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Drapeau de la Thaïlande

Thaïlande

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Carton de situation

Thaïlande
en thai Muang Thai, anciennement Siam
Nom officiel : Royaume de Thaïlande

État d'Asie du Sud-Est situé au centre de la péninsule indochinoise, la Thaïlande est limitée par la Birmanie à l'ouest et au nord-ouest, par le Laos au nord-est et à l'est, par le Cambodge et le golfe de Thaïlande au sud-est, par la Malaisie au sud et par la mer d'Andaman au sud-ouest.

Superficie : 514 000 km2
Nombre d'habitants : 67 764 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Thaïlandais
Capitale : Bangkok
Langue : thaï
Monnaie : baht

Chef de l'État : Bhumibol Adulyadej, roi sous le nom de Rama IX

Chef du gouvernement : Abhisit Vejjajiva

Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire

Constitution :

 Adoption : 19 août 2007

 Entrée en vigueur : 24 août 2007

Institutions

Exécutif

Chef de l'État : roi

Chef du gouvernement : Premier ministre

Législatif

L'Assemblée nationale se compose de la Chambre des représentants et du Sénat.

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

La Thaïlande est soumise au régime de la mousson d'été, qui affecte de manière inégale les quatre grandes régions du pays. Le Nord est formé de chaînes montagneuses orientées nord-sud, culminant à 2 576 m d'altitude (Doi Inthanon), originellement très boisées (teck). Elles alternent avec les vallées alluviales, au climat plus sec, de la Ping, de la Wang, de la Yom et de la Nan. Ces rivières coulent vers le sud pour former le principal fleuve du pays, la Chao Phraya (Ménam). Celui-ci arrose la grande plaine centrale sédimentaire et se sépare en deux bras à la hauteur de Chainat avant de construire un large delta gagnant régulièrement sur la mer (sa partie amont est aujourd'hui à 190 km de la côte). Berceau historique du pays et « grenier » fertile, où les pluies, insuffisantes, sont compensées par des crues saisonnières que mettent à profit de nombreux canaux (klongs), également utilisés comme voies de communication, cette plaine centrale est la région la plus peuplée ; Bangkok, à elle seule, regroupe 13 % de la population totale.

   Le vaste plateau de Korat s'étend au nord-est. Peu élevé (200 à 300 m d'altitude), relevé à l'ouest (1 400 m au Khao Laem) et au sud (Dangrêk, 760 m), il s'incline à l'est vers le Mékong. Le Nord-Est est sec ; son sol de grès perméable, qui retient mal des pluies déjà insuffisantes, et une forte évaporation contribuent à en faire une région pauvre.

   Le Sud est formé par la presqu'île de Malacca, dont, au nord, le versant occidental appartient à la Birmanie. Montagneuse mais dépassant rarement 1 500 m d'altitude, couverte d'une forêt dense, bien arrosée toute l'année, elle a d'étroites plaines côtières, des rivières courtes (dont la célèbre rivière Kwai) et un climat presque équatorial. Au sud de l'isthme de Kra (48 km de large), où le projet de percement d'un canal maritime n'a pas abouti, des plaines alluviales plus larges alternent avec des reliefs montagneux jusqu'à la frontière malaise. La côte occidentale, bordée d'îles, est rocheuse et découpée, contrairement à la côte orientale.

La population

Les Thaïlandais appartiennent pour les quatre cinquièmes à l'ethnie thaïe et sont bouddhistes à 86 % (bouddhisme theravada ou hinayana, dit du Petit Véhicule). Les Thaïs sont arrivés du sud de la Chine (Yunnan) vers le XIIIe s., à la suite de la conquête de la région par les Mongols. Ils se sont mêlés aux populations locales môns-khmères et présentent une grande diversité. On distingue ainsi, selon leurs dialectes, les Siamois (Centre), les Laos (Nord-Est), les Khongs Muang (Nord), les Thaïs Pak Tai, les Chans (Ouest), les Phu Thaïs, les Thaïs Lu, les Laos Song, les Phuans, les Thaïs Isan (Nord-Est).

   Les Chinois, arrivés à la fin du XIXe et au début du XXe s., se sont généralement bien intégrés, sans obstacle religieux ; ils ont adopté la nationalité thaïlandaise et parlent le thaï. Leur nombre varie selon que l'on considère les « Chinois nationaux » (0,8 %) ou les Sino-Thaïs (10 % de la population totale).

   Au nord et à l'ouest, des populations montagnardes proto-indochinoises et mongoloïdes (550 000 personnes) comprennent plusieurs groupes. Les principaux sont les Karens (300 000), venus de Birmanie vers le XVIIIe s., et, arrivés plus récemment fin XIXe-début XXe s., les Hmongs (ou Miaos) [87 000], originaires de Chine du Sud, les Lahu (59 000), venus de Chine du Sud-Ouest, les Yaos (38 000), originaires de Chine centrale, les Akhas (38 000) et les Lisu (25 000), venus du Tibet. Les Karens, installés sur les premières hauteurs, à proximité de la frontière birmane, pratiquent la culture sur brûlis, quelquefois la riziculture, et font de l'élevage. Plus haut dans les montagnes, les autres pratiquent, également sur brûlis, la culture du pavot à opium, théoriquement interdite depuis 1958, tandis que des efforts ont été réalisés pour introduire des cultures de substitution.

