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Argentine

Argentine

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Carton de situation

Argentine
en espagnol Argentina
Nom officiel : République argentine

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à l'Amérique.

État d'Amérique du Sud baigné à l'est par l'océan Atlantique, l'Argentine est limitée au nord par la Bolivie et le Paraguay, à l'est par le Brésil et l'Uruguay, à l'ouest par le Chili. C'est un État fédéral constitué de 22 provinces (Buenos Aires, Catamarca, Chaco, Chubut, Córdoba, Corrientes, Entre Ríos, Formosa, Jujuy, La Pampa, La Rioja, Mendoza, Misiones, Neuquén, Río Negro, Salta, San Juan, San Luis, Santa Cruz, Santa Fe, Santiago del Estero et Tucumán) auxquelles s'ajoutent un Territoire (Terre de Feu) et le District fédéral de la capitale, Buenos Aires.

Superficie : 2 780 000 km2
Nombre d'habitants : 40 276 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Argentins
Capitale : Buenos Aires
Langue : espagnol
Monnaie : peso argentin

Chef de l'État : Cristina Fernández de Kirchner

Chef du gouvernement : Cristina Fernández de Kirchner

Premier ministre : Aníbal Fernández

Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel

Constitution :

 Adoption : 22 août 1994

 Entrée en vigueur : 24 août 1994

Institutions au niveau fédéral

Exécutif

Chef de l'État et du gouvernement : président de la Nationchef du Conseil des ministres

Législatif

Le Congrès se compose de la Chambre des députés et du Sénat.

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

De grandes plaines au pied des Andes

Le trait essentiel du relief de l'Argentine réside dans l'opposition vigoureuse entre les plaines, à l'est, et les montagnes, à l'ouest.

   À l'ouest s'élève la cordillère des Andes, disloquée par des effondrements, des soulèvements et des éruptions. Tremblements de terre et volcanisme actif attestent encore la fragilité de cette zone. Au nord, les Andes présentent surtout des aspects tabulaires. Les hauts plateaux, qui prolongent, entre 3 500 et 4 500 m d'altitude, l'Altiplano bolivien, sont dominés, à l'ouest, par des volcans s'élevant parfois à plus de 6 000 m et flanqués, à l'est, par de puissants massifs cristallins alignés en sierras, au-dessus des piémonts et bassins de Jujuy, Salta et Tucumán. Plus au sud, le massif se morcelle en bassins fermés et en blocs soulevés, sous un climat aride. Ces Andes sèches de Catamarca-La Rioja se prolongent en une haute cordillère (culminant à l'Aconcagua), entre le piémont de Mendoza et le bassin de Santiago (au Chili). Vers 36° de latitude sud, les Andes se rétrécissent, s'abaissent et sont fragmentées par de grandes coupures transversales. La glaciation quaternaire a été ici active et a contribué à la formation de vallées transversales et de lacs (lac de Nahuel Huapí).

   Les plaines et les plateaux couvrent la majeure partie du pays, correspondant à un ample ensellement du bouclier brésilien. Celui-ci n'affleure en blocs puissamment soulevés que dans l'avant-pays andin, le grand massif central de Córdoba (véritable muraille à plus de 2 000 m d'altitude, barrant l'horizon à l'ouest) et, avec des formes très atténuées, dans le sud de la plaine. Sur un million de km2, de la frontière paraguayenne au río Colorado, la platitude du modelé est étonnante, autant que l'absence de tout réseau hydrographique organisé. Les dépôts éoliens, accumulés à la fin du tertiaire et à l'orée du quaternaire, ont donné d'épaisses couches de limons salés et souvent encroûtés, mais recouverts, aux époques glaciaires plus récentes, d'un feutrage de lœss, à l'est et au nord, ou de sables, à l'ouest et au centre. Le modelé de détail est ainsi très varié et doit être mis en rapport avec les caractéristiques climatiques qui permettent de distinguer le Chaco subtropical, sec ou humide, à savanes inondables piquetées de palmiers, ou à forêts de quebrachos, de la Pampa, située à des latitudes plus « tempérées » et domaine naturel de la prairie, à l'est et au sud, et des formations arbustives et forestières sèches du monte. Prairie composite et sols noirs ou bruns, meubles, profonds et riches ont donné à la Pampa sa renommée, presque générale, de fertilité.

   Le Paraná et son affluent, le Paraguay, constituent, à l'est, une véritable barrière fluviale qui marque la limite de la plaine à laquelle elle permit autrefois l'accès depuis l'océan Atlantique. À l'est s'étendent les collines de l'Entre Ríos, les plaines ennoyées de Corrientes et les croupes basaltiques des Misiones qui constituent ensemble une sorte de Mésopotamie entre les ríos Paraná et Uruguay.

   Au sud, la Patagonie présente sur 700 000km2 un paysage de hauts plateaux caillouteux, secs, froids et venteux dans lesquels se creusent les profondes et étroites vallées des rares fleuves issus des Andes, les ríos Negro, Chubut et Santa Cruz notamment. À la côte rectiligne et dunaire de la Pampa atlantique s'opposent les hautes falaises du littoral patagon. Les sites portuaires sont très rares depuis l'estuaire du Río de la Plata, presque colmaté par les alluvions, jusqu'à l'embouchure du río Gallegos, aux abords du détroit de Magellan. Bahía Blanca, au contact de la Pampa et de la Patagonie, offre le seul vaste abri naturel à l'origine de l'essor actuel de la ville.

Un climat marqué par l'aridité

L'extrémité méridionale, sur la façade océanique, est humide, et la température n'y est jamais élevée : 9,2 °C en été à Ushuaia. À l'extrémité nord, à près de 3 700 km de distance, la province des Misiones a un climat chaud et pluvieux et l'on y cultive le thé. Partout ailleurs, tandis que les températures diminuent du nord vers le sud, la tendance à l'aridité est le trait dominant du climat. L'argentine est traversée du N.-O. au S.-E. par une large zone de sécheresse. Cette « diagonale aride » commence dans les hauts plateaux et bassins andins et se continue dans le piémont (193 mm de pluies par an à Mendoza) pour s'achever sur la côte de Patagonie (moins de 200 mm). Dans la Pampa, le climat change quand on va de l'Atlantique vers l'intérieur : humide (1 200 mm de pluies) et généralement doux près du Río de la Plata, il devient continental et sec à l'intérieur. Les pluies se concentrent de plus en plus pendant la saison chaude, et l'humidité qu'elles apportent subit aussitôt une forte évaporation. L'isohyète de 600 mm décrit de Bahía Blanca à Córdoba un vaste arc de cercle. On passe ainsi de la Pampa « humide » à la Pampa « sèche ».

