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Salvador

en espagnol El Salvador

Nom officiel : République du Salvador

Carton de situation - Salvador
Drapeau du Salvador
Drapeau du Salvador

État d'Amérique centrale, le Salvador est baigné au sud par l'océan Pacifique, bordé à l'ouest et au nord-ouest par le Guatemala, au nord et à l'est par le Honduras.

  • Superficie : 21 000 km2
  • Nombre d'habitants : 6 340 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Salvadoriens
  • Capitale : San Salvador
  • Langue : espagnol
  • Monnaie : dollar des États-Unis
  • Chef de l'État : Mauricio Funes
  • Chef du gouvernement : Mauricio Funes
  • Nature de l'État : république à régime présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 14 décembre 1983
    • Entrée en vigueur : 20 décembre 1983
    • Révision : 1991
Pour en savoir plus : institutions du Salvador

GÉOGRAPHIE

Ce pays, au climat tropical, formé de massifs volcaniques ouverts par la vallée du Lempa, a pour ressources essentielles des cultures vivrières (maïs, riz) et commerciales (coton, agrumes et surtout café). La population, en grande majorité métissée, est très dense.

1. Le milieu naturel

Le Salvador est le seul État d'Amérique centrale à n'être ouvert que sur le Pacifique. Il appartient à la bordure volcanique du versant Pacifique de l'isthme centraméricain et offre un remarquable ensemble de volcans récents, souvent actifs : Santa Ana, San Salvador, San Vicente, Tecapa, San Miguel (2 132 m), Conchagua. Les montagnes du nord portent le point culminant du Salvador, le massif de Monte Cristo (2 418 m). Le principal fleuve du pays est le río Lempa. Le climat, par 14° de latitude nord, est chaud et humide, mais la saison sèche dure de 4 à 5 mois, à partir de décembre. L'altitude introduit les différenciations climatiques habituelles. La partie vitale du pays s'étend sur l'étage supérieur des terres chaudes (tierras calientes), de 500 à 800 m, et sur les terres tempérées (tierras templadas), de 800 à 1 800 m d'altitude. C'est le niveau des plantations caféières, principale richesse du Salvador.

2. Le surpeuplement et les problèmes agraires

À l'exception d'une petite minorité de Blancs (5 %), la population est essentiellement formée de métis, de langue et de culture espagnoles. Le pays compte 60 % de citadins. Le réseau urbain est bien développé, les principales villes étant San Salvador, loin devant Santa Ana et San Miguel. Les autres villes, plus modestes, sont particulièrement nombreuses : Zacatecoluca, Ahuachapán, San Vicente, Sonsonate, Usulután, Acajutla, etc.

Dans ce pays, le plus petit d'Amérique centrale, le manque de terres est cruellement ressenti. En effet, entre 1900 et 1970, la population du Salvador a quintuplé. Elle connaît, aujourd'hui encore, un taux d'accroissement naturel de 1,8 % par an. La densité moyenne dépasse désormais 300 habitants par km2 mais le Centre et le Sud concentrent plus de 500 habitants par km2. Du fait de ce surpeuplement (de 1961 à 1975, le pourcentage de familles rurales sans terre est passé de 12 % à 41 %) et de la guerre civile, un fort mouvement d'émigration s'est développé vers le Honduras, le Guatemala et les États-Unis.

Dans le cadre d'une réforme agraire engagée au début des années 1980, un certain nombre de mesures furent prises en faveur de la petite paysannerie : expropriation des plantations de plus de 500 hectares (1980), suivie d'un programme de transfert de terres aux petits paysans (1981) et d'une limitation de la propriété à 245 hectares (1983). Après la fin de la guerre civile (1992), enfin, un projet de distribution de 10 % des terres était également prévu pour les anciens combattants. Cependant, tous ces projets sont restés insuffisants pour remettre en cause l'oligarchie terrienne qui conserve la majeure partie de ses exploitations et de ses privilèges.

