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Guatemala

Nom officiel : République du Guatemala

Carton de situation - Guatemala
Drapeau du Guatemala
Drapeau du Guatemala

État d'Amérique centrale baigné au sud par l'océan Pacifique et à l'est par la mer des Antilles, le Guatemala est limité au sud-est par le Salvador, à l'est par le Honduras, au nord-est par le Belize, au nord et à l'ouest par le Mexique.

  • Superficie : 109 000 km2
  • Nombre d'habitants : 15 468 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Guatémaltèques
  • Capitale : Guatemala
  • Langue : espagnol
  • Monnaie : quetzal
  • Chef de l'État : Jimmy Morales
  • Chef du gouvernement : Jimmy Morales
  • Nature de l'État : république à régime présidentiel
  • Constitution :
    • Entrée en vigueur : 14 janvier 1986
    • Révision : 1993
Pour en savoir plus : institutions du Guatemala

GÉOGRAPHIE

Pays de montagnes, en partie volcaniques, au sud, de bas plateaux au nord, le Guatemala est l'État le plus peuplé d'Amérique centrale. La population, encore majoritairement indienne, augmente rapidement. Le café est la base des exportations, dirigées surtout vers les États-Unis.

État le plus peuplé d'Amérique centrale, le Guatemala est un pays montagneux, resté profondément indien. Il se caractérise, socialement, géographiquement et économiquement par de très importants contrastes. Principale puissance économique de l'isthme, il se situe cependant aux derniers rangs des indicateurs régionaux de vie et de développement : le Nord n'a pas 3 habitants par km2, quand les vallées centrales connaissent des densités de population proches de 200 habitants par km2 ; enfin, les quelque 23 ethnies qui composent la communauté amérindienne (Los Indios, 55 % des habitants) n'ont que très peu de contacts avec les Ladinos, métis et/ou descendants des conquérants espagnols qui revendiquent la culture hispanique et détiennent l'ensemble des pouvoirs du pays. Au Guatemala, divers mondes coexistent donc et s'opposent.

Au nord, le Petén occupe un tiers de la superficie du pays. Cette plaine calcaire, couverte par la forêt tropicale humide et un peu de savane, est longtemps restée à l'abandon dans la mesure où elle était considérée comme un espace économique « inutile » et difficile d'accès. Cependant, la découverte de pétrole, la création de ranchs d'élevage et l'exploitation massive des bois précieux par de grandes firmes étrangères ont provoqué le développement de fronts pionniers.

Au centre s'étend la région des Hauts-Plateaux, formée de massifs montagneux dépassant 3 000 m d'altitude (Altos Cuchumatanes, Alta Verapaz, las Minas, etc.), que domine, au sud, l'alignement de volcans actifs de la Sierra Madre (Tajumulco, 4 210 m ; Santa María ; Atitlán ; Acatenango, etc.). Les pluies y sont moins importantes qu'ailleurs et la population, essentiellement indienne et rurale, s'entasse dans les hauts bassins, entre 1 800 m et 2 400 m d'altitude. Dans cet « isolat » ethnique et géographique, très densément peuplé, les descendants des Mayas s'adonnent aux cultures vivrières, les rares Ladinos se concentrant dans les bourgs et les petites villes.

Le piémont pacifique, bien arrosé et cultivé, descend vers la plaine côtière et constitue, avec la zone frontalière hondurienne, la région la plus prospère du pays. Les pluies abondantes et l'enrichissement naturel des terres par les cendres volcaniques y ont permis le développement d'une agriculture d'exportation (café, canne à sucre, coton, fruits tropicaux), marquée par la présence des gigantesques propriétés terriennes, les fincas, exploitées par l'oligarchie locale et des capitaux étrangers. Avec 60 % de la production agricole du pays, plus de 80 % de sa capacité industrielle et 90 % de son activité commerciale, cet espace est parfaitement connecté aux marchés du Pacifique et de l'Atlantique nord par la route transocéanique qui relie les ports de San José et de Puerto Barrios, et ignore superbement son arrière-pays, chargé de lui fournir une main-d'œuvre docile en période de récolte. Les Ladinos y sont majoritaires, tandis que les Indiens se concentrent autour des grandes fincas et dans les bidonvilles de la capitale, Guatemala.

HISTOIRE

1. Le foyer de la civilisation maya

1.1. Le préclassique (2000 avant J.-C.-250 après J.-C.)

Les premiers habitants sont des chasseurs (10000-2000 avant J.-C.) dont l'outillage lithique a été retrouvé, notamment à El Chayal, au sud-est de la capitale.