   Aussi l'arbre est-il rare en Argentine : la majeure partie du pays est le domaine des prairies et des brousses épineuses. La moitié ouest du pays, au nord de la Patagonie, porte une formation ouverte, le monte, composée d'arbustes et de petits arbres aux feuilles réduites, plus ou moins épineux. Des buissons et quelques graminées résistent entre les cailloux de Patagonie. À l'état naturel, la Pampa humide était une immense prairie de hautes herbes. Ce mauvais pâturage a été transformé par l'introduction de nouvelles espèces européennes et l'expansion du trèfle et de la luzerne. L'arbre a été introduit, mais les vraies forêts sont localisées dans le district des lacs des Andes méridionales (boisements d'araucarias) et dans les parages du détroit de Magellan (hêtraies). Au nord, la grande forêt tropicale fait deux incursions en Argentine : dans les Misiones et sur les bas versants orientaux des Andes de Tucumán. Dans le Chaco central, subsiste la forêt où dominent les quebrachos au bois dur et à l'écorce riche en tanin.

La population

Migrations et peuplement : de l'Europe à l'Amérique latine

Ce fut par le nord-ouest que se fit le peuplement de l'Argentine, avec la descente sur le piémont andin des Espagnols venant des hautes plaines et des régions minières de Bolivie. Cette première Argentine fut une sorte d'annexe de ces zones minières, auxquelles elle fournissait céréales, bétail et bêtes de somme (mules surtout). La façade atlantique restera longtemps négligée. L'économie agropastorale et artisanale du Nord-Ouest subandin domine ainsi jusqu'au milieu du XVIIIe s. et les fondations urbaines espagnoles y constituent jusqu'à nos jours l'ossature d'une Argentine métisse, encore chargée de traditions héritées de l'époque coloniale, où s'est maintenue une population importante en dépit des départs vers l'Argentine dynamique, celle du port de Buenos Aires et de la Pampa.

   L'Argentine a commencé à « basculer » des Andes vers le Río de la Plata dans la seconde moitié du XVIIIe s., avec la création de la vice-royauté ayant pour capitale Buenos Aires et l'ouverture de ce port au commerce atlantique avant même l'indépendance. Le tournant définitif date du dernier quart du XIXe s., époque où se constitue véritablement l'Argentine moderne.

   C'est la mise en exploitation commerciale des bovins lâchés dans la Pampa au moment de la conquête qui constitue le phénomène décisif. Succédant aux peaux du XVIIIe s. et aux viandes séchées de la première moitié du XIXe s., la laine des moutons devient à son tour, vers 1860, un produit recherché par l'Europe. Dès lors, les possesseurs des prairies pampéennes acquièrent à Buenos Aires, et, partant, dans toute l'Argentine, un poids économique et politique prépondérant en association étroite avec la bourgeoisie d'affaires du port, nationale et étrangère. Les marchés urbains, les capitaux, les techniques et même les hommes de l'Europe donnent à l'Argentine des années 1880-1900 les moyens d'occuper d'abord, d'équiper et d'exploiter ensuite la totalité de son espace national.

   Le pays connaît jusqu'à la crise mondiale de 1929 une exceptionnelle prospérité reposant entièrement sur la mise en valeur agricole pour l'exportation, essentiellement à destination de la Grande-Bretagne. La Pampa est appropriée sous la forme d'immenses unités pastorales (les estancias), où les maîtres du sol installent des métayers temporaires pour semer blé, lin et maïs avant de restituer les parcelles couchées en luzerne pour le bétail bovin. De grandes entreprises assurent l'approvisionnement en viande réfrigérée des bouchers britanniques. Dans la région proche du Paraná, la Pampa de Rosario-Santa Fe, et dans plusieurs parties de la Pampa sèche, les propriétaires prélèvent leur rente foncière en lotissant leurs terres en « colonies » mises en location-vente ou seulement affermées à des paysans venus d'Italie ou même d'Europe orientale. Ce sont ces terroirs de monoculture qui donnent à l'Argentine la première place dans le commerce international du blé et du maïs, ainsi que du lin oléagineux, vers 1930.

   Les régions périphériques sont mises en exploitation, chacune au profit d'une culture dominante destinée à la consommation nationale, à l'exception de la Patagonie abandonnée à de grandes compagnies qui élèvent des moutons à laine pour l'exportation. La région subtropicale du Nord-Ouest devient le pays de la canne à sucre; le piémont des Andes de Mendoza, grâce à de grands ouvrages d'irrigation, un vaste et puissant vignoble ; la haute vallée du río Negro, un verger irrigué; dans le Chaco méridional, la forêt de quebrachos est détruite par de grandes sociétés qui extraient le tanin, tandis qu'au centre, déjà sec, se développent les plantations de coton confiées à des colons d'Europe centrale.

   Quand la crise de 1930 survient, l'Argentine, qui a reçu 7 millions d'immigrants (la moitié d'Italiens, le tiers d'Espagnols), est devenue un pays « neuf » peuplé de Blancs. Le territoire est littéralement drainé vers les ports d'exportation du bas Paraná, de Bahía Blanca et, essentiellement, de Buenos Aires par un maillage serré de voies ferrées pampéennes prolongées par des lignes de pénétration vers la périphérie. La population reflue vers les villes, faute de terres disponibles dans les campagnes contrôlées par un nombre réduit de maîtres du sol.