3. La monoculture caféière et ses conséquences

Bien que sa part diminue dans le revenu national, l'agriculture occupe toujours une place importante dans l'économie salvadorienne (10 % du produit intérieur brut [P.I.B.] en 2006, 20 % de la population active en 2004). Au contraire des autres pays de l'Amérique centrale, elle est accaparée et contrôlée non par des capitaux étrangers mais par une oligarchie terrienne locale que l'on surnomme les « quatorze familles » (8 % des planteurs produisent 50 % des récoltes). Les cultures commerciales (café, agrumes, coton) et l'élevage (bovins, porcs) se sont étendus au détriment des cultures vivrières (maïs, riz, haricot, sorgho). Le café reste la principale culture (il assure, en valeur, encore plus de la moitié des exportations). Cependant, la production des principales ressources agricoles a été gravement affectée par la guerre civile (1981-1992), qui a ruiné le pays. Le retour à la paix s'accompagne, ces dernières années, d'une nette reprise de l'activité agricole.

4. L'industrie

Après 1945, le développement de l'économie salvadorienne a d'abord reposé sur l'agriculture commerciale (exportations de café, de sucre, de coton, de produits d'élevage). Puis la création du Marché commun d'Amérique centrale, en 1957, a considérablement profité à l'industrie, dont la production a doublé de 1960 à 1967. Cet essor a duré jusqu'en 1969, date de la « guerre du football » qui a vu le Honduras, alors l'un des principaux partenaires commerciaux du Salvador, se retirer du Marché commun centraméricain, faisant perdre ainsi aux exportations salvadoriennes une grande partie de leurs débouchés. Le pays connut une nouvelle phase d'expansion économique avant la guerre civile, sur la base des exportations de produits agricoles et manufacturés. Entre 1960 et 1978, le taux de croissance annuel était d'environ 5 %.

Depuis 1992, la priorité du Salvador est de reconstruire une économie dévastée par douze ans de guerre civile. Il bénéficie, pour cela, d'une importante aide américaine. Sous la présidence d'Alfredo Cristiani, le rôle du marché et du secteur privé tend à s'accroître avec la privatisation de pans entiers de l'économie (sucreries, distilleries, usines textiles, banques et institutions financières, télécommunications). Depuis 1990, la croissance a repris à un rythme soutenu et connaît une progression constante (3 % en 1991, 6 % en 1995). En 1995, l'industrie, qui emploie le quart des actifs, fournissait 30 % du P.I.B. et près de 60 % des exportations (dont les trois quarts sont destinés au marché centraméricain). Les principales branches de l'industrie sont l'agroalimentaire, la chimie lourde (raffinage de pétrole, pétrochimie), la cimenterie, le textile, le plastique et l'aluminium. Ces activités sont surtout localisées autour de San Salvador, de Santa Ana et de San Miguel. Le Salvador possède, aujourd'hui, le deuxième secteur industriel d'Amérique centrale, après le Guatemala.

La fin de la guerre civile offre, en outre, l'opportunité d'achever un vaste projet hydroélectrique sur le río Lempa, qui réduirait la dépendance énergétique du pays. En effet, 50 % du pétrole salvadorien vient du Mexique et du Venezuela. Le Salvador entreprend également, avec le retour à la paix, de mettre en valeur son potentiel touristique, notamment sur la côte pacifique. Le Salvador est régulièrement touché par des catastrophes naturelles, qui, outre le drame humain (elles sont souvent très meurtrières), provoque de très importants dommages dans tous les secteurs de l'économie. En 1998, le cyclone Mitch a été particulièrement dévastateur et, en 2001, un tremblement de terre de forte intensité a encore frappé le pays.

HISTOIRE

Trois groupes ethniques ont peuplé l'actuel Salvador à l'époque précolombienne : les Pipils, d'ascendance mexicaine et de langue nahuatl, au sud et à l'est du río Lempa, les Pocomans, de culture maya, au nord-ouest, et les Lencas, également de culture maya, au nord et à l'est. Le Salvador est conquis par l'Espagnol Pedro de Alvarado en 1524. La région, d'où sont exportés le cacao et le baume dit « du Pérou », fait partie de l'audiencia du Guatemala jusqu'au 15 septembre 1821, date de son indépendance par rapport à l'Espagne. En 1823, le Salvador intègre la fédération des Provinces-Unies d'Amérique centrale (Salvador, Honduras, Nicaragua, Guatemala, Costa Rica), dont le Salvadorien Miguel José Arce est le premier président. Le pays sort de la fédération en 1841, date à laquelle il devient pleinement indépendant.

De l'indépendance à la crise de 1929

Comme dans tout le sous-continent, la lutte entre libéraux et conservateurs, compliquée de l'opposition entre séparatistes et unionistes, favorables à l'idée d'une fédération centraméricaine (qui sera relancée à plusieurs reprises par les cinq pays d'Amérique centrale), occupe l'essentiel de la vie politique du pays au xixe s.

