fossés sont maintenant suivis par les vallées de la Damodar, de la Mahanadi (cours moyen) et de la Godavari (cours inférieur).

   L'évolution du socle depuis la fin du Paléozoïque a été marquée par des événements qui influencent encore profondément la disposition du relief. Ce socle a d'abord subi un grand mouvement d'ensemble, avec soulèvement à l'ouest et enfoncement à l'est, et des déformations cassantes d'une ampleur plus réduite, qui donnent un jeu complexe de blocs affaissés et soulevés. Le mouvement de bascule d'ensemble a pour effet de produire une dissymétrie fondamentale de la péninsule et de faire apparaître un contraste entre ses bordures orientale et occidentale ainsi qu'une dissymétrie de base du réseau hydrographique, les grands fleuves prenant leur source à quelques kilomètres de la mer d'Oman et se jetant dans la baie du Bengale. Aussi, le long de celle-ci, y a-t-il plusieurs grands deltas, qui n'ont pas leur équivalent à l'ouest. Le socle a également été recouvert en partie par une immense nappe de laves basaltiques, mises en place au Crétacé et qui s'étendent actuellement sur une superficie à peu près égale à celle de la France.

   Pendant tout le Mésozoïque et une partie du Cénozoïque, le socle se prolongeait vers le nord bien au-delà des limites de ses affleurements actuels. Puis, au Cénozoïque, une partie fut entraînée dans une subsidence profonde, et une autre englobée dans l'orogène himalayen. Ainsi se distinguèrent le sillon indo-gangétique et l'Himalaya.

– LES PLATEAUX

L'évolution du relief explique d'abord leur prépondérance. Elle est liée à la longueur des temps pendant lesquels l'érosion s'est exercée sur ces vieilles roches : tous les reliefs anciens ont été rabotés et remplacés par des surfaces d'aplanissement. Les plateaux volcaniques sont dus à la conservation des surfaces dures des coulées basaltiques.

   L'aspect des plateaux est à la fois un effet de la longueur de l'évolution et des climats. Il existe trois types principaux de plateaux. Certains ont des profils tendus, au-dessus desquels se dressent brutalement des reliefs isolés, comme des îles sur la mer (c'est pour cette raison qu'on les qualifie d'inselberg (« montagnes-îles », en allemand). Ces plateaux à inselbergs se rencontrent sur les granites et les gneiss très résistants (charnockites), dans les régions sèches et moyennement sèches. Leur aspect particulier s'explique par la profondeur des altérations des roches, liées aux fortes températures et à l'humidité du climat, tandis que l'alternance de périodes sèches et pluvieuses a permis le maintien de pentes raides et l'élaboration de plans inclinés à leur pied. Les granites et les gneiss se sont décomposés sous l'action d'un climat chaud et globalement pluvieux ; ils ont donné des sols rouges, d'une fertilité assez médiocre. On trouve aussi, dans les régions les plus humides, des plateaux plus disséqués, formés par une série d'interfluves arrondis. Enfin, les plateaux volcaniques, qui recouvrent le nord-ouest de la péninsule, sont originaux : leurs parties hautes sont généralement très planes, et les versants des vallées qui les entaillent sont en gradins, disposition qui exprime le travail de l'érosion dans un empilement de coulées successives et correspondent à des différences de résistance à l'érosion entre les « lits rouges » et les coulées basaltiques. Ces marches portent des sols noirs, riches en bases, pouvant retenir des quantités considérables d'eau entre les étages qui les constituent : ce sont les fameux regurs, sols adaptés à la culture du coton.

   La répartition des plateaux est également liée à l'évolution géologique. On les rencontre sur le socle partout où celui-ci n'a pas été fortement soulevé par le mouvement de bascule ou par des failles plus localisées. Les plateaux sont particulièrement réguliers dans une énorme région qui constitue un axe central du socle, mais, en revanche, ils sont moins représentés sur les marges.

– LES MOYENNES MONTAGNES

Les moyennes montagnes constituent un domaine original par leur relief, leur végétation et leurs sols. Les altitudes sont souvent modestes, mais, sous les climats très chauds de ces basses latitudes, la baisse de température qu'on peut y enregistrer a des conséquences importantes sur la végétation, l'agriculture, le confort des hommes. Ces régions sont aussi des milieux de communication difficiles.

   On peut distinguer trois types de moyennes montagnes. Les grandes failles déterminent d'énormes marches d'escalier, qui, vues du côté effondré, prennent l'aspect de reliefs impressionnants. Le revers de ces escarpements est beaucoup moins raide. Mais le soulèvement vigoureux a déclenché une dissection active par l'érosion, et l'on peut observer des deux côtés de l'escarpement une bande de quelques dizaines de kilomètres de large où les vallées sont profondément enfoncées. Deux groupes de moyennes montagnes appartiennent à ce type : d'une part, le long de la côte ouest, l'énorme escarpement des Ghats de l'Ouest (ou encore monts Sahyadri), qui se suit du nord de Bombay au cap Comorin, avec une seule interruption, au niveau de Palghat ; d'autre part, dans le nord de la péninsule stricto sensu, une série d'accidents est-ouest, grandes failles et fossés d'effondrement, reproduisant le même schéma. Ainsi sont nés les monts Vindhya, Satpura, Maikal, etc. Ils contribuent à donner une physionomie particulière à l'Inde centrale.

   Un autre type de moyenne montagne s'est constitué à la suite du soulèvement en masse de blocs de roches relativement homogènes ; ce type est caractérisé par une forme d'ensemble moins allongée et par un relief de hautes surfaces arrondies. À ce type appartiennent les montagnes les plus hautes de la péninsule, les grands blocs soulevés de l'extrême Sud (monts Nilgiri, Palni, des Cardamomes). Il y a aussi une série de blocs moins élevés et plus discontinus, qui bordent à distance la baie du Bengale. On les rassemble souvent sous le nom de Ghats de l'Est ; toutefois ce terme est trompeur, car il tend à impliquer une symétrie entre les deux bordures de la péninsule, qui n'existe guère en réalité. Il n'y a pas ici de bordure continue, mais une succession de petits massifs entre lesquels de nombreuses vallées ménagent des voies de passage.

   Enfin, le troisième type de montagnes moyennes est constitué par celles où l'érosion a remis en valeur d'anciens axes de plissements, parce que les mouvements anciens ont affecté des séries hétérogènes, qui se disposent maintenant en bandes inégalement résistantes à l'érosion. C'est le cas surtout des monts du Cuddapah au sud-est et des Aravalli au nord-ouest.

– LES PLAINES ALLUVIALES

Le rôle des plaines alluviales dans la géographie humaine est supérieur à leur étendue (inférieure à celle des plateaux, en dépit de l'immensité de la plaine du Gange).

   Leur répartition d'ensemble est facile à expliquer. Les plaines du sillon indo-gangétique correspondent au sommet alluvial d'un remblaiement de plusieurs milliers de mètres dans la fosse qui constitue une discontinuité majeure de l'écorce terrestre entre le vieux socle précambrien et l'énorme orogène himalayen. Les plaines deltaïques sont toutes groupées autour de la baie du Bengale (delta commun du Gange et du Brahmapoutre, deltas de la Mahanadi, de la Godavari, de la Kistna, de la Pennar, de la Kaviri et de la Vaigai).

   L'absence de deltas le long de la mer d'Oman et leur concentration dans l'Est sont un effet du mouvement de bascule évoqué. En effet, les rivières qui se jettent dans la baie du Bengale sont longues et bien alimentées, et atteignent une mer peu profonde ; il en va tout autrement pour les rivières, très courtes, qui descendent le vigoureux escarpement des Ghats de l'Ouest et qui n'ont pu construire de delta.

   Les plaines ont une certaine variété d'aspect. On voit s'opposer les parties humides, où le danger d'inondation est constant (deltas du Nord-Est, Bihar), et les régions plus sèches, où il existe plutôt une menace venant de la migration vers la surface du sol de sels solubles et toxiques pour les plantes.

   D'autre part, il existe une différence entre les piémonts inclinés, comme ceux du Pendjab, et les bandes marécageuses humides, qui correspondent à des zones basses où ressortent les eaux infiltrées dans les cônes de piémont.

   De plus, toutes les plaines sont divisées en unités de petites dimensions, notamment avec l'opposition entre les différents niveaux de terrasses. Une dénivellation de quelques mètres peut avoir des conséquences très importantes pour la mise en valeur. Les hautes terrasses sont à l'abri de l'inondation, mais peuvent manquer d'eau à certaines périodes. Leurs sols sont anciens et ont évolué en fonction du climat. Là où celui-ci est humide, il y a eu lessivage, c'est-à-dire appauvrissement du sol en matières solubles, notamment en bases. Dans la plaine du Gange moyen, ces hautes terrasses sont connues sous le nom de bhangar. Les basses terrasses sont sous une menace constante de l'inondation, d'autant plus grave que les fleuves sont plus puissants et les pluies plus abondantes. Les basses plaines du Bihar, de l'Orissa, du Bengale-Occidental connaissent avec une régularité catastrophique des inondations graves. Il ne se passe guère d'années sans qu'une partie au moins de ce domaine soit envahie par les eaux. Par contre, les sols sont toujours renouvelés par un alluvionnement constant, et ces basses terrasses, ou khadar, sont connues pour leur fertilité.

L'Himalaya

Le territoire de la République indienne ne pénètre profondément dans la masse himalayenne qu'au nord-ouest (Cachemire sous contrôle indien et Himachal Pradesh) et au nord-est (région de l'Assam et de l'Arunachal Pradesh). Au centre, le Népal, le Bhoutan et le Sikkim atteignent le bord septentrional de la plaine du Gange. Au Cachemire et en Himachal Pradesh, on trouve un alignement d'unités morphologiques puissantes et distinctes (dont la plupart se suivent d'ailleurs plus ou moins tout le long de la chaîne).

   Le long des plaines du Pendjab, une série de chaînons parallèles, hauts de 600 à 1 200 m seulement, constitue la chaîne des Siwalik. Beaucoup plus impressionnant est le Pir Panjal, au nord des Siwalik. C'est une chaîne dont les sommets dépassent 4 000 m et constituée de terrains assez peu métamorphiques, empilés en nappes de charriage. Il est bordé au nord par une grande dépression due à la subsidence récente dans l'édifice des nappes de charriage, la Grande Vallée du Cachemire. Le fond est situé à 1 500 m seulement, et la vallée est longue de plus de 140 km : c'est une unité morphologique bien marquée.

   Ce n'est que sur le flanc nord de la Vallée que se dresse le Grand Himalaya. Celui-ci commence à l'ouest par une énorme masse cristalline, qui dépasse 8 000 m au Nanga Parbat. Vers le sud-est, les montagnes qui succèdent au Nanga Parbat ne dépassent guère 6 000 m, avec des cols autour de 3 500 m. Cette chaîne est sculptée dans des masses sédimentaires violemment plissées. Au nord de cette masse impressionnante se trouve la haute vallée de l'Indus, qui suit une suture fondamentale de l'écorce terrestre, limite de l'Himalaya proprement dit. Cette vallée est dominée par le Nanga Parbat ; les versants ont jusqu'à 5 000 m et plus de hauteur relative, offrant ainsi l'une des plus extraordinaires dénivellations qu'on puisse observer.

   Le Cachemire comporte une partie d'une montagne non himalayenne à proprement parler, le Karakorum (original par sa structure, une masse cristalline fortement soulevée, et par la puissance de ces reliefs, il comporte le second sommet du monde, le K2, et un ensemble de sommets dépassant 8 000 m, plus impressionnant que celui du Népal). D'énormes glaciers couvrent plus de 30 p. 100 de sa surface. L'Himalaya est plus mal connu au nord-est.

   L'Inde ne contrôle directement qu'une part assez faible de la chaîne. Elle cherche d'ailleurs à y étendre son influence, notamment par sa politique vis-à-vis du Népal et du Bhoutan. De toute façon, la présence de l'immense barrière du Nord pèse sur les perspectives stratégiques de l'Inde, comme sur les traits de sa géographie physique et humaine.

Les climats

L'Inde appartient distinctement au monde des climats tropicaux. Sur une grande partie du territoire, l'opposition essentielle entre périodes et régions est fondée sur des caractères pluviométriques : on oppose surtout périodes humides et périodes sèches, régions humides et régions sèches. La chaleur règne toute l'année. Cependant, dans le Nord, les températures hivernales peuvent être assez basses pour gêner les hommes (mal logés et mal vêtus) et certaines cultures : l'hiver thermique y devient sensible.

   La carte est donc fondée surtout sur des caractères pluviométriques ; quatre types de régions sont distingués, selon à la fois la durée et l'abondance des pluies. Ces deux caractères sont en effet significatifs, et il est commode de les combiner : une période humide un peu plus longue peut compenser des pluies un peu moins importantes, et vice versa. Sont considérées comme très humides les régions où la saison des pluies dure plus de quatre mois et apporte plus de 1 500 mm d'eau (beaucoup plus par endroits), comme humides les régions avec trois mois pluvieux et de 1 000 à 1 500 mm de pluies, comme sèches les régions avec deux à trois mois pluvieux, mais de 500 à 1 000 mm de pluies seulement, enfin comme très sèches les régions recevant moins de 500 mm de pluies et dans lesquelles la saison humide n'excède pas un mois. On considère ici comme humide un mois dont les précipitations sont supérieures à la quantité d'eau qui peut s'évaporer en fonction de la température de l'atmosphère (évaporation potentielle). Les durées de saisons humides fixées plus haut sont donc inférieures à celles de la période pendant laquelle il tombe quelques averses.

La saison sèche et fraîche

De décembre à février, le temps sur l'Inde est sec et beau, relativement frais (très relativement dans le Sud, beaucoup plus nettement dans le Nord, où les nuits peuvent connaître des températures de 4 à 5 °C, parfois des gelées).

   La circulation atmosphérique est simple et régulière. Tous les jours, les vents sont dirigés des cellules de hautes pressions subtropicales. Le centre de l'anticyclone indien se trouve en général dans la région de Bombay : les vents soufflent donc de l'ouest sur le nord de l'Inde, puis ils passent à nord-ouest, à nord et enfin à nord-est sur la baie du Bengale. Les vents de nord-est sur la baie du Bengale se prolongent ensuite sur le sud de l'océan Indien. Ils ont depuis longtemps attiré l'attention des marins, qui les désignent sous le nom de mousson du nord-est, ou mousson d'hiver.

   Cette situation explique la sécheresse de l'hiver. D'une part, l'air qui circule autour d'un anticyclone n'est jamais le siège d'ascendances : il ne peut donc pas s'y produire de condensations de vapeur d'eau, et il n'y a ni nuages ni pluies. D'autre part, l'air arrive de régions continentales (plateau iranien, Moyen-Orient) : il est donc sec. Cependant, sur la marge septentrionale du monde indien, quelques perturbations en provenance de la Méditerranée peuvent arriver et donner des pluies sur le nord-ouest de l'Himalaya ainsi que dans la plaine du Gange.

   Mais, dans le reste du pays, le ciel est perpétuellement clair, les journées sont chaudes (autour de 30 °C dans le Sud et de 20 °C dans le Nord), et les nuits fraîches (autour de 20 °C dans le Sud et de 5 à 10 °C dans le Nord). Dans les plaines de l'extrême Nord, des gelées nocturnes peuvent survenir.

La saison très chaude et sèche

Les mois de mars, d'avril, de mai et parfois de juin sont caractérisés par le maintien de la sécheresse et par une augmentation très nette de la température : les moyennes des maximums (températures du jour) sont supérieures à 35 °C, atteignant 40 °C, voire 45 °C sur les régions intérieures. Les nuits sont aussi très chaudes, généralement entre 25 et 30 °C.

   Quelques régions du monde indien commencent, cependant, à connaître un temps un peu différent : des pluies se produisent en effet dans l'extrême Sud et sur le Nord-Est (Bengale et Assam). Dans ces régions, la saison des pluies débute ainsi à la fin d'avril ou dans le courant de mai.

   La sécheresse et la chaleur s'expliquent par le maintien de la circulation de type hivernal, alors que l'activité solaire augmente et fait sentir fortement ses effets sous les ciels maintenus clairs justement par l'existence des anticyclones.

   Les pluies encore limitées s'expliquent par l'apparition, dans les basses couches de l'atmosphère, d'une aire de basses pressions centrée au sud de la péninsule indienne. Cette dépression dirige des vents d'ouest dans les régions méridionales et des vents du sud sur la baie du Bengale ; ces vents sont chargés d'humidité, puisqu'ils atteignent les côtes de l'Inde du Sud et du Bengale après avoir traversé des surfaces marines.

La saison des pluies

Les pluies se généralisent au cours de juillet et durent sur la majeure partie de l'Inde en août et en septembre. Ce changement fondamental est dû à une réorganisation complète de la circulation atmosphérique.

   Celle-ci est dominée alors par une grande dépression semi-permanente, très creuse, installée sur le nord-ouest du monde indien. Certains jours, cette dépression se prolonge vers l'est par un axe de basses pressions qui s'étend le long de la bordure méridionale de la plaine du Gange, en direction de la baie du Bengale.

   Au sud de la dépression et de l'axe dépressionnaire, la pression remonte jusqu'à l'équateur, puis, au-delà, jusqu'aux anticyclones subtropicaux de l'hémisphère Sud (cellules de hautes pressions alignées vers 25 à 30° de lat. S.). Un énorme courant aérien est déterminé par ce champ de pression. Il commence par un vent de sud-est dans l'hémisphère Sud ; arrivé à l'équateur, ce vent le franchit, puis l'air souffle d'ouest à sud-ouest et atteint ainsi l'Inde. Le vent traverse alors la péninsule, atteint la baie du Bengale, s'avance vers le nord, puis remonte la plaine du Gange comme un vent d'est.

   Parfois, la situation est un peu plus complexe. De la baie du Bengale à l'Inde du Nord-Ouest, il y a en effet souvent des dépressions mobiles, qui parcourent cet axe en trois à six jours. Il apparaît alors un tourbillon de vents, lié à l'existence de ce centre dépressionnaire mobile, ce qui vient compliquer un peu le schéma. De telles dépressions apparaissent entre trois et six fois par mois, si bien qu'elles sont présentes deux jours sur trois et sont un élément essentiel de la circulation.

   Celle-ci explique assez bien un certain nombre de faits majeurs. Tout d'abord le fait que les pluies sont quasi générales sur l'Inde. En effet, le courant décrit ci-dessus accomplit un très long trajet sur des mers chaudes et se charge d'une quantité énorme de vapeur d'eau. D'autre part, les reliefs et les dépressions mobiles déclenchent dans ce courant mobile humide des ascendances qui déterminent des précipitations.

   Mais cette circulation explique aussi l'inégale répartition des pluies. Celles-ci sont importantes et fréquentes surtout là où les ascendances se déclenchent le plus souvent, c'est-à-dire d'abord au vent de tous les reliefs (Ghats de l'Ouest, montagnes du nord-est de la péninsule, bordure du plateau de Shillong et de l'Himalaya) et ensuite dans toutes les régions où le courant humide est perturbé, notamment par les dépressions mobiles, qui sont de véritables cheminées d'ascendance tourbillonnaire.

   Il pleut, par contre, beaucoup moins là où l'air humide n'est pas entraîné par des ascendances, c'est-à-dire là où il n'y a ni perturbations atmosphériques, ni reliefs importants. C'est le cas pour les plateaux de tout l'est et du centre de la péninsule ainsi que pour les côtes méridionales de la baie du Bengale. Il y a aussi des régions qui ne sont pas atteintes par l'air humide : c'est le cas du nord-ouest du monde indien, atteint très indirectement par la mousson après un long détour sur des surfaces continentales.

   C'est pendant cette saison qu'est acquise la répartition des régions sèches et arrosées résultant donc du fonctionnement d'un système assez complexe, dont l'élément essentiel est le grand courant humide de la « mousson d'été ».

   Ce système fonctionne pendant les mois d'été, mais pas avec une régularité complète. En effet, certaines années, les pluies sont moins abondantes que d'habitude dans le nord de l'Inde. Il en résulte des sécheresses qui peuvent être catastrophiques dans un pays surtout agricole.

L'automne

Les mois d'octobre et de novembre représentent une situation intermédiaire. Les pluies diminuent de façon significative sur l'ensemble du pays, à une exception près. En effet, il pleut abondamment sur toute la côte orientale de la péninsule, le long de la baie du Bengale. Cette région, ayant des pluies assez faibles pendant la mousson, connaît alors son maximum de l'année.

   La diminution des pluies s'explique par la réapparition, dans le Nord et dans l'Ouest, des anticyclones tropicaux. L'activité solaire n'est plus suffisante pour entretenir la grande dépression de l'été.

   Les pluies de la région orientale de la péninsule résultent essentiellement de la persistance des dépressions naissant dans la baie du Bengale, comme en été. Mais ces dépressions suivent maintenant des trajectoires différentes, beaucoup plus dispersées dans l'espace. Deux trajectoires dominent cependant. L'une part du sud de la baie pour se diriger vers le Bengale ; plus souvent qu'en été, les dépressions prennent une force telle qu'elles sont capables de provoquer des catastrophes. L'autre trajectoire voit les dépressions se diriger du sud de la baie du Bengale vers l'ouest et traverser les parties méridionales de la péninsule. Toutes ces dépressions provoquent la pénétration d'air humide dans l'Inde du Sud-Est et entraînent son ascendance ; il pleut donc abondamment.

   En novembre, les dépressions suivent des trajectoires de plus en plus méridionales, puis se raréfient en décembre ; on est revenu aux conditions de l'hiver décrites ci-dessus.

Les groupements de milieux physiques

On peut alors distinguer un certain nombre de grands domaines morphoclimatiques offrant des conditions particulières à la végétation et à l'agriculture.

Les régions très humides de l'Ouest

Le long de la côte occidentale de la péninsule, une région très humide associe un bas plateau littoral (côte de Konkan), une plaine (côte du Kerala) et une moyenne montagne dissymétrique, les Ghats de l'Ouest et les grands blocs du Sud. Cet ensemble est très arrosé, car il reçoit de plein fouet les souffles de la mousson. Il a un régime pluviométrique simple, avec un maximum de pluies en juillet ; la saison arrosée dure plus de six mois au Kerala (début précoce et fin tardive), mais tout juste quatre mois au nord, sur la côte de Konkan.

   Les régions basses ont été très transformées par les hommes ; elles portent des rizières sous une végétation arborée abondante, dominée par le cocotier. Mais la forêt n'existe plus que sur les versants des Ghats. Dans le Sud, plus humide, on trouve un des rares exemples en Inde de « forêt dense toujours verte » : forêt haute (jusqu'à 40 m), à plusieurs strates. Plus au nord, la saison des pluies est moins longue, et l'on rencontre une forêt un peu plus basse (30 m), dont une grande partie des arbres perdent leurs feuilles simultanément : c'est la forêt dense semi-décidue. Mais, même en montagne, la forêt a souvent été dégradée, et les témoins qui restent sont médiocres dans bien des régions.

Les régions très humides de l'Est

Une deuxième bande de climats très humides se rencontre dans l'Est. Sa présence est liée au début précoce des pluies au Bengale, à leur fin tardive sur la côte sud-est, à l'abondance générale des pluies pendant la mousson sur tout le Nord-Est, parcouru par les dépressions de la baie du Bengale. Cette région est plus complexe que la précédente, car elle est bien plus vaste.

   Elle groupe d'abord des moyennes montagnes et des plateaux très humides au nord-est de la péninsule : région Bastar-Chota Nagpur. Portées par ce socle, ces régions de grands reliefs arrondis assez disséquées sont des milieux de circulation difficile. Les sols sont souvent latéritiques en raison de l'humidité du climat. Aussi ce milieu est-il difficile à mettre en valeur. Les agriculteurs hindous ne l'ont jamais pénétré massivement et l'ont abandonné à des populations non hindoues qui pratiquent un système d'exploitation peu intensif. Aussi la région est-elle une des seules de l'Inde où l'on trouve encore de grandes forêts. La forêt dense humide semi-décidue se trouve sur les bordures les plus pluvieuses ; à l'intérieur, on rencontre plutôt une forêt dense et moins élevée (20 m), où les espèces dominantes sont assez peu nombreuses. Cette forêt, nettement décidue (perte de toutes les feuilles en saison sèche) est qualifiée de forêt de mousson ou de forêt dense sèche. C'est elle qui contient les beaux peuplements de teck ou de sal, qui sont une des richesses forestières de l'Inde.

   Les plaines très humides du Nord-Est comprennent deux deltas (Gange et Mahanadi) et la basse plaine du Gange non deltaïque, dans le Bihar. Ici, il n'y a guère de latérites, malgré le climat humide, car celles-ci n'ont pas eu le temps de se développer sur les alluvions, sauf les plus anciennes. Il n'y a pratiquement pas lieu de parler du couvert végétal, car le paysage est entièrement humanisé, et la forêt a complètement disparu devant le progrès des rizières.

   Le sud-est de l'Inde est un peu différent. Les pluies sont encore assez abondantes pour qu'on puisse parler de région très humide (sauf dans l'extrême Sud-Est, sur lequel nous reviendrons). Mais elles sont tout de même moins abondantes qu'au Bihar et qu'au Bengale. D'autre part, elles tombent avec un rythme très particulier, le maximum se situant en octobre ou novembre, après un été qui n'est ni vraiment sec ni vraiment pluvieux.

   Dans les plaines deltaïques, les rizières ont tout envahi. Mais, sur les moyennes montagnes (blocs dits des Ghats de l'Est, mont de Cuddapah), on rencontre des témoins d'une forêt très dégradée, un assez curieux faciès toujours vert de la forêt de mousson décrite plus haut.

Moyennes montagnes et plateaux humides de la péninsule

À l'intérieur de la péninsule, on trouve les régions nettement humides ou sèches : la mousson y apporte des quantités d'eau seulement moyennes en raison de l'absence de facteurs d'ascendances massives.

   Deux régions sont humides. Le plateau de Mysore, au sud, est un ensemble de plateaux à inselbergs. Il porte des sols rouges, et les restes de végétation sont marqués par la sécheresse : on trouve sur les inselbergs des témoins de forêts épineuses assez médiocres. L'essentiel du plateau porte un paysage rural ; ici, la rizière n'est plus visible que dans des parties favorisées du terroir, et les plateaux portent en général un paysage de champs ouverts piquetés d'arbres, l'openfield arboré, qui est très répandu en Inde.

   Au centre nord de la péninsule, une série de blocs basculés donnent des reliefs est-ouest (Vindhya-Satpura) qui reçoivent des pluies abondantes. Plus que le plateau de Mysore, ils constituent un milieu boisé, avec des faciès assez secs de la forêt de mousson.

La partie humide de la plaine du Gange

Elle constitue un secteur aux limites floues, intermédiaire entre les domaines très pluvieux examinés précédemment et les régions nettement sèches du Pendjab. C'est aussi une région de transition du point de vue thermique, car l'hiver peut y être assez froid. Comme dans le reste de la plaine, il n'y a plus ici de végétation naturelle, et c'est l'openfield arboré qui domine. Les rizières, si elles restent importantes, ne sont plus la forme dominante d'utilisation du sol.

L'axe sec de la péninsule

Interrompu seulement par l'alignement montagneux des Vindhya et par le plateau de Mysore, un axe sec prend en écharpe la péninsule. Son existence est due surtout à la faiblesse des pluies de mousson. Sauf dans l'extrême Sud-Est, c'est un immense domaine de plateaux remarquablement monotones.

