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Louis XIV

Louis XIV par Rigaud
Louis XIV par Rigaud

(Saint-Germain-en-Laye 1638-Versailles 1715), roi de France (1643-1715), fils de Louis XIII et d'Anne d'Autriche.

1. L'apprentissage du métier de roi

1.1. Une enfance marquée par la Fronde

Héritier longtemps désiré, Louis, né le 5 septembre 1638 au château neuf de Saint-Germain-en-Laye, devient roi à cinq ans, à la mort de son père, Louis XIII, en 1643. Sa mère, Anne d'Autriche, lui préfère son frère cadet Philippe, le futur Monsieur ; délaissé par elle, il grandit solitaire et se renferme de bonne heure sur lui-même. Là est peut-être l'origine de sa méfiance envers les hommes, de son goût du secret, qui sera une des règles de sa politique.

Chassé de sa capitale à l'âge de dix ans par la Fronde parlementaire, traqué avec sa mère par la Fronde des princes sur les routes de France jusqu'en 1652, il en restera profondément marqué ; de là peut-être plus tard sa volonté de brider les parlements, de fixer la résidence royale en dehors de Paris et d'y museler la noblesse.

Une formation précoce à l'art de gouverner…

Cette adolescence agitée et nomade, si elle est néfaste à sa culture livresque, lui apprend à connaître très tôt les hommes et les choses de son royaume. En outre, le cardinal Mazarin, son parrain, investi de la confiance de la reine régente et qui gouverne en son nom de 1643 à 1661, l'a très tôt initié au gouvernement. Dès le 18 mai, soit quatre jours après la mort de son père, Louis XIV a tenu son premier lit de justice (séance royale du parlement), qui a consacré la puissance de la régente, aux dépens de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, et surtout au profit de Mazarin. Celui-ci, nommé le 15 mars 1646 « surintendant au gouvernement et à la conduite du roi », lui enseigne donc les intrigues européennes, l'art d'acheter les consciences et de gouverner, le rôle, enfin, des mariages diplomatiques.

… et à l'art militaire

Le marquis de Villeroy, le gouverneur du jeune roi, est chargé de lui inculquer l'art militaire, tandis que ses différents confesseurs, issus des jésuites, lui transmettent leur hostilité au jansénisme. Son premier précepteur est Hardouin de Péréfixe, qui se consacre particulièrement à apprendre l'histoire de France au jeune roi, et cherche à lui donner le goût des classiques, à travers, par exemple, les Commentaires sur la conquête des Gaules, de Jules César.

Dès 1646, le roi s'initie à l'ambiance de la guerre au camp militaire d'Amiens, qui est alors l'un des lieux de rassemblement, avec Compiègne, de l'armée en campagne ; par la suite et jusqu'en 1693, Louis XIV passera une importante partie de son temps aux armées : de deux à trois mois par an en moyenne, et jusqu'à cinq mois durant la seule année 1673.

1.2. Sous l'égide de Mazarin

La majorité du roi est proclamée le 7 septembre 1651, alors que des états généraux sont convoqués pour le lendemain à Tours – cette promesse a pour but de calmer les gentilshommes frondeurs, et la proclamation de la majorité du roi vise à empêcher son oncle Gaston d'Orléans ou le prince de Condé de chercher à s'emparer de la régence. En réalité, Mazarin, depuis son exil en Allemagne, continue à diriger le roi et le Conseil de régence grâce à Anne d'Autriche.

Un jeune roi averti et méfiant

Quand il peut rentrer dans Paris enfin calme, en octobre 1652 – il est âgé alors de quatorze ans –, Louis XIV fait arrêter l'intrigant cardinal de Retz avant même le retour de Mazarin, annonçant ainsi le style de gouvernement autoritaire et déterminé qui va être le sien. Louis retire de ces épreuves la conviction que l'autorité monarchique ne peut se partager avec les nobles les plus en vue, tandis qu'il conservera sa confiance aux serviteurs loyaux de Mazarin – qui étaient le plus souvent des personnages issus de la petite noblesse ou de grands bourgeois anoblis depuis peu.

