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bourgeoisie

Jean Siméon Chardin, le Bénédicité
Jean Siméon Chardin, le Bénédicité

Avant la Révolution française, ensemble des bourgeois.

À l'origine, le terme de « bourgeoisie » désigne l'ensemble des habitants d'un bourg (bourgeois), agglomération créée à côté d'une cité épiscopale, auprès d'un monastère ou d'un château. Il s'applique à une forme de vie passée non plus sur le domaine seigneurial mais à la ville. Le terme burgensis, dérivé de burg (« place forte », en allemand), est attesté pour la première fois dans une charte de l'an 1007, et passe peu à peu dans le langage courant

L'émergence de la bourgeoisie

C'est au xie s. que se constitue, dans une Europe marquée par un essor économique progressif, cette nouvelle catégorie socio-économique. Le bourgeois est avant tout un citadin qui assure son existence soit par le métier qu'il pratique, soit par le commerce. Le bourgeois est donc le contraire d'un terrien ; tout naturellement, il demande au seigneur les libertés nécessaires à l'exercice de ses fonctions et les obtient, parfois à la suite de conflits violents, sous la forme de chartes de franchises applicables à l'ensemble de la bourgeoisie d'une commune. Celle-ci peut ainsi nommer ses représentants (échevins, consuls dans le Midi, aldermen en Angleterre), dont les équivalents modernes sont les conseillers municipaux. Dans les Flandres, les « communes » s'émancipent de la tutelle féodale et se dotent d'institutions municipales propres. Le beffroi et le palais communal sont les symboles de l'indépendance fièrement affichée de ces villes franches.

À partir du xiie s., une élite se dégage : le patriciat, frange la plus riche de la bourgeoisie, qui monopolise le gouvernement de la ville et doit faire face à de nombreux soulèvements sociaux, particulièrement dans les régions d'Europe où le développement économique est le plus avancé (Flandres, nord de l'Italie). En Europe septentrionale, l'élite commerçante des ports les plus importants se regroupe dans une communauté économique (la Hanse) dont la puissance politique s'étend de la Baltique à la mer du Nord.

Mais la bourgeoisie, c'est aussi le droit, et les robes noires des légistes qui entourent le roi et sa cour. Le renforcement progressif des États au xive s. entraîne en effet le développement de leur appareil administratif. Les institutions monarchiques se spécialisent et font appel aux compétences des lettrés et des juristes formés au droit romain, théoriciens d'un pouvoir absolu et centralisé. En France, sous l'impulsion de Philippe le Bel, toute une bourgeoisie de fonction prospère à l'ombre de la monarchie, venant peupler les offices de juges, secrétaires, conseillers au parlement et à la Chambre des comptes.

L'essor de la bourgeoisie

Les « bourgeois gentilshommes »

À partir du xvi, le commerce colonial offre à la bourgeoisie de nouvelles possibilités d'enrichissement, tandis que se développent les pratiques bancaires nées à la fin du Moyen Âge. Jouissant d'un pouvoir économique et culturel accru, celle-ci se heurte aux privilèges des membres du clergé et de la noblesse, et revendique un rôle politique à la hauteur de ses responsabilités économiques. En France, l'ascension de la bourgeoisie est facilitée par le développement de l'administration royale, qui s'appuie sur elle contre la noblesse. Par les carrières anoblissantes qu'il propose, le service de l'État devient pour les bourgeois la voie obligée de l'affirmation sociale. Aussi voit-on les marchands et leurs fils se ruer sur les offices, les fonctions, les postes dans l'appareil d'État vendus par Louis XIV en France. Colbert, fils de négociant en drap devenu grand commis de l'État, illustre au plus haut point le cheminement des cohortes de « bourgeois gentilshommes » fraîchement anoblis par l'office. La montée de cette noblesse de robe ne manque d'ailleurs pas de provoquer la colère de la vieille noblesse militaire qui, avec Saint-Simon, dénonce le « règne de vile bourgeoisie ». L'achat par les bourgeois d'offices et de seigneuries, qui sont deux formes d'investissement dans le privilège, montre en fait leur soumission aux valeurs aristocratiques dominantes, leur « trahison » disait l’historien Fernand Braudel. Le négoce seul ne conduit pas à la réussite sociale, il faut en passer par la robe et la terre. En France, l'Ancien Régime canalise la fougue bourgeoise en monnayant l'intégration à la noblesse, seule élite reconnue, et en comptant sur la fidélité et la gratitude des robins.