   La partie nord (entre Vindhya et le plateau de Mysore) est caractérisée par l'énorme extension des terrains volcaniques. Ceux-ci portent des terres noires capables d'emmagasiner de grandes quantités d'eau, ce qui corrige un peu les effets de la sécheresse. Les plateaux de laves sont aussi caractérisés par un relief en plans étages séparés par des pentes en gradins. Les plateaux granito-gneissiques sont couverts de sols rouges assez médiocres et sont semés d'inselbergs.

   La partie de l'axe sec au sud du plateau de Mysore comprend un enchevêtrement assez compliqué de plateaux, de plaines et de quelques moyennes montagnes. Les terres noires, sans laves, reparaissent dans quelques districts.

   Dans l'ensemble, l'axe sec est une énorme région de champs ouverts arborés, aux limites indistinctes pendant la saison sèche. Il n'y a pratiquement pas, ici, de végétation naturelle. Sur quelques sols abandonnés, cependant, on peut apercevoir des forêts épineuses basses et quelques très rares savanes.

Le Nord-Ouest sec et très sec

Le nord-ouest de l'Inde n'est pas atteint de plein fouet par la mousson. L'hiver y est assez froid. Il y a des différences sensibles dans ce domaine entre la bande sous-himalayenne, où les eaux venues des montagnes et des pluies encore assez abondantes ont permis l'aménagement d'une région agricole active, et les parties basses, très arides. Celles-ci ne sont guère cultivées et sont couvertes par des steppes épineuses très discontinues.

   

Avec ses 100 à 200 mm de pluies, le désert de Thar, malgré son nom, n'est pas un Sahara ; ses parties les plus sèches sont d'ailleurs hors du territoire indien.

L'hydrologie

L'abondance des précipitations estivales et la disposition du relief ont doté l'Inde de grands fleuves au débit abondant. Toutefois, les contrastes sont marqués entre les systèmes hydrologiques influencés par l'Himalaya et ceux issus de la péninsule.

   

Né dans l'Himalaya, le Gange emprunte l'axe de la plaine à laquelle il a donné son nom ; il forme ensuite un delta commun avec le Brahmapoutre au fond du golfe du Bengale. Les débits estivaux sont importants du fait de l'abondance des pluies et de la fonte des neiges et des glaciers himalayens (qui peut compenser le fléchissement des précipitations lors des années sèches). Les réserves accumulées dans les nappes soutiennent les débits hivernaux, qui restent très inférieurs à ceux de l'été. Des périodes particulièrement pluvieuses, dues à une activité anormale des dépressions mobiles, peuvent provoquer de graves inondations, surtout dans le cours inférieur du fleuve. Également issues de l'Himalaya, des rivières, notamment la Sutlej, se dirigent vers le Pakistan et se jettent dans l'Indus.

   La plupart des autres grands cours d'eau naissent près de la mer d'Oman, dans les Ghats occidentaux, pour aller se jeter dans le golfe du Bengale. Les plus importants sont la Mahanadi, la Godavari, la Krishna et la Kaviri. Ce n'est que dans le nord de la péninsule que des cassures ont permis à la Narbada et à la Tapti de s'écouler d'est en ouest pour se jeter dans la mer d'Oman. Ces cours d'eau et leurs affluents sont essentiellement alimentés par les pluies d'été, abondantes en amont des bassins.

   Les débits hivernaux sont peu soutenus, et les années de faible abondance sont assez fréquentes. La correction de ces régimes est apparue particulièrement utile; elle a été effectuée par la construction de grands barrages, comme ceux de Hirakud sur la Mahanadi ou de Nagarjunasagar sur la Krishna.

Population et société

L'Inde est une fédération regroupant 28 États et 7 territoires. Cette organisation politique est le résultat d'un redécoupage de l'ancien Empire britannique (celui-ci comptait alors 10 provinces et 500 États princiers) sur une base linguistique et culturelle. Les inégalités régionales et sociales, les tensions religieuses qui opposent, notamment, hindouistes et musulmans, ainsi que les problèmes ethniques liés à l'hétérogénéité des populations et des langues sont la source de nombreux conflits. Les difficultés sont à la mesure de la taille de ce pays, qui est loin d'être sorti du sous-développement, et dont l'unification, un demi-siècle après l'indépendance, n'est pas encore véritablement achevée.

Peuplement composite, civilisation homogène

L'Inde et, plus largement, le sous-continent indien forment une civilisation homogène. Pourtant, le peuplement de cet espace grand comme l'Europe occidentale résulte d'un long brassage, au fil des siècles, de populations très diverses. Cette « unité dans la diversité » rend quasi impossible toute distinction ethnique, sinon selon des critères linguistiques et religieux, à l'exception toutefois des tribus aborigènes et des peuples des marges septentrionales et orientales. Ceux-ci, qui constituent 8,1 % de la population, vivent généralement dans les régions les plus reculées et forment de petits groupes très différenciés, tant par leurs langues (tibéto-birmanes, austro-asiatiques ou dravidiennes) que par leurs coutumes.

   Le reste de la population indienne peut être divisé en deux grands ensembles socioculturels géographiquement distincts : le Nord et le Sud. Dans le Nord, la majeure partie des habitants parle des langues indo-européennes et a subi, tout au long des siècles, des invasions en provenance du nord-ouest de l'Inde, via la passe de Khaybar, entre le Pakistan et l'Afghanistan (établissement des Indo-aryens avant l'ère chrétienne, envahisseurs turco-mongols). Le Sud, qu'on appelle aussi le monde dravidien, a relativement moins subi d'influences extérieures, sinon par la mer, et les langues dravidiennes y sont totalement incompréhensibles pour un habitant du Nord.

   L'antagonisme, toutefois limité, entre les deux cultures s'est manifesté à l'indépendance, lorsque le pouvoir a voulu ériger le hindi, la principale langue du Nord, au rang de langue officielle du pays – alors qu'il était totalement inconnu dans le Sud –, mais s'est trouvé contraint de continuer à utiliser l'anglais comme langue de communication. La pluralité des langues (on en recense plus de 1 500) et les revendications régionalistes ont incité les rédacteurs de la Constitution à établir une liste restreinte de 15 langues « constitutionnelles », parlées en tout par 87 % de la population.

La structure sociale et les religions

L'hindouisme est la religion majoritaire en Inde (80 % de la population). Il se caractérise par l'absence de dogmes, de livre « révélé », de hiérarchie cléricale, et tend à ordonner dans un même concept globalisant (le dharma) le divin et l'humain. Il ne facilite donc pas la séparation entre domaine religieux et domaine social. Le système des castes est une illustration frappante de cette confusion volontaire. Il recouvre en fait deux échelles de nature différente, les varnas et les jati. Les varnas, au nombre de quatre, désignent des fonctions rituelles hiérarchisées (prêtres, guerriers, commerçants et serviteurs) ; les dizaines de milliers de jatis, groupes endogames, s'inscrivent de manière également hiérarchique, selon une échelle de pureté, dans l'un des quatre varnas. Si le mot « caste », d'origine portugaise, doit être employé avec précaution, il s'applique plutôt au varna, alors qu'au jati correspondra la notion de sous-caste. Enfin, les « intouchables » (harijan, ou « enfants de Dieu » pour le Mahatma Gandhi) sont hors caste, dans le sens où ils n'appartiennent à aucun des varnas, mais ils sont, eux aussi, organisés hiérarchiquement en jatis corporatistes (vidangeurs, blanchisseurs, etc.).

   Bien que la Constitution de l'Inde indépendante rende illégale l'existence des castes, les autorités ont mis en place des mesures de protection en faveur des basses castes et des tribus aborigènes (réservations de postes dans le secteur public, à l'université ou dans les assemblées politiques…), qui entérinent, de facto, le système des castes et sont une source de ressentiment de la part des castes non bénéficiaires mais dont le niveau de vie reste peu élevé.

   Les intouchables, qui représentent plus de 100 millions de personnes, sont considérés comme non hindous par les membres des différentes castes et constituent, à ce titre, une communauté distincte. Malgré les mesures de l'État en leur faveur, leur situation n'a pratiquement pas évolué depuis l'indépendance. Leur instruction reste insuffisante et leur accès à la propriété foncière deux fois moins élevé que la moyenne nationale. De plus, près d'un intouchable sur deux exerce encore le métier attaché à son jati, ce qui le marque d'une impureté extrême. Les travailleurs forcés (bonded labourers), liés de père en fils par la dette héréditaire contractée auprès de leur propriétaire, sont majoritairement des harijans. Dans les villages, il leur est interdit de pénétrer dans les temples, d'utiliser les puits des autres castes, bien que la loi punisse sévèrement toute discrimination envers eux. L'émergence, ces dernières années, d'un leader intouchable, Kanshi Ram, qui a créé un parti politique, le BSP (Bahujan Samaj Party), représente toutefois un espoir certain, mais les intouchables restent eux-mêmes fortement divisés par un très fort esprit de caste. Ces traits fondamentaux de l'hindouisme rejaillissent donc, d'une part, sur l'ensemble des relations économiques et sociales (notamment dans les villages), mais aussi sur les autres religions de l'Inde, qui en ont pris certains aspects.

   La troisième communauté religieuse est représentée par les chrétiens, qui forment 2,3 % de la population et qui sont surtout présents dans le Sud (ils auraient été évangélisés par l'apôtre Thomas). Certaines tribus aborigènes ont été récemment converties en masse, ce qui n'a pas manqué de créer de graves troubles, les Indiens associant toujours les chrétiens à l'ancien oppresseur, malgré le fait qu'il y ait eu très peu de missionnaires anglais envoyés en Inde.

   Le sikhisme, religion née au XVe s. d'un syncrétisme hindou et musulman rejetant le système des castes, forme, avec 1,9 % de la population, la quatrième communauté religieuse de l'Inde. Le poids économique de ses fidèles est toutefois beaucoup plus important que leur nombre. Beaucoup ont émigré de leur région d'origine, le Pendjab, en direction de l'étranger ou des autres États indiens, apportant avec eux une longue tradition de commerce et d'investissements.

   Enfin, le bouddhisme, né en Inde au Ve s. avant J.-C., est devenu marginal, malgré de récentes conversions massives d'intouchables désireux d'échapper au système des castes.

La démographie

Avec une population estimée à un près d'1,2 milliard d'habitants en 2009, l'Inde est le deuxième pays le plus peuplé du monde, après la Chine. La densité moyenne, de l'ordre de 365 hab./km2, est élevée, les zones les plus fertiles et les plus arrosées (vallée du Gange, Bengale-Occidental, Kerala) connaissant des concentrations humaines de plus de 700 hab./km2. À ces régions s'opposent des espaces relativement sous-peuplés (régions désertiques du Rajasthan, massifs montagneux de l'Himalaya).

   Le taux d'accroissement de la population, qui était de 0,4 % en 1900, est de 1,4 % aujourd'hui. Le taux de natalité est passé de 31 ‰ en 1991 à 24 ‰ en 2007. La population est jeune : 31 % des Indiens sont âgés de moins de 15 ans, 5 % seulement ont plus de 65 ans. Malgré la forte baisse du taux de mortalité, consécutive à un meilleur niveau de vie et à une amélioration de la santé publique, la fécondité reste encore relativement élevée (2,7 enfants par femme), en partie pour des raisons culturelles. Les coutumes matrimoniales et le contrôle exercé sur les femmes sont restés très stricts : le célibat comme le divorce sont quasiment inexistants, et la grande majorité des mariages est arrangée par les familles des futurs époux. La fille, qui doit apporter une dot à sa belle-famille, crée une charge financière pour ses parents, alors que le fils est accueilli comme un cadeau. La surmortalité infantile des filles, en régression, est toujours bien réelle, et l'Inde est l'un des rares pays au monde qui compte moins de femmes que d'hommes (le sex-ratio est de 972 femmes pour 1 000 hommes).

   La politique de contrôle et de limitation des naissances, engagée peu après l'indépendance, reste toujours une priorité pour le gouvernement, qui a souvent hésité entre l'adoption d'une attitude autoritaire ou la mise en place de campagnes préventives. Mais, s'inscrivant à contre-courant de la culture hindouiste, elle rencontre encore de nombreuses résistances. On a pu établir, également, une nette corrélation entre le taux d'alphabétisation et la baisse de la fécondité, mais les efforts sont inégaux en ce qui concerne les politiques d'éducation des femmes. En 2000, 44 % des Indiens âgés de plus de 15 ans étaient analphabètes (31 % chez les hommes, 58 % chez les femmes). Malgré les prédictions alarmistes des années 1950, la révolution agricole a permis de subvenir aux besoins alimentaires d'une population qui a doublé en quarante ans. Mais la hausse des prix des légumineuses freine leur indispensable consommation par une population majoritairement végétarienne, ce qui provoque carences et malnutrition.

   L'émigration est toujours vivace. L'Afrique, les pays du golfe Persique et les pays anglophones développés (États-Unis, Canada, Australie, Grande-Bretagne) sont les principales destinations d'accueil. La population émigrée, estimée à 5 millions de personnes, a moins de conséquences sur la démographie que sur l'économie du pays, grâce aux rapatriements de capitaux. Beaucoup de musulmans du Kerala, par exemple, partent travailler dans les pays du Golfe, puis reviennent, une dizaine d'années plus tard, investir leurs économies en Inde. De nombreux Indiens diplômés émigrent aussi vers l'Amérique du Nord ou l'Europe, illustrant le dualisme de la société indienne : une élite relativement nombreuse, mais aussi sans débouchés suffisants sur le sol indien, et une masse d'illettrés, de paysans sans terres, vivant dans des conditions misérables.

Le monde rural

L'« Inde des 700 000 villages » conserve une forte tradition rurale. Au moment de l'indépendance, la majeure partie des terres était détenue par un petit nombre de grands propriétaires. Le système très complexe de la propriété foncière était alors un héritage de la colonisation. Les Britanniques avaient en effet introduit, dans un pays où la notion de propriété privée n'existait pas, un ou plusieurs intermédiaires (le zamindar, ou jagirdar, selon les régions) entre l'État, qui collecte taxes et impôts, et l'agriculteur, qui travaille la terre. Le zamindar se contentait de vivre de la rente que lui procurait une terre qu'il ne cultivait pas, reversant une partie des fonds à l'État. L'agriculteur était souvent lourdement endetté auprès de lui, ce qui conduisait à des pratiques de quasi-esclavage. Le gouvernement lança donc une réforme agraire ambitieuse, afin, notamment, d'éliminer l'intermédiaire et de redistribuer les parcelles. Celle-ci, cependant, n'eut qu'une portée limitée : les paysans les plus riches purent conserver leur pouvoir et leurs terres, alors que les plus pauvres n'en ont guère tiré de bénéfices. Elle favorisa, par contre, l'émergence d'une paysannerie « moyenne », capable de dégager des surplus suffisants pour investir. L'immense majorité des ruraux est aujourd'hui formée de petits propriétaires et d'ouvriers agricoles. Mais la pression démographique sur la terre est énorme et accentue la parcellisation des terres, déjà fortement morcelées (70 % des exploitations sont désormais inférieures à 2 hectares, seuil minimal de rentabilité). Pour améliorer les conditions de vie de ces populations aux faibles revenus, le gouvernement a mis sur pied des conseils de castes (ou panchayat) et un système de coopératives de crédit. Cependant, c'est en général la caste « dominante » (mais pas forcément la plus élevée sur l'échelle hiérarchique) qui contrôle la vie rurale, et de nombreux paysans sans terres sont contraints d'émigrer vers la ville.

La population urbaine

L'urbanisation de l'Inde est très paradoxale : avec ses mégapoles surpeuplées et ses gigantesques bidonvilles, le pays arrive au 4e rang mondial en ce qui concerne le nombre de citadins, alors qu'il est en fait faiblement urbanisé (seuls 27 % des habitants vivent dans des villes).

   

La croissance de la population urbaine est modérée et récente. Bombay (18 millions d'habitants) et Calcutta (13 millions d'habitants) s'accroissent aujourd'hui moins vite que les villes moyennes. On n'assiste pas, en Inde, à un exode rural massif, mais plutôt à une prolifération du nombre des agglomérations. La tradition migratoire est solidement et anciennement ancrée en Inde. Les nouveaux urbains conservent des liens solides avec leur village, où ils retournent fréquemment, et rares sont les exodes définitifs.

   

Les principales villes – quarante dépassent le million d'habitants – sont pour la plupart des ports sur la côte de la péninsule du Deccan, ou bien se sont développées au pied de l'Himalaya, dans la vaste plaine drainée par le Gange, où se concentrent, de Delhi à Calcutta, plusieurs centaines de millions d'Indiens.

L'économie

L'Union indienne a su trouver une voie moyenne entre socialisme et capitalisme, ce qui fait toute son originalité, même si cette politique est remise en cause depuis une dizaine d'années. État-continent, faisant figure de géant parmi ses voisins, elle est contrainte de gérer l'immensité de son territoire, mais, avant tout, de nourrir sa population, ce qui explique sans doute son repli apparent sur elle-même. Les nouvelles orientations économiques, prônant une ouverture vers l'extérieur et une intégration dans un commerce toujours plus mondialisé, favorisent l'émergence d'une classe moyenne, mais fragilisent encore davantage les couches les plus pauvres.

La voie indienne de développement

La double influence, occidentale et soviétique, que subit l'élite industrielle au sortir de l'indépendance a marqué les grandes options économiques prises par l'Inde durant une trentaine d'années, et qui imprègnent encore profondément la culture du pays. Le choix, particulièrement original, d'une « voie moyenne » poursuivait deux objectifs : la croissance économique et la justice sociale, dans un contexte d'indépendance vis-à-vis de l'extérieur. Mais l'instauration de plans quinquennaux, la priorité accordée à l'industrie lourde au détriment (relatif) du secteur agricole et une répartition rigide entre secteurs public et privé pèsent encore sur les mentalités actuelles. Malgré un certain désengagement de l'État, le poids de la bureaucratie toute-puissante constitue encore un frein à l'afflux des investisseurs étrangers, qui voient pourtant dans l'Inde un formidable marché potentiel. On estime, en effet, à au moins 100 millions le nombre de consommateurs ayant un niveau de vie comparable à celui de l'Occident.

   Malgré les vives critiques de la communauté internationale, l'Inde est tout de même parvenue à atteindre l'autosuffisance alimentaire et à consolider son secteur industriel, ce qui lui assure une certaine indépendance vis-à-vis du reste du monde. D'anciens grands groupes capitalistes (Birla, Tata, Mafatlal), qui ont pu se maintenir grâce à la protection de l'État, fonctionnent aujourd'hui sur le modèle des sociétés occidentales et réussissent leur transition vers une économie ouverte. L'Inde possède, par ailleurs, la troisième population scientifique du monde. Elle est capable de lancer des fusées dans l'espace, de mettre des satellites sur orbite et maîtrise la combustion nucléaire. Le pays a réussi à attirer de grandes sociétés informatiques, mais la fuite des cerveaux et le manque d'investissements en matière de recherche-développement réduisent ses capacités à créer une industrie de pointe compétitive, d'autant plus que le gouvernement indien a longtemps freiné les échanges technologiques en limitant les implantations étrangères et en instituant le principe de la licence d'importation.

   Les premières critiques dénonçant le surengagement de l'État dans l'économie sont apparues dès le dernier mandat d'Indira Gandhi, mais c'est son fils, Rajiv Gandhi, qui mettra en place une nouvelle politique d'orientation très libérale. Cependant, avec la lenteur de la bureaucratie et les pesanteurs de l'économie indienne, ce n'est que dans l'urgence, avec Narasimha Rao, Premier ministre de 1991 à 1996, que celle-ci sera appliquée. La situation économique de l'Inde est alors catastrophique : la chute de l'U.R.S.S., avec laquelle l'Inde entretenait d'étroites relations (fondées sur le troc), le coût de la guerre du Golfe et la faible croissance du P.N.B. créent une crise financière sans précédent. Le nouveau gouvernement décide donc d'adopter un plan d'ajustement structurel, avec l'appui du Fonds monétaire international (F.M.I.) et de la Banque mondiale : il réduit le déficit budgétaire, diminue les subventions, dévalue la roupie pour stimuler les exportations, ce qui provoque un tollé chez les nostalgiques de l'ère étatique. Le bilan de ces réformes est très mitigé, même si un large consensus existe sur la libéralisation de l'économie. Les exportations sont restées dynamiques, la croissance du produit national s'est maintenue, et l'Inde est moins ébranlée par la crise asiatique des années 1997-1998 que les pays d'Asie orientale. Mais la réduction du déficit budgétaire est insuffisante, le sous-emploi officiel (chômage) ou déguisé (multiplication des petites fonctions non productives) est important, et les échanges commerciaux demeurent déficitaires. L'agriculture est encore et toujours délaissée, même si elle permet de dégager des excédents céréaliers, et le déséquilibre entre les régions riches, « greniers de l'Inde », et les régions pauvres ne cesse de s'accentuer. Les infrastructures de transport et d'électricité sont également inadaptées, malgré les énormes efforts réalisés depuis l'indépendance. Si une solide classe moyenne est apparue, partagée entre la ville et les campagnes, 200 millions de personnes vivent encore dans la misère.

L'agriculture

Si elle emploie plus de la moitié de la population active, l'agriculture procure moins de 20 % du P.I.B. La production agricole ayant progressé un peu plus vite que la population, les besoins en céréales (riz et blé) et en légumineuses (pois, lentilles) sont aujourd'hui largement couverts. Mais les récoltes restent très dépendantes de la mousson, qui apporte des pluies abondantes de mai à septembre, notamment sur la façade occidentale du Deccan et dans le Nord-Est. Le climat de l'Inde permet deux cycles de culture par an : le kharif (saison humide) et le rabi (hiver). Les améliorations sont davantage liées à la rationalisation de la production, au développement de l'irrigation et à l'utilisation de meilleures variétés de semences qu'à la conquête de nouvelles terres, le territoire étant presque totalement défriché.

   L'agriculture indienne conserve toujours une prédominance vivrière et céréalière (les céréales occupent la moitié des terres arables). C'est au Pendjab, avec le blé, et sur la frange orientale du Deccan, avec le riz, que la « révolution verte » a permis les plus forts gains de productivité, tandis que les régions centrales, moins arrosées, sont dominées par le millet. L'Inde est ainsi devenue le 2e producteur mondial de riz et de blé. Mais une partie de la production alimentaire échappe encore à la commercialisation, la tradition d'autoconsommation se perpétuant dans de nombreuses familles paysannes. Les cultures commerciales, qui présentent souvent une spécialisation régionale, connaissent également une large extension, comme le coton (3e rang mondial), le jute, l'arachide (3e rang), la canne à sucre (2er rang), le thé (2er rang), le tabac (3e rang). Contrairement aux autres, les plantations de thé ne relèvent généralement pas de l'agriculture paysanne mais de vastes exploitations d'origine coloniale. L'irrigation, qui joue un rôle majeur dans le développement rural, est pratiquée sur la moitié des 142 millions d'hectares cultivés, sous des formes diverses, plus ou moins élaborées. De grands barrages, notamment, ont été édifiés dans les Ghats occidentaux ou sur les massifs himalayens.

   En matière d'élevage, l'Inde possède le deuxième plus grand cheptel bovin du monde, avec 180 millions de têtes, mais cet immense troupeau, auquel il faut ajouter 100 millions de buffles, 125 millions de chèvres et 60 millions d'ovins, est peu productif, la religion hindoue interdisant la consommation du bœuf (la majeure partie de la population, en fait, est végétarienne). Cependant, les bovins sont abondamment utilisés pour les travaux dans les champs, et les Indiens sont de grands consommateurs de lait. Toutefois, la qualité des produits de l'élevage est d'autant plus faible que la rareté des pâturages provoque une malnutrition des animaux.

   

La pêche, en revanche, est très active (4e rang mondial) et apporte un complément de protéines.

Secteurs minier et industriel

Le pays bénéficie de ressources naturelles considérables, aussi bien énergétiques que minérales. L'Inde est le 3e producteur mondial de houille, et ses réserves sont estimées à environ 100 milliards de tonnes. Les prospections pour l'extraction de pétrole offshore, au large de Bombay, sont prometteuses, et les potentialités hydroélectriques, gigantesques. En outre, l'Inde exploite d'importants gisements de fer (4e rang mondial), de zinc (7e rang), de cuivre, de manganèse et de bauxite, dispersés sur toute la péninsule.

   Dominée par la métallurgie, le textile et la chimie, l'industrie est néanmoins assez diversifiée. La production d'automobiles est en forte croissance. Plusieurs secteurs de haute technologie sont en expansion, comme l'énergie atomique (le pays possède plusieurs centrales nucléaires), l'aéronautique, l'informatique ou les télécommunications. L'Inde a également hérité de son passé un secteur artisanal très important, grand consommateur d'une main-d'œuvre payée à bas prix, et qui fait vivre des millions de personnes dans les villes et les villages. L'industrie n'emploie cependant que 10 % de la population active et procure à peine le tiers du revenu national. Si la colonisation anglaise a retardé l'industrialisation du pays, la cantonnant à la production de fibres textiles (coton, jute, soie), elle a développé très tôt une gigantesque infrastructure de transports. L'Inde possède, avec 63 000 km de lignes de chemin de fer, l'un des réseaux ferroviaires les plus denses des pays en développement, mais son réseau routier reste encore mal adapté aux besoins de la population comme de l'économie.

   Les perspectives de développement industriel sont intéressantes, grâce à la tradition d'entreprise de certaines castes commerçantes, à une main-d'œuvre abondante et peu chère, mais aussi grâce à un marché potentiel suffisamment important pour attirer les investisseurs étrangers. Le secteur industriel privé regroupe principalement les industries de biens de consommation, qui permettent une commercialisation facile et des bénéfices rapides. Il comprend quelques entreprises très puissantes, mais surtout des micro-entreprises familiales. Le secteur public assume, pour sa part, les activités situées en amont, qui attirent peu le capital privé (grands barrages, métallurgie lourde, matériel ferroviaire).

   Trois régions se partagent la majorité des activités industrielles. Tout d'abord, la région de Calcutta, dans le Nord-Est, qui fut mise en valeur par les Britanniques à quelque 250 km de vastes gisements de fer et de houille : des industries de transformation très diversifiées se sont implantées le long de l'Hooghly sous l'impulsion de l'activité portuaire. Ensuite, la région de Bombay et du Gujerat, dans l'ouest du pays, qui s'est développée autour du coton : elle est, aujourd'hui, le premier pôle économique de l'Inde, associant tout un réseau de villes de plus en plus industrialisées (Pune à l'Est, Ahmadabad au Nord).

   

La troisième région, autour de Madras, dans le Sud, a des activités plus diffuses, souvent spécialisées selon les villes (textile à Coimbatore, métallurgie à Tiruchirapalli).

   Bangalore, la capitale du Karnataka, est devenue un important centre de construction aéronautique et attire de nombreuses entreprises informatiques, l'industrie ayant, contrairement à Madras, un réel effet d'entraînement sur l'économie. Dans le nord-ouest de l'Inde, enfin, émerge un nouveau pôle industriel, plus lâche, centré sur la fabrication de biens d'équipement. Au total, l'héritage du système colonial pèse encore lourdement sur l'aménagement industriel du pays et sur les déséquilibres régionaux qui en découlent.

Les échanges et les problèmes

Les échanges sont réduits (ils représentent moins de 10 % du produit intérieur brut). Les États-Unis et le Japon sont devenus les principaux partenaires commerciaux, après la dislocation de l'URSS. L'Inde et les dix pays de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) ont signé un accord de libre-échange qui porte sur les produits (mais pas sur les services) en 2009. Les importations sont dominées par le pétrole et les produits manufacturés (machines, matériel de transport, etc.), les exportations par les produits de l'agriculture et de l'élevage (thé, coton, jute, tissus, cuirs, etc.).

