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Drapeau du Canada

Canada

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Carton de situation

Canada

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à l'Amérique.

État d'Amérique du Nord baigné à l'est par la mer du Labrador et la mer de Baffin, au nord-ouest par l'océan Arctique, à l'ouest par l'océan Pacifique, le Canada est limité au sud et à l'ouest par les États-Unis. État fédéral, membre du Commonwealth, le Canada est constitué de 10 provinces et de 3 Territoires.  

Superficie : 9 975 000 km2

Nombre d'habitants : 34 017 000 (estimation pour 2010)

Nom des habitants : Canadiens

Capitale : Ottawa

Langues : anglais et français

Monnaie : dollar canadien

Chef de l'État : Élisabeth II représentée par David Johnston

Chef du gouvernement : Stephen Harper

Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire

Constitution :

 Entrée en vigueur : 17 avril 1982

Institutions au niveau fédéral

Exécutif

Chef de l'État : roi

Chef du gouvernement : Premier ministre

Législatif

Le Parlement se compose de Sa Majesté, de la Chambre des communes et du Sénat.

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

Le relief

Le Bouclier canadien, peu élevé au sud-ouest, dépasse 1 500 et même 2 000 m d'altitude au nord-est, où il domine la mer de façon abrupte. Composé de roches cristallines précambriennes, il porte les traces du façonnement glaciaire.

   

À l'ouest du Bouclier, une plate-forme sédimentaire s'élève par paliers, vers la Cordillère jusqu'à plus de 1 000 m d'altitude ; les basses terres laurentiennes constituent une plate-forme semblable. La Cordillère se divise en trois parties : à l'est, les Rocheuses (3 954 m au mont Robson) ; au centre, des plateaux (du Yukon, de Colombie) et des montagnes (Selkirk, Purcell) ; à l'ouest, les montagnes côtières découpées de fjords (comme les îles pacifiques), et qui portent le point culminant du Canada (6 050 m au mont Logan). À l'est, le système appalachien ne prend que localement l'allure de montagne dans la région atlantique (1 311 m en Gaspésie).

   Quant à l'archipel Arctique, il comprend des plaines et plateaux au sud-ouest (Banks, Victoria) et de hautes montagnes au nord-est (Ellesmere), en partie couvertes de gigantesques glaciers.

Le climat

Dans la Cordillère, les Côtières et les versants exposés à l'ouest sont très arrosés et longtemps enneigés ; il y a aussi des climats d'abri, secs et chauds en été (Okanagan). Le sud-ouest de la Colombie-Britannique bénéficie d'un climat tempéré maritime. L'hiver est atténué sur la façade atlantique, mais les étés y manquent de chaleur.

   Si la côte pacifique est toujours libre de glace, les détroits arctiques, la baie (ou mer) d'Hudson, les côtes du Labrador et partiellement le golfe du Saint-Laurent sont occupés par la banquise et les glaces de dérive pendant 4 à 6 mois.

   À l'est de la Cordillère, les climats se disposent en zones : climat continental tempéré de la péninsule ontarienne (Toronto : −4 °C en janvier, 22 °C en juillet) ; climat à hiver froid et été frais du sud du Bouclier (Bagotville : −16 °C et 17,5 °C) ; climat continental excessif des Prairies (Saskatoon : −17,5 °C et 19 °C ; tendance aride : 336 mm de précipitations) ; climat subarctique sans été (Schefferville : −24,5 °C et 12,5 °C ; 3 m de neige) ; climat arctique (Alert Point : −33 °C et +4 °C ; « sécheresse arctique » : 138 mm).

La végétation et les sols

Aux climats subarctiques et du sud du Bouclier correspond la forêt boréale (conifères, trembles, bouleaux). Trouée de tourbières et de lacs, elle cède progressivement la place à la toundra, aux lichens et aux mousses vers le nord. Sous ce couvert se forment des sols pauvres, acides, podzoliques. Les forêts de feuillus des basses terres laurentiennes et des provinces atlantiques donnent des sols forestiers meilleurs que les précédents. Au sud de la forêt, les plaines de l'Ouest portent une prairie à graminées dont les sols noirs ou bruns se prêtent à la culture céréalière. La forêt de la Cordillère revêt son plus bel aspect sur la côte pacifique (conifères géants).

L'hydrologie

Les cours d'eau ont un régime nival (hautes eaux au printemps). Soutenu en été (apport des glaciers, pluies, faible évaporation), l'écoulement est réduit par l'embâcle en hiver. Les débits moyens sont élevés (2 700m3/s sur la Columbia canadienne ; 6 500 sur le haut Saint-Laurent), mais peuvent monter à 10 000 ou 15 000m3/s au printemps.

La population

Évolution démographique

Le Canada comptait 3,6 millions d'habitants en 1871, plus de 7 millions en 1911, puis 14 millions en 1951 ; le dernier recensement, en 2006, a dénombré 31 241 030 habitants. Le pays a bénéficié d'un accroissement naturel longtemps élevé et des apports plus ou moins continus de l'immigration. Cet essor spectaculaire s'est cependant essoufflé de 1996 à 2000, où la population n'a crû que de 4 % ; c'est, avec ceux de la Grande Dépression des années 1930 et ceux du début des années 1980, le taux le plus bas enregistré au cours du XXes., loin derrière la performance, pour la même période, des États-Unis (+ 5,5 %).

   La taille de la famille n'a pas cessé de décliner au cours du dernier demi-siècle : d'une moyenne de 4 enfants par femme dans les années 1950, le taux de fécondité est tombé en deçà du seuil de renouvellement des générations et il se situe aujourd'hui autour de 1,6. L' espérance de vie est de 78 ans (3e rang mondial) pour les hommes et de 83 ans (4e rang mondial) pour les femmes. Les moins de 15 ans représentent 18 % de la population totale, les plus de 65 ans 13 % de celle-ci : le vieillissement de la population est contrebalancé par l'arrivée constante de jeunes immigrants.

Peuplement et immigration

Peuplé à l'origine d'un demi million d'Amérindiens environ, le Canada est un pays d'immigrants. Entre 1850 et 2000, le pays a enregistré 14 millions d'arrivées, contre un peu plus de 9 millions de départs (à destination des États-Unis le plus souvent). Les flux se sont contractés dans les années 1980, mais, avec la période de prospérité qui s'est ouverte en 1992, les contingents ont plus que doublé, pour dépasser les 200 000 entrées par an (280 000 en 2001). Le gouvernement fédéral et certaines provinces encouragent cette immigration composée essentiellement de jeunes actifs formés dans leurs pays d'origine, ce qui permet d'éviter que le creusement de la pyramide des âges ne devienne préjudiciable à l'activité du pays et laisse les autorités envisager avec une certaine confiance la question du renouvellement de la génération née du baby-boom de l'après-guerre ainsi que celle des retraites.

   Dans les années 1960, 70 % des nouveaux venus étaient originaires d'Europe : ils sont maintenant très minoritaires par rapport aux personnes venant d'Asie. L'Ontario et la Colombie-Britannique viennent en tête pour le nombre des immigrants récents, toutes origines confondues. La société canadienne est multiculturelle, décomptant aujourd'hui plus de 200 origines ethniques de ses habitants. Reste que, comme pour nombre d'autres actifs, l'attrait exercé par le grand voisin se fait sentir et que pour certains postulants, le Canada n'est rien d'autre qu'une porte d'entrée privilégiée vers les États-Unis.

Composition de la population

La communauté autochtone (Amérindiens, Inuit, métis), forte de 1 173000 membres (répartis en plus de 600  groupes), est en progression rapide du fait d'une forte fécondité (2,7 enfants par femme). Elle vit dans 2 370 réserves, représentant au total une superficie de 26 700 km2, et fait valoir des revendications territoriales depuis la fin des années 1960. Celles-ci rencontrent un certain succès depuis 1974. Ainsi par l'accord du Nunavut de 1990, entré en vigueur en 1993, les Inuits de l'Arctique de l'Est sont devenus propriétaires d'une zone de 350 000 km2 dans le district de Keewatin (Territoires du Nord-Ouest). Ils disposent, depuis avril 1999, d'un territoire de 1 900 000 km2 (représentant près de 1/5e du pays et comprenant notamment la majorité des îles de l'Arctique canadien), peuplé de 29 000 habitants à 85 % inuit. La nouvelle entité est dotée d'une assemblée législative et d'un gouvernement autonome auquel sont dévolues la responsabilité de la santé ainsi que la gestion des services sociaux, du logement, de la justice, de la langue, de l'éducation, de la culture…

   On distingue, aux côtés des Amérindiens, les deux « peuples fondateurs », d'origine française et britannique, et les Néo-Canadiens, de provenance variée. Privé d'immigration française après 1763, le groupe francophone a longtemps maintenu sa position relative autour de 30 % de la population totale, grâce à un accroissement naturel très élevé venant compenser l'immigration britannique. Mais l'effondrement de la natalité depuis le début des années 1960 s'est traduit par le recul de l'élément français ; 16 % de la population canadienne seulement donne comme origine ethnique « français ». Les francophones vivent, très majoritairement , au Québec ; ils forment une minorité dans l'Ontario et le Nouveau-Brunswick (où réside la minorité acadienne), ainsi que de petits groupes dans les provinces de l'Ouest. Malgré une immigration continue, l'élément britannique ne représente plus, quant à lui, que 36 % des Canadiens (60 % en 1871), . Il domine dans les Provinces maritimes, l'Ontario et la Colombie-Britannique ; présent au Québec, il se maintient dans quelques comtés et certains quartiers de Montréal.

   Le groupe néo-canadien, n'a cessé de croître. Dans le recensement de 2006, cinq groupes dépassent le million de personnes. les Allemands sont depuis longtemps les plus nombreux (3 180 000), suivis par les Italiens (1 445 000), les Chinois (1 346 000), les Ukrainiens (1 209 000), les Néerlandais (1 036 000), tandis que les Polonais et les Indiens de l'Inde dépassent 950 000 personnes. Mis à part les colonies italienne, haïtienne et arabe du Québec, les Néo-Canadiens se sont fixés dans l'Ontario et dans les provinces de l'Ouest, jusqu'en Colombie-Britannique. Les descendants des immigrants européens sont nombreux dans les provinces centrales (Manitoba, Saskatchewan, Alberta), tandis que les Asiatiques se concentrent sur la façade pacifique (Colombie-Britannique) et dans l'Ontario.

   Le Canada est une nation bilingue : en 1969, le français a acquis, à côté de l'anglais, le statut de langue officielle : 57 % des Canadiens déclarent l'anglais comme langue maternelle, 22 % le français, 21 %, enfin, une autre langue. Par ailleurs, 43 % de la population se dit catholique, 29 % protestante, 16 % adepte d'une autre religion, selon des données de 2001.

Répartition de la population

Plus vaste que les États-Unis (Alaska inclus), le Canada est neuf fois moins peuplé. La population se concentre sur 13 à 14 % du territoire, surtout dans la vallée du Saint-Laurent et sur le pourtour des lacs Huron et Ontario. Le peuplement est plus diffus ailleurs : rural dans la Prairie centrale, limité à quelques villes dans les montagnes Rocheuses et sur le littoral pacifique. Plus de 90 % du territoire sont habités de façon sporadique ou ponctuelle, voire déserts. L'espace occupé réellement comprend le sud littoral et intérieur de la Colombie-Britannique, les Prairies, la région laurentienne, les côtes, vallées et plaines des provinces atlantiques, domaines séparés par des obstacles naturels et mal reliés entre eux. À l'exception de l'île du Prince-Édouard, toutes les provinces ont une majorité de population urbaine. Toronto, Montréal, Ottawa, Québec dominent à l'est. La concentration urbaine est très marquée dans l'Ouest : Winnipeg rassemble plus de la moitié de la population du Manitoba, Edmonton et Calgary la moitié de l'Alberta, Vancouver les deux tiers de la Colombie-Britannique. Ces villes-centres attirent immigrants internationaux et nouveaux-venus issus des autres provinces.

Économie

Tableau général

Les « quelques arpents de neige » évoqués par Voltaire comptent aujourd'hui parmi les pays les plus puissants de la planète ; le Canada figure parmi les membres les plus prospères du G8. Vaste et richement doté en ressources minières et énergétiques, il tire sa fortune d'activités traditionnelles qui se sont fortement modernisées, comme l'extraction de minerais et d'hydrocarbures, l'agriculture, la pêche, l'aquaculture, l'exploitation de la forêt ; mais sa richesse provient aussi très largement d'une industrie dynamique, dorénavant diversifiée et bien engagée dans la recherche et les technologies de pointe, ainsi que de l'essor constant des services qui occupent maintenant plus de 75 % de la population active, contre environ 22 % pour le secteur secondaire (y compris le secteur énergétique et minier) et seulement 2,7  % pour l'agriculture.

   Toutefois, l'ensemble du territoire ne profite pas également du développement économique ; les provinces évoluent à des rythmes différents et les disparités interrégionales subsistent ; l'Ontario et les provinces centrales, notamment l'Alberta, mais aussi la Colombie-Britannique, très liés à leur client américain, sont particulièrement sensibles à la crise économique actuelle. Environ 300 000 emplois ont été supprimés en 2009, majoritairement dans le secteur manufacturier. Le taux de chômage, fin 2009, dépasse les 8 % de la population active.