Cette confiance réservée à quelques serviteurs dévoués – Michel Le Tellier, Hugues de Lionne, Nicolas Fouquet (vite écarté par Colbert), Louvois, puis, sur la fin du règne, Chamillart ou Villeroy – sera néanmoins assortie d'une méfiance universelle et d'un goût prononcé de la dissimulation.

Après le retour de Mazarin à Paris (3 février 1653), Louis XIV laisse son parrain diriger les affaires de l'État, même s'il s'y intéresse de plus en plus, convaincu qu'un roi n'est pas fait que pour régner mais également pour gouverner. Il est sacré à Reims le 7 juin 1654.

L'Espagne, enjeu du mariage de Louis XIV

Malgré l'amour de son élève pour sa propre nièce, Marie Mancini, le cardinal impose à Louis XIV d'épouser l'infante d'Espagne Marie-Thérèse. Couronnement de sa politique, qui triomphe en 1659 au traité des Pyrénées, la paix avec l'Espagne – avantageuse pour la France qui reçoit l'Artois et le Roussillon – est scellée par le mariage célébré le 9 juin 1660 à Saint-Jean-de-Luz.

Longuement négociées à partir de 1658, les clauses comprennent la renonciation par Marie-Thérèse à ses droits éventuels sur la succession espagnole, avec, en outre, le paiement, par l'Espagne, d'une dot d'un demi-million d'écus d'or, somme énorme que l'Espagne ne pourra pas payer. Ainsi, dès son mariage, un axe fondamental de la politique extérieure de Louis XIV – l'affrontement avec l'Espagne – est-il tracé par Mazarin.

2. Le monarque absolu

2.1. Un roi qui règne et gouverne par lui-même

À la mort du cardinal Mazarin, en 1661, Louis XIV décide de gouverner par lui-même – une exception dans l'Europe d'alors, où ministres et favoris gouvernent au nom des rois. Il élimine d'un coup le surintendant des Finances, Fouquet, accusé de prévarication (manquement aux obligations de sa charge), et donne sa confiance à Colbert, que Mazarin lui a recommandé.

« L'oint du Seigneur »

De 1661 à 1715, cette volonté de gouverner par lui-même ne se relâchera jamais. Louis XIV exerce ce qu'il appelle le « métier de roi » avec la conscience – puisée dans la conviction profonde de ses devoirs envers Dieu, des devoirs de ses sujets envers lui – d'être l'« oint du Seigneur », le représentant de Dieu sur terre. Il écrira dans ses Mémoires :« Ce qui fait la grandeur et la majesté des rois n'est pas tant le sceptre qu'ils portent que la manière de le porter. C'est pervertir l'ordre des choses que d'attribuer la résolution aux sujets et la déférence au souverain. C'est à la tête seule qu'il appartient de délibérer et de résoudre et toutes les fonctions des autres membres ne consistent que dans l'exécution des commandements qui leur sont donnés. »

Le champion de l'absolutisme

L'essence de sa doctrine politique, l'absolutisme, auquel Richelieu et Mazarin avaient préparé la voie et dont Louis XIV est le champion, est contenue dans les réflexions qu'il formule dans ses Mémoires. Elles expliquent sa politique étrangère brutale, son orgueil, son égoïsme, ses erreurs tragiques, telles la révocation de l'édit de Nantes ou la persécution des jansénistes, avec la prétention d'imposer sa loi aux consciences mêmes de ses sujets.

Pareillement, elles font comprendre pourquoi le roi sera toute sa vie un travailleur acharné, passionnément attaché à remplir toutes les charges de son « métier », à en goûter tous les plaisirs aussi. Il sera aidé par sa constitution particulièrement robuste, qui était capable de résister à tous les excès, ceux du travail, de la chasse, de la table, de l'amour, de la maladie. En cela, Louis XIV ressemble plus à son grand-père Henri IV qu'à son père Louis XIII.

