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Uruguay

Nom officiel : République orientale de l'Uruguay

Carton de situation - Uruguay
Drapeau de l'Uruguay
Drapeau de l'Uruguay

État d'Amérique du Sud, l'Uruguay est ouvert au sud-est et au sud (Río de la Plata) sur l'océan Atlantique ; il est limité par l'Argentine à l'ouest et le Brésil au nord et au nord-est.

  • Superficie : 177 500 km2
  • Nombre d'habitants : 3 407 000 (recensement de 2013)
  • Nom des habitants : Uruguayens
  • Capitale : Montevideo
  • Langue : espagnol
  • Monnaie : peso uruguayen
  • Chef de l'État : Tabaré Vázquez Rosas
  • Chef du gouvernement : Tabaré Vázquez Rosas
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 27 novembre 1966
    • Entrée en vigueur : 15 février 1967
    • Révision : janvier 1997
Pour en savoir plus : institutions de l'Uruguay

GÉOGRAPHIE

Formé de plaines et de bas plateaux, l'Uruguay possède un climat tempéré, qui explique la prépondérance d'un peuplement d'origine européenne (espagnole surtout). L'élevage (bovins et ovins), avec les industries qui en dépendent (laines et peaux, viande), constitue la principale ressource du pays, loin devant les cultures (céréales, agrumes, canne à sucre, riz, produits maraîchers) et la pêche. Le potentiel hydroélectrique est l'unique source énergétique. Montevideo regroupe près de la moitié de la population totale.

1. Le milieu naturel

L'Uruguay fait la transition entre le plateau brésilien et la Pampa argentine. Le littoral constitue une zone basse ; de nombreuses rias sont souvent transformées en lagunes. Vers l'intérieur, une région de collines granitiques s'allonge depuis le Rio Grande do Sul brésilien jusqu'à Montevideo. La topographie est adoucie par le modelé des argiles de décomposition, ainsi que par celui de dépôts éoliens semblables à ceux de la Pampa argentine voisine. Le Centre et le Nord ont des aspects tabulaires : des roches sédimentaires y recouvrent le soubassement cristallin ; des basaltes, alternant avec des grès rouges, dessinent un relief de côtes dont le revers descend en direction du río Uruguay.

Le climat est tempéré : la moyenne d'hiver est de l'ordre de 10 °C et le mois le plus chaud, à Montevideo, a une moyenne de 22 °C. Les pluies se répartissent assez également sur toutes les saisons, avec une tendance à la formation d'un maximum en automne ; au total, elles atteignent, en moyenne, moins de 900 mm dans le sud, mais approchent 1 300 mm dans le Nord. Mais les variations interannuelles sont importantes et les sécheresses peuvent être marquées.

L'arbre est rare, sinon en forêts-galeries le long des nombreux cours d'eau. Des landes de fougères s'étendent sur les croupes rocheuses. La prairie couvre la majeure partie du pays, contribuant à expliquer l'importance de l'élevage.

2. Une population blanche et urbaine

Les Uruguayens descendent, pour la plupart, des immigrants européens, la population indienne autochtone ayant été décimée ou absorbée dès 1850. Aux éleveurs nomades (les gauchos) venus des colonies portugaises et espagnoles au début du xviie s. se sont ajoutés, au cours du xixe s., de nombreux arrivants espagnols et italiens qui ont marqué le pays de leur mode de vie. La population uruguayenne a un comportement démographique proche des pays du Vieux Continent : son taux de croissance, de l'ordre de 0,7 % par an, est le plus faible de l'Amérique latine. Citadins à 91 %, les Uruguayens se concentrent essentiellement dans la capitale, Montevideo, et ses banlieues. Leur niveau de vie reste l'un de plus élevés du continent latino-américain : en 1999, le revenu par habitant en parité de pouvoir d'achat était estimé à 8 280 dollars.