   Le traditionnel déficit de la balance commerciale n'est pas comblé par les revenus du tourisme (5 millions de visiteurs en 2007), ni par les envois des nombreux émigrés. Les strates sociales et même religieuses n'ont pas disparu ; les inégalités régionales (parfois à base ethnique) demeurent. Malgré les progrès de l'alphabétisation, l'unification, un demi-siècle après l'indépendance, n'est pas véritablement achevée et des tendances séparatistes parfois violentes, au Pendjab notamment, persistent ; les tensions entre hindouistes restent latentes.

   Au total, si le développement économique de l'Inde lui a permis de devenir une puissance à l'échelle mondiale, les tensions et les crises graves perdurent et le niveau de vie de la population ne s'améliore que très lentement.

HISTOIRE

Préhistoire et protohistoire

Le sous-continent indien dans son ensemble, donc l'Inde actuelle, le Pakistan et le Bangladesh, est extrêmement riche en gisements préhistoriques. Malheureusement, faute encore de pouvoir rattacher à un cadre chronologique suffisamment précis les trouvailles faites sur de très nombreux sites disséminés sur la presque totalité de cet immense territoire, on se contente jusqu'à présent de classer les outils de pierre, seuls vestiges d'une activité protohumaine, puis humaine, en trois grands groupes correspondant à trois périodes successives du paléolithique, qui doivent coïncider, en termes d'évolution humaine, avec le passage de l'archanthropien au néanthropien, c'est-à-dire à l'homme actuel, dont on situe l'apparition entre −35000 et −15000 environ. Les industries microlithiques sont donc entièrement son œuvre puisqu'en Inde celles-ci ne paraissent pas antérieures à l'holocène, soit à −10000 environ. Il est actuellement impossible de dire avec certitude si les premiers hominiens ont pénétré dans le sous-continent par le Nord-Ouest, comme on l'imagine parfois, ou si cette évolution s'est faite dans l'Inde même, ou encore si la péninsule a été colonisée dès ces temps reculés par des populations venues d'outre-mer.

   

La « révolution néolithique », définie par l'apparition d'une économie de production, dont on situe les débuts, dans l'Ancien Monde, dans le Croissant fertile au Moyen-Orient, entre les IXe et VIIe millénaires avant J.-C., apparaît, depuis la découverte de sites tels que celui de Mehragarh au Pakistan, pratiquement aussi ancienne dans le sous-continent indien. Il est vraisemblable que la présence dès cette époque de villages dans cette partie du Baloutchistan qui domine le bassin de l'Indus explique en partie que la première civilisation indienne, celle dite « de l'Indus » (ou « de Harappa », ou encore « harappéenne »), soit née dans cette région du sous-continent, alors que partout ailleurs dans le reste de l'Inde les populations en sont encore à un stade de civilisation bien moins avancé.

   Avec la civilisation de l'Indus, qui dut commencer à se développer au IVe millénaire avant notre ère, commencent l'âge du bronze et, en fait, la protohistoire de l'Inde puisque cette civilisation, à son apogée, entre environ 2500 et 1750 avant J.-C., connaît l'écriture. Mais l'écriture harappéenne non plus que la langue qu'elle note ne sont encore déchiffrées. Ainsi, cette civilisation, par ailleurs assez bien connue sous ses aspects matériels, constitue une énigme.

   Le millénaire qui suit la disparition de la phase brillante de la civilisation de l'Indus et qui se prolonge jusqu'aux débuts de l'histoire proprement dite (traditionnellement le VIe s. avant J.-C., à l'époque du Bouddha) est, lui aussi, énigmatique. Il est en effet presque tout entier concerné par la fameuse question « aryenne », qui, très succinctement, se pose de la façon suivante. D'une part, le corpus littéraire indien le plus ancien : le Rigveda, puis les recueils suivants, ensemble composé en sanskrit védique, langue indo-européenne, sont supposés avoir été élaborés à partir de la seconde moitié de ce IIe millénaire avant notre ère dans l'Inde du Nord-Ouest. D'autre part, les archéologues n'ont, pour cette période et dans ces régions, jusqu'à présent, guère trouvé de traces nettes de migrations de populations. On ne retrouve dans le Pendjab, pakistanais aussi bien qu'indien, que des vestiges de cultures harappéennes tardives auxquels font suite, mais après une période d'abandon qui peut avoir duré plusieurs siècles, des vestiges d'une culture qui paraît nouvelle, caractérisée par d'autres types de céramique (en particulier par une poterie grise peinte), et qui, surtout, se développe dans le Doab (l'interfluve entre le Gange et la Yamuna) et dans la haute vallée du Gange. À cette culture qui doit commencer vers le début du Ier millénaire avant J.-C. fait suite, cette fois sans interruption, une autre culture définie par une forme évoluée de la poterie grise et centrée sur la moyenne vallée du Gange. Cette dernière culture appartient déjà à l'histoire puisqu'elle se prolonge dans la seconde moitié de ce Ier millénaire avant notre ère. À moins de nouvelles découvertes, la pénétration aryenne en Inde n'est donc encore imaginable qu'en termes de langue et de civilisation, les tribus véhiculant langue et idéologie indo-européennes ayant été d'ailleurs, on le sait, nomades et, pour cette raison, n'ayant peut-être pas laissé de traces durables de leurs mouvements. Il faut enfin ajouter que cette question de la pénétration indo-européenne en Inde devrait être réexaminée si l'une des grandes hypothèses sur la nature de la langue harappéenne se révélait exacte, c'est-à-dire s'il s'agissait déjà d'une langue indo-européenne.

L'Inde ancienne

Les sources

Les limites chronologiques que l'on assigne habituellement à l'histoire de l'Inde ancienne sont l'époque du Bouddha d'une part, et l'instauration du premier pouvoir musulman à Delhi, en 1206 après J.-C., d'autre part. Les raisons de ce choix sont, avant tout, qu'à chaque fois, avec l'apparition d'une nouvelle religion, un changement se produit dans les sources littéraires qui servent à écrire l'histoire de ce pays (et non un changement radical, politique ou social : pour importants qu'aient été en Inde le bouddhisme et l'islam, l'Inde a toujours été et est toujours majoritairement hindoue). L'historicité des sources est ici seule en cause. Celle des sources bouddhiques est donc plus nette que celle de la littérature védique (Veda) , dont l'élaboration, d'ailleurs, paraît s'achever au milieu du Ier millénaire avant notre ère. D'autre part, près de 2 000 ans plus tard, l'histoire en tant que discipline intellectuelle est introduite en Inde par l'islam.

   On touche ici à l'un des plus graves problèmes auxquels se heurtent les historiens de l'Inde ancienne. Les sources littéraires, qui restent les sources principales, qu'elles soient bouddhiques, jaïna ou brahmaniques – ces dernières étant de loin les plus considérables –, sont des œuvres religieuses (au sens large) ou purement littéraires. Cela explique que l'histoire proprement dite de l'Inde ancienne, en des temps où fleurit l'une des plus grandes civilisations du monde, soit si schématique en face d'une histoire des idéologies beaucoup plus consistante, sans qu'on ait guère pu, jusqu'à présent, intégrer l'une à l'autre. En d'autres termes, une chronologie, élaborée difficilement pour les temps les plus anciens, puis plus facilement lorsque apparaissent monnaies et surtout inscriptions, ne fournit que des listes de rois dont les activités principales sont l'attaque et la défense, cependant que l'histoire sociale se réduit pratiquement à l'image, figée et certainement passablement idéalisée, que les brahmanes donnent d'une société où ils réclament la première place.

   Il est une évolution, toutefois, qui semble s'esquisser dès la fin de l'époque des Gupta (550 après J.-C. environ) et qui conduit, dans les siècles qui suivent, à ce que l'on appelle, assez improprement, le Moyen Âge indien : celui-ci commence à partir du moment où l'on a la preuve qu'aux donations royales de terres, qui, jusque-là, n'étaient que des donations pieuses faites à des brahmanes, à des communautés religieuses diverses ou à des temples, s'ajoutent des donations à des officiers du roi en rétribution de leurs services. Et, peu à peu, lorsque ces donations entraînent, en contrepartie, l'obligation d'entretenir des troupes pour les mettre au service du souverain, lorsque, surtout, d'abord limitées dans le temps, elles deviennent héréditaires, une sorte de noblesse féodale se constitue. L'histoire de bien des royaumes indiens médiévaux est ainsi celle de dynasties qui ont su profiter de ces attributions de terres pour devenir indépendantes jusqu'à ce qu'à leur tour d'autres profitent de leur faiblesse. Telle est sans doute la raison de l'étonnante « plasticité » de nombre de dynasties qui, tantôt suzeraines, tantôt vassales, durèrent des siècles.

Aperçu chronologique

À l'époque du Bouddha (vers 560-480 avant J.-C.), qui est celle aussi de Mahivara, le fondateur du jaïnisme, subsistent encore des sociétés tribales diverses, indigènes ou « aryanisées ». De telles sociétés persisteront d'ailleurs longtemps : il en existe même aujourd'hui et certaines avaient conservé, il y a moins d'un siècle, des modes de vie qui devaient être ceux du néolithique. Ainsi, le Bouddha appartenait-il à une famille dirigeante de la tribu ou du clan des Shakya (d'où son nom de Shakyamuni, « Sage des Shakya »). Mais déjà des royaumes sont nés dans la vallée du Gange. La mise en valeur de cette vallée, qui a commencé après l'introduction de la métallurgie du fer dès la première moitié du Ier millénaire avant notre ère, a permis, vers le milieu de ce millénaire, la construction, le long du fleuve, des premières cités. Les sources bouddhiques mentionnent un certain nombre de ces royaumes, tous situés dans la moitié nord du sous-continent. Dans la moitié sud, la préhistoire a duré plus longtemps, sans doute jusque vers 1500 avant J.-C., et la première mention de peuples méridionaux ne date que du règne d'Ashoka (vers 269-232 avant J.-C.). Parmi ces royaumes, celui du Magadha, dont le premier roi connu est Bimbisara, contemporain du Bouddha, gagnera de l'importance et deviendra, environ deux siècles plus tard, le centre du premier Empire indien sous la dynastie maurya. L'essor du Magadha (le sud du Bihar actuel) est probablement dû à ses très riches gisements de cuivre et de fer. La capitale en est d'abord Rajagriha, non loin de ceux-ci précisément, puis Pataliputra (la moderne Patna) sur le Gange.

   Entre 327 et 325 avant J.-C., Alexandre est aux confins de l'Inde du Nord-Ouest. Il franchit l'Indus, mais ne dépasse pas l'Hyphase (la moderne Bias, l'un des cinq grands fleuves du Pendjab). Aucune mention n'a été retrouvée de cette expédition dans les sources indiennes, mais les sources classiques permettent d'entrevoir que sa venue a précédé de très peu, si elle ne l'a pas favorisée, la prise du pouvoir par Candragupta, le premier des Maurya, vers 320 avant J.-C.

   Le souverain le plus célèbre de toute l'histoire de l'Inde ancienne appartient à cette dynastie. Piyadasi, surnommé Ashoka, a, sur des colonnes et sur des rochers, à la manière des Achéménides de la Perse, fait graver des édits, uniques en leur genre dans l'histoire de l'Inde et qui sont les premières inscriptions indiennes. Ces édits renseignent sur l'étendue de son empire et sur sa politique, dite du dhamma (sanskrit dharma), qui est une exhortation à se conformer à l'« ordre » au sens le plus large, l'ordre cosmique, dont les formes concrètes sont l'ordre religieux et l'ordre politique, celui-ci se devant d'être le garant de celui-là. Cette notion, centrale dans le brahmanisme comme dans le bouddhisme, fonde en partie la politique de tolérance de cet empereur, lui-même bouddhiste.

   Mais la cohésion de l'empire ne survit que peu de temps à Ashoka. L'histoire de son déclin est obscure, comme celle des pouvoirs des Shunga et des Kanva qui succèdent aux Maurya à la tête d'un royaume certainement de plus en plus petit (sans que l'on sache le situer avec précision) jusque vers le milieu du Ier s. avant J.-C. Ashoka est le seul souverain de l'Inde ancienne qui soit aussi concrètement connu. À l'exception de Harsha, souverain de la dynastie des Pushyabhuti, qui régna à partir de la ville de Kanauj (dans le Doab) de 606 à 647 après J.-C., et qui est connu grâce à l'un des très rares romans écrits en sanskrit, la Geste de Harsha, inachevé toutefois, les autres souverains de l'Inde ancienne ne sont pour nous que des noms.

Les premiers pouvoirs musulmans (1206-1526)

La première région indienne conquise par une armée musulmane est celle du Sind, en 712. Elle est l'œuvre d'Arabes commandés par Muhammad ibn al-Qasim, neveu et gendre de Hadjdjadj, gouverneur de l'Iraq. Mais l'islam ne sera en fait introduit qu'un demi-millénaire plus tard, par des Turcs établis en Afghanistan, lorsque, en 1206, Qutb al-Din Aybak, lieutenant esclave du sultan Muhammad de Ghur, fonda le sultanat de Dehli. Les conquêtes de Muhammad de Ghur (prise de Lahore en 1186, de Delhi en 1193, du Bengale en 1202) seront précédées, entre 1000 et 1027, des raids, mais sans lendemain, du sultan turc Mahmud de Ghazni contre les plus grandes cités de l'Inde du Nord. Le sultanat de Delhi devient vite la première puissance de l'Inde du Nord et, après s'être étendu au détriment des royaumes hindous, il va donner naissance à des régimes semblables à lui. Sur ses ruines, en 1526, commencera de s'édifier l'Empire moghol.

   Cinq dynasties, toutes turques, au moins d'origine, sauf la dernière, occupent le trône de Delhi de 1206 à 1526 : celle dite des Esclaves (1206-1290), celle des Khaldji (1290-1320), celle des Tughluq (1320-1414), celle des Sayyid (1414-1450), celle enfin des Lodi, qui appartenaient à un clan afghan établi en Inde, de 1451 à 1526. Iltutmich (1211-1236) et Balban (1265-1286) donnent au sultanat des assises solides et Ala al-Din Khaldji (1296-1315), pour un temps, des dimensions impériales, grâce aux conquêtes de son général, Malik Kafür, aux dépens des derniers grands royaumes hindous du Deccan et du Sud : Yadava de Devagiri (conquis en 1307), Hoysala de Dvarasamudra au Mysore (1310), Kakatiya de Warangal au Telingana (1309), Pandya de Madurai, tout au sud (1311). comme ses prédécesseurs, Ala al-Din contient les Mongols toujours menaçants au nord-ouest.

   Sous le règne de Muhammad Tughluq (1325-1351), des gouverneurs déclarent leur indépendance : le sultanat de Delhi donne naissance à d'autres sultanats, et même à un royaume hindou, qui sont puissants. Djalal al-Din Ahsan Chah fonde le sultanat de Madurai (1335), Harihara Ier, le royaume (bientôt empire) de Vijayanagar, sur ce qui fut le territoire des Hoysala ; Hasan Gangu se proclame sultan du Deccan et fonde la dynastie des Bahmanides (1347) ; au Bengale, en 1338, le malik Hadjdji Ilyas avait fondé à Lakhnawati celle des Ilyas Chah.

   Firuz Tughluq (1351-1388) saura conserver les territoires qui lui restent, mais il sera le dernier grand sultan de Delhi. En 1398, Timur Lang vient piller la ville et massacrer ses habitants. Cette invasion accélère la désintégration du sultanat : le Malwa, en 1401, le Gujerat, en 1403, deviennent des sultanats indépendants, et le dernier des Lodi Ibrahim (1517-1526), doit faire face à d'autres rébellions avant de trouver la mort face à Baber, à Panipat.

L'arrivée des Européens (1498-1669)

Les Portugais, qui, avec les Espagnols, s'étaient partagé les mers en 1494 (traité de Tordesillas), sont les premiers Européens à atteindre l'Inde et à y établir des bases commerciales. Vasco de Gama touche Calicut en 1498 et Pedro Álvarez Cabral y commerce dès 1500. Cette installation, qui est loin d'être pacifique, devient définitive avec la prise de Goa au sultan de Bijapur par Albuquerque (1510). Tant que durera l'empire de Vijayanagar (jusqu'en 1565), son allié et partenaire, le commerce portugais sera plus que florissant. Les Portugais restent, en tout cas, les maîtres de l'océan Indien pendant presque tout le XVIe s.

   L'échec de l'Invincible Armada (1588), la publication par les Hollandais (1595) des cartes portugaises, jusque-là gardées secrètes, poussent les puissances protestantes à forcer le blocus. Les Compagnies des Indes orientales anglaise et hollandaise sont fondées, respectivement, en 1600 et en 1602. Les Anglais abordent à Surat (1608), alors principal port de l'empire moghol. C'est là qu'après de longues négociations ils obtiennent d'édifier leur première factorerie (1612).

   Le développement ultérieur des comptoirs anglais sera, en grande partie, la conséquence des heurts violents de 1623 avec les Hollandais en Asie du Sud-Est. La Compagnie anglaise se replie donc vers l'Inde et, pour y pratiquer le commerce « triangulaire » qui enrichissait tant ses concurrents, s'établit sur la côte de Coromandel : elle construit (1639), près de la future Madras, un fort qui sera baptisé Saint George. En 1658, elle occupe une ancienne factorerie portugaise sur l'Hooghly, principal affluent du Gange, à plus de 160 km au nord du golfe du Bengale. Son troisième point d'ancrage sera Bombay, louée en 1668 à la Couronne (Bombay faisait partie de la dote de Catherine de Bragance). Surat est alors abandonnée et Bombay fortifiée dès 1669. En Angleterre même, la Compagnie, qui avait failli disparaître sous Charles Ier mais que Cromwell avait sauvée (charte de 1657), obtient désormais des privilèges de plus en plus grands.

   La France n'apparaît en Inde que dans la seconde moitié du XVIIe s. Colbert crée la Compagnie française des Indes orientales en 1664. Les Français occupent (1670-1672) d'abord Saint-Thomé (Madras) avant que François Martin puisse acquérir le droit auprès du sultan de Bijapur de s'installer à Pondichéry (1674). Cet établissement sera pris par les Hollandais pendant la guerre de la ligue d'Augsbourg, puis restitué en 1699 après la signature du traité de Ryswick (1697). Les autres comptoirs français ne seront acquis qu'au XVIIIe s. : Masulipatam, Calicut, Mahé et Yanaon (1721-1723), et Karikal en 1739. (Inde Française).

L'Empire moghol

L'établissement de la dynastie moghole en Inde fut l'œuvre du Timuride Baber (ou Babur), qui, parce que ses espoirs de conquêtes en Asie centrale avaient été contrecarrés par la montée des Ouzbeks en ce début du XVIe s., avait dû se tourner vers Kaboul et, de là, avait su profiter du déclin du sultanat de Delhi. Trois victoires – sur Ibrahim, le dernier des Lodi, à Panipat, en 1526, sur une confédération rajpute, à Khanua, en 1527, et sur une coalition afghane, près de la Gogra, en 1529 – lui assurent la maîtrise de l'Inde du Nord. L'histoire de la dynastie moghole, officiellement fondée sur le sol indien en 1527, est alors, et pour près de deux siècles, jusqu'à la mort d'Aurangzeb, en 1707, avant tout celle des luttes et des guerres qui assureront son maintien et sa grandeur, guerres civiles pour des successions toujours férocement disputées, guerres de conquêtes (parfois de reconquêtes) lorsque les premières sont achevées. Cette sorte de sélection naturelle, qui tenait au fait qu'il n'existait pas de droit précis en matière de succession chez les Turcs Djaghataïdes, amena au pouvoir des conquérants remarquablement habiles et implacables. Le fils de Baber, Humayun (1530-1556), n'aura pas assez de dix ans pour asseoir suffisamment son autorité face aux siens. Il perd en 1540 son royaume au profit d'un Afghan, Chir Chah, à bien des égards meilleur que lui, mais dont, à son tour, la descendance ne peut conserver le pouvoir. Humayun recouvre alors son héritage, quelques mois seulement avant de mourir.

   

Les extraordinaires capacités d'Akbar (1556-1605), tant militaires qu'administratives, jointes à une personnalité hors pair, font du royaume si fragile d'Humayun, son père, un empire solide et véritablement indien. Une à une, les différentes puissances et les différentes régions, de l'Afghanistan au Bengale et de la bordure himalayenne au nord du Deccan, sont soumises et intégrées dans une structure impériale dont nombre d'aspects administratifs dureront au moins jusqu'aux premiers temps de la domination britannique. L'un des plus grands mérites de l'empereur est, en même temps, de reconnaître la diversité de son peuple et d'en tenir compte pour gouverner. Dans ce sens sont à comprendre des mesures comme la suppression de la capitation (qui, en territoire conquis par l'islam, frappe les infidèles) et la participation, jusqu'au plus haut niveau, d'hindous au gouvernement. Des considérations politiques aussi, en même temps qu'une forte tendance au mysticisme et que la fréquentation curieuse d'hommes de religions diverses, le pousseront même à tenter d'instituer une forme de syncrétisme religieux lorsqu'il se voudra chef spirituel de ses sujets. L'art du nouvel empire, l'architecture notamment, témoignera de la même ouverture d'esprit.

   Les règnes de Djahangir, de 1605 à 1627, puis de Chah Djahan, de 1628 à 1658, sont ceux de la plus grande splendeur moghole, à la cour du moins (à Agra puis, à partir de 1648, à Delhi) et dans les capitales provinciales. Le règne de Djahangir, en fait celui de sa femme, la princesse persane Nur Djahan, voit Agra, alors deux fois plus grande qu'Ispahan, devenir un modèle d'élégance séfévide. Quant à Chah Djahan, il a laissé avant tout le souvenir du bâtisseur le plus magnifique que l'Inde ait connu. Le Tadj Mahall et la mosquée de la Perle, tous deux à Agra, et la septième cité de Delhi, Chah Djahanabad, sont son œuvre.

   Mais, déjà sous ce dernier empereur, l'esprit de tolérance d'Akbar et de Djahangir a cédé la place à une réaction musulmane qui, avec Aurangzeb (1658-1707), deviendra fanatisme et contribuera sûrement au déclin de l'empire, en lui aliénant, entre autres supports, les Rajputs loyaux depuis le temps d'Akbar. Déjà aussi sous Chah Djahan, le piège s'entrouvre où s'enlisera Aurangzeb. Ce piège c'est le Deccan, précisément les sultanats de Bijapur et de Golconde. Les campagnes successives, coûteuses et dévastatrices, pour annexer ces deux royaumes commencent dès 1631. Elles occuperont Aurangzeb de 1681 à sa mort.

   Les guerres de succession, les guerres dans le Deccan, d'autres encore ont finalement ravagé de vastes territoires. L'Empire moghol n'a jamais été aussi étendu qu'à la fin du règne d'Aurangzeb, mais l'Inde est plus misérable qu'au temps d'Akbar. Des révoltes éclatent dans la seconde moitié du XVIIe s., auxquelles le fanatisme de l'empereur donne une coloration religieuse : les sikhs du Pendjab se soulèvent, ainsi que les Rajputs du Rajasthan et surtout les Marathes du Deccan (Sivaji commence sa carrière en 1647 et fonde le royaume marathe en 1674).

Le XVIIIe s.

Les traits marquants de ce siècle sont le déclin de l'empire moghol, la montée de la puissance marathe, les débuts de l'ingérence des Anglais dans les affaires indiennes et la défaite des Français face aux Britanniques dans l'Inde du Sud.

   L'Empire moghol, d'abord, malgré bien des vicissitudes – luttes intestines à la cour, manifestations d'indépendance de la part de gouverneurs, attaques venues de la Perse (1739) puis de l'Afghanistan (à 5 reprises, de 1747 à 1761) –, reste la première des puissances indiennes jusqu'à la bataille de Panipat (1761), donc pendant plus de cinquante ans après la mort d'Aurangzeb. Le principal responsable de la défaite de Panipat (militairement, celle de l'armée marathe face aux Afghans de Ahmad Chah) est, en fait, le vizir de l'empire, Imad al-Mulk. Sa gestion, de 1753 à 1761, a été si désastreuse qu'elle a affaibli Delhi au point de susciter une quatrième intervention afghane en 1757, puis une cinquième en 1759, l'obligeant à appeler encore les Marathes à son secours. Après la défaite de Panipat, l'Empire moghol n'est plus qu'un royaume, celui de Delhi, qui, grâce d'abord au gouvernement du représentant du souverain afghan (1761-1772), puis grâce à celui de Nadjaf Khan (1772-1782), pour le compte du plus talentueux des derniers Moghols, Chah Alam (restauré en 1772), réussit à rester indépendant. Il cesse de l'être lorsque, faute d'une personnalité capable de succéder au khan, le général marathe, Mahadaji Sindhia, se voit offrir le titre de régent de l'empire en 1785. Les Anglais, ensuite, occuperont Delhi en 1803 lors de leurs campagnes contre Sindhia et la dynastie moghole disparaîtra définitivement quand, après la « mutinerie » (révolte des cipayes) de 1857, ils enverront mourir en exil en Birmanie son dernier représentant, Bahadur Chah.

   La plus grande puissance indienne du XVIIIe s., lorsque décline l'Empire moghol, est celle des Marathes de Pune. Tant que les peshva (Premiers ministres) conservent tout le pouvoir entre leurs mains (de 1714 à 1772), tenant à distance les quatre grandes familles de chefs de guerre qui forment avec eux une sorte de confédération, les Marathes règnent en maîtres, directement ou indirectement, sur l'Inde entière, à l'exception du Bengale. Mais l'affaiblissement de leur pouvoir central, en un temps où les Anglais viennent d'apprendre au Bengale et dans le sud de l'Inde à user de leur influence, conduit à trois guerres (1775-1782, 1803-1805, 1817-1818) qui finissent par anéantir les Marathes et par donner à leurs adversaires britanniques l'empire de l'Inde.

   La lutte entre les Compagnies des Indes orientales anglaise et française est une conséquence de la guerre de la succession d'Autriche. Elle a pour théâtre l'Inde du Sud, précisément le Carnatic, à partir de 1746. Les succès militaires de Dupleix et de Mahé de La Bourdonnais (prise de Madras cette année-là) sont annulés par le traité d'Aix-la-Chapelle (1748). Dupleix inaugure alors une politique d'ingérence dans les affaires des royaumes de Hyderabad et du Carnatic. Il réussit dans le premier cas, mais se heurte aux Anglais (de 1751 à 1754) dans le second. Ceux-ci ont vite appris sa manière de faire. Mais Dupleix est rappelé par sa compagnie, puis la guerre de Sept Ans rallume les hostilités entre les deux puissances européennes, de 1758 à 1761. Les Français du comte de Lally sont défaits à Vandavachy (Wandiwash) en janvier 1760 par les Anglais de sir Eyre Coote. Pondichéry se rend un an plus tard. Elle sera restituée à la France lors du retour de la paix, en 1763, mais démantelée. La France ne sera jamais plus redoutable pour les Anglais en Inde.

L'expansion britannique

Les menées agressives d'un jeune nabab du Bengale, Siradj al-Dawla, en 1756, face à une compagnie de marchands qui entend défendre ses droits, sont le choc initial qui déclenche un processus d'expansion qui, de la simple canonnade de Plassey (juin 1757), commandée par Robert Clive contre le nabab, conduit à la victoire de Buxar, en octobre 1764, cette fois face à une coalition indienne où figure l'empereur moghol. Plassey marque les débuts de l'expansion britannique au Bengale, Buxar décide du succès de l'entreprise. L'expansion britannique dans toute l'Inde (à partir de Calcutta, de Madras et de Bombay) apparaît dès lors comme un mouvement irréversible (et non comme une politique délibérée, et ce, pendant longtemps) dans lequel la Compagnie est entraînée pour l'extension de ses revenus, mais aussi parfois seulement pour leur maintien face à des États indiens puissants. La situation des Anglais sera même, après Clive, au temps de Warren Hastings (1772-1785), extrêmement précaire. Warren Hastings sera, à ce titre, un homme providentiel. Puis, peu à peu, les Anglais étant appelés à gouverner pour commercer, la coexistence de systèmes politiques aussi différents, à une époque où, de plus, l'évolution du monde occidental s'accélère, s'avérera impossible.

