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Birmanie

en birman Myanmar

Nom officiel : République de l'Union du Myanmar

Carton de situation - Birmanie
Drapeau de la Birmanie
Drapeau de la Birmanie

État d' Asie du Sud-Est, la Birmanie s'ouvre au sud et à l'ouest sur l'océan Indien (mer d'Andaman, golfe du Bengale) ; elle est bordée à l'ouest et au nord-ouest par le Bangladesh et l'Inde, au nord et au nord-est par la Chine, à l'est et au sud-est par le Laos et la Thaïlande. L'Union du Myanmar est composée de 7 États peuplés en partie de populations non birmanes (Arakan [Rakhine], Chan [Shan], Chin, Kachin, Karen [Kayin], Kayah, Môn), et de 7 provinces proprement birmanes (Irrawaddy [Ayeyarwady], Magwe [Magway], Mandalay, Pegu [Bago], Rangoun, Sagaing, Tenasserim [Tanintharyi]) Nay Pyi Taw, la capitale, est un territoire de l'Union sous administration directe du président.

  • Superficie : 678 000 km2
  • Nombre d'habitants : 53 259 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Birmans
  • Capitales : Rangoun et Nay Pyi Taw (capitale administrative)
  • Langue : birman
  • Monnaie : kyat
  • Chef de l'État : Thein Sein
  • Nature de l'État : régime militaire semi-parlementaire
  • Constitution :
    • Adoption : 29 mai 2008
Pour en savoir plus : institutions de la Birmanie

GÉOGRAPHIE

Le pays regroupe en une fédération, l'Union de Myanmar, l'ancienne colonie anglaise de Birmanie et sept États « périphériques » peuplés de minorités ethniques, parfois turbulentes, qui représentent 20 à 25 % de la population totale, en très large majorité bouddhiste. Coupée par le tropique et située dans le domaine de la mousson, la Birmanie est un pays presque exclusivement agricole, notable producteur de riz ; la culture en est répandue surtout dans le delta de l'Irrawaddy, au débouché de la grande dépression centrale, qui est le cœur du pays. Les autres cultures, vivrières ou commerciales (coton, arachide, canne à sucre, thé, hévéa), sont secondaires. L'exploitation de la forêt (teck, bambou) est la principale ressource (avec l'opium) des régions du pourtour, montagneuses, entaillées par les vallées de la Chindwin, de l'Irrawaddy et du Salouen.

La Birmanie possède quelques ressources minières ainsi que d'importantes réserves de pétrole et, surtout, de gaz naturel (gisement offshore de Yadana et de Shwe). Un essor du tourisme s'amorce avec la détente politique.

1. Le milieu naturel

1.1. Le relief

Le pays comprend trois grandes zones méridiennes : au centre, une dépression de près de 1 000 km de long (bassin de haute Birmanie et delta de basse Birmanie) ; à l'ouest, l'Arakan Yoma ; à l'est, les monts des Kachins (plus de 6 000 m), le plateau Chan et le Tenasserim. Les montagnes, difficilement pénétrables, cernent donc de toutes parts la longue dépression centrale, qui est d'ailleurs accidentée de collines, voire de chaînons (Pegu Yoma) et de volcans éteints, et qui est parcourue par l'Irrawaddy, par son affluent le Chindwin et par le Sittang. Le Salouen, par contre, dont la plus grande partie du cours traverse en gorges le plateau Chan, formant le plus grand canyon du monde, reste, à l'est, en marge de la dépression birmane. Le plateau Chan et le Tenasserim sont constitués de terrains anciens, notamment de calcaires sombres et durs et de granites riches en cassitérite (étain) et en wolfram (tungstène) : ils dominent par un escarpement de faille – de 1 500 m – la dépression birmane, dont les terrains tertiaires (grès, sables, argiles), parfois pétrolifères, sont plissés et en partie affectés par le volcanisme quaternaire.