Une agriculture puissante

Diversifiée, l'agriculture canadienne présente des spécialisations régionales : les Prairies occidentales constituent le domaine des grandes cultures, tandis que l'Est canadien est davantage voué à l'élevage (laitier notamment). Les producteurs de l'Ouest, qui fournissent l'essentiel des céréales du pays, ont associé au blé (le Canada figurent parmi les dix premiers producteurs mondiaux), les oléagineux (lin, soja et colza), fort rentables. Un important cheptel bovin est élevé sur les prairies d'herbe rase du Sud-Ouest et dans la Colombie-Britannique, dont les vallées méridionales et le climat tempéré sont également propices aux cultures de fruits et de légumes ainsi qu'à la vigne. Avec les exploitations du Québec, ces régions font du Canada un important  exportateur de viande, néanmoins affecté par l'ESB. L'Ontario fournit des produits laitiers, de la viande de porc et de volaille, du maïs doux, du soja, du tabac et, dans la péninsule du Niagara en particulier, développe les cultures maraîchères et fruitières destinées aux bassins urbains. L'île du Prince-Édouard est célèbre pour sa production de pommes de terre, les autres Provinces maritimes (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse) pratiquant une petite polyculture doublée d'élevage. Le Québec, enfin, de vieille tradition agricole, rassemble 40 % des vaches laitières du pays.

   Les industries agroalimentaires présentent donc une gamme étendue de productions : laiteries et fromageries à l'Est, minoteries et abattage dans les Prairies, conserveries en Ontario et en Colombie-Britannique. Le Canada exporte la moitié de sa production agricole, notamment des céréales et des oléagineux : la Russie, la Chine et le Japon importent massivement du blé et de la farine, tandis que les États-Unis sont, avec le Japon, le principal acheteur de viande canadienne.

Pêche et forêt

La pêche joue un rôle économique important dans les Provinces maritimes, sur la façade pacifique et dans le nord du pays, alimentant une active industrie de conservation et de congélation des poissons et des crustacés. Cependant, alors qu'il possède le plus long littoral du monde, le Canada n'arrive qu'en 15e position pour les prises (autour d'un million de tonnes), paradoxe qui n'empêche pas le pays d'être le 3e exportateur mondial de produits de la mer. Les bancs de morue de Terre-Neuve, surexploités, ont quasiment disparu, et le moratoire décrété sur ses prises en 1992, renouvelé depuis, a plongé l'île dans la crise. Alors que la population du pays augmente de 4 % entre 1996 et 2002, celle de la province diminue de 7 %.

   Le Canada, dont 50 % du territoire est recouvert de forêts, possède 10 % du manteau forestier mondial. De fait, le pays est le 2e producteur de bois au monde, le 1er pour le papier journal, le 2e pour la pâte à papier et le 3e pour le bois d'œuvre. Le sciage est dispersé dans la forêt boréale ou sous forme de grandes entreprises en Colombie-Britannique, où se trouvent les plus beaux peuplements ; la fabrication des pâtes et papiers est dominante sur les côtes de Colombie-Britannique, dans le nord de l'Ontario, le bas Saint-Maurice, où Trois-Rivières constitue le premier centre mondial de cette production, à Saguenay et sur côtes des provinces atlantiques. La Colombie-Britannique est en tête pour le bois scié et le Québec pour les pâtes et papiers, dont le débouché principal est aux États-Unis.

Ressources minérales et énergétiques

Des débits considérables, des régimes pondérés par les lacs, des fortes dénivellations font du Canada un pays riche en houille blanche (2ème producteur mondial, avec 11,7 % du total mondial), malgré des difficultés techniques dues au climat et aux distances. Après avoir équipé les sites les plus proches – le Saint-Laurent et ses affluents, le Saguenay et la Manicouagane –, on va chercher la force hydraulique de plus en plus loin, au Labrador (Churchill Falls), en Ungava (bassin de la Grande-Rivière) et à la baie James, où se trouve la plus grande centrale hydroélectrique du monde. Le Québec tient la première place, suivi de la Colombie-Britannique et de l'Ontario. L'énergie d'origine hydraulique assure environ les deux tiers de la production totale d'électricité du pays (7e rang mondial). Près de 20 % de l'électricité canadienne est fournie par les centrales nucléaires et 10 % environ sont vendus aux États-Unis (Nouvelle-Angleterre notamment). De fait, le Canada est le 2e exportateur mondial d'électricité.

   Le Canada extrait du pétrole (7e rang mondial en 2008) dans les provinces de l'Ouest, mais aussi dans le Nord, sur les rives du fleuve Mackenzie, et au large de Terre-Neuve ; des réserves conséquentes ont été également découvertes dans la mer de Beaufort. Le pays est, par ailleurs, le 3e producteur et exportateur mondial de gaz naturel, exploité, pour l'essentiel, en Alberta et dans les Territoires du Nord-Ouest. La province de l'Alberta fournit, à elle seule, plus de la moitié de la production nationale d'hydrocarbures. Les Rocheuses et la Colombie-Britannique recèlent d'abondants gisements de houille (14e rang mondial pour la production en 2008, 5e pour l'exportation). Enfin, le Canada est le premier producteur mondial d'uranium : c'est en Ontario que se situe le gisement d'uranium le plus important du monde (à proximité d'Elliott Lake).

   Le Canada figure parmi les dix premiers producteurs mondiaux de minerais de fer, de cuivre, de nickel, de cobalt, de plomb et de zinc, d'or et d'argent. L'Ontario vient en tête pour la valeur de la production minière non combustible : il possède les filons d'argent (cobalt) et les mines de nickel (bassin de Sudbury) les plus riches du monde. Il est suivi par la Colombie-Britannique (cuivre, argent, plomb, zinc du sud des plateaux intérieurs) et par le Québec (cuivre de Chibougamau, fer du Labrador [partagé avec Terre-Neuve]). Une grande partie de ces minerais est exportée vers les États-Unis après une première transformation.

Le développement industriel

Producteur de matières premières, le Canada est devenu une grande puissance industrielle au XXe s. Près des centres d'extraction et dans les ports d'expédition ou d'exportation a lieu la première élaboration des minerais : concentration du minerai de cuivre, première fusion ou réduction des non-ferreux, concentration et agglomération du minerai de fer. Un degré supérieur de valorisation est constitué par la métallurgie : sidérurgie primaire et aciéries (Sydney, Sault-Sainte-Marie, Contrecœur, Sorel et surtout Hamilton), ferro-alliages (Beauharnois), produits semi-finis de cuivre (Montréal). L'abondance de l'électricité à bon marché permet l'électrolyse de l'aluminium à partir de bauxite importée (Saint-Maurice, Saint-Laurent, Saguenay, Kitimat).

   Les industries utilisatrices de métaux ont pris une grande importance : constructions de matériel ferroviaire (Montréal, Hamilton), de machines agricoles (Ontario, Winnipeg), constructions automobiles (Windsor, Toronto, Montréal), aéronautiques (Montréal), navales (Québec). Les secteurs des biens d'équipement, de l'armement et de l'aéronautique s'appuient sur de grands groupes mondiaux, de même que l'électronique et les télécommunications. La chimie et la pétrochimie, sur le Saint-Laurent, les Grands Lacs et dans l'Alberta, trouvent un prolongement dans les biotechnologies et la pharmacie. Les industries de pointe se sont implantées de façon privilégiée autour des grandes métropoles : régions de Montréal et de Vancouver, sud de l'Ontario. Conscient de l'importance des nouvelles technologies, le gouvernement fédéral encourage l'effort de recherche-développement.

   Malgré la réalité de restructurations parfois douloureuses, l'industrie a peu souffert de la concurrence des puissantes entreprises américaines : avec l'ouverture des frontières entre les deux pays en 1989 (Accord de libre-échange, ALE), élargie en 1994 au Mexique avec la création de l'ALENA, les échanges de biens manufacturés avec les États-Unis se sont intensifiés et sont devenus positifs.

La croissance du tertiaire

Malgré les récentes compressions d'effectifs, les services gouvernementaux représentent toujours 15 % des emplois du pays (22 % pour l'ensemble de l'administration publique). Mais les secteurs qui ont le plus bénéficié de cet essor sont le commerce, la santé, l'informatique, l'architecture, le tourisme et la finance. Le secteur de la banque s'est tout particulièrement renforcé et compte désormais parmi les plus efficaces et les plus stables du monde. Ayant bénéficié de la déréglementation bancaire de 1992, Toronto a détrôné Montréal et est devenue l'une des six grandes places financières internationales. À la faveur de restructurations et d'opérations boursières d'envergure, de grands groupes de taille internationale ont récemment vu le jour dans le secteur du crédit, de l'investissement et de l'assurance.

Les transports

Signe de l'intensité des échanges entre les deux pays, le réseau de communication du Canada prolonge celui des États-Unis. D'importants aménagements est-ouest ont toutefois été effectués. Depuis 1885, les chemins de fer transcontinentaux ont favorisé le développement des Prairies, et la route transcanadienne relie toujours les principaux foyers de population, sur plus de 8 000 km de long, de Saint John's, à Terre-Neuve, à Port Hardy, sur l'île de Vancouver. Mais ces modes de transport sont à présent supplantés par l'avion, indispensable de surcroît pour la mise en valeur des immenses et rigoureuses étendues du Nord. Malgré cela, les liaisons s'avèrent parfois longues ou difficiles entre les façades atlantique et pacifique. Les voies ferrées et les autoroutes servent avant tout, aujourd'hui, aux migrations interurbaines et pendulaires.

   Rivières, canaux et lacs ont été aménagés pour permettre le transport de pondéreux agricoles et miniers : le bassin fluvial Saint-Laurent-Grands Lacs, dont la réalisation a été achevée en 1959, forme, sur 3 790 km de long, la plus grande voie ouverte sur l'océan Atlantique où, jusqu'au début des années 1990, défilent plus de bateaux que sur le canal de Panamá. Thunder Bay, débouché des Grandes Plaines sur le lac Supérieur, est un des principaux ports céréaliers du monde.

Le poids des échanges

Les exportations, qui dopent la croissance du pays et l'emportent régulièrement sur les importations, présentent une structure paradoxale par rapport au niveau de développement canadien : elles sont en effet constituées, pour un tiers environ, de biens agricoles, minéraux et énergétiques. Mais les produits manufacturés en représentent désormais près de la moitié : ce sont essentiellement des automobiles (20 %), des biens d'équipement et des machines. Si le Canada exporte davantage de ressources naturelles qu'il n'en importe, il achète plus de biens industriels – surtout de consommation courante – qu'il n'en vend. Plus de 20 % de la production sont exportés.

   L'importance de ces flux s'explique par l'intégration de l'économie canadienne dans l'espace de libre-échange mis en œuvre dans les cadres de l'ALE puis de l'ALENA. Dorénavant, les États-Unis représentent environ 80 % des exportations et des importations canadiennes. Cette dépendance commerciale est aussi financière : les Américains détiennent 30 % de l'industrie canadienne et contrôlent, au total, 70 % des actifs du pays (investissements, capitaux). L'excédent de la balance commerciale ne suffit pas à compenser le déficit des invisibles (services, revenus de placements, transferts). Le poste touristique et les intérêts versés aux étrangers détenteurs de capitaux canadiens grèvent ainsi le compte courant, dont le déficit est toutefois comblé par l'apport constant d'investissements étrangers.

HISTOIRE

Le régime français

La découverte et les débuts de la colonisation

Le premier peuplement du Canada est constitué par des tribus indiennes, dispersées à travers d'immenses étendues du Pacifique à l'Atlantique. Dans le dernier quart du IXe s., des Irlandais chassés d'Islande se fixent sur la rive nord du golfe du Saint-Laurent. Surviennent ensuite, au début du XIe s., les Islandais du Groenland, sur les côtes de Terre-Neuve et du Labrador. En 1497, Jean Cabot longe le littoral terre-neuvien jusqu'au cap Breton. Par la suite, à la recherche d'un passage de l'Atlantique au Pacifique vers les pays des épices asiatiques, surviennent des navigateurs portugais, espagnols, anglais et français. En 1524, voguant sous le pavillon de François Ier, le Florentin Verrazzano donne à l'hinterland nord-atlantique le nom de Nouvelle-France. En 1534, Jacques Cartier, à la recherche d'un itinéraire nouveau vers l'Orient découvre le « pays de Canada ». Lors d'un deuxième voyage (1535-1536), il remonte le Saint-Laurent jusqu'aux lieux actuels de Québec et de Montréal. Faute d'y trouver des métaux précieux, une tentative de colonisation sous Cartier et Roberval reste sans suite. Un troisième voyage (1541-1542) est entrepris par Cartier, Roberval et « vingt hommes laboureurs », toujours pour rechercher une voie maritime vers la Chine. Dès lors, seuls les pêcheurs de morue et les traiteurs de fourrures visitent les eaux canadiennes.