   Une minorité malaise musulmane (un million d'individus) vit regroupée dans les quatre provinces du Sud (Pattani, Narathiwat, Yala et Satun). Le malais y est plus pratiqué que le thaï, et le défaut d'intégration a encouragé des mouvements séparatistes de guérilla qui, associés aux activités de partis communistes clandestins, ont fait régner l'insécurité dans cette région jusqu'à la fin des années 1980. Enfin, une communauté khmère, bien intégrée, vit dans le Nord-Est (moins de 1 % de la population), ainsi qu'une minorité vietnamienne, arrivée au XVIIIe et au XIXe s.

   

Le taux d'accroissement de la population, qui était très élevé (3,4 % en 1960), a été fortement réduit au cours des années 1980 grâce à un programme de contrôle des naissances efficace ainsi qu'à une amélioration du niveau de vie. La population est en majorité rurale (80 %), et la densité moyenne (environ 130 hab./km2). La Thaïlande fait partie des pays faiblement urbanisés d'Asie ; pourtant, avec Bangkok et sa conurbation, au développement démesuré, elle possède l'une des très grandes métropoles asiatiques. Le Grand Bangkok, moteur de la croissance économique du pays, assure près de la moitié du produit national brut et les trois quarts de la production industrielle. Il connaît un fort taux d'accroissement démographique. Des efforts ont été entrepris pour planifier sa croissance et le décongestionner (création de nouvelles villes satellites, amélioration des transports collectifs et de la circulation, réputée pour ses embouteillages monstrueux et sa pollution, meilleure adduction d'eau, protection contre les inondations, nouveau port, nouvel aéroport), mais les résultats sont encore insuffisants. Par ailleurs, on s'efforce de promouvoir quatre pôles de croissance en province : au nord, Chiangmai ; au nord-est, Nakhon Ratchasima et Khon Kaen, avec le développement de grands axes routiers (« Friendship Highway », 1965, Bangkok-Nong Khai) ; au sud, Songkhla, devenu le premier port de pêche du pays. La population thaïlandaise est mobile, avec des migrations, souvent temporaires, vers les villes ou les régions qui comptent encore des terres à défricher.

L'économie

L'agriculture emploie environ 45 % de la population active. La Thaïlande est le premier exportateur mondial de riz, de caoutchouc, de manioc et le second pour le sucre. L'agriculture, dominée par les petites et moyennes exploitations, est majoritairement extensive.

   Les rendements de la riziculture, pratiquée partout mais dont le foyer est la plaine centrale, sont parmi les moins élevés d'Asie (1,5 à 2 tonnes par hectare). La Thaïlande a pu rester autosuffisante en riz tout en développant ses exportations grâce surtout à la mise en culture de nouvelles terres et, dans une moindre mesure, grâce à l'extension de l'irrigation, qui permet de plus en plus souvent une double récolte annuelle ; mais la majorité des rizières reste pluviale, d'où des variations marquées dans la production annuelle. On ne peut encore parler de « révolution verte » utilisant systématiquement engrais, pesticides et variétés à haut rendement ; toutefois, on a vu se développer la mécanisation (motoculteurs) au niveau de l'exploitation familiale. La faiblesse de son coût de production rend le riz thaïlandais très compétitif à l'exportation (40 % du marché mondial). Depuis 1989, concurrencée par le Viêt Nam, la Thaïlande se spécialise dans l'exportation de riz de qualité supérieure.

   La politique gouvernementale d'achat du riz à bas prix a favorisé la diversification des cultures. À partir des années 1960, la culture du manioc s'est accrue, notamment dans le Nord-Est. Celui-ci est devenu le deuxième produit d'exportation après le riz : presque toute la production est exportée (granulés pour bétail). Mais les quotas d'importation imposés par l'Union européenne et un déclin notable de la productivité (épuisement des sols) poussent les paysans vers d'autres productions. Les cultures de fruits (ananas, longanes, bananes) et de légumes se sont également développées, et, les récoltes sont exportées vers Singapour, la Malaisie, et Hongkong, ou, plus récemment, l'Europe, les États-Unis et le Japon. Maïs, sucre, tabac, soja font également l'objet d'exportations. Le développement du réseau routier a profité à l'agriculture en facilitant l'extension des terres cultivées.

   Depuis la construction d'une voie ferrée vers le Sud (1918), l'hévéaculture s'est développée dans cette région, essentiellement sous forme de petites plantations. Après 1970, les paysans ont été encouragés à replanter des variétés à haut rendement, et, entre 1982 et 1995, production et exportation ont été multipliées par trois. Le palmier à huile connaît aussi une nette extension. Alors que les élevages bovin et porcin ne satisfont pas les besoins de la consommation domestique, celui de la volaille, en revanche, a permis l'expansion rapide de l'exportation de poulets surgelés, pour laquelle la Thaïlande occupe le premier rang mondial.

   Ce développement agricole a pour revers une diminution excessive de la forêt (55 % du territoire en 1965, 26 % en 1995) ainsi qu'une érosion et un appauvrissement croissant des sols ; ainsi, d'exportatrice, la Thaïlande est devenue importatrice de bois. Enfin, si la pauvreté absolue a reculé dans les statistiques nationales, les contrastes régionaux sont frappants, le Nord-Est et le Nord restant les régions les plus pauvres. Avec le développement agricole, les inégalités se sont accrues dans le monde agricole et le nombre de paysans sans terre travaillant comme journaliers a augmenté ; la réforme agraire de 1975 n'a pas remédié à cette situation, bien au contraire.

   La pêche est très développée : poissons, mollusques et crustacés sont la principale source de protéines des Thaïlandais. Le développement d'une flotte moderne a provoqué la surexploitation des zones de pêche. Les industries de transformation (conserves et surgelés), et donc les exportations, se sont rapidement développées (multipliées par 15 entre 1981 et 1995). Mais la Thaïlande se heurte au protectionnisme des pays importateurs (États-Unis et Europe).