   Les succès de Warren Hastings, militaires et diplomatiques, tant dans le nord que dans le sud de l'Inde, laissent un certain répit à la Compagnie. Son successeur, le général lord Cornwallis (1786-1793), ne fait campagne que dans le sud, contre Tippoo Sahib du Mysore (troisième guerre du Mysore, 1790-1792). L'œuvre de Cornwallis est avant tout administrative. Sous Wellesley (1798-1805), Tippoo Sahib est battu et trouve la mort en 1799. La majeure partie de ses territoires est annexée. La politique de Wellesley ayant effrayé la direction de la compagnie, le gouvernement de lord Minto (1807-1813) marque une pause dans les conquêtes. Puis celles-ci reprennent. Sous lord Hastings (1813-1823) sont vaincus et cèdent des territoires : les Gurkhas du Népal (1816) puis les Marathes (1818). Sous Amherst (1823-1828), la Birmanie perd la plus grande partie de sa façade maritime. Après un intervalle de sept années de paix sous lord William Bentinck (1828-1835), lord Auckland (1836-1842) cautionne la désastreuse expédition d'Afghanistan. Cette expédition devait s'assurer de ce pays face au péril russe. En 1841, l'armée anglaise de Macnaughten est totalement exterminée. Lord Ellenborough (1842-1844) venge cette défaite en faisant la conquête (sanglante) du Sind (1842). Lord Hardinge (1844-1848) attaque la dernière grande puissance indienne indépendante, le royaume sikh du Pendjab, en proie à des troubles depuis la mort de son souverain, Ranjit Singh, en 1839. La première guerre sikh s'achève (1846) par l'annexion de territoires, entre autres le Cachemire, qui est donné au Rajput Gulab Singh dont la famille régnera jusqu'après l'indépendance de l'Inde (1947). Lord Dalhousie (1848-1856), enfin, achève l'œuvre de son prédécesseur. La seconde guerre sikh aboutit (1849) à l'annexion du Pendjab. En 1850, l'Empire britannique des Indes s'étend du Bengale à l'Indus, du Cachemire au cap Comorin. D'ultimes expéditions auront lieu contre la Birmanie (1852 et 1885) et contre l'Afghanistan en 1878-1880, sans plus de succès qu'en 1841. Les territoires conquis seront, dans leur grande majorité, administrés directement, mais des centaines d'États autonomes, protectorats en fait liés par traité à la Couronne, gouvernés par des maharaja, subsisteront jusqu'en 1947. Parmi les plus grands figurent le Cachemire et l'État de Hyderabad.

   L'expansion territoriale britannique provoque des mesures destinées à l'administration du nouvel empire et qui touchent au statut de la compagnie des Indes elle-même. La centralisation de l'autorité à Calcutta s'accompagne du passage progressif de la compagnie sous le contrôle du gouvernement de Londres. La première loi témoignant de cette évolution est le Regulating Act de 1773. Puis, par le Charter Act de 1813, la Compagnie perd son monopole commercial. L'Inde est ouverte à l'entreprise privée. Par celui de 1833, elle perd ses activités commerciales pour ne plus être qu'un organisme de gouvernement et le gouverneur général du Bengale devient gouverneur général de l'Inde. Elle sera finalement supprimée en 1858. Le gouverneur général deviendra vice-roi, la Couronne gouvernera directement le pays.

   Les mesures administratives, pendant cette période, sont nombreuses. Il convient de mentionner le Code que laisse Cornwallis en 1793 et qui définit les règles selon lesquelles s'exercera l'autorité anglaise. La plus célèbre d'entre elles, le Permanent Zamindari Settlement, définit les modalités de la levée de l'impôt foncier au Bengale et fait des zamindar les propriétaires intermédiaires entre les paysans et l'Administration. Dans le Sud, la perception de cet impôt sera différente, dans son principe. L'impôt, aux termes du Ryotwari Settlement mis en place par Thomas Munro, gouverneur de Madras de 1820 à 1827, sera exigé directement des paysans par l'Administration. Dans le premier cas, l'Angleterre tente de substituer une sorte de « gentry » à l'ancienne noblesse moghole ; dans le second, elle tente de faire des paysans les seuls propriétaires des terres qu'ils cultivent, ce qui revient à vouloir changer les structures sociales traditionnelles…

   D'une manière générale, toutes les mesures que les Anglais prennent, dans la première moitié du XIXe s., amènent des transformations partielles de la société indienne. Par exemple, la levée (1833) de l'interdiction faite jusque-là aux missionnaires de venir exercer leurs activités en Inde ainsi que l'introduction, vers la même époque, de l'éducation anglaise font naître une culture anglo-indienne, illustrée d'abord par le mouvement dit de la « renaissance hindoue ». Et les Britanniques tentent des réformes sociales (interdiction, par exemple, du suicide des veuves en 1829). En matière économique, de même, l'abolition du monopole commercial de la Compagnie rend l'Inde dépendante de l'étranger (c'est-à-dire de l'Angleterre). Mais cette mesure fait aussi naître un capitalisme indien…

La « mutinerie »

L'œuvre de Dalhousie résume assez bien les bouleversements que l'Angleterre impose à l'Inde pendant la première moitié du XIXe s. Bouleversements techniques par le lancement de la construction du réseau ferré, et celle du réseau télégraphique, ainsi que par la mise en place d'un réseau postal uniforme. Bouleversements politiques par l'application de la doctrine dite du « lapse », selon laquelle, en l'absence d'héritier direct, un royaume revient à son suzerain, donc à la compagnie. Cette doctrine, contraire à la loi hindoue et à la loi musulmane, qui reconnaissent les droits des héritiers par adoption, permet à Dalhousie des annexions pacifiques et des économies substantielles, car le principe est également appliqué aux pensions.

   Cette politique impérialiste culmine avec l'annexion de l'Aoudh, en 1856, non parce que son souverain n'a pas d'héritier, mais sous le prétexte de mauvais gouvernement. L'Aoudh est, en fait, l'une des régions les plus riches de l'Inde. Cette annexion est une erreur à laquelle viennent s'en ajouter d'autres commises par lord Canning (1856-1862), dernier gouverneur général de l'Inde et premier vice-roi.

   

Le 9 mai 1857, à Meerut (à environ 50 km au nord de Delhi), éclate ce que les Anglais appelleront une « mutinerie », mais qui sera plus qu'une simple révolte de soldats, sans cependant atteindre les dimensions d'une révolte nationale, faute d'une direction et d'un idéal communs. C'est, sans doute, le « dernier sursaut d'un ordre condamné », dont certains éléments supportaient mal les spoliations et la pacification énergique de la puissance étrangère. Cette révolte qui, pendant l'été de 1857, ne fait vraiment perdre aux Anglais que le contrôle du cœur de la vallée du Gange, est rapidement matée, souvent avec une extrême cruauté. La « mutinerie » (ou révolte des cipayes) aura de multiples conséquences. Un mur de défiance opposera désormais les deux communautés, et l'Angleterre, qui se voulait éducatrice et civilisatrice, n'essaiera plus de légiférer dans des domaines touchant à la religion et aux mœurs. L'évolution de l'Inde au siècle suivant sera bien davantage due au rôle économique que lui fera jouer la puissance coloniale, initiatrice, partenaire et rivale, et à la prise de conscience des Indiens de leur identité.

L'Inde coloniale

Le gouvernement de l'Inde

L'Inde britannique, résultat de cette politique de conquêtes et d'annexions, est devenue, au fil des années, un immense empire comprenant deux sortes de territoires : des territoires administrés directement et des territoires princiers (plus de 600 au début du XXe s.) soumis au régime de l'administration indirecte, autonomes, mais sans aucune indépendance réelle.

   L'Empire est, depuis Calcutta (depuis Delhi à partir de 1911), dirigé par un vice-roi (successeur du gouverneur général depuis 1858) nommé par le gouvernement anglais et dépendant du secrétaire d'État à l'Inde, ce dernier, membre du gouvernement de la Couronne. Le vice-roi est assisté d'un Conseil exécutif, purement consultatif, d'abord de six membres nommés par Londres. Son Conseil législatif est le même, mais augmenté de seize membres nommés par lui. L'administration impériale est absolument centralisée dans la mesure où les gouverneurs de province, assistés de leurs conseils, ne sont que des délégués du vice-roi qui les nomme. Cette centralisation autoritaire est pesante. Elle prend la forme, le temps passant, d'une machine bureaucratique énorme et conservatrice.

   L'administration quotidienne repose, elle, presque entièrement sur la personne du collecteur de district, au début homme de terrain, homme à tout faire, aux fonctions à la fois exécutives et judiciaires. Puis, ses tâches ne cessant de croître, ce personnage devient un bureaucrate qui supervise, à la tête d'une administration indigène.

   Les administrateurs britanniques appartiennent au corps de l'ICS (Indian Civil Service), dont les Indiens, longtemps, ne pourront faire partie puisque, jusqu'en 1922, le concours d'entrée se passera obligatoirement en Angleterre. Ce corps est resté célèbre pour l'esprit victorien qui l'animait, mais qui le rendait anachronique et incapable d'innover. Toutes les initiatives rendues nécessaires par la poussée nationaliste et par les grands événements mondiaux (les deux guerres mondiales, la crise de 1929) viendront toujours de Londres et se heurteront au conservatisme de ces fonctionnaires coloniaux.

L'Inde rurale

L'Inde sur laquelle les Britanniques étendent leur empire est un pays rural (le pourcentage de la population urbaine est de 10 % en 1901 et ne sera que de 13 % en 1941) peuplé de villages (730 000 en 1901) isolés, pratiquement autarciques, aux structures sociales héritées d'un très long passé. La société y est divisée en castes hiérarchisées et cette structure conditionne tous les aspects de la vie rurale. Si le nombre des castes, à considérer l'Inde dans son ensemble, apparaît presque infini, à l'intérieur d'un même village, trois groupes peuvent être, du point de vue économique, définis. Au sommet de la hiérarchie, la caste dominante possède la plus grande partie des droits sur la terre, sans la travailler elle-même. En dessous, et dépendant largement de la classe précédente, viennent les petits propriétaires, les tenanciers et les artisans ruraux. Les exploitations à ce niveau sont petites, guère plus du minimum vital, parfois moins. En bas, enfin, se tiennent les plus pauvres et les plus méprisés, les paysans sans terre et les castes de service impures, en général intouchables. C'est dans ce prolétariat que figurent les paysans non libres endettés dans des conditions qui ne leur permettent pas de racheter leurs dettes.

   Dans ce monde, les Anglais introduisent un certain nombre de nouveautés qui, directement ou indirectement, transforment les structures agraires. Il s'agit d'abord de l'établissement de nouveaux systèmes fonciers (dès 1793) qui, en instituant le droit de propriété, bouleversent les droits traditionnels sur la terre, rompant par là l'équilibre de l'économie villageoise. Il s'agit ensuite de l'introduction des cultures industrielles et de la commercialisation croissante de l'économie agricole, phénomènes qui, joints à la concentration de la propriété foncière qui avait suivi l'institution de la propriété, vont déséquilibrer la production agricole et l'assujettir aux fluctuations des cours mondiaux. Enfin, aux facteurs de déséquilibre touchant une société bloquée, s'ajoute, à partir de 1921, le facteur démographique. À partir de 1921, en effet, le taux de mortalité chute de façon continue (il passe de 40 à 50 ‰ avant cette date à 31,2 ‰ en 1941) en face d'un taux de natalité stationnaire aux environs de 45 ‰.

L'industrie pendant la période coloniale

Le secteur moderne de l'économie indienne, de type capitaliste, est d'abord aux mains d'hommes d'affaires britanniques qui ont le monopole des investissements et de l'entreprise. Ce monopole s'exerce au travers d'un système de délégation de gestion (managing agency system). Les sociétés londoniennes, ignorantes du milieu indien, confient la gestion de leurs capitaux à de vieilles firmes implantées depuis longtemps en Inde. Ces agences, qui détiennent, en le concentrant aux mains de quelques-uns, le pouvoir économique, fleurissent jusque dans les années 1920. Après quoi commence à se développer un capitalisme indigène, calqué sur le modèle anglais, œuvre de communautés précises (et d'abord celle des parsis, qui avaient commencé, au siècle précédent, à faire des affaires en tant qu'intermédiaires [compradores] dans le commerce du coton et de l'opium). Ce développement se produit à la faveur, notamment, d'une protection douanière (mais sélective) de l'industrie indienne, des difficultés auxquelles se heurte l'industrie en métropole dans les années 1930, et des succès que remporte le nationalisme indien. Les deux guerres mondiales, en isolant l'Inde et en augmentant la demande anglaise, favoriseront aussi l'essor de l'industrie indienne.

   Cela étant, le bilan industriel de l'Inde au moment de l'indépendance ne sera nullement en rapport avec les besoins du pays. La raison principale en est que l'industrie indienne est longtemps restée de type colonial, c'est-à-dire déséquilibrée. Certains secteurs seulement ont été développés : fabrication du thé, industrie du coton dans l'Inde de l'Ouest, du jute au Bengale, extraction de la houille au Bihar et en Orissa, au détriment des industries de base que le gouvernement n'a pas aidées, laissant par ailleurs les frontières ouvertes aux importations de la métropole. L'une des conséquences de cette politique est que longtemps subsistera un vaste secteur inorganisé et archaïque. Enfin, l'industrie coloniale, centrée sur les ports, ne contribue pas au développement du reste du pays.

L'accession à l'indépendance

Un mouvement nationaliste naît en Inde dans la seconde moitié du XIXe s. Il apparaît d'abord dans les castes les plus hautes, qui ont eu accès à l'éducation anglaise. Ce nationalisme est d'abord imprégné de la tradition libérale anglaise, mais il est aussi, dès ses origines, fondamentalement indien. Cette intelligentsia (d'abord en majeure partie bengalie) ne renie pas sa propre tradition. Et, au fur et à mesure que le mouvement prend de l'ampleur et se développe dans les différentes régions, son caractère hindou ne fait que s'accentuer, si bien qu'à la fin du siècle il existe plusieurs tendances, dont certaines plus radicales et même xénophobes. Mais le mouvement nationaliste ne se divisera pas. Le Congrès, fondé en 1885, organisation tenant ses assises une fois par an dans une ville à chaque fois différente, le préservera de l'éclatement et saura en garder la tête.

   À la génération des fondateurs du mouvement nationaliste, qui sont tous des libéraux, succède, vers 1900, une génération plus radicale illustrée par B. G. Tilak qui fait appel, au Maharashtra, à une xénophobie d'essence religieuse.

Les premiers mouvements populaires

Le partage du Bengale par lord Curzon, vice-roi de 1898 à 1905, déchaîne l'opinion nationaliste. Le terrorisme fait son apparition au Bengale. Au sein du Congrès s'affrontent modérés et extrémistes. Les premiers l'emportent et le Congrès sombre pour plusieurs années dans l'insignifiance politique, mais les seconds ne font pas sécession. D'autre part, pour la première fois, est née l'idée d'un boycott des produits importés de Grande-Bretagne (mouvement dit svadeshi). À cette occasion, pour la première fois également, le mouvement nationaliste est confronté aux problèmes de la mobilisation de masse. Une autre conséquence importante du partage du Bengale est la constitution des musulmans en troisième force. La Ligue musulmane est fondée en décembre 1906 à Dacca, en grande partie pour faire contrepoids aux courants nationalistes hindous.

   Lord Minto (1905-1910) réprime l'agitation, puis la loi sur le gouvernement de l'Inde de 1909, inspirée par le secrétaire d'État libéral Morley, introduit un début de représentation indigène, élue, dans le Conseil exécutif du vice-roi et surtout dans les conseils législatifs provinciaux. Lord Hardinge (1910-1916) réunifie le Bengale en 1911, mais transfère la capitale à Delhi.

   Après quelques années de calme, le mouvement nationaliste reprend de la vigueur pendant la Première Guerre mondiale, sous la direction de Tilak (sorti de prison) et d'Annie Besant (qui travaillait en Inde depuis 1893 pour la Société théosophique). Grâce aux efforts de celle-ci, Tilak et les radicaux sont admis au sein du Congrès (1915), mais les modérés ne suivent pas dans son programme d'agitation autonomiste Annie Besant, qui fonde, en 1916, la Ligue autonomiste panindienne, tandis que Tilak crée une Ligue autonomiste indienne. L'action menée par ces ligues conduit à une vague de répressions qui rapproche radicaux et modérés. De plus, l'entrée en guerre de la Turquie, dont le sultan est aussi le calife des croyants, aux côtés de l'Allemagne, unit musulmans et hindous face aux Anglais (pacte de Lucknow, 1916).

   Mais l'affrontement, qui semble inévitable, est désamorcé par la déclaration Montagu (1917), suivie du rapport Montagu-Chelmsford (1918), qui introduit dans le gouvernement de l'Inde le principe de la « dyarchie », c'est-à-dire du partage des responsabilités gouvernementales, certains départements étant confiés aux conseils législatifs provinciaux, par ailleurs considérablement élargis, et dont la majorité des membres sera élue. La position ambiguë d'Annie Besant au Congrès lui fait perdre le soutien des modérés et des radicaux. Tilak part, malencontreusement, pour l'Angleterre. C'est alors que M. K. Gandhi apparaît.

L'action du Mahatma Gandhi

Gandhi, qui a une conception spiritualiste de l'action politique (l'autonomie doit d'abord être maîtrise de soi, l'autonomie politique n'est que secondaire), agit seul et entreprend trois satyagraha (actions courageuses exemplaires non violentes pour faire triompher la vérité), limités d'abord (1917-1918), puis, devant les succès qu'il remporte, un autre, national, le 6 avril 1919, sous la forme d'une grève générale accompagnée de jeûne et de prières. Il combat les lois Rowlatt qui prorogeaient les procédures exceptionnelles du temps de guerre contre le terrorisme. Mais l'explosion de violence qui s'ensuit (massacres de Jaliyanvalabagh d'Amritsar, le 13 avril) le contraint à suspendre son action.

   La seconde phase de l'action politique de Gandhi se déroule de 1920 à 1922, et la montée de la violence l'oblige, une fois encore, en février 1922, à suspendre son action. Mais Gandhi, que ses satyagraha ont rendu extrêmement populaire, a pris la tête du mouvement nationaliste, et son programme d'agitation, étendu à l'Inde entière, a pris la forme de la désobéissance civile. Désormais, le mouvement nationaliste, grâce à lui, est devenu mouvement national de masse. Aussi le Congrès, lors de sa session de Nagpur (1920), réforme-t-il ses structures en conséquence. La phase de répression suit. Gandhi est arrêté en mars 1922 et condamné à six ans de détention.

   De 1922 à 1927, les masses se démobilisent cependant que l'unité entre musulmans et hindous, qui n'a plus sa raison d'être depuis la suppression du califat (1924), fait place à un antagonisme de plus en plus violent. Le Congrès, de son côté, est paralysé par des divisions internes. Gandhi, libéré dès janvier 1924, se tient à l'écart de ces luttes, pour se consacrer à l'éducation politique et morale des masses. Il parcourt l'Inde jusqu'en 1929.

La radicalisation du mouvement et la partition

Les exigences d'une jeune génération de radicaux, conduits par Jawaharlal Nehru et Subhas Chandra Bose, qui demandent l'indépendance complète et mettent en péril le Congrès, font revenir Gandhi sur le devant de la scène politique. N'ayant pas obtenu pour le pays le statut de dominion qu'il réclamait pour le 1er janvier 1930, il lance une seconde campagne de désobéissance civile. Sa fameuse marche à la mer, pour protester contre le monopole gouvernemental du sel, a lieu le 6 avril. La violence éclate partout, la répression aussi. Deux conférences de la Table ronde pour réformer la Constitution (novembre 1930 et septembre-décembre 1931), la seconde avec la participation de Gandhi, ne donnent rien.

   Le mouvement de désobéissance une fois de plus se désagrège, mais l'idée de l'indépendance s'est précisée et les forces politiques se radicalisent. Ainsi les musulmans souhaitent-ils un État pour eux (le nom de Pakistan est forgé en 1933). Cependant, la Grande-Bretagne réforme, seule, la Constitution. Le Government of India Act de 1935 met fin au système de la dyarchie, accorde une autonomie réelle aux provinces, étend le droit de vote (le principe de contingents de sièges pour diverses communautés est déjà acquis à cette date). Le Congrès participe aux élections de 1937 et forme des ministères dans sept provinces sur onze ; fort de son succès, il refuse l'offre de Jinnah de former des ministères de coalition : le séparatisme musulman est, dès lors, irréversible.

   Les nationalistes indiens entendent profiter de la Seconde Guerre mondiale pour arracher l'indépendance. La Grande-Bretagne, pour diverses raisons, ne peut que remettre cette question. Gandhi pousse alors à l'insurrection avec son slogan « Quit India » (1942).

   

L'insurrection est assez vite et durement matée, mais, à la fin de la guerre, l'indépendance n'est plus qu'une question de mois. La Grande-Bretagne fait un ultime effort avec les propositions de la mission Attlee (mai 1946) pour éviter la partition de l'Inde, mais la déclaration de Nehru (juillet) met fin à ces espoirs. La partition est inéluctable, et, devant la flambée de « communalisme » qui s'ensuit, le vice-roi, lord Wavell (1943-1947), charge le Congrès de former un gouvernement provisoire, présidé par Nehru (septembre). Une Assemblée constituante, issue des élections de 1945, se réunit en décembre. Les deux instances étant paralysées par les musulmans, Attlee dépêche lord Mountbatten pour procéder au plus vite à la passation des pouvoirs. L'indépendance est proclamée le 15 août 1947. Jinnah est devenu, le 14, gouverneur général du dominion du Pakistan. Gandhi, à Calcutta puis à Delhi, réussit à établir la paix religieuse. Au Pendjab, en revanche, s'est déroulée une guerre civile atroce. Le 30 janvier 1948, Gandhi est assassiné.

Après l'indépendance

La tâche qui attend l'Inde, son indépendance acquise, est immense. Elle sera menée par Nehru et par le serdar Patel jusqu'en 1950, puis par Nehru, seul, à la tête à la fois du parti du Congrès et du gouvernement, jusqu'à sa mort, en 1964. La construction de la nation commence par la promulgation de la Constitution (janvier 1950), qui permet l'élection du premier Parlement au suffrage universel (1952), laquelle est un succès pour le Congrès. Démocratie, laïcité et abolition de la caste et de l'intouchabilité sont les trois grands principes de la plus grande constitution du monde. Les institutions de la république sont en grande partie reprises du Government of India Act de 1935. L'intégration des 554 États princiers est l'œuvre de Patel, le plus difficile à intégrer étant le Jammu-et-Cachemire (Cachemire). Après le rattachement de ces États à l'Union indienne commence un long processus d'intégration politique et administrative. Il s'achève par le States Reorganization Act de 1956, qui définit 14 États sur des bases linguistiques, auxquels s'ajoutent 6 territoires administrés directement. Mais d'autres États seront encore créés à la suite de pressions diverses. L'Union indienne comprendra dès lors 22 États et 9 territoires sous administration directe.

Nehru, leader des pays non alignés

La politique extérieure de l'Inde sous Nehru est d'abord active et originale. Sa politique de coexistence pacifique, énoncée pour la première fois lors du traité sino-indien sur le Tibet en 1954, aboutit à la doctrine du non-alignement, qui tente de créer, à l'époque de la guerre froide, une zone de paix et de neutralité face aux zones d'influence des deux blocs américain et soviétique. Les vues de Nehru sont adoptées par un certain nombre de nations fraîchement indépendantes d'Asie et d'Afrique. Puis, dans les années 1960, l'Inde se voit contrainte, à cause des tensions et des conflits qui se manifestent et éclatent avec ses voisins, d'opérer un repli diplomatique et d'adopter une attitude plus pragmatique. Une guerre frontalière avec la Chine a lieu en 1962, aux frontières de l'Assam et du Ladakh, guerre qui fait suite à l'invasion par la Chine du Tibet en 1959. L'Inde est battue, mais la Chine, condamnée comme agresseur, se retire sur ses positions de novembre 1959, sauf au Ladakh. Cette défaite est une humiliation sévère pour Nehru. Et la frontière himalayenne continue d'être un souci pour l'Inde, qui fournit aide et assistance au Sikkim (occupé par elle en 1949, puis protégé par traité en 1950) et au Bhoutan et qui maintient, d'autre part, le Népal, pays neutre, sous sa dépendance économique. Le second conflit avec le Pakistan depuis l'indépendance éclate en 1966 alors que Lal Bahadur Shastri a succédé à la tête du gouvernement à Nehru. Le traité de Tachkent du 10 janvier 1966 rétablira le statu quo entre les deux voisins.

La recherche d'une « troisième voie »

La politique économique et sociale du socialiste Nehru est prudente. Il s'agit, en fait, malgré le virage à gauche de 1955-1956, d'une politique d'économie mixte, planifiée sans dogmatisme. Et c'est cette politique que poursuivra Indira Gandhi, la fille de Nehru. Les efforts ont d'abord porté sur la constitution d'une infrastructure et, dans ce domaine, l'Inde a fait des progrès considérables. La réforme agraire, en revanche, lancée en 1952 avec le Programme de développement communautaire, poursuivie, en 1956, par l'instauration d'une « décentralisation démocratique », c'est-à-dire par un système d'administration locale du développement (le Pancayati Raj), semble n'avoir profité d'abord qu'aux paysans aisés ou riches. Seuls les grands intermédiaires, héritage le plus criant du passé, sont tombés, mais les mesures de développement du crédit accessible aux petits paysans et de protection des tenanciers n'ont guère eu l'effet escompté.

Le déclin du parti du Congrès

Les années Indira Gandhi

La mort prématurée du Premier ministre Lal Bahdur Shastri surprend la vieille équipe dirigeante du Congrès, qui décide de nommer Indira Gandhi à la tête du gouvernement (janvier 1966) : la fille de Nehru au nom prestigieux (mais qui n'a aucun lien avec le Mahatma), déjà populaire et aguerrie à la vie politique, leur semble aisément manipulable. Le nouveau Premier ministre se révèle pourtant indépendant et décidé, en particulier à l'occasion des élections législatives de 1967, qui montreront les premiers signes de l'usure du système congressiste. La crise économique que traverse le pays provoque en effet le mécontentement du monde rural et la pugnacité de l'opposition. I. Gandhi montre ses talents politiques en obtenant l'élection d'un de ses partisans, Varahagiri Venkata Giri, au poste de président de la République pour succéder à Zakir Hussain.

   Les revers congressistes suscitent, en 1969, une scission d'une partie des conservateurs du Congrès, à l'occasion d'un désaccord sur le projet de nationalisation des banques. Mais la gagnante est à nouveau I. Gandhi, qui, sur la lancée de sa victoire personnelle au sein du parti, prend des mesures populaires et socialisantes : renforcement du contrôle du secteur privé, abolition des avantages qui avaient été accordés aux princes en échange de leur intégration dans l'Union. Ce dernier projet sera invalidé par la Cour suprême, que le Premier ministre n'aura de cesse, par la suite, de mettre au pas.

