
Chef de l'État : Felipe Calderón Hinojosa
Chef du gouvernement : Felipe Calderón Hinojosa
Nature de l'État : république à régime présidentiel
Constitution :
Adoption : 5 février 1917
Révision : 1993
Institutions au niveau fédéral
Exécutif
Chef de l'État et du gouvernement : président de la République
Législatif
Le Congrès de l'Union se compose de la Chambre fédérale des députés et du Sénat.
Le Mexique est l'un des grands pays d'Amérique latine : il se classe au troisième rang par sa superficie, et au deuxième par sa population, dépassé seulement par le Brésil.
Le pays offre des régions naturelles très différenciées, tant par le relief que par le climat, et qui s'organisent en trois vastes ensembles régionaux.
Les terres sèches du Nord s'étendent sur 60 % de la superficie et tirent leur originalité de la sécheresse climatique qui les affecte, allant parfois jusqu'à l'aridité, surtout au nord-ouest (Basse-Californie, Sonora, Sinaloa, Chihuahua).
Le plateau central, abrité par la Sierra Madre orientale et la Sierra Madre occidentale, est de type subaride : glacis encroûtés descendant vers des dépressions salées, playas ou bolsones. Seul le Nord-Est reçoit partout plus de 700 mm et échappe à la sécheresse grâce aux pluies d'été atlantiques.
Les hautes terres volcaniques du Mexique central constituent la région vitale du pays. Le plateau central, fracturé et volcanisé, atteint ici ses plus hautes altitudes : 2 200 à 2 600 m à l'est, dans les bassins de Puebla, de Mexico ou de Toluca. Mais ces bassins sont dominés par des appareils volcaniques impressionnants, dont plusieurs dépassent 5 000 m : Pico de Orizaba (5 700 m, point le plus élevé du Mexique), Popocatépetl, etc. Les volcans se disposent le long d'un axe transverse, puissamment fracturé, par 19° de latitude nord, appelé « axe néovolcanique », qui va du Pacifique (cap Corrientes) au golfe du Mexique. Un grand escarpement le limite au sud. En fonction de l'altitude et de l'exposition, les hautes terres du Mexique central enregistrent de forts contrastes pluviométriques et thermiques. De très belles forêts de pin drapent les versants au-dessus de 2 500-3 000 m ; elles sont relayées à plus basse altitude par des forêts mixtes de chênes et de pins. Dans les bassins les plus secs s'observe une végétation d'arbustes épineux et de cactus. L'altitude permet un étagement des zones de climat : tierras calientes (terres chaudes) sur les plaines de l'Atlantique et du Pacifique, tierras templadas (terres tempérées) entre 800 et 1 600 m, tierras frías (terres froides) au-dessus de 1 600 m, relayées à haute altitude par les tierras heladas (terres glacées). On imagine les avantages que l'agriculture a pu tirer de cet étagement des climats.
Le Mexique méridional est caractérisé par son climat chaud et humide. Les plaines de Veracruz, les terres chaudes de l'ouest du Mexique central prolongent vers le nord, le long de l'Atlantique et du Pacifique, un vaste ensemble tropical qui englobe toutes les terres situées au sud du grand escarpement de l'axe néovolcanique : montagnes et bassins de l'Oaxaca et du Guerrero, plaines méridionales du Golfe, péninsule du Yucatán, hautes terres et plaines du Chiapas, jusqu'à la frontière guatémaltèque. Le sud du Mexique est un monde morcelé, où les contrastes de relief, de climat et de végétation introduisent une grande diversité : bas plateau calcaire du Yucatán marqué par la sécheresse, terres chaudes, humides et forestières du Tabasco, hautes terres du Chiapas ennuagées et couvertes de prairies, de pins et de chênes moussus.
Des milieux naturels fortement compartimentés, confrontés, pour certains d'entre eux (sierras, déserts, forêts denses), à des difficultés de mise en valeur, confèrent au Mexique l'aspect d'un archipel démographique. Dans le Nord comme dans la périphérie méridionale, des îlots de peuplement s'intercalent entre de vastes espaces vides. Dans les régions montagneuses et humides du Centre, ils deviennent en revanche beaucoup plus denses et plus resserrés, les discontinuités n'apparaissant que localement. Dans ce Mexique central existait, bien avant la conquête espagnole, un noyau important de peuplement indigène. Dès l'époque coloniale, l'évangélisation – plus tolérante que celle pratiquée dans les Andes – a entraîné un métissage précocement accepté et proclamé. Les apports étrangers y sont pourtant modestes : le fonds espagnol, bien que sans cesse accru, demeure minoritaire, les éléments mulâtres étant, de leur côté, très limités. Le fonds indien prédomine donc largement, mais il est culturellement métissé, à l'exception d'une minorité restée indigène (10 % de la population). Celle-ci forme une mosaïque très complexe de groupes linguistiques dont l'importance est très variable. Les plus nombreux sont les Nahuas (1,3 million d'individus) et les Mayas (800 000). Hormis ces derniers, ces communautés indiennes sont presque toujours paysannes ; elles se reconnaissent non pas tant par leur langue que par leur terroir, leurs fêtes et leur confrérie religieuse, qui diffère d'un groupe à l'autre. En 1997, 1 % environ de la population mexicaine ne parlait pas espagnol.
Le manque de travail et l'espoir de perspectives meilleures ont encouragé de nombreux Mexicains à émigrer, surtout vers les États-Unis. Cette migration fut reconnue, voire encouragée, par les autorités nord-américaines jusqu'au début des années 1960. À partir de cette date s'accroît une migration clandestine, largement tolérée, dont les chiffres font l'objet de débats. En 1995, 13,5 millions d'Américains d'origine mexicaine vivaient aux États-Unis, dont 4 millions nés au Mexique. La recherche de meilleures conditions de vie a également suscité d'importantes migrations internes. Entre 1930 et 1960 s'est développée une immigration vers les zones rurales irriguées du Nord et, dans une moindre mesure, vers les zones basses tropicales dans le cadre de la colonisation des fronts pionniers (mise en valeur des tierras calientes,). Mais cette « marche vers la mer » fut partiellement un échec. Par la suite, ce sont les villes qui ont absorbé l'essentiel des courants migratoires : Mexico, Monterrey et Guadalajara d'abord, puis, plus récemment, les villes industrielles du Nord, comme Tijuana, ou encore les centres touristiques comme Cancún.
Le Mexique est la deuxième puissance latino-américaine après le Brésil. Son économie, qui a souffert d'un processus de privatisation accélérée depuis les années 1980, est marquée par le poids considérable du secteur industriel, sur lequel reposent les trois quarts des exportations. Pays où fut construit le premier haut-fourneau moderne de l'Amérique latine (Monterrey, 1900), le Mexique a connu deux phases de développement. La première, comprise entre 1940 et 1973, est fondée sur la coexistence d'un socialisme d'État, dirigiste et planificateur, et d'un secteur privé favorable à la libre entreprise. La seconde, entre 1973 et 1976, naît de la découverte d'énormes gisements d'hydrocarbures. Ceux-ci bouleversent l'économie du pays et offrent du même coup à l'État de grandes facilités d'endettement auprès des organismes bancaires internationaux. Au travers d'emprunts massifs, le Mexique importe des biens d'équipement destinés aux entreprises publiques aussi bien que privées, et finance sa politique sociale. L'économie informelle absorbe 20 % de la population active.