Le roi et ses favorites

De son aïeul, Louis XIV a le tempérament amoureux. Ses maîtresses sont en effet nombreuses : Louise de Lavallière, Françoise de Montespan, Marie-Angélique de Fontanges ne sont que les plus célèbres et les plus durables de ses innombrables passions. Il comblera de biens ses différents bâtards, qu'il légitimera, surtout les deux fils de Mme de Montespan, le duc du Maine et le comte de Toulouse ; il prendra soin, en outre, de les marier à sa descendance légitime (Louis XIV eut six enfants de la reine, dont seul survécut Louis, dit le Grand Dauphin). Ainsi, il obligera son neveu Philippe d'Orléans, à épouser Mlle de Blois, fille de Mme de Montespan, ou bien une petite-fille du Grand Condé à s'unir au duc du Maine. Mais l'influence des maîtresses sur les affaires du royaume est à peu près nulle, de par la volonté même du roi.

Madame de Maintenon, qu'il a épousée secrètement en 1683, après la mort de la reine Marie-Thérèse, joue néanmoins un rôle discret à la fin de sa vie, assistant par exemple aux réunions particulières du roi avec ses ministres ou avec les ambassadeurs étrangers. Il est probable qu'elle a influencé le roi en lui recommandant certains gentilshommes – ainsi, le maréchal de Villeroy, ou Daniel Voysin, qui devint chancelier en 1714.

Imbu de la grandeur de son rôle

C'est toujours le roi et non l'homme privé qui s’impose, au point que l'homme s'estompe et disparaît derrière le Roi-Soleil, toujours en représentation et contraint par le cérémonial de l'étiquette, héritage maternel d'ailleurs plus dans la tradition espagnole que française.

Est-ce l'effacement de l'individu derrière le personnage royal qui a empêché l'histoire de rendre justice à Louis XIV ? Il faut sans doute faire l'effort de replacer le personnage dans son époque et de le comprendre en fonction d'un univers mental si différent du nôtre. Si certains l'ont louangé exagérément, d'autres en ont fait le type du monarque absolu, tyrannique, égoïste et soucieux de sa seule gloire, Louis XIV ne fut pas si différent des autres souverains de son temps, mais, à cause de la force de son royaume, de l'exceptionnelle pléiade de génies qui illustrent son règne, du sentiment particulièrement aigu aussi qu'il avait de la grandeur de son rôle, il accentua seulement – certes jusqu'au paroxysme – l'absolutisme. Tendance politique qui est celle de l'époque, des Provinces-Unies de Guillaume d'Orange à l'Angleterre des Stuarts ou au Brandebourg du Grand Électeur allemand.

Fidèle à la tradition de roi thaumaturge, Louis XIV pratiqua le toucher des écrouelles (ces lésions cutanées que les rois de France étaient censés guérir par attouchement), et fut même l'un des rois qui le pratiqua le plus.

2.2. Le Roi-Soleil

Un cérémonial quotidien parfaitement réglé

Louis XIII avait voulu poser une distance entre lui-même d'une part, sa noblesse et son peuple d'autre part. Louis XIV introduit à l'inverse un cérémonial complexe, qui permet à chacun de voir le roi. La seule condition pour approcher la personne royale est de respecter un ordre de préséance précis et un cérémonial régulier, que la cour de France n'avait jamais connus auparavant, même au temps d'Henri III.

Tout, dans la vie quotidienne du Roi-Soleil, est parfaitement réglé, voire minuté. Le roi se lève vers huit heures et demie, et les courtisans pouvent alors assister au petit lever, puis au grand lever. De neuf heures et demie à midi, le roi se consacre au Conseil, puis il va entendre la messe, et va ensuite « dîner ». Après le repas, le roi prend quelques instants de repos, se promenant dans ses jardins, puis l'après-midi est de nouveau consacrée aux affaires. Certains soirs, le roi reçoit ses courtisans à partir de dix-neuf heures, puis il soupe vers vingt heures, pour se coucher vers minuit, après le rituel du grand coucher et du petit coucher, qui s'achève vers minuit et demie, voire une heure du matin.

Le soleil de Versailles

Au château de Versailles, la chambre du roi occupe le centre du bâtiment, et se situe au départ des axes qui s'ouvrent du château vers Versailles. Les appartements des princes royaux, princes du sang, puis des autres membres de la noblesse sont assignés en fonction de la place de chacun dans la hiérarchie royale. Dans son château, Louis XIV est à la fois le Soleil, donc Apollon – le rythme du lever et du coucher du roi semblant régler la course de l'astre –, et Jupiter à l'image de certaines représentations de la galerie des Glaces dans lesquelles un Louis-Jupiter guerrier brandit la foudre et écrase ses ennemis.