1.2. Le climat

Entre 15 et 28° de latitude nord, la Birmanie a un climat chaud, à pluies d'été (mai-novembre) dues à la mousson. Celle-ci déverse des précipitations extrêmement abondantes sur l'Arakan et le Tenasserim (plus de 5 000 mm à Akyab et à Tavoy), couverts de forêts denses sempervirentes, et sur le delta de l'Irrawaddy (plus de 2 000 mm à Rangoun). Par contre, le bassin de haute Birmanie, « sous le vent », est sec (moins de 1 000 mm, parfois moins de 600 m), avec des pluies très irrégulières : les versants montagneux portent une forêt sèche riche en tecks ; ailleurs des épineux et, dans les plus bas fonds, des lacs salés. L'Irrawaddy, axe du pays, est navigable sur 1 600 km.

2. La population

État à l'unité fragile (dont les structures fédérales restent encore floues), la Birmanie est une mosaïque ethnique. Habitant la dépression centrale, drainée par l'Irrawaddy, les Birmans proprement dits, bouddhistes et de langue tibéto-birmane, sont majoritaires : ils représenteraient de 65 à 75 % de la population mais mais n'occuperaient qu'environ 53 % du territoire. Des minorités d'importance diverse se partagent les zones périphériques et occupent les montagnes selon un étagement précis. Les Arakanais, en partie islamisés, à l'ouest, et les Môns de l'État Môn et du Tenasserim (auj. Tanintharyi), à l'extrême sud, sont proches des Birmans.

Au sud-est, les Karens, montagnards animistes en partie christianisés, de langue proche du birman, comprennent divers sous-groupes, formant l'une des importantes ethnies minoritaires du pays avec environ 7 % de la population ; on les rencontre aussi dans le delta de l'Irrawaddy.

Plus au nord, on trouve les Chans (ou Shans), la minorité qui serai la plus nombreuse, bouddhistes apparentés aux Thaïs, et des tribus montagnardes proto-indochinoises (Palaungs, Was). Enfin, au nord et au nord-ouest, les montagnards Kachins et Chins, de langues tibéto-birmanes, n'ont pas subi l'influence indienne et sont restés animistes ou ont été en partie christianisés. Les minorités indienne et chinoise, bien représentées dans les villes avant la Seconde Guerre mondiale, ont beaucoup diminué.

La population birmane est d'une densité plutôt faible (78 habitants par km2), sauf dans les deltas du Sud et dans le bassin de Mandalay, fortement peuplés. La plus grande ville, Rangoun, regroupe 4 millions d'habitants. La population a vu son taux d'accroissement naturel diminuer à la fin des années 1990 pour atteindre 1,2 % par an. La natalité (21 ‰) et la fécondité (2,8 enfants par femme) restent, cependant, encore soutenues. La population est relativement jeune (33 % des Birmans ont moins de 15 ans) et faiblement urbanisée (27 % de citadins).

3. L'économie

La Birmanie bénéficie de ressources minières (plomb, zinc, étain, tungstène, argent, pierres précieuses) situées, en majeure partie, dans les montagnes des États des Chans et de Kawthoolei ainsi que dans le Tenasserim. Mais l'industrie extractive est en régression.

L'agriculture domine l'économie, occupant près des deux tiers des actifs et fournissant 25 % du produit intérieur brut. La principale production agricole est le riz, dont une grande partie est exportée. La basse Birmanie, et surtout le delta de l'Irrawaddy (30 000 km2), constitue le grenier à riz du pays, grâce à des conditions naturelles favorables (pluies régulières, sol fertilisé par le fleuve). Cette monoculture commerciale, pratiquée de manière extensive, a longtemps profité à la grande propriété, souvent aux mains d'usuriers d'origine indienne. Après une première réforme agraire en 1954, la terre a été décrétée propriété d'État en 1970. Outre le riz, la Birmanie exporte également du bois (teck). En haute Birmanie, région pittoresque comptant sept anciennes capitales (dont Pagan et Mandalay), mais aux conditions plus difficiles (climat semi-aride, sols médiocres, sauf pour les îles de l'Irrawaddy), on trouve des cultures plus diversifiées (riz, millets, arachide, coton, légumes, tabac) et de l'élevage. L'artisanat (tissage du coton et de la soie, fabrication de cigares) y est réputé. Enfin, dans la zone proche de la Chine, de la Thaïlande et du Laos, dite « triangle d'or », la culture du pavot prospère. Rangoun, la capitale, est la première ville du pays (4 millions d'habitants dans l'agglomération) et le seul grand port, bénéficiant des liaisons fluviales avec l'intérieur. En 2005, une capitale administrative est créée dans le centre du pays, à Nay Pyi Taw (ou Naypyitaw), près de Pyinmana, à 200 km environ au N. de Rangoun.