   

En 1603, le premier voyage de Champlain s'effectue sous les ordres de François Gravé Du Pont (ou Dupont-Gravé). En 1604, une première tentative de colonisation sérieuse est tentée en Acadie pour le titulaire du monopole commercial, Pierre du Gua, sieur de Monts. Champlain est le géographe du voyage. En 1608, celui-ci fonde Québec, qui reste, sous un régime de compagnies de commerce avec vice-rois, un comptoir de fourrures opposé à toute colonisation, mais d'où partent les missionnaires récollets et jésuites pour évangéliser les Indiens. En 1627, Richelieu crée la Compagnie de la Nouvelle-France ou des Cent-Associés, à qui il cède la propriété du pays avec monopole du commerce, à charge de le coloniser de Français catholiques. Prise par les Anglais en 1629, Québec revient à la France en 1632 par le traité de Saint-Germain-en-Laye. Alors s'organise la première colonisation sous Champlain : des seigneurs, ou concessionnaires, reçoivent de vastes étendues de terre, dites « seigneuries », qu'ils doivent concéder à des censitaires. Faute de capitaux et d'émigrants, la colonisation languit, malgré la contribution des communautés religieuses et les fondations de Trois-Rivières (1634) et de Ville-Marie (1642), devenue par la suite Montréal. Une petite population de 300 âmes ose fonder une société d'exploitation de la traite des fourrures, seul soutien économique du pays. De cette communauté des habitants sort le Conseil de Québec, qui, élu par le peuple, administre la finance et le commerce. Mais le pays doit subir pendant des années la guérilla des Iroquois, dressés contre les Français et les Hurons, dont l'alliance élimine leur rôle d'intermédiaires de la traite entre les tribus de l'Ouest et les Hollandais de Manhattan (New York).

Organisation et mise en valeur de la Nouvelle-France de 1660 à 1713

Devant la détresse de la colonie, qui s'aggrave de la ruine des Cent-Associés et d'une querelle politico-religieuse au sujet de la vente de l'alcool aux Indiens, Louis XIV, sur les conseils de Colbert, confie le monopole du commerce canadien à une nouvelle société, celle des Indes occidentales (→ Compagnie française des Indes occidentales ; il réintègre le pays dans le domaine royal (1663) et le dote d'une nouvelle administration, avec gouverneur, évêque et intendant, assistés d'un conseil souverain investi de quelques fonctions politiques. Il dépêche le régiment de Carignan-Salières, qui force les Iroquois à signer une paix qui durera près de vingt ans. Pour favoriser le peuplement, Colbert fait partir chaque année des émigrants – artisans et agriculteurs –, ainsi que des « engagés » pour trois ans, qui prennent ensuite des terres. De son côté, l'intendant Jean Talon se révèle un organisateur de génie, convertissant en « habitants » une partie des soldats du roi et faisant venir de France de nouvelles épouses pour les célibataires, concédant de nouvelles seigneuries, assistant les colons, distribuant des allocations aux familles nombreuses, important des animaux domestiques, des plantes (fruits et légumes), recrutant des artisans de tous métiers, activant l'agriculture, les pêcheries et la petite industrie. Produisant bientôt de quoi se nourrir et se vêtir, la colonie passe en vingt ans de 2 000 âmes en 1660 à 10 000 en 1680. C'est à partir du Saint-Laurent que se fait la colonisation. Chaque exploitation est « en devanture » du fleuve et s'étend plus ou moins en profondeur selon la progression des abattis : c'est le « rang ». À la fin du régime français, les rives du Saint-Laurent étant presque entièrement occupées, on ouvre les seconds rangs, plus éloignés de l'eau et accolés au chemin.

   Après l'arrêt de l'immigration systématique, la Nouvelle-France progresse lentement, l'agriculture constituant sa base économique. D'une contrée fertile et libre, le colon tire blé, fruits, légumes, bois, gibier et poisson, et, ne payant ni gabelle ni taille, il vit « plus heureux que ce qu'on nomme en France les bons paysans ». Le pays bénéficie de la traite des fourrures, métier dur qu'exercent les coureurs des bois, en canot d'écorce en été et les raquettes aux pieds en hiver. En même temps se poursuit l'exploration de l'intérieur du pays : Denys de Saint-Simon remonte le Saguenay (1671) ; Perrot explore la région du lac Supérieur (1672) ; Du Luth visite le pays du haut Missouri (1680) ; Joliet atteint le Mississippi (1673), et La Salle, descendant ce fleuve, découvre la Louisiane (1682). Un nouveau gouverneur, Louis de Buade, comte de Frontenac, a su durant cette période maintenir la paix avec les Indiens.

   Établie sur les deux rives du Saint-Laurent, de Québec à Montréal, avec un hinterland s'étendant du Labrador au Mexique, la Nouvelle-France vit en partie repliée sur elle-même, quand les Iroquois déclenchent une nouvelle guerre de la fourrure (1684), à laquelle s'ajoute la guerre de la ligue d'Augsbourg. Frontenac repousse devant Québec l'escadre britannique de Phipps (1690), et le Canadien Le Moyne d'Iberville conquiert la baie d'Hudson (1697). Le traité de Ryswick 1697) laisse intacte la colonie, et les Iroquois signent (1701) une paix qui se prolongera quarante ans. La guerre de la Succession d'Espagne rouvre les hostilités au Canada, mais les deux tentatives d'invasion de Walker par mer et de Nicholson par terre échouent en route (1711).

   Il en est autrement de l'Acadie, la petite colonie de l'Atlantique. Toujours négligée, elle s'est quelque peu organisée sous Razilly et Menou d'Aulnay (1632-1650), avec une population agricole de 500 âmes. Conquise et rétrocédée trois fois par les Anglais, dont elle barre la route des pêcheries de Terre-Neuve, elle est prise de nouveau en 1710 et cédée à l'Angleterre par le traité d'Utrecht (1713). Pour garder l'entrée du Saint-Laurent, la France s'établit alors sur l'île du Cap-Breton, y bâtissant la forteresse de Louisbourg, bastion du Canada et port d'escale des flottes de guerre et de pêche.

La fin du régime français (1713-1763)

Après Utrecht, la Nouvelle-France profite d'une longue et fructueuse période de paix. Le prix des fourrures subissant une forte baisse, l'agriculture connaît un essor rapide et considérable. Tous les objets manufacturés – draps, toiles, outils, vaisselle, quincaillerie – viennent de France, les importations se chiffrant à une moyenne de 2 millions de livres par an. L'exportation consiste en pelleterie, bois de construction, goudron, chanvre et lin. Elle reste presque toujours inférieure à l'importation. Exploitant une mine de fer, les forges de Saint-Maurice fabriquent des ustensiles, des poêles et des boulets. Un chantier naval construit, à la fin du régime, des navires et même des frégates.

   Mais la Nouvelle-France manque de bras pour exploiter son immense domaine, que les explorations de La Vérendrye et de ses fils ont étendu jusqu'aux Rocheuses (1731-1743). L'immigration a pratiquement cessé dès le début des guerres de Louis XIV contre l'Europe coalisée. En soixante ans (1680-1740), il ne viendra qu'environ 5 000 immigrants. Seul le croît naturel a permis au pays de grandir, passant de 16 000 âmes au début du siècle à 70 000 à la fin du régime français.

   

En face de cette faiblesse, les colonies anglaises, fortes de 1 500 000 hommes, supportent mal d'être endiguées par la frontière canadienne, qui leur ferme la route de l'intérieur. La guerre de la Succession d'Autriche leur permet de s'emparer de Louisbourg, qui sera restitué à la France par le traité d'Aix-la-Chapelle (1748). Bientôt survient la guerre de Sept Ans, et l'Angleterre décide de conquérir à tout prix le Canada. Trois ans de suite, Montcalm arrête l'attaque par des victoires, notamment au fort Carillon (1758), mais, devant la flotte de Saunders et les soldats de Wolfe, l'armée française est vaincue aux Plaines d'Abraham (1759) ; les deux commandants trouvent la mort dans la bataille. La victoire de Lévis à Sainte-Foy, l'année suivante, est inutile, et la Nouvelle-France doit capituler à Montréal le 8 septembre 1760. Le traité de Paris la cède définitivement à l'Angleterre en 1763.

   Dans l'intervalle, l'Acadie est devenue la Nouvelle-Écosse (1713). L'occupation anglaise s'y réduit à la garnison et aux habitants de Port-Royal (rebaptisé Annapolis Royal), la population du pays se composant de 2 000 Acadiens, presque tous agriculteurs. Lors de la guerre de la Succession d'Autriche, la France tentera sans succès de reprendre son ancienne colonie (1746). Pour mieux se protéger, l'Angleterre fonde Halifax (1749), où elle installe d'un seul coup 2 500 émigrants. En 1755, Londres veut exiger de ses sujets acadiens, maintenant au nombre d'environ 16 000, un serment d'allégeance sans restriction, c'est-à-dire sans l'exemption du service militaire contre la France. Ils refusent inébranlablement. Alors le gouverneur Lawrence fait embarquer pêle-mêle, sans souci des liens de famille, tous ceux que la troupe peut saisir, environ 6 000 personnes, avec ordre de les disperser dans les colonies américaines, du Massachusetts à la Géorgie. Le reste de la population réussit à s'enfuir à travers le pays. C'est l'épisode du « grand dérangement ». Les terres sont distribuées à des colons anglais. Trois ans plus tard (1758), la Nouvelle-Écosse est dotée d'une Assemblée législative, devenant ainsi la première province canadienne à posséder le régime parlementaire.

Le régime anglais

Les débuts du régime anglais (1763-1837)

Après le traité de Paris, la proclamation royale du 7 octobre 1763 partage la Nouvelle-France. Les îles du Cap-Breton et du Prince-Édouard sont rattachées à la Nouvelle-Écosse. La vallée du Saint-Laurent, de Gaspé au lac Nipissing, forme la province de Québec, et le reste du pays, au nord et à l'ouest de l'Ottawa (ou Outaouais), constitue un territoire de chasse interdit à la colonisation, tandis que les terres de la baie d'Hudson demeurent la propriété de la compagnie de fourrures du même nom, à laquelle l'Angleterre les a concédées en 1670. Dans la province française, grâce à la largeur d'esprit de Londres et surtout des deux premiers gouverneurs, James Murray (de 1763 à 1768) et Guy Carleton, baron Dorchester (de 1768 à 1778), les Canadiens obtiennent le libre exercice de leur religion et l'usage de leur langue. Leur première loi constitutionnelle, l'Acte de Québec (22 juin 1774), leur rend ensuite les anciennes lois françaises, tout en maintenant le droit criminel anglais. Le gouvernement est confié à un gouverneur, assisté d'un conseil législatif où, exemptés des serments antipapistes, siègent des Canadiens français et catholiques. À ce moment, où la population anglaise n'atteint pas 1 000 âmes, éclate la révolution des colonies anglaises d'Amérique, dont les armées envahissent le Canada sous Montgomery. Des Anglo-Canadiens les appuient de leur influence, réussissant à recruter quelques centaines de partisans québécois, mais l'élite française et le clergé se rangent aux côtés de leur nouvelle mère patrie, les miliciens de Québec prenant leur part à la défaite de Montgomery sous les murs de la ville (1775). En définitive, c'est le loyalisme canadien-français qui garde la colonie à l'Angleterre.

   À la suite du traité de Versailles (1783), qui reconnaît l'indépendance des États-Unis, il se produit une nombreuse émigration au Canada de « loyalistes », c'est-à-dire de colons américains restés fidèles au drapeau britannique. 16 000 à 17 000 d'entre eux s'établissent dans le Québec, le long du haut Saint-Laurent et du lac Ontario, et réclament sans tarder les lois anglaises et les institutions parlementaires. Se rendant à cette demande, Londres, par l'Acte constitutionnel du Canada (10 juin 1791), divise le territoire laurentien en deux, la province française du Bas-Canada, qui va du Labrador au lac Saint-François, et la province anglaise du Haut-Canada, qui s'étend du lac Saint-François aux territoires de la baie d'Hudson. Chaque province reçoit un régime parlementaire comprenant, sous un gouverneur, un Conseil exécutif, responsable devant le seul gouverneur, un Conseil législatif, nommé par le roi, et une Assemblée législative élue par le peuple. Chaque élément se trouve maître chez lui, avec cette différence que, dans le Bas-Canada, si le peuple est français, avec une majorité dans l'Assemblée, l'Administration et le haut commerce sont anglais, avec une majorité de représentants dans les Conseils exécutif et législatif.

   Quant à la Nouvelle-Écosse, elle a vu affluer sur son territoire plus de 25 000 loyalistes, pendant qu'un autre contingent de 15 000 s'est fixé le long de la rivière Saint-Jean, sur la rive nord de la baie de Fundy. D'autres groupes, moins nombreux, ont pris des terres, les uns dans l'île du Cap-Breton et les autres dans l'île du Prince-Édouard. À la suite de cette immigration, Londres crée (1784) deux nouvelles provinces : celle du Nouveau-Brunswick et celle de l'île du Cap-Breton, rattachée dès 1820 à la Nouvelle-Écosse, et accorde à chacune des institutions parlementaires.

