Partie méridionale de la Grande-Bretagne, limitée par l'Écosse au N. et par le pays de Galles à l'O.
L'Angleterre couvre « seulement » 57 % de la superficie de l'île de Grande-Bretagne, mais concentre 85 % de ses habitants. La densité moyenne de population y dépasse 370 habitants au km2, chiffre lié surtout à l'histoire, à la précocité et à l'ampleur de la révolution industrielle, précipitant l'urbanisation. Les bases de cette industrialisation sont largement disparues, qu'il s'agisse de l'extraction houillère, d'une partie de la métallurgie (sidérurgie, chantiers navals) et du textile. Le relais a été pris, par d'autres branches (constructions électriques, chimie), mais surtout par les services. La région londonienne est devenue la région la plus riche et la plus active du Royaume-Uni. Très représentative de l'organisation économique actuelle, elle ne compte que 10 % de sa main-d'oeuvre dans l'industrie.
Des massifs anciens, plissés à l'ère primaire, ont été soumis à de longues phases d'aplanissement, coupées de courtes périodes de surrection. Au nord, le petit massif du Cumberland, où se trouve le point culminant de l'Angleterre (le Scafell, 970 m), est formé de schistes et de roches volcaniques, et la chaîne pennine est une longue voûte calcaire et gréseuse d'axe nord-sud. Mais alors que les glaciers quaternaires ont modelé un relief montagnard en Cumberland (lacs de cirque, parois abruptes, lacs étroits et profonds de fond de vallée), la chaîne pennine n'a que des plateaux monotones dépassant rarement 500 m. À l'ouest, le massif gallois se prolonge en Angleterre par un alignement de longues crêtes d'axe S.-O.-N.-E., franchies en cluses par la Severn ; quelques pointements isolés s'avancent jusque dans les Midlands. La péninsule du sud-ouest ne présente que de molles collines taillées dans les schistes, dominées çà et là par de petits massifs granitiques (Dartmoor, Bodmin Moor) et, un peu à l'écart, de petits blocs comme les Mendip et les Quantock. La côte, découpée par des avancées rocheuses et les longs rentrants ramifiés des estuaires, attire un grand nombre de visiteurs et vaut au Sud-Ouest le rang de première région touristique britannique.
Dans l'Angleterre centrale et orientale, un empilement de roches sédimentaires repose en discordance sur les massifs anciens ; l'érosion différentielle a dégagé des escarpements en roche dure, qui forment l'ossature du relief. Les Midlands, où affleurent des roches tendres (argiles et grès rouges), ont un relief mou, encore atténué par l'épaisse couche de moraine abandonnée par les glaciers quaternaires ; il en est de même des trois prolongements qui contournent les massifs anciens, la plaine du Cheshire au nord-ouest, le val de Trent au nord-est, le val de Evesham au sud. Le bassin de Londres a un relief plus différencié ; la tranche des couches sédimentaires les plus dures, mise au jour par l'érosion, fait face à l'ouest ; les deux escarpements principaux traversent toute l'Angleterre en diagonale ; l'un à l'ouest, taillé dans les calcaires jurassiques, porte successivement les noms de Cotswolds, Lincoln Edge, Cleveland Hills ; l'autre, plus à l'est, donne les hauteurs crayeuses de Purbeck, de White Horse, des Chiltern, les Lincoln Wolds, les Yorkshire Wolds.
Dans l'intervalle des escarpements, l'érosion a déblayé les roches tendres, donnant des dépressions comme le val d'Oxford, le val de York et surtout les Fens, qui n'ont que quelques mètres au-dessus ou au-dessous du niveau de la mer. Dans le Sud-Est anglais, entre la Tamise et la Manche, le relief résulte du soulèvement, sans doute tertiaire, de la voûte de craie du Weald, et de son creusement ultérieur par l'érosion. Les plateaux de craie se terminent brusquement au-dessus de la fosse du Weald par une muraille (North Downs, South Downs) qui en fait le tour, sauf là où les percées des rivières l'interrompent. Ce sont les blanches falaises de craie de Douvres et de Beachy Head qui ont valu à l'Angleterre le nom d'Albion.