   Cependant, I. Gandhi, qui se trouve en position de faiblesse à la Chambre basse, décide de provoquer des élections anticipées. Sa campagne électorale, menée sur le désormais célèbre thème « Garibi hatao ! » (« Éliminons la pauvreté ! »), est un succès pour son parti, l'Indira Requisition ou Congrès R. La scission de 1969 avec les caciques du Congrès (qui avaient formé le Congrès O.), avait entraîné une fuite du solide réseau de notables ; I. Gandhi avait donc dû s'appuyer sur les masses, et fut particulièrement écoutée au sein des intouchables et des Adivasi (tribus aborigènes).

La montée des mécontentements et l'état d'urgence

Renforcée par des élections locales en 1972 et par le succès de l'opération militaire au Pakistan-Oriental en décembre 1971 (devenu alors le Bangladesh), la fille de Nehru tarde pourtant à honorer son programme influencé par la politique de son père. La personnalisation croissante du pouvoir suscite, à partir de 1974, des mécontentements de plus en plus grands, surtout au sein d'une population urbaine frustrée. Un mouvement populaire se cristallise autour d'un vétéran, proche du Mahatma Gandhi, Jayaprakash Narayan. Le peuple souffre d'une montée de l'inflation et du chômage, ainsi que des conséquences d'une banalisation de la corruption ; des grèves éclatent et s'étendent sur l'ensemble du pays. Le mouvement se politise et réussit à fédérer l'opposition de droite comme de gauche, et même une partie du Congrès, hormis le parti communiste (P.C.I., prosoviétique), allié du Premier ministre.

   L'impopularité de I. Gandhi s'accroît encore en 1975, avec l'invalidation de son élection en 1971 pour pratiques illégales. Cependant, pressée de démissionner par ses ennemis et menacée d'inéligibilité, elle s'accroche au pouvoir et décide de faire signer par le président de la République, Fakhruddin Ali Ahmed, le 25 juin, l'instauration de l'état d'urgence. Très vite, grâce à un décret autorisant la détention sans jugement de tout opposant politique pendant deux ans, des milliers de personnes sont incarcérées, dont de nombreux leaders politiques. Au total, 100 000 personnes seront emprisonnées pendant les deux années que dure l'état d'urgence : si la plupart d'entre elles appartiennent à des mouvements d'extrême droite ou « communalistes » (basés sur l'appartenance à une caste ou à une religion), de nombreux démocrates sont privés de liberté.

   Les années 1975-1977 resteront une période de dictature : censure des médias, concentration du pouvoir aux mains de I. Gandhi, bien que les grands partis ne soient pas interdits. Le Premier ministre justifie ces mesures radicales par son souci de protéger la démocratie contre les forces extrémistes. Un certain nombre d'opportunistes cherchent à profiter de ces années sombres, qui voient également le renforcement des aspects populiste, socialiste et autoritaire du chef du gouvernement. L'Inde va devenir officiellement une République « séculariste (laïque) et socialiste » ; un programme en vingt points promet des avantages à la masse paysanne. Le fils cadet deI. Gandhi, Sanjay, traumatise les plus pauvres et les musulmans avec sa campagne de stérilisations forcées, dans le cadre d'un programme en cinq points pour le contrôle des naissances.

   Malgré la réalisation de quelques avancées en matière sociale, et en dépit de la pacification du pays, l'opposition crie au népotisme et à la dictature. Mais I. Gandhi crée la surprise le 16 janvier 1977, lorsqu'elle annonce la tenue d'élections générales pour mars. Contre toute attente, l'opposition réussit à se rassembler sous la bannière du Janata Party, et remporte les élections avec 41 % des voix contre 34,5 % pour le Congrès.

L'ère des coalitions

Le gouvernement du Janata

L'année 1977 marque la rupture entre le système du grand parti du Congrès, auréolé par sa lutte pour l'indépendance, et une nouvelle ère, faite de coalitions et d'alliances souvent opportunistes, alors qu'émergent parallèlement des mouvements politiques basés sur des distinctions communautaires. Le gouvernement du Janata ne reste que deux ans au pouvoir : les querelles idéologiques ou personnelles font rapidement éclater la coalition. Le Premier ministre, Morarji Desai, rétablit les libertés mais échoue à faire condamner l'équipe au pouvoir durant l'état d'urgence. Les options économiques se rapprochent plus de la vision du Mahatma que de celle de Nehru (encouragement de l'artisanat) ; toutefois, les idéologies nationalistes hindoues exercent une influence croissante sur le pouvoir, ce qui provoquera de nombreux mécontentements au sein de la coalition, et sera en partie la cause de l'atomisation du Janata. M. Desai, contraint à la démission, cède la place à Charan Singh, qui va gérer les affaires courantes jusqu'aux nouvelles élections de janvier 1980, qui voient la victoire du Congrès I, formé par les dissidents favorables à Indira, avec 42 % des voix.

Le retour de I. Gandhi

I. Gandhi, redevenue Premier ministre, bénéficie surtout d'un vote négatif de la part d'une population dégoûtée des querelles de personnes. Tandis que l'opposition se déchire de plus en plus, le gouvernement congressiste recherche la stabilité du pays : limitation de l'indépendance de la justice, centralisation du pouvoir grâce à l'instauration de la pratique du President's Rule (qui permet à New Delhi de gérer les affaires d'un État fédéré). À partir de 1982, le parti du Congrès commence à délaisser l'idéologie laïque de Nehru pour se prévaloir d'une identité hindoue, en partie pour marginaliser les partis nationalistes hindouistes, qui se font de plus en plus entendre. Des heurts entre les tenants de la religion majoritaire et les musulmans éclatent dans le Nord.

   Mais le danger majeur vient des tensions séparatistes, en Assam, au Cachemire et surtout au Pendjab. Le chômage qui frappe cette riche province agricole, peuplée majoritairement de sikhs, provoque la naissance d'une contestation regroupée autour du parti Akali Dal (parti des Immortels). I. Gandhi tente de diviser le mouvement en soutenant sa faction la plus extrémiste, mais cette dernière, qui réclame la création d'un État sikh, le Kalistan, se développe plus que prévu : les attentats et les heurts sanglants (plus de 11 000 morts) amènent le gouvernement à envoyer l'armée à l'assaut du Temple d'Or d'Amritsar, bastion de la résistance, le 2 juin 1984. La profanation du lieu le plus sacré des sikhs est à l'origine de l'assassinat de I. Gandhi, par ses gardes du corps sikhs, le 31 octobre suivant.

Le tournant libéral de Rajiv Gandhi

Cette mort tragique provoque un regain de popularité en faveur d'un parti du Congrès alors en perte de vitesse : lors des élections législatives de décembre 1984, le parti remporte 48 % des voix, un record dans son histoire. Le petit-fils de Nehru, Rajiv Gandhi, qui avait pris malgré lui la place de son frère Sanjay, mort dans un accident d'avion en 1983, comme héritier politique de la dynastie, accepte d'être nommé Premier ministre. En dépit de son inexpérience, le jeune Rajiv se démarque rapidement de la politique menée par sa mère et opte pour une orientation libérale. Il réussit à pacifier le Pendjab et l'Assam, mais provoque les ressentiments du patronat industriel, menacé de ne plus être protégé de la concurrence étrangère par l'État, et, surtout, de l'opposition de gauche, hostile à toute libéralisation de l'économie.

   R. Gandhi, qui dénonçait les pratiques de corruption – voire de favoritisme envers les hindous au sein du parti du Congrès – verse rapidement dans les voies mêmes qu'il condamnait : il teinte ses discours de références hindouistes, ce qui provoque la défection de l'électorat musulman traditionnel du Congrès, et revient sur l'accord du Pendjab, déclenchant une nouvelle flambée de violence. Des affaires de corruption (pots-de-vin lors de contrats d'armement avec la firme suédoise Bofors) autour de sa personne sont l'occasion pour son ministre des Finances, Vishwanath Pratap Singh, de rejoindre l'opposition, qui se regroupe autour du Janata Dal dans une formation nommée National Front.

La montée des partis identitaires

Aux élections de 1989, le parti du Congrès est battu (il remporte néanmoins 37 % des voix) au profit des partis « identitaires » : le parti du Peuple indien (BJP, nationaliste hindouiste), qui recueille 11 % des suffrages, et le Bahujan Samaj Party (BSP), pour qui votent les basses castes. Le Janata Dal (27 % des voix) peut gouverner avec le soutien du BJP et des communistes. Après un court état de grâce, le nouveau Premier ministre, V. P. Singh, doit faire face à une montée des violences intercommunautaires. Des troubles se développent au Cachemire, et les nationalistes hindouistes soulèvent le problème de la mosquée de la ville d'Ayodhya (Uttar Pradesh) : la Vishwa Hindu Parishad (VHP), une organisation ultranationaliste, prétend que dans cette ville du Nord une mosquée, la Babri Masjid (XVIe s.), a été construite sur le lieu même de la naissance du dieu hindou Rama, et réclame la démolition de la mosquée pour construire un temple à la place. Elle lance en 1989 une vaste campagne à travers tout le pays, qui provoque de sanglantes émeutes intercommunautaires.

   Alors que V. P. Singh décide d'étendre les mesures de discrimination positive en faveur des « castes arriérées », le BJP, se servant d'Ayodhya pour gagner sa popularité, entame, à l'automne 1990, une procession de cinq semaines à travers l'Inde du Nord jusqu'au lieu convoité, et retire son soutien au gouvernement. Une recomposition des alliances s'opère, et Chandra Sekhar, rival de V. P. Singh et soutenu par le Congrès, est nommé Premier ministre le 6 novembre. Mais le gouvernement, critiqué par R. Gandhi, est dissous au bout de sept mois ; de nouvelles élections législatives anticipées sont organisées pour le mois de juin 1991.

Narasimha Rao et l'instauration de la libéralisation de l'économie

La mort de R. Gandhi, assassiné en pleine campagne électorale par des extrémistes tamouls du Sri Lanka, aide certainement le parti du Congrès à retrouver une certaine popularité, qui lui permet de remporter les élections (36,4 % des voix), alors que le BJP consolide ses positions (20 %), ainsi que les autres partis identitaires (castéistes ou régionalistes). La veuve de Rajiv, Sonia Gandhi, une Italienne, refuse de lui succéder ; le parti choisit de porter au pouvoir un homme d'expérience, P.V. Narasimha Rao, sans vraiment croire en ses chances de longévité. Contre toute attente, celui-ci se maintiendra jusqu'aux élections de 1996. De juin 1991 à mai 1996, le gouvernement s'engage, par la libéralisation économique, dans une voie qui constitue une rupture décisive avec le « modèle indien » traditionnel. Le pays, qui se trouve alors au bord de la banqueroute, est dans une situation plus que délicate : des émeutes sanglantes (1 000 morts à Bombay) éclatent à la suite de la démolition, le 6 décembre 1992, de la mosquée d'Ayodhya par des fanatiques hindouistes ; la question du Cachemire s'envenime ; des scandales boursiers éclatent, éclaboussant lP. V. Narasimha Rao. Celui-ci, accusé de laxisme voire de complaisance envers la montée des violences hindouistes, décrète la President's Rule dans les quatre États du Nord dirigés par le BJP. Relativement discrédité par les événements de 1992, le parti hindouiste perd de sa force à l'occasion des élections organisées en 1993 dans ces États, alors que le parti du Congrès est relancé. Les partis des basses castes apparaissent comme les principaux bénéficiaires de la désaffection des musulmans et des intouchables à l'égard du parti du Congrès. Les années 1994 et 1995 sont marquées par une accélération du déclin du parti du Congrès, qui suscite les ambitions des rivaux du Premier ministre : Arjun Singh et Narayan Datt Tiwari décident de créer leur propre parti, accusant la politique libérale de P. V. Narasimha Rao de défavoriser les pauvres.

Crise de l'État, crise de la nation

En vingt ans, l'alternance politique est devenue banale, et le parti du Congrès n'arrive plus à reconquérir son électorat. Parallèlement, la scène politique se criminalise de plus en plus et tisse des liens étroits avec la mafia ; l'affaire du versement de pots-de-vin de la part d'un industriel touche l'ensemble des partis politiques, à l'exception des communistes. Les positionnements religieux dans le jeu politique rendent les gouvernements incapables de faire cohabiter pacifiquement les différentes communautés religieuses : le chauvinisme hindouiste est de plus en plus largement légitimé. Le populisme s'immisce dans tous les programmes politiques. Les élections du printemps 1996 ne donnent la majorité à aucun parti : le BJP gagne 194 sièges grâce au soutien du Shiv Sena et à celui d'autres alliés, le parti du Congrès, 136, et le National Front (NF, constitué de partis régionalistes et socialisants) ainsi que le Left Front (LF, composé notamment de deux partis communistes) totalisent 179 sièges. Atal Bihari Vajpayee, un des leaders modérés du BJP, forme un gouvernement, qui, minoritaire, doit démissionner.

   Le NF et le LF, entre-temps alliés dans un Front uni, parviennent à prendre le pouvoir grâce au soutien sans participation du Congrès. Haradanahalli Deve Gowda, un homme de basse caste du sud de l'Inde, est nommé Premier ministre. Il choisit deux personnes sûres pour mener à bien sa politique : Palaniappan Chidambaram aux Finances (un ancien ministre du gouvernement Rao) et Inder Kumar Gujral aux Affaires étrangères. P.V. Narasimha Rao, entendu pour des affaires de corruption, est remplacé à la tête du parti du Congrès par un vieux routier de la politique, Sitaram Kesri, qui dénonce le soutien de son parti au gouvernement. D. Gowda est contraint de démissionner à son tour en avril 1997, sans avoir pu réaliser de réformes substantielles. I. K. Gujral, qui le remplace au poste de Premier ministre, jouit d'une solide réputation d'intégrité et laisse entrevoir des possibilités de détente sur le plan extérieur, notamment avec le Pakistan. Mais, à la fin de l'année, le parti du Congrès retire à nouveau son soutien au gouvernement.

   Le nouveau président de la République élu depuis juillet 1997, Kocheril Raman Narayanan, décide de dissoudre la Chambre basse et convoque des élections législatives anticipées en mars 1998. Prenant la mesure de son erreur, le parti du Congrès parvient à obtenir in extremis le soutien de S. Gandhi, qui mène la campagne électorale. Les programmes, assez semblables, ne passionnent pas l'opinion. Le jeu des alliances politiciennes, les querelles de personnes entachent un peu plus l'aura des trois grandes formations que sont le Front uni, le parti du Congrès et le BJP. Ce dernier réussit néanmoins à obtenir la majorité des sièges requise pour la formation du gouvernement.

L'accession au pouvoir des nationalistes hindous

A. B. Vajpayee est nommé Premier ministre. Bien qu'elle suscite de sérieuses inquiétudes à l'étranger, l'arrivée au pouvoir des nationalistes hindous ne provoque pas de remous dans le pays, malgré la virulence de certains propos chauvins pendant la campagne (projet d'une limitation sévère de l'implantation d'entreprises étrangères, accusations contre la communauté musulmane). Dès novembre 1998, le parti du Congrès opère un retour en force lors des élections provinciales. Le BJP est considérablement affaibli par des rivalités internes. À la suite de la défection d'un des principaux alliés de la coalition, le cabinet Vajpayee démissionne en avril 1999. Après l'échec de la tentative d'union engagée par le parti du Congrès, la Chambre du peuple est finalement dissoute et des élections anticipées sont organisées en septembre-octobre. L'Alliance démocratique nationale, une coalition de 24 partis conduite par le BJP, obtient la majorité absolue au Parlement. La priorité du nouveau gouvernement est le redressement des finances, mises à mal par la crise du Cachemire et les six mois d'immobilisme qui ont précédé le scrutin. En 2001, le BJP essuie une série de revers lors des scrutins régionaux dans les États du Kerala, du Tamil-Nadu, de Pondichéry de l'Assam puis lors des scrutins de 2002, au cours desquels il est évincé par le parti du Congrès de S. Gandhi dans les États du Pendjab, d'Uttar Pradesh, d'Uttaranchal et de Manipur. En 2002, ses bons résultats électoraux obtenus au Gujerat , au Rajasthan, dans le Madhya Pradesh et au Chhattisgarh (décembre 2003) – États jusqu'à présent contrôlés par le parti du Congrès – ainsi qu'une situation économique très favorable incitent A. B. Vajpayee à convoquer des élections législatives anticipées au printemps 2004.

Le retour du parti du Congrès

En dépit de sa position de favori, le BJP est battu par le parti du Congrès et ses alliés, qui, ensemble, totalisent 217 des 545 sièges de la Chambre du peuple. Les partis de gauche (communistes) obtiennent le meilleur score de leur histoire (62 sièges). En proie aux attaques xénophobes des nationalistes du BJP et à l'hostilité de certains de ses alliés, la présidente du parti du Congrès, S. Gandhi, renonce au poste de Premier ministre qui lui était échu et désigne un fidèle, Manmohan Singh, économiste sikh et ministre des Finances de 1991 à 1996. Officiellement nommé le 19 mai par le président Abdul Kalam (élu en juillet 2002), celui-ci prend la tête d'une nouvelle coalition, l'Alliance progressiste unie, regroupant une vingtaine de formations. Sur la base d'un programme minimum commun (une première en Inde), l'Alliance s'engage à lutter contre la pauvreté et à poursuivre les réformes « à visage humain ». Profitant de la croissance instaurée vingt ans plus tôt et qui s'accélère (plus de 8 % par an de2005 à 2008), la « Shining India » remporte des succès spectaculaires dans les services et la haute technologie, mais également dans une industrie conquérante (prise de contrôle du groupe sidérurgique européen Arcelor par Mittal Steel en 2006, rachat au groupe Ford de Jaguar et de Land Rover en 2008 par Tata Motors, qui commercialise l'année suivante la nano, la voiture la moins chère du monde). Toutefois, la prospérité qui favorise 300 millions de membres des classes moyennes laisse toujours à l'écart une masse de défavorisés. Et ce d'autant plus que l'objectif de « croissance partagée » poursuivi par le gouvernement se trouve rapidement entravé par une inflation qui tend à s'accélérer, au point de susciter, notamment à partir de l'été 2008, de multiples manifestations de mécontentements.

   En juillet 2007, une femme, membre d'un parti de l'Alliance au pouvoir, Pratibha Patil, est portée à la présidence, pour la première fois de l'histoire de ce pays, qui fête par ailleurs son soixantième anniversaire. Cependant, en août, la coalition que dirige M. Singh est ébranlée par les remous suscités par l'accord de coopération sur le nucléaire civil négocié avec les États-Unis depuis 2005 et conclu au début du mois : le parti communiste qui, comme le BJP dans l'opposition, y voient une atteinte à la souveraineté nationale, menace de s'y opposer. Un compromis est finalement trouvé, qui crée une commission politique chargée d'examiner les objections au partenariat militaire avec les Américains, prolongeant de facto un gouvernement manifestement de plus en plus en sursis. C'est donc sans surprise qu'en juillet 2008, protestant contre la décision du Premier ministre de hâter, puis de finaliser la signature de l'accord avec Washington, quatre partis de la gauche communiste décident de lui retirer leur soutien, le contraignant à élaborer une nouvelle et fragile coalition, à obtenir de justesse un vote de confiance du Parlement, et à se survivre à lui-même.

   La politique de concertation à propos du Cachemire menée conjointement au dialogue instauré avec le Pakistan (réception par le Premier ministre à la fin de 2005, puis à nouveau en avril 2007, de la plate-forme des partis indépendantistes et autonomistes) ne met pas fin aux tensions irrédentistes et aux affrontements ethno-culturels, comme le signale la permanence des affrontements (explosions en mars 2006 à Bénarès, en juillet à Bombay, en septembre à Malegaon, attaque et émeutes en mai 2007 à Hyderabad, attentats à la bombe dans trois villes de l'Uttar Pradesh en novembre 2007, troubles endémiques entre castes et révolte des intouchables au Rajasthan, action maoïste dans le Nord en octobre 2007, accentuation de la menace islamiste à la frontière avec le Bangladesh à l'été 2007, etc.). Au cours de l'année 2008, pareils incidents se multiplient : Jaipur est le théâtre d'attentats meurtriers revendiqués par les Moudjahidins indiens proches d'al-Qaida en mai 2008 ; en juillet l'ambassade indienne à Kaboul est la cible d'une attaque meurtrière imputée aux services secrets pakistanais ; à la fin du mois, une série d'explosions à la bombe frappe Bangalore puis Ahmenabad, puis en septembre c'est au tour de New Delhi d'être visée. Dans le même temps, les troubles interconfessionnels continuent à déchirer le nord (cachemiri) mais aussi l'est du pays (violences antichrétiennes), cependant que l'agitation séparatiste et les affrontements communautaires divisent l'Assam à la fin d'octobre. Ces troubles connaissent leur acmé lors des spectaculaires attentats de Bombay des 26-29 novembre : perpétrés par un commando du mouvement islamiste pakistanais Lashkar-e-Tayba, ils font 174 victimes et suscitent un regain de tension avec Islamabad. L'Inde doit aussi faire face régulièrement à des catastrophes naturelles (comme, entre autres, les inondations ravageuses de l'été 2007 liées à une mousson exceptionnelle dans le nord du pays).

   Contre toute attente dans ce contexte fort instable, les élections législatives qui se déroulent en avril et mai 2009 voient la nette victoire du parti du Congrès (avec 206 députés sur les 543 que compte la Lok Sabha, Maison du Peuple ou Parlement) et de la coalition qu'il organise (262 sièges, soit 10 de moins que la majorité absolue). Le BJP (116 députés) reste dans l'opposition, tandis que l'encombrant allié communiste y retourne. M. Singh, reconduit à son poste de Premier ministre, compte de fait poursuivre son œuvre d'ouverture sociale (son cabinet inclut désormais 10 intouchables, contre 7 précédemment), sa politique de libéralisation de l'économie dans le cadre de la « croissance partagée », et une série de grands travaux destinés à prolonger les trois plans de relance adoptés depuis le retournement brutal de la conjoncture nationale et mondiale à la fin 2008.

La politique extérieure depuis 1966

Jusqu'à la fin de la guerre froide, l'Inde cherche à respecter son statut de pays non aligné en contractant des alliances avec les grandes puissances sans abandonner son indépendance. Au début des années 1990, trois événements majeurs – la désintégration de l'U.R.S.S., la chute du mur de Berlin, qui clôt la guerre froide, et l'adoption par l'Inde d'un programme de libéralisation économique – entraînent d'importantes modifications. Devant s'adapter au nouvel ordre international, l'Inde est motivée par la nécessité d'assurer l'autonomie de ses décisions et de favoriser l'émergence d'un monde multipolaire, dont elle serait l'un des principaux pôles.

L'affaiblissement de la coopération russo-indienne

Développés à la suite de la visite de Nikita Khrouchtchev en 1955, les liens avec l'Union soviétique aboutissent à la signature d'un traité d'amitié et d'assistance mutuelle en 1971, renouvelé en 1991. Par la suite, la Russie, traditionnel fournisseur d'armes de l'Inde, ne présente pour celle-ci qu'un intérêt décroissant au fur et à mesure qu'elle amplifie ses relations avec les nouvelles républiques d'Asie centrale, puis avec les États-Unis, les pays de l'Union européenne, la Chine, l'Asie du Sud-Est et le Proche-Orient. Il n'en reste pas moins que les relations politiques avec la Russie demeurent étroites et que celle-ci s'avère toujours être un partenaire privilégié, en matière d'armement et d'énergie notamment.

Inde-Pakistan : un demi-siècle d'affrontements

Les relations indo-pakistanaises restent très complexes, et directement liées aux origines de la partition de 1947. L'Inde s'identifie d'une certaine manière à l'ancien Empire britannique, alors que le Pakistan s'est formé sur des bases purement religieuses. De plus, le jeu des deux Grands place le Pakistan du côté américain, alors que l'Inde, officiellement non alignée, se tourne en fait vers l'U.R.S.S. Le caractère artificiel du Pakistan éclate quand, en 1970, des élections donnent la majorité à une formation de sa partie orientale. Devant la réaction virulente du Pakistan occidental, celle-ci décide de proclamer son indépendance, et de créer le Bangladesh. La répression de l'armée pakistanaise provoque l'intervention de l'Inde, qui entre en guerre le 3 décembre 1971 et fait capituler son adversaire le 16 décembre. Cette victoire permet à l'Inde de montrer au sous-continent asiatique son réel statut de puissance régionale.

   Cependant, la question du Cachemire reste toujours la pierre d'achoppement entre l'Inde et le Pakistan. Elle resurgit à l'occasion du retrait soviétique d'Afghanistan à la fin des années 1980 : alors qu'Islamabad y établit des liens avec le régime des talibans, le réseau al-Qaida et d'autres courants djihadistes, New Delhi l'accuse d'être à l'origine d'attentats terroristes. Le Cachemire indien sombre dans une guerre civile larvée.

   Malgré les ouvertures menées sous l'impulsion du Premier ministre Inder Kumar Gujral (1997-1998), l'arrivée des nationalistes au pouvoir, en mars 1998, relance la tension. Ces derniers procèdent, les 11 et 13 mai, à cinq essais nucléaires, auxquels le Pakistan réplique aussitôt par une série d'essais. Un « équilibre de la terreur » semble alors s'instaurer, mais la reprise du dialogue à l'automne désamorce la crise. Effectuant la première visite d'un chef de gouvernement indien au Pakistan depuis dix ans, Atal Bihari Vajpayee et son homologue pakistanais, Nawaz Sharif, affirment dans une déclaration commune la volonté de résoudre tous les problèmes bilatéraux, y compris celui du Cachemire (processus de Lahore). Néanmoins, le conflit qui éclate de mai à juillet dans la région de Kargil fait plus de 1 000 morts des deux côtés de la ligne de contrôle.

   Le coup d'État militaire d'octobre 1999 portant à la tête du Pakistan le général Pervez Mucharraf incite l'Inde à une certaine prudence. Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, ce dernier rallie ouvertement la coalition antiterroriste conduite par les États-Unis, se lance à la poursuite des groupes islamistes pakistanais et récuse tout soutien au régime des talibans afghans. Lorsque celui-ci s'effondre (fin 2001), le Cachemire devient le terrain de repli des activistes islamistes.

   Au printemps 2002, l'Inde et le Pakistan se retrouvent une nouvelle fois très près de la confrontation à la suite de l'attentat perpétré le 13 décembre 2001 contre le Parlement de New Delhi par un groupe djihadiste pakistanais (14 morts). L'escalade verbale et militaire est alors inévitable et les tirs d'artillerie s'intensifient de part et d'autre de la frontière. L'intervention de la communauté internationale, en particulier celle des États-Unis, parvient à désamorcer la crise entre les deux pays, qui retirent une partie de leurs troupes. Amorcée par New Delhi au printemps 2003, une nouvelle tentative de rapprochement avec Islamabad aboutit au rétablissement des relations diplomatiques complètes (interrompues depuis 2001) et à un accord de cessez-le-feu sur leur frontière commune au Cachemire, le 26 novembre 2003. La désescalade se poursuit tout au long de l'année 2004 avec la reprise d'un « dialogue global » incluant, comme le souhaite l'Inde, tous les contentieux, et le rétablissement des liaisons terrestres, maritimes et aériennes. Qualifié d'« irréversible » par leurs dirigeants en avril 2005, le processus de paix entre les deux pays est durablement conforté, au lendemain du séisme qui frappe les Cachemiris pakistanais le 8 octobre suivant, par l'ouverture de la ligne de contrôle permettant l'acheminement de l'aide en provenance de l'Inde. Le réchauffement marque cependant le pas. Plus : la tension redevient palpable à partir de l'été 2008, à l'issue de l'attaque meurtrière de l'ambassade indienne à Kaboul, après de nouveaux incidents à la frontière cachemiri et surtout aux lendemains des spectaculaires attentats qui ensanglantent Bombay à la fin novembre. L'implication soupçonnée des services secrets pakistanais conduit le gouvernement à geler le processus de paix avec Islamabad voire, au tournant 2009, à envisager une possible confrontation. Si l'escalade est en définitive enrayée, la question des responsabilités, pendante, continue d'envenimer les relations entre les deux grands voisins.