3. Une économie touchée par la crise

État tampon entre l'Argentine et le Brésil, l'Uruguay est un « pays-ville » : Montevideo, qui contribue pour 59,6 % au P.I.B., rassemble les industries, le commerce et les finances. En dehors de ce centre économique, les terres de l'intérieur sont le domaine de l'élevage extensif et de l'agriculture, pratiqués sur de grandes propriétés foncières. Avec, en 1999, un P.I.B. de 20 milliards de dollars (l'un des plus faibles du continent sud-américain), et, en 1998, une croissance de 4,5 % et un taux d'inflation de 11 %, le principal problème du pays demeure la maîtrise du déficit public. Considéré comme la « Suisse de l'Amérique latine » dans les années 1960, l'Uruguay a connu une grave crise pendant ces deux dernières décennies, essentiellement due à la baisse de ses exportations de viande et de laine ainsi qu'à la stagnation générale de son économie : en 1990, le taux annuel d'inflation a dépassé les 100 %. Depuis cette date, des efforts ont été menés pour diversifier les activités économiques (industrie touristique à Punta del Este, par exemple). Le secteur bancaire connaît un essor important et Montevideo est devenue une place financière réputée en Amérique latine, bien qu'on y pratique également le blanchiment de l'argent de la drogue.

3.1. Agriculture, mines et industrie

L'agriculture et l'élevage représentent 9 % du P.I.B., mais ils fournissent à eux deux la quasi-totalité des produits exportés (pour moitié de la viande et du cuir). En 2000, le cheptel bovin était estimé à 10,8 millions de têtes, le cheptel ovin à 15,2 millions de têtes. La production de laine place le pays au huitième rang mondial. L'élevage occupe 85 % des terres agricoles, bien que ces dernières années la culture des céréales, en particulier le riz, ait connu une forte progression.

L'industrialisation du pays, lancée dans les années 1950, s'est affirmée dans les années 1970. Les industries de biens de consommation destinés au marché intérieur prédominent. Depuis 1985, les industries d'exportation (textile et agroalimentaire) connaissent un essor significatif, et la découverte de réserves d'or – exploitées par l'American Resource Corporation (ARC) – dans le département de San José, en 1984, a relancé le secteur minier.

3.2. Commerce extérieur

L'Uruguay est, avec le Brésil, l'Argentine et le Paraguay, l'un des pays fondateurs du Marché commun du Sud (Mercosur) créé en 1991, qui se sont engagés dans une libéralisation de leurs économies par la réduction progressive des tarifs douaniers. Si la participation de l'Uruguay au Mercosur (environ 45 % des échanges uruguayens) lui a permis de relancer son économie – essentiellement par les exportations agricoles –, sa balance commerciale connaît, cependant, un déficit croissant (−869 millions de dollars en 1999) dû à une hausse des importations. Les principaux partenaires commerciaux de l'Uruguay sont le Brésil (34,7 % des exportations, 22,4 % des importations en 1996) et les États-Unis.

HISTOIRE

1. Entre Portugais et Espagnols

Bien qu'exploré vers 1516 par l'Espagnol Díaz de Solís, le territoire de l'actuel Uruguay, à l'écart des routes conduisant aux mines, n'a intéressé Madrid que dans la mesure où les Portugais ont tenté de l'annexer : ceux-ci y installent en effet, en 1679, la colonie de Sacramento, après la « pacification », par les franciscains et les jésuites, des Indiens guerriers charrúas. Ce n'est cependant qu'en 1726 que les Espagnols fondent Montevideo, pour finalement, en 1777, se faire céder l'ensemble de la colonie portugaise, en échange de terres du haut bassin du fleuve Paraná. Dans cette « Bande orientale » – la province marque la limite est du territoire espagnol, aux frontières du Brésil portugais – se développe alors une société d'éleveurs vivant de l'exportation du cuir et de la production de viande salée. Les travailleurs des grandes propriétés d'élevage, les gauchos, fournissent le gros des troupes indépendantistes lorsque José Gervasio Artigas, le héros national urugayen, entraîne le pays dans l'insurrection lancée depuis Buenos Aires (1810). Les Argentins n'acceptent cependant pas que les « Orientaux » créent un État indépendant : finalement, en 1815, J. G. Artigas, à la suite d'un soulèvement armé, parvient à instaurer un gouvernement national et tente de mettre en œuvre une réforme agraire, la première en Amérique latine. Mais les Portugais, en annexant, en 1820, la Bande orientale au territoire brésilien, contraignent J. G. Artigas à se réfugier au Paraguay.