Le climat, tout en restant océanique, l'est moins que celui de l'Irlande, des Galles ou de l'Ecosse, grâce à l'écran que lui offrent ces trois régions, face aux dépressions barométriques venues de l'ouest. Seuls, le massif du Cumberland, le nord de la chaîne pennine, le Dartmoor ont un climat océanique montagnard, caractérisé par de très fortes précipitations (plus de 4 m par an sur les sommets du Cumberland), en partie neigeuses l'hiver, par de très basses températures moyennes (2 °C en hiver, moins de 13 °C en été), par un faible ensoleillement (moins de 1 300 heures par an) et par de violentes rafales de vent. L'excès des pluies, l'insuffisance de l'évaporation, le lessivage des sols qui en résulte ne permettent la croissance que d'organismes peu exigeants tels que les sphaignes, les joncs ; la décomposition de ces plantes donne à la longue une tourbe acide. Les Midlands sont un milieu plus clément : les températures estivales atteignent 15 °C, l'ensoleillement 1 400 à 1 600 heures par an, la pluviosité est plus modérée (750 mm par an environ). La façade orientale de l'Angleterre, avec moins de 550 mm de pluies par an, souffre souvent de la sécheresse ; ses étés, assez chauds (17 °C), sont favorables à une bonne maturation des céréales ; le maximum d'été des précipitations, unique en Grande-Bretagne, est déjà un trait continental. La côte de la Manche enfin, très ensoleillée (parfois plus de 1 800 heures par an), attire touristes et retraités.
La formation végétale dominante de l'Angleterre centrale et orientale était à l'état naturel la chênaie ; sur les sols calcaires secs poussait la frênaie (vallées protégées des Pennines), sur les sols crayeux la hêtraie (Chiltern, Downs) ou la pelouse rase à fétuque ; dans les Fens amphibies, les eaux calcaires issues des plateaux bordiers favorisaient la croissance du roseau et du glaïeul des marais ; leur décomposition donna la tourbe basique noire, de nos jours sol agricole de très haute qualité, mais fragile. Il subsiste peu de chose de la végétation naturelle, intensément défrichée. Les superficies forestières représentent environ un million d'ha, ce qui est un faible pourcentage du total des terres. La restauration et la végétalisation des anciens sols industriels et miniers (les mines à ciel ouvert étaient très nombreuses) est l'un des objectifs de la Commission forestière britannique.
L'histoire de l'Angleterre commence au Ve s. avec l'installation, dans la Bretagne (Britannia), des Anglo-Saxons. Ceux-ci, refoulant ou assimilant les anciens occupants, colonisent le pays qui leur doit son nom (England, terre des Angles) et s'organisent en petits royaumes rivaux (Kent, Essex, Wessex, Sussex, Northumbrie, Mercie, East Anglia). Le Wessex domine le pays à partir du IXe s. et connaît la prospérité sous les règnes d'Alfred le Grand (871-899) et de ses successeurs (IXe-XIe s.). L'introduction du christianisme en Angleterre (VIIe s.) avait rendu possible l'essor et le rayonnement de la civilisation anglo-saxonne, dont les deux métropoles religieuses, York et Canterbury, et de nombreux monastères ont assuré la pérennité. Mais les Danois, qui ont envahi l'île au IXe s. et se sont installés dans le Danelaw, conquièrent le pays au XIe s. Cependant, leur implantation reste superficielle. Aussi, après la mort de Knud le Grand (1035), la dynastie anglo-saxonne est-elle restaurée par Édouard le Confesseur (1042-1066). Celui-ci était lié aux Normands, et le principe de la légitimité royale ayant été remis en cause par son successeur Harold II, le duc de Normandie, Guillaume, conquiert l'Angleterre (bataille d'Hastings, 14 octobre 1066). Il est aussitôt couronné roi (Guillaume Ier le Conquérant, 1066-1087). Ses fils et successeurs se livrent de terribles luttes, mais Henri Ier Beauclerc (1100-1135) poursuit l'œuvre unificatrice et administrative de son père. À sa mort, toutefois, la guerre civile éclate. Henri II Plantagenêt (1154-1189), en épousant Aliénor d'Aquitaine, devient le maître du vaste empire anglo-angevin, qui s'étend à la fois sur la France, où le roi doit se défendre contre les Capétiens, et sur l'Angleterre, où il doit réduire une féodalité turbulente et se heurte à l'opposition de Thomas Becket. La présence fréquente des Plantagenêts en France et l'incapacité des successeurs d'Henri (Richard Cœur de Lion [1189-1199], Jean sans Terre [1199-1216], Henri III [1216-1272]) à résister à la poussée de l'aristocratie donnent à celle-ci un pouvoir qui s'incarne dans le Parlement ; l'emprise de l'aristocratie sur les paysans s'accroît, réduisant ceux-ci à la servitude et faisant des « manoirs », en même temps que d'importants foyers d'exploitation agricole, des centres judiciaires locaux. Le règne d'Édouard Ier (1272-1307) marque le retour à un certain équilibre. Il conquiert le pays de Galles. Mais Édouard II (1307-1327) échoue, lui, dans la conquête de l'Écosse. Sous les règnes d'Édouard III (1327-1377), de Richard II (1377-1399) et des Lancastres Henri IV (1399-1413), Henri V (1413-1422), Henri VI (1422-1461), l'Angleterre s'épuise dans la guerre contre les Valois (guerre de Cent Ans) cependant que la crise monétaire et économique, les épidémies et les famines affectent la population. À la faveur de la faiblesse des Lancastres se manifestent les ambitions nobiliaires qui provoquent la guerre des Deux-Roses (1450-1485), opposant les Lancastres aux York. Cependant, Édouard IV (1461-1483) achève la guerre de Cent Ans (1475), mais son œuvre de rétablissement de l'ordre intérieur est ruinée par Richard III (1483-1485).