Inde-Chine : de la rivalité au partenariat

Nombre d'observateurs considèrent néanmoins que le danger principal menaçant l'Union indienne est la Chine, pays à l'origine de sa seule défaite militaire (1962). Le nombre d'habitants, le problème des réfugiés tibétains et la compétition économique font craindre à l'Inde que l'empire du Milieu (qui maintient des contacts étroits sur le plan militaire avec le Pakistan) ne soit tenté de montrer à nouveau sa force. Prudemment menés depuis 1989, les efforts de rapprochement – totalement suspendus lors de la reprise des essais nucléaires indiens en 1998 – reprennent en juin 2003, lorsque l'Inde reconnaît la souveraineté de la Chine sur le Tibet, et la Chine, l'appartenance du Sikkim à l'Inde. Oubliant le contentieux frontalier qui les oppose le long de l'Himalaya depuis la guerre de 1962, les deux pays s'engagent, en avril 2005, dans un partenariat stratégique incluant une spectaculaire augmentation du commerce bilatéral, la coopération pour les explorations de matières énergétiques, la volonté d'établir une zone de libre-échange. La Chine est d'ailleurs devenue le deuxième partenaire économique du pays. Toutefois, cette coopération n'élimine pas la méfiance réciproque entre les deux géants asiatiques, qui demeurent rivaux en termes géopolitiques.

L'Inde, une puissance régionale...

À l'instar de la Chine, l'Inde cherche à se doter d'un rôle de puissance régionale. Dans cette perspective, elle entretient, au cours des années 1970 et 1980, des rapports à la fois hégémoniques et protecteurs vis-à-vis de ses voisins immédiats (envoi d'une force de pacification au Sri Lanka en 1987, aux Maldives en 1988), qui viennent contrecarrer les objectifs de l'Association de coopération régionale sud-asiatique (SAARC) – à laquelle elle a adhéré en 1985 –, même si ce forum annuel reste peu actif. Plus pragmatique, la « doctrine Gujral » – du nom du ministre des Affaires étrangères en place de 1989 à 1990 et de 1996 à 1997 – prône une « diplomatie de proximité », assortie d'une politique de compromis : pour améliorer, en premier lieu, ses rapports avec les petits États voisins, l'Inde doit accepter de faire des concessions unilatérales, comme le montrent, en 1996, la signature d'un traité sur le partage des eaux du Gange avec le Bangladesh et celle d'un accord sur le partage des eaux de la rivière Mahakali avec le Népal. Les négociations avec ce dernier, gelées au début 2004 pour contrer l'influence grandissante de la Chine, reprennent pourtant vite. Après avoir soutenu le roi Gyanendra Singh, l'Inde opère un virage à 180 degrés et, en pleine crise népalaise, à la fin avril 2006, prenant fait et cause pour les manifestants, elle en appelle à la mise en place d'un gouvernement multipartite à Katmandou. Les relations avec le Bangladesh demeurent très limitées, malgré une série de visites bilatérales, dont celle du Premier ministre Khaleda Zia à New Delhi en mars 2006. La question de l'immigration et la menace islamiste aux frontières restent en effet autant de points d'achoppement dans le processus de normalisation entre les deux voisins.

... en quête de reconnaissance internationale

Après un demi-siècle de méfiance et de malentendus, le rapprochement avec les États-Unis s'établit en premier lieu sur le terrain économique, à la faveur du début de la libéralisation de l'économie indienne, en 1991 : les États-Unis deviennent alors le premier partenaire commercial de l'Inde, avant de devenir son premier investisseur. Cette tendance s'accentue lorsque s'amorce par la suite leur rapprochement sur les plans politique et militaire. Toutefois, deux sujets majeurs opposent New Delhi à Washington : les violations supposées des droits de l'homme au Cachemire et le programme nucléaire et spatial indien. Concernant ce dernier, New Delhi rejette l'extension indéfinie du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et le traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE) de 1996. En dépit des sanctions économiques américaines infligées à l'Inde à la suite de ses essais nucléaires de 1998, la visite de Bill Clinton en Inde, en mars 2000, permet une meilleure compréhension mutuelle. New Dehli approuve le projet controversé de bouclier antimissile présenté par George W. Bush en avril 2001 et propose, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, son concours logistique à la guerre en Afghanistan. La lutte antiterroriste – devenue prioritaire au niveau mondial – offre un nouveau terrain d'entente entre les deux États. Conclu en 2005 (finalisé en 2008), l'accord sur le nucléaire civil marque l'aboutissement du rapprochement stratégique avec les États-Unis. C'est d'ailleurs pour une large part l'union de ces deux puissances qui fait échouer les négociations de l'O.M.C. à la fin juillet 2008.

   Les aspirations indiennes à occuper une place prééminente dans un monde multipolaire s'expriment, notamment, par la revendication, maintes fois rééditée depuis la fin de la guerre froide, d'un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Elles sont également manifestes au lendemain du tsunami du 26 décembre 2004, qui dévaste l'État du Tamil Nadu, les archipels d'Andaman et de Nicobar : entendant démontrer sa capacité à gérer seule la crise, l'Inde écarte les offres d'aide étrangères, notamment australiennes. Mais c'est avant tout dans les domaines économique et technologique qu'elle semble le plus à même de trouver la reconnaissance internationale à laquelle elle aspire. En octobre 2008, elle réalise un premier lancement de mission non habitée vers la Lune. Et la crise financière et économique qui s'abat sur le monde à l'automne la fait émerger comme acteur planétaire de premier ordre dans les sommets internationaux (comme celui du G20 de Londres en avril 2009) aux côtés des autres membres du BRIC, groupe des principales puissances émergentes avec lesquelles les pays développés doivent désormais compter.

L'ART DE L'INDE ANCIENNE

Introduction

Au regard de l'histoire universelle des arts, l'art de l'Inde occupe une place exceptionnelle. Il la doit autant à la permanence et à l'originalité de ses traditions qu'à la qualité de ses réalisations. Cette fidélité, probablement unique, à un idéal, à une doctrine attestés depuis vingt-trois siècles au moins, assure à l'art indien une unité certaine, qui n'exclut pas la diversification.

   S'il arrive que cet art, justement célèbre, mais souvent assez mal connu, déroute parfois- surtout dans ses manifestations tardives - par la profusion, la surcharge de motifs qui semblent trop souvent les mêmes, il doit être pourtant regardé comme l'un des plus homogènes : celui où, dans le respect imposé d'un ensemble cohérent de prescriptions strictes, peinture, sculpture et architecture sont le plus intimement et le plus constamment associées en vue de réaliser une unité qui est beaucoup moins affaire d'esthétique qu'expression d'une métaphysique. L'art de l'Inde, d'inspiration avant tout religieuse et régi par des textes précis, ne laisse, pratiquement, que peu de place à l'invention. Son but essentiel est de matérialiser la présence d'une forme divine, de favoriser l'accès au divin.

Caractères généraux de l'art indien

Introduction

Sous toutes ses formes, l'art tient une place considérable dans les préoccupations religieuses de l'Inde. Il n'a jamais été maintenu à l'écart de tous contacts extérieurs, et l'on a pu dire que, si l'art indien devait beaucoup à l'Occident, il avait presque transmis autant à l'Orient. En effet, les influences occidentales dont témoignent déjà ses premières manifestations connues se renouvelleront sans cesse au cours des siècles : mésopotamiennes, iraniennes, hellénistiques, romaines, islamiques… Il n'est pas jusqu'à la période coloniale qui n'ait marqué l'art indien de son empreinte. Mais toujours et très naturellement, les influences ont été vite assimilées, et si totalement qu'elles ont abouti à la naissance des thèmes les plus authentiquement indiens. À son tour, par la route de la soie aussi bien que par la voie maritime, l'art indien a rayonné, d'une manière plus ou moins sensible et durable, sur les contrées orientales : Chine et Japon d'une part, grâce à la propagation du bouddhisme ; Asie du Sud-Est et Insulinde d'autre part, dans le cadre d'une expansion culturelle qui, concrétisée dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, a favorisé l'épanouissement d'écoles (spécialement au Cambodge et en Indonésie), témoignant surtout, et de la façon la plus éclatante, du génie local. L'originalité la plus profonde de l'art indien réside peut-être dans ce fait exceptionnel, que les cadres rigides imposés par une constante soumission à des règles très strictes et le refus de toute personnalisation des œuvres n'ont pas plus interdit l'épanouissement d'écoles fortement individualisées que la manifestation d'une authentique liberté d'interprétation.

   Pour l'Inde, en dépit de la valeur esthétique de tant d'œuvres et de leur caractère narratif si souvent affirmé, la création artistique n'est pas plus la manifestation d'une originalité individuelle que l'expression d'une volonté d'interpréter ou d'imiter la nature. Quelle qu'elle soit, objet de parure, décor architectural, statue, édifice, l'œuvre d'art n'a pas de fin en soi. Devant, avant tout, répondre à un objet soigneusement défini et participer à l'ordre universel, sa réalisation impose toujours le respect de tout un ensemble de prescriptions soigneusement édictées qui n'ont d'autre but que de garantir la conformité de l'œuvre avec son objet. Dans un monde ordonné, qui ne saurait se concevoir que dans l'harmonie et l'équilibre, l'œuvre d'art ne peut être tenue en marge du système cosmologique. Cette notion d'art, expression d'une réalité divine, d'œuvres indispensables à l'accomplissement des rites, trouve son origine dans le védisme. Elle justifie l'importance des shastra (sciences, instructions), consacrés aux divers arts et considérés comme d'inspiration divine ou mythique. Ces traités plus ou moins étendus, comme les chapitres dédiés à l'art dans nombre de textes religieux, donnent, sous une forme généralement versifiée, des règles pratiques concernant tel ou tel art et précisent les rites que les divers exécutants sont tenus d'observer.

L'architecture

Si les plus anciens vestiges connus d'une architecture construite (sites appartenant à la civilisation de l'Indus) semblent témoigner de préoccupations plus urbanistes et pratiques que religieuses, l'architecture indienne participera, à l'époque védique, du ritualisme général, la construction de l'autel du feu exprimant un symbolisme cosmologique. L'évolution des spéculations respectera toujours le substrat védique : adaptée aux impératifs des diverses religions ou pliée aux nécessités sociales, l'architecture demeurera dans la dépendance des textes religieux. L'édification d'un temple, du choix de son emplacement à la consécration finale, obéit à des prescriptions qui dérivent des données védiques concernant la préparation de l'aire du sacrifice et la construction de l'autel du feu. À la signification cosmogonique de ce dernier répond le symbolisme architectural du stupa bouddhique ou du temple brahmanique, symbolisme affirmant les correspondances entre le macrocosme et sa projection microcosmique, entre le monde des dieux et la terre des hommes, entre la divinité et son sanctuaire… Le temple, d'abord demeure, « point d'attache » d'un dieu, deviendra tout ensemble ce dieu lui-même et la contrepartie de sa demeure céleste. Au cours de la période « classique », les développements du symbolisme amèneront une évolution, une extension du sanctuaire, qui tendra à « reproduire » les particularités idéales des monts inaccessibles où séjournent les dieux. La multiplication des enceintes et les superstructures étagées, si caractéristiques des temples de l'Inde, expriment cette idée. Pour la même raison, les temples brahmaniques, différenciés par leurs dimensions, leurs plans, leurs élévations, ne seront jamais, même sur les lieux de pèlerinage les plus célèbres et les plus fréquentés, des lieux de rassemblement pour les fidèles. Seuls les prêtres du temple, responsables des rites d'hommage (puja) qui répondent au sacrifice védique, ont accès à la cella (garbhagriha), où est installée l'image de la divinité. Dans le bouddhisme, surtout theravadin (conservé à Ceylan et dans l'Asie du Sud-Est), les pratiques, beaucoup plus simples, autorisent la vénération des reliques et des images par les fidèles ; elles ont conduit à l'élaboration de salles de culte, qui sont d'authentiques lieux de réunion, tandis que la vie communautaire donnait naissance à une véritable architecture monastique.

   Quelle que soit sa destination, l'architecture indienne obéit à un ensemble de principes généraux qui ont régi la construction au cours des siècles, assurant la permanence de nombreuses dispositions et de la plupart des techniques. Au témoignage des textes et des bas-reliefs narratifs, l'Inde a toujours accordé une grande importance à la construction en bois et à la charpenterie, qui ont exercé une influence déterminante sur la conception et la réalisation des premiers sanctuaires en matériaux durables et spécialement des premières fondations rupestres (Lomasha Rishi, Bhaja, Kondane…). La brique, d'abord crue, puis cuite et liaisonnée à l'argile crue, apparaît très tôt (civilisation de l'Indus) et demeurera longtemps le matériau essentiel des constructions de caractère utilitaire ou défensif (enceintes de villes). Utilisée aussi pour la maçonnerie intérieure des stupa, elle n'a servi que plus rarement à la construction de sanctuaires et de monastères dans la période classique, sauf dans les régions naturellement pauvres en pierre de bonne qualité. Au cours de la période « moderne », liaisonnée au mortier, elle a retrouvé une réelle importance dans les grands temples du sud de l'Inde.

   La pierre, généralement utilisée en blocs et en dalles de très grandes dimensions (survivance de traditions mégalithiques ?), est le matériau de choix pour les édifices religieux. Assemblée à joints vifs, sans mortier, et posée par assises bien réglées, elle est toujours mise en œuvre suivant des techniques simples, mais rationnelles. Les plafonds et les couvertures sont réalisés en grandes dalles ou voûtées suivant le principe de l'encorbellement. Lorsque l'espace à couvrir est trop vaste pour recevoir une couverture unique, il est compartimenté au moyen d'architraves supportées par des piliers. L'intrados des voûtes encorbellées et les plafonds sont généralement resculptés et ornés de riches compositions qui font oublier une construction rudimentaire. Jusqu'à l'adoption de traditions islamiques, auxquelles l'architecture des temples restera toujours fermée, la voûte à joints rayonnants n'a jamais été utilisée que pour la couverture d'espaces restreints (couloirs d'accès) fortement contrebutés.

   

L'architecture rupestre a tenu dans l'Inde une place exceptionnelle. Du règne d'Ashoka au IXe s. avant J.-C. approximativement, elle a joué un rôle considérable non seulement pour le bouddhisme (Ajanta, Ellora…), mais encore pour le jinisme (Udayagiri-Khandagiri [près Bhubaneswar], Ellora…) et les religions brahmaniques (Udaigiri [près Bhilsa], Ellora, Mahabalipuram…). Réalisée comme une monumentale sculpture en taille directe ou excavée- les artisans travaillant en taille d'épargne -, cette architecture copie le plus souvent des édifices construits. Elle trouvera sa plus haute expression dans de vastes ensembles tels que le Kailasa (site n° 16) d'Ellora, daté environ du troisième quart du VIIIe s. avant J.-C.

   Monument par excellence du bouddhisme, le stupa est un édifice reliquaire massif. Il est vraisemblablement dérivé du tumulus funéraire, mais sa silhouette évoluera avec le temps et le lieu. Pourtant ce sont les ensembles communautaires, des vihara et des caitya rupestres aux monastères, parfois fort vastes (Nalanda) et élevés au voisinage des hauts lieux (Bodh-Gaya), qui révèlent le mieux l'architecture bouddhique.

   Les plus anciens temples brahmaniques connus ne paraissent pas antérieurs à l'avènement des Gupta. Leur évolution est caractérisée par une extension, une complication et une différenciation progressives. D'abord simples cellules couvertes d'un toit plat et précédées d'un portique, les sanctuaires deviendront de hautes tours à toiture développée (vimana, shikhara), précédées de salles plus ou moins nombreuses et importantes, accompagnées de constructions annexes à l'intérieur d'enceintes auxquelles on accède par des porches monumentaux (gopura). En même temps que s'opère cette transformation, les types de temples se diversifient en fonction de leur importance et, surtout après la fin de l'Empire gupta, sous l'influence des dynasties locales. L'épanouissement des écoles régionales, auxquelles les traités paraissent faire volontiers allusion, caractérise la période « médiévale ».

   

Comme le bouddhisme, le jaïnisme a édifié des stupa et creusé des fondations rupestres. Grâce à la richesse et à la libéralité des adeptes, les grands ensembles se développeront surtout à partir du XIe s. avant J.-C. Tendant à se grouper en véritables cités religieuses (Girnar, mont Abu…), les temples s'associent étroitement aux paysages ; leur architecture, souvent inspire par la cosmologie, accorde une grande importance aux coupoles (toujours encorbellées), refouillées de sculptures à l'intrados.

La sculpture

Qu'il s'agisse de reliefs ou d'images en ronde-bosse, de thèmes décoratifs ou de scènes figurées, la sculpture a toujours une signification religieuse et une destination précises. Il s'ensuit que rien ne saurait être laissé au hasard de l'inspiration et que l'œuvre doit obéir à un ensemble de lois qui en régissent tous les aspects : images soumises aux règles impératives de l'iconographie et de l'iconométrie, « figures décoratives » définies en fonction de leur caractère didactique, de leur valeur symbolique, du rôle tutélaire et bénéfique qu'elles doivent éventuellement assumer… La stabilité des thèmes n'exclut pas une certaine évolution de l'interprétation : détail des parures, stylisation des éléments végétaux, conceptions esthétiques se transforment, fournissant souvent de précieux indices chronologiques.

   

Si l'on réserve la civilisation de l'Indus, cas particulier, et l'aniconisme de la période védique, attesté par l'archéologie, voire par l'unanimité des textes, il semble que l'Inde n'a pratiqué une authentique sculpture qu'à partir du IIIe s. avant J.-C. (art maurya). Quoique la ronde-bosse révèle alors une parfaite maîtrise technique (piliers élevés par Ashoka ; torse masculin nu et yakshini du musée de Patna…), l'originalité des périodes shunga et kanva se manifestera surtout dans le bas-relief, d'inspiration bouddhique, tout à la fois naturaliste, narratif et symbolique (Bharhut, Sanci). En raison de quelque interdit mal défini, les images du Bouddha, des divinités brahmaniques, des Tirthankara apparaîtront seulement vers les Ier-IIe s. dans l'Inde du Nord et du Nord-Ouest. Rapidement généralisée, l'adoption des images donnera à l'art une dimension nouvelle en offrant la possibilité de figurer, en bas-relief comme en ronde-bosse, tout ce qui, jusqu'alors, n'avait pu être représenté que par des symboles. Quelle que soit la religion concernée, l'image de culte imposera peu à peu l'élaboration de règles canoniques permettant de figurer des êtres de caractère supra-mondain. L'image, apparence visible d'une divinité, du Bouddha, d'un Jina…, devra, pour recevoir l'indispensable consécration, avoir été exécutée dans le respect de règles affirmant sa conformité à une définition idéale. D'où ces textes précisant, dans le plus petit détail, les canons d'une beauté surnaturelle, tous les gestes et les attitudes possibles, les compagnons et les montures requis, les attributs, les parures convenant à telle ou telle divinité, à tel ou tel aspect d'une même divinité… Placés bien au-dessus du domaine terrestre, les dieux peuvent revêtir des formes inspirées par une tératologie à leur mesure : têtes et bras multiples, voire apparences animales, en relation avec les manifestations de leur puissance ou avec quelque trait de leur légende. Le rôle de ces idoles s'est considérablement accru dans les cultes tantriques, où les aspects violents, féroces ou frénétiques de certaines divinités ou de certains génies d'un panthéon considérablement élargi ne correspondent pas à un rôle démoniaque, mais illustrent, tout ensemble, la dualité foncière du pouvoir des dieux et une possibilité de placer toute leur potentialité à la disposition des adeptes.

   

Étroitement associé à l'architecture, à laquelle il apporte bien moins un décor qu'une justification et une protection, le bas-relief bénéficie de l'adoption des images. Si le symbole voit son importance primitive diminuer, le bas-relief connaît un progrès décisif dans le domaine de la plastique : c'est autour de l'image de la divinité que s'ordonne la composition, et c'est l'action dans laquelle elle est engagée qui fournit à la scène son schéma directeur. Au classicisme des compositions de l'art andhra et de l'art gupta succédera une certaine tendance à la surcharge, à la préciosité, qui, s'imposant peu à peu, aboutira parfois, à l'époque médiévale, à un véritable foisonnement.

   

Dans le même temps, avec la différenciation des écoles, se concrétisent tantôt une froide stylisation des formes et des mouvements (mont Abu), tantôt un érotisme dont les manifestations, étendues du raffinement intellectuel à la bestialité en passant par une spontanéité dénuée de tout artifice, ont donné naissance à des œuvres qui atteignent quelquefois le très grand art (Khajuraho…). Cet art érotique, qui reste très limité dans le temps et dans l'espace, puise sans doute ses racines dans les mythes de fécondité, dans le caractère bénéfique attaché, de tout temps, aux couples enlacés (mithuna). Mais il semble qu'il se soit développé à partir de spéculations sublimant l'union sexuelle, symbole de réalisation parfaite, ou prolongeant certains aspects de la légende des dieux…

   La sculpture indienne a utilisé très tôt les matériaux les plus divers et pratiqué les techniques du modelage, de la taille directe et de la fonte dès la civilisation de l'Indus. Si aucune image de bois remontant à une époque aussi haute n'a été retrouvée, l'archéologie et la tradition prouvent l'importance du bois pour la fabrication des idoles aussi bien qu'en architecture ; les traités précisent le choix des essences et les rites qui doivent présider à l'abattage. Matière abondante et facile d'emploi, l'argile a joué en permanence un rôle considérable pour la confection d'images populaires et d'ex-voto, d'un art très primitif ou d'un caractère raffiné, exécutés par pastillage, par modelage ou par moulage. Apparemment non utilisée pour les images de culte, l'argile a fourni un appoint important au décor architectural : panneaux de terre cuite des temples en brique de la période classique, ornements de toiture des temples tardifs du sud de l'Inde…

   

À la réserve de figurines sculptées appartenant à la civilisation de l'Indus, la pierre sculptée semble n'apparaître qu'au cours de la période maurya, mais, dès ce moment, elle fournit l'essentiel de l'œuvre sculpté parvenu jusqu'à nous. En dépit de la maîtrise dont témoigne la ronde-bosse dès les premiers siècles, c'est vers une technique du haut-relief que s'orientent le plus volontiers les sculpteurs dès la fin de la période classique (art pala-sena, par exemple), le bas-relief devenant de plus en plus profondément refouillé, tandis que les idoles s'adossent à une stèle d'appui. Quoique les métaux aient été utilisés dès le début du IIIe millénaire avant J.-C., le nombre des œuvres conservées est relativement restreint. Les textes attestent l'usage de divers alliages à forte teneur de cuivre ; les idoles, quelles que soient leurs dimensions, étaient réalisées par le procédé de la fonte « à cire perdue ». C'est l'art du bronze du sud de l'Inde, d'inspiration surtout brahmanique, qui nous est le mieux connu, avec des œuvres d'une excellente qualité technique et d'un remarquable équilibre (Shiva dansant…).

La peinture

La littérature, dans son ensemble, souligne le rôle éminent joué par la peinture au cours de la période classique, où elle paraît largement déborder les cadres de la commande religieuse pour participer, au même titre que la poésie, le théâtre ou la musique, avec lesquelles elle a nombre d'affinités, à la vie sociale. La disparition de toute architecture civile n'a malheureusement laissé subsister qu'une peinture pariétale, d'inspiration religieuse. Dans un état de plus en plus précaire, elle n'est guère préservée que par des fondations rupestres, qui permettent, néanmoins, d'en suivre l'évolution approximativement des débuts de l'ère chrétienne jusqu'aux XIe-XIIe s. Cette peinture, dont toute l'exécution est soigneusement définie par les traités, obéit à quelques préceptes généraux et à diverses conventions : les compositions, conçues dans leur ensemble, s'ordonnent sans compartimentage des scènes successives ; la perspective comporte plusieurs points de fuite ; les volumes, suggérés pour chacun des objets pris individuellement, ne dépendent pas d'une source de lumière unique ; les couleurs des chairs sont fixées conventionnellement…

   La réalisation d'une peinture murale indienne- trop souvent confondue avec la fresque - exige la préparation d'un subjectile d'excellente qualité (mortier à base de chaux de coquillages, de sable, de terre ou de brique pulvérisée, additionné de fibres végétales, de colle de peau, de mélasse…), posé en deux ou trois couches successives et enduit d'un lait imperméabilisant poli à l'ivoire après séchage parfait. L'esquisse tracée sur ce subjectile était reprise au pinceau, précisés en camaïeu avant coloriage à la détrempe ; le procédé autorise les repentirs. La palette, toujours restreinte, varie avec le temps et le lieu. Aux trois couleurs (blanc, rouge et noir) des œuvres les plus anciennes s'ajoutent deux autres dans la période classique, le jaune et le vert (ou le bleu). Le choix des pigments paraît dépendre des ressources locales ; ceux-ci sont surtout d'origine minérale (terres, sels métalliques) ; s'y ajoutent des matières végétales (laques, indigo) ou animales (cochenille).

   La peinture mobile n'est plus guère représentée que par des manuscrits enluminés, la technique des toiles peintes (rouleaux ou panneaux) paraissant ne survivre que dans les écoles périphériques plus ou moins directement influencées par l'Inde (Asie centrale et, jusqu'à la période contemporaine, Asie du Sud-Est, Tibet, Népal…). Les plus anciens manuscrits « à figures » connus ne semblent pas antérieurs au XIe s. (école pala). Ce sont des traités religieux (essentiellement bouddhiques : Bengale, Népal) écrits sur feuilles de palmier qui imposent le format oblong. Les figures, de petites dimensions, illustrent le texte, représentant des divinités sous leurs aspects les plus caractéristiques. Le dessin est très sûr ; les tons sont plus vifs, et la gamme colorée est plus étendue que dans la peinture murale (par exemple Prajnaparamita de Nalanda, Bibliothèque d'Oxford). La technique est la détrempe. En dépit de la conquête musulmane, la tradition proprement indienne se maintient dans l'Inde occidentale, surtout pour la commande jaïna (Gujerat). Les manuscrits sur papier apparaissent au XIIe s. ; les enluminures, plus stylisées, exécutées dans des tons plus vifs, ont alors souvent des fonds de couleur.

Les arts mineurs

D'une manière générale, tous sont attestés dès la préhistoire, et leur développement témoigne d'une remarquable continuité. On a fait allusion plus haut aux figurines de terre cuite ; comme ces dernières, la poterie fournit, mais surtout pour les périodes anciennes, de précieux indices chronologiques. Mention spéciale doit être faite de techniques relevant de l'orfèvrerie, de la joaillerie et de l'ivoirerie. Aux premières, on rattachera la taille des pierres dures et des perles de toutes matières (si abondantes dès la préhistoire), la glyptique, la bijouterie- très raffinée et dont le rôle est considérable en raison de l'importance de la parure, considérée pour elle-même ou pour ses vertus talismaniques -, l'art du monnayage- souvent remarquable et qui a fait de la numismatique l'un des supports les plus précieux de l'histoire et de l'iconographie. Quant aux ivoiriers, groupés très tôt en corporations, on leur doit un art de la gravure ou de la sculpture traditionnellement très élaboré. Reliant la commande profane à la commande religieuse, celui-ci fait l'objet, aux premiers siècles de l'ère chrétienne, d'un actif commerce d'exportation (ivoire trouvé à Pompéi, ensemble de Begram en Afghanistan…).