L'existence, durant deux millénaires, d'une importante civilisation indienne dans le centre et le centre-ouest du Mexique a favorisé l'émergence d'une unité nationale précoce. Mais ce n'est que vers la fin du XIXe s. et au début du XXe s. que le territoire mexicain prend forme et gagne en homogénéité, grâce à l'extension du chemin de fer. Un réseau ferré en étoile s'est développé autour de la capitale jusque dans les années 1930. Ses prolongements vers la frontière américaine ont permis l'intégration du Nord et du Nord-Est, régions d'élevage extensif conquises tardivement sur les Indiens.
Le nord et le nord-est du Mexique sont, depuis la guerre avec les États-Unis au milieu du XIXe s., intimement liés à ceux-ci. Une grande partie de l'activité économique s'articule le long de la ligne frontalière, où se sont développées, à partir des années 1960, des industries d'assemblage et de sous-traitance, les maquiladoras. Le principe en est simple : du côté mexicain, une usine de montage employant des salariés jeunes et peu qualifiés, payés à bas prix, avec un encadrement technique réduit ; du côté américain, les services de gestion, de conditionnement final et de commercialisation. Ces maquiladoras ont connu un rythme de développement particulièrement rapide ainsi qu'une diversification de leurs activités à partir du milieu des années 1980. Elles ont un réel effet d'entraînement sur l'économie, les États industriels du Nord attirant, aujourd'hui, de plus en plus d'entreprises autres que maquiladoras.
À ce Mexique septentrional qui se modernise rapidement s'oppose un Mexique périphérique tropical qui s'ancre dans une Amérique centrale émiettée et pauvre, et que la découverte des hydrocarbures n'a pas suffi à désenclaver. Il s'agit d'une région délaissée par l'expansion ferroviaire du début du XXe s. : si des lignes de chemin de fer atteignent le Chiapas, elles n'incorporent que des portions fort limitées de la zone tropicale. Quant au Yucatán, il n'a été relié au territoire national que dans les années 1930-1960. Cette région du golfe du Mexique entretient, elle aussi, des liens étroits avec les États-Unis, concernant la vente des produits pétroliers et, plus accessoirement, de bétail.
C'est dans le Mexique central que se situe la mégapole de Mexico, une des villes les plus peuplées du monde. Des conditions écologiques très particulières font de celle-ci l'une des villes les plus polluées du monde. L'opposition entre classes sociales extrêmes se retrouve dans le paysage urbain : le Sud-Ouest, forestier, peu touché par la pollution, est occupé par les classes aisées, alors que le Nord-Est, semi-aride, accueille les populations défavorisées. Ce clivage n'empêche pourtant pas l'expansion des classes moyennes, qui occupent une place sans cesse croissante. Le Centre-Ouest a très tôt affirmé son autonomie face à l'hégémonie centralisatrice de Mexico, en développant ses échanges avec la Californie et l'Extrême-Orient. Grenier traditionnel du Mexique, ses bassins agricoles ont dû s'adapter à la concurrence des terres irriguées du Nord. Aujourd'hui très spécialisés, ils produisent aussi bien pour l'exportation vers les États-Unis et l'Europe que pour le marché national. On y dénombre trois grandes zones industrielles : autour de Guadalajara (deuxième ville du pays), dans le Bajío (Guanajuato) et dans l'État du Michoacán (pôle sidérurgique Lázaro Cárdenas). Sur la côte pacifique (Acapulco notamment), une industrie touristique, née dès la fin des années 1950, connaît un essor considérable.
La réforme agraire, qui s'est étendue de 1917 à 1980, a renforcé le monde paysan en lui donnant ou en lui reconnaissant la possession de la moitié de l'espace rural mexicain. Jusqu'en 1934, les autorités ont distribué aux vétérans de la révolution de petits lopins de terre relevant, pour l'essentiel, d'une propriété collective (les ejidos), dans le centre du pays et sur le versant atlantique. Dans un second temps (1938-1940), la concession des ejidos a porté sur les terres irriguées du Nord, sur celles des grandes propriétés de sisal du Yucatán et sur celles de l'État du Michoacán. Puis, jusqu'en 1980, le processus s'est ralenti, mais les lots de terres distribués sont généralement assez importants. Les ejidos exploités collectivement sont une infime exception. La règle est à l'exploitation individuelle : au bout de trois générations, des propriétés de tailles inégales se sont constituées, allant des petites exploitations (microfundia) à de moyennes, voire de grandes propriétés pratiquant une agriculture commerciale. À côté de cette paysannerie microfundiaire, de jeunes paysans sans terre, mais aussi des femmes et des enfants, constituent la masse fluctuante des salariés agricoles temporaires.
En dépit de ces problèmes, la production agricole mexicaine est l'une des plus élevées du monde. Blé, soja et maïs (4e rang mondial pour le maïs) sont produits pour le marché intérieur, tandis que les agrumes et le café (5e rang) sont destinés à l'exportation. Les cultures de canne à sucre (4e rang) et de coton restent importantes mais tendent à décliner, en raison de la baisse des prix sur le marché mondial. Les cheptels bovin et porcin (8e rang chacun) sont également appréciables.
Les principales industries sont les constructions mécaniques (pièces métalliques, machines), notamment dans le secteur automobile, les équipements électriques et électroniques et la chimie. Les maquiladoras occupent une place centrale dans ce secteur et représentent la majeure partie des exportations industrielles. On dénombre plusieurs milliers d'entreprises d'assemblage (dont beaucoup sont contrôlées par des capitaux nord-américains) qui emploient plusieurs centaines de milliers de personnes. Le secteur de l'aéronautique est en croissance.
Le Mexique est, selon les années, le 4e ou le 5e producteur mondial de pétrole. L'industrie pétrolière est, depuis la nationalisation des hydrocarbures en 1938, aux mains de l'entreprise d'État PEMEX, mais ce contrôle tend à se restreindre depuis peu. La production de charbon et de graphite a fortement augmenté, et le Mexique est le premier producteur d'argent. Il extrait également du cuivre (12e rang mondial), du plomb (5e rang) et de l'or. En dépit des énormes ressources minières dont dispose le pays, le secteur minier ne représente toutefois que 1 % du produit intérieur brut.