   Les ressources minières sont essentiellement l'étain (Sud-Ouest) – mais le marché ne s'est pas remis de la crise de 1985 –, le gypse, la potasse, le zinc, le tungstène et les pierres précieuses. Pauvre en énergie, la Thaïlande utilise ses réserves de lignite (centrale électrique de Mae Moh, dans le Nord), mais la découverte de pétrole et, surtout, de gaz naturel dans le golfe de Thaïlande, exploité à partir des années 1980, lui a permis de réduire quelque peu sa dépendance énergétique. Toutefois, l'industrialisation fait augmenter régulièrement sa consommation d'électricité.

   Alors que la part de l'agriculture dans le produit intérieur brut diminuait, celle de l'industrie a augmenté, notamment celle des industries manufacturières d'exportation (plus de 80 % des recettes d'exportation). Après 1986, ces dernières ont connu un essor rapide grâce aux investissements étrangers (Japon, Hongkong, Taïwan, Singapour) ; à partir de 1994, les produits textiles ont été dépassés par les composants électroniques et électriques. La Thaïlande voit arriver la concurrence de la Chine et du Viêt Nam, où les salaires sont plus bas. Le tourisme constitue également une ressource importante (13 millions de visiteurs en 2006).

   La croissance récente a été notable, mais le pays demeure fragilisé par la grave crise financière de 1997, qui s'est étendue aux autres pays émergents de la région.

HISTOIRE

Des origines à la défaite des Khmers

L'étude de la préhistoire et de la protohistoire de la Thaïlande atteste la densité de peuplements très anciens, l'importance traditionnelle des grands axes de communication et une réelle originalité des cultures. Les sites les plus importants et les plus nombreux paraissent localisés dans l'Ouest (bassin du Mékong, presqu'île Malaise) et dans les provinces du Nord et du Nord-Est. La tradition bouddhique rapporte l'envoi par Ashoka de missionnaires à Suvannabhumi (la « Terre de l'or », probablement la basse Birmanie et l'ouest du bassin du Ménam) en même temps qu'à Ceylan, vers 250 avant J.-C. Au début de l'ère chrétienne, la région est mentionnée chez les auteurs grecs et latins ; au IIIe s. apparaissent dans les textes chinois les allusions au commerce transitant par le nord de la presqu'île Malaise. Y existent des royaumes indianisés aux localisations incertaines, en relation avec le Funan et, à partir de 424, avec la Chine. Au VIIe s., un royaume de Dvaravati peut être localisé dans la région de Nakhon Pathom ; de peuplement môn et de culture bouddhique, il semble avoir eu une influence considérable.

   

À partir du VIIIe s., toute mention de Dvaravati disparaît ; ce silence pourrait être lié à l'expansion du royaume de Shrivijaya. Attesté en 775 à Nakhon Si Thammarat, pratiquant le bouddhisme du Mahayana, le royaume de Shrivijaya s'est étendu au détriment des royaumes voisins, affaiblissant davantage les structures existantes que s'imposant vraiment. Peu après le milieu du IXe s., des inscriptions du royaume de Canasha, localisé dans l'est du bassin du Ménam, révèlent déjà l'influence de la culture khmère. Au début du XIe s., le souverain d'Angkor, Suryavarman Ier, étend sa domination sur Lopburi (1022-1025) et la région de Don Chedi (ouest du Ménam). Durant près de deux siècles, l'histoire sera dominée par les progrès de l'occupation khmère : étendue sous Suryavarman II (1113-1150) aux régions de Sukhothai et de Sakhon Nakhon, celle-ci se relâchera à la fin du règne, permettant à Lopburi de faire acte d'indépendance. Si Jayavarman VII (1181-vers 1218), restaurateur de la puissance angkorienne, annexe presque toute l'actuelle Thaïlande, Nord et royaume de Haripunjaya exceptés, l'hégémonie khmère n'excèdera guère la durée du règne.

Les royaumes thaïs

Les Thaïs n'interviennent dans l'histoire politique qu'à partir du deuxième quart du XIIIe s. Ces populations non chinoises s'étaient établies avant l'ère chrétienne dans la Chine méridionale ; une lente migration en direction du sud-ouest devait les conduire, par le nord du Viêt Nam et le Laos, jusqu'à la région s'étendant du nord du bassin du Ménam au Mékong. Des chefferies y sont organisées aux XIe-XIIe s., et la première mention des Thaïs « Syam » (les Siamois des Occidentaux) apparaît dans l'épigraphie du Champa dès 1050.

   Vers 1220, les Syam de Sukhothai chassent le gouverneur khmer ; trente ans plus tard, ils s'érigent en royaume indépendant, dont Sukhothai et Si Sacchanalai (aujourd'hui Sawankalok) sont les capitales « jumelles ». Rama Kamheng (Rama le Fort, vers 1279-vers 1316) étend ses conquêtes à Vientiane, à Nakhon Si Thammarat, à Pegu et à Luang Pralang. Introducteurs du bouddhisme cinghalais et préoccupés de multiplier les œuvres pies, ses successeurs, souvent aux prises avec des troubles intérieurs, ne seront guère en mesure de résister au royaume d'Ayuthia, fondé en 1350. Ses souverains d'abord réduits au rôle de gouverneurs héréditaires (1378), Sukhothai sera définitivement annexé en 1438.