L'art et l'histoire

Genèse de l'art indien

Relativement récentes, les fouilles préhistoriques sont encore loin d'apporter une réponse à tous les problèmes du passé indien. Avec d'importantes différences de caractère régional, le paléolithique ancien est bien attesté par une industrie de galets grossièrement retouchés (outillage « sohanien » du Pendjab et des régions subhimalayennes), d'éclats et de bifaces (outillage « madrasien »). Un paléolithique moyen est représenté par un outillage de moindres dimensions, soigneusement retouché et mieux différencié (matériel de type « nevasa » : Inde centrale et péninsulaire). Le paléolithique tardif, ou mésolithique, est caractérisé par une industrie abondante et bien diversifiée de microlithes, qui, dans certaines régions, paraît s'être maintenue fort tard.

   Annoncée par la culture du Baloutchistan (céramique apparentée en partie à celle de Suse ; organisation urbaine évoluée : Mundigak), la civilisation de l'Indus présente, avec des affinités mésopotamiennes, une originalité certaine. Disparaissant vers le milieu du IIe millénaire avant J.-C., certaines de ses traditions, tant en matière de construction que d'iconographie, semblent s'être perpétuées. Parallèlement à la culture du Baloutschistan, le néolithique est attesté au Cachemire (Burzahom) et dans le sud du Deccan (Brahmagiri, Maski… : niveaux inférieurs). Au néolithique moyen, auquel peut être attribuée la construction de huttes, le cuivre et le bronze font leur apparition. Ce dernier prend tant d'importance dans la phase suivante (seconde moitié du IIe millénaire avant J.-C.) que celle-ci a pu être définie « néolithique-chalcolithique ». Dans le même temps, correspondant sensiblement à la migration aryenne, une culture particulière, caractérisée par ses objets de cuivre et sa poterie, se développe dans le bassin supérieur du Gange (Doab).

   La période historique débute avec l'âge du fer. Les sites ne sont qu'approximativement datés, mais, dans le Nord, un hiatus de quatre ou cinq siècles semble séparer la culture du Gange de l'apparition du fer, associé à une nouvelle poterie (grise à décor noir), vers 1100-750 avant J.-C., dans une région qui correspond au Kurukshetra de l'Épopée et que rendra bientôt célèbre la carrière du Bouddha… Vers le même temps se développe dans le sud du Deccan une culture caractérisée par sa céramique noir et rouge, et par ses pratiques funéraires : inhumations à deux degrés dans des urnes de grandes dimensions, dans des fosses circulaires ou des tombes à cistes relevant d'une culture mégalithique (Brahmagiri), qui connaîtra d'importants et tardifs développements dans l'extrême Sud (Kerala).

Formation de l'art indien

Les fouilles n'ont révélé que de rares vestiges des cités qui s'élevaient au temps du Bouddha et du Jina : enceintes fortifiées, en brique crue, de Kaushambi ; fondations d'édifices et muraille cyclopéenne de Rajagriha… Vers le même temps, des contacts établis avec l'Iran achéménide semblent introduire des influences qui se concrétiseront quelque deux siècles plus tard, sous les Maurya. On peut remarquer que, de même, la campagne d'Alexandre (327-325 avant J.-C.) n'aura que des effets indirects et plus longtemps encore différés.

   Il ne reste que fort peu de chose de l'enceinte et du palais de Pataliputra (aujourd'hui Patna), capitale des Maurya, dont le Grec Mégasthènes a vanté la magnificence et où le bois semble avoir joué un rôle prépondérant dans la construction. L'art n'apparaît véritablement qu'avec le règne d'Ashoka (273-236 avant J.-C.), dont la conversion au bouddhisme et la volonté de faire figure de monarque universel sont sans doute les premiers responsables du nombre et de la dispersion de ses fondations : stupa élevés en tous lieux, mais dont rien n'est aujourd'hui connu, parce qu'ils sont ruinés ou masqués par les agrandissements successifs ; piliers monolithes portant les édits de l'empereur et sommés d'un chapiteau campaniforme (inspiration achéménide) surmonté d'un abaque portant un animal en ronde-bosse d'un style puissant. Parmi ces piliers, celui qui fut élevé à Sarnath, sur le lieu de la première prédication du Bouddha, avec ses quatre protomés de lions adossés supportant primitivement la roue (ici symbole de la loi bouddhique), est une œuvre aussi remarquable par la beauté de son exécution que par la grandeur du symbolisme. Au même règne doivent être attribuées des caves creuses au bénéfice de la secte des Ajivika dans les collines de Barabar (Bihar) et dont les parois ont été polies avec le même soin que les sculptures… Quelques statues (yakshini de Didarganj, musée de Patna), quelques têtes, des chapiteaux ou fragments de chapiteaux (grès), des statuettes modelées, des tablettes circulaires sont aussi attribués à la période maurya, qui prend fin vers 187 avant J.-C.

   

Sous les dynasties Shunga, puis Kanva, qui se succèdent au Magadha, sous les Satavahana, qui s'imposent dans l'ouest du Deccan, l'architecture marque de notables progrès et offre un champ nouveau aux sculpteurs : vastes stupa dont la balustrade (vedika) et surtout les porches (torana) vont se couvrir de scènes illustrant les vies du Bouddha, de figures de génies protecteurs, de symboles de bon augure (motifs végétaux, joyaux). Le style un peu gauche, mais vigoureux et expressif de Bharhut, s'affine dans les compositions plus savantes de Sanci (stupa n° 1), exécutées entre le milieu du Ier s. avant J.-C. et la fin du Ier s. après J.-C., sous les Satavahana. Au Maharashtra, sous le même patronage, l'architecture rupestre connaît, pour le bouddhisme, un rapide et brillant essor. Directement inspirés de constructions à l'air libre, en matériaux légers, deux types d'édifices excavés sont créés : le caitya (ou chaitya), sanctuaire de plan absidial, dont le plafond imite une voûte en berceau sur cerces, et le vihara, monastère constitué d'une salle quadrangulaire, sur laquelle s'ouvrent les cellules des religieux, et précédé d'un portique. Si quelques caves paraissent un peu antérieures aux Satavahana (Bhaja, Kondane…), on doit à ceux-ci les fondations les plus évoluées et au décor le plus riche de Bedsa, de Nasik, de Kanheri (caves les plus anciennes), les ensembles de Junnar et de Manmoda, et surtout le vaste caitya de Karli, réussite la plus parfaite de cette période. Les caves 9 et 10 d'Ajanta conservent les restes de peintures remarquables, traitées dans le même esprit que les reliefs de Sanci, dont elles semblent être sensiblement contemporaines. En Orissa, les caves jaïna d'Udayagiri-Khandagiri, près de Bhubaneswar, creusées vers le même moment que l'ensemble du Deccan occidental, doivent sans doute à leur destination d'être conçues dans un esprit très différent.

Formation de l'art classique

Des débuts de l'ère chrétienne à l'avènement des Gupta (320 après J.-C.), l'Inde connaît, du point de vue artistique, le changement qui conditionnera son évolution ultérieure.

   L'adoption de la figuration humaine pour le Bouddha, les Tirthankara et les divinités brahmaniques n'ouvre pas seulement à la sculpture des perspectives nouvelles : imposant la création d'une architecture destinée à abriter les idoles, elle donnera naissance au temple indien. C'est sous deux dynasties contemporaines que s'opèrent l'élaboration et la propagation de la tendance : les Kushana, dans l'Inde du Nord, avec les deux grands foyers artistiques du Gandhara et de Mathura ; les Andhra, dans le Deccan, avec les centres de la basse Kistna (région d'Amaravati).

   C'est sans doute au Gandhara que prend naissance, à la faveur d'un courant d'échanges avec Mathura, facilité par l'autorité des Kusana, l'iconographie nouvelle. Née d'un compromis entre le bouddhisme et la pensée indienne, d'une part, et l'esthétique d'un monde imprégné de traditions hellénistiques, d'autre part, elle aboutit à la création d'une sculpture réaliste, moins symbolique que celle qui l'avait précédée, mais riche de toutes les possibilités offertes par l'accès à un domaine jusqu'alors prohibé. La création d'un type « apollonien » du Bouddha et d'une abondante imagerie ne saurait représenter l'unique apport de l'école. Sous l'impulsion d'importantes et actives communautés- et sans évoquer ici le rôle éminent qu'elle a joué dans la propagation du bouddhisme et de l'iconographie nouvelle -, elle est aussi responsable d'importants progrès dans l'architecture monastique comme de l'évolution du stupa vers des types accordant à la sculpture une place plus importante que par le passé.

   Centre de longue occupation, important carrefour, Mathura était le lieu où se côtoyaient bouddhistes, jaïna et brahmanistes, et où le culte des génies locaux (yaksha, nagaraja ou rois-serpents) semblait solidement implanté. Si, grâce aux Kushana, elle reçoit des apports hellénistiques, palmyriens, iraniens, voire scythes (statues royales : effigie décapitée de Kanishka, d'un style rude, avec accoutrement étranger à l'Inde), elle les assimile très vite, adoptant pour ses images du Bouddha un style plus monumental que celui du Gandhara, plus indien, mieux en accord avec la tradition iconographique locale (images de yaksha, puissantes et hiératiques). De la rencontre des traditions locales et des apports gandhariens naît un style équilibré, vivant, tout ensemble sensuel et idéaliste, qui contient en germe tout le classicisme gupta. Victime de l'histoire, ruinée au cours des siècles, l'architecture de Mathura n'est malheureusement connue que par quelques fragments et par de rares édifices figurés en bas-relief, mais qui révèlent le même traditionalisme et la même faculté d'adaptation que la sculpture.

   L'art des Andhra, continuateurs des Satavahana, est représenté par l'école d'Amaravati. Dans cette région, où, dès le IIe s. avant J.-C., des ateliers (Jaggayyapeta) œuvraient dans un style proche de l'art shunga, se développe jusqu'au début du IVe s. (Nagarjunakonda) un art bouddhique original. Fidèle à l'orientation proprement indienne du bouddhisme, attachant traditionnellement un grand prix à la valeur des symboles, il saura, néanmoins, tirer bénéfice d'apports extérieurs transmis par l'intermédiaire de Mathura ou plus ou moins directement apportés par le commerce romain et alexandrin sur la côte de Coromandel. La diversité des sectes, leur fidélité variable au bouddhisme aniconique se traduisent par le conservatisme, dû aux réticences manifestées à l'adoption de la figuration humaine du Bouddha de nombre de compositions. Cet art, qui conserve aux thèmes inanimés toute leur valeur ancienne, est aussi celui qui portera la science du bas-relief à son plus haut degré de perfection. Des scènes d'une surprenante densité, volontiers animées, pleines de raffinement et de distinction, sont souvent des chefs-d'œuvre de composition. L'image du Bouddha, au vêtement finement et régulièrement plissé, allie le même idéal à une sobriété d'expression proposée par la doctrine. Influant sur l'iconographie gupta, elle s'est propagée, par la voie maritime, de Ceylan à l'Insulinde. Tous ruinés, les stupa sont surtout connus par des représentations figurées propres à l'école. Ils sont proches de la tradition ancienne, mais leur construction (Nagarjunakonda), les cinq piliers qui ornent leurs plates-formes révèlent des préoccupations symboliques. Les monastères, connus grâce aux fouilles, montrent une évolution parallèle à celle du Gandhara, avec, semble-t-il, une tendance plus nette à une différenciation qui pourrait refléter la diversité des sectes (Nagarjunakonda, Salihundam…).

L'art classique

On admet que, débutant avec le règne de Chandragupta (ou Candragupta) [320 après J.-C.], la période classique englobe l'art gupta (IVe-Ve s.) et l'art dit « post-gupta » (VIe à environ milieu du VIIIe s.), rassemblant des écoles héritières de la tradition gupta, au premier rang desquelles figure celle des Chalukya (ou Calukya) occidentaux (de Badami). Dans le sud de l'Inde, un style proche et original tout à la fois fleurit aux VIIe-VIIIe s. sous les Pallava. L'ensemble de la période est marqué par le déclin du bouddhisme et les rapides progrès de la commande brahmanique, la généralisation du culte des idoles anthropomorphes, l'apparition d'une architecture construite en matériaux durables.

   À partir de la période gupta, l'architecture prend la première place. Les modestes sanctuaires appareillés du début du IVe s. (Sanci n° 17) sont à l'origine d'une lignée de temples dont l'évolution extrêmement rapide conduit aux remarquables compositions du temps des Chalukya (Aihole, Badami, Pattadakal). Cet essor s'accompagne d'un renouveau de l'architecture rupestre (Ajanta, Aurangabad, Ellora…) et, cessant d'être de destination essentiellement bouddhique dès le début du IVe s. (Udaigiri, près Bhilsa), connaîtra ses plus brillants développements au service des religions brahmaniques (Ellora, Elephanta…) et jaïna (Ellora), durant la période post-gupta.

   Construit ou excavé, le temple fournit de nouvelles surfaces au ciseau du sculpteur. Piliers, soutiens d'entablements, architraves, encadrements de portes se couvrent de scènes et de décors savamment composés. Apparaissent surtout de grandes compositions en haut-relief illustrant la vie du Bouddha, la légende des dieux ou figurant des divinités gardiennes en de vastes panneaux ménagés sur les murs des sanctuaires (Deogarh) ou sur les parois des fondations rupestres (Ajanta, Ellora, Elephanta…).

   

La beauté et l'équilibre de ces compositions, la science des formes, des attitudes et, surtout dans les monuments brahmaniques, du mouvement (Ellora, caves 14 et 15 ; Elephanta) ne doivent pas faire oublier la sereine grandeur des images en ronde-bosse (Bouddha des écoles de Mathura et de Sarnath). Trop rares, les grandes statues de bronze témoignent des mêmes qualités et de la perfection de la technique (Bouddha de Sultanganj, musée de Birmingham).

   L'architecture rupestre a seule préservé la peinture murale. Presque tout ce que nous en connaissons est d'inspiration bouddhique. Les œuvres conservées à Ajanta paraissent s'échelonner du Ve s. environ (vihara 16 et 17) au début du VIIe s. (vihara 1 et 2), qui marque l'apogée du style par l'harmonie des compositions et des gammes colorées. Les peintures de Bagh, de Badami (cave 3, datée 578, d'inspiration brahmanique) attestent la vitalité des écoles locales. Les œuvres plus tardives (Ellora) montrent déjà plus de maniérisme.

   

Au pays tamoul, les plus anciennes œuvres des Pallava (capitale Kanci) sont de petits sanctuaires rupestres shivaïques, et c'est seulement après le début du VIIe s. qu'apparaît, à Mahabalipuram, l'originalité du style. Temples rupestres (les ratha) et sculptures pariétales révèlent une architecture différente (surtout par ses toitures) de celle de l'Inde centrale et septentrionale ainsi qu'une sculpture plus sobre et plus calme, utilisant un répertoire iconographique un peu particulier. La fin du VIIe et le VIIIe s. sont caractérisés par l'édification de vastes temples appareillés (Kailasanatha, Vaikuntha Perumal de Kanci ; temple du rivage de Mahabalipuram…), qui paraissent avoir exercé une certaine influence sur l'architecture contemporaine du Deccan (Pattadakal, Kailasa d'Ellora…). Il ne reste que peu de peintures de style pallava (Pannamalai, début du VIIIe s.) ; les plus célèbres, celles de Shittanavasal, d'inspiration jaïna, sont attribuées pour l'essentiel au IXe s.

L'art médiéval

Profondément marquée par l'histoire politique, l'évolution artistique est caractérisée dès la fin du VIIIe s. par la multiplication des écoles régionales, au particularisme accusé. Ces écoles auront une durée très variable, en raison de la poussée musulmane et de la conquête progressive de la plus grande partie du territoire par l'islam. Au début du XIVe s., la fondation de l'empire de Vijayanagar fera du Sud le conservatoire des traditions brahmaniques, rôle que maintiendront, même après sa chute (1565), les dynasties locales (Nayak de Madura [aujourd'hui Maduraij]…).

   À partir de la fin du VIIIe s. et grâce au zèle religieux de dynasties locales éprises d'art, cultivées et souvent rivales, de véritables styles régionaux ne tardent pas à se constituer, styles dont l'habituelle et facile distinction entre arts du Nord et arts du Sud ne reflète qu'imparfaitement la réelle diversité. L'architecture affirme sa primauté tout en livrant ses surfaces à un décor sculpté de plus en plus envahissant. Les fondations rupestres disparaissent devant une architecture construite, maîtresse de ses techniques et qui, soucieuse de grandeur, ne résistera guère à l'attrait du colossal et de la surcharge décorative, dans une recherche de virtuosité annonciatrice de décadence… D'une manière générale, le contraste entre architectures du Nord et du Centre et architecture du Sud (styles dravidiens) s'affirme dans la composition du temple. Les premières tendent à donner au sanctuaire des dimensions de plus en plus considérables. Doté d'une toiture de plus en plus élevée, à la silhouette curviligne franchement accusée (shikhara), le sanctuaire sera précédé d'une succession de salles antérieures à toitures pyramidales (Lingaraja de Bhubaneswar, vers 1000). Le temple du Sud, au contraire, reste fidèle aux toitures pyramidales de l'architecture des Pallava et si, dans une première phase (art cola ou chola), le sanctuaire (vimana) tend à acquérir des dimensions colossales (Brihadishvara de Tanjore, vers 1000), il retrouvera des proportions plus modestes sous les Pandya, qui attacheront plus d'importance aux enceintes dotées de pavillons d'accès (gopura), dont le caractère monumental s'affirmera rapidement (Cidambaram, gopura est, XIIIe s.). Dans la phase la plus tardive (style de Madura), où le temple devient souvent immense, les enceintes se multiplient (on en compte jusqu'à sept concentriques, avec vingt et un gopura, au temple de Vishnu de Srirangam, XVe-XVIe s.), et la taille des gopura, gigantesques à l'enceinte extérieure, décroît en se rapprochant du sanctuaire, lui-même de dimensions réduites.

   Entre ces tendances extrêmes prennent place des styles locaux plus ou moins originaux. Tandis qu'au Cachemire le temple, échappant à l'influence de l'architecture contemporaine, ignore le shikhara et les salles sur piliers pour faire revivre du VIIIe au XIIIe s. des formules où resurgissent des traditions gandhariennes (Martand, temple de Surya, VIIIe s.), l'Ouest (Gujerat, Kathiawar, Rajasthan…) attache une importance particulière aux plans étoilés, aux couvertures en coupoles encorbellées et aux arcs polylobés (Modhera, temple de Surya, XIe s. ; temples jaïna de mont Abu, début du XIe s.). Au Mysore, l'art des Hoysala (environ 1050-environ 1345) associe dans des temples au décor exubérant l'héritage des traditions chalukya et pallava. Ces temples, souvent fort complexes, sont caractérisés par leurs plans étoilés, la multiplication des sanctuaires, une tendance à l'horizontalité, due à la silhouette trapue- ou à l'absence - du shikhara. Cette architecture trouvera ses ultimes prolongements dans le style de Vijayanagar (Hampi : temple de Vitthala commencé en 1513).

   La sculpture a acquis un rôle considérable du fait de l'importance prise par le décor figuratif, traité le plus souvent en très haut relief dans tous les temples, quelles que soient les écoles. On peut admettre que les images de culte s'inspirent le plus souvent (spécialement dans l'art du Nord-Est) de cette technique, même lorsque les images ne sont que de modestes statuettes de bronze (bronzes bouddhiques de l'école de Nalanda). Comme les monuments eux-mêmes et en dépit de leur perfection, les images sont fort loin de l'idéal classique. Une tendance à la stylisation, qui frise parfois la sécheresse, se traduit pour les idoles par un hiératisme assez froid et pour les figures du décor architectural assez souvent par une sensualité très intellectuelle (Khajuraho). Un goût très vif pour la multiplication des parures, sculptées dans le moindre détail, est aussi caractéristique de l'art médiéval. L'originalité et l'intérêt des écoles du Sud apparaissent surtout dans l'art du bronze, avec des images de divinités d'un remarquable équilibre (Shiva dansant…) et d'une grande sobriété (styles chola et pandya). Généralement plutôt médiocres, les figures associées à l'architecture révèlent dès la période pandya un certain dessèchement et des tendances conventionnelles (Kumbakonam…).

   Il ne subsiste que de rares peintures murales de cette période, et leur style relève plus de l'imagerie que d'une conception monumentale, tout en trahissant le même intérêt que la sculpture pour la surcharge des parures. Dans le Sud, à Tanjore (Brihadishvara), ont été dégagés des ensembles d'une puissante stylisation (scènes de danse), qui semblent avoir été exécutés en fresque véritable. La peinture de Vijayanagar n'est connue que par quelques fragments (fin du XIVe s.), où la ligne et le détail comptent plus que le modelé, mais le plafond du temple de Lepakshi (Hindupur) est encore traité dans un style monumental affirmé (XVIe s.). L'école pala n'est connue que par des miniatures, mais d'un art qui préserve toutes les tendances du style.

L'art islamique de l'Inde ancienne

Introduction

Nous ne possédons encore aucun témoignage sur les réalisations artistiques consécutives à l'établissement des Arabes dans le Sind au VIIIe s., et, pour nous, l'art islamique en Inde commence au XIIe s. Ses origines iraniennes sont indéniables et ont pesé sur son histoire. Néanmoins, ce fut une erreur de leur accorder trop d'importance et de considérer l'art musulman indien comme une annexe de celui d'Iran, alors qu'il présente une forte personnalité, due tant aux circonstances politiques, économiques et géographiques qu'aux puissantes traditions des autochtones. C'en fut une autre de le traiter comme une simple déviation de la culture locale : les exigences cultuelles de l'islam, des éléments décoratifs (arabesque, épigraphie, méplat, etc.) et architecturaux (arc et voûte) ont amené un divorce avec elle.

   Au commencement, certes, partout sauf au Deccan, les architectes emploient une main-d'œuvre indigène et des matériaux provenant de temples détruits. Mais, rapidement, ils se dégagent de la servilité et taillent leurs propres pierres. La prééminence du sultanat de Delhi, surtout sensible dans les premières décennies, n'empêche pas la naissance d'écoles provinciales originales. Toutes, ou presque, comme lui, se consacrent essentiellement à l'architecture : mosquées, tombeaux, palais, plus rarement madrasa, tours, arcs de triomphe (Ahmadabad). Certaines, après une époque de grande gloire, sont en décadence, alors que d'autres gardent leur vigueur (ainsi celle du Khandesh [1388-1601] : mosquée du Vendredi d'Asirgarh, ruines de Burhanpur et de Thalner), quand, progressivement, les Moghols unifient le pays et imposent leurs lois artistiques.

L'art impérial de Delhi

Les deux mosquées de Delhi (Quwwat al-Islam) et d'Ajmer, mises en chantier à la fin du XIIe s., représentent les premières tentatives pour aménager des monuments musulmans avec des matériaux de remploi. Le splendide minaret de la première (Qutb minar), les grands écrans de façade de l'une et de l'autre (où l'arc fait son apparition) sont déjà, malgré un compromis hindo-islamique, des chefs-d'œuvre musulmans. Les tombeaux de Sultan Ghari (1231) et d'Iltutmich (vers 1235), entourés d'enceintes fortifiées, inaugurent l'ère des grands mausolées. Si chaque dynastie fonde sa propre capitale à Delhi, sous les Khaldji et plus encore sous les Tughluq, qui installent très provisoirement leur gouvernement à Dawlatabad, dans le Deccan, l'art alors sévère de la cour rayonne largement. Malgré le marasme économique, les bâtisseurs sont actifs, et certains des traits de la mosquée indienne commencent à apparaître : le bâtiment couvert d'une multitude de coupoles, aux porches flanqués de colonnes, s'érige sur un soubassement aux angles garnis de tourelles.

   Après le raid de Timur Lang (Tamerlan), le sultanat s'affaiblit et s'attache principalement à l'art funéraire : les tombes sayyid et lodi, sur plan carré ou octogonal, sont couvertes de coupoles hémisphériques, souvent entourées de portiques et ornées de petits kiosques (tchatri) appelés à un grand avenir (tombe de Muhammad Chah, 1444).

Les écoles provinciales

Les deux centres de l'école du Pendjab (1150-1325) sont Lahore et Multan. À Lahore, l'influence ghaznévide est sensible dans les beaux ouvrages en bois, dont le musée de la ville conserve des vestiges. Plus généralement, dans des constructions en briques revêtues de céramiques règne une bonne synthèse des traditions arabes, iraniennes et indiennes. Le tombeau de Rukn-i Alam à Multan (vers 1320) est le sommet de cet art et un monument de valeur universelle. Plus au sud, au Sind, presque totalement iranisé, l'Inde semble étrangère, et ses interventions ne sont pas heureuses (Tatta).

   De 1200 à 1550, le Bengale fut un grand foyer d'art. À côté d'innombrables ruines, la mosquée Adina de Pandua (vers 1375), une des plus grandes de l'Inde (400 coupoles), présente malgré ses matériaux de remploi quelques caractères originaux. Ceux-ci s'affirment dès 1400, quand les artistes se plient au climat et à la nature du sol : suppression de la cour des mosquées, courbure des toits et des corniches, inspirée par l'architecture de bambou et reprise plus tard par les Moghols. Après 1460, l'activité est intense : les mosquées aux nombreux mihrab ont des façades longues, des baies avec corniches courbes couvrant les arcatures, des tours saillantes aux angles, des piliers courts et carrés, un décor de brique sculpté et parfois des ornements en terre cuite (à Gaur : Tantipara Masdjid, 1475 ; la petite mosquée dorée, 1510 ; la mosquée de Qadam, Rasul, monotone et annonçant la décadence, 1530).

   L'école de Jaunpur (1360-1480), sur laquelle les Lodi s'acharnèrent, fut courte, mais non sans importance. À l'Atala Masdjid (1377-1408), inachevée, et surtout à la Grande Mosquée (vers 1470), chaque partie est remarquable, mais l'ensemble manque d'homogénéité.

   De toutes les écoles provinciales, celle du Gujerat (1297-1572) est la plus riche, la plus indienne, la plus personnelle. Totalement liée tout d'abord à la culture hindoue (Grande Mosquée de Broach, vers 1300 ; Adina Masdjid de Patan), elle commence à s'en dégager dans le courant du XIVe s. (mosquée de Cambay, 1325). Les règnes d'Ahmad Chah Ier et de Mahmud Ier Begra annoncent, puis inaugurent un âge d'or. Au premier de ces princes, on doit la fondation d'Ahmadabad, une des grandes villes d'art de l'islam, où tous les édifices se fondent dans un ensemble. La mosquée du Vendredi (1423), avec sa salle hypostyle de trois cents piliers couverte de dômes multiples et sa façade originale, est la plus belle de l'Inde occidentale. Au second reviennent, dans la même ville, trois établissements urbains, où le monument le plus usuel est un ensemble composé d'un mausolée et d'une mosquée adjacente. Dans ces beaux édifices, les minarets deviennent de simples tourelles, les fenêtres font saillies en encorbellement, les claustra se multiplient. Tardivement (XVIe s.), la mosquée de Sidi Sayyid en offre les plus splendides échantillons aux tympans des fenêtres, en marbre percé à jour, avec motifs de palmiers et entrelacs d'une merveilleuse finesse.

   Contrairement à l'école du Gujerat, celle du Malva voisin (1401-1561) subit peu les influences hindoues et regarde vers Delhi. Elle se distingue par son goût pour la couleur (pierres et céramiques). Si Dhar illustre la période la plus archaïque, Mandu présente des œuvres plus accomplies : la mosquée du Vendredi (1454), la tombe de Huchang chah Ghuri (1440), le Djahaz Mahall (XVe s.), long palais à deux étages s'étendant au bord de petits lacs, sont pleins de charme, mais manquent d'ordre et de clarté.