Les États-Unis constituent, de loin, le principal client du Mexique (ils absorbent les deux tiers des exportations). Malgré les récents efforts du pays pour diversifier ses partenaires (en particulier envers les pays d'Amérique latine et d'Europe), sa dépendance vis-à-vis des Nord-Américains s'est plutôt accentuée au cours de ces dernières années. Le marché commun nord-américain (A.L.E.N.A. : Accord de libre-échange nord-américain), entre le Mexique, les États-Unis et le Canada, est entré en vigueur en 1994. Le traité prévoit une libération des échanges sur quinze ans.
Les plus anciens occupants du Mexique sont des chasseurs-collecteurs nomades, représentés par l'homme de Tepexpan, qui remonte à 10000 avant J.-C.
La culture du maïs, qui va bouleverser les conditions de vie, apparaît progressivement. La plus ancienne utilisation connue du maïs est située à Tehuacán dans la phase Coxcatlán (5200-3400 avant J.-C.). Dès lors, la subsistance se fait moins difficile et les chasseurs s'établissent dans de petits villages. En plus du maïs, ils cultivent le piment, le haricot et la courge. Cette forme de vie de petits agriculteurs sédentaires correspond à la première partie de la période préclassique (2000-1000 avant J.-C.). Au préclassique moyen (1500-300 avant J.-C.) apparaît la première civilisation mésoaméricaine, celle des Olmèques, sur la côte du golfe du Mexique. On attribue aux Olmèques l'invention du calendrier, de l'écriture hiéroglyphique, du jeu de balle, des marchés et la construction des premiers temples en dur.
C'est au classique (250-950 après J.-C.) que s'épanouissent les civilisations les plus spectaculaires. Au Mexique central apparaît celle de Teotihuacán. Véritable métropole qui atteint 11 km2 de superficie, la ville de Teotihuacán réussit l'unification de toute la vallée de Mexico, et son influence s'exerce jusqu'au Guatemala.
Sur la côte du golfe du Mexique, dans l'État actuel de Veracruz, se trouve le centre cérémoniel d'El Tajin, dont la construction la plus notable est la pyramide des niches.
Dans le territoire de l'État actuel d'Oaxaca, les Zapotèques avaient pour capitale Monte Albán. Au cours du classique, les Zapotèques ont construit plus de 200 centres urbains. À Monte Albán, la civilisation zapotèque a été marquée, durant le préclassique moyen, par des influences olmèques et, ultérieurement, par celles des Mayas et de Teotihuacán. Vers 900 de notre ère, Monte Albán est abandonnée, et les Zapotèques construisent un nouveau centre, Mitla, au sud-ouest d'Oaxaca.
Les débuts de la civilisation maya remontent au préclassique. Au classique, les Mayas vont élaborer une remarquable civilisation. À la différence d'autres peuples mésoaméricains, ils ne construisent pas de grands empires, mais bâtissent des cités-États. Dans le Mexique central, ils fondent Palenque et Toniná. Dans la zone nord (Yucatán), une architecture locale se développe avec les styles de Rio Bec, Chenes et Puuc. Pourtant, on y trouve aussi des cités, comme Cobá, stylistiquement reliées à l'architecture de la région de Péten, au Guatemala.
Au postclassique (950-1500 après J.-C.) commence une époque d'instabilité provoquée surtout par les invasions des tribus nomades chichimèques, venues du Nord.
Dans la vallée de Mexico, l'hégémonie de Teotihuacán, détruite vers 600 après J.-C., passe, pendant la première partie du postclassique, à Tula, capitale des Toltèques. L'Empire toltèque s'étend sur le Mexique central jusqu'au XIIe s., quand de nouveaux groupes chichimèques envahissent la région et détruisent, en 1168, la ville de Tula. L'art des Toltèques, comme celui de la plupart des cultures du postclassique mésoaméricain, reflète le caractère guerrier de la société qui l'a sécrété. Au XIIIe s., les Mixtèques pénètrent dans le territoire zapotèque. Ils utilisent Monte Albán comme lieu de sépulture de leurs chefs. Le style mixtèque aura une grande diffusion durant le postclassique. On retrouve à Cholula un style mixteca-puebla et à Mitla des peintures polychromes et des mosaïques en pierre de pur style mixtèque.
Sur la côte du Golfe, le plus important centre du postclassique, Cempoala, est construit par les Totonaques. La région des Huaxtèques atteint son plein épanouissement au postclassique. La sculpture en pierre représentant des personnages-rois, des prêtres ou des dieux ainsi que la céramique, en particulier celle qui provient du site de Pánuco, caractérisent cette période. Selon les chroniqueurs mayas, ce sont les Toltèques, dirigés par Topiltzin Quetzalcóatl, qui seraient à l'origine de la renaissance de la civilisation maya au Yucatán, dont témoigne la ville de Chichén Itzá, qui prend l'hégémonie politique et artistique de la région jusqu'à son abandon en 1224 environ. Mayapán devient la capitale du Yucatán pour être à son tour abandonnée vers 1450, alors que la péninsule est le théâtre de luttes intestines entre cités qui rivalisent pour la prise du pouvoir. Tulum, sur la côte est, date de cette époque. La dernière vague de chichimèques est celle des Aztèques. Petite tribu venue d'Aztlán, les Mexicas finissent par dominer tout le plateau du Mexique central et étendent leur influence sur la plupart du territoire mexicain. Excellents administrateurs et habiles guerriers, les Aztèques créent une civilisation originale issue de l'amalgame d'éléments de cultures mésoaméricaines contemporaines ou même antérieures et dont ils se disent les héritiers. Mais la conquête espagnole commence.
Après l'échec de Francisco Fernández de Córdoba sur la côte maya (1517), Cortés débarque au Tabasco (1519), puis à Veracruz. Il tire parti des haines que les Aztèques ont provoquées par leur récente conquête et il obtient l'alliance des peuples soumis et de la République indépendante de Tlaxcala. Il entre à Mexico sans résistance, car une peur religieuse atteint l'empereur aztèque Moctezuma II (présage sur la fin d'un cycle du monde, retour du dieu Quetzalcóatl). La révolte des Aztèques éloigne un temps les Espagnols de Mexico (juin 1520). Ils y reviennent avec leurs alliés tlaxcaltèques et, après un siège très dur, tandis que des épidémies ravagent la population, Tenochtitlán est prise (août 1521). La résistance du successeur de Moctezuma, Cuauhtémoc, est sans espoir. Cortés, nommé gouverneur et capitaine général par Charles Quint dès 1522, puis ses successeurs conquièrent le reste du Mexique au XVIe s., réalisant l'unité territoriale qu'avaient commencée les Aztèques. Les explorateurs atteignent même le Mississippi et l'Arkansas. Mais les Mayas, protégés par la forêt tropicale, ne se soumettent qu'après une longue lutte (1527-1546), et leurs derniers descendants ne seront éliminés qu'en 1697 ; dans le Nord, bien des tribus resteront indépendantes jusqu'au XXe s., car la Nouvelle-Espagne correspond, pour l'essentiel, au XVIe s., au Mexique peuplé par les populations sédentaires qui formaient déjà le noyau de l'Empire aztèque.