   Contemporain de Rama Kamheng, Mangrai (1237-1317), héritier des princes de Ngön Yang (aujourd'hui Chieng Sen), indépendants dès le XIe s. sans doute, crée un autre royaume thaï, le Lan Na, ou royaume de Chiangmai. Fondateur de Chiangrai (1262), il conclut en 1287, devant la menace mongole, un pacte d'amitié avec Rama Kamheng et le prince de Payao, première tentative en vue d'une union qui ne sera réalisée que bien plus tard. Après s'être emparé de Lamphun (1292), capitale du royaume môn de Haripunjaya, il fonde en 1296 Chiangmai (la « Ville nouvelle »), capitale d'un royaume qui, en dépit de luttes presque incessantes avec ses voisins à partir du XVe s., conservera son indépendance jusqu'en 1773, une relative autonomie jusqu'en 1874 et l'originalité de sa culture pratiquement jusqu'à nos jours.

   Dans le bassin du Ménam, les contrées le plus longtemps soumises au pouvoir d'Angkor recouvrent, elles aussi, leur indépendance (Lopburi, 1289), tout en passant sous l'autorité thaïe. Vers 1347, le prince d'U Thong fonde, dans une île du Ménam, Ayuthia, dont il va faire sa capitale en 1350, lors de son couronnement sous le nom de Ramadhipati. Il se préoccupe aussitôt de recueillir l'héritage politique d'Angkor (avec laquelle il entre en lutte dès 1351) et d'imposer sa suzeraineté à ses voisins.

   Si la prise d'Angkor (1431) met fin à la puissance khmère et si le royaume de Sukhothai disparaît sept ans plus tard, les entreprises contre le Lan Na n'ont que des résultats incertains. Après 1488 (prise de Tavoy), les rivalités avec la Birmanie, favorisées par des troubles dynastiques, deviennent la source de conflits incessants, aboutissant à la prise d'Ayuthia et à la capture du roi (1569). La libération est l'œuvre de Naresuen (1590-1605), qui l'emporte sur les Birmans à Nong Sarai (1592).

   Le XVIIe s. est marqué par le développement des rapports avec les puissances étrangères, qu'annonçaient déjà les traités conclus en 1516 avec le Portugal et en 1598 avec l'Espagne : ambassade à la cour de Hollande (1608), liens avec le shogun, relations avec l'Angleterre (1612). Le règne de Narayana (Phra Narai, 1657-1688), sous l'influence de l'aventurier grec Constantin Phaulkon (vers 1647-1688), promu surintendant du commerce extérieur, est dominé par le rapprochement avec la France et l'échange d'ambassades avec Louis XIV. À la mort de Phra Narai, une réaction nationaliste marque le déclin des relations avec l'Occident, qui ne reprendront qu'au XIXe s.

   Occupée par des campagnes au Cambodge et les problèmes résultant des pressions du Viêt Nam sur le Laos et le Cambodge, la première moitié du XVIIIe s. n'en est pas moins l'une des plus brillantes et des plus prospères de l'histoire d'Ayuthia. Pourtant, une nouvelle attaque de la Birmanie (1759) aboutit à la prise et au sac d'Ayuthia (1767), désastre dont le Siam semble ne pas devoir se relever. La libération et la renaissance, extrêmement rapides, sont l'œuvre des généraux Phya Tak (ou Taksin) et Phya Chakri. Le premier, qui a choisi Thonburi pour capitale en 1767, achève la reconquête dès 1770, le Lan Na devenant vassal en 1775. Le second rétablit la suzeraineté sur le Cambodge, occupe Vientiane (1778) et contrôle Luang Prabang. En 1781, rentrant du Cambodge pour mettre fin aux désordres causés par la folie de Phya Tak, il est couronné à Bangkok, nouvelle capitale, sous le nom de Rama Ier (1782).

Ouverture à l'Occident et modernisation (1782-1932)

Les règnes de Rama Ier (1782-1809) et de Rama II (1809-1824) sont tout entiers consacrés à la restauration matérielle et culturelle du royaume ainsi qu'à la consolidation de ses frontières, tandis que se renouent les relations commerciales avec l'Occident. La tendance se confirme sous Rama III (1824-1851), avec la signature de traités de commerce et le début de la modernisation (introduction de l'imprimerie, 1835). Au milieu du XIXe s., le Siam est à l'apogée de sa puissance : possédant les provinces septentrionales du Cambodge et le royaume de Vientiane, suzerain des royaumes du Lan Na, de Luang Prabang et de Champassak, des sultanats du nord de la Malaisie, il partage avec le Viêt Nam, depuis 1847, la suzeraineté du Cambodge, qu'il avait perdue en 1813. Rama IV, ou Mongkut (1851-1868), frère et successeur de Rama III, tout en multipliant les traités avec l'Europe, sait préserver l'indépendance du Siam, le faire prudemment bénéficier des idées nouvelles et réformer la religion bouddhique (secte Thammayut). Son fils, Rama V, ou Chulalongkorn (1868-1910), est un novateur : abolition de l'esclavage (1905), réforme de la justice, création des chemins de fer, des postes et télégraphes, etc. Les rectifications de frontières avec l'Indochine française (1893, 1907) puis avec la Fédération de Malaisie (Federated Malay States) [1909] entraînent des pertes territoriales. Rama VI ou Vajiravudh (1910-1925) range le Siam aux côtés des Alliés dans la Première Guerre mondiale (1917) et entreprend d'obtenir la renonciation des nations européennes au privilège d'exterritorialité qui leur a été accordé sous Rama IV. Son frère Rama VII, ou Prajadhipok (1925-1935), lui succède : il sera le dernier souverain absolu du Siam.