Sous le nom de « Provincia cisplatina », le territoire, trop excentré, n'est qu'imparfaitement contrôlé par l'Empire portugais. Partie de Buenos Aires, l'expédition dite « des Trente-trois Orientaux », commandée par Juan Antonio Lavalleja, occupe Montevideo en 1825. Après deux ans de guerre, la diplomatie britannique impose à Rio de Janeiro et à Buenos Aires la reconnaissance, en 1828, de la République orientale de l'Uruguay. L'histoire de la naissance de l'Uruguay est marquée par sa situation géopolitique, celle d'un État tampon entre l'Argentine et le Brésil, qui s'y affronteront par factions interposées.

2. Blancos et colorados

En 1830, le pays se dote d'une Constitution démocratique au suffrage restreint. C'est alors qu'émergent deux forces qui domineront jusque dans les années 2000 la vie politique uruguayenne : les blancos (blancs) et les colorados (rouges). Pour l'essentiel, les conservateurs (blancos) défendent les intérêts des grands éleveurs, face à la bourgeoisie citadine libérale représentée par les colorados. Comme dans d'autres pays issus de l'Empire espagnol, le xixe s. est marqué par les conflits armés entre factions politiques : de 1843 à 1851, une guerre civile, dite « grande guerre », éclate entre les blancos, soutenus par l'Argentine, et les colorados, qui disposent de l'appui français et anglais. Le conflit tourne d'abord à l'avantage des blancos, mais Montevideo, tenue par les libéraux, plusieurs fois assiégée, rejointe par Giuseppe Garibaldi et plusieurs centaines d'Italiens, résiste, au point qu'on la surnomme la « Nouvelle Troie ». Finalement, le Brésil et l'Argentine imposent la réconciliation au pays et, en échange de leur participation à la guerre, dite « de la Triple Alliance », contre le Paraguay (1865-1870), assurent le pouvoir aux colorados, qui le conserveront jusqu'en 1958. Après une période de dictature militaire (1876-1890), la rivalité entre colorados et blancos éclate une dernière fois lors de la rébellion des propriétaires conservateurs du Nord (1904), vaincus par le gouvernement libéral de José Batlle y Ordóñez – président de 1903 à 1907, puis de 1911 à 1915 – qui, tout en sauvegardant les intérêts des grands propriétaires terriens, développe les droits sociaux de la classe ouvrière naissante et des journaliers agricoles, et s'attache à une certaine redistribution du revenu national. Tandis que la Constitution de 1919 partage le pouvoir exécutif entre le président de la République (élu pour quatre ans et non immédiatement rééligible) et un Conseil d'administration de neuf membres – dont trois doivent obligatoirement appartenir au parti d'opposition, afin de protéger le pays de la guerre civile –, J. Batlle y Ordóñez crée vers 1920, à l'intérieur du parti colorado, la faction « batlliste ». Ces deux événements mettent fin aux oppositions traditionnelles qui ont marqué le xixe s., mais n'assurent pas la stabilité du pays pour autant.