En 1524, appelés par Cortés, ont débarqué douze franciscains conduits par frère Martin de Valencia, suivis en 1526 par les dominicains et en 1533 par les augustins. Malgré les limites de leur entreprise (refus d'ordonner les Indiens, par exemple), ces missionnaires vont faire du Mexique un pays de foi intense (culte de Notre-Dame de Guadalupe).
Mais le choc entre les peuples amérindiens et l'Europe a provoqué une catastrophe démographique. Les épidémies, les guerres, le travail forcé et l'effondrement des hiérarchies sociales entraînent la presque disparition de la population indienne.
Cortés tombé en disgrâce, la Nouvelle-Espagne est gouvernée dès 1528 par des audiencias (Mexico, 1528 ; Guadalajara, 1548) et, à partir de 1535, par un vice-roi chargé de faire appliquer les décisions du Conseil des Indes de Madrid : le premier est Antonio de Mendoza. Les grands administrateurs venus de la métropole se heurtent à l'esprit d'indépendance des colons, dont le pouvoir diminue dès la fin du XVIe s. ; l'administration municipale (ayuntamientos ou cabildos) perd rapidement son autonomie (vente et hérédité des charges). Faute d'or, les premiers conquérants se font attribuer des encomiendas (droit aux services gratuits d'un nombre variable d'Indiens ou de villages indigènes) ; Charles Quint condamne, à la demande de Bartolomé de Las Casas, ce système (promulgation des Leyes Nuevas, 1542), qui durera cependant jusqu'au XVIIe s. La découverte des mines d'argent du Nord (Guanajuato, Zacatecas en 1546) lance les Espagnols hors des frontières du Mexique des agriculteurs sédentaires et fait de la Nouvelle-Espagne le premier producteur d'argent du monde jusqu'aux années 1570. Puis, au début du XVIIe s., par usurpation sur les ejidos (terres collectives des villages) ou par occupation sans titre de terres rendues vacantes par la chute démographique se constituent les haciendas, cultivées par les péons, liés par leurs dettes, et consacrées aux cultures tropicales : canne à sucre, indigo, cochenille, cacao, maïs. Dans le Nord, exposé aux attaques des nomades, des Espagnols créent, dès le XVIe s. ou le XVIIe s., d'immenses propriétés, les estancias, où les péons cultivent le blé et surtout surveillent d'importants troupeaux de bovins ; au centre de l'estancia s'élève une véritable forteresse, la résidence du maître, qui possède sa garnison personnelle et parfois même sa propre justice.
Le XVIIe et la première moitié du XVIIIe s. apparaissent comme une époque de repliement sur soi et de consolidation. Les mines déclinent, les échanges avec l'Espagne diminuent et la corruption administrative donne aux créoles une relative autonomie de fait. La société mexicaine acquiert certains de ses traits permanents. Au nord domine une société blanche ou métisse, dont le cœur est l'économie minière. C'est le pays du prospecteur et des exploitants des mines, dont certains, fortune faite, s'incorporent à l'aristocratie créole, celui des grands propriétaires d'haciendas d'élevage, avec leurs osts privés, celui des Indiens nomades non soumis et des missionnaires qui évangélisent les tribus sédentaires (le père Kino au Sonora et dans l'Arizona, à la fin du XVIIe s., et Junipero Serra, plus tard, en Haute-Californie [1769]). Au sud, des communautés indiennes coexistent avec des haciendas et avec des villes, Mexico surtout, où habitent la majorité des Espagnols et des métis (les fonctionnaires royaux, les grands propriétaires fonciers créoles, les mineurs enrichis, les grands marchands des consulats de Mexico et de Veracruz, qui contrôlent le commerce avec l'Espagne, les artisans des corporations et une plèbe urbaine bigarrée et souvent agitée). C'est l'époque aussi où s'affirme l'art mexicain avec ses églises et ses palais – où l'exubérance baroque incorpore des motifs ornementaux indiens –, et où éclôt la perfection classique des écrits de sœur Juana Inès de la Cruz (1651-1695).
La seconde moitié du XVIIIe s. voit le Mexique devenir de nouveau le premier producteur d'argent du monde, et, par la suite, se développent l'agriculture et le commerce. La population double en 50 ans (6 millions d'habitants en 1800, dont 780 000 Espagnols). Mexico est la plus grande ville de l'Amérique, et ses institutions éducatives (l'Université, fondée en 1551, l'École des mines, fondée en 1782, etc.) sont renommées. À la veille de l'indépendance, la Nouvelle-Espagne vaut à elle seule le reste de l'Empire espagnol.
Les tensions sociales provoquées par la croissance économique et démographique du Mexique central, et surtout de sa frange minière, deviennent insupportables lors de la crise minière du début du XIXe s. Le mécontentement des classes moyennes s'est accru depuis les réformes administratives de 1786 (création de 12 intendances), qui ont diminué, avec l'accroissement du rôle de l'administration royale renouvelée par des fonctionnaires péninsulaires, l'autonomie de fait des élites créoles. L'invasion de l'Espagne par Napoléon en 1808 et la destitution de Ferdinand VII provoquent en Espagne et dans tout l'Empire espagnol une réaction de loyalisme, l'éclosion de juntes qui tentent de remplir le vide du pouvoir et un affrontement entre les différents groupes dirigeants de la société coloniale. Au Mexique, la lutte entre les Créoles, qui dominent le cabildo, et les péninsulaires, qui déposent le vice-roi Iturrigaray (septembre 1808) et se réclament de la Junte centrale d'Espagne, est bientôt dépassée par le soulèvement du curé de Dolores, Miguel Hidalgo y Costilla (le 16 septembre 1810). Le cri des insurgés « Vive la Vierge de Guadalupe ! Mort aux Espagnols ! » déclenche une insurrection métisse et indienne qui menace d'emporter tout l'ordre établi (massacre d'Espagnols et de Créoles à Guanajuato et à Valladolid). L'union des élites créoles et péninsulaires se fait contre la révolte. L'armée loyaliste, formée et commandée en sa majorité par des Créoles, écrase les révoltés et fait exécuter Hidalgo (juillet 1811). Mais le soulèvement continue avec Morelos, un curé métis, qui proclame l'indépendance (1813) et n'est pris qu'en 1815. La révolte semble succomber, victime des querelles des chefs encore en lutte, mais l'aristocratie créole et les officiers préfèrent l'indépendance à la révolution libérale qui triomphe en Espagne à partir de 1820. Leur agent, Agustín de Iturbide, placé à la tête de l'armée par le vice-roi, s'entend avec les derniers chefs rebelles, dont Guerrero (plan d'Iguala, ou des Trois Garanties, février 1821) : le catholicisme restera religion d'État ; indépendance ; les Mexicains seront égaux sans distinction de races. Le dernier vice-roi, O'Donojú, qui sera désavoué, reconnaît l'indépendance du Mexique (traité de Córdoba, août 1821).