Les principaux partenaires commerciaux de la Birmanie sont la Thaïlande (premier client), la Chine (premier fournisseur et investisseur étranger), l'Inde, Singapour, le Japon, la Corée du Sud et la Malaisie. Le pays exporte du gaz naturel (à partir des gisements offshore de Yadana et de Shwe), du pétrole, des pierres précieuses et semi-précieuses (rubis, jade), du bois de teck, divers produits agricoles (haricots secs, sésame). La Birmanie est perçue comme l'un des pays d'Asie les plus corrompus et affiche un développement humain parmi les plus bas de la région.

Depuis 2010, le nouveau gouvernement a mis en place une politique d'ouverture économique par le biais des privatisations et de la libéralisation du secteur financier.

HISTOIRE

1. Des origines à la colonisation britannique

C'est au début de notre ère qu'arrive dans l'actuelle Birmanie une peuplade tibéto-birmane, les Pyus. Ceux-ci s'installent progressivement dans la vallée de l'Irrawaddy, au sud de laquelle ils entrent en contact avec les Môns. C'est à travers les Pyus que la civilisation indienne et le bouddhisme pénètrent en Birmanie.

Môns et Birmans vont vite s'affronter pour le contrôle du pays ; le conflit durera un millénaire, jusqu'à l'anéantissement des royaumes môns au xviiie siècle.

Au viiie siècle, des populations thaïes – les Chans – arrivent sur le plateau oriental, constituant la plus importante minorité d'un pays au peuplement hétérogène.

Créé au ixe siècle, le royaume birman de Pagan connaît son apogée avec la formation du premier empire par Anoratha (1044-1077), qui soumet les Môns et conquiert leur capitale, Thaton (1057) ; il organise l'empire et étend sa suzeraineté. En 1287, Pagan est prise par les troupes mongoles de Kubilay et, en 1299, elle est brûlée par les Chans.

Le pays se morcelle (royaume môn de Pegu, 1387-1539 ; dynastie chan d'Ava, 1364-1555) et ce n'est qu'au xvie siècle que les rois de Toungoo, Tabinshweti puis Bayinnaung, rétablissent l'unité du pays. Celle-ci est de courte durée, et il faut attendre le milieu du xviiie siècle pour qu'Alaungpaya fonde le troisième empire birman (dynastie Konbaung, 1752-1885), qui conquiert Ayuthia (1767), l'Arakan (1785), le Manipur (1759 et 1817) et l'Assam (1817). Entre-temps, la capitale se déplace vers Rangoun.

2. La colonisation britannique

Déjà installés en Inde, les Anglais vont, par trois guerres successives (1824-1826, 1852, 1885), conquérir le pays et abolir la monarchie. La Birmanie devient une province de l'Empire des Indes (1er janvier 1886). Face à l'exploitation coloniale des richesses du pays, le mouvement nationaliste ne va pas tarder à s'affirmer.

Le premier parti, celui des Thakins (« Maîtres »), est fondé en 1929 par Aung San et U Nu. En 1937, la Birmanie est séparée des Indes britanniques et s'achemine vers l'autonomie lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale. Occupée par les Japonais (1942-1945), elle est le théâtre de violents combats dont sortiront victorieuses les troupes de Mountbatten.