Les conflits qui opposent le Salvador au Guatemala (1906) et au Nicaragua (1907) sont réglés par l'intermédiaire des États-Unis, qui exercent une forte influence en Amérique centrale. Malgré ses soubresauts politiques, le pays se développe et atteint un certain degré de prospérité, grâce à la culture du café qui commence au milieu du xixe s., au détriment de la culture de l'indigo, abandonnée dans les années 1880. C'est alors l'Asociación Cafetalera, regroupant les grands planteurs, les propriétaires et les exportateurs (les « quatorze familles »), qui constitue le véritable pouvoir.

L'économie du café, qui représente 90 % des exportations du Salvador, est terriblement vulnérable. Avec la crise de 1929, les cours s'effondrent (de 57 % en quatre ans). Le revenu national en 1931 représente la moitié de celui de 1928.

Les gouvernements militaires

C'est dans ce climat de crise que le parti communiste salvadorien est créé, en 1930. À cause de la chute des cours du café, la Fédération régionale des travailleurs organise une marche de 80 000 personnes le 1er mai 1930. Les premières élections libres ont lieu en 1931 et portent au pouvoir le libéral Arturo Araújo. Ne pouvant maîtriser les difficultés économiques et sociales, celui-ci est renversé en décembre par le général Maximiliano Hernández Martínez, qui instaure un régime dictatorial. Le leader communiste Agustín Farabundo Martí, compagnon de route du révolutionnaire nicaraguayen Augusto César Sandino, tente d'organiser une insurrection communiste, qui échoue. En janvier 1932, une série de révoltes paysannes éclate. Sans véritable coordination, ces jacqueries sont réprimées dans le sang par le président Hernández Martínez, soutenu par la grande bourgeoisie du café. La répression, connue au Salvador sous le nom de la Matanza (« la tuerie »), fait près de 30 000 morts. Farabundo Martí est fusillé.

Cette date essentielle dans l'histoire du Salvador consacre la rupture entre les forces populaires et les gouvernements militaires, qui vont désormais dominer la vie politique. En mai 1944, une grève massive oblige Hernández Martínez à se retirer, mais les militaires conservent le pouvoir, sous la direction du général Castañeda Castro (1945-1948).

En 1948, un coup d'État de jeunes officiers marque le début d'un régime politique stable, qui va durer jusqu'en 1979. Une nouvelle Constitution est promulguée, les libertés publiques sont restaurées et un parti officiel est créé, le parti révolutionnaire d'Unification démocratique (P.R.U.D.). La modernisation du pays progresse : sous les présidences des colonels Óscar Osorio (1948-1956) et José María Lemus (1956-1960), les infrastructures (aménagement hydraulique du río Lempa, construction de routes…) se mettent en place et l'industrie prend son essor. Le progrès économique va de pair avec le développement des classes moyennes, de la législation sociale (sécurité sociale, programme de logements sociaux…) et du syndicalisme, qui est désormais autorisé. Le régime ne s'attaque pas à une réforme agraire, qui mettrait en cause la distribution des terres, mais un impôt sur le revenu est créé.

En octobre 1960 intervient un nouveau coup d'État militaire, mené par des officiers réformistes favorables à la révolution cubaine et qui s'opposent à l'évolution de moins en moins libérale du régime. En janvier 1961, ils sont à leur tour renversés par des militaires appuyés par les États-Unis.

Dans les années 1960, le courant démocrate-chrétien, très actif, devient un obstacle sérieux pour le régime militaire : le parti démocrate-chrétien (P.D.C.), fondé en 1960 et dirigé par José Napoleón Duarte, devient la première force d'opposition face au parti de Conciliation nationale (P.C.N.), le parti gouvernemental qui remplace le P.R.U.D. et auquel appartiennent les présidents Julio Adalberto Rivera (1962-1967), lieutenant-colonel, et son successeur, le colonel (puis général) Fidel Sánchez Hernández (1967-1972). En 1968, une modification de la loi électorale permet à l'opposition d'accéder à l'Assemblée législative.