Cependant, dans sa progression, l'absolutisme rencontre la résistance des élites sociales qui veulent être associées à l'exercice du pouvoir et contrôler l'État. En Angleterre, très tôt, dès le xviie s., la bourgeoisie marchande se trouve aux côtés des fractions dynamiques de la gentry, la petite et moyenne noblesse, dans un combat commun contre la « tyrannie » royale. Bien d'autres facteurs concourent aux révolutions anglaises de 1640 et 1688, notamment les questions religieuses, mais on retient le rôle de la bourgeoisie : celle-ci n'a pas connu le modèle français d'intégration dans l'État et de neutralisation politique par l'office, et ses aspirations politiques libérales rencontrent aisément celles d'une aristocratie dont elle est proche socialement.

La grande bénéficiaire de la Révolution française

En France, le système louis-quatorzien a longtemps su faire taire les oppositions, mais bientôt son modèle intégrateur s'épuise: la « pompe aspirante » de l'office et de la robe se bloque quand la noblesse se ferme aux nouveaux venus. Les offices parlementaires anoblissants sont de fait interdits aux roturiers. Dans l'armée, les nobles les plus récents s'empressent de fermer la porte derrière eux et rejoignent la vieille noblesse militaire dans une ardente défense des privilèges: tel est le sens des édits de Ségur, en 1781, qui exigent des officiers quatre quartiers de noblesse. C'est à ce titre que l'on peut parler d'une frustration de la bourgeoisie, socialement dévalorisée. Comme la noblesse, elle prospère largement par la rente, voire par le privilège royal qu'elle n'hésite pas à briguer, mais se voit refoulée dans ses tentatives d'intégration à l'aristocratie. Il y a là bien sûr un terrain favorable à la revendication politique, une fois épuisés tous les accommodements possibles.

Précisément, la crise que traverse la monarchie française à la fin du xviiie s. voit se nouer une alliance de fait (paradoxale, mais provisoire) des privilégiés et des élites bourgeoises, au nom de l'anti-despotisme. La défense des libertés cache des intérêts divergents: les uns entendent partager le pouvoir avec le roi pour faire échec aux projets de réforme fiscale menaçant leurs privilèges; les autres aspirent à une égale représentation de tous les propriétaires, bourgeois comme nobles, au sein d'un régime de monarchie contrôlée. Libéralisme aristocratique d'un côté, libéralisme de « propriétaires » de l'autre: leur conjonction n'en fait pas moins chuter la monarchie absolue.

Dès lors, le processus lancé en 1789 révèle la capacité de la bourgeoisie à prendre en marche le train de la Révolution. Poussée par l'événement, la bourgeoisie marchande et manufacturière, proprement capitaliste, se jette alors dans la brèche ouverte par la bourgeoisie officière et rentière: il s'agit pour elle de tirer parti de la situation, en se portant au pouvoir pour garantir l'ordre et la propriété, aussi bien contre l'aristocratie contre-révolutionnaire que face au mouvement populaire. Si la Révolution française est « bourgeoise », c'est en ce sens que la bourgeoisie en tire les plus grands profits et se trouve propulsée à la direction politique du pays, fondant un nouvel ordre social sur le droit et la propriété.

xixe s. : l’accession au pouvoir

Associée au développement du capitalisme, que favorise la révolution industrielle, la bourgeoisie étend alors son influence tout au long du xixe s., encourageant le libéralisme politique (régime parlementaire, libertés individuelles) et économique (plus ou moins poussé selon les pays).