Au préclassique (2000 avant J.-C.-250 après J.-C.) apparaissent les premiers villages d'agriculteurs (La Victoria, sur la côte pacifique, 1500 avant J.-C., Kaminaljuyú, dans les hautes terres, environ 800 avant notre ère). Un peu plus tard, entre 300 avant J.-C. et 250 après J.-C., au préclassique récent, on retrouve des centres importants avec des temples bâtis sur des pyramides et un style de sculpture où se décèle l'influence d'Izapa, un site du Mexique. Les inscriptions découvertes à Kaminaljuyú annoncent l'écriture hiéroglyphique qui se développera dans la période classique (250-950) ; la voûte en encorbellement est déjà présente dans certaines tombes. La poterie polychrome apparaît à cette époque dans quelques sites de l'aire centrale maya comme à Holmul.

1.2. Le classique (250-950)

La période classique est celle de l'épanouissement de la culture maya. Les basses terres ont été, probablement, le foyer de cette civilisation d'où se sont diffusés l'art, l'architecture, la céramique, l'écriture et le calendrier maya. Les plus grands centres sont Tikal et Uaxactún. Nakum, Naranjo, Holmul et Yaxha sont des sites importants.

Dans une grande partie des hautes terres et de la côte pacifique, les cultures qui se sont développées sont marginales. Elles n'utilisent pas la voûte en architecture et ne présentent pas d'inscriptions. Par contre, des influences venues du Mexique se font fortement sentir dans ces zones. À Kaminaljuyú, on a mis en évidence la présence d'une colonie provenant de Teotihuacán, la grande ville classique du Mexique central, et à Colzumalhuapa, sur la côte pacifique, on a découvert une culture très influencée par le Mexique du Sud.

À la fin de la période classique, les grands centres du Petén et du sud des basses terres furent abandonnées. Dans les hautes terres, certaines cités, sans doute les plus liées aux centres importants du classique, ont été dépeuplées, tandis que Zaculeu, capitale des Indiens Mams, a continué à se développer au cours du postclassique (950-1500).

Pour en savoir plus, voir l'article Mayas.

1.3. Le postclassique (950-1500)

Pendant le postclassique récent s'organisent des États comme ceux des Quichés et des Cakchiquels, dans les hautes terres, qui se disent d'origine toltèque et sont en guerres continuelles les uns contre les autres. Le choix des sites obéit alors à des impératifs stratégiques, et les villes sont érigées sur des promontoires ou des collines faciles à défendre.

2. La période coloniale

Envoyé par Hernán Cortés, Pedro de Alvarado conquiert en 1524 le royaume quiché, fonde Santiago de Guatemala et distribue des encomiendas à ses soldats. Comme dans d'autres pays à forte population indienne, on voit apparaître plus tard des haciendas, en même temps que subsistent, diminuées, les communautés indigènes. À partir de 1542, l'Amérique centrale forme la capitainerie générale de Guatemala, dotée aussi d'une audiencia depuis 1570, qui dépend nominalement du vice-roi du Mexique et qu'on nomme souvent « royaume de Guatemala ».

3. Le xixe siècle

Épargné par les guerres civiles, le Guatemala suit le Mexique dans son indépendance en 1821 et fait partie de l'éphémère empire d'Iturbide (1822-1823). Il redevient, par l'action d'un groupe d'aristocrates créoles, indépendant en 1823 et forme, avec les autres pays de la région, la Fédération des Provinces-Unies d'Amérique centrale (novembre 1824). Cette union a une courte vie, déchirée par les luttes entre les libéraux et les conservateurs et les tendances autonomistes des États. La dictature du libéral hondurien Morazán est finalement renversée par le soulèvement des Indiens de la montagne, dirigés par Rafael Carrera ; en 1839, la fédération se disloque, et le régime conservateur et modernisateur de Carrera dure jusqu'en 1865. En 1871, une petite expédition d'exilés venus du Mexique donne le pouvoir aux libéraux.

Comme au Mexique, le libéralisme triomphant, dont Justo Rufino Barrios est le meilleur exemple, s'attaque aux privilèges de l'Église et à ses terres et aux propriétés collectives des communautés indiennes. Le réveil économique entraîne le développement de la culture du caféier et la prise de contrôle des terres par des planteurs allemands.

4. Naissance d'une « république bananière » (1898-1944)

Les deux dictatures de Manuel Cabrera (1898-1920) et de Jorge Ubico (1926-1944) placent le Guatemala sous la tutelle économique des États-Unis et voient se constituer l'empire bananier de la United Fruit Co ainsi que ceux d'autres compagnies américaines contrôlant la production du café et différentes denrées tropicales. L'évolution politique, économique et sociale du pays répond alors au dogme libéral du « ce qui est bon pour le café et la banane est bon pour le Guatemala ».