En juillet 1969 a lieu un conflit avec le Honduras, où des milliers d'immigrés salvadoriens concurrencent la main-d'œuvre locale, ce qui provoque de vives tensions. Là réside la véritable cause de cette « guerre du football », ou « guerre de cent heures », entre les deux pays, dont le prétexte est un incident entre supporters des deux camps lors d'une rencontre sportive, en juin de la même année. Malgré la victoire salvadorienne, 100 000 Salvadoriens reviennent dans leur patrie, augmentant la pression démographique. Un autre litige, portant sur un morceau de territoire le long de la frontière hondurienne et sur l'île de Meanguera (golfe de Fonseca), oppose également les deux pays. Ce différend ne sera réglé qu'en 1992.

En 1972 se constitue l'Union nationale d'opposition (U.N.O.), composée des trois principaux partis d'opposition : le P.D.C., le Mouvement national-révolutionnaire (M.N.R.), de tendance sociale-démocrate, et l'Union démocratique nationale (U.D.N.), proche du parti communiste, interdit depuis 1932. Lors des élections qui ont lieu la même année, l'U.N.O. met en péril le P.C.N., qui recourt à la fraude pour imposer son candidat, le colonel Arturo Armando Molina Barraza. Le leader démocrate-chrétien José Napoleón Duarte est envoyé en exil au Venezuela. En 1977, une nouvelle élection, tout aussi contestée, donne la victoire au général Carlos Humberto Romero Mena. Son accession au pouvoir se déroule dans un climat de grèves, de manifestations, d'occupations de terres et surtout de violence extrême (attentats, prises d'otages, terrorisme), qui aboutit en mars 1980 à l'assassinat de Monseigneur Óscar Romero y Galdames, archevêque de San Salvador, très critique vis-à-vis du pouvoir en place, dont il dénonce les nombreuses violations aux droits de l'homme. Un massacre organisé par l'extrême droite marque ses obsèques.

L'opposition de gauche se radicalise et abandonne de plus en plus la lutte légale ; à droite se développent des organisations paramilitaires comme l'ORDEN (Organisation démocratique nationaliste), créée en 1960, dont l'objectif est de faire régner l'ordre.

En octobre 1979, le général Romero Mena est renversé par des officiers progressistes. Une junte dite « de la Jeunesse militaire » se forme, avec à sa tête le colonel Adolfo Majano, et un programme réformiste qui porte sur trois points : dissolution de l'ORDEN, prise en charge par l'État du commerce extérieur (notamment des exportations de café), réforme de la propriété agraire.

Malgré cela, l'ORDEN poursuit plus ou moins clandestinement ses activités ; l'oligarchie finance des « escadrons de la mort » et la violence se traduit par plus de 800 assassinats par mois.

Entré en 1980 dans la junte militaire, à qui il est censé donner une crédibilité en tant que leader de la Démocratie chrétienne, José Napoleón Duarte devient chef de l'État. La nouvelle junte applique ses réformes : nationalisations des banques et des institutions de crédit, réforme agraire qui concerne 25 % des terres cultivables, rachetées par l'État à leurs propriétaires et transformées en coopératives.

Ainsi, pendant toute cette période, de 1930 à 1980, l'armée et l'oligarchie ont structuré le pouvoir : lorsque les mécontentements sont trop grands parmi la population, les présidents sont renversés par des coups d'État, comme Hernández Martínez en 1944, Lemus en 1960, Romero Mena en 1979. De même, lorsque les administrations réformistes sont considérées comme trop radicales, elles se heurtent à l'oligarchie, comme celle du colonel Molina en 1976. Mais ce système est profondément bouleversé par la sanglante guerre civile qui se développe à partir de 1981.

La guerre civile

Après la victoire de Fidel Castro à Cuba, des guérillas d'inspiration castriste naissent un peu partout en Amérique centrale. Au Salvador, en 1970, Salvador Cayetano Carpio, secrétaire général du parti communiste, a formé les Forces populaires de libération, marquant une radicalisation des oppositions dans un climat de violence extrême, auquel participe également l'armée, responsable de nombreux assassinats.

Les organisations de masse syndicales et étudiantes rejoignent en avril 1980 le M.N.R. et les dissidents du P.D.C. pour constituer le Front démocratique révolutionnaire (F.D.R.). Parallèlement, plusieurs groupes de guérilla se coordonnent en octobre 1980 à Cuba pour former le Front Farabundo Martí de libération nationale (F.M.L.N.).

Le 10 janvier 1981, le F.M.L.N., qui contrôle surtout les départements du Nord, à la frontière hondurienne, lance un appel à l'insurrection générale, amorçant une guerre civile qui va faire en dix ans plus de 80 000 morts, 500 000 personnes déplacées, et provoquer l'émigration de 500 000 Salvadoriens (au Panamá, au Nicaragua, au Costa Rica et aux États-Unis).