Des intérêts communs avec la noblesse

Dans les décennies qui ouvrent le xixe s., les rapports entre la noblesse, ordre privilégié de l'Ancien Régime, et la bourgeoisie, instigatrice des mutations économiques, se modifient. En Grande-Bretagne, en France, mais aussi en Italie, en Autriche-Hongrie et en Pologne, le passage entre grande bourgeoisie et noblesse devient fréquent. L'anoblissement constitue la voie d'accès la plus directe – et la plus étroite – à un ordre qui garde partout son prestige : quatre cents nouveaux lords en Grande-Bretagne entre 1832 et 1914, d'abord des hommes politiques, puis, à partir des années 1880, des industriels. Le mariage est plus courant, dans la mesure où les familles y trouvent leur intérêt ; suivant une stratégie matrimoniale rigoureuse qui vise à préserver le lignage et le titre, la partie noble – donc masculine – apporte son nom, tandis que la partie roturière met sa fortune dans la corbeille.

Plus important encore pour la préservation des patrimoines est le croisement des capitaux entre noblesse et bourgeoisie. Dans un siècle où la terre cesse d'être la source majeure des profits, la noblesse élargit le champ de ses investissements. En France, des aristocrates plus titrés que fortunés apportent la caution de leur nom au conseil d'administration de sociétés anonymes désirant rassurer les petits actionnaires. Certains nobles deviennent de véritables capitaines d'industrie, tels les maîtres de forges de la famille de Wendel, dont un ancêtre, Ignace, avait fondé Le Creusot peu avant la Révolution. À l'inverse, la terre constitue un placement stable que les entrepreneurs bourgeois ne négligent pas.

Enfin, nobles et grandes bourgeoisies, les classes dirigeantes de France ou de Grande-Bretagne partagent le même mode de vie. Elles se retrouvent à Nice ou à Marienbad, à la cour de Victoria, de François-Joseph ou de Napoléon III. Jamais on n'a bâti autant d'hôtels particuliers ni de châteaux. Jamais les domestiques n'ont été aussi nombreux : autant que les ouvriers du textile en Grande-Bretagne en 1851.

Le temps des notables

À un degré inférieur dans l'échelle des fortunes, les notables, rentiers et hommes de loi, assurent la transition entre les élites de l'Ancien Régime et celles de la société capitaliste. En France comme en Italie, au début du siècle, cette bourgeoisie moyenne se retrouve à la tête d'un patrimoine foncier considérable acquis à partir de la Révolution. Jusque dans les années 1870, les notables contrôlent au moyen du patronage – la protection qu'ils apportent à leur clientèle politique – les fonctions publiques de leur province et accaparent les institutions représentatives : en 1840, sous la monarchie de Juillet, 63 % des députés paient plus de 1 000 F d'impôts et luttent évidemment contre l'élargissement du cens électoral (soit la quotité d'imposition minimale nécessaire pour être électeur et, plus encore, éligible).

En Grande-Bretagne et en France, la bourgeoisie bénéficie d'une large assise dans le monde rural : les paysans votent pour les notables, riches propriétaires fonciers qui les représentent, dans le cadre du suffrage censitaire, au Parlement. Ces relations de dépendance sont accentuées en Grande-Bretagne par la concentration de la propriété foncière. Paradoxalement, la crise des campagnes et l'exode rural à la fin du siècle ne minent pas l'influence de la bourgeoisie sur la paysannerie, les notables continuant d'exercer leur patronage. Ainsi, la Société nationale de l'encouragement agricole et la Société des agriculteurs de France, qui rassemblent pourtant les plus gros propriétaires fonciers, prônent l'effort individuel et la défense de la petite exploitation paysanne, fondements de l'ordre social.