L'indépendance n'ouvre cependant pas une ère de paix et de prospérité. L'industrie minière a été ruinée par la guerre civile, et l'expulsion des Espagnols, en 1829, prive l'Administration et l'économie d'une grande partie de ses cadres. L'égalité civile reste un mythe, et le système foncier ne se modifie pas. Les difficultés financières forcent les gouvernements à recourir à des emprunts auprès des Anglais et des Français. Pendant les trente premières années de son indépendance, le pays connaît l'instabilité politique et le déchaînement des factions. Ainsi Iturbide, sacré empereur en 1822, doit abdiquer une année plus tard devant le soulèvement d'un officier, Antonio López de Santa Anna, qui proclame la république. Ce dernier, qui domine la vie politique jusqu'au milieu du siècle, se maintient au pouvoir par une série de coups d'État. Il joue de la lutte entre conservateurs centralistes et libéraux fédéralistes, qui, majoritaires en 1823, votent la Constitution fédéraliste en 1824. Mais il ne réussit toutefois pas à empêcher la sécession du Texas (1836) ni la désastreuse guerre contre les États-Unis (1846-1848). Au terme de celle-ci, par le traité de Guadalupe Hidalgo (1848), le territoire mexicain se trouve amputé non seulement du Texas mais de la Californie, de l'Arizona et du Nouveau-Mexique.
Ce n'est pourtant qu'en 1855 que les libéraux, sous la direction de Benito Juárez, chassent définitivement Antonio López de Santa Anna et entreprennent la Réforme. La propriété collective est supprimée en 1856, tandis que la Constitution libérale de 1857 et d'autres textes juridiques abolissent les privilèges de l'Église et de l'Armée. Les conservateurs se soulèvent, et le pays connaît une nouvelle guerre civile, la « guerre de trois ans » (1858-1861), dont les libéraux, avec l'aide financière et militaire des États-Unis, sortent victorieux. Mais, lorsque Benito Juárez décide de suspendre pour deux ans le paiement des intérêts de la dette extérieure, l'Angleterre, l'Espagne et la France interviennent militairement.
Napoléon III, qui souhaite établir en Amérique latine un empire latin et catholique pour barrer l'expansion des États-Unis anglo-saxons et protestants, entreprend la conquête du Mexique (guerre du Mexique) et offre à l'archiduc Maximilien d'Autriche le titre d'empereur (1864). N'étant reconnu que par les conservateurs, Maximilien applique pourtant une politique libérale, s'appuyant pour l'essentiel sur la présence des troupes françaises. Il bénéficie également de la non-intervention des États-Unis, accaparés par la guerre de Sécession. Mais, dès la fin de celle-ci, les pressions de Washington entraînent le retrait des troupes françaises, tandis que celles de Juárez, jusqu'alors repliées en territoire américain, reconquièrent rapidement le pays et restaurent la république. Maximilien est fusillé en 1867 à Querétaro.
Le régime républicain est bientôt menacé par l'agitation des généraux vainqueurs et par les dissensions internes qui opposent les libéraux. À la mort de Benito Juárez, en 1872, le Mexique est de nouveau au bord de la guerre civile. Son successeur, Lerdo de Tejada, relance une politique anticléricale, qui provoque le soulèvement des paysans. Il est renversé en 1876 par le général Porfirio Díaz.
Tout en respectant les formes constitutionnelles, Porfirio Díaz instaure un pouvoir personnel et gouverne le pays pratiquement sans interruption jusqu'à la révolution de 1910. Il rétablit l'ordre et, à partir des années 1890, place dans les ministères un groupe de technocrates positivistes, les científicos, mené par le ministre des Finances, José Yves Limantour. L'économie reprend une progression interrompue depuis soixante ans, une administration publique efficace se met en place et les finances sont assainies. Durant cette période, dite « du porfiriat », la population passe de 9 à 15 millions d'habitants, l'instruction publique se développe, les investissements étrangers affluent. On construit 19 000 km de voies ferrées, ce qui rend possible la création d'un marché interne. L'exploitation minière connaît un essor sans précédent et les industries se développent. Les modernisations économiques et administratives ne modifient cependant pas les structures politiques et sociales. Si le général Díaz brise le pouvoir des grands chefs régionaux, les remplaçant par ses fidèles, il laisse en place celui des chefs locaux. Ces caciques continuent à régner sur la population, la production et le commerce d'un pays encore essentiellement rural et n'obéissent au pouvoir central que contre des avantages négociés. Par ailleurs, pour permettre l'expansion de l'agriculture commerciale, on applique des lois libérales, qui, abolissant la propriété communautaire, déstructurent le système agraire indigène. En 1910, 80 % des paysans, dépossédés de leur terre, constituent la main-d'œuvre bon marché des grandes propriétés foncières.
Le général Díaz, qui prépare, pour la septième fois, sa propre réélection, rencontre l'opposition du mouvement démocratique dirigé par Francisco Madero. Ce riche propriétaire du Nord, qui a réussi à rassembler une petite classe moyenne, née du développement urbain et industriel et désireuse de participer au jeu politique, lance, en novembre 1910, un appel à l'insurrection armée. Au nord, se soulèvent Doroteo Arango, dit Pancho Villa, et Pascual Orozco, tandis qu'au sud, le métis Emiliano Zapata prend la tête de la révolte des communautés indiennes dépossédées. L'insurrection est victorieuse en mars 1911, pratiquement sans combats, et P. Díaz doit s'exiler. Devenu président, F. Madero essaie de changer la structure politique sans pour autant résoudre le principal problème, celui de la terre. E. Zapata, qui rejette l'autorité de F. Madero, continue la lutte et fixe les objectifs agraires de son mouvement, tandis que P. Orozco reprend le combat dans le Nord en 1912. Débordé par ces rébellions paysannes, le gouvernement suscite par ailleurs l'inquiétude des grands propriétaires fonciers. En février 1913, F. Madero est assassiné lors d'un coup d'État, tandis que le général Victoriano de la Huerta s'empare de la présidence.
Toutefois, un gouverneur porfiriste, l'ancien sénateur Venustiano Carranza, refuse de reconnaître le nouveau pouvoir. Se désignant comme gardien de la légalité, il prend la tête de la faction « constitutionnaliste » (à laquelle se joignent E. Zapata et P Villa), qui bénéficie du soutien militaire des États-Unis. En 1914, V. de la Huerta, face à la défaite de ses troupes, s'exile.