   La crise favorise cette croissance urbaine, prodigieuse à Buenos Aires, qui devient l'une des grandes métropoles mondiales dans un pays quasiment vide. L'État encourage le développement industriel qui s'effectue tout naturellement dans les villes-ports. À partir de 1947, sous la présidence de Perón, il prend en charge les grands équipements et les services publics, encourageant l'alliance entre un syndicalisme corporatiste et l'entreprise privée nationale confortée par un secteur industriel « lourd » confié à l'armée. L'agriculture pampéenne stagne, faute de marchés extérieurs, jusqu'à la fin de la guerre, tandis que, dans le même temps, l'Europe affamée recherche blé et viande, à cause d'une politique systématique de transfert vers les autres secteurs économiques qu'exprime le maintien de bas prix à la production. L'exode rural devient spectaculaire, malgré les progrès de nouvelles spéculations destinées au marché intérieur (lait, oléagineux). À la fin des années 1950, ce grand pays agricole est complètement marginalisé par les progrès spectaculaires des agricultures anglo-saxonnes des pays neufs. Les équipements collectifs qui datent du début du XXe s. sont démodés, notamment pour les transports ferroviaires et maritimes. Toutefois, une industrie légère différenciée s'est développée, tandis que, dans les secteurs pétroliers et sidérurgiques, quelques points forts sont en place. L'Argentine est devenue un pays urbanisé, presque un « pays-ville », alors que d'immenses espaces sont totalement vides.

Une population « pampéenne » et urbaine

La faible densité moyenne, de l'ordre de 13 hab./km2, ne rend pas compte de l'inégale distribution de la population dans l'espace argentin. Le district de Buenos Aires et la région de la Pampa réunissent, à eux seuls, les deux tiers des habitants, tandis que la région de la Patagonie correspond à l'« Argentine du vide ». Les citadins se concentrent dans les villes de Córdoba et de Rosario, les cités du piémont andin (San Miguel de Tucumán, Mendoza au centre du vignoble), les ports (Bahía Blanca) ou stations (Mar del Plata) du littoral et, surtout, dans la région métropolitaine de Buenos Aires.

   Celle-ci souffre, comme les autres mégapoles du continent latino-américain, d'une croissance anarchique et de l'insuffisance des infrastructures, notamment dans sa partie sud-ouest. À côté des beaux quartiers de style haussmannien, la métropole s'étend sur d'interminables banlieues où s'entasse une population démunie. Dès 1960, les campements de miséreux (les villas miserias) regroupaient un demi-million d'arrivants venus de l'intérieur du pays. Durant les années 1970, plutôt que de favoriser une politique d'aménagement, le régime militaire a accentué, par sa politique d'expulsion des pauvres vers la périphérie, l'ambiguïté du paysage urbain de Buenos Aires : une ville de la Belle Époque entourée d'une banlieue du tiers-monde.

Développement et crise de l'économie argentine

Grande exportatrice de produits agricoles depuis le début du XXe s., l'Argentine commença son industrialisation entre les deux guerres mondiales. Menée dans le cadre d'une politique de substitution des importations, celle-ci se renforça après 1950, avec l'installation d'entreprises étrangères. Le pays possède, aujourd'hui, une économie diversifiée et dispose de ressources naturelles considérables. Son produit intérieur brut est le troisième de l'Amérique latine. Mais l'Argentine présente un espace économique déséquilibré. La région de Buenos Aires et les provinces de Córdoba et de Santa Fe concentrent, en effet, la majeure partie de la production industrielle et fournissent la quasi-totalité des produits agricoles. Hors ce centre, le Nord-Ouest et le Nord-Est demeurent largement dépendants de l'agriculture et des emplois dans le secteur public. Le Sud, dont la Patagonie, faiblement occupée et tardivement conquise, fournit une grande part de la production de pétrole et de gaz naturel.

L'inflation et la « latino-américanisation » du pays

Durant les seize années qui suivirent le « choc » de 1975, provoqué par la dévaluation de la monnaie nationale (le peso) et une forte augmentation des prix, l'Argentine fut confrontée à une inflation galopante, de près de 300 % par an en moyenne (avec toutefois de fortes variations). Aucun autre pays, à ce jour, n'a jamais expérimenté une période inflationnaire aussi longue. Cette situation, aggravée par la récession économique des années 1980, entraîne non seulement le développement de la misère au sein des milieux populaires, mais aussi l'apparition d'une « nouvelle pauvreté », qui touche les classes moyennes. Alors qu'elle figurait parmi les États les plus égalitaires du continent, l'Argentine, longtemps considérée comme l'« Europe de l'hémisphère Sud », se rapproche, au début des années 1990, du modèle des nations latino-américaines. Cette « latino-américanisation » du pays est d'autant plus étonnante que son rythme est extrêmement rapide : en 1989, 38 % de la population vivaient en dessous du seuil de pauvreté. Un programme de privatisations d'une partie du secteur public et un plan de stabilisation monétaire, le Plan de convertibilité, ont cependant permis de mettre fin à l'hyperinflation. Ce plan, qui débute en 1991, instaure la parité du peso avec le dollar américain et entraîne, en l'espace de deux ans, une baisse spectaculaire du taux d'inflation (0,2 % en 1996). La même année, l'Argentine signe avec le Brésil, l'Uruguay et le Paraguay un accord de réduction progressive des tarifs douaniers (traité d'Asunción), en vue de la création d'un Marché commun du Sud (Mercosur). Entre 1990 et 1994, cette nouvelle orientation économique, conjuguée à un contexte financier international favorable, conduit à l'augmentation de plus de 40 % du P.I.B. À partir de 1995, l'ensemble des services publics – systèmes ferroviaire et portuaire (y compris le port de Buenos Aires), métro, compagnies aériennes, télécommunications, production et distribution d'électricité – est privatisé. Si cette politique libérale a permis, après plusieurs années de dégradation, une certaine amélioration des services, son coût social est élevé. L'Argentine a connu en 2001 et 2002 une crise profonde concomitante de la fuite des capitaux et de la défiance devant la monnaie. La reprise fut vigoureuse en 2003 et 2004 et le pays connaît aujourd'hui une forte croissance économique. L'inflation demeure élevée.

Mines et industries

Jusqu'aux années 1970, le secteur industriel connaît une expansion rapide, favorisée par une politique protectionniste. L'orientation économique libérale de la dictature militaire, ainsi que la crise provoquée par l'inflation, conduit alors à une contraction de la production industrielle (faillite des entreprises privées nationales et départ des entreprises étrangères). Le Plan de convertibilité et les programmes de restructuration des entreprises publiques lancés au début des années 1990 permettent cependant de relancer les industries de biens de consommation durables (notamment les automobiles et les appareils électroménagers) et non durables. L'agroalimentaire est la branche d'activité qui connaît la plus forte croissance : il représente, aujourd'hui, plus de 25 % de la production industrielle. Cet essor tient, d'une part, aux faibles coûts de production et, d'autre part, à l'accès au marché brésilien depuis le traité d'Asunción. Longtemps aux mains des groupes familiaux traditionnels, les industries agroalimentaires sont de plus en plus sous le contrôle des entreprises multinationales.