3. Indépendance et guerres civiles

Le 4 janvier 1948, l'Union birmane accède à l'indépendance. Aung San ayant été assassiné (juillet 1947), U Nu prend la tête du gouvernement. En dépit de l'accord de Panglang (février 1947) entre les Birmans et les autres ethnies, les Karens (1948), puis les Kachins (1949) prennent les armes pour obtenir l'autonomie. À la même époque, le parti communiste birman se lance dans la lutte armée. Dès lors, le gouvernement central s'épuise dans une guerre civile sans fin contre les mouvements nationalistes et révolutionnaires. La situation économique du pays est difficile et U Nu se lance dans un programme de réformes au nom du socialisme bouddhique.

En septembre 1958, les militaires prennent le contrôle du pouvoir et le général Ne Win devient Premier ministre. À la suite des élections de février 1960, U Nu revient au pouvoir. Il nationalise certains secteurs économiques et proclame le bouddhisme religion d'État (août 1961). En 1961, les minorités, réunies à Taunggyi, réclament une nouvelle Constitution reconnaissant l'égalité et l'autonomie des différents États de l'Union. Ce projet est mis au point le 1er mars 1962 par le Parlement.

4. Coup d'État militaire et « socialisme birman »

Le lendemain, l'armée reprend le pouvoir et le général Ne Win revient à la tête d'un nouveau gouvernement militaire et d'un Conseil révolutionnaire. Il fait emprisonner U Nu, suspend la Constitution et dissout le Parlement. Les postes de commande sont confiés à des officiers. Rangoun contrôle plus étroitement les États. L'abolition des structures traditionnelles entraîne, en 1962, le soulèvement des Chans.

Au nom de la « Voie birmane vers le socialisme », qui s'appuie sur le parti du Programme socialiste birman (BSPP) – devenu parti unique (mars 1964) –, Ne Win décide d'étatiser les principaux secteurs de l'économie, dans le cadre d'un « État socialiste ». Cette politique fait peser une lourde charge financière sur le pays, qui doit dédommager les banques et actionnaires étrangers. De plus, incompétence et corruption vont fortement obérer le développement de la Birmanie.

En cinq ans, de 1962 à 1967, la production de riz baisse de un million de tonnes. Le revenu par habitant est un des plus bas du monde ; la production agricole et industrielle a de la peine à suivre la progression démographique, et le commerce extérieur connaît de graves difficultés.

Les insurrections reprennent, mobilisant contre elles le gros des forces armées. Le parti communiste prochinois du « drapeau blanc », qui groupe des milliers de maquisards retranchés dans des bases proches de la frontière de la Chine, est le plus menaçant. Bien qu'ayant subi de nombreux revers (mort de leur chef Thakin Than Tun [1968], puis mort de son successeur [1975] lors de la prise de la base des monts Pégu), les maquisards du « drapeau blanc », dirigés par Thakin Ba Thein (réfugié en Chine), étendent leur influence chez les Chans et les Kachins. Mais, morcelées, les minorités parviennent difficilement à s'unir de façon durable.

U Nu, qui a été libéré en 1966, se réfugie en Thaïlande et tente vainement d'organiser la résistance contre Ne Win. En 1967, ce dernier, qui poursuit sa diplomatie de non-alignement, doit faire face à une très grave crise. Des manifestations antichinoises ensanglantes Rangoun en juin, et les relations sont suspendues entre la Chine et la Birmanie. Les efforts de Ne Win aboutissent en 1970 à la normalisation des relations sino-birmanes.

En décembre 1973, une nouvelle Constitution est adoptée par référendum, et la Birmanie devient République socialiste. Le Conseil révolutionnaire remet ses pouvoirs au Congrès du peuple (Pyithu Hluttaw). Les élections législatives de janvier-février 1974 ne modifient pas la situation. Dès juin, l'armée réprime brutalement des manifestations ouvrières à Rangoun. En décembre, des émeutes estudiantines ont lieu dans la capitale à l'occasion des obsèques de U Thant, l'ancien secrétaire général des Nations unies ; la loi martiale est proclamée. Le gouvernement décide une timide ouverture aux capitaux et investissements étrangers. Il s'ensuit un léger début de redressement économique.