Dès le lendemain de leur victoire, les constitutionnalistes sont la proie de divisions internes : P. Villa et E. Zapata, ayant rompu avec V. Carranza, occupent la capitale en 1914. La faction carranziste, qui connaît des moments difficiles, sort néanmoins victorieuse du conflit : les troupes villistes sont battues par celles d'Álvaro Obregón en 1915, tandis que P. Orozco est abattu. Bien que Zapata poursuive la lutte armée, V. Carranza commence à gouverner le pays. Pour calmer les esprits, il rend à quelques communautés indiennes leurs ejidos accaparés par la Réforme. Il s'assure le soutien des ouvriers par la Constitution de 1917, qui comporte une législation sociale avancée. Mais cette Constitution à tendance socialisante (propriété éminente de la nation sur le sous-sol, laïcité de l'État, inaliénabilité des ejidos) n'est pas appliquée. En 1919, E. Zapata est attiré dans un guet-apens et assassiné, et la réforme agraire est paralysée. Les militaires issus de la révolution, qui détiennent véritablement le pouvoir, entament la « pacification » des campagnes. V. Carranza est renversé et assassiné en 1920.
Á. Obregón réussit à rallier toutes les factions révolutionnaires en lutte et, avec l'appui de la Confédération régionale des ouvriers mexicains (C.R.O.M.), des agraristes et de l'armée, accède à la présidence (1920-1924). Sous son gouvernement, la paix est rétablie, des terres sont distribuées aux paysans et l'instruction rurale est développée, mais la vie politique se limite à une lutte de factions. À la fin de son mandat, l'élection de Plutarco Elías Calles provoque la rébellion de la moitié de l'armée et ouvre une période de nouveaux troubles. Devant la politique anticléricale de P. E. Calles, la hiérarchie catholique répond, en 1926, par la suspension des cultes publiques, et le peuple des campagnes, par l'insurrection. La guerre des cristeros, ainsi nommée à cause du cri de guerre de ceux-ci « Vive le Christ-Roi et la Vierge de Guadalupe », dure trois ans et divise les révolutionnaires. Réélu à la présidence, Á. Obregón est assassiné peu après et ses partisans, frustrés de leur victoire, se soulèvent dans un dernier coup d'État militaire. Après les avoir écrasés, P. Calles crée les bases d'une stabilité politique durable. En fondant en 1929 le parti national révolutionnaire (rebaptisé parti de la Révolution mexicaine en 1938), il pérennise au pouvoir la faction dominante et fournit une machine électorale qui assure son monopole politique. Ainsi, P. Calles détient la réalité du pouvoir (les présidents successifs ne sont que des hommes de paille) jusqu'à l'élection de Lázaro Cárdenas (1934-1940). Ce dernier, qui est pourtant le candidat de P. Calles, le force à l'exil en 1936. Sous le gouvernement de L. Cárdenas, la querelle avec l'Église s'apaise, les compagnies pétrolières étrangères sont expropriées contre indemnisation (1938) et les terres sont distribuées entre les paysans regroupés en coopératives.
À l'arrivée d'Avilá Camacho (1940-1946), les bases du régime sont définitivement établies : le parti de la Révolution mexicaine, qui deviendra en 1946 le parti révolutionnaire institutionnel (P.R.I.), désigne les candidats remportant les élections à la présidence, aux gouvernements des États et aux mairies. Il contrôle également la Chambre des députés et le Sénat. La Constitution de 1917 avait institué un système présidentiel puissant : le pouvoir absolu du président, dont la durée du mandat est passée à six ans, n'est compensé que par sa non-rééligibilité. Pratiquant une politique populiste, le gouvernement assure son pouvoir en prêtant assistance à une large partie de la population et en respectant les caciques locaux. Il s'appuie sur un clientélisme au sein duquel la corruption recrée sans cesse des réseaux de dépendance.
Dès lors, les changements politiques ne sont que des adaptations du système au contexte international et aux rapports de force au sein du parti. Ainsi le seul débat qui compte est celui qui a lieu au sein de la « famille révolutionnaire ». L'influence des milieux d'affaires l'emporte sous les présidents Miguel Alemán (1946-1952) et Gustavo Díaz Ordaz (1964-1970). Celle des classes moyennes domine sous les présidents Adolfo López Mateos (1958-1964) et Luis Echeverría Álvarez (1970-1976). Mais la stabilité politique s'explique également par la croissance économique soutenue entre 1940 et 1982. Certes, à la fin des années 1960, l'impact de la révolution cubaine et des mouvements de gauche latino-américains sur les intellectuels et les étudiants mexicains donne lieu à d'importantes manifestations auxquelles se joignent les classes moyennes et les ouvriers. Celles-ci seront durement réprimées : en 1968, l'intervention de l'armée fait des centaines de morts. Mais ce n'est qu'au début des années 1980 que le monopole du P.R.I. commence à être sérieusement contesté.
Durant la présidence de José López Portillo (1976-1982), le Mexique connaît une période de prospérité sans précédent, due à la découverte d'immenses réserves pétrolières. Ce boom pétrolier s'accompagne d'une croissance économique accélérée, fondée sur des emprunts massifs à l'étranger, et de l'amorce d'une ouverture politique. La réforme constitutionnelle de 1977 permet la légalisation, après les élections de juillet 1979, de trois partis (le parti communiste, le parti socialiste des Travailleurs et le parti démocrate mexicain). À fin du mandat de J.L. Portillo, le retournement du marché pétrolier, l'endettement croissant, l'inflation et la fuite des capitaux conduisent le Mexique au bord de la banqueroute. En août 1982, le pays se déclare en cessation de paiement, et un plan de sauvegarde est mis sur pied par les banques créancières et les grands pays industrialisés avec la renégociation de la dette extérieure, estimée à 85 milliards de dollars. Le nouveau président, Miguel de la Madrid (1982-1988) redresse partiellement la situation, mais au prix d'une politique économique rigoureuse qui accroît les tensions sociales et les dissensions à l'intérieur du P.R.I. En 1985, un tremblement de terre fait 30 000 morts à Mexico et laisse environ un demi-million de personnes sans logement.
En 1986, Cuauhtémoc Cárdenas Solórzano (fils de l'ancien président L. Cárdenas) et Porfirio Muñoz Ledo créent au sein du P.R.I. un courant dissident, le courant démocratique, qui réclame un mode de choix plus ouvert des candidats, en particulier des candidats à l'élection présidentielle, qui tendent à être choisis par le président sortant. Quand M. de la Madrid impose son ministre des Finances et du Budget, Carlos Salinas de Gortari, comme candidat aux élections de 1988, le courant démocratique quitte le P.R.I. Les élections générales du 6 juillet 1988 constituent un tournant dans l'histoire politique mexicaine. Le P.R.I. enregistre un net recul, même s'il conserve la majorité, tandis que l'alliance du Front démocratique national (F.D.N.) de C. Cárdenas, qui rassemble une partie de la gauche, arrive en deuxième position et obtient quatre sièges au Sénat : pour la première fois, les membres de l'opposition y sont officiellement représentés et les commentateurs s'interrogent sur la fin de l'hégémonie du P.R.I.