L'armée, largement aidée par les États-Unis, qui voient dans cette guerre civile l'ingérence de Cuba et de l'U.R.S.S., compte 55 000 soldats et un personnel paramilitaire de 15 000 hommes, renforcés par des troupes argentines et honduriennes. Attaques d'infanterie et bombardements aériens des populations habitant les zones contrôlées par la guérilla sont à la base de la stratégie gouvernementale, qui se solde par un fort coût en vies civiles.

Le F.M.L.N.-F.D.R., bénéficiant d'une bonne coordination à travers le pays et d'une aide du Nicaragua, lance des attaques de brousse, se livre au terrorisme urbain et au sabotage économique (destruction des récoltes, des lignes de communication…). Près de 400 civils sont assassinés chaque mois.

Les élections pour une assemblée constituante en mars 1982 opposent le P.D.C. et deux partis de droite et d'extrême droite : le P.C.N. et l'Alliance républicaine nationaliste (Arena), fondée en 1981. Le P.D.C. devient minoritaire, mais les États-Unis ne laissent pas le candidat de l'Arena, le major D'Aubuisson Arrieta, l'emporter. En attendant les présidentielles suivantes, ils installent au pouvoir le libéral Álvaro Magaña Borja. Une nouvelle Constitution est votée en 1983.

En mai 1984, Duarte gagne les élections présidentielles, tandis que les élections législatives de 1985 donnent au P.D.C. la majorité absolue au Parlement.

La pacification et la démocratisation du régime

Les discussions qui s'engagent entre le pouvoir et la guérilla se heurtent à deux problèmes : d'abord, l'incapacité de Duarte de mettre fin à la terreur exercée par les groupes d'extrême droite et les « escadrons de la mort » ; ensuite, le fait que le F.M.L.N.-F.D.R., lui-même en butte à des luttes internes et à des scissions, boycotte systématiquement les élections, y compris celles qui sont surveillées par des observateurs internationaux. À partir de 1983, devant la menace d'une extension des conflits en Amérique centrale (Nicaragua, Honduras) et d'une intervention des États-Unis, des tentatives de négociation s'engagent entre les différentes parties. En 1984, à La Palma, les discussions entre le gouvernement salvadorien et une délégation de l'opposition armée menée par Guillermo Ungo, chef du M.N.R., tournent court. En août 1987, dans un cadre régional élargi à l'ensemble des pays de la région, de nouvelles négociations ont lieu : les présidents des cinq pays d'Amérique centrale signent le plan de paix Esquipulas, proposé à l'initiative du président costaricain Óscar Arias et qui prévoit le dialogue entre les gouvernements et les insurgés, l'avènement de la démocratie et d'un système pluraliste, la cessation de l'aide aux insurgés, quelle qu'en soit la source. En octobre 1987, l'opposition et la Démocratie chrétienne se rencontrent à nouveau, sans succès, mais le plan de paix est réactivé par celui de Tela en 1989.

L'incapacité du P.D.C. à mener les réformes entraîne la victoire de l'Arena aux élections législatives de mars 1988, puis, un an après, l'arrivée à la tête de l'État de son leader, Alfredo Cristiani Burkard. Le nouveau président surprend en prônant un dialogue ininterrompu avec la guérilla et en prenant ses distances avec les « escadrons de la mort ». Il propose une série de rencontres au F.L.M.N., qui les refuse en exigeant un processus de démocratisation avant de déposer les armes et qui relance l'offensive, en s'attaquant à des leaders de l'Arena et en donnant l'assaut à la capitale, San Salvador. La réaction est immédiate : syndicalistes et sympathisants supposés du F.M.L.N. sont assassinés. Mais l'effondrement du bloc soviétique, qui fournit des armes aux groupes d'extrême gauche, amène peu à peu les guérilleros à envisager la paix. Le F.M.L.N. fait un premier pas en respectant une trêve pendant les élections législatives de mars 1991, qui voient la progression des partis de gauche, tandis que l'Arena perd la majorité absolue. Un accord de paix est finalement signé entre le gouvernement salvadorien et la guérilla, à Mexico, le 16 janvier 1992 ; il prévoit l'instauration d'un cessez-le-feu, le désarmement et la réintégration des guérilleros dans la vie civile, la réduction des effectifs de l'armée, la redistribution des terres de l'État en faveur des anciens rebelles, la publication du rapport d'une « commission de la vérité » établissant les responsabilités dans les différents massacres perpétrés depuis les années 1980. Le 15 décembre 1992, jour de la « Réconciliation nationale », la fin de la guerre civile est officiellement proclamée et le F.M.L.N. est déclaré parti légitime. Une loi d'amnistie interviendra en 1994. Dès lors, la droite comme la gauche jouent le jeu de la paix et, en dépit des difficultés économiques, le Salvador offre un modèle de « sortie de crise » réussie.