3. De la démocratie sociale à la dictature militaire

Après la mort de J. Batlle y Ordóñez et la crise de 1929, un coup d'État militaire porte au pouvoir Gabriel Terra (1933). C'est un autre coup d'État qui remet le pays sur la voie du « batllisme », en 1946, et permet ainsi, en 1951, la rédaction d'une nouvelle Constitution qui, tout en supprimant la fonction présidentielle, maintient la représentation du parti minoritaire au Conseil. Ce système, qui s'étend à toutes les administrations, assure le monopole politique des deux partis traditionnels. Le pays, dont l'économie est florissante, possède alors la politique sociale la plus avancée du continent latino-américain, mais, dès la fin des années 1950, la baisse des prix sur le marché international de la viande et de la laine ne permet plus l'ancien compromis entre sauvegarde des intérêts des grands propriétaires et redistribution du revenu national. La dégradation du niveau de vie et la corruption gouvernementale livrent le pays à la guérilla urbaine qu'entretiennent, à partir de 1965, les guérilleros Tupamaros (nom évoquant la révolte indienne lancée en Bolivie par Túpac Amaru II, en 1780).

La réforme constitutionnelle de 1966, qui rétablit la présidence de la République et renforce le pouvoir exécutif, s'avère insuffisante et c'est l'armée qui rétablit l'ordre après sa victoire d'avril 1972 contre les guérilleros. Bien qu'un civil occupe toujours la présidence (Juan María Bordaberry, élu en 1971, puis Aparicio Méndez, à partir de 1976), les militaires détiennent désormais la réalité du pouvoir. La Confédération des travailleurs et le Parlement sont dissous en 1973. Dirigé par un Conseil de sécurité nationale (Cosena), le régime se durcit peu à peu : les associations et activités politiques sont interdites, nombre d'Uruguayens sont privés de leurs droits civiques, les tortures et les emprisonnements politiques sont fréquents. La répression et la baisse du pouvoir d'achat dépeuplent le pays. On estime que, durant le « régime militaire », 350 000 à 500 000 personnes ont fui à l'étranger. L'Uruguay, autrefois « Suisse de l'Amérique latine », est devenu un « pays de pauvres et d'émigrants ».

4. Le retour de la démocratie politique

Soumise à référendum en 1980, une Constitution, qui devait donner à l'armée des pouvoirs considérables, est rejetée par 58 % des votants. Cet échec n'empêche pas le général Gregorio Álvarez de remplacer A. Méndez en 1981, mais des négociations sont engagées en vue d'un retour à un gouvernement civil. Les conditions imposées par les militaires pour la tenue des élections sont acceptées lors d'un accord entre l'armée, le parti colorado et une coalition de gauche, le Front élargi (Frente amplio, FA), créé au début des années 1970.

Lors des élections générales de 1984, le candidat du parti colorado, Julio Sanguinetti, est élu président avec 38,6 % des voix sous la présidence du général Líber Seregni et se réclamant de l’héritage national et social de J. G. Artigas. Le nouveau gouvernement, qui entre en fonction en mars 1985, accorde immédiatement l'amnistie à tous les prisonniers politiques – y compris les Tupamaros –, mais aussi aux militaires, trop puissants pour être réellement inquiétés : une loi établissant la « caducité de la prétention punitive de l'État » est adoptée en 1986 (et confirmée par référendum en 1989), en vertu de laquelle l'État renonce à poursuivre les militaires et policiers responsables de violations des droits de l'homme durant la période allant de 1973 à 1985. En novembre 1989, les conservateurs remportent les élections générales, et Luis Alberto Lacalle devient, en mars 1990, le premier président issu du parti blanco depuis le début du siècle. Le retour à la démocratie entraîne une redéfinition du paysage politique uruguayen : le nouveau président négocie une alliance – rapidement remise en cause – avec certains secteurs du parti colorado, lui-même subdivisé en plusieurs factions, les principales étant l'Unité batlliste (Foro Batllista, F.B.) et le Batllisme radical (BR) ; le parti blanco n'échappe pas à la recomposition, « Mains à l'ouvrage » (Manos a la Obra, MO) étant l'une des principales factions issues de ses rangs. Après la victoire du F.B. et de son candidat, l'ancien président J. Sanguinetti, aux élections générales de 1994, ce dernier devient président en mars 1995 et gouverne à la tête d'une coalition des factions des deux partis.