Les fastes de la Cour

Le règne du Roi-Soleil est marqué par de nombreuses fêtes, au cours desquelles le souverain exhibe les fastes de sa cour. Ainsi, du 6 au 13 mai 1664, au château de Versailles, qui n'est alors qu'une « maison de campagne » (ancien rendez-vous de chasse de son père), Louis XIV fait donner les fêtes des « Plaisirs de l'île enchantée », au cours desquelles sont représentés plusieurs ballets, pièces de théâtre (dont les Fâcheux et le Mariage forcé, de Molière) et autres amusements marqués par la magnificence royale.

En 1698, le roi organise pour son petit-fils, le duc de Bourgogne, une fête militaire à Compiègne, qui dure vingt-cinq jours (et coûte environ seize millions de livres). Il s'agit à la fois d'instruire le duc de Bourgogne et de proclamer la gloire du roi un an après les traités de Ryswick. La Cour tout entière doit jouer de véritables réceptions pour les personnages importants, chacun y tenant un rôle qui est d'abord fonction de son rang, le roi y compris.

2.3. Le mécénat royal

On ne saurait énumérer ici toutes les gloires littéraires, artistiques ou scientifiques du règne de Louis XIV, mais il faut s'interroger sur l'action personnelle du roi et de son gouvernement dans ce domaine.

Le règne de la censure

Il y a d'abord, moins connu, tout un aspect négatif du gouvernement des esprits, semblable à ce qui se passe dans toute l'Europe d'alors, à l'exception toutefois des Provinces-Unies et de l'Angleterre d'après 1688.

La politique suivie à l'égard de l'édition en est révélatrice. Les imprimeurs sont réduits en nombre pour rendre leur surveillance plus facile, puis, en 1666, une censure impitoyable et tatillonne s'exerce, les écrivains coupables sont frappés d'amendes, d'emprisonnement, de bannissement ou de galères. Le remarquable, malgré ces mesures répressives, c'est la magnifique floraison littéraire du règne.

Le roi, seul mécène

Dans tous les domaines, le roi veut être le seul mécène. Colbert, en qualité de surintendant des Bâtiments, le seconde dans cette tâche. En 1671, Louis XIV loge l'Académie française chez lui, dans son Louvre, et en devient le protecteur. Académie royale de peinture et sculpture avec Le Brun comme directeur, Académie royale d'architecture, dont le roi nomme lui-même les membres, Académie de France à Rome sont créées ou refondues durant les dix premières années du règne.

Écrivains et artistes

Louis XIV pensionne les artistes. Molière, dont il impose le Tartuffe contre l'Église et les dévots, lui doit presque tout. Racine est son historiographe (chargé d'écrire officiellement l'histoire du souverain), et le roi finit par autoriser La Fontaine, qu'il n'aime pas, à entrer à l'Académie française. Passionné de musique et de ballets, il donne à Lully pleins pouvoirs en matière musicale.

Louis XIV fait en tous domaines aussi bien appel à des étrangers de talent, qu'il comble de biens ; ainsi des sculpteurs italiens comme le Bernin ou Filippo Caffieri. Il appelle en outre une quantité d'étrangers, surtout italiens (les verriers vénitiens) ou flamands, qui travaillent en sa Manufacture royale des meubles de la Couronne en 1667.

Architectes

Certes, Louis XIV bénéficie de l'extraordinaire foule de génies qui illustrent le début de son règne, et qui sont un héritage de Mazarin et de Fouquet (les trois créateurs de Versailles : Le Vau, Le Brun et Le Nôtre, sont ceux qui avaient construit le château de Vaux-le-Vicomte). Mais il a le mérite de poursuivre ce mécénat en soutenant de son autorité et de ses deniers les plus grands talents de son temps.

L'art royal par excellence, l'architecture, donne un de ses chefs-d'œuvre sous Louis XIV. La création de Versailles, malgré l'opposition de Colbert, est imposée et dirigée par le roi. Admirable concert de pierres, de verdure, d'eau et de fleurs, le palais de Versailles et les fêtes splendides qui s'y donnent sont le meilleur ambassadeur du rayonnement français à l'étranger.