   L'Argentine est traditionnellement autosuffisante en pétrole. Les impressionnantes réserves hydroénergétiques des fleuves venus du Brésil que l'on entreprend de maîtriser sur l'Uruguay et sur le Paraná s'ajoutent aux équipements qui barrent pour l'irrigation et l'électricité toutes les rivières issues des massifs de l'Ouest. L'apport du gaz naturel n'est pas négligeable. Les gisements d'uranium sont abondants. Le pays dispose de deux centrales nucléaires, dont l'une à Atucha, près de Buenos Aires. L'industrie sidérurgique a été, elle aussi, privatisée, ce qui a permis de réduire le nombre d'établissements et d'accroître la productivité. L'Argentine dispose de réserves minières considérables et diversifiées (fer, zinc, or, argent), notamment dans l'ouest du pays (région andine). Mais, contrairement à ses voisins (tels le Chili, la Bolivie et le Pérou), elle ne bénéficie pas d'une tradition minière.

Agriculture et élevage

L'Argentine s'identifie à la Pampa, à la fertilité de ses sols, à la qualité de sa viande, à l'abondance de ses grains, au mythe du gaucho, enfin, homme libre à cheval devenu un simple gardien de troupeau salarié. C'est grâce à la mise en valeur agricole, à des fins d'exportation (essentiellement à destination de la Grande-Bretagne), que le pays a connu, jusqu'à la crise mondiale de 1929, une exceptionnelle prospérité. La Pampa, l'une des régions les plus fertiles du monde, était alors occupée par d'immenses fermes pastorales (les estancias), exploitées par des métayers, où l'on associait cultures (blé, lin, maïs) et élevage bovin. Des grandes entreprises assuraient l'approvisionnement en viande réfrigérée des bouchers britanniques. Le pays était également, à l'époque, le premier exportateur mondial de céréales. La Pampa aujourd'hui est le pays du tracteur, de la voiture, de la banque, du négociant ou de la coopérative. À l'instar du farmer du Middle West, l'exploitant s'urbanise. Les progrès sont surtout le fait des « petites et moyennes » propriétés (jusqu'à 1 200 ha) qui occupent la moitié des surfaces, alors que le potentiel agricole stérilisé dans de trop grands domaines sous-exploités ou laissés en friches herbagères fait de l'Argentine pampéenne une « réserve » à l'échelle mondiale. Si l'on ajoute les possibilités qu'ouvre le développement de l'irrigation au pied des Andes, du río Negro en Patagonie au río Bermejo sous le tropique, on constate l'ampleur des ressources agricoles

   La production de maïs place l'Argentine au sixième rang mondial. Les oléagineux représentent un tiers de la production agricole. Les cultures industrielles sont localisées en dehors de la Pampa, notamment dans le Nord-Ouest (canne à sucre et tabac) et dans le Nord-Est (coton, tabac et thé). Dans le piémont des Andes de Mendoza, un important vignoble fait du pays le cinquième producteur mondial de vin. L'élevage et la production de viande demeurent, toutefois, l'une des principales activités économiques. Le cheptel bovin se situe au cinquième rang mondial. Le nombre d'ovins, par contre, ne cesse de décroître, mais le pays demeure le sixième producteur mondial de laine.

Commerce et échanges

Malgré la libéralisation des échanges depuis le début des années 1980, l'économie argentine reste relativement fermée. L'Argentine importe essentiellement des biens intermédiaires ; elle exporte du pétrole, des produits industriels et, surtout, des produits agricoles et agroalimentaires (60 % des exportations). La création d'un marché binational entre le Brésil et l'Argentine, dans les années 1980, suivie de la mise en place du Mercosur, a accru l'interdépendance économique régionale. Ces dernières années, le Brésil est ainsi devenu le principal partenaire commercial de l'Argentine, suivi des États-Unis. Outre la réduction des tarifs douaniers, la stabilisation de l'économie brésilienne a été un facteur favorable dans ce partenariat économique.

HISTOIRE

L'époque coloniale (1516-1806)

En 1516, Juan Diaz de Solis découvre le Río de la Plata et meurt peu après. En 1536, Pedro de Mendoza fonde Buenos Aires, mais la Pampa, sans populations sédentaires et sans métaux précieux, se prête mal à un établissement durable. La ville est abandonnée en 1541. Le peuplement de la région se fait à partir du Pérou, après la découverte en 1543 de la route Pérou-Río de la Plata. Des villes sont fondées sur cet itinéraire : Santiago del Estero (1550), Mendoza (1561), Tucumán (1565), Córdoba (1573) et enfin, pour la seconde fois, Buenos Aires par Juan de Garay (1580).

   En 1617, la province d'Asunción est divisée en deux : Paraguay et le Río de la Plata qui, en 1776, devient une vice-royauté dont dépend le haut Pérou (aujourd'hui Bolivie) et ses mines d'argent. Cette création entérine le poids réel de Buenos Aires et la primauté de la route atlantique ; elle est aussi destinée à arrêter l'expansion portugaise sur l'autre rive de la Plata. La nouvelle vice-royauté connaît un développement très rapide (agriculture de Tucumán et Córdoba, tournée vers le marché péruvien et chilien ; bétail de la Pampa, pour l'exportation de viande salée et de cuirs). Dans les villes, et surtout à Buenos Aires, se constitue un groupe de marchands prospères qui souhaitent la liberté totale de commerce ; ils l'obtiendront en 1795, le commerce traditionnel étant interrompu par le blocus britannique.

L'indépendance (1806-1820)

En 1806, Buenos Aires est occupé par les Anglais, puis repris par des milices locales. Le cabildo de Buenos Aires remplace le vice-roi défaillant par le chef de la résistance, Liniers. Une deuxième invasion anglaise en 1807 est repoussée par les milices.