Ce premier demi-siècle permet donc à la classe dominante métisse de se développer, se caractérise par une hausse importante des exportations agricoles contrôlée par des capitaux étrangers, tandis que se produit un important mouvement de concentration de la propriété foncière. La réforme libérale de Manuel Cabrera, poursuivie par son successeur, maintient les salariés agricoles dans une situation de semi-servage, interdit les contrats de travail et exproprie les Indiens de leurs terres communales. De prospères enclaves exportatrices apparaissent sur la côte, la capitale s'embellit, tandis que les forces armées multiplient les exécutions sommaires et maintiennent la population dans un état de soumission. Cette phase d'ouverture autoritaire du pays entraîne cependant trop de tensions politiques et sociales : une série de grèves et de manifestations contraint Jorge Ubico à la démission en 1944.

5. Les réformes inachevées (1945-1954)

En 1945, Juan José Arévalo est élu président sur un programme humaniste et réformateur. Favorable à un développement du pays contrôlé par l'État et indépendant de la tutelle nord-américaine, il établit un code du travail et limite le pouvoir des grandes firmes multinationales. Entre 1945 et 1950 sont fondés la Banque du Guatemala et le Musée archéologique, l'Université de San Carlos s'agrandit, tandis que des crèches et des réfectoires populaires sont créés dans les zones indiennes.

Cette politique sociale se heurte à une forte opposition des conservateurs, des propriétaires terriens et des compagnies américaines, qui s'exacerbe avec l'élection du colonel Jacobo Arbenz Guzmán (1951-1954). Appuyé par les classes moyennes, ce dernier poursuit l'œuvre de J. Arévalo, s'oppose diplomatiquement aux États-Unis, commence l'électrification du territoire et décide la réforme agraire qui va provoquer sa perte. La United Fruit, la CIA et les grands propriétaires terriens fomentent un putsch depuis le Honduras et le Nicaragua voisins. J. Arbenz est démis en 1954 ; les militaires qui lui succèdent dans les années 1950 abolissent la réforme agraire, restituent les terres et reviennent sur la plupart des avancées sociales des années 1945-1954.

6. Dictatures militaires, démocraties fantoches et guérilla (1954-1985)

En 1954 commence une série de coups d'État et d'élections plus ou moins frauduleuses qui placent à la tête du pays des gouvernements autoritaires, dirigés par des hommes proches de l'oligarchie, et des militaires, favorables à l'ouverture du pays au marché international ainsi qu'à la libéralisation de son économie. À l'exception de l'intermède civil de Julio César Méndez Montenegro (1966-1970), les régimes qui se succèdent font peu de cas des libertés politiques et des droits de l'homme, et ce d'autant plus qu'à partir de 1962 se développe un mouvement de guérilla qui déstabilise le pays pendant plus de trente ans.

L'économie guatémaltèque est encore dépendante de l'exportation de produits primaires. On constate toutefois un déclin de l'exploitation de bananes, compensé par l'augmentation de la production de café et une légère diversification des exportations : la culture du coton, celle de la canne à sucre et l'élevage bovin se développent dans les années 1960, tout comme l'industrie légère et une industrie lourde encore embryonnaire (métallurgie et pétrochimie). Les principales villes du pays connaissent une importante croissance, liée à l'exode rural massif engendré par le double mouvement de guérilla rurale et de développement économique des zones urbaines. La découverte et l'exploitation de pétrole dans la plaine du Petén est à l'origine d'un mouvement de croissance non négligeable dans les années 1970, interrompu toutefois par le tremblement de terre de 1976 (qui fait 20 000 victimes).

Dans les années 1980, le Guatemala s'enfonce avec ses voisins dans la crise économique, qu'aggravent une répartition très inégalitaire du revenu et l'absence totale de politiques de redistribution : loin de disparaître, les tensions politiques et sociales s'accroissent au contraire pendant cette période, qui voit le pays basculer dans une guerre civile larvée et endémique.

À partir de 1962, l'armée régulière, appuyée parfois par des mouvements terroristes d'extrême droite (Main Blanche, Nouvelle Organisation anticommuniste), s'oppose à des mouvements de guérilla d'extrême gauche regroupés au sein de l'Unité révolutionnaire nationale guatémaltèque (UNRG), armés par Cuba et soutenus par la population indigène. La violence reste cantonnée dans les campagnes jusqu'au début des années 1970, puis gagne les villes. Le pouvoir met à profit ses opérations de maintien de l'ordre pour déplacer diverses ethnies et récupérer, en déportant ou en assassinant leurs propriétaires, les dernières terres très fertiles encore aux mains des communautés indiennes.