   Aux prises avec des difficultés financières et économiques, tentant d'ébaucher un régime représentatif, il ne peut empêcher la montée du mécontentement des cadres de l'Administration et de l'armée, et, en juin 1932, durant un séjour aux États-Unis, un coup d'État de Pridi Phanomyong, juriste formé en France, l'oblige à octroyer une Constitution instituant le régime parlementaire.

Monarchie constitutionnelle et pouvoir militaire (1932-1948)

La Constitution promulguée le 10 décembre 1932 instaure un régime de monarchie constitutionnelle et parlementaire, mettant fin à la monarchie absolue et au « régime des princes ». Les auteurs du coup d'État de juin sont divisés en deux tendances : les militaires conservateurs et les « socialistes » de Pridi Phanomyong. Leur relation (rivalité-coopération) domine une vie politique instable. Le roi Rama VII préfère abdiquer (1935), et le jeune âge de son successeur, Ananda Mahidol (Rama VIII) [1935-1946], laisse la voie libre aux luttes de pouvoir. Assez vite, le renforcement des « promoteurs » militaires fait reculer les préoccupations démocratiques ; Pridi Phanomyong, ministre des Affaires étrangères en 1937, rétablit la souveraineté douanière et judiciaire que des « traités inégaux » avaient aliénée en faveur des puissances européennes.

   En décembre 1938, le major Pibul Songgram devient Premier ministre et engage une politique « panthaïe » nationaliste, expansionniste et raciste (antichinoise). Le Siam prend le nom de Thaïlande en 1939. En 1941, Pibul Songgram entraîne son pays, initialement neutre, dans la guerre aux côtés du Japon. Il reçoit une partie du Laos et du Cambodge, le nord de la Malaisie et les États chans de Birmanie. Mais, à Washington et à Londres, le mouvement Free Thai (« Thaïs libres ») de Seni Pramoj et, sur place, le réseau de Pridi Phanomyong, alors régent, organisent la résistance. Celle-ci, grâce à ses prises de contacts avec les Alliés à partir de 1944, permet à la Thaïlande de ne pas être traitée en ennemie par les États-Unis après la capitulation japonaise (août 1945). La fin de la guerre ramène Pridi Phanomyong au pouvoir et les territoires annexés sont restitués en 1946.

   Les difficultés économiques, la mort mystérieuse du jeune roi Rama VIII (juin 1946), à qui succède son frère, Bhumibol Adhulyadej (Rama IX), écartent Pridi Phanomyong (août 1946) et favorisent le retour au pouvoir de Pibul Songgram (avril 1948).

Les dictatures militaires (1948-1972)

Marquée par une série de coups d'État, la vie politique s'assimile de plus en plus à la lutte de clans militaro-bureaucratiques. Autoritaire et anticommuniste, le régime de Pibul Songgram obtient des États-Unis, à partir de 1950, une aide qui consolide l'armée et la police et leur permet de briser une révolte de la marine en 1951. Le boom économique de la guerre de Corée associe le pouvoir militaire à la bureaucratie, à la nouvelle bourgeoisie et à la minorité chinoise. L'adhésion au traité de Manille (8 septembre 1954) et l'installation du siège de l' (Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est (O.T.A.S.E.) à Bangkok officialisent l'entrée de la Thaïlande dans le camp occidental. Pibul Songgram cherche à donner une apparence démocratique au régime en autorisant les partis politiques, mais les élections de 1957, très manipulées, sont une caricature.

   En septembre 1957, le maréchal Sarit Thanarat écarte Pibul Songgram, et, après quelques vicissitudes, assume lui-même le pouvoir le 20 octobre 1958. Dictateur paternaliste, il restaure l'autorité de la monarchie, comme source de la légitimité gouvernementale. Il encourage les fonctions représentatives du roi Rama IX dans le pays et à l'étranger, lui laissant retrouver popularité et prestige. Il entreprend de moderniser la vie économique et sociale du pays et favorise l'émergence d'entrepreneurs thaïlandais. À sa mort (décembre 1963), on découvre d'importants détournements de fonds publics, mais le scandale est vite oublié.

   Ses successeurs, les généraux Thanom Kittikachorn et Prapas Charusathien, poursuivent sa politique anticommuniste et proaméricaine, mais sans le même succès. Le développement économique est favorisé par l'aide des États-Unis, qui, engagés dans la guerre du Viêt Nam, ont un besoin croissant du soutien thaïlandais. Les infrastructures sont développées (irrigation, électrification, routes), l'accès à l'éducation est renforcé, les investissements étrangers (japonais), encouragés. Le taux de la croissance économique dépasse 8 %, mais celle-ci est inégalement répartie, et des efforts spéciaux sont entrepris pour le Nord-Est défavorisé.

   Engagée toujours plus étroitement dans la lutte anticommuniste aux côtés des Américains (bases aériennes, stationnement de troupes, envoi de troupes au Viêt Nam), la Thaïlande doit affronter des mouvements de guérilla communistes et séparatistes au nord, au nord-est et au sud, encouragés depuis la Chine par un « Front patriotique thaïlandais » constitué fin 1964.

   En 1968, cherchant à élargir sa base politique, Thanom Kittikachorn engage une prudente libéralisation, et il y met fin dès 1971. La perspective d'un désengagement américain au Viêt Nam, le rapprochement des États-Unis avec la Chine augmentent les incertitudes que vient aggraver la fin du boom économique. La Thaïlande, membre fondateur en 1967 de l'ASEAN (ou A.N.A.S.E., Association des nations de l'Asie du Sud-Est), soutient sa déclaration du 27 novembre 1971, réclamant de neutraliser l'Asie du Sud-Est. Mais le régime militaire a lassé par sa corruption et son incapacité à résoudre les problèmes du pays.