   En 1808, le Río de la Plata, après l'invasion de l'Espagne par Napoléon, refuse de reconnaître Joseph Bonaparte et reste loyal à Ferdinand VII. La disparition de la Junte suprême d'Espagne, deux ans plus tard, offre aux partisans occultes de l'indépendance l'occasion de se manifester : le 25 mai 1810, ils imposent une junte qu'ils dominent. Malgré la reconnaissance théorique de Ferdinand VII, il s'agit d'une indépendance de fait. Mais durant cinq ans (1810-1815), la guerre civile entre loyalistes et patriotes fait rage. Des armées de Buenos Aires sont envoyées dans les provinces pour étendre la révolution. Elles sont rejetées du haut Pérou, loyaliste, et du Paraguay, autonome, en 1811, mais réussissent à Montevideo en 1814.

   Le Río de la Plata, seul dans toute l'Amérique espagnole, échappe à la victoire des loyalistes et à la reconquête espagnole. Des missions argentines sont envoyées en Europe pour obtenir de Ferdinand VII l'indépendance sous un roi espagnol. Mais devant l'échec de ces démarches, le 9 juillet 1816, le Congrès de Tucumán proclame l'indépendance des Provinces-Unies de l'Amérique du Sud, suivant le conseil de San Martín et de Belgrano. Tandis que San Martín, avec des troupes argentines, donne l'indépendance au Chili (1817-1818) et au Pérou (1820-1821), le Congrès argentin, dominé par l'oligarchie créole de Buenos Aires, adopte une Constitution unitaire et centraliste. Les provinces, qui craignent la domination de Buenos Aires, maître du commerce et des douanes, se révoltent.

Fédéralistes et unitaires (1820-1880)

En fait, il n'y a plus d'institutions ni de gouvernement national. L'anarchie règne et chaque province, dominée par les caudillos locaux, a son propre gouvernement. En 1825, Bernardino Rivadavia arrête un moment le processus de désagrégation et promulgue en 1826 une Constitution fédérale, mais trop unitaire encore pour les caudillos provinciaux qui le renversent en 1827. Deux ans plus tard, l'un de ces caudillos, Juan Manuel de Rosas, riche propriétaire de l'intérieur, s'impose, comme gouverneur de Buenos Aires, à l'oligarchie du port. Tout en s'appuyant sur les chefs provinciaux et en maintenant, au nom du fédéralisme, l'absence de pouvoir central, il impose une dictature de fer à tout le pays et laisse après sa chute (1852) une République unifiée. La Constitution, enfin promulguée (1853), divise le pays entre la Confédération, qui réunit toutes les provinces, et Buenos Aires. Les conflits entre le port et le pays ne disparaissent pas pour autant (victoire d'Urquiza et de la Confédération en 1853, de Mitre et de Buenos Aires en 1861).

   La renaissance économique, qui s'amorce en 1853, établit les bases de l'Argentine moderne : expansion du mouton, introduction du fil barbelé, début de la construction des chemins de fer, etc. Les Indiens insoumis du centre et du nord de la Patagonie sont éliminés par des campagnes militaires (1876-1879) ; l'oligarchie porteña (de Buenos Aires) de la terre et du négoce, liée à l'Angleterre, accède progressivement au pouvoir : Mitre (1862-1868), Sarmiento (1868-1874), Avellaneda (1874-1880). En 1880, Buenos Aires, séparé de sa province, devient la capitale fédérale de la République. Le conflit entre unitaires et fédéralistes s'achève par un compromis.

La prospérité (1880-1930)

Désormais, le gouvernement favorise l'immigration (9,3 millions d'arrivées, dont 40 % d'Italiens). Les campagnes contre les Indiens ont ouvert la Pampa et le Sud à la colonisation, mais celle-ci se fait au profit de la grande propriété (en 1914, 78 % des terres sont dans des propriétés de plus de 1 000 ha). De 1886 à 1916, l'oligarchie des propriétaires fonciers et des exportateurs accapare la vie politique sous les présidences de Roca (1880-1886 et 1898-1904), Juárez Celman (1886-1890), L. Sáenz Peña (1892-1895) et R. Sáenz Peña (1910-1914). Mais, en 1890, Leandro Alem fonde l'Union civique radicale qui rassemble les masses populaires urbaines autour d'un programme démocratique. C'est une année de crise économique et politique. Juárez Celman doit se retirer devant la révolte radicale. En 1912, la loi Sáenz Peña introduit le suffrage universel, secret et obligatoire ; le corps électoral passe alors de 9 à 20 % de la population.

   Hipólito Yrigoyen, radical, accède au pouvoir en 1916 grâce à cette loi électorale, mettant fin au gouvernement de l'oligarchie et ouvrant l'ère du populisme. Il fait adopter une législation sociale et proclamer le droit à l'instruction, mais sans toucher aux structures agraires. En 1918, à Córdoba naît le mouvement de la réforme universitaire qui, partant de l'autonomie universitaire, aboutit à faire de l'Université le moteur du changement social. Cependant, des grèves ouvrières dirigées par des anarcho-syndicalistes et des grèves de péons, conséquence de la crise économique de 1919, sont durement réprimées.

   Sous la présidence de Marcelo Torcuato de Alvear (1922-1928), radical hostile à Yrigoyen, le radicalisme devient plus conciliant à l'égard de l'oligarchie. Si bien que, de 1928 à 1930, Yrigoyen gouverne à nouveau après avoir été élu par un véritable plébiscite ; mais son incapacité à faire face à la crise économique et l'usure du pouvoir contribuent à discréditer son gouvernement. L'armée, dont c'est la première intervention depuis 1861, le renverse en 1930. Les militaires vont s'efforcer de restaurer l'ordre traditionnel.

Le péronisme

Sous les gouvernements d'Uriburu (1930-1932), de Justo (1932-1938), d'Ortiz (1938-1940) et de Castillo (1940-1943), l'Argentine essaie de faire face à la crise économique par l'élevage extensif et par la création d'organismes chargés de limiter la production et de maintenir les cours. L'exode rural amène un million de personnes vers les villes. Des industries de substitution d'importations se multiplient autour de Rosario et de Buenos Aires et une nouvelle classe ouvrière se constitue.