   Les provinces canadiennes sont peuplées, au début du XIXe s., d'environ 430 000 hommes, ainsi distribués : Bas-Canada, 250 000 ; Haut-Canada, 70 000 ; Nouvelle-Écosse, 65 000 ; Nouveau-Brunswick, 35 000 ; île du Prince-Édouard, 9 000 ; île du Cap-Breton, 2 000. Leur grande et presque unique occupation est l'agriculture, qui suffit à leur alimentation, mais leur commerce – fourrures, bois et pêche – s'accroît d'année en année. La guerre de 1812 entre l'Angleterre et les États-Unis fait alors du Canada un champ de bataille : les victoires de Brock à Queenston Heights (1812), de Salaberry et des Canadiens français à Châteauguay (1813) et de Morrison et de ses troupes (les « réguliers ») à Crysler's Farm (1813) libèrent le pays des invasions américaines jusqu'au traité de Gand, qui rétablit la paix (1814). Cette guerre a été aussi une nouvelle occasion pour le Bas-Canada de prendre position en faveur du régime anglais.

   Pour en savoir plus, voir l'article guerre de l'Indépendance américaine.

   La fin des guerres napoléoniennes permet de diriger sur le Canada une émigration militaire à laquelle les autorités accordent des terres et des provisions. Quelques années plus tard, le passage de l'agriculture à l'élevage et l'introduction du machinisme en Angleterre déclenchent des exodes massifs vers les provinces canadiennes : environ 120 000 émigrants entre 1827 et 1832. Cette main-d'œuvre sert à pousser la construction de nombreux canaux, dont le canal Rideau, reliant Ottawa à Montréal, et le canal Welland, joignant les lacs Ontario et Érié. L'amélioration des transports active la colonisation et la production agricole, qui provoquent de leur côté, aux points stratégiques des échanges, la formation de petites villes, bientôt pourvues d'industries locales. En 1832, la population de tout le pays s'élève à 1 400 000 personnes.

Les rébellions de 1837

La situation politique se complique dans presque toutes les provinces. Leurs gouvernements représentatifs ne sont pas encore responsables devant le peuple. Ce régime paraît bientôt insuffisant en raison des antagonismes de classes et d'intérêts. Le monde politique s'est divisé : d'un côté s'est formé un parti populaire, comprenant la majorité des députés et de la population, qui réclame des réformes et une participation plus efficace dans la direction des affaires publiques ; en opposition s'est dressé le parti du statu quo, que constituent, autour des gouverneurs des provinces, les Conseils exécutif et législatif, appuyés par le haut commerce et les notables locaux.

   Dans le Haut-Canada, la lutte s'engage entre les réformistes, représentant l'élément populaire, et le Pacte de famille, unissant les hauts fonctionnaires et les principaux négociants, à propos des terres publiques réservées à l'Église anglicane ou concédées aux favoris du régime. Menée par Bidwell, Ralph, Baldwin et surtout W. L. Mackenzie, la lutte dure des années, visant à imposer la suprématie de l'Assemblée législative. Sur le point de toucher au but, le parti populaire est défait par l'intervention autocratique du gouverneur, sir Francis Bond Head. Désespérant de triompher par la voie constitutionnelle, Mackenzie lève l'étendard de la révolte, en décembre 1837, et marche contre Toronto, capitale de la province. Partout, les rebelles sont battus : 23 sont exécutés et 83 exilés en Australie.

   Dans le Bas-Canada, les rivalités politiques sont plus complexes encore : 120 000 Français catholiques, en majorité de la classe paysanne, s'opposent à 10 000 Britanniques protestants, détenteurs de la finance et du commerce. L'élément français domine complètement dans l'Assemblée législative, tandis que le camp adverse possède la majorité dans les Conseils exécutif et législatif. Sous la direction de Louis Joseph Papineau, chef du « parti canadien », élu en 1815 président de l'Assemblée de Montréal, la lutte s'engage autour des crédits budgétaires, dont la Chambre réclame la libre disposition, que lui refusent le gouverneur et la majorité anglaise des conseils, surnommée la « clique du château ». Quant à l'Angleterre, elle n'est pas encore prête à reconnaître à une colonie le droit de se gouverner elle-même en dehors des instructions des gouverneurs. La lutte s'exacerbe. Lorsque le gouverneur refuse en 1834 de tenir compte des 92 Résolutions, formulées contre les abus du régime, et quand Londres autorise le même gouverneur à disposer des deniers publics sans l'assentiment de la Chambre, Papineau et ses « patriotes » déclenchent une campagne de boycott économique et d'insurrections armées. Le gouverneur Gosford ordonne l'arrestation des chefs, et la révolution éclate (1837). Après une première victoire, les rebelles sont écrasés. L'Angleterre suspend la Constitution provinciale et dépêche un gouverneur, lord Durham, revêtu de pouvoirs dictatoriaux. Ce dernier exile huit chefs patriotes, mais sa décision est désavouée par Londres. Durham rentre en Angleterre et de nouveaux soulèvements se produisent, qui sont suivis de l'exécution de douze rebelles.

Les progrès de l'autonomie et du régime parlementaire (1838-1867)

Après l'échec des deux rébellions, lord Durham présente au ministère un rapport, où il recommande l'anglicisation de l'élément français en assurant la supériorité à l'élément britannique. Il préconise l'établissement d'un gouvernement responsable devant le peuple pour les questions provinciales. À la suite de ce rapport, le Parlement britannique dote le pays d'une nouvelle Constitution, l'Acte d'union de 1840, entré en vigueur en 1841. Cette loi organique unit le Haut-Canada anglais et le Bas-Canada français en une seule province, le Canada-Uni, avec un gouverneur, nommé par le roi, un Conseil législatif, nommé de même, et une Assemblée législative élue par le peuple. L'exécutif est confié à un conseil de huit députés choisis par le gouverneur, mais sans responsabilité devant la Chambre. Pratiquement, tout le budget relève du vote de la législature. Instrument d'anglicisation, la Constitution accorde à chaque province un nombre égal de députés, quoique la province anglaise soit nettement moins peuplée que la française. En outre, elle ne reconnaît plus le français comme langue officielle.

   Cette nouvelle forme de gouvernement marque pourtant un progrès sur l'ancienne Constitution, où dominait le gouverneur. Les anciens réformistes s'empressent de l'utiliser pour l'obtention d'un gouvernement responsable devant la législature. Bientôt, afin d'assurer la stabilité de l'Administration, les gouverneurs doivent graduellement choisir des conseillers exécutifs soumis aux dictées de la Chambre. En moins de huit ans, sous la direction de Louis Hippolyte Lafontaine et de Robert Baldwin, le gouverneur James Bruce, comte d'Elgin, avec l'approbation du secrétaire britannique aux Colonies, lord Grey, reconnaît officiellement le principe de la complète responsabilité du ministère devant l'Assemblée législative. Dès lors (1848), tout en conservant une influence considérable, les gouverneurs du Canada président l'Administration, mais ne la dirigent plus.

   Les Provinces maritimes rencontrent les mêmes problèmes que les Provinces canadiennes. Après la prospérité que lui apporte la guerre de 1812, la population grandissante revendique une plus grande participation à l'administration des affaires publiques. Sous la direction de Joseph Howe, la Nouvelle-Écosse réussit graduellement à étendre le champ d'action de la législature, si bien que, en 1848, sans coup de force, elle est la première province à posséder le plein régime parlementaire. Au Nouveau-Brunswick, la lutte pour l'extension des droits de l'Assemblée se fait par étapes. Le premier ministère responsable ne se forme qu'en 1852. Dans l'île du Prince-Édouard, où sévit l'absentéisme des grands propriétaires, le citoyen s'intéresse plus à la question des terres qu'à la réforme parlementaire. L'évolution politique progresse lentement, et la responsabilité des ministres devant la Chambre ne sera reconnue qu'en 1851.

   Dans le Canada-Uni, une des premières initiatives parlementaires est d'obtenir la restauration du français au rang de langue officielle (1848). À ce moment s'ouvre pour le pays une période de prospérité. La construction des grandes routes, des chemins de fer et des canaux fait monter les salaires. À l'occasion de la guerre de Crimée (1854), le prix du blé double et la valeur des terres s'accroît, grâce également au traité de réciprocité commerciale avec les États-Unis (1854). La sécularisation des terres du clergé protestant dans le Haut-Canada et l'abolition de la tenure seigneuriale dans le Bas-Canada décuplent la colonisation. L'abondance du travail et les terres bon marché attirent des vagues d'émigrants (57 000 dans la seule année 1857). Les campagnes se peuplent et la production agricole double. Les villes grandissent, où viennent s'installer de nombreuses manufactures. Dans les Provinces maritimes se développent spécialement les pêcheries et la construction des navires. La population totale des cinq provinces passe de 2 382 000 en 1851 à 3 169 000 en 1861. Toutefois, les provinces qui se partagent le territoire canadien restent isolées, constituant chacune une colonie indépendante des autres.

Vers l'Union

Cependant, le rapide progrès du pays finit par se ralentir : l'arrêt des grands travaux publics, la baisse du prix du blé et la dénonciation du traité de réciprocité américain amènent un bouleversement des marchés, provoquant bientôt une crise économique, entre 1860 et 1870. Devant le marasme des affaires, les Provinces maritimes, mécontentes du traité de réciprocité qui a ignoré leurs pêcheries, ainsi que de l'abandon du projet canadien d'un chemin de fer interprovincial, songent à former une union politique qui leur assurerait une économie des services publics et une extension des marchés. Dans l'intervalle, l'union des deux provinces canadiennes, loin d'amener l'assimilation de l'élément français par l'élément anglais, a, au contraire, renforcé l'influence française, grâce à la plus grande cohésion de ses représentants. Dans chaque province, avec l'apparition de questions régionales, les députés se divisent en plusieurs partis, dont les programmes se compliquent de l'opposition de religion et de langue. Cet état de choses rend bientôt impossible toute stabilité gouvernementale : les ministères ne se maintiennent que peu de temps, à l'aide de compromis et de tractations. Il en résulte une véritable stagnation politique, aggravée par la menace d'une invasion des États-Unis, par la crise économique, les difficultés financières des chemins de fer et la fermeture du marché américain. Alors se formule le projet d'une union des cinq provinces, union qui doublerait les forces militaires, décuplerait le volume des échanges et construirait une patrie plus grande, plus riche et plus forte.

   C'est ce projet que les délégués du Canada présentent au congrès des Provinces maritimes en septembre 1864. Leur plaidoyer reçoit l'assentiment général et, un mois plus tard, les mêmes délégués élaborent le plan de constitution de la future Fédération canadienne. Après des hésitations, la Grande-Bretagne se rallie au projet. Son adoption ne se fait pas sans difficultés : l'île du Prince-Édouard refuse d'y participer, et le Nouveau-Brunswick s'y oppose par un vote populaire. Mais Londres et le Canada-Uni, l'un par pression administrative et l'autre par l'usage des fonds secrets, obtiennent les adhésions nécessaires, aidés, d'ailleurs, par la dénonciation du traité de réciprocité américain et par l'invasion du Canada (1866) par des insurgés irlandais, les Fenians (→ Fraternité républicaine irlandaise). Finalement, la réunion des délégués des provinces à Londres, en décembre 1866, règle les termes de la fédération, et le Parlement britannique en fait l'objet d'une loi, qui, votée le 29 mars 1867 et promulguée par la reine Victoria, prend effet le 1er juillet suivant.

Un siècle de croissance et d'expansion

La Confédération canadienne

Sous le titre d'« Acte de l'Amérique du Nord britannique », la loi de 1867, qui forme la Constitution canadienne, crée un nouvel État, la Confédération du Canada, unissant les quatre provinces du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, du Haut-Canada (l'Ontario) et du Bas-Canada (le Québec). Elle reconnaît à cet État son autonomie intérieure et l'usage de l'anglais et du français, et répartit les pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les provinces.

   La nouvelle fédération n'embrasse pas tout le territoire canadien. À l'ouest de l'Ontario, la terre de Rupert appartient depuis 1670, par concession de Charles II, à la Compagnie de la baie d'Hudson et englobe tout le bassin hydrographique de la baie de ce nom. Au-delà de ce domaine se situent, exploités à bail par la même compagnie, les Territoires du Nord-Ouest, qui s'étendent jusqu'aux Rocheuses. Ces deux régions sont uniquement des pays de chasse à la fourrure, malgré la fondation, en 1811, par lord Selkirk, d'une petite colonie agricole au confluent des rivières Rouge et Assiniboine. L'établissement progresse avec lenteur, quand le Canada, ayant acquis par achat toute la région (1869), érige cette petite colonie de la Rivière-Rouge en province du Manitoba, qui, après un bref soulèvement des métis anglais et français dirigés par Louis Riel, se joint à la Confédération canadienne (1870). En 1885, Louis Riel, revenu d'exil pour se mettre à la tête d'une nouvelle révolte des métis dans le district de Saskatchewan, sera vaincu et exécuté.