Nouvelles couches sociales

De leur côté, les classes moyennes adhèrent volontiers aux valeurs de la bourgeoisie, et les défendent, surtout face aux ouvriers. Une telle solidarité prend toute sa valeur quand, aux catégories indépendantes de type ancien (petits patrons, boutiquiers, rentiers et professions libérales les plus modestes), les mutations économiques adjoignent les salariés du secteur tertiaire (employés de bureau en nombre croissant). Tous partagent avec la bourgeoisie le culte du travail, de l'épargne, de la famille, de la liberté individuelle. Tous cherchent à vivre bourgeoisement, en particulier en s'offrant les services d'un domestique. Paysannerie et classes moyennes reconnaissent d'autant mieux à la bourgeoisie son droit à faire respecter l'ordre social qu'elles se sentent menacées par les ouvriers, ces « nouveaux barbares » issus de la révolution industrielle.

Elle est peu dangereuse en France où la concentration des entreprises est faible et le mouvement syndical longtemps dispersé. En Grande-Bretagne, grâce aux trade-unions, syndicats modérés qui pratiquent la négociation collective, les ouvriers sont peu à peu intégrés au système politique national ; cependant, ils ne seront représentés au Parlement, par le parti travailliste, qu'en 1906.

Après la suppression du suffrage censitaire – en 1848 en France, et par étapes entre 1867 et 1884 en Grande-Bretagne –, paysannerie et classes moyennes de ces deux pays délèguent plus volontiers le rôle de représentant politique à la moyenne bourgeoisie des professions libérales. Médecins et avocats notamment, qui ne doivent leur réussite sociale qu'à leurs succès universitaires et à leurs talents, et non, comme les notables traditionnels, à la transmission d'un patrimoine, ont un grand prestige. De plus, leur autonomie financière vis-à-vis de l'État et des puissances d'argent les incite à s'ériger en défenseurs du libéralisme et du parlementarisme. En France, où, en 1865, sous le Second Empire, Gambetta prédit « l'avènement de nouvelles couches [sociales] », la bourgeoisie intellectuelle constitue l'ossature du parti républicain; elle formera le personnel politique de la IIIe République.

La contestation de la bourgeoisie

La bourgeoisie subit cependant les attaques des théoriciens socialistes, Proudhon et surtout Karl Marx, qui l'opposent, en tant que classe détentrice des moyens de production, à la masse ouvrière exploitée. Elle doit dès lors compter avec l'essor des mouvements socialistes et syndicalistes, dont l'action, fondée sur la lutte des classes, vise au renversement de l'ordre social. Les entrepreneurs allemands doivent ainsi faire face à une forte contestation ouvrière, à laquelle le parti social-démocrate d'Allemagne fournit, dès 1869, une organisation puissante. Ils font donc alliance avec l'aristocratie et le pouvoir politique, obtenant de Bismarck qu'il réprime le mouvement ouvrier. Dans les régimes communistes mis en place après la révolution russe de 1917, la bourgeoisie, considérée comme « ennemi de classe », se voit dépossédée de ses pouvoirs. Ailleurs, son influence reste dominante dans les pays industrialisés, dont l'évolution est cependant avant tout caractérisée par une forte extension des « classes moyennes ».

Mutations de la bourgeoisie

Les mutations technologiques et la croissance économique pendant la seconde moitié du xxe s. ont provoqué une spectaculaire croissance des activités de services. En France, la part des emplois tertiaires passe de 48 % à 63 % de la population active en vingt ans (1970-1990). En Grande-Bretagne, 1,7 million d'emplois de services sont créés entre 1979 et 1986, soit l'équivalent du nombre d'emplois industriels supprimés dans le même temps.

L'apparition des cadres

Les postes de gestion dans les entreprises et la fonction publique sont désormais confiés à des personnes ayant reçu un enseignement professionnel supérieur, qui forment une nouvelle catégorie de salariés : les cadres. Le terme naît dans les années 1930, et recouvre toute une hiérarchie qui va des cadres moyens ou techniques aux cadres supérieurs ou dirigeants. En 1954, ils forment seulement 8 % de la population active en France, alors qu'ils atteignent 20 % en 1982.

Inspirés du modèle américain, les cadres dirigeants ont le culte de la compétence et de la rationalité, qu'ils voudraient voir substituées aux idéologies politiques. Ils appliquent ces règles à leur propre carrière : le curriculum vitae, commenté lors de l'entretien d'embauche par le candidat, doit révéler un parcours cohérent, toujours tourné vers la recherche de l'efficacité.