Sous le régime du général Efraín Ríos Montt, arrivé au pouvoir par un coup d'État (1982-1983), la violence atteint son paroxysme : les massacres d'Indiens prennent les proportions d'un génocide, les disparitions, enlèvements et assassinats se comptent par milliers ; appuyée par les patrouilles d'autodéfense civile, l'armée lance la politique de la « terre brûlée ». En trente-six ans, le conflit – le plus meurtrier et le plus long d'Amérique centrale – se solde par 200 000 victimes (essentiellement des civils mayas), 40 000 disparus et la fuite de centaines de milliers de Guatémaltèques.

7. Transition démocratique et retour à la paix civile (1985-2007)

L'incapacité de la guérilla à contrôler le pays, la pression internationale et le marasme économique amènent les militaires à rendre le pouvoir aux civils. Les élections de décembre 1985 portent à la présidence de la République le démocrate-chrétien Vinicio Cerezo Arévalo (1985-1990), auquel succède le libéral Jorge Serrano (1991-1993). V. Cerezo engage des négociations pour rétablir la paix en Amérique centrale et tente, mais en vain, de régler les problèmes économiques et sociaux les plus urgents du pays. La violence et l'insécurité paralysent tout effort d'investissement et de croissance.

À la tête d'un gouvernement d'union nationale (ancré toutefois au centre droit), le président J. Serrano entame des pourparlers avec la guérilla en juillet 1991, premières véritables négociations depuis 1962. Celles-ci échouent pourtant, en raison de la poursuite d'exactions et de violations des droits de l'homme de la part des militaires. Soupçonné d'enrichissement illégal et de corruption, ne disposant pas de majorité solide, J. Serrano dissout le Parlement et la Cour suprême en mai 1993 : finalement destitué, il abandonne le pouvoir à Ramiro de León Carpio, nommé à titre transitoire. Ce dernier engage, dès 1994 et sous l'égide de l'Organisation des Nations unies (ONU), des négociations définitives avec la guérilla.

L'attribution du prix Nobel de la paix en 1992 à Rigoberta Menchú, symbole de la lutte pour la défense des Indiens et opposante au régime, a en effet donné une dimension internationale à la guerre civile : la signature rapide d'accords de paix est devenue incontournable. Le règlement du conflit est effectif en décembre 1996, sous la présidence du conservateur Álvaro Arzú Irigoyen, élu au début de cette même année : les mouvements de guérilla sont désormais intégrés dans la vie politique du pays.

7.1. La difficile normalisation politique

La paix permet de relancer l'activité économique, de développer quelques investissements et d'accroître les revenus liés au tourisme. Si la guerre civile est finie, la lutte de 90 % de la population guatémaltèque pour assurer sa survie se poursuit. La concentration de la terre dans les mains de quelques-uns, le sous-équipement du pays en infrastructures sanitaires et éducatives, la non-reconnaissance de la culture indigène, l'impunité de certains militaires demeurent autant d'obstacles à une véritable démocratisation du pays.

Quatre ans après la fin de la guerre civile, les Guatémaltèques portent un jugement très sévère sur la présidence d'Arzú, en particulier dans les domaines économique et social – accroissement des inégalités – et en ce qui concerne la lutte contre la criminalité – montée inquiétante de la délinquance. La constatation par l'ONU de la détérioration des droits de l'homme en 1999 est une autre source d'inquiétude.

C'est dans ce contexte difficile que le populiste de droite Alfonso Portillo Cabrera, candidat du Front républicain guatémaltèque (FRG), parti au pouvoir lors de la répression militaire du début des années 1980, remporte largement l'élection présidentielle de décembre 1999 avec plus de 68 % des voix. Plusieurs mesures prises par le nouveau chef d'État laissent augurer d'une relative démocratisation : intégration d'anciens membres de la guérilla et d'ex-communistes au sein du gouvernement, mise à l'écart d'officiers supérieurs. Mais le gouvernement est incapable de lutter contre la délinquance (notamment celle des maras, gangs de jeunes spécialisés dans le trafic de drogue, le racket, le cambriolage et la prostitution), et la criminalité (une des plus fortes d'Amérique latine) qui pousse la population à émigrer.