C. Salinas, qui entre en fonctions en décembre 1988, annonce sa volonté de pluralisme et de transparence. Sur le plan économique, il poursuit la politique de privatisation et obtient, en 1990, la réduction d'une partie de la dette extérieure (plan Brady). Cette orientation néolibérale conduit le Mexique à infléchir sa politique extérieure, traditionnellement favorable au régime castriste de Cuba, aux sandinistes du Nicaragua (au pouvoir jusqu'en 1990) ainsi qu'au Front démocratique révolutionnaire du Salvador, et à se rapprocher, en particulier, des États-Unis.
Le 1er janvier 1994, jour de l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain (A.L.E.N.A., ou NAFTA) signé en 1992 entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, une révolte indienne éclate dans l'État méridional du Chiapas. Les paysans insurgés entendent, par cette coïncidence, souligner avec force les contrastes existant entre un Mexique urbain et développé, se modernisant rapidement et s'intégrant au grand marché nord-américain, et un Mexique rural et sous-développé, peuplé de communautés indiennes. Les rebelles, rassemblés sous le slogan « Démocratie, terre, nourriture, toit et justice », déclarent appartenir à l'Armée zapatiste de libération nationale (Ejército Zapatista de Liberación Nacional, ou E.Z.L.N.) et occupent une partie du Chiapas. Après une première vague de répression, le gouvernement opte pour la négociation. Il procède au rachat, puis à la distribution de plus de 200 000 hectares de terres et à certaines réformes électorales : le contrôle de l'Institut fédéral électoral revient à des citoyens indépendants, l'opposition dispose d'un plus grand accès aux médias et des observateurs, nationaux ou étrangers, sont admis lors des élections.
La campagne électorale est néanmoins marquée par la violence : le candidat officiel du P.R.I., Luis Donaldo Colosio est assassiné. Ernesto Zedillo Ponce de León, le nouveau candidat du gouvernement, remporte les élections générales d'août 1994, face à l'opposition de droite représentée par le parti d'Action nationale (P.A.N.). Créé en 1939 et cultivant une idéologie populiste libérale, celui-ci devient la deuxième force politique du pays, devant le parti de la Révolution démocratique (P.R.D.), parti de gauche fondé en 1989 et représenté par Cuauhtémoc Cárdenas. Les zapatistes du Chiapas, qui, acceptant le jeu politique, avaient fait campagne pour le P.R.D., appellent, au lendemain de ce scrutin, à la reprise de l'insurrection civile.
Le président E. Zedillo entend continuer le processus de changement politique. Il affiche sa volonté de séparation entre les pouvoirs judiciaire et législatif, nomme un représentant du P.A.N. comme procureur général et renouvelle la Cour suprême de justice. Les progrès politiques, néanmoins, se font avec lenteur. Ce n'est qu'en 1996 que de nouvelles règles politiques voient le jour : limitation des dépenses des campagnes électorales, augmentation du financement public aux partis politiques, mise en place d'un tribunal pour résoudre les querelles électorales. Ces nouvelles règles sont appliquées lors des élections législatives partielles de 1997. Pour la première fois depuis sa création en 1929 sous le nom de parti national révolutionnaire, le P.R.I. perd la majorité absolue au Congrès, bien qu'il détienne un nombre important de sièges (239 sur 500). Le P.R.D. en est le principal vainqueur, et C. Cárdenas est élu gouverneur du district fédéral de Mexico (réélu en 2000).
Au Chiapas, la situation est au point mort depuis août 1996, après la décision de l'E.Z.L.N. de suspendre les négociations. Pourtant, les accords dits de San Andrés Larrainzar, qui reconnaissent un début d'autonomie en faveur des populations indiennes, ont suscité des espoirs légitimes (février 1996). Mais les divergences entre la guérilla zapatiste et les autorités mexicaines quant à la suite à donner à ces accords font capoter le processus en cours.
Dans la perspective des élections générales de 2000, le P.A.N. et le P.R.D. tentent de s'entendre sur une candidature unique en 1999, mais sans succès. Malgré le maintien du candidat du P.R.D., le conservateur Vicente Fox Quesada (P.A.N.), ex-directeur de la firme américaine Coca Cola au Mexique, remporte la présidentielle de juillet 2000 avec 42,5 % des voix, devançant Francisco Labastida (36,6 %), le candidat du P.R.I. (parti qui a dominé la vie politique du Mexique depuis soixante et onze ans et qui a fonctionné durant toute cette période comme un parti unique), et C. Cárdenas (P.R.D.). Au lendemain de sa victoire, V. Fox lance un appel à ses adversaires pour la formation d'une coalition gouvernementale ; le P.R.D. fait aussitôt savoir qu'il n'y participera pas. Il est pourtant contraint de trouver des compromis étant donné les résultats des législatives : au Congrès, le P.R.I. conserve, en effet, une majorité relative, avec 209 sièges sur 500 à la Chambre des députés et 60 sièges sur 128 au Sénat.
V. Fox prend ses fonctions le 1er décembre 2000 et forme un gouvernement de « professionnels », expérimentés dans leur domaine de compétence, et d'intellectuels. La place réservée à son propre parti, le P.A.N., est réduite au maximum. Hormis la lutte contre la corruption et le trafic de drogue, le nouveau président se fixe deux priorités : la réduction de la pauvreté et la reprise des négociations avec l'E.Z.L.N. au Chiapas. Dans le domaine économique, V. Fox s'est engagé, au cours de la campagne électorale, sur des objectifs très ambitieux (hausse importante du revenu annuel par habitant, croissance portée à 7 %, création d'un million d'emplois, etc.), qu'il doit s'efforcer d'atteindre s'il ne veut pas décevoir les attentes considérables du peuple mexicain. Dès le mois d'octobre, avant son investiture, il entreprend une tournée dans les principales capitales européennes pour convaincre les investisseurs du changement en cours au Mexique.
Aussitôt en fonctions, le nouveau président multiplie les signes d'apaisement en direction de la guérilla zapatiste : dépôt au Parlement d'une loi qui prévoit d'accorder une relative autonomie aux communautés indiennes du Chiapas, tandis que l'ordre est donné à l'armée de se retirer des zones d'influence de la guérilla ; libération de prisonniers zapatistes ; fermeture de camps militaires dans le Chiapas. En réponse à ces gestes de bonne volonté, le sous-commandant Marcos et ses hommes entament en février 2001 une longue marche à travers le pays jusqu'à la Chambre des députés à Mexico, afin d'y défendre la loi d'autonomie. Celle-ci, issue des accords de 1996, dits de San Andrés Larraínzar, nécessite une modification de la Constitution et doit notamment être ratifiée à la majorité des deux tiers par le Congrès. Lors de leur intervention en mars devant les députés, les chefs zapatistes proposent au gouvernement de reprendre les négociations de paix. Mais, à peine relancé, le dialogue est déjà suspendu par le sous-commandant Marcos, qui dénonce les modifications substantielles apportées à la loi d'autonomie avant son adoption par le Parlement (avril 2001). L'E.Z.L.N. décide alors de se maintenir en résistance et de poursuivre son œuvre de construction de l'autonomie, non sans devoir faire face à des escalades de violence qui frappent régulièrement ses partisans, ses contingents et ses responsables. La zone demeure le théâtre d'incidents violents.