   En 1943, la politique du gouvernement argentin, qui veut faire participer le pays à la guerre du côté des Alliés, provoque la prise de pouvoir par un groupe d'officiers nationalistes dirigé par le général Rawson. Le colonel Juan Domingo Perón, à la tête du ministère du Travail, prend peu à peu le contrôle des syndicats. Évincé en 1945, puis rappelé sous la pression d'une manifestation de masse des descamisados, les « sans chemise », Perón gagne les élections avec 56 % des voix, en battant le candidat de l'Union démocratique qui rassemble tous les autres partis, des conservateurs aux communistes. Président de la République, Perón, aidé par sa femme Eva Duarte, dirige un régime de type populiste qui s'appuie sur les classes moyennes et sur les ouvriers, encadrés par le parti justicialiste ou péroniste (fondé en 1947), et sur les syndicats et les mouvements de jeunesse. Des mesures sociales en leur faveur répondent à cet appui ; la mort d'Eva Perón (1952), l'opposition croissante de l'Église, la désaffection de l'armée et l'hostilité des États-Unis minent le régime. En 1955, Perón est renversé par un coup d'État militaire et doit s'exiler.

   Dès lors, les militaires détiennent la clé de la vie politique ; ils représentent comme un recours pour sortir de la crise économique et politique. Les gouvernements civils de Frondizi (1958-1962) et d'Illía (1963-1966) aboutissent à des interventions de militaires qui prennent le pouvoir : Onganía (1966-1970), Levingston (1970-1971), Lanusse (1971-1973), qui réussit à faire admettre le retour de Perón.

   En 1973, Perón est en effet élu président grâce au Front justicialiste de libération ; sa troisième épouse María Estela Martínez de Perón, appelée Isabel Perón, est élue vice-présidente, mais le climat politique reste d'une violence extrême. Perón meurt peu après (1974) et Isabel devient présidente. Incapable de faire face à la crise économique, au terrorisme et à la corruption, malgré l'évolution autoritaire du régime, elle est renversée par l'armée en 1976.

La dictature militaire

Une junte militaire, formée par les commandants des trois armées et présidée par le général Jorge Videla, détient le pouvoir. Elle se donne pour objectif la « réorganisation nationale » à travers la « lutte contre la subversion » et le développement du pays au moyen d'une politique économique libérale. S'ouvre alors une période d'intense répression durant laquelle tortures, exécutions et disparitions de personnes sont monnaie courante. On estime à presque 9 000 le nombre de victimes dont les corps ont été brûlés ou jetés à la mer (les desaparecidos). Sur le plan économique, le programme de libéralisation est un échec, malgré l'injection massive de capitaux étrangers et cinq années d'excellentes récoltes, tandis que les dévaluations de la monnaie nationale (le peso), le blocage des salaires et l'inflation élevée entraînent une paupérisation d'une grande partie de la population.

   En 1981, le général Roberto Viola succède au général Videla, mais, dès le mois de décembre, il est destitué par la junte militaire et remplacé par le général Leopoldo Galtieri, commandant en chef de l'armée de terre. Pour masquer la débâcle économique, ce dernier entreprend, en avril 1982, une expédition aux îles Malouines (ou Falkland), occupées par le Royaume-Uni depuis 1830, et dont l'Argentine revendique la souveraineté. La défaite rapide des troupes argentines en juin conduit à la démission du général Galtieri, et à l'arrivée au pouvoir du général Reynaldo Bignone. Mais le régime militaire, discrédité et isolé, aussi bien au niveau national qu'au niveau international, accepte le rétablissement d'un régime démocratique et doit céder la place à un gouvernement constitutionnel. Lors des élections générales d'octobre 1983, la victoire revient, contre toute attente, à Raúl Ricardo Alfonsín (51,83 % des voix), candidat de l'Union civique radicale (U.C.R.), principal parti d'opposition fondé à la fin des années 1940.

Le rétablissement de la démocratie

Sous le gouvernement Alfonsín, une mobilisation populaire se met en place. Le plus représentatif est le mouvement des « Mères de la place de Mai » : durant des années, les familles des victimes manifestèrent dans le centre-ville pour exiger le procès des militaires. Le 22 avril 1985, 9 officiers ayant appartenu aux trois premières juntes, dont les généraux Videla et Viola, sont reconnus coupables de violations des droits de l'homme et condamnés à des peines variant de quatre ans d'emprisonnement à la réclusion à perpétuité. Les tensions ne sont pas pour autant apaisées, les familles des victimes réclament l'inculpation d'autres responsables, tandis que le malaise augmente dans les casernes.

   Le gouvernement est également confronté à une économie minée par une inflation galopante, et à une dette extérieure qui s'élève à 60 milliards de dollars. Un plan de stabilisation monétaire, le plan Austral, est lancé en 1985. L'Argentine parvient à négocier avec le F.M.I. et les banques créditrices le rééchelonnement de l'ensemble de sa dette, mais le gouvernement se montre incapable d'empêcher la reprise de l'hyperinflation (350 % en 1988) et de sortir le pays de la récession économique. Aux grèves répétées viennent s'ajouter les rébellions militaires de 1987 et 1988. Le pays est dans une situation critique d'un type jusqu'alors inconnu. En effet, face à la menace d'un chaos social, il n'est plus possible, comme par le passé, de faire appel aux forces armées pour rétablir la « paix autoritaire ». Aux élections de 1989, le péronisme apparaît comme la seule issue à une crise politique et économique, dont l'ampleur oblige à une passation de pouvoir anticipée en faveur du candidat vainqueur du parti justicialiste, Carlos Saúl Menem.

Les deux mandats présidentiels de Carlos Saúl Menem (1989-1999)

Le nouveau chef de l'État tourne pourtant le dos au discours économique populiste grâce auquel il a été élu. Il adopte sans délai une politique d'ajustement, de privatisation et de réforme du marché, tout en se rapprochant des milieux d'affaires. L'échec de la tentative de coup d'État menée par le colonel Seineldín en 1990, puis le décret graciant les responsables de la répression menée durant la dictature (en échange de promesses de paix), permettent la mise à l'écart des militaires de la vie politique nationale et renforcent l'autorité présidentielle. Carlos Saúl Menem nomme, en 1991, Domingo Cavallo au ministère de l'Économie, qui, à travers le Plan de convertibilité, parvient à enrayer l'hyperinflation. La sortie de la crise économique et le règlement de la question militaire font oublier les scandales à répétition qui marquent le début du mandat de C. Menem : corruption, affaires frauduleuses, participation au blanchiment de l'argent du narcotrafic.