   Quant au territoire à l'ouest des Rocheuses jusqu'au Pacifique, découvert par les Espagnols (1774), reconnu par Cook (1778) et revendiqué par Vancouver (1792), il s'est faiblement peuplé autour des deux centres de Victoria et de Vancouver. Constitué en province sous le nom de Colombie-Britannique, il s'unit à son tour, en 1871, au Canada fédéré. Finalement, jusque-là récalcitrante, l'île du Prince-Édouard suivra cet exemple en 1873.

   Englobant tout le territoire de l'Atlantique au Pacifique et groupant 3 millions d'habitants, le Canada, sous la direction du ministère conservateur Macdonald (avec un intermède libéral de 1874 à 1878), se met résolument à l'œuvre. Il construit un réseau de chemins de fer qui, reliant Montréal à Halifax et Vancouver, ouvre toutes les provinces à la colonisation et à l'expansion économique. En vingt ans, le Manitoba triple sa population et l'industrie multiplie ses usines. Cependant, l'agriculture – grains et produits laitiers – continue de former la base économique du pays, épaulée par l'exploitation de la forêt et des pêcheries. De 1867 à la fin du siècle, le commerce triple son volume.

   En 1896, le ministère conservateur tombe sur la question des écoles du Manitoba : l'Église catholique s'en était prise vigoureusement aux autorités du Manitoba qui refusaient des subventions à certaines écoles catholiques parce qu'elles n'entendaient pas se soumettre à un programme limitant la liberté de l'enseignement religieux. Un Canadien français, Wilfrid Laurier, forme alors le ministère libéral « de tous les talents », qui fait admettre un tarif préférentiel avec le Royaume-Uni et lève un contingent de 7 000 volontaires lors de la guerre de l'Angleterre contre les Boers (→ guerre des Boers. D'autre part, appliquant une politique franchement autonomiste, Laurier fait reconnaître le droit du Canada de n'être pas lié par les traités anglais, et de réglementer à son gré toute l'immigration, même britannique. Bientôt, une politique active d'immigration fait augmenter la population de 34 % entre 1901 et 1911 (de 5 731 000 à 7 201 000 habitants). Deux nouvelles provinces sont créées : l'Alberta et la Saskatchewan, en 1905. En même temps, Laurier inaugure la construction d'un nouveau chemin de fer transcontinental. De ces mesures politiques, il résulte une énorme augmentation de production et, partant, de richesse nationale. En 1911, les libéraux sont remplacés au pouvoir par les conservateurs, sous sir Robert Borden. La Première Guerre mondiale provoque un élan de soutien à la Grande-Bretagne, même au Québec. Sur une population de 8 millions d'habitants, 600 000 prennent les armes, volontaires pour la plupart. À l'issue du conflit, le Canada prend sa place à Versailles et signe le traité de paix : il est devenu une puissance internationale (→ traité de Versailles).

   L'après-guerre, avec ses problèmes économiques, voit surgir, à côté des vieux partis, le groupe agraire ou progressiste, opposé à la politique industrielle des conservateurs. Aux élections de 1921, qui établissent le suffrage féminin, le parti libéral revient au pouvoir avec Mackenzie King et le garde grâce à l'appui des progressistes. Il recherche de nouveaux marchés d'exportation, encourage l'immigration européenne et réduit les impôts. La hausse du blé engendre des années d'abondance, ce qui attire dans le pays un million d'émigrants. Il s'ensuit un énorme développement des industries forestières, les centrales hydroélectriques et les manufactures se multiplient, et l'industrie minière décuple (nickel, or, amiante et cobalt). Dans l'Ouest s'organisent les grands cartels du blé.

La crise, les débuts de l'État providence et l'engagement dans la Seconde Guerre mondiale

Mais la crise mondiale de 1929 provoque la faillite de nombreuses entreprises ; la baisse des prix paralyse l'agriculture et ruine les cartels ; les salaires et les revenus s'effondrent, et le chômage gagne les villes et même la campagne. Les élections de 1930 amènent au pouvoir les conservateurs, avec Richard Bennett. La lutte contre le marasme économique s'engage : allocations aux sans-travail, arrêt de l'immigration, relèvement des tarifs et primes aux cultivateurs ; si bien que, malgré des déficits, le Canada peut solder toutes ses obligations au pair et couvrir ses emprunts sans difficulté.

   Dans le domaine politique, James Woodsworth crée en 1932 un parti travailliste-agraire sous le nom de Cooperative Commonwealth Federation. La conférence impériale de 1926 reconnaît l'entière indépendance politique du Canada à l'égard de la métropole, en déclarant que la Grande-Bretagne et les dominions sont « des collectivités autonomes de statut égal », formule adoptée et promulguée par le statut de Westminster de 1931. Dès lors, seul signataire de ses traités internationaux, et nommant ses ambassadeurs auprès des autres pays, le Canada ne reconnaît d'autre limite à son indépendance que celle qu'il veut bien admettre afin de maintenir l'intégrité du Commonwealth.

   Aux élections de 1935, les libéraux reprennent le pouvoir et s'appliquent à fortifier la situation économique par une augmentation du commerce international, et par des accords avec la Grande-Bretagne et les États-Unis, notamment par un traité de réciprocité avec ce dernier pays (1938). L'entente cordiale entre les deux nations se transformera en pacte militaire de défense mutuelle, dit accord d'Ogdensburg (18 août 1940).

   La Seconde Guerre mondiale voit, pour la première fois dans son histoire, le Canada déclarer la guerre à un pays, l'Allemagne. En même temps, le pays convertit bientôt son industrie de paix en une industrie de guerre, qui produit plus de 10 milliards de dollars d'armes et de munitions, y compris des avions, des chars de combats et des navires. De plus, son agriculture transforme le pays en un immense grenier, qui déverse d'énormes quantités de blé et de vivres en Grande-Bretagne, à laquelle il prête, en outre, 700 millions de dollars (1942). Cependant le problème de la conscription a divisé le pays, le Québec la repoussant, alors que les anglophones l'approuvaient.

La vie politique fédérale pendant les années de croissance (1945-1965)

Après le conflit, le parti libéral, dirigé par Louis Saint-Laurent, Premier ministre à partir de 1948, se maintient au pouvoir jusqu'en juin 1957. Mais, à cette date, des élections donnent la majorité au parti conservateur (Progressive Conservative Party) ; son chef, John George Diefenbaker, devient Premier ministre. En 1949, le Canada s'était agrandi d'une nouvelle province : Terre-Neuve.

   En février 1963, Diefenbaker est mis en minorité à la suite de problèmes soulevés par la défense militaire du pays. Les libéraux l'emportent et leur leader, Lester Pearson, devient Premier ministre.

   Sur le plan extérieur, le Canada prend part à chacune des opérations de maintien de la paix entreprises par les Nations unies et signe le traité de Moscou sur l'arrêt des essais nucléaires (1963). Les relations avec les États-Unis restent déterminantes, et les deux pays possèdent des vues identiques sur les options fondamentales en matière de politique étrangère (→ Alliance atlantique). Cependant Ottawa manifeste une indépendance tenace à l'égard de son grand voisin.

   Sur le plan constitutionnel, la conférence des Premiers ministres fédéral et provinciaux accepte en octobre 1964 la « formule Fulton-Favreau », prévoyant une modification de la Constitution canadienne : cette formule, après approbation par les provinces, doit transférer du Parlement du Royaume-Uni aux autorités législatives du Canada le pouvoir entier et exclusif de modifier la Constitution du pays. Ainsi le Canada tend à une souveraineté totale dont le symbole est le drapeau national adopté par le Parlement canadien le 15 décembre 1964 et proclamé par la reine le 15 février 1965.

De la consolidation à la crise de l'État providence et de l'unité fragile à la montée des séparatismes (1965-1984)

La consolidation de l'État providence

Profitant de la prospérité du pays, les libéraux au pouvoir renforcent l'État providence mis en place de 1939 à 1944 : en 1965, ils établissent le « régime de pensions » du Canada qui fournit des allocations aux personnes âgées et aux handicapés : ce système universel est financé à parts égales par l'État fédéral et les provinces. Le Québec institue son propre régime. L'année suivante, la loi sur l'assurance maladie couvre les soins médicaux, et, en 1967, le gouvernement fédéral complète les programmes d'aide sociale des provinces.

   Le Premier ministre Lester Pearson, âgé, démissionne en 1968 ; il est remplacé par le libéral Pierre Elliott Trudeau, qui assoit sa majorité aux élections de la même année. Son programme de « société juste » reste dans le droit-fil du libéralisme : redistribution des richesses, égalité des chances, auxquelles il ajoute un volet destiné à garantir les droits individuels. De fait, après la légalisation du divorce intervenue en 1967, l'avortement thérapeutique est décriminalisé en 1969, des prestations de maternité sont intégrées deux ans plus tard au régime d'assurance chômage, et, en 1972, des mesures contre la discrimination sexuelle en matière d'emploi sont prises dans la fonction publique.

La question québécoise

Surtout, l'arrivée de Pierre Elliott Trudeau symbolise la volonté du parti libéral de résoudre le problème du séparatisme québécois, qui s'est nourri du développement du nationalisme dans les années 1950 et lors de la « révolution tranquille » menée par le libéral Jean Lesage (modernisation de la « Belle Province » entre 1960 et 1966). En juillet 1967, le voyage du général de Gaulle, qui célèbre « le Québec libre », apporte un soutien aux partisans de l'émancipation de la région. À la fin de l'année, une commission royale d'enquête, instituée en 1963, propose des réformes : elles aboutissent en 1969 à la loi sur le bilinguisme, reconnaissant le français comme langue officielle. La détente semble prévaloir en 1969, après la démission du général de Gaulle et l'arrivée au pouvoir dans la province, en 1970, des libéraux de Robert Bourassa, partisans du fédéralisme. Mais les membres du Front de libération du Québec radicalisent leurs actions, qui culminent en octobre 1970 avec l'assassinat du ministre québécois du Travail, Pierre Laporte. Les mesures d'urgence (envoi de l'armée, arrestations massives) prises par P. E. Trudeau irritent cependant les habitants de la province, qui rejettent le programme de « justice dans l'unité », proposé par le Premier ministre fédéral, tandis que le gouvernement local refuse, en 1971, le projet de « charte constitutionnelle », qu'il avait pourtant contribué à mettre au point à Victoria, arguant d'une décentralisation insuffisante.

   Ces ouvertures et l'accent mis sur les droits individuels ont fait resurgir d'autres revendications, comme celles, territoriales, des autochtones amérindiens, tout en irritant la majorité anglophone du pays, en particulier, les habitants des provinces de l'Ouest. Les élections fédérales de 1972 font perdre au parti libéral la majorité et consacrent la coupure politique et linguistique du pays. Les libéraux du Québécois Trudeau n'ont obtenu la majorité que dans le seul Québec, ne faisant jeu égal avec les conservateurs que dans le Nouveau-Brunswick (30 % de francophones). Toutefois, le Premier ministre sortant se maintient au pouvoir en passant un accord avec les sociaux-démocrates du Nouveau parti démocratique.

Le Canada entre crise mondiale et crise politique

La politique économique de P. E. Trudeau, fondée sur le contrôle des prix et le soutien du pouvoir d'achat, tarde à produire ses effets. En 1974, l'inflation dépasse 10 % ; la monnaie se déprécie rapidement et le chômage progresse, tandis que les profits des entreprises demeurent considérables. La contestation sociale s'amplifie, les grèves se multiplient. Les alliés sociaux-démocrates du gouvernement rejoignent alors les conservateurs et repoussent le budget (mai 1974). De nouvelles élections sont alors organisées, en juillet ; elles donnent la victoire à P. E. Trudeau, soutenu cette fois par les anglophones de l'Ontario, qui lui savent gré de la fermeté dont il a fait preuve contre la loi linguistique de Robert Bourassa, votée le même mois au Québec et conférant la souveraineté à la province en matière de langue.

   P. E. Trudeau poursuit alors sa politique extérieure (reconnaissance de la Chine populaire en 1970, visite en URSS en 1971), qui consiste à rééquilibrer vers l'Europe et l'Asie (accords de partenariat économique de 1975 et 1976) des relations jusque-là trop exclusivement orientées vers les États-Unis, ce qui entraîne des contentieux avec Washington (contrôle de l'investissement américain, désengagement partiel au sein de l'OTAN). Mais, à l'intérieur, sa politique anti-inflationniste (contrôle des prix et des salaires en 1975) provoque un vif mécontentement, marqué notamment par la première grève générale du pays (14 octobre 1976).