En juin 1976, alors que les manifestations reprennent à Rangoun, plusieurs mouvements nationalistes créent le Front uni, pour lutter contre le pouvoir central. Des rivalités au sein du parti ne remettent pas en cause le pouvoir du président Ne Win, assisté du général San Yu, secrétaire général du BSPP et du Conseil d'État. En avril-mai 1978, les exactions de l'armée entraînent la fuite vers le Bangladesh de 200 000 musulmans birmans – les Rohingyas –, dans des conditions dramatiques. Ils seront rapatriés en 1979 sous l'égide des Nations unies.

En septembre 1979, la Birmanie décide de se retirer du mouvement des pays non-alignés. En 1981, Ne Win abandonne ses fonctions, tout en conservant la présidence du parti et en continuant en fait à diriger le pays. San Yu est élu à la présidence de la République après avoir quitté le secrétariat général du parti.

5. Le SLORC et l'opposition démocratique

En 1988, une vague de manifestations, durement réprimées, signe l'échec politique et économique du régime. En juillet, Ne Win quitte la direction du BSPP. Le général Sein Lwin, surnommé le « boucher de Rangoun », lui succède et remplace San Yu à la présidence de la République le 27 du même mois. Après avoir écrasé de nouvelles émeutes et une grève générale au prix de milliers de morts en août, il doit céder la place au civil Maung Maung.

L'opposition prodémocratique s'étend à toutes les classes de la société. La fille d'Aung San, le héros de l'indépendance, Aung San Suu Kyi en devient la figure de proue. Au prix d'une répression sanglante, l'armée reprend le pouvoir et forme, le 18 septembre, le State Law and Order Restoration Council (SLORC), avec à sa tête le général Saw Maung, qui ordonne arrestations en masse et exécutions ; des opposants se réfugient à la frontière thaïlandaise. Cependant, le multipartisme est instauré, et les élections qui ont lieu le 27 mai 1990 consacrent la victoire écrasante de la National League for Democracy (NLD), dont la secrétaire générale, Aung San Suu Kyi, a été placée en résidence surveillée. Le BSPP, devenu le National Unity Party (NUP), est balayé. Refusant de tenir compte de ces élections, la junte poursuit la répression, s'en prenant même aux moines bouddhistes. Condamné par la communauté internationale, isolé diplomatiquement – Aung San Suu Kyi, toujours prisonnière, reçoit le prix Nobel de la paix en 1991 –, le régime n'est plus soutenu que par la Chine, qui lui fournit une aide militaire contre des avantages stratégiques.

Le 23 avril 1992, Saw Maung cède la place au général Than Shwe, qui inaugure une politique d'apaisement et d'ouverture économique, destinée à améliorer l'image du pays. Une convention, dans laquelle siège la NLD, est nommée pour préparer une nouvelle Constitution. Aung San Suu Kyi, libérée en juillet 1995, mais étroitement surveillée, s'efforce de relancer la dynamique d'opposition. En décembre, la NLD quitte la convention, mais subit une répression sévère alors qu'elle tente de tenir un congrès. Des centaines d'arrestations paralysent à nouveau le mouvement à la fin de 1996.

Encouragé par ses espoirs de croissance économique, le SLORC parvient à négocier des accords de cessez-le-feu avec la quinzaine de mouvements ethniques en rébellion contre l'autorité centrale, dont certains, comme les Karens, depuis 1949. Khun Sa, « seigneur de la drogue », se soumet en janvier 1995. Le SLORC, épuré de ses membres les plus corrompus, se transforme, en novembre 1997, en State Peace and Development Council (SPDC), composé de 19 membres et où rivalisent, sous la présidence de Than Shwe, la faction dure du général Maung Aye, chef des forces armées, et celle, plus pragmatique, du général Khin Nyunt, l'« homme fort » des services secrets, tandis que Ne Win maintient son influence.

En juillet 1997, la Birmanie entre dans l'ASEAN. Déconcertée par l'échec du modèle indonésien de Suharto, en 1998, la junte continue sa lutte contre le mouvement d'Aung San Suu Kyi (NLD), tandis que cette dernière, au péril de sa vie, développe son action et, face à la crise économique, appelle la convocation du Parlement issu des élections de 1990. Mais l'arrestation en septembre 1998 de plusieurs centaines d'opposants montre la volonté farouche des dirigeants de ne rien céder aux démocrates.