   Malgré la dégradation du niveau de vie et le recul des droits sociaux, le président dispose également du soutien populaire. Il parvient, en 1993, à passer un accord avec l'U.C.R. en vue de sa réélection. Le pacte Olivos que Raúl Alfonsín signe avec C. Menem prévoit la suppression dans la Constitution de la clause de non-rééligibilité en échange de la réduction du mandat du président et du vice-président de six à quatre ans. Par ce pacte, l'U.C.R. perd sa légitimité de parti d'opposition, tandis que les syndicats, depuis les privatisations, ne représentent plus une force politique majeure. Les résultats des élections générales de 1995 ont ainsi valeur de plébiscite pour le gouvernement. Dès le premier tour, C. Menem est réélu avec 49,9 % des voix face à une nouvelle formation de centre gauche, le Front du pays solidaire (Frente del País Solidario – Frepaso), qui bénéficie de 30 % des votes. L'expérience traumatisante de l'hyperinflation a favorisé la victoire des péronistes. Quatre ans plus tard, le bilan reste mitigé : si, au cours de la présidence de Carlos Saúl Menem, l'Argentine a vu ses bases démocratiques consolidées, son retour sur la scène internationale et une certaine réussite au niveau économique (hausse du P.I.B., maîtrise de l'inflation, mais endettement croissant), le pays a connu une augmentation spectaculaire du chômage et du sous-emploi entraînant des couches de plus en plus larges de la population dans l'exclusion sociale.

Fernando De la Rúa (1999-2001) : l'Argentine en faillite

La défaite du parti de C. Menem aux élections législatives de 1997 annonce la victoire sans surprise de l'opposition aux élections générales d'octobre 1999 : Fernando De la Rúa, à la tête de l'Alliance de l'opposition (centre gauche), qui regroupe l'U.C.R. et le Frepaso, devance largement son adversaire E. Duhalde du parti justicialiste lors de l'élection présidentielle, tandis que l'Alliance remporte un net succès aux législatives en devançant les justicialistes à la Chambre des députés. Mais le nouveau président, qui a promis des réformes notamment dans les domaines de l'éducation et de la santé, devra gouverner avec une opposition forte – le parti de C. S.Menem gardant le contrôle du Sénat, de la Cour suprême et détenant la majorité des 24 provinces du pays.

   Le climat politique et social se dégrade rapidement. Une affaire de pots-de-vin suivie d'un remaniement ministériel puis d'une série de démissions, ouvre une grave crise politique menaçant la pérennité de l'alliance au pouvoir. L'annonce, en novembre, d'un plan économique d'urgence, assorti de mesures particulièrement impopulaires (notamment, suppression des systèmes étatiques de sécurité sociale et de retraite), provoque une explosion sociale (grève générale, révoltes populaires, barrages routiers par des « piqueteros »).

   En décembre, l'Argentine obtient du F.M.I. un important soutien financier et s'engage, en contrepartie, à entreprendre de profondes réformes. La publication d'un nouveau plan d'austérité en mars 2001 provoque les protestations de la population et un nouveau remaniement du gouvernement. De la Rúa rappelle D. Cavallo (Action pour la république), l'artisan du spectaculaire redressement économique du début de la présidence Menem. Le gouvernement ne comprend plus désormais qu'un seul ministre du Frepaso, qui démissionne à la mi-octobre, mettant un point final à l'Alliance au pouvoir.

   L'arrestation, début juin 2001, de C. S. Menem pour son implication présumée dans un scandale de ventes illégales d'armes à la Croatie et à l'Équateur entre 1991 et 1995, accroît la méfiance de la population envers la classe politique et alimente le pessimisme ambiant.

   Depuis trois ans, les plans d'austérité successifs et le maintien du dogme de la parité du peso avec le dollar, sous l'instigation notamment de Domingo Cavallo, ont conduit le pays à la ruine. Les Argentins, premières victimes des traitements économiques de choc qui leur sont infligés depuis le début de la récession (un Argentin sur trois vit désormais sous le seuil de la pauvreté), expriment leur grogne lors des élections législatives et sénatoriales d'octobre 2001 à travers un vote sanction (taux d'abstention, ou de vote nul, sans précédent). La coalition gouvernementale est sévèrement battue par le parti justicialiste qui fait un retour en force sur la scène politique argentine ; le petit parti du ministre de l'Économie obtient moins de 3 % des voix.

   Ces résultats accentuent le climat d'incertitude politique ; le président, en l'absence de majorité, doit cohabiter avec le parti justicialiste. En novembre, ce dernier refuse d'adopter le pacte budgétaire du gouvernement. Destiné à prouver aux organismes internationaux l'existence d'une volonté générale pour sortir de la crise, ce pacte heurte les gouverneurs – désormais majoritairement péronistes –, qui réclament en vain, depuis plusieurs mois, le paiement des arriérés des fonds provinciaux. Début décembre, D. Cavallo décide de restreindre les retraits en liquide des comptes bancaires pour contrer les fuites de capitaux. L'État s'avère incapable d'honorer sa dette ; le F.M.I., inflexible, refuse de débloquer des fonds tant que l'Argentine n'effectue pas des coupes budgétaires.

   Sous la pression de la rue, D. Cavallo puis l'ensemble du cabinet remettent leur démission le 19 décembre. L'état de siège est décrété. Les Argentins descendent en masse dans la rue et organisent des « cacerolazos », protestation pacifique et bruyante ; le 20, le président De la Rúa prend la fuite en hélicoptère. Pendant une dizaine de jours, le pays est plongé dans la confusion : trois présidents, péronistes, se succèdent (Ramón Puerta, président du Sénat, puis Adolfo Rodríguez Saa, gouverneur de la province de San Luis et enfin E. Duhalde).