Le gouvernement Fox consolide néanmoins le processus de transition démocratique : le Parlement voit de fait ses pouvoirs accrus tandis que les élections acquièrent en crédibilité. Tout en entretenant le lien avec les États-Unis, le président se prononce en faveur de l'intégration avec les États voisins d'Amérique centrale. Mais ne disposant pas de majorité stable, il peine à mener à bien ses projets économiques, fiscaux et sociaux.
De fait, lors des élections législatives de juillet 2003, les Mexicains, déçus par les promesses non tenues et par la dégradation de la situation économique, désavouent le président V. Fox et son parti d'Action nationale (P.A.N.). Celui-ci stagne en deuxième position derrière le parti révolutionnaire institutionnel (P.R.I.), qui consolide sa prééminence à la Chambre des députés avec plus de 220 élus sur un total de 500 sièges. Le parti de la Révolution démocratique (P.R.D.), second vainqueur du scrutin, connaît une progression spectaculaire grâce à l'aura du maire de Mexico, Andrés Manuel López Obrador, surnommé le « Lula mexicain ». Le taux élevé d'abstention (près de 60 %) est un avertissement tant à l'adresse du président que des grands partis. La fin du mandat de V. Fox est ternie par les événements qui agitent la région d'Oaxaca, dans le sud du pays. Un différend entre le gouvernement local et les enseignants se mue, à partir de mai 2006, en une protestation populaire qui dégénère au cours de l'été, sans que les autorités de Mexico éprouvent le besoin d'intervenir. Malgré un retour au calme en octobre, la tension sur place reste prégnante. Par ailleurs, la proximité cultivée avec les États-Unis, en dépit d'un désaccord à propos de l'immigration, entraîne des tensions ponctuelles avec Cuba (2004) et plus constantes avec le Venezuela d'Hugo Chávez (à partir de la fin 2005).
Bien qu'une procédure soit engagée contre lui pour le décrédibiliser, A. Obrador, du P.R.D., apparaît longtemps comme le probable successeur de V. Fox à la tête de l'État, face à Felipe Calderón, candidat du P.A.N., son principal challenger. Mais le 2 juillet 2006, à l'issue d'une rude bataille, le résultat à la sortie des urnes voit ce dernier arriver en tête des élections présidentielles, avec 35,88 % des suffrages, contre 35,31 % à son adversaire de gauche. Tandis que le P.A.N. vient en tête des élections législatives avec 206 sièges à la Chambre des députés et 52 au Sénat, le P.R.I., relégué à la troisième position derrière le P.R.D. (allié au parti du Travail et au parti Convergence) confirme son déclin : Roberto Madrazo, qui le représente, n'obtient que 22,26 % des voix. En outre se dessine un clivage régional profond, entre les États du Nord, industrialisés, favorables au P.A.N., et les États du Sud, auxquels il faut ajouter l'important district fédéral de Mexico, qui plébiscitent le P.R.D. La très faible marge qui sépare les deux principaux candidats est source de contestation. Un mouvement de « résistance civile pacifiste », qui rassemble des centaines de milliers de personnes à Mexico, s'organise pour soutenir A. Obrador. Mais, malgré le contentieux pour fraudes et irrégularités soulevé par le P.R.D., le tribunal électoral du pouvoir judiciaire de la fédération proclame F. Calderón vainqueur en septembre, de sorte que, en dépit de la poursuite de la contestation, celui-ci entre en fonction en décembre 2006.
Ne disposant que d'une majorité relative à la Chambre et au Sénat, et malgré la ligne économique libérale orthodoxe défendue, le nouveau président cherche à étendre son assise politique en reprenant à son compte certaines des propositions électorales de son rival. Il réduit immédiatement les salaires des plus hauts fonctionnaires de l'État – dont le sien – et impose un plafond de prix à l'élément de base de l'alimentation des Mexicains les plus pauvres, la tortilla, victime de la flambée des cours du maïs. En mai, il lance un programme destiné à lutter contre le réchauffement climatique. Par ailleurs, alors que le crime organisé fait plus de 3 000 victimes par an, il poursuit activement la lutte engagée par son prédécesseur contre les trafiquants de drogue en mobilisant l'armée et en faisant adopter un Accord national pour la sécurité, la justice et la légalité (août 2008). Recevant successivement en 2007 les présidents du Chili, du Nicaragua, d'Argentine et du Brésil, il relance la coopération avec les pays d'Amérique centrale et latine, pour faire pièce à l'axe anti-Washington organisé par H. Chávez mais s'emploie également à normaliser les relations très tendues avec ce dernier ainsi qu'avec Cuba (mars 2008) à la suite de l'investiture de Raúl Castro et n'en proteste pas moins contre la politique d'immigration adoptée par les États-Unis (construction d'un mur et rejet d'un projet de loi de régularisation des clandestins au Congrès). Au cours de l'été 2007, trois attentats dirigés contre la compagnie pétrolière nationale replacent sur le devant de la scène nationale la menace terroriste de l'E.P.R., l'Armée populaire révolutionnaire, et par contrecoup l'E.Z.L.N., qui affiche sa solidarité avec le groupe d'extrême gauche. Les effets de la crise économique internationale et l'insécurité permanente pourraient expliquer la défiance croissante des Mexicains convoqués aux urnes en juillet 2009. Marquées par une campagne médiatisée en faveur du vote blanc, les élections législatives ne mobilisent qu'environ 45 % des électeurs (contre près de 59 % en 2006) et se soldent par la défaite du P.A.N. qui, ne rassemblant que 27,9 % des voix et 143 sièges, perd la majorité relative qu'il détenait à la Chambre. Toujours bien implanté dans le pays, le P.R.I., présidé depuis 2007 par Beatriz Paredes Rangel, obtient 36,6 % des suffrages et 237 sièges. Retrouvant son rang de première force politique du pays, il peut ainsi former une nouvelle majorité en s'alliant avec le Parti vert écologiste du Mexique (P.V.E.M., 21 sièges). Car ce scrutin est aussi une défaite pour le P.R.D. (12,2 % des suffrages et 71 députés contre 126 dans la précédente assemblée) et ses alliés, également en recul, le parti du Travail (P.T., 3,6 %, 13 députés) et le parti Convergence (2,4 %, 6 députés), « Nouvelle alliance » conservant ses 9 sièges. Alors que le P.R.I. prône une « opposition constructive » et offre son appui négocié (tous comme les Verts) au gouvernement de F. Calderón, le Congrès inaugure la nouvelle législature le 1er septembre.
Voir le chapitre histoire.
Guadalajara, Mexico, Morelia, Oaxaca, Puebla, Querétaro, San Luis Potosí, Taxco de Alarcón.
Mariano Azuela, Carlos Fuentes, Martín Luis Guzmán, Octavio Paz, Alfonso Reyes.
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