6. Le triomphe de la ligne dure

Tandis que les États-Unis et l'Union européenne maintiennent leurs sanctions à l'égard du régime, celui-ci mise sur la « solidarité asiatique » pour briser son isolement. Un diplomate malaisien obtient, fin 2000, la reprise du dialogue avec Aung San Suu Kyi. Libérée en mai 2002, celle-ci est arrêtée de nouveau en mai 2003.

Entre-temps, un remaniement gouvernemental, la condamnation à mort du gendre de Ne Win et de ses fils, des limogeages au sein des forces armées montrent que des luttes opposent toujours les factions de la junte. La situation économique est catastrophique (inflation de 60 % en 2002, chute du kyat) et seul le commerce transfrontalier, surtout avec la Chine (bois et pierres précieuses), permet aux militaires birmans d'éviter la banqueroute. Ces derniers essuient un échec diplomatique sérieux lorsque l'ASEAN condamne l'arrestation d'Aung San Suu Kyi. Le général Ne Win meurt le 5 décembre 2002 dans l'indifférence.

Alors que de nouvelles arrestations confirment le blocage de la situation, le général Khin Nyunt est nommé Premier ministre par Than Shwe en août 2003. Il fixe aussitôt une « feuille de route » vers la démocratie : il s'agirait de réactiver la Convention nationale (suspendue en 1996 après le retrait de la LND) pour rédiger une Constitution, qui serait ratifiée par référendum avant des élections législatives. Khin Nyunt fait des ouvertures vers les minorités rebelles et conclut des trêves. En septembre 2003, Aung San Suu Kyi, sortie de prison pour subir une opération chirurgicale, est de nouveau assignée à résidence chez elle, à Rangoun. Malgré quelques libérations de personnalités politiques, la Convention nationale, ouverte en mai 2004, est boycottée par la NLD et plusieurs groupes ethniques.

Khin Nyunt est évincé en octobre, officiellement pour « corruption ». Le service des renseignements, qu'il dirigeait depuis 1984, et qui avait, semble-t-il, tenté de prendre le contrôle du commerce frontalier avec la Chine, est alors épuré. Procès et condamnations se poursuivent jusqu'en 2005. Le général Soe Win, premier secrétaire du SPDC, succède à Khin Nyunt. La ligne « dure » triomphe. La Convention nationale, réunie dans un camp sous haute surveillance, se sépare en avril 2005 sans alléger les frustrations. La chute de l'empire financier et commercial de Khin Nyunt contribue à aggraver les difficultés économiques. Dans ce pays en ruine, le budget militaire est trois fois plus important que ceux de l'Éducation et de la Santé réunis. La junte pratique le travail forcé au bénéfice des entreprises qui investissent dans le pays (Total).

La Chine maintient son soutien et son « amitié fraternelle » au régime birman, à qui elle fournit armements et aide économique, obtenant en contrepartie un accès convoité vers le golfe du Bengale et du gaz (accord de 2005). Cela n'est pas sans inquiéter l'Inde (accord pour la construction d'un gazoduc en 2006), les États Unis, le Japon et l'ASEAN, dont la Birmanie, doit assurer, en 2006, la présidence tournante (elle y renoncera peu avant).

Par ailleurs, voulant revenir à la tradition royale et par crainte d'une intervention américaine ou d'une invasion thaïlandaise, la junte entreprend, fin 2005, de déménager la capitale dans le centre du pays, à proximité de Pyinmana et à 300 km environ au nord de Rangoun. La nouvelle capitale est baptisée Nay Pyi Taw (ou Naypyidaw, « Cité royale »).