Le déclin des petits patrons

Si elle accroît la classe moyenne des salariés, l'évolution économique défavorise la petite bourgeoisie indépendante. Alors qu'en 1930, en France, les petits patrons du commerce et de l'industrie représentaient 17  % de la population active, ils n'en forment plus que 7,8 % en 1975, à l'issue de la grande période de croissance de l'après-guerre. Se sentant menacés par les mutations de la technologie et des techniques de vente, ils se retournent contre l'État dans lequel ils avaient jusque-là placé leur confiance pour les défendre contre les « gros ». En 1956, Pierre Poujade cristallise les tendances antiparlementaires, autoritaires, antisémites et antifiscales déjà apparues dans les années 1930 chez certains d'entre eux, et les canalise contre celui qui incarne la modernisation de l'économie et de l'État : Pierre Mendès France. Un peu partout en Europe, les petites bourgeoisies indépendantes, sur le déclin, manifestent leur mécontentement par une semblable hostilité à l'État et aux législations contraignantes.

L'adhésion à l'État

En revanche, une partie des bourgeoisies européennes se distingue, des années 1930 au début des années 1980, par une adhésion croissante à l'intervention de l'État. Même en Grande-Bretagne où, à partir de l'accession de Margaret Thatcher au poste de Premier ministre, en 1979, le sentiment contraire semble s'imposer, les sondages montrent avec constance l'attachement des Britanniques à l'État-providence (Welfare State) dans l'éducation, la santé et les systèmes de retraite. De fait, après 1945, en Grande-Bretagne comme en France, à travers les nationalisations, la planification et l'aménagement du territoire, l'État joue un rôle croissant, y compris dans les relations professionnelles (loi de 1968 portant création des sections syndicales d'entreprise, loi de 1978 sur la mensualisation des salariés). En République fédérale d'Allemagne, le principal parti de gouvernement, la CDU-CSU, pourtant acquis dès 1949 à l'économie de marché, encourage la cogestion entre employeurs et salariés sous l'arbitrage de l'État. Enfin, la demande d'intervention des pouvoirs publics s'étend aux orientations culturelles, avec les Art Councils en Grande-Bretagne, les maisons de la culture en France, etc. Cette acceptation du rôle de l'État amène une partie des bourgeoisies européennes à voter à gauche, surtout après que certains partis ont laissé de côté leurs traditions ouvrières, comme le parti social-démocrate allemand dès 1959 ou le Labour Party britannique en 1964.

Les loisirs et le retour des femmes dans la vie publique

La réduction du temps de travail, la hausse du niveau de vie, la diffusion de moyens de communication de masse développent une véritable culture des loisirs qui valorise la nature et le corps. Des activités jusqu'alors cantonnées aux pelouses des public schools britanniques, tennis ou golf, se démocratisent. Le nombre des titulaires de licences sportives double en France entre 1970 et 1980. La bourgeoisie, grâce à ses revenus, est la classe qui en profite le plus: en 1983, 85 % des cadres supérieurs français partent en vacances l'été, et 30 % l'hiver, contre respectivement 50 % et 5 % chez les ouvriers.

La croissance des emplois tertiaires et l'évolution des mentalités redonnent aux femmes de la bourgeoisie une place dans la vie publique : elles accèdent à des responsabilités importantes dans les entreprises et dans l'administration, et participent davantage à la vie politique. Mais cette place reste minoritaire. C'est un des thèmes de revendication des mouvements féministes européens qui, du xixe s. au début du xxie, recrutent surtout parmi les femmes des milieux les plus cultivés.

La bourgeoisie allemande participe à ce mouvement de convergence. Après son consentement au nazisme, qui prolonge la faiblesse du parlementarisme et du libéralisme du xixe s., et la véritable révolution culturelle provoquée par la défaite en 1945, elle rejoint les pratiques et les valeurs des bourgeoisies de l'Europe occidentale, dont la propriété, le droit et les libertés restent les points cardinaux.