La « révolution démocratique » (1973-1976)

Les étudiants des universités de Bangkok, renforcés par l'essor démographique et le progrès économique, mais inquiets pour leurs débouchés, lancent en 1972 des manifestations contre la domination économique japonaise. Politisé, leur mouvement parvient à renverser la dictature, au prix de nombreux morts : Thanom Kittikachorn et Prapas Charusathien, privés du soutien de l'armée et du roi, quittent le pays (octobre 1973).

   L'expérience démocratique dure trois ans. Le Premier ministre, nommé par le roi, est Sanya Dharmasakti, recteur de l'université de Bangkok. Les étudiants militent contre les inégalités sociales ; des syndicats ouvriers et paysans se créent ainsi que des partis politiques. Suite à l'adoption d'une nouvelle Constitution qui renforce les pouvoirs du roi et du Parlement, des élections législatives ont lieu en janvier 1975, mais ne dégagent pas de majorité cohérente. La gauche démocratique est divisée : le gouvernement de Kukrit Pramoj (parti d'Action sociale) organise de nouvelles élections (avril 1976), celui de Seni Pramoj (parti démocrate) s'étant montré incapable d'endiguer les désordres et les grèves. En octobre 1976, le mouvement étudiant, qui a perdu l'appui du roi et de l'armée, est écrasé par les forces de droite.

Le retour du pouvoir militaire (1976-1988)

Le chef de la junte militaire, l'amiral Sangad Chaloryu, prend alors le pouvoir et place Thanim Kraivichien à la tête du gouvernement. Le roi promulgue une nouvelle Constitution (22 octobre 1976) de type autoritaire. La sévère répression – loi martiale, censure, interdiction des partis, arrestations – menée par le gouvernement Thanim Kraivichien pousse de nombreux étudiants et syndicalistes à fuir pour se rallier au mouvement communiste. Le 11 novembre 1977, l'armée reprend le pouvoir par un coup d'État : le général Kriangsak Chamanand devient Premier ministre et instaure une politique plus libérale. Démissionnaire, il est remplacé, en mars 1980, par le général Prem Tinsulanond, commandant en chef de l'armée de terre, proche du roi et réputé pour son honnêteté.

   L'aggravation de la situation régionale devient alors la question prioritaire. En 1975, la victoire communiste en Indochine avait été suivie de l'établissement par Bangkok de relations diplomatiques avec la Chine la même année et de la fermeture des bases américaines (1976). L'invasion vietnamienne du Cambodge (janvier 1979) provoque un afflux difficilement maîtrisable de réfugiés et place la Thaïlande « en première ligne ». Face à ce danger, Bangkok se rapproche des États-Unis et de la Chine et cherche le soutien de ses partenaires de l'ASEAN. Une attaque ponctuelle du Viêt Nam à la frontière thaïlandaise (juin 1980) resserre les rangs. Une pression diplomatique continue au niveau international vise à forcer Hanoi à se retirer du Cambodge. Toutefois, l'armée et les milieux d'affaires vendent avec profit des fournitures aussi bien aux réfugiés qu'aux Khmers rouges et à leurs alliés nationalistes. La coopération militaire avec les États-Unis est reprise dès 1985. La sécurité intérieure est rétablie fin 1982, quand le parti communiste thaïlandais, abandonné par la Chine, accepte une amnistie et abandonne la lutte armée.

   Le régime de Prem Tinsulanond, un des plus stables que la Thaïlande ait connus, favorise la reprise économique en rassurant les investisseurs étrangers. Le secteur industriel, l'agroalimentaire, le bâtiment se développent, entraînant le renforcement des classes moyennes. Sur le plan politique, il cherche une formule constitutionnelle qui renforce les partis sans qu'ils soient incontrôlables et qui permette à l'armée de se mettre en retrait tout en maintenant ses intérêts. Prem résiste victorieusement à deux tentatives de coups d'État avril 1981, septembre 1985), émanant de jeunes-turcs réclamant pour l'armée un rôle plus dynamique. Les élections de juillet 1986 renforcent le régime démocratique, où l'armée, qui garde une grande influence, s'habitue à cohabiter avec le pouvoir civil.

Le retour au système parlementaire (depuis 1988)

Après les élections législatives anticipées de juillet 1988, le général Chatichai Choonhavan, chef du parti Chart Thai, qui représente les milieux d'affaires, forme le nouveau gouvernement de coalition. C'est la première fois depuis 1976 que le chef du gouvernement est un élu. Chatichai Choonhavan s'emploie prioritairement à stimuler davantage l'essor économique. Opérant un virage complet, il déclare vouloir transformer l'Indochine « de champ de bataille en champ d'échanges commerciaux », la Thaïlande en devenant le pôle de développement. Il règle le conflit frontalier avec le Laos, se rapproche de la Birmanie (dont le bois sera importé), renoue avec le Cambodge de Hun Sen et avec le Viêt Nam, qui évacue le Cambodge en septembre 1989. Mais l'affairisme et la corruption du régime lui nuisent, et ses relations avec l'armée se tendent.

   Le 23 février 1991, l'armée fait un coup de force, mais désigne un Premier ministre civil, Anand Panyarachun, qui sait inspirer confiance en poursuivant la libéralisation économique et en menant réformes et grands projets. La junte consolide sa position grâce à une nouvelle Constitution, et, après des élections législatives (mars 1992), le général Suchinda Kraprayoon prend la tête du gouvernement sans avoir été élu. À Bangkok, de violentes manifestations populaires se développent alors pour défendre la démocratie (mai 1992), malgré une répression sanglante. Après intervention du roi, Suchinda Kraprayoon démissionne, Anand Panyarachun rappelé par le roi prenant la tête d'un gouvernement provisoire et sanctionnant les rebelles.