En avril 1994, dans un calme relatif mais à une très large majorité (68 % des voix), Armando Calderón Sol, candidat de l'Arena et ancien maire de San Salvador, est élu président de la République. Une partie du F.M.L.N. se rapproche de la Démocratie chrétienne et crée un parti démocrate (P.D.) qui s'allie à l'Arena. En mars 1997, le reste du F.M.L.N., se réclamant désormais d'une social-démocratie libérale, remporte 27 sièges à l'Assemblée (où l'Arena en obtient elle-même 28) et 60 mairies, dont San Salvador. L'économiste et philosophe Francisco Flores, candidat conservateur de l'Arena, remporte l'élection présidentielle de mars 1999 (entrée en fonctions en juin), devançant largement son adversaire du F.M.L.N. En mars 2000, le F.M.L.N. sort vainqueur des élections législatives (31 sièges sur 84, contre 29 pour l'Arena) et remporte 78 mairies aux élections municipales, mais la droite conserve la majorité au Parlement, grâce, notamment, aux bons résultats du P.C.N. allié traditionnel de l'Arena. Les Salvadoriens ont sanctionné un gouvernement dont les résultats en matière économique et sociale sont jugés décevants. En effet, le chômage et le sous-emploi touchent 44 % de la population active, et près de un habitant sur deux (48 %) vit en dessous du seuil de pauvreté. La gestion par le président Flores du problème de l'insécurité, en constante augmentation, est également l'objet de vives critiques.

Ainsi, huit ans après avoir déposé les armes, le parti de l'ex-guérilla devient la première force politique du pays mais ne réussit pas à franchir le seuil nécessaire pour imposer une alternative à la droite. Si les deux principales forces politiques restent au coude à coude à l'issue des élections de 2003 et de 2006, l'Arena peut s'appuyer sur le P.C.N. tandis que son candidat, Elías Antonio Saca, ancien journaliste et homme d'affaires sans grande expérience politique, remporte largement l'élection présidentielle de mars 2004, face à Schafik Jorge Handal, leader historique du F.M.L.N. et ancien secrétaire général du parti communiste. Alors que la croissance se maintient autour de 4 % par an – grâce notamment aux remises des émigrés installés aux États-Unis –, le Salvador ratifie dès décembre 2004 le traité de libre échange d'Amérique centrale (entré en vigueur en mars 2006) mais A. Saca infléchit par ailleurs la politique très libérale de ses prédécesseurs – fondée sur des privatisations massives et la dollarisation de l'économie nationale – en prenant des mesures en faveur des régions les plus pauvres et en renforçant le système de santé et de protection sociale (programme Red Solidaria lancé en 2005 avec l'appui de la Banque mondiale).

La victoire de la gauche

Les échéances électorales de 2009 sont décisives pour la gauche salvadorienne. À la suite de la mort de S. J. Handal en 2006, le F.M.L.N. décide de présenter à l'élection présidentielle de mars Mauricio Funes, un journaliste de renom aux positions politiques modérées, et progresse encore aux élections législatives du 18 janvier en obtenant 35 sièges. Avec 32 députés pour l'Arena, 11 pour le P.C.N. et 5 pour le P.D.C., la droite reste majoritaire à l'Assemblée tandis qu'elle vient en tête des élections municipales, l'Arena remportant 121 mairies sur 261 dont celle de San Salvador, contrôlée par le F.M.L.N. depuis 1997. Mais elle doit s'incliner à l'issue du scrutin présidentiel du 15 mars : avec 51, % des suffrages, M. Funes est élu à la tête de l'État face à Rodrigo Ávila, candidat de l'Arena, qui reconnaît pleinement sa défaite. Saluant ce « nouvel accord de paix et de réconciliation », le président élu, lance un appel à l’unité nationale et, sitôt investi le 1er juin, rétablit les relations diplomatiques avec Cuba rompues depuis 1959.