Aux élections générales de 1999, on assiste à une profonde modification de l'échiquier politique uruguayen, avec la montée d'une coalition de centre gauche, Rencontre progressiste-Front élargi (EP-FA), dirigée par Tabaré Vázquez Rosas, qui, avec 40 % des sièges au Parlement, devient la première force politique du pays. Mais, grâce au vote utile de l'électorat conservateur et au soutien du parti blanco, Jorge Batlle Ibáñez, candidat du parti colorado, l'emporte devant T. Vázquez au second tour de l'élection présidentielle.

5. L’accession au pouvoir du Front élargi (2004)

Tirant les leçons de cette défaite et encouragé par de nouveaux succès aux élections municipales de mai 2000, T. Vázquez s'emploie alors à élargir les bases de son mouvement en direction du centre, ralliant, dans une mouvance spécifique, baptisée Nouvelle majorité (NM), les sociaux-démocrates du Nuevo Espacio et donnant ainsi naissance, en décembre 2002, à la plus vaste coalition jamais construite en Uruguay et en Amérique latine.

5.1. La présidence de T. Vázquez (2005-2010)

L'alternative de gauche apparaît d'autant plus crédible que le gouvernement Battle montre son impuissance face à la grave crise économique et financière qui s'abat sur l'Uruguay entre le printemps et l'été 2002, entraînant une contraction brutale de la production, une hausse rapide des prix et une augmentation très importante de la pauvreté. C'est dans ce contexte que la coalition EP-FA-NM (allant des anciens Tupamaros aux démocrates-chrétiens de gauche, en passant par les communistes et les socialistes) remporte sans difficultés les élections générales d'octobre 2004, avec 52 députés sur 99, 16 sénateurs sur 30 et, surtout, la victoire dès le premier tour de l'élection présidentielle de T. Vázquez, avec 50,4 % des voix contre 34,3 % au candidat du Parti national (blanco), Jorge Washington Larrañaga Fraga, et 10,3 % au colorado, Guillermo Eduardo Stirling Soto.

Cette victoire est confirmée aux élections municipales de mai 2005. Pour la première fois dans son histoire, l'Uruguay rompt ainsi avec le système conservateur-libéral instauré au xixe siècle. Depuis, le gouvernement a engagé une politique prudente de réformes graduelles afin de pérenniser cette expérience démocratique inédite. Tout d'abord, il adopte, sous l'égide d'un nouveau ministère du Développement social, un plan d'émergence contre la pauvreté, suivi en 2007 d'un « plan d'équité ». Parallèlement, il rationalise et simplifie la fiscalité afin de la rendre à la fois plus efficace et plus juste, prend diverses mesures en faveur de l'investissement productif, rembourse sa dette envers le FMI, parvient à réduire la dette publique et à consolider ses comptes.

Dans le domaine des droits de l'homme, sans s'aliéner le soutien de l'armée et sans remettre en cause la « loi de la caducité » de 1986, il en interprète les termes et applique son article 4, qui oblige l'État à éclaircir les crimes de la dictature et à localiser les corps des disparus.

La politique étrangère de T. Vázquez obéit au même réformisme pragmatique : il s'agit en priorité d'approfondir l'intégration régionale, mais, en même temps, d'en corriger les déséquilibres et de diversifier les partenaires commerciaux de l'Uruguay pour réduire notamment sa sensibilité à d'éventuels soubresauts de l'économie argentine. Cette intégration doit être atteinte à la fois dans le cadre du Mercosur – dont il appuie l'élargissement au Venezuela, à la Bolivie et au Mexique – et dans celui de la Communauté sud-américaine des nations. L'Uruguay rétablit aussi les relations diplomatiques avec Cuba et, rompant avec la politique proaméricaine de Batlle Ibáñez, écarte, en 2006, un traité de libre-échange avec les États-Unis tout en signant, l'année suivante, un accord-cadre en matière de commerce et d'investissement (TIFA-Trade and Investment Framework Agreement).