   La victoire du camp démocratique se confirme aux élections législatives de septembre 1992. Chuan Leekpai, chef du parti démocrate, devient Premier ministre. S'il déçoit par un certain immobilisme, il amende la Constitution dans un sens favorable à la démocratie (janvier 1995), avant d'être obligé de dissoudre le Parlement (mai). Les élections de juillet 1995 portent au pouvoir le chef du Chart Thai, Banharn Silpa-Archa, qui privilégie les relations de clientélisme, encourant le blâme du roi et provoquant des manifestations de paysans mécontents (mars 1996). Le Parlement est à nouveau dissous, et les élections de novembre 1996, « les plus sales », permettent au général Chavalit Yongchaiyudh, chef du parti des Nouvelles Aspirations, qui attendait son heure depuis longtemps, de devenir Premier ministre (novembre 1996). Son incapacité à réformer l'économie et le secteur bancaire précipite la catastrophique crise monétaire de l'été 1997, qui l'oblige à démissionner en novembre, complètement déconsidéré, pour céder la place au populaire Chuan Leekpai. Chargé d'assurer un difficile redressement conformément aux conditions fixées par le F.M.I., Chuan Leekpai s'efforce de limiter l'explosion du chômage et de relancer les exportations.

   En octobre 1997, une nouvelle réforme constitutionnelle introduit davantage de démocratie directe dans les institutions. Dans un contexte politique agité (déficit budgétaire, scandales ministériels), mais sur fond de reprise économique, les premières élections sénatoriales au suffrage universel en mars 2000 sont l'occasion d'éprouver les changements constitutionnels. La Commission électorale, conformément à ses nouvelles prérogatives, invalide 78 élus, accusés d'avoir acheté des voix. Des « réformateurs » de la société civile entrent à la Chambre haute, nouveauté dans un pays où dominent le patronage et le clientélisme.

Thaksin Shiwanatra (2001-2006)

Aux élections de janvier 2001, le Thai Rak Thai (« les Thais aiment les Thais », T.R.T.), parti créé en 1998 par le milliardaire des télécommunications, Thaksin Shiwanatra, l'emporte avec une large majorité (248 députés sur 500). Populiste, autoritaire, Thaksin, devenu Premier ministre en février, prétend diriger le pays comme une entreprise et soulève l'espoir de classes moyennes et de paysans frappés par la paupérisation. Certaines mesures (assurance médicale accessible à chacun pour une somme modique, création d'une banque populaire, moratoire sur les dettes du secteur agricole) confortent sa popularité. Mais bien des réformes promises – réforme de l'administration, de l'éducation et du système bancaire et lutte contre la corruption – piétinent. Peu à peu, bien que l'opposition (principalement le parti démocrate) soit très affaiblie, le Premier ministre se voit reprocher son népotisme, son autoritarisme (notamment à l'encontre de la presse et de l'université), sa tentative de supprimer le trafic croissant des stupéfiants par quelque 2 500 exécutions sommaires (février-avril 2004) ; le roi Bhumibol Adulyadej se fait l'interprète mesuré du mécontentement.

   Surtout, le Premier ministre échoue à maîtriser la rébellion armée qui éclate, à partir de janvier 2004, dans trois provinces méridionales à majorité musulmane, Yala, Narathiwat et Pattani. Ces trois provinces limitrophes de la Malaisie sont restées pauvres ; la majorité des 2,3 millions d'habitants ne parlent pas le thaï, une lutte séparatiste y a déjà sévi dans les années 1970 et 1980 ; à partir de janvier 2004, une guérilla organisée et meurtrière (1 100 morts en 2004-2005) frappe postes militaires, écoles et pagodes bouddhistes. Thaksin répond par des mesures répressives (loi martiale, état d'urgence) qui, au fil des mois, n'aboutissent qu'à une tension de plus en plus meurtrière.

   À l'extérieur, la Thaïlande, prenant conscience que la consolidation de la reprise passe par le développement économique de la zone, privilégie la relance de la coopération avec ses voisins, au travers notamment de l'ASEAN. Les relations sino-thaïlandaises s'améliorent nettement, mais des tensions opposent la Thaïlande à la Birmanie (soutien thaïlandais aux Karens insurgés de Birmanie), au Cambodge et au Laos (délimitation des frontières). En 2001 et 2002, Thaksin se rend chez ses voisins (Laos, Cambodge, Birmanie, Brunei, Singapour, Philippines, Indonésie) pour aborder avec eux la lutte contre l'immigration clandestine et contre la drogue et la coopération économique. En visite en Chine (août 2001), au Japon et en Inde, il cherche des accords de libre-échange bilatéraux, favorables aux exportations thaïlandaises. Fidèle alliée des États-Unis, la Thaïlande envoie des troupes en Afghanistan, coopère avec Washington pour capturer, en août 2003, Hambali, membre de la Jemaah Islamiyah, un réseau islamiste asiatique proche d'al-Qaida, et s'engage en Iraq aux côtés des Américains. En 2004, un accord de libre-échange commercial bilatéral est négocié.

   Espérant faire de la Thaïlande le leader d'Asie du Sud-Est et être lui-même le successeur d'un Lee Kuan Yew et d'un Mahathir bin Mohamad, Thaksin relance l'idée d'une coopération monétaire régionale et favorise la création d'une nouvelle entente, le Dialogue de Coopération asiatique qui réunit les pays de l'ASEAN, la Chine, la Corée du Sud, le Japon, l'Inde, le Pakistan, le Bangladesh et des émirats du Moyen-Orient (2002). Dans le même esprit, il crée également la Coopération économique des pays du Mékong. En octobre 2003, le sommet de l'APEC se tient à Bangkok.