Mais Versailles ne doit pas faire oublier d'autres constructions importantes : la colonnade du Louvre conçue par Claude Perrault, l'hôtel des Invalides, les portes Saint-Denis et Saint-Martin, les quais de la Seine, le Trianon et Marly, construit pour lui et ses amis (Versailles l'étant pour ses courtisans) par Jules Hardouin-Mansart, et dont il ne reste plus que le parc et ses pièces d'eau.

Savants et hommes de science

Le roi protège aussi les savants, qui sont regroupés à l'Académie royale des sciences, fondée en 1666. L'Observatoire de Paris, construit en 1667, reste une des plus belles réalisations du règne : il est organisé par Cassini, que Louis XIV fait venir d'Italie et qui est le premier d'une lignée de savants remarquables. Le Hollandais Huygens travaillera à cet Observatoire, où il confirmera, par exemple, les théories d'Olaüs Römer sur la vitesse de la lumière.

Au Jardin des plantes officinales du Roi (actuel Jardin des plantes), où exerce le grand botaniste Joseph Pitton de Tournefort, la circulation du sang à la découverte de laquelle contribue un Français, Jean Pecquet, est enseignée dès 1673.

3. Le roi, la foi, l'Église

« Des intérêts du Ciel, pourquoi vous chargez-vous ? » interroge Molière dans le Tartuffe. En matière de foi, Louis XIV semble avoir hérité de sa mère une piété à l'espagnole, plus formaliste que profonde ; mais cette piété se manifeste assez tard, l'âge venu et sous l'influence de Mme de Maintenon.

Dans les premières années du règne, le jeune souverain, dominé par ses passions et qui soutient le Tartuffe de Molière, fait plutôt songer à un jeune prince quelque peu libertin. Il ne s'est pas moins impliqué pour autant dans les affaires religieuses du royaume dès le début de son règne et celles-ci, occupant une place importante, constituent sans doute l'aspect le plus négatif de sa politique ; en effet, le combat contre le jansémisme et le protestantisme — au nom de l'unité de la foi – est un facteur d'affaiblissement de la cohésion du royaume.

3.1. Le roi contre le pape

Louis XIV affirme son indépendance à l'égard de la papauté et son autorité sur l'Église de France. Entré en conflit avec le pape Innocent XI, en 1673, il fait rédiger par Bossuet la Déclaration des quatre articles (1682) qui érige le gallicanisme en politique d'État. Condamnée par le pape Alexandre VIII en 1691, cette Déclaration sera retirée en 1693, en raison des difficultés extérieures du royaume.

3.2. La lutte contre le jansénisme

Hostile aux jansénistes, Louis XIV les prive de l'abbaye de Port-Royal. Loin de réussir, la lutte du roi contre le jansénisme va faire de la secte persécutée le lieu de rencontre, à la fin du règne, de toutes les oppositions, jusqu'à ce que la bulle Unigenitus (1713) – qui aura de nombreux adversaires – scelle son union avec le gallicanisme parlementaire et antiabsolutiste pour toute la durée du xviiie siècle.

3.3. La révocation de l'édit de Nantes

À l'égard des protestants, Louis XIV adopte une politique tout aussi répressive, qui se manifeste par les dragonnades (mesures de cocercition pour héberger les dragons royaux) et qui culmine, en 1685, par la révocation de l'édit de Nantes. Dès lors le protestantisme n'a plus d'existence légale en France ; il en résultera un exode massif des réformés.

Pour en savoir plus, voir l'article révocation de l'édit de Nantes.

4. La puissance, la gloire et la guerre

Ce qui fut la passion dominante de la vie de Louis XIV est bien connu. Il l'écrit lui-même :« Vous remarquerez toujours en moi la même passion pour la grandeur de l'État, et la même ardeur pour la véritable gloire. » – gloire de son royaume, qui se confondait pour lui avec la sienne propre.