5.2. José Alberto Mujica (2010-2015)

C’est avec un bilan largement positif que le gouvernement de centre gauche aborde les échéances électorales d’octobre-novembre 2009. Plusieurs indicateurs illustrent l’embellie économique du pays – qui a bien résisté à la crise financière internationale – et témoignent du succès de la politique réformiste du Front élargi visant à concilier préservation des grands équilibres macro-économiques et lutte contre les inégalités : l’augmentation de la production industrielle de 100 % entre 2005 et 2009 et de plus de 33 % de revenu national par habitant ; le boom des exportations de près de 80 % entre 2004 et 2008 ; l’importante hausse du salaire moyen ; une inflation sous contrôle et la maîtrise des finances publiques ; la baisse du chômage et la réduction assez sensible de la pauvreté.

Le président en exercice ne pouvant briguer un second mandat, c’est José Alberto Mujica Cordano, un ancien tupamaro (âgé de 74 ans), qui est choisi comme candidat du Front élargi (FA), au sein duquel il représente le Mouvement de participation populaire (MPP) fondé en 1989. Le 25 octobre, la coalition sortante conserve ainsi sa majorité à la Chambre des représentants comme au Sénat (le parti colorado progressant de 9 sièges), tandis que J. A. Mujica l’emporte au second tour du scrutin, le 29 novembre, avec près de 53 % des suffrages face à L. A. Lacalle, candidat du parti national.

Entré en fonctions le 1er mars 2010, l’ex-tupamaro, surnommé « Pepe », inaugure une présidence atypique, cultivant un style bon enfant mêlant simplicité et proximité, et reversant la plus grande partie de ses émoluments à des associations sociales.

S’inscrivant dans la continuité de la politique modérée de centre gauche de son prédécesseur, son gouvernement met notamment l’accent sur la lutte contre la grande pauvreté (réduite de 32 % en 2004 à 15 % en 2011), la politique d’intégration sociale et territoriale, la relance d’une politique du logement ou la réduction des inégalités (création d’un nouvel impôt sur la grande propriété terrienne ; baisse de la TVA en faveur des plus pauvres), tout en maintenant les bases d’une croissance forte (6 % en 2011) tirée par une augmentation des investissements, des exportations et de la consommation et qui permet à l’Uruguay de présenter l’un des taux de chômage les plus bas d’Amérique latine (6 %).

Cette volonté de faire converger ambition sociale et rigueur économique (saluée notamment par le FMI) se traduit politiquement par un subtil équilibre entre postes ministériels au sein du gouvernement : entre les différentes mouvances de gauche et de centre gauche du FA (dont le MPP et le Front Líber Seregni), ainsi qu’entre le président et ses collaborateurs les plus proches du bureau « plan et budget » et le vice-président Danilo Astori, chef de file du courant social-démocrate.

La légalisation de l’avortement (octobre 2012), du mariage homosexuel (avril 2013) ainsi que l'autorisation, inédite dans le monde, de la production régulée et de la vente de cannabis en pharmacie (décembre 2013) constituent les mesures les plus médiatisées prises au cours de cette présidence. Le bilan économique laissé par J. A. Mujica est par ailleurs assez remarquable, malgré d’importantes tensions inflationnistes : le maintien d’un taux de croissance à environ 3 % et du taux du chômage en dessous de 7 % dans un contexte de ralentissement dans l’ensemble de l’Amérique latine, l’assainissement du secteur financier public, la hausse des investissements, l’importante diminution de la dette, la réduction de la pauvreté, figurent parmi les résultats qui expliquent la reconduction du Front élargi en octobre et novembre 2014. Tandis que la coalition remporte 50 sièges sur 99 à la Chambre des représentants et 15 sur 30 au Sénat, l’ex-président Tabaré Vázquez est élu président de la République avec près de 53 % des voix face au candidat du parti national Luis Lacalle Pou au second tour de scrutin. Ce dernier entre en fonctions le 1er mars 2015.