En août-septembre 2007, des mouvements de protestation populaires contre une brusque augmentation du prix des carburants et leur brutale répression par les forces de l'ordre remettent au premier plan la « question birmane ». L'ensemble de la communauté internationale (l'ONU, l'Union européenne, les États-Unis, mais également la Chine et l'ASEAN) exhorte les autorités birmanes à la modération en les appelant à engager le dialogue avec l'opposition, en particulier avec Aung San Suu Kyi, dont l'assignation à résidence a été prorogée d'un an en 2006.

L'envoyé spécial des Nations unies pour la Birmanie, Ismaïl Gambari, chargé de promouvoir un dialogue entre la junte et la société birmanes, se heurte à de nombreux obstacles mais parvient à rencontrer Aung San Suu Kyi en mars 2008. Invoquant la « souveraineté » de la Birmanie, la junte militaire campe sur ses positions et refuse tout geste significatif s'agissant des prisonniers politiques et des personnes détenues à la suite des manifestations.

Le 3 mai 2008, le typhon Nargis provoque un désastre humanitaire (2,4 millions de sinistrés). Alliant l'inflexibilité au cynisme, la junte n'accepte l'aide internationale qu'au compte-gouttes et dans cette situation chaotique, fait adopter par référendum une nouvelle Constitution afin de pérenniser son pouvoir dans la perspective des élections prévues en 2010. Réservant aux militaires certains des ministères clés et un quart des sièges dans les deux chambres, le texte interdit également aux personnes ayant épousé un étranger de se porter candidat. Cette clause ad hoc vise Aung San Suu Kyi dont l'assignation à résidence est renouvelée d'un an le 27 mai et qui est de nouveau arrêtée le 14 mai 2009 pour avoir laissé un ressortissant américain séjourner chez elle. Au terme d'un procès de près de trois mois, l'opposante, dont la popularité est toujours redoutée par les militaires, est condamnée à dix-huit mois de résidence surveillée malgré les démarches en faveur de sa libération du secrétaire général de l'ONU ainsi que de l'ASEAN.

7. Un paravent démocratique

Boycottées par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi, officiellement dissoute, les élections générales – d’un Parlement bicaméral et de quatorze assemblées régionales – se tiennent le 7 novembre 2010 en l’absence d’observateurs internationaux. La junte garde la haute main sur la consultation et le parti de la Solidarité et du Développement de l’Union (USDP) qu’elle a créé de toutes pièces, massivement présent et mené par le Premier ministre Thein Sein, l’emporte aisément en s’arrogeant la très grande majorité des sièges à la Chambre des représentants et à celle des nationalités. Parmi les 38 partis autorisés à se présenter (dont le parti de l’Unité nationale, résurgence de la vieille garde militaire, et 21 formations représentant les minorités ethniques), les deux principaux mouvements d’opposition – la Force démocratique nationale, fondée par des dirigeants de la LND ayant refusé le boycott, et le parti démocratique des Nationalités Shan – n’ont pu, faute de moyens, présenter que respectivement 151 et 73 candidats pour les 498 sièges à pourvoir au Parlement au suffrage universel. Le 13 novembre, Aung San Suu Kyi est libérée et lance un appel à l’union de l’opposition et au dialogue entre toutes les forces politiques. En février 2011, le Premier ministre sortant est élu par le collège électoral à la tête de l’État, ainsi que deux vice-présidents, Tin Aung Myint Oo, un ex-militaire, et Sai Mauk Kham, membre de l'USDP.

8. Premiers signes d'ouverture

Le gouvernement civil formé en mars 2011 reste sous la surveillance étroite des militaires. Mais, dans le but de briser l’isolement du pays et d’obtenir la levée des sanctions occidentales, il laisse entrevoir une ouverture politique dont prennent acte aussi bien l’opposition intérieure que la communauté internationale. Le contrôle exercé sur les médias est ainsi partiellement assoupli et l’adhésion à des syndicats et le droit de grève sont autorisés ; après la création d’une Commission nationale sur les droits de l’homme, quelque deux cents prisonniers politiques sont libérés (octobre), tandis que la Ligue pour la démocratie est réintégrée dans le jeu politique (novembre).