   Cette indifférence pour la culture hindoue est plus nette encore au Deccan (1325-1687) qu'au Malva, mais les étroits contacts avec le golfe Persique équilibrent ici les influences de Delhi et de l'Iran. C'est un architecte iranien qui construit à Gulbarga (fondée en 1347 dans des fortifications de type syrien) la mosquée la plus intéressante de l'Inde méridionale (1367). C'est peut-être le goût iranien qui fait que les douze tombes de Bidar accordent plus d'importance au décor qu'à l'architecture. C'est par l'art funéraire seul qu'on connaît Golconde, dont l'éclat fut sans égal dans tous les domaines, alors que Bijapur cultivait seulement l'architecture (plus de 50 mosquées, quelque 20 tombes et 20 palais). Les dômes bulbeux épanouis, aux lignes excessives, sont le trait dominant de cette école. Et pourtant c'est de forme hémisphérique qu'est le plus grand dôme de l'Inde et du monde (50 m de diamètre), celui du tombeau de Muhammad Adil Chah, le Gol Gunbadh (vers 1657). Ses dimensions et sa rare élégance (merlons, corniche, tambour) assurent sa célébrité ; moins pures sont ses quatre tours d'angle en forme de pagode.

   La montagne impose l'art du bois au Cachemire, alors même que les Cachemiriens ne sont pas de bons menuisiers : aussi les mosquées, rares, et les tombeaux des saints, monuments essentiels, sont-ils recouverts de peintures chatoyantes. Mosquées et tombes sont de même type : un cube de base contient la salle ; au-dessus s'élève un toit pyramidal surmonté d'une flèche (mosquée de Chah-i Hamadan, XVIIe s.). La très élégante et majestueuse mosquée du Vendredi de Srinagar, restaurée par Aurangzeb, se singularise par ses arcs et ses murs en brique, par sa vaste cour centrale flanquée de quatre iwan- mais ses colonnes sont en bois et les iwan sont surmontés de toits pyramidaux.

L'œuvre de Chir Chah

Les cinq années du règne de Chir Chah (1540-1545) font faire des progrès décisifs à l'architecture. À Purana-Qila, la sixième Delhi, fondée par lui, la mosquée qui sert de chapelle royale anticipe sur certaines découvertes ultérieures. Mais c'est avec les tombes, celle de son père à Sasaram, de son grand-père à Narnaul et surtout la sienne, que le style lodi est conduit à son plus complet achèvement. Le grand mausolée de Chir Chah à Sasaram, situé au milieu d'un vaste bassin, est érigé sur un haut soubassement carré, aux angles duquel sont construits des kiosques ; au-dessus, des étages successifs, à huit et trente-deux côtés, amènent insensiblement au plan circulaire du dôme.

L'art moghol

Les deux premiers souverains de la dynastie n'ont guère laissé de vestiges architecturaux, mais c'est à Baber que remonte l'art des jardins. Ceux qui sont aménagés par ses successeurs à Lahore ou au Cachemire, entourés de murs, mais ne négligeant cependant pas les grandes perspectives, sont une succession de terrasses et d'allées parcourues de canaux, où des petits pavillons précieux et charmants s'insèrent dans un cadre d'arbres et de fleurs. Au souvenir d'Humayun se rattache la première grande œuvre moghole : son tombeau, érigé par sa femme à Delhi. Situé au centre d'un parc, l'immense monument est le prototype des palais funéraires (des tombes-jardins), dont le Tadj Mahall d'Agra représente, dans tout l'éclat de son marbre blanc, la plus célèbre et grandiose réalisation.

   Le grès rouge d'Humayun et le marbre blanc du Tadj circonscrivent l'histoire de l'architecture moghole entre les règnes d'Akbar et de Chah Djahan, celui de Djahangir marquant l'époque de transition, ou le passage du grès au marbre. Avec ce matériau nouveau, les édifices deviennent plus légers, le décor plus fin : arcades polylobées, incrustations de pierres précieuses ou semi-précieuses. Hors la ville cérémoniale de Fathpur-Sikri (1570-1574) jamais utilisée et conservant les caractères de son époque, les forts (d'Agra, de Delhi, de Lahore), en vérité de somptueuses résidences aux pavillons multiples, présentent des exemples typiques des styles successifs. Quant aux Grandes Mosquées (Djami Masdjid), ou mosquées du Vendredi, celles de Fathpur-Sikri, de Delhi, d'Agra, de Lahore, dans une certaine mesure celles de Tatta ou de Peshawar, de qualité moindre, elles forment un ensemble prestigieux aux caractères bien définis : terrasses de soubassement, portes d'entrée monumentales (Buland Darwaza à Fathpur-Sikri), salles de prières moins vastes que les cours, minarets d'angles tronconiques, hautes coupoles bulbeuses. Après l'avènement d'Aurangzeb, l'art architectural décline, et il suffit de mentionner à Delhi la charmante mosquée de la Perle du Fort Rouge (Moti Masdjid, 1662-1663) et la tombe de Safdar Djang (vers 1754).

La miniature

Les peintures palatiales ont presque toutes disparu, mais nous conservons une grande collection de miniatures indiennes qui relèvent soit d'écoles provinciales (Rajasthan, XVIIe-XIXe s.), soit surtout des Moghols. Née de l'initiative d'Humayun, qui ramena d'Iran quelques peintres, l'école miniaturiste moghole se développe sous Akbar, puis plus encore sous Djahangir et Chah Djahan. Très largement ouverte sur l'extérieur et en contact avec l'Europe, elle se distingue des autres écoles de l'islam contemporain par le souci de représenter la vie quotidienne, les animaux, les plantes, par l'engouement pour le portrait tout autant que par la spécialisation des artistes (dessinateurs, coloristes, etc.), qui travaillaient en équipe. Au XVIIIe s., malgré le désintérêt subit de la cour, l'artiste se penchera sur les scènes de la vie privée et sur la femme, renouant ainsi avec la tradition de la sensualité indienne.

Glossaire des arts de l'Inde ancienne

Asana

Fait ou manière de s'asseoir ; siège, place.

Asura

Classe de démons ennemis des dieux.

Avatara

Descente, incarnation divine, spécialement de Visnu.

bodhisattva

Être sur la voie du complet Éveil (Bodhi).

Caitya (ou chaitya)

Objet, lieu vénéré, édifice abritant un objet vénéré et, par extension, sorte de mouvement funéraire.

Cakra

Roue, disque.

Cakravartin

Monarque universel.

Deva

Être céleste, dieu.

Devi

Déesse, spécialement Durga.

Dharmacakra

Roue de la loi (spécialement bouddhique).

Dvara

Porte.

Hvarapala ou dvarapalaka

Personnage figuré comme gardien de porte.

Gavaksha, ou kudu

Motif d'architecture, ouverture en forme de fer à cheval ou circulaire.

Gopura

Porte de ville ou de temple, monumentale.

Hasta

Main, coudée, geste de la main (iconographie).

Jina

Vainqueur, le ou l'un des Bouddha, aussi un des saints du jaïnisme.

Kailasa

Nom d'une montagne, résidence de Siva.

Kïrti

Gloire.

Kïrtimukha

Masque de monstre (art décoratif).

Lakshana

Marque, signe distinctif favorable.

Linga

Marque, emblème, phallus, spécialement de Shiva (divinisé).

Mandala

Cercle, groupe, disposition ésotérique.

Mandana

Pavillon, salle en avant d'un sanctuaire.

Meru

Montagne fabuleuse au centre de la surface terrestre, séjour d'Indra.

Mudra

Sceau, marque, geste des mains et des doigts de signification mystique (bouddhisme mahayanique).

Mürti

Matière, forme personnifiée (d'une divinité).

Naga

Serpent, être semi-divin plus ou moins ophiomorphe.

Nagara

Ville, cité (on dit aussi pura, puri).

Nata

Danseur.

Nataraja

Roi des danseurs, aspect de Shiva.

Padma

Lotus, spécialement rose (utpala = lotus bleu).

Pata

Étoffe, spécialement peinte ou couverte d'inscriptions.

Pitha

Siège, trône, piédestal.

Prasada

Palais, temple, tour et, par extension, sanctuaire.

Puja

Adoration, rite journalier devant une idole.

Purna

Plein, comblé.

Purnaphata, purnakumbha

Vase d'abondance.

Rakshasa

Démon, généralement malveillant (féminin : rakshasi).

Ratha

Char, spécialement de guerre, édifice.

Shakti

Énergie d'un dieu sous son aspect féminin et, par extension, épouse d'un dieu.

Shastra

Loi, enseignement, théorie.

Shilpasastra

Traité d'art, d'architecture (on dit aussi vastuvidya, architecture).

Sikhara

Pointe, tour, sanctuaire d'un type particulier.

Simha

Lion ; narasimha : homme lion, spécialement avatara de Vishnou.

Stupa

Monument en forme de dôme abritant des reliques du Bouddha ou de religieux éminents, aussi commémoratif.

Tandaya

Danse, notamment de Shiva (108 modes définis).

Tantra

Doctrine, spécialement magique et mystique (tantrisme).

Tirthankara

« Celui qui assure la traversée, le salut », titre particulier des Jina (jaïnisme).

Torana

Arc, porche, portail.

Tribhanga

« Triple flexion », attitude caractéristique.

Ushnisha

Turban, protubérance crânienne du Bouddha.

Vahana

Véhicule, monture, spécialement d'une divinité.

Vihara

Monastère bouddhique ou jaïna.

Vimana

Char, palais, sanctuaire d'un type particulier.

Yaksha

Êtres surnaturels, plutôt favorables (féminin : yakshi, yakshini).

Yantra

Instrument, amulette, figure magique.

Yoga

Système philosophique et pratique religieuse.

Yogin

Adepte du yoga, ascète pratiquant le yoga.

CINÉMA

L'Inde reste le plus gros producteur de films au monde. Pourtant, depuis 1985 – année record avec neuf cent douze films –, la baisse est régulière, même si l'industrie cinématographique a encore de belles années devant elle. Il est vrai que les Indiens ont de tout temps aimé les histoires et les images, à travers les contes et légendes sacrées et les grandes épopées, tels le Ramayana et le Mahabharata, qui inspirent un théâtre très vivant et d'innombrables œuvres picturales et sculpturales. Aussi le cinéma indien, né avec le siècle, a-t-il naturellement hérité de ce fonds mythologique et religieux ; les films y sont devenus en quelque sorte les nouveaux fétiches de cette véritable iconolâtrie.

Une vaste industrie

L'Inde produit chaque année plus de neuf cents longs métrages, plus nombre de courts métrages et de documentaires. L'industrie du film est l'une des plus importantes du pays en investissement de capitaux et des dizaines de studios sont en pleine activité. Même avec douze mille cinémas et plus de soixante mille vidéo-clubs, la diffusion de films est cependant loin de couvrir tout le pays, étant donné son immense population, sa multiplicité de villages et sa grande diversité de langues. Les films indiens sont toutefois largement diffusés en Grande-Bretagne, au Canada, aux États-Unis, et dans de nombreux pays d'Asie et d'Afrique comptant une importante population indienne.

Les origines

C'est à Bombay que l'on projette, en 1896, les premiers films Lumière. Dès 1898, on y tourne de petites bandes d'actualités, ainsi que Train entrant en gare de Bombay, version locale d'un film Lumière célèbre (l'Arrivée d'un train à La Ciotat). Ce film préfigure ce qui deviendra une spécialité du cinéma commercial indien : la copie et l'adaptation au goût du public local de films étrangers. On appelle cela les Hollywood masala, les « films hollywoodiens à la sauce indienne » : sur un scénario identique à celui de l'œuvre adaptée, on ajoute des chansons et des danses (six par film, selon la stricte règle du genre) pour un film qui durera environ trois heures.

   En 1913, Dhundiraj Govind Phalke tourne à Bombay le premier film hindi de fiction, Raja Harishchandra, où les rôles de femmes sont tenus par des hommes. Il est suivi dans ce genre nouveau, à partir de 1917, par le cinéaste bengali Jamjetji Framji Madan, qui, producteur et fondateur d'un important circuit de salles dès 1919, sera le premier à doter le cinéma indien d'une infrastructure économique. À partir de 1920, les longs métrages se multiplient, les compagnies de production se développent, et la politique du star-system, inspirée du modèle hollywoodien, fait son apparition au milieu de la décennie.

L'explosion du cinéma commercial

Cependant, le cinéma indien prendra son véritable essor avec le parlant. Contrairement à d'autres pays, comme le Japon ou l'URSS, l'Inde a tout de suite adopté ce procédé, présenté à Calcutta en 1929. Depuis, l'industrie cinématographique indienne n'a cessé de multiplier sa production, pour un public de plus en plus friand, jusqu'à ce qu'en 1960, sa production annuelle de longs métrages dépasse celle des États-Unis, devenant la seconde du monde après celle du Japon, qu'elle devancera ensuite largement.

   L'engouement de l'Indien moyen pour le cinéma peut en partie être attribué à son manque d'autres formes de divertissement. Théâtre, concert, spectacle de danse et cabaret seront sans doute hors de portée pour des raisons financières ou géographiques, tandis que le film, à ces deux égards, est aisément accessible. Cette facilité, ajoutée à l'idée que ce qu'offrent le théâtre, la salle de concerts et le cabaret se trouve englobé dans les films, en a fait la distraction la plus répandue de ce pays. Le film musical est devenu le genre cinématographique emblématique de l'Inde, en raison de traditions culturelles mais aussi à cause de l'extrême diversité linguistique nationale, la danse pouvant abolir ces frontières intérieures. Le problème de la langue explique également que les personnages soient très typés (le bon, le méchant) et qu'ils « surjouent » leurs expressions, comme cela se fait au théâtre : il faut que le public puisse suivre l'histoire, même sans comprendre les dialogues.

Bombay, Calcutta, Madras

Au seuil des années 1930, l'industrie cinématographique indienne est répartie sur trois centres, Bombay, Calcutta et Madras, où règnent quelques grandes compagnies : la Minerva Movietone, la Wadia, l'Imperial Film Company, la Ranjit Film Company et surtout le « club des trois », composé de la Prabhat (spécialisée dans les films religieux et mythologiques, et qui a la particularité d'avoir été créée par une association de cinéastes), la Bombay Talkies (spécialisée dans les films musicaux et mythologiques) et la New Theatres (basée à Calcutta), qui s'impose par ses adaptations d'œuvres littéraires et ses biographies de saints. L'ère des studios (acteurs et techniciens sous contrat) va durer un peu plus de dix ans et représente l'âge d'or du cinéma indien par la qualité et le soin apportés dans chaque secteur de la fabrication du film (décors, costumes, trucages).

L'éclatement du système des studios

Il est dû, au milieu des années 1940, à l'arrivée d'hommes d'affaires qui investissent dans le cinéma pour y blanchir de l'argent illégal. Ils offrent des cachets considérables aux stars des studios (c'est depuis ce temps que les acteurs indiens tournent jusqu'à soixante films simultanément). La pratique du cachet s'étend à toute la profession et provoque la désertion des studios (ils fermeront tous dans les années 1950). En outre, l'apparition du play-back (technique de présonorisation des films musicaux) achève de déstabiliser le système. Très vite, une poignée de chanteurs et de chanteuses doublent tous les acteurs des films et deviennent aussi célèbres qu'eux grâce à la radio et à l'industrie du disque.

   Paradoxalement, c'est sur les cendres du système des studios qu'apparaissent les plus grands artistes du cinéma commercial indien. Ils s'appellent Mehboob Khan, Raj Kapoor et Guru Dutt, travaillent à Bombay, sont tour à tour acteurs, réalisateurs, scénaristes et producteurs, et, surtout, n'hésitent pas à construire des studios gigantesques pour tourner leurs films. Mehboob Khan (Mangala, fille des Indes, 1952 ; Mother India, 1957) est célèbre pour ses fresques épiques en milieu paysan, tandis que Raj Kapoor s'impose avec ses mélodrames urbains (le Vagabond, 1951 ; Shri 420, 1955) qui traitent de la misère et de la corruption. Guru Dutt signe de somptueux mélodrames centrés sur la déchéance, à l'esthétique très raffinée, parmi lesquels Pyaasa (l'Assoiffé, 1957) fait figure de chef-d'œuvre.

L'émergence d'un cinéma d'auteur

Les films indiens sont produits en douze des quatorze langues nationales reconnues par la Constitution : hindi, ourdou, pendjabi, gujarati, marathi, oriya, bengali, assamais, tamoul, telugu, malayalam et kannara. La dénomination de « film indien » est donc en un sens mal appropriée, car il peut y avoir autant de différences fondamentales entre les films de deux langues vernaculaires qu'entre des films de deux langues européennes. Ainsi, entre un film en bengali et un film en tamoul, les différences de langue et de style seront tout aussi nombreuses et marquées qu'entre un film anglais et un italien. À la question « Pourquoi ne faites-vous pas de films en hindi », qui est la langue la plus largement comprise en Inde, Satyajit Ray répondit : « Tout d'abord, je ne connais pas cette langue. Ensuite, je dois faire des films dans mon propre univers national et culturel, la langue que je comprends, la région que je connais, les nuances que je ressens. »

Le film hindi

Curieusement, l'industrie cinématographique hindi est en majorité concentrée à Bombay, dont les habitants ne parlent pas hindi. Ainsi, loin de son milieu de l'Inde du nord, le film hindi s'est délesté de ses traditions et de son authenticité de lieu et de personnages. Il n'est pas rare, par exemple, qu'un film hindi rassemble le bharatanatya, danse classique du sud de l'Inde, et le bhangra, une danse folklorique du Nord, ou adapte un raga classique à une mélodie occidentale. Anachronique et léché, le film hindi est destiné à la consommation de masse. Puisque les spectateurs indiens assiègent les guichets des cinémas, il n'est guère étonnant que les réalisateurs prétendent répondre au goût en vogue, si peu réalistes et artistiques que puissent se révéler leurs efforts.

   Exemple typique du film hindi à grande réussite commerciale, Sangam (« la confluence »), produit en 1964 par Raj Kapoor, narre le thème familier de deux amis épris de la même femme, l'un l'abandonnant en faveur de l'autre. Mais l'aventure est surtout prétexte à mener l'assistance jusqu'à la tour Eiffel, le long des canaux de Venise et à travers les montagnes suisses enneigées ; en effet, l'un des traits du film hindi est l'inclusion de lieux étrangers pittoresques, avec des interludes chantés et dansés.

Le film d'art bengali

Les chefs-d'œuvre austères de Satyajit Ray et de quelques autres cinéastes contrastent avec les films au tournage onéreux faits pour le grand public. L'humanisme, qui caractérisa autrefois l'œuvre de réalisateurs tels que Renoir, Clair, De Sica et Fellini, est la note dominante des films de Ray. Son premier film, Pather Pancali (1955), adapte un classique très populaire de la littérature indienne, tourné en extérieurs et décors naturels, et Ray demande à Ravi Shankar de composer la musique. Malgré d'énormes difficultés financières, le film connaît un grand succès public et une reconnaissance internationale, puisqu'il est salué par la critique à Cannes, puis à Venise et à Berlin. Charulata, tourné en 1964, tiré d'une histoire de Rabindranâth Tagore, se passe au XIXe s. et montre l'élite cultivée, pénétrée de libéralisme occidental, mais encore émotionnellement liée aux habitudes et conventions anciennes – contradiction qui demeure aujourd'hui manifeste dans la haute société indienne. Ray demeure le seul grand réalisateur indien selon les critères occidentaux.

   Autre cinéaste bengali dont l'œuvre force l'attention, Ritwick Ghatak est, à la différence de Ray, socialement engagé. Ses films sont plus dynamiques qu'introspectifs, plus contestataires que contemplatifs. Subarenrekha (« le fil d'or »), produit en 1965, relate l'histoire d'une famille de réfugiés qui fuit le Bengale-Oriental pour le Bengale-Occidental après la partition et, bien que jouissant d'aisance matérielle dans son nouvel environnement, atteint une impasse spirituelle.

   Parmi les autres cinéastes indiens qui ont bravement tenté de libérer le cinéma indigène du fastidieux et de la théâtralité se distinguent Mrinal Sen (Akash Kusum, 1965), Barin Sah (Tero Nadir Parey, 1962), Tapan Sinha (Atithi, 1965) et Utpal Dutt (Ghoom Bhangar Gaan, 1965). Détail significatif, tous sont originaires du Bengale. La réaction du public à leurs films reste tiède, mais aujourd'hui, en grande partie grâce à un mouvement croissant de ciné-clubs en Inde, apparaît un public plus critique.

Le cinéma régional

Le phénomène important des décennies 1980 et 1990 est l'explosion d'un cinéma régional, plus particulièrement au Kerala, d'où viennent les beaux films d'Aravindan et d'Adoor Gopalakrishnan, tandis qu'à Bombay se révèlent deux actrices de premier plan (Shabana Azmi et, surtout, Smita Patil) et deux cinéastes (Kumar Shahani et Mani Kaul), qui poursuivent leur œuvre tant bien que mal et mettent désormais tous leurs espoirs dans la télévision.

LITTÉRATURE

L'Inde ancienne

La littérature védique (jusqu'au VIIe s. avant J.-C.)

L'Atharvaveda (magie et ésotérisme), le Rigveda (recueil d'hymnes aux divinités), le Yajurveda (formules sacrificielles, début de la prose).

   Les Brahmana (commentaires des veda), les Upanishad (intériorisation de la spiritualité), les sutra (rituel et droit).

La littérature sanskrite ancienne (VIe s. avant J.-C.-IVe s. après J.-C.)

Les Purana, les tantra.

Les épopées

Le Mahabharata, le Ramayana.

Du IVe au XIVe s.

Poésie de Kalidasa (IVe s.), le Kama-sutra (IVe s.), Pañcatantra (fables du Ve s.), drames de Bhavabhuti (VIIIe s.), Gita-Govinda de Jayadeva (XIIe s.).

   Apparition des littératures tamoule (VIIe s.), hindi (VIIIe s.), bengali (Xe s.).

L'Inde musulmane

XIIIe s.

Marathe

Jnanadeva.

XVIe s.

Hindi

Kabir, Tulsi Das.

XVIIIe s.

Bengali

Bharat Candra Ray.

L'Inde britannique

XIXe s.

Bengali

Bankim Chandra Chatterji, Ram Mohan Roy.

Ourdou

Ghalib.

XXe s.

Hindi et ourdou

Prem Cand.

Hindi

Sumitra Nandan Pant.

Marathe et anglais

Gandhi, Rabindranath Tagore.

Plan de l'article

Inde

GÉOGRAPHIE

Les milieux physiques

Formation et répartition des reliefs

L'évolution de l'Inde non himalayenne

L'Himalaya

Les climats

La saison sèche et fraîche

La saison très chaude et sèche

La saison des pluies

L'automne

Les groupements de milieux physiques

Les régions très humides de l'Ouest

Les régions très humides de l'Est

Moyennes montagnes et plateaux humides de la péninsule

La partie humide de la plaine du Gange

L'axe sec de la péninsule

Le Nord-Ouest sec et très sec

L'hydrologie

Population et société

Peuplement composite, civilisation homogène

La structure sociale et les religions

La démographie

Le monde rural

La population urbaine

L'économie

La voie indienne de développement

L'agriculture

Secteurs minier et industriel

Les échanges et les problèmes

HISTOIRE

Préhistoire et protohistoire

L'Inde ancienne

Les sources

Aperçu chronologique

Les premiers pouvoirs musulmans (1206-1526)

L'arrivée des Européens (1498-1669)

L'Empire moghol

Le XVIIIe s.

L'expansion britannique

La « mutinerie »

L'Inde coloniale

Le gouvernement de l'Inde

L'Inde rurale

L'industrie pendant la période coloniale

L'accession à l'indépendance

Les premiers mouvements populaires

L'action du Mahatma Gandhi

La radicalisation du mouvement et la partition

Après l'indépendance

Nehru, leader des pays non alignés

La recherche d'une « troisième voie »

Le déclin du parti du Congrès

Les années Indira Gandhi

La montée des mécontentements et l'état d'urgence

L'ère des coalitions

Le gouvernement du Janata

Le retour de I. Gandhi

Le tournant libéral de Rajiv Gandhi

La montée des partis identitaires

Narasimha Rao et l'instauration de la libéralisation de l'économie

Crise de l'État, crise de la nation

L'accession au pouvoir des nationalistes hindous

Le retour du parti du Congrès

La politique extérieure depuis 1966

L'affaiblissement de la coopération russo-indienne

Inde-Pakistan : un demi-siècle d'affrontements

Inde-Chine : de la rivalité au partenariat

L'Inde, une puissance régionale...

... en quête de reconnaissance internationale

L'ART DE L'INDE ANCIENNE

Introduction

Caractères généraux de l'art indien

Introduction

L'architecture

La sculpture

La peinture

Les arts mineurs

L'art et l'histoire

Genèse de l'art indien

Formation de l'art indien

Formation de l'art classique

L'art classique

L'art médiéval

L'art islamique de l'Inde ancienne

Introduction

L'art impérial de Delhi

Les écoles provinciales

L'œuvre de Chir Chah

L'art moghol

La miniature

Glossaire des arts de l'Inde ancienne

Asana

Asura

Avatara

bodhisattva

Caitya (ou chaitya)

Cakra

Cakravartin

Deva

Devi

Dharmacakra

Dvara

Hvarapala ou dvarapalaka

Gavaksha, ou kudu

Gopura

Hasta

Jina

Kailasa

Kïrti

Kïrtimukha

Lakshana

Linga

Mandala

Mandana

Meru

Mudra

Mürti

Naga

Nagara

Nata

Nataraja

Padma

Pata

Pitha

Prasada

Puja

Purna

Purnaphata, purnakumbha

Rakshasa

Ratha

Shakti

Shastra

Shilpasastra

Sikhara

Simha

Stupa

Tandaya

Tantra

Tirthankara

Torana

Tribhanga

Ushnisha

Vahana

Vihara

Vimana

Yaksha

Yantra

Yoga

Yogin

CINÉMA

Une vaste industrie

Les origines

L'explosion du cinéma commercial

Bombay, Calcutta, Madras

L'éclatement du système des studios

L'émergence d'un cinéma d'auteur

Le film hindi

Le film d'art bengali

Le cinéma régional

LITTÉRATURE

L'Inde ancienne

La littérature védique (jusqu'au VIIe s. avant J.-C.)

La littérature sanskrite ancienne (VIe s. avant J.-C.-IVe s. après J.-C.)

Les épopées

Du IVe au XIVe s.

L'Inde musulmane

XIIIe s.

Marathe

XVIe s.

Hindi

XVIIIe s.

Bengali

L'Inde britannique

XIXe s.

Bengali

Ourdou

XXe s.

Hindi et ourdou

Hindi

Marathe et anglais

L'Inde moderne

Bengali

À voir aussi dans Larousse
Médias
  • Ajanta, le bodhisattva Avalokiteshvara
  • Ajanta, peinture murale
  • Amritsar, le Temple d'or
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  • Khajuraho, relief
  • Konarak, le temple de Surya
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  • L'Inde à l'époque coloniale
  • L'Indépendance et la partition de l'Inde
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  • Mahabalipuram, les sanctuaires <I>(ratha)</I>
  • Manmohan Singh
  • <I>Markandeya-Purana</I>
  • Mont Abu
  • Nandi, taureau sacré
  • Nehru, janvier 1950, indépendance de l'Inde
  • Rajiv Gandhi
  • Ramayana
  • Révolte des cipayes
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  • Tadj Mahall, Agra
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