Au terme d'une campagne électorale marquée par la violence et troublée par la candidature de l'ancien dictateur E. Ríos Montt, Óscar Berger Perdomo, candidat de la Grande Alliance nationale (Gana, une coalition de trois petits partis de la droite conservatrice), remporte l'élection présidentielle de 2003 devant le candidat de l'Unité nationale de l'espérance (UNE, centre gauche), Álvaro Colom Caballeros. L'ancienne guérilla, l'Union révolutionnaire nationale guatémaltèque, s'est transformée en parti politique, mais son candidat recueille moins de 3 % des suffrages. L'absence de majorité au Parlement (22 députés sur 158) empêche le nouveau président de mener une politique de réforme. En dépit de la participation de R. Menchú au gouvernement, les discriminations raciales s'amplifient, tandis que la corruption, l'impunité et les armes en libre circulation stimulent la recrudescence des violences (dont sont victimes un nombre croissant de femmes : 2 900 d'entre elles assassinées entre 2002 et 2007 selon Amnesty International). Le pays demeure dans une extrême pauvreté.

8. L'alternance politique (2007-2011)

En novembre 2007, pour la première fois depuis cinquante ans, un candidat de gauche accède au pouvoir. À l'issue d'une campagne électorale marquée par la violence (une cinquantaine de morts), le candidat de l'UNE, le social-démocrate Á. Colom, remporte l'élection présidentielle avec 52,8 % des suffrages, devançant de cinq points l'ex-général Otto Pérez Molina, candidat du parti Patriote (droite) et partisan de la manière forte. Toutefois, son parti, l'UNE, bien qu'arrivé en tête des élections législatives avec 51 sièges, ne dispose pas de la majorité absolue au Congrès. Dans son discours d’investiture, le président annonce la construction d’un « modèle de démocratie sociale avec un visage maya » dans un pays qui reste profondément divisé socialement et ethniquement.

Mais il doit affronter une violence et une criminalité endémique avec plus de 5 000 assassinats par an et l’implantation dans le pays des cartels mexicains (les Zetas). Si une Commission internationale contre l'impunité au Guatemala est bien instituée à la suite d’un accord entre le gouvernement et les Nations unies en janvier 2008, face à l’inertie de la Justice et du Congrès, son président, le juriste espagnol Carlos Castresana, démissionne en juin 2010. Nommée en décembre, l’avocate Claudia Paz y Paz s’illustre toutefois par sa fermeté comme procureur général : pour la première fois depuis la fin de la guerre, un militaire de haut rang, l’ex chef d’état major de E. Ríos Montt est ainsi arrêté en juin 2011 et des condamnations très sévères sont prononcées en août contre d’anciens membres des forces spéciales impliqués dans les massacres de 1982.

8.1. Le retour au pouvoir de la droite (2011-)

L’expérience de centre gauche menée par Á. Colom est de courte durée. Les mesures sociales adoptées (effort en faveur de la scolarisation des enfants, gratuité des soins dans les municipalités les plus pauvres notamment) sont éclipsées par le climat général d’insécurité et la violence – parfois extrême – qui mine le pays et qui constitue la préoccupation principale des Guatémaltèques. Par ailleurs, ces derniers se remettent difficilement de nouvelles inondations catastrophiques au mois d’octobre.

Le 6 novembre, c’est dans une certaine indifférence que l'ex-général Otto Fernando Pérez Molina, candidat du parti Patriote, l’emporte cette fois avec environ 54 % des suffrages face à son rival « centriste » Manuel Baldizón, du parti « Liberté démocratique rénovée » (Lider), sur lequel se sont reportés de nombreux partisans du camp présidentiel, faute de candidat depuis l’invalidation par la Cour constitutionnelle de la candidature de l’ex-épouse du président sortant. Si le parti Patriote, arrivé en tête aux législatives devant l’UNE, n’obtient pas la majorité des sièges au Congrès, l’élection d’un ex-militaire à la tête de l’État (une première depuis la chute de la dictature) est accueillie avec une certaine crainte par plusieurs organisations de défense de droits de l’homme.

Son mandat est cependant prématurément interrompu : mis en cause dans un vaste scandale de corruption (fondé sur le détournement des droits de douane) ayant déjà provoqué l’arrestation de la vice-présidente, il doit démissionner en septembre 2015 avant de comparaître devant la justice. Candidat du Front de convergence nationale, Jimmy Morales, un humoriste connu surtout pour ses émissions de télévision et sans grande expérience politique, remporte l’élection présidentielle anticipée avec plus de 67 % des voix devant l’ex-épouse d’Á. Colom. Sa formation (conservatrice, fondée par d’ex-militaires en 2008) vient en cinquième position derrière les partis Lider, UNE, Todos et le parti Patriote, à l’issue des législatives.