   Quelques jours plus tard, René Lévesque, chef du parti québécois, indépendantiste, gagne les élections provinciales. La perspective d'un référendum local au Québec sur la souveraineté-association (souveraineté politique, association économique) conduit P. E. Trudeau à multiplier les initiatives en vue d'un règlement de la question québécoise : les projets de rapatriement de l'Acte (britannique) de l'Amérique du Nord (jusqu'alors conservé à Londres), de garantie des droits linguistiques des minorités et de réforme institutionnelle heurtent les anglophones de l'Ouest, et la conférence des Premiers ministres de toutes les provinces, en 1979, n'aboutit à aucun accord. Aux élections de la même année, P. E. Trudeau, désavoué par les électeurs (l'Ouest anglophone prend sa revanche sur le French power, qu'il incarne), est remplacé au pouvoir par le jeune conservateur de la province d'Alberta, Joe Clark. Cependant, six mois plus tard, le budget d'austérité que le nouveau gouvernement présente est rejeté, une motion de censure est adoptée, et, en février 1980, de nouvelles élections sont organisées, qui donnent la majorité absolue aux libéraux : P. E. Trudeau revient ainsi à la tête du pays.

   Le rejet par les Québécois de l'indépendance au référendum de mai 1980 (60 % de votes négatifs) est célébré dans tout le Canada comme une victoire personnelle de P. E. Trudeau, qui a mené une active campagne contre le projet de René Lévesque. Celui-ci, malgré cet échec, remporte les élections provinciales de 1981 et s'oppose au rapatriement de la Constitution, dont les aspects fédéralistes risquent de faire du Québec une province comme les autres. À la fin de l'année, grâce au soutien des anglophones, P. E. Trudeau parvient cependant à faire adopter son projet, auquel il joint une charte des droits et des libertés. Sa ratification officielle par la Grande-Bretagne, le 29 mars 1982, consacre l'indépendance totale du Canada. Mais, loin de résoudre la crise politique, la solution choisie la pérennise, car le Québec s'est exclu de la nouvelle fédération.

   Entre-temps, la situation économique s'est dégradée : le Canada traverse une grave récession en 1980-1982. La dette publique gonfle, les taux d'intérêt demeurent élevés, le chômage s'accroît encore et touche 12 % de la population active. L'État providence entre en crise, les libéraux, qui l'ont mis sur pied, ne parviennent pas à s'adapter à la nouvelle conjoncture. En février 1984, usé par le pouvoir, P. E. Trudeau annonce qu'il renonce à la direction du parti libéral, et démissionne du gouvernement. John Turner lui succède, mais les élections de septembre consacrent la victoire des conservateurs, qui disposent d'un nombre record de sièges (211 sur 282) au Parlement.

Le Canada en quête de lui-même (depuis 1984)

L'épisode conservateur

De nouvelles réponses aux incertitudes politiques ?

Le nouveau Premier ministre conservateur, Brian Mulroney, s'attaque en priorité à la stagflation qui mine l'économie du pays. Mais la montée des séparatismes tant au Québec que dans les provinces anglophones, et même au niveau local, dans les populations autochtones amérindiennes, a tôt fait de mobiliser son énergie. Pour résoudre la crise et intégrer le Québec à la Fédération, une conférence réunissant le Premier ministre et les représentants des dix provinces se tient au lac Meech en 1987 : après de laborieuses négociations, un compromis est finalement trouvé, qui donne satisfaction aux revendications modérées du libéral Robert Bourassa, revenu au pouvoir à Québec en 1986. En particulier, cet accord prévoit d'amender la Constitution canadienne pour reconnaître à la région francophone le statut de « société distincte ». En juin 1990, le refus des Premiers ministres du Manitoba et de Terre-Neuve de le ratifier, au nom de la défense de l'égalité entre les provinces, enterre l'accord. La question de la possible sécession québécoise demeure donc en suspens, menace pesant sur l'avenir de la Fédération.

   La contestation particulariste et territoriale des Amérindiens s'amplifie. En 1990, les Mohawks organisent un blocus à Oka (Québec), obligeant le gouvernement à envoyer la troupe. Les autorités fédérales s'emploient de nouveau à trouver une solution politique à la fragmentation croissante du Canada. Un nouveau projet de révision constitutionnelle, mis au point à Charlottetown, prévoit une refonte des institutions fédérales, octroie au Québec le statut de « société distincte », propose une nouvelle répartition des pouvoirs entre Ottawa et les provinces, et reconnaît – outre le droit à l'autonomie des autochtones – les minorités linguistiques et ethniques, le multiculturalisme, l'égalité hommes-femmes. Soumis à un référendum national en 1992, ce projet est repoussé par 54 % des Canadiens. L'unité et l'avenir du pays apparaissent plus que jamais problématiques, au même titre que la carrière du Premier ministre, que ce nouvel échec achève de déconsidérer.

De nouvelles réponses aux problèmes économiques ?

Venu du monde des affaires, Brian Mulroney entend, en matière économique, appliquer au pays tout entier les méthodes en vigueur au sein des entreprises. Dès son arrivée au pouvoir, en 1984, il tourne le dos à la social-démocratie chère aux libéraux. Son programme s'inspire en effet des politiques reaganienne et thatchérienne : réduction du déficit budgétaire (et donc des dépenses fédérales), lutte contre l'inflation, mesures en faveur de la libre entreprise, réforme fiscale, déréglementation, appel à l'investissement étranger ; il culmine avec l'accord de libre-échange (ALE) signé en 1988 avec les États-Unis, entré en vigueur en 1989, et élargi au Mexique en 1992 (ALENA, qui prend effet à partir de 1994).

   Les élections de 1988, qui reconduisent le gouvernement conservateur, témoignent de l'adhésion de la population à cette nouvelle politique. Celle-ci semble en effet porter ses fruits : la reprise se dessine nettement, soutenue par la croissance américaine. Mais la grave récession que les États-Unis connaissent à partir de 1990 replonge bientôt le Canada dans la crise.

   

Paradoxalement, le fort retournement de conjoncture de 1991-1992 donne l'occasion à Brian Mulroney de tenter de ressouder autour d'un programme de relance économique l'unité nationale mise à mal par l'échec de l'accord du lac Meech. Mais cette initiative, qui contrevient aux théories que son gouvernement a jusque-là appliquées, échoue : très vite, la dette publique s'envole dangereusement et dépasse la valeur du PIB, grevant l'avenir ; l'inflation se fait rampante et le chômage affecte à nouveau 12 % de la population active. L'opinion publique est mécontente, et les cotes de popularité très mauvaises.

   En juin 1993, Brian Mulroney renonce à ses fonctions ; il est remplacé à la tête du parti conservateur et du gouvernement par Kim Campbell, première femme à occuper le poste de Premier ministre. Mais, aux élections d'octobre de la même année, celle-ci ne peut empêcher la débâcle historique des conservateurs, qui, sanctionnés pour leurs échecs politiques et financiers, ne conservent que deux sièges à la Chambre des communes. Le parti libéral obtient la majorité absolue, et c'est son chef, Jean Chrétien, qui devient Premier ministre. Le Bloc québécois, formation indépendantiste provinciale issue des rangs conservateurs et conduite par Lucien Bouchard, constitue l'opposition officielle, tandis que le parti de la Réforme – très à droite –, bien implanté dans l'Ouest, gagne 52 sièges.

   Plus que jamais, la géographie des élections est le reflet de la division régionale et politique du Canada.

La révision libérale

Réforme de l'État providence, rigueur budgétaire et croissance économique

Contrairement à leurs engagements de campagne, centrés sur la lutte contre le chômage, les libéraux au pouvoir choisissent de combattre l'inflation et de privilégier l'orthodoxie budgétaire, s'inspirant de la politique pratiquée par le gouvernement conservateur de l'Alberta.

   Ils transfèrent aux provinces la responsabilité – et l'essentiel du coût – d'un grand nombre de programmes sociaux jusque-là relevant du niveau fédéral. En 1996, ils réforment dans un sens restrictif l'assurance-chômage qui devient l'assurance-emploi. Les économies dégagées par cette cure d'austérité permettent de réduire progressivement le déficit budgétaire et d'enrayer l'augmentation effrénée de la dette fédérale puis de la comprimer ; le gouvernement peut ainsi annoncer un retour à l'équilibre des comptes pour 1996-1997, une première dans le pays depuis 1969-1970, et parmi les membres du G7.

   Peu à peu, avec la maîtrise de l'inflation, la croissance revient, dopée notamment par les exportations, et en particulier par celles destinées au marché américain, tandis que le chômage amorce son orientation à la baisse. Principaux pourfendeurs de l'ALENA les libéraux, une fois installés aux commandes du pays, non seulement ne remettent pas en cause l'accord, mais ils s'en font les plus ardents champions.

   Par ailleurs, désireux de consolider la reprise, le Premier ministre cherche, en multipliant les accords de commerce, à resserrer les relations économiques du Canada avec les pays d'Asie, d'Amérique latine et d'Europe. En somme, les libéraux pratiquent une politique qui n'est guère éloignée de celle de leurs prédécesseurs – ni de celle de leurs voisins américains.

   Les élections provoquées en 1997 par Jean Chrétien donnent à son parti une majorité restreinte de 156 sièges sur 301, mais la division de l'opposition (partagée entre le Nouveau parti démocratique [NPD] à gauche, le parti progressiste conservateur et le parti de la Réforme à droite, et le Bloc québécois) lui laisse les coudées franches. Il peut donc poursuivre sans crainte dans la voie de la rigueur et du respect des grands équilibres, d'autant que cette politique est désormais relayée par la plupart des gouvernements provinciaux, quelles que soient leurs tendances politiques. Ainsi tombent les dernières réticences à remettre en cause un système de protection sociale qui constituait la grande « différence » canadienne en Amérique du Nord. En effet, les programmes sociaux qui échoient aux gouvernements locaux font l'objet d'un tour de vis et leur portée est limitée ; des services autrefois proposés par l'administration ou des régies publiques sont sous-traités ou privatisés. C'est pourquoi en 1997-1998, en même temps que le gouvernement fédéral annonce un excédent budgétaire, la moitié des provinces et territoires affichent un solde équilibré ou même positif.

   Fort d'une situation économique florissante, d'un bon bilan, ainsi que d'une popularité renforcée par la nostalgie des années Trudeau qui submerge le pays à l'annonce de la mort de l'ancien Premier ministre, et en dépit de quelques scandales éclaboussant son administration, Jean Chrétien provoque pour la fin novembre 2000 de nouvelles élections, avec un an et demi d'avance sur le calendrier, afin de prendre de court l'opposition de droite, qui cherche à se réorganiser avec un succès mitigé. Jean Chrétien remporte aisément cette consultation, avec 41 % des suffrages et 172 sièges à la Chambre des communes : il entre ainsi dans l'histoire du Canada en devenant le premier chef de parti depuis 1940 à remporter trois victoires consécutives et à permettre à un gouvernement majoritaire de diriger le pays.

   L'opposition reste divisée au niveau fédéral. L'Alliance canadienne (ancien parti de la Réforme élargi à d'autres formations conservatrices) apparaît comme le principal parti d'opposition avec 26 % des voix et 67 sièges, le parti conservateur progressiste obtient 12 % des suffrages et 12 sièges et le Nouveau parti démocratique respectivement 9 % et 13 sièges. Au Québec, le Bloc remporte un peu moins de voix que le parti libéral, mais 2 sièges de plus (38 contre 36). Ce tassement des voix souverainistes, que le Premier ministre provincial prend en considération en démissionnant en janvier 2001, est portée au crédit de Jean Chrétien. La carte politique du Canada n'a guère évolué depuis 1997. Ainsi l'Alliance canadienne reste-t-elle bien implantée dans l'Ouest, sans toutefois parvenir à percer au niveau national. En fait, ce qui ressort des dernières élections, c'est la division accrue des orientations politiques régionales.

Menaces sur l'unité du pays : le découplage fédéral/provincial, libéral/conservateur, québécois/est/ouest

Aux élections législatives de juin 1997, la tendance à la « régionalisation » du vote est déjà flagrante. Le parti libéral domine dans l'Ontario, qui fournit le tiers des représentants à la Chambre des communes, mais il perd des sièges à l'est et devient marginal à l'ouest ; le parti de la Réforme gagne 60 de ses 88 sièges dans les provinces occidentales, tandis que le Bloc québécois domine au Québec.

   Cette fracture s'accroît lors des consultations suivantes, notamment locales. Les gouvernements provinciaux semblent devoir être toujours davantage aux mains des conservateurs : c'est vrai depuis longtemps dans les Plaines et en Alberta (dont l'administration sortante est réélue avec 64 % des suffrages en mars 2001), mais aussi à partir de 1997 en Ontario (qui renouvelle sa confiance au gouvernement du conservateur Mike Harris en 2001), dans la plupart des Provinces maritimes (dès 1997 et surtout en 2001) et même en Colombie-Britannique, qui finit par tomber dans l'escarcelle de libéraux franchement marqués à droite en 2001.

   Quasi absente au Parlement d'Ottawa, dominé par le centre-gauche libéral, l'opposition de droite détient les rênes d'un pouvoir local dont les prérogatives se sont renforcées à la faveur des transferts effectués au cours de la décennie. Il y a donc partage des rôles et séparation des pouvoirs tant entre les deux grands niveaux politiques qu'entre les principales alternatives politiques. Non sans paradoxe, à la faveur de cette redistribution des cartes à leur profit, les administrations locales pratiquent de conserve le désengagement.