4.1. Trente et une années de guerre

« J'ai trop aimé la guerre. » Ainsi le roi se serait-il exprimé sur son lit de mort. S'il n'est pas certain que le roi ait prononcé ces paroles, en revanche, ses Mémoires ne laissent aucun doute quant à l'attrait de la guerre pour lui. À propos de la possibilité qui s'offrait à lui, en 1665, de déclarer la guerre soit à l'Espagne, soit à l'Angleterre alors en lutte avec les Provinces-Unies, Louis XIV écrit :« J'envisageais avec plaisir le dessein de ces deux guerres comme un vaste champ où pouvaient naître à toute heure de grandes occasions de me signaler ».

Le règne personnel de Louis XIV comprend, en effet, trente et une années de guerres contre vingt-trois années seulement de paix. La réussite qu'était la remise en ordre de l'État par Colbert, durant les dix premières années du règne, n'était, aux yeux du roi, que le moyen de réaliser son rêve de gloire militaire. Ce fut lui seul qui décida vraiment de sa politique extérieure, dont le seul facteur d'unité sera la direction royale orientée vers la grandeur. Louvois lui avait forgé une excellente armée, Colbert une bonne marine, Vauban avait entouré la France d'une admirable ceinture de fortifications. Louis XIV donna au corps unique roupant toutes les formations affectées à sa maison militaire le nom de Maison du roi.

Guerre de Dévolution ou des « Droits de la Reine » (1667-1668)

Contre l'Espagne. Droits de la reine sur le Brabant. Énorme supériorité de la France. Promenade militaire.

Paix d'Aix-la-Chapelle. Restitution de la Franche-Comté à l'Espagne. Les places conquises aux Pays-Bas en 1667 sont conservées.

Pour en savoir plus, voir l'article guerre de Dévolution.

Guerre contre la Hollande et 1re coalition (1672-1678)

Invasion de la Hollande. Résistance inattendue du pays (→ Guillaume d'Orange).
– 1673 : coalition européenne contre la France (Empire, Espagne, Lorraine).
– 1674 : conquête de la Franche-Comté. Victoire de Condé à Seneffe.
– 1675 : en Alsace, admirable campagne d'hiver de Turenne, victorieux à Turckheim.

Paix de Nimègue (1678-1679). Acquisition de la Franche-Comté, du reste de l'Artois, du pays de Cambrai et de Maubeuge.

Pour en savoir plus, voir l'article guerre de Hollande.

Guerre de la ligue d'Augsbourg et 2e coalition (1689-1697)

La politique des réunions commencée dès 1679 par Louis XIV, qui exploite systématiquement les clauses douteuses des traités antérieurs, exaspère l'Europe : réunion des villages dépendant anciennement des Trois-Évêchés, d'Alsace, du pays de la Sarre, de Luxembourg ; surtout, en 1681, réunion de Strasbourg. L'avance turque arrête d'abord la coalition. Mais, en 1683, l'empereur est victorieux au Kahlenberg. En 1686, formation de la ligue d'Augsbourg. En 1688, l'invasion de Cologne et du Palatinat met le feu aux poudres. Coalition de l'Europe entière contre Louis XIV.

Malgré les victoires du duc de Luxembourg à Fleurus (1690), Steinkerque (1692), Neerwinden (1693) et de Nicolas Catinat à La Marsaille (1693), l'équilibre des forces fait durer la guerre.

Paix de Ryswick (1697). Retour aux frontières de 1679. Des « réunions », la France garde seulement Strasbourg. Louis XIV reconnaît Guillaume d'Orange roi d'Angleterre.

Pour en savoir plus, voir l'article guerre de la ligue d'Augsbourg.

Guerre de la Succession d'Espagne (1701-1714)

Par son testament, Charles II d'Espagne lègue ses États au petit-fils de Louis XIV, le duc d'Anjou, qui devient Philippe V. Après des succès initiaux, défaites de Höchstädt (1704), de Ramillies (1706) infligées par le duc de Marlborough. La sanglante bataille de Malplaquet (1709), où Villars et Boufflers s'affrontent au duc de Marlborough et au Prince Eugène, est une demi-victoire. Les coalisés y perdent la moitié de leurs effectifs (43 000 hommes), et la France seulement 7 000 hommes. En Espagne, la victoire de Villaviciosa (1710) sur les coalisés rétablit la situation de Philippe V. La victoire inespérée de Villars à Denain (1712) ouvre la voie aux pourparlers.