En décembre, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, effectue une visite historique à Nay Pyi Taw et à Rangoun, la première d'un chef de la diplomatie américaine dans le pays depuis 1955, ouvrant la voie au rétablissement de relations diplomatiques pleines et entières.

La Birmanie resserre parallèlement ses liens avec ses partenaires de l’ASEAN qui accepte de lui confier sa présidence tournante en 2014. Puis, alors qu’une plus vaste amnistie est décrétée et que s’ouvrent des discussions avec la rébellion karen, c’est au tour du ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, de se rendre dans le pays (janvier 2012).

Décidée à participer à cette libéralisation encore timide et ayant obtenu la levée des restrictions sur ses déplacements, Aung San Suu kyi s’engage dans la campagne électorale en vue des élections législatives partielles d’avril 2012. Bien que ce scrutin ne concerne que 45 sièges laissés vacants, dont 37 à la Chambre des représentants, sa régularité est considérée comme un nouveau test de la volonté de réforme du gouvernement birman. La très large victoire de la LND et l’élection d’Aung San Suu Kyi dans la région de Yangon marquent ainsi une importante étape dans l'évolution du régime.

9. Vers la fin de l'isolement

L’accélération de la libéralisation politique – suppression de la censure, autorisation d’une presse privée, nouvelle libération de prisonniers politiques – et économique – ouverture aux investissements étrangers, réforme de la Banque centrale en vue d’une plus grande autonomie et du développement du secteur bancaire – semble montrer une volonté réelle de réforme de la part du président Thein Sein et de ses alliés.

La normalisation des relations avec les États-Unis peut ainsi se poursuivre : après son passage en septembre 2012 devant l’Assemblée des Nations unies (où il rend hommage à Aung San Suu Kyi en visite aux États-Unis au même moment) et après avoir accueilli Barack Obama en Birmanie en novembre, Thein Sein est le premier chef d’État birman à être reçu à la Maison-Blanche depuis 47 ans en mai 2013.

Parallèlement, en juillet et septembre 2012, Washington met fin aux restrictions sur les investissements américains en Birmanie et lèvent l’interdiction d’importer des produits birmans.

À la suite d’un voyage officiel dans plusieurs pays européens et à Bruxelles (février-mars 2013) le président birman obtient également en avril la levée des sanctions commerciales imposées par l’UE, à l’exception de l’embargo sur les armes. Soucieux ainsi de contrebalancer l’influence de la Chine, la Birmanie améliore aussi ses relations avec l’Inde, la Thaïlande et le Japon.

10. Le lancement du processus de paix

L’une des avancées mises en avant par Thein Sein est la relance de plusieurs initiatives de paix avec les multiples mouvements rebelles en lutte contre le pouvoir central depuis des décennies pour défendre les droits politiques, économiques et culturels des principales ethnies non birmanes du pays. Des accords de cessez-le-feu locaux ont été signés depuis la fin 2011 notamment avec les rébellions arakanaise, wa, chan, karenni, karen, môn ou certaines de leurs fractions. Cependant, ils ne sont pas toujours respectés et des affrontements éclatent sporadiquement tandis que des exactions de militaires à l’encontre des populations déplacées sont dénoncées. Les tensions restent particulièrement vives dans l’État Kachin.

Au-delà des trêves susceptibles d’être rompues, un dialogue politique global est engagé au niveau national, avec notamment l’ouverture en novembre 2012 du Myanmar Peace Center, chargé de piloter à plus long terme et de superviser la mise en œuvre du processus de paix qui se heurte à divers obstacles. La coordination entre les groupes armés s’avère difficile malgré l’existence depuis février 2011 d’un Conseil fédéral des nationalités unies (UNFC), principal interlocuteur du gouvernement dans les négociations en cours mais qui ne représente pas la totalité des mouvements. Les plus pessimistes mettent surtout en doute la loyauté de l’armée birmane, avant tout préoccupée par la préservation de ses intérêts économiques acquis dans les zones sous son contrôle.

L’issue des discussions est pour l’heure incertaine, l’un des enjeux clés étant la révision de la Constitution de 2008 en vue de la création d’un authentique État fédéral.