   Ce chassé-croisé des prérogatives accentue le découplage politique fédéral/provincial et libéral/conservateur. L'accroissement des inégalités qui résulte du retrait conjoint des gouvernements des programmes de sécurité sociale, la dégradation des prestations des systèmes de santé et d'éducation, ou la déficience des services autrefois fournis par des organismes publics (comme les contrôles sanitaires) et désormais confiés à des entreprises privées, suscitent un sentiment de mécontentement et d'inquiétude grandissant au sein de l'opinion publique. Au point que le gouvernement fédéral estime nécessaire de le prendre en compte et de décider, dès 1998, de modifier ses orientations pour consacrer la moitié du nouvel excédent budgétaire aux écoles et aux hôpitaux…

   En conséquence, en septembre 2000, juste avant les élections, il débloque des fonds supplémentaires afin d'améliorer les services de santé. Au même moment, il assouplit les règles strictes d'un projet de loi sur l'assurance-chômage. Enfin, il promet une réduction d'impôts pour tous les ménages, en particulier les moins favorisés. Au niveau provincial sont donc menées des politiques néo-libérales, tandis qu'au niveau fédéral les libéraux réapparaissent comme les garants des anciens filets de sécurité sociale. Le gouvernement d'Ottawa se porte garant des grands équilibres nécessaires à la poursuite de la croissance tout en se montrant de plus en plus attaché à conserver ce qui reste du modèle d'État providence canadien.

   Après avoir annoncé à l'été 2002 qu'il quitterait le pouvoir en février 2004, Jean Chrétien, soucieux de sa place dans l'histoire du pays, et fort d'excédents budgétaires ininterrompus depuis 1998, se prononce en faveur de plans pluri-annuels destinés à l'amélioration des services publics, de la santé, de l'éducation et de la formation en particulier. Son successeur à la tête du gouvernement, Paul Martin, confirme cette orientation dans le programme de subventions – électoraliste – qu'il met en œuvre au début 2004.

   La rivalité entre Jean Chrétien et son ministre des Finances, Paul Martin, artisan du redressement économique du pays, conduit au limogeage de ce dernier en juin 2002. Libéré de toute obligation de solidarité gouvernementale, Paul Martin s'emploie alors à acquérir une stature d'homme d'État et à convaincre les membres de son parti de le placer à sa tête – chose faite, brillamment, en novembre 2003.

   Le plébiscite interne en faveur de Paul Martin amène Jean Chrétien à anticiper son retrait programmé de la vie politique ; il laisse sa place à son vieux rival le 12 décembre 2003. Une fois à la tête du gouvernement, le nouveau Premier ministre oublie la rigueur budgétaire à laquelle son nom est associé et multiplie les subventions : il s'agit aussi de préparer et de gagner les élections générales prévues pour le 28 juin 2004. Le scandale des commandites, qui éclate en février 2004 et éclabousse les libéraux, prive leur chef de la victoire éclatante promise initialement. Ceux-ci n'obtiennent que 135 sièges et sont à une voix de la majorité absolue (155) avec l'appui des 19 représentants du NPD. Le parti conservateur, issu de la récente fusion des deux partis d'opposition de droite, l'Alliance démocratique et le parti conservateur progressiste, ne remporte que 99 députés. Pour cette législature, le Bloc québécois, avec ses 54 sièges, est donc placé en position d'arbitre.

Le Canada dans le monde

En politique internationale, le Canada met plus que jamais en avant son attachement au respect des droits de l'homme et de la diversité culturelle. Les responsables du pays multiplient leurs efforts pour parvenir à la signature de la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel, fin 1997. Ils décident en outre d'envoyer des contingents pour alimenter forces internationales dans les Balkans (Kosovo, printemps 1998) ou lutter contre le régime taliban d'Afghanistan (fin 2001). Jean Chrétien s'implique aussi en faveur du développement de l'Afrique et de l'établissement de la Cour pénale internationale (CPI).

   Par ailleurs, les responsables politiques manifestent leur intention de développer le commerce mondial, en accord avec le modèle et les valeurs qui animent le pays qu'ils dirigent. Les libéraux canadiens, d'abord hostiles de l'ALENA puis ralliés avec enthousiasme au traité de libre-échange, entendent l'étendre dès lors à l'ensemble du continent américain : tel est le sens de la proposition qu'ils formulent au second Sommet des Amériques qui se déroule à Santiago en avril 1998.

   Trois ans plus tard, au Sommet des Amériques et au Sommet des peuples qui se tiennent à Québec, ils assortissent cette perspective à l'idée d'une intégration élargie, plus sociale et démocratique tout en faisant du respect des droits de l'homme et de la démocratie autant de conditions à leur participation à cette immense zone de libre-échange. Mais la feuille de route et les projets d'unification établis alors retombent au cours des sommets qui suivent : les échecs des négociations entre Européens et Américains sur l'agriculture lors de la conférence de l'OMC de Cancún en septembre 2003 ébranlent la construction de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA), cependant que, encouragé par des consultations qui ont donné le pouvoir à des gouvernements de gauche en Amérique du Sud, le Brésil du président Lula prend la tête du front du refus aux demandes venues du Nord dominé par les États-Unis.

   Au demeurant, le Canada de Jean Chrétien s'oppose lui aussi à Washington : la guerre en Iraq est en effet source de tensions entre les deux voisins. Au refus canadien de participer à la coalition alliée s'ajoutent en 2003 les contentieux commerciaux sur le bois et la viande de bœuf. Le nouveau Premier ministre, Paul Martin, s'emploie néanmoins à réchauffer des relations bilatérales singulièrement refroidies. Sans grand succès cependant – son refus en février 2005 d'impliquer son pays dans le programme de bouclier antimissile lancé par G. W. Bush – reflète un peu plus le fossé socioculturel, mais aussi diplomatique et politique, qui sépare les deux nations.

Le retour des conservateurs

Malgré un bon bilan économique, Paul Martin ne parvient guère à convaincre. Victime des pressions inflationnistes liées à l'envolée du cours du pétrole, éclaboussé par les suites de l'affaire des commandites dont une enquête judiciaire spéciale le blanchit pourtant en novembre 2005, et prisonnier de la composante NPD de sa fragile coalition, il s'engage dans une surenchère subventionniste qui révèle un manque de charisme sanctionné par les électeurs lors de la consultation anticipée qu'il déclenche pour janvier 2006.

   Les Canadiens donnent alors un mandat par défaut à la droite, emmenée par un jeune leader de l'Alberta, Stephen Harper. Ce chef du parti conservateur, issu de la fusion (fin 2003) des formations de l'Alliance canadienne qu'il dirigeait et des conservateurs progressistes de Joey Clark, prône un réalignement tous azimuts du pays sur les États-Unis : diplomatique, mais aussi économique, social et culturel. Durant la campagne, à l'instar d'un G. W. Bush, il met l'accent sur les valeurs morales, la restauration de l'image des institutions, les baisses d'impôts, l'importance de l'effort militaire, et souligne la nécessité d'un réchauffement entre les deux voisins. Il modère toutefois la radicalité de ses propos pour mieux répondre aux attentes de la grande majorité des Canadiens. Les élections du 23 janvier 2006 placent son parti en tête, sans cependant lui donner de majorité : 124 députés (plus in fine le ralliement d'un libéral), 36,1 % des voix, contre 102 sièges, 30,1 % des voix pour les libéraux, 51 sièges, 10,5 % des voix au Bloc québécois, 29 sièges, 17,5 % des voix au NPD. Au Québec, les conservateurs font une remarquable percée (10 sièges, soit 9 de plus qu'en 2004, et 25 % des voix).

   Signe du réalignement d'Ottawa vis-à-vis de Washington : Stephen Harper effectue l'une de ses premières visites officielles à l'étranger en Afghanistan, et, contre l'avis de l'opinion publique mais avec l'appui d'une courte majorité au Parlement, obtient la poursuite et le renforcement de la présence militaire de son pays sur place.

   En octobre 2006, répondant notamment à la demande de l'Alberta, province de l'Ouest qui tire une large part de ses ressources de l'exploitation de sables bitumeux, et qui se trouve être par ailleurs un bastion du parti au pouvoir, le gouvernement conservateur présente un projet assouplissant la réglementation en matière d'émission de polluants, qui vise à revenir sur le protocole de Kyoto ratifié à la fin de 2002 par les libéraux, alors qu'ils étaient aux commandes du pays.

   Il affronte le mois suivant une mini-crise interne, le ministre des Affaires intergouvernementales démissionnant en guise de protestation contre l'adoption d'une résolution faisant du Québec « une nation au sein d'un Canada uni » (afin de prendre de court une motion indépendantiste qualifiant la « Belle Province » de « nation », sans la rattacher au pays – et par la même occasion de donner un coup de pouce aux conservateurs dans la perspective des consultations locales de 2007).

   Les grandes formations politiques semblent dès lors se positionner dans la perspective d'élections générales anticipées. De fait, en décembre 2006, les libéraux élisent à leur tête Stéphane Dion, Québécois d'origine, professeur de droit constitutionnel, et ancien ministre de l'Environnement, dans l'espoir d'une défaite du gouvernement minoritaire de Stephen Harper et de leur possible et prochain retour au pouvoir.

   Désireux de faire pièce aux manœuvres de la Russie dans la région, le Premier ministre réaffirme en août 2007 la présence du Canada dans l'Arctique et annonce la création prochaine d'un port en eaux profondes et d'un centre militaire dans le Grand Nord, ainsi que la multiplication des patrouilles dites « de souveraineté ».

   Enfin, pour honorer les promesses électorales énoncées un an et demi plus tôt, fort de la poursuite de la croissance et des excédents budgétaires, le gouvernement fait adopter en octobre 2007 un plan pluriannuel d'allégements fiscaux (de 60 milliards de dollars canadiens devant courir jusqu'en 2012).

   Le 7 septembre 2008, arguant d'un comportement parlementaire « dysfonctionnel », qui paraît d'autant plus dommageable que la conjoncture internationale s'assombrit au point de menacer la prospérité du pays, le Premier ministre demande la dissolution de la Chambre des communes et convoque pour le 14 octobre des élections législatives anticipées que son parti remporte, sans toutefois obtenir la majorité absolue. Avec 143 sièges sur 308, les conservateurs renforcent leurs positions mais doivent reformer un gouvernement minoritaire. Le parti libéral ne parvient pas à capitaliser sur les difficultés économiques qui se profilent : sa représentation au Parlement tombe à 78 sièges, et il disparaît quasiment des provinces de l'Ouest.

   Conséquence de ce revers : son chef Stéphane Dion démissionne de la tête de la formation pour être remplacé dès décembre (puis officiellement en mai 2009) par l'un de ses concurrents au même poste fin 2006, l'historien des droits de l'homme, spécialiste des relations internationales, journaliste et récent député Michael Ignatieff. Le Bloc québécois de Gilles Duceppe quant à lui résiste avec 48 sièges, tandis que le NPD de Jack Layton demeure le troisième parti d'opposition, avec 37 députés (contre 29 en 2006). Malgré leur score (8 %), les Verts ne parviennent pas à faire leur entrée à la Chambre. Le 1er décembre, les trois principales formations de l'opposition parlementaire s'accordent pour refuser la confiance au gouvernement Harper, qu'ils accusent de ne pas prendre la mesure de la crise économique qui affecte désormais à son tour le pays.

   À la demande du Premier ministre, la gouverneure générale Michaëlle Jean suspend les travaux du Parlement, ce qui repousse le vote de défiance à l'examen du budget prévu pour janvier 2009. Dans la foulée des mesures prises alors par le grand voisin américain, le gouvernement décide en décembre de venir en aide au secteur automobile et programme un grand plan de relance de 40 milliards de dollars pour les deux prochaines années. Le vote de ce budget à la fin janvier semble devoir mettre un terme à la crise politique, de même qu'il fait renouer le pays – temporairement – avec les déficits. De fait, après trois trimestres consécutifs de récession, le Canada retrouve, à l'été 2009, le chemin d'une croissance qu'il doit en partie, il est vrai, à l'appétit de la Chine en matières premières.

   Par ailleurs, fort d'un secteur financier peu affecté par la crise des subprimes et en définitive faiblement endetté (ratio de dette publique établi à 31 % du PIB), le pays affiche un taux de croissance de 2,8 % en 2010 et les meilleurs chiffres macro-économiques des grandes puissances occientales, ce qui ajoute à sa compétitivité internationale et séduit un peu plus encore les investisseurs étrangers.

   À la nouvelle demande du Premier ministre, la gouverneure générale Jean proroge le Parlement pendant les Jeux Olympiques d'hiver de Vancouver (2010), cependant que le Canada prend la tête du G20, sans toutefois parvenir à obtenir de cette organisation de mesures significatives pour régler la crise mondiale. Le pays essuie en outre une humiliation en octobre en ne réussissant pas, pour la première fois de son histoire, à faire élire un de ses représentants comme membre non permanent au Conseil de sécurité de l'ONU.