Traités d'Utrecht (1713) et de Rastatt (1714). La France revient aux limites de Ryswick, mais perd les portes du Canada (Acadie, Terre-Neuve) ; les clauses économiques, surtout, sont très défavorables pour elle, au profit de l'Angleterre. Si Philippe V reste roi d'Espagne, il perd les Pays-Bas et ses possessions italiennes (Milanais, Naples et Sicile).

Pour en savoir plus, voir l'article guerre de la Succession d'Espagne.

4.2. L'agrandissement de la France

En ce qui concerne l'agrandissement territorial, le succès de la politique de Louis XIV est incontestable. La frontière du Nord est définitivement constituée avec la conquête de l'Artois, du Cambrésis, du pays de Maubeuge et de Givet. Celle de l'Est, avec la conquête de l'Alsace, s'avance désormais jusqu'au Rhin, et l'enclave lorraine, entourée de trois côtés, n'est pas dangereuse. La Franche-Comté complète bien cette frontière. Dans le Sud, le Roussillon a été acquis définitivement à la France en 1659. À l'intérieur, des principautés étrangères anachroniques, comme Orange et le Charolais, ont été réunies. Ainsi, à l'exception de la Lorraine, de la Savoie, de Nice et d'Avignon, ce sont déjà les limites actuelles de la France.

4.3. L'économie et la guerre

Le coût des guerres

Au point de vue économique, il en va tout autrement. Le poids de la guerre a obligé l'État à renoncer aux meilleurs résultats acquis par Colbert. Après 1674, il n'y aura plus jamais de tout le règne d'équilibre financier et, dès 1676, le déficit est de 24 millions de livres. Il faut revenir aux « affaires extraordinaires » : vente d'exemption de tailles, vente d'offices, vente du Domaine, augmentation des impôts, emprunts. Toutes ces mesures contribuent à accroître les difficultés résultant, déjà, d'une phase économique défavorable.

L'enjeu du commerce

Les causes économiques des guerres sont d'ailleurs prépondérantes. Colbert lui-même pousse à la campagne contre la Hollande, qui gêne notre commerce. Après les traités de Nimègue, néanmoins, et avant la guerre contre l'Europe en 1689 (guerre de la ligue d'Augsbourg), la France est encore prospère et reste très puissante. On n'expliquerait pas autrement qu'elle ait pu résister à vingt-deux années de guerre. Le commerce, notamment, avec la richesse grandissante de Marseille et de Saint-Malo, est florissant, et la guerre contre notre commerce explique la lutte de la Hollande et de l'Angleterre contre la France en 1689. Les Français les concurrencent en effet en Asie, en Méditerranée, en Afrique sur la Côte des Esclaves, à Cadix, en Amérique, grâce à des négociants remarquables et à une bonne marine de commerce soutenue par une marine de guerre neuve et entreprenante.

Le redressement

La guerre de la ligue d'Augsbourg, conjuguée avec la crise de 1693-1694, épuise l'économie du pays. De 1697 à 1701, on assiste pourtant à un redressement dû au soulagement fiscal, à l'abondance du travail liée à la paix et à la reprise du grand commerce. Les négociants français envahissent l'Amérique espagnole, le Pacifique et la Chine, si bien qu'on voit éclore, en quelques années, six compagnies de commerce créées par des capitaux malouins, rochelais, parisiens et nantais. Le Conseil de commerce, dominé par ces grands marchands, fait pénétrer les intérêts de ceux-ci au sein du gouvernement et influence Louis XIV au moment de la succession espagnole.

Mais ces quatre années de répit sont insuffisantes, et les traités qui mettent fin à la guerre de la Succession d'Espagne vont consacrer la prépondérance économique de l'Angleterre pour deux siècles.

4.4. Fin de l'hégémonie française

Les divisions de l'Europe ont finalement favorisé la primauté politique, maritime et commerciale de l'Angleterre, primauté et prépondérance symbolisées par une nouvelle forme de gouvernement, celui de Guillaume d'Orange, qui illustre le triomphe du régime parlementaire sur l'absolutisme de Louis XIV.