La présidence « intérimaire » d'Eduardo Duhalde (2002-2003)

Désigné par le parti justicialiste et l'Union civile radicale, E. Duhalde devient président de la République, après l'approbation des deux chambres du Congrès réunies en session extraordinaire dans la nuit du 1er au 2 janvier 2002. Il fait adopter par le Parlement une nouvelle loi d'urgence économique, mettant fin, notamment, à la loi de convertibilité, qui assurait – depuis sa mise en vigueur en 1991 – la parité entre le peso et le dollar, ce qui rend désormais possible une dévaluation du peso. Il obtient du F.M.I. un délai de paiement d'un an et présente son plan pour les deux années à venir ; parmi les mesures figurent l'abandon du dollar (dettes et dépôts en dollars convertis en pesos), le flottement du peso, et un assouplissement des restrictions bancaires. En janvier 2003, l'Argentine parvient à un accord intérimaire de principe avec le F.M.I. portant sur le rééchelonnement, entre janvier et août 2003, d'une partie de sa dette. L'accord couvre la fin du mandat du président intérimaire Eduardo Duhalde, qui a promis de démissionner le 25 mai 2003.

Le retour au pouvoir des péronistes (2003-)

Arrivé en seconde position avec 22 % des suffrages lors du premier tour (avril 2003) et bénéficiant du désistement de C. Menem (15 mai), le péroniste Néstor Kirchner devient le président le plus faiblement élu de l'histoire argentine. Aussi s'efforce-t-il de consolider son assise politique. Il y parvient grâce à de notables avancées dans le domaine des droits de l'homme et de la lutte contre l'impunité (ouverture des archives secrètes, abrogation des lois d'amnistie adoptées en 1986 et 1987, couvrant d'impunité les crimes commis pendant la dictature) et, surtout, grâce au redressement économique (remboursement anticipé de la dette argentine au F.M.I.) que connaît le pays. La victoire de son mouvement (le Front pour la victoire) lors des élections législatives et sénatoriales partielles d'octobre 2005 – marquées par l'éclatement du mouvement péroniste – récompense la performance de sa gestion (facilitée toutefois par une conjoncture économique internationale favorable) et sa volonté de lutter contre la grande pauvreté et le chômage. Mettant en échec sa rivale également péroniste, Hilda Duhalde (la femme de l'ancien président), l'épouse et la principale conseillère du chef de l'État Cristina Fernández de Kirchner remporte la bataille sénatoriale dans la province de Buenos Aires. Favorite pour succéder à son mari, elle est élue dès le premier tour de l'élection présidentielle le 28 octobre 2007, tandis que le Front pour la victoire et ses alliés remportent une confortable majorité dans les deux chambres. En quête d'une plus grande autonomie vis-à-vis des États-Unis, l'Argentine cherche à développer un partenariat étroit, notamment avec le Brésil du président Lula da Silva, et à relancer le Mercosur.

   Entre mars et juillet 2008, la présidente engage une épreuve de force avec le campo, expression générique désignant le secteur agricole du pays mais qui recouvre des réalités et des intérêts très divers même s'ils peuvent converger : petits et moyens exploitants, grands propriétaires terriens, entreprises agricoles (« pools de cultures ») appuyés par des fonds de placements intéressés par la haute rentabilité du marché du soja. Ce conflit trouve son origine dans la décision d'indexer sur les cours internationaux, sans différencier les petits des grands producteurs, les taxes à l'exportation de céréales et d'oléagineux – blé, maïs, soja et tournesol –, qui constituent une importante recette fiscale de l'État argentin. Déclenché par les quatre principales organisations patronales du secteur parmi lesquelles la Fédération agraire argentine et la très conservatrice Société rurale, le mouvement de protestation qui mêle divers moyens d'action – lock out, blocage des routes et des ports – s'intensifie malgré l'octroi de compensations aux petits et moyens agriculteurs et s'il n'a en fin de compte que relativement peu d'effets sur les revenus d'exportation, finit surtout par affecter l'approvisionnement des villes et les consommateurs ainsi que d'autres secteurs économiques. Il prend aussi un tour politique, rassemblant derrière lui certains fractions de l'opposition tandis que dans un camp présidentiel sur la défensive après cinq ans de « kirchnerisme » est dénoncée cette tentative de déstabilisation manipulée par les « oligarchies ». Finalement soumis à l'approbation du Congrès, le projet d'imposition, pourtant révisé à la baisse et adopté par la Chambre des députés, est rejeté au Sénat grâce à l'arbitrage du président de la Chambre haute également vice-président de l'Union, Julio Cobos (membre l'U.C.R. avant son ralliement au gouvernement). Le conflit qui a révélé les limites du mode de développement argentin en grande partie fondé sur les exportations agricoles, n'est pas pour autant éteint et, comme en témoigne une nouvelle « grève » à l'appel de la Fédération agraire en août-septembre 2009, les relations entre le pouvoir et le Campo restent tendues. Entretemps, les élections législatives de mi-mandat (renouvellement de la moitié de la Chambre des députés et d'un tiers du Sénat, le 28 juin) sont un revers pour le camp présidentiel (Front pour la victoire et ses alliés), l'Accord civique et social, alliance de centre gauche constituée en avril par l'U.C.R., le parti socialiste et la Coalition civique, devenant la première force d'une opposition majoritaire mais toujours très fragmentée à la Chambre des députés. Les relations entre l'exécutif et le Congrès restent cependant ambigus et mouvants : la présidente peut ainsi trouver dans ce dernier d'importants appuis – comme le montre la prorogation jusqu'en août 2010 des compétences exceptionnelles déléguées par le pouvoir législatif en 2006 dans le domaine budgétaire (dont celui de fixer les taxes à l'exportation) – ou, face à une opposition plus aguerrie, recourir aux « décrets de nécessité et urgence » comme en janvier-février 2010 pour destituer le président de la Banque centrale en raison de son opposition à l'affectation d'une partie des réserves de l'Institut monétaire au remboursement de la dette.

Repères d'actualité

2 février-24 février 2010 : la prospection pétrolière ranime la tension entre l'Argentine et le Royaume-Uni autour de l'archipel des Malouines (îles Falkland). Les deux États s'opposant toujours sur l'extension du plateau continental, Buenos Aires conteste la décision britannique de lancer un projet d'exploration et d'exploitation d'hydrocarbures dans une zone considérée comme relevant de sa souveraineté et décide de contrôler le transit maritime dans ses eaux territoriales. Tandis que sa revendication est soutenue par les États d'Amérique latine réunis à Cancún, l'Argentine – qui reproche au Royaume-Uni de ne pas respecter les résolutions de l'O.N.U. invitant les deux parties à s'abstenir de toute initiative unilatérale qui pourrait compliquer la situation avant l'aplanissement du différend – demande aux Nations unies d'intervenir auprès de Londres.
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