   À la fin mars 2011, le Parlement vote une motion de défiance à l'endroit du gouvernement Harper qui tombe de facto. Aux élections générales qui s'ensuivent, le 2 mai, les conservateurs, emmenés par le Premier ministre sortant, remportent 41 % des voix et une majorité absolue à la Chambre (166 députés sur 308). Les libéraux, laminés, n'obtiennent que 19 % des suffrages et ne conservent que 34 sièges ; ils sont dépassés par le NPD de J. Layton (respectivement 31 % et 103 représentants, un score historique). Alors que les premiers taillent des croupières aux seconds jusque dans leur bastion ontarien, le NPD, plus marqué à gauche, s'avère mordre de son côté sur la forteresse québécoise du PQ, qui ne parvient à sauver, dans la nouvelle assemblée, que 4 sièges. En outre, un Vert fait son entrée à Ottawa.

   Réalignement politique durable ou séisme conjoncturel dû à la lassitude des électeurs et à la crise internationale ? Il n'empêche : Michael Ignatieff, battu sur ses terres, démissionne aussitôt de la direction du parti libéral pour la laisser par intérim à Bob Rae ; Stephen Harper, reconduit quant à lui à la tête de l'exécutif, a désormais les coudées franches pour gouverner le pays pendant les cinq prochaines années.

Le monde selon les conservateurs canadiens

Stephen Harper est l'artisan d'un réalignement du Canada sur les États-Unis. Au moins pour un temps : car la priorité qu'il consacre à la contribution du pays aux forces internationales présentes en Afghanistan se heurte dès 2007 à la recrudescence des pertes et, conjointement, à l'opposition de plus en plus nette de l'opinion. De sorte que le Premier ministre est contraint, l'année suivante, à renoncer à envisager de prolonger au-delà de 2011 le stationnement du contingent et à programmer pour cette date son retrait effectif. Conséquence : en décembre 2009, le chef du gouvernement à Ottawa n'est averti de la nouvelle stratégie de Barack Obama dans la région que par un coup de téléphone du vice-président Joe Biden. Le désengagement canadien s'amorce dès novembre 2010 et est officialisé au même moment, lors du sommet de l'OTAN à Lisbonne.

   Par ailleurs, le gouvernement poursuit la politique de promotion de la libéralisation des échanges qui était celle de ses prédécesseurs en engageant des négociations avec des pays latino-américains ou encore l'Islande, la Norvège et la Suisse. Le Canada, qui compte une importante diaspora haïtienne (dont provient Michaëlle Jean), s'implique massivement dans l'action de soutien humanitaire à la population de Port-au-Prince après le tremblement de terre qui ravage Haïti le 12 janvier 2010.

   Stephen Harper doit néanmoins prendre acte de rejets significatifs de ce credo, avec l'échec de l'OPA du conglomérat minier anglo-australien Billington sur le Canadien Potash en novembre 2010, l'annulation de la fusion des bourses de Londres et de Toronto au début de l'été 2011, et enfin l'ajournement par B. Obama du projet d'oléoduc « XL » reliant l'Alberta au Texas en novembre 2011.

L'épine québécoise

Au Québec, lors des élections de septembre 1994, le parti québécois devance, de justesse, le parti libéral, usé par huit ans de pouvoir. Jacques Parizeau, le nouveau Premier ministre, prépare aussitôt un projet de loi « souverainiste » qui donne compétence au gouvernement local pour voter les lois, lever les impôts, signer les traités, tout en conservant le dollar canadien, en maintenant la province dans l'union économique et en reconnaissant les droits des anglophones et des autochtones : soumis à référendum, ce projet est rejeté en octobre 1995 à une très courte majorité (50,6 %), ce qui sème le trouble dans le reste du Canada.

   Jacques Parizeau démissionne aussitôt et Lucien Bouchard lui succède en janvier 1996. Dès lors, à Ottawa, le Premier ministre fédéral, Jean Chrétien, multiplie les concessions, réformant par étapes le fédéralisme afin de réduire le soutien de la population québécoise à l'idée d'indépendance : par une résolution parlementaire, l'État fédéral s'engage à tenir compte désormais du caractère distinct du Québec ; cinq régions, dont la « Belle Province », obtiennent un droit de veto indirect sur tout amendement constitutionnel. En échange, Ottawa s'octroie un droit de regard sur les éventuels projets de partition et charge la Cour suprême de statuer sur leur légalité et leurs modalités, ces contreparties n'atténuant guère toutefois l'hostilité des provinces de l'Ouest à l'égard des concessions faites au Québec.

   En septembre 1997, la déclaration de Calgary reconnaît le « caractère unique de la société québécoise au sein du Canada », tout en renchérissant sur l'idée d'égalité de tous les Canadiens comme de toutes les provinces ; son accueil est plutôt froid au Québec où on suspecte l'existence d'une manœuvre destinée à entraver l'évolution vers l'indépendance.

   En août 1998, la Cour suprême canadienne souligne l'obligation qu'auraient les deux parties de négocier dans ces circonstances : c'est, pour les Québécois, une sorte de reconnaissance constitutionnelle de la légitimité de la procédure référendaire – ce que la Chambre des communes d'Ottawa s'efforce aussitôt de restreindre (elle passe en mars 2000 la loi C-20 qui interprète de manière restrictive cet arrêt, notamment la notion de « clarté » de toute question référendaire posée devant une assemblée provinciale ou une population particulière). Par là, le gouvernement fédéral s'autorise à interférer dans le processus de formulation de la question à poser aux électeurs et condamne toute possibilité d'accord politique ou économique dans l'hypothèse d'une partition ; bref, si la Chambre des communes admet l'idée que la Fédération est divisible, il n'accepte pas le droit à l'autodétermination des provinces.

   De fait, l'hostilité québécoise envers le reste du Canada et les institutions fédérales s'accentue… En janvier 2001, le Premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, démissionne à cause des tensions qui déchirent son parti à la suite des dernières législatives et parce qu'il estime que le projet souverainiste qu'il appelle de ses vœux ne trouve pas assez d'écho auprès de la population. Il est remplacé par Bernard Landry, son vice-Premier ministre. Ce dernier perd les élections d'avril 2003 et cède le fauteuil de Premier ministre québécois au libéral Jean Charest, qui développe un programme de coupes sombres dans les dépenses provinciales bientôt très peu populaire.

   En novembre 2006, une résolution soumise au Parlement par le gouvernement du Premier ministre fédéral Stephen Harper afin de contrer une motion des indépendantistes évoquant l'idée de nation, mais sans la rattacher à la fédération, fait du Québec « une nation au sein d'un Canada uni ».

   En mars 2007, malgré un bilan mitigé, les Québécois reconduisent Jean Charest à la tête du gouvernement provincial, mais, n'obtenant que 43 % des voix, les libéraux se voient contraints de former un exécutif minoritaire – une première depuis 130 ans. L'Action démocratique du Québec (ADQ), nouvelle formation populiste de droite emmenée par Mario Dumont, arrive en seconde position (31 %), devant les Péquistes d'André Boisclair (28 %), qui connaissent alors un étiage.

   Vingt mois plus tard, le 8 décembre 2008, en dépit d'une forte abstention, un nouveau scrutin rebât les cartes, donnant la majorité absolue des sièges aux libéraux de Jean Charest (42 % des votes), tandis que, du fait de l'effondrement de l'ADQ (16 %) et d'un rebond (35 % des voix, son meilleur score depuis une décennie), le PQ dirigé par Pauline Marois retrouve son statut de principale force d'opposition. Jean Charest devient le premier chef de l'exécutif provincial à remporter trois élections consécutives depuis les années 1950.

Les Amérindiens dans la confédération : la solution de la dévolution autchtone

Si la question du Québec demeure une épine dans la Fédération, celle des Amérindiens trouve entre-temps des débuts de résolution.

   Il est vrai que leur population augmente désormais à un rythme six fois plus rapide que celle du pays, et qu'elle dépasse le million en 2006. En avril 1999 est créé un nouveau territoire dans le Grand Nord : le Nunavut, qui signifie « Notre Terre » en inuit. Cet espace, qui représente près du cinquième de la superficie du pays, est peuplé de 28 000 habitants à 85 % inuits. La nouvelle entité est dotée d'un gouvernement autonome auquel sont dévolues la responsabilité de la santé ainsi que la gestion des services sociaux, du logement, de la justice, de la langue, de l'éducation, de la culture… Des accords ponctuels et locaux avec d'autres groupes autochtones précèdent et suivent cette innovation (août 1998, en Colombie-Britannique, avec les Nisga'as ; mai 1999, avec les Inuits du Labrador ; juillet 2007, avec les Cris du Nord-Québec…).

   Malgré la permanence de tensions plus ou moins marquées (contentieux sur la pêche chez les Indiens Micmacs au Nouveau-Brunswick, problèmes en Colombie-Britannique au sujet de la ratification de traités avec les nations indiennes, puis lors des travaux de préparation des jeux Olympiques d'hiver de 2010 à Vancouver, qui, sous couvert de rétribuer quatre nations locales, spolieraient nombre de tribus autochtones), ces initiatives participent d'un nouveau « modèle canadien » ; ce dernier est fondé sur la reconnaissance des différences et un multiculturalisme que le pays entend promouvoir comme source d'identité nationale et faire valoir au-delà de ses frontières.

   Symboles de cette ambition : la nomination en 1999 par Jean Chrétien au poste de gouverneur général du Canada d'Adrienne Clarkson, née à Hongkong, à laquelle succède Michaëlle Jean, québécoise d'origine haïtienne, choisie par Paul Martin en 2005, ou encore l'élection comme maire de Calgary d'un musulman, Naheed Nenshi, à l'automne 2010.

   Toutefois, les sources de tensions entre Blancs, dominants, et populations autochtones, demeurent ; notamment autour de l'exploitation des matières premières, très abondantes dans le Grand Nord, qu'il s'agisse des sables bitumineux de l'Alberta et de la pollution qui résulte de leur extraction, des ressources en or, diamant, fer et autres minerais des territoires inuits, ou encore des réserves de gaz de schiste du St-Laurent, qu'en 2011 le gouvernement provincial québécois de Jean Charest envisage de plus en plus sérieusement de mettre en valeur.

BEAUX-ARTS ET LITTÉRATURE

Beaux-arts

Quelques architectes, peintres et sculpteurs célèbres (XVIIIe-XXe s.)

Les Baillairgé, Borduas, les Levasseur, J. W. Morrice, Pellan, Riopelle.

Plan de l'article

Canada

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

Le relief

Le climat

La végétation et les sols

L'hydrologie

La population

Évolution démographique

Peuplement et immigration

Composition de la population

Répartition de la population

Économie

Tableau général

Une agriculture puissante

Pêche et forêt

Ressources minérales et énergétiques

Le développement industriel

La croissance du tertiaire

Les transports

Le poids des échanges

HISTOIRE

Le régime français

La découverte et les débuts de la colonisation

Organisation et mise en valeur de la Nouvelle-France de 1660 à 1713

La fin du régime français (1713-1763)

Le régime anglais

Les débuts du régime anglais (1763-1837)

Les rébellions de 1837

Les progrès de l'autonomie et du régime parlementaire (1838-1867)

Vers l'Union

Un siècle de croissance et d'expansion

La Confédération canadienne

La crise, les débuts de l'État providence et l'engagement dans la Seconde Guerre mondiale

La vie politique fédérale pendant les années de croissance (1945-1965)

De la consolidation à la crise de l'État providence et de l'unité fragile à la montée des séparatismes (1965-1984)

La consolidation de l'État providence

La question québécoise

Le Canada entre crise mondiale et crise politique

Le Canada en quête de lui-même (depuis 1984)

L'épisode conservateur

De nouvelles réponses aux incertitudes politiques ?

De nouvelles réponses aux problèmes économiques ?

La révision libérale

Réforme de l'État providence, rigueur budgétaire et croissance économique

Menaces sur l'unité du pays : le découplage fédéral/provincial, libéral/conservateur, québécois/est/ouest

Le Canada dans le monde

Le retour des conservateurs

Le monde selon les conservateurs canadiens

L'épine québécoise

Les Amérindiens dans la confédération : la solution de la dévolution autchtone

BEAUX-ARTS ET LITTÉRATURE

Beaux-arts

Quelques architectes, peintres et sculpteurs célèbres (XVIIIe-XXe s.)

Littérature d'expression française

XVIIIe s.

XIXe s.

XXe s.

Cinéma

À voir aussi dans Larousse
Médias
  • Colombie-Britannique, l'île Vancouver
  • Drapeau du Canada
  • Hymne canadien
  • Jacques Cartier
  • Jean Chrétien
  • La colonisation de l'Amérique du Nord, 1697-1713
  • Manifestation contre l'autonomie du Québec, 1995
  • Montagnes Rocheuses, le lac Louise
  • Montréal
  • Mort de Montcalm de Saint-Véran
  • Nouveau-Brunswick, la baie de Fundy
  • Pierre Elliott Trudeau
  • Prairies canadiennes
  • Québec
  • Québec, les Laurentides
  • Saint-Laurent
  • Samuel de Champlain
  • Terre-Neuve, la baie de Ferryland
  • Toronto
  • Vancouver

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Encyclopédie

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