En 1703 déjà, par le traité de Methuen, l'Angleterre s'attribue le monopole des marchés brésiliens et portugais. À Utrecht, surtout, l'Empire espagnol échappe à la France et s'ouvre à l'Angleterre par la clause de la nation la plus favorisée. Le marché américain – par l'« asiento » (commerce des esclaves) et le « vaisseau de permission », la baie d'Hudson et son commerce de fourrures, l'Acadie et Terre-Neuve avec leurs riches pêcheries – passe de la France à l'Angleterre.

5. L'heure du bilan : la France en 1715

Ainsi le vieux roi, après la terrible et épuisante guerre de la Succession d'Espagne, peut faire le bilan de son règne.

Louis XIV est roi depuis soixante-douze ans et a perdu tous ses compagnons de jeunesse. Ses grands ministres sont morts. En quatre ans, de 1711 à 1714, la mort va lui enlever toute sa descendance à l'exception d'un arrière-petit-fils de cinq ans, le duc d'Anjou (futur Louis XV). Ces deuils l'inciteront à écrire, sans trop d'illusions semble-t-il, un testament qui habilite ses bâtards à lui succéder. Son neveu Philippe d'Orléans, qu'il a nommé régent, fera d'ailleurs casser ce testament le lendemain de la mort du Roi-Soleil, qui survient après une courte maladie le 1er septembre 1715.

À cette date, qu'en est-il du royaume ? De sérieuses retouches doivent être apportées au tableau de désolation tel que l'a dressé Fénelon. La baisse de population due à la crise de 1709-1710 a été vite compensée, car à partir de 1714 de belles récoltes vont faire baisser le prix du pain. La vigoureuse expansion de la marine de commerce favorise un intense trafic avec la Chine et les ports sud-américains. Le commerce avec la Louisiane s'est développé ; Marseille s'est enrichie par le commerce du Levant, et Nantes grâce au sucre antillais. Dans l'industrie, le bas prix des subsistances et le renouveau du négoce favorisent une renaissance des manufactures ; aussi le climat est-il bien plus propice à la reprise qu'à une récession.

Dans sa politique étrangère, le roi a eu contre lui les riches économies anglaise et hollandaise, le regain de puissance de l'empereur Léopold Ier qui, en arrêtant les Turcs à Vienne, puis en les chassant de ses Marches de l'est, a retrouvé un grand prestige, en se posant, comme jadis, champion de la chrétienté.

Mais en 1715, la France sort territorialement agrandie des guerres de Louis XIV, et les frontières renforcées empêcheront pour un siècle toute invasion étrangère. Dans le domaine militaire, de grands progrès ont été obtenus ; la France a la première armée d'Europe, et, surtout, une véritable intendance a été enfin créée (arsenaux, magasins d'étapes, casernes). Si la marine de guerre, après 1690, décline, par manque de moyens, la première place revient aux armements privés, et le roi a su favoriser et judicieusement employer les flottes privées des négociants.

La grande faiblesse, ce sont les finances. En 1715, l'État est considérablement endetté par plus de vingt ans de guerres presque successives. Louis XIV, à cause de ses guerres, n'a jamais eu, après 1672, de finances stables. Ce déséquilibre est aggravé par l'absence d'une grande banque et d'organismes de crédit, et, malgré les efforts et quelques essais de Vauban, qui n'a pas été écouté, il n'y a eu aucune réforme dans la répartition des impôts.

Quant à l'État, l'œuvre de Louis XIV fut une entreprise de modernisation. Si la vieille administration des officiers vénaux subsiste encore, elle n'a plus grande autorité ; la réalité du pouvoir appartient désormais au gouvernement royal et à son solide réseau d'intendants. Les « fureurs paysannes » ont disparu en même temps que se sont développées la police et l'armée. Les éléments nomades, pouvant devenir dangereux, ont été sédentarisés : mendiants dans les hôpitaux généraux, soldats dans les casernes.

En 1715, dans une France encore auréolée de toutes les gloires de son « Grand Siècle », la monarchie administrative centralisatrice commence. La France ordonnée de Louis XV s'annonce.

Pour en savoir plus, voir l'article le royaume de France sous Louis XIV.