   Aux élections législatives de février 2005, le T.R.T. remporte 377 sièges sur 500 grâce à sa popularité rurale. Mais, à partir de la fin 2005, des manifestations se multiplient à Bangkok pour demander la démission de Thaksin, accusé de tyrannie et de prévarication. Ce dernier décide de dissoudre le Parlement et de tenir des élections anticipées le 2 avril 2006. Avec plus de 10 millions de votes d'abstention, le rejet électoral est massif. Après avoir nié sa défaite puis s'être retiré le 5 avril, Thaksin reprend de facto les rênes du pouvoir fin mai. La Cour constitutionnelle invalide les élections du 2 avril et exige la tenue d'un nouveau scrutin. Le 9 juin, la célébration du 60e anniversaire de l'accession au trône du roi Rama IX – évènement fastueux, à l'ampleur inversement proportionnelle à la crise politique ambiante – retient cependant l'attention de plusieurs milliers de Thaïlandais venus sur la place Royale écouter le discours du roi prônant l'unité. En juin et septembre, la recrudescence des attentats dans les provinces méridionales fait craindre la participation d'éléments islamistes extérieurs à la guérilla. Cette situation attise les tensions entre le Premier ministre et la hiérarchie militaire, qui réclame une nouvelle politique pour le Sud et se prépare à prendre le pouvoir.

Crise institutionnelle

À la faveur d'un coup de force, l'armée renverse T. Shinawatra le 19 septembre, sans effusion de sang et avec l'assentiment explicite du roi. La junte militaire abroge la Constitution, décrète la loi martiale et s'engage à restituer le pouvoir au peuple thaï dès que possible. Fin mai, elle dissout le T.R.T. et annonce une politique de réconciliation avec le Sud insurgé.

   Onze mois après sa prise du pouvoir, le 19 août 2007, la junte invite les électeurs à adopter par référendum (le premier jamais organisé dans le pays) une nouvelle Constitution garantissant qu'aucune formation politique ne viendra à l'avenir empiéter sur les prérogatives de l'élite traditionnelle – administration, armée, regoupées autour du Palais royal. L'approbation mitigée de la nouvelle Loi fondamentale par les Thaïlandais (57 % de « oui » contre 41 % de bulletins négatifs) apparaît comme une victoire en demi teinte pour la junte. Davantage, les élections législatives du 23 décembre, largement remportées par le parti du Pouvoir du peuple (P.P.P.) au sein duquel se sont regroupés les alliés de Thaksin Shinawatra et qui obtient 228 des 480 sièges du Parlement, révèlent l'échec de la junte à abolir les divisions régionales et sociales de la politique thaïlandaise : le P.P.P., qui promet un retour aux politiques populistes de Thaksin Shinawatra, apparaît largement vainqueur dans les provinces du Nord à majorité rurale et défavorisée, bastion de l'ex-Premier ministre renversé ; en revanche, l'enracinement du parti démocrate (qui obtient 166 députés) se confirme à Bangkog, où prédomine une nouvelle classe moyenne urbaine, ainsi que dans le Sud. Samak Sundarajej, 72 ans, personnalité d'extrême droite proche de Thaksin, est élu Premier ministre par le Parlement le 28 janvier 2008. Le 7 février, la junte rend le pouvoir aux civils.

   À peine installé, le gouvernement Samak Sundaravej, composé en grande partie de proches de Thaksin, est aussitôt critiqué par le Parlement et l'opposition, qui lui reprochent d'être l'homme lige de son prédécesseur. En juin 2008, à l'appel de l'Alliance du peuple pour la démocratie (PAD) – un regroupement d'éléments nationalistes et traditionalistes –, 100 000 Thaïlandais manifestent dans les rues de Bangkok pour réclamer la démission du Premier ministre accusé d'avoir échoué à résoudre la crise économique et favorisé le retour en février de l'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra après un exil volontaire de dix-sept mois.

   En août, le départ inopiné à Londres de ce dernier et de son épouse, Pojaman Shinawatra, afin d'échapper à la justice, et l'émission par la Cour suprême d'un mandat d'arrêt à leur encontre, focalisent brièvement l'attention mais les tensions demeurent et éclatent en crise ouverte le 26 août, lorsque des milliers de manifestants assiègent le siège du gouvernement à Bangkok, exigeant la démission de Samak Sundaravej. Ce dernier décrète l'état d'urgence dans la capitale. Bien qu'ayant proposé un référendum offrant aux électeurs la possibilité de choisir entre le gouvernement au pouvoir et la PAD, il est démis de ses fonctions par la Cour constitutionnelle le 9 septembre. Le beau-frère de Thaksin, Somchai Wongsawat (P.P.P.), qui assure l'intérim, lève l'état d'urgence et se fait élire Premier ministre grâce au soutien de 298 des 466 députés devant le leader de l'opposition, Abhisit Vejjajiva (163 voix). En décembre, la Cour constitutionnelle ordonne la dissolution du P.P.P. pour fraude électorale et interdit à Somchai Wongsawat d'exercer toute activité politique pendant cinq ans. Par 235 voix contre 198, le Parlement élit Abhisit Vejjaviva, le chef du parti démocrate, au poste de Premier ministre. Dès avril 2009, les partisans de l'ex-Premier ministre déchu Thaksin Shinawatra, les « chemises rouges », réclament sa démission et défient le gouvernement.

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