L'avènement d'Henri VII Tudor (1485-1509) rend à l'Angleterre la prospérité et l'équilibre. La politique intérieure du souverain, fondée sur l'accord avec le Parlement et la noblesse, et une diplomatie prestigieuse, qui profite de la rivalité entre la France et les Habsbourg, sont poursuivies, avec plus d'éclat encore et malgré les conséquences du schisme religieux, par Henri VIII (1509-1547). Sous le règne d'Édouard VI (1547-1553), l'Église évolue vers le protestantisme. Elle est ramenée, non sans troubles, vers le catholicisme par Marie Ire Tudor (1553-1558), mais Élisabeth Ire (1558-1603) restaure l'Église nationale. Celle-ci, mise au service de la monarchie, renforce l'unité du pays. L'Angleterre moderne, favorisée par l'extension de l'élevage, qu'accompagne le mouvement des « enclosures », naît alors, à la fois précapitaliste et maritime. À la mort d'Élisabeth, Jacques VI Stuart, roi d'Écosse, devient Jacques Ier d'Angleterre ; ainsi est constituée, en fait, la Grande-Bretagne ; l'union des deux royaumes sera achevée par l'Acte de 1707.
Les rebondissements successifs de l'art et de l'architecture anglais ont généralement répercuté – avec leur spécificité locale – ceux de la vie artistique de l'Europe continentale. L'école anglaise, dont la contribution est particulièrement originale entre le VIIIe et le XIIIe s., puis aux XVIIIe et XIXe s., se distingue des autres écoles européennes par une préférence accordée à la ligne et à l'atmosphère plutôt qu'au facteur tridimensionnel, et, depuis le XVIe s., par une prééminence du mécénat privé sur le public.
Malgré l'existence de foyers artistiques celtes et romains en Grande-Bretagne, l'histoire de l'art et de l'architecture à proprement parler anglais débute avec les Anglo-Saxons, qui quittent le nord de la Germanie aux Ve et VIe s. pour venir s'installer en Angleterre, jusqu'aux frontières actuelles du pays de Galles et de l'Écosse. Le premier événement majeur est le rétablissement du christianisme (les premières communautés chrétiennes étaient apparues sous l'occupation romaine) : dès la fin du VIe s., des missionnaires, venus de Rome et d'Irlande, convergent vers l'Angleterre, y apportant des livres religieux, des vêtements et des ornements sacerdotaux. Ils introduisent également les techniques de construction en pierre. À partir du VIIe s., l'Angleterre anglo-saxonne se couvre d'abbayes, de cathédrales et d'églises, dont la plupart ont aujourd'hui disparu, ou ont subi des transformations radicales. L'église anglo-saxonne – comme celle de Bradford-on-Avon (Wiltshire), datant du VIIIe s. et probablement modifiée au Xe s. –, composée d'une salle centrale ouvrant sur de petites salles, apparaît comme un refuge étroitement clos.
Les croix de pierre taillée et les manuscrits enluminés représentent les plus belles réalisations artistiques de la période anglo-saxonne. Les premières de ces œuvres sont essentiellement produites dans le Nord, notamment dans l'Irlande septentrionale, qui compte parmi les régions les plus évoluées d'Europe à la fin du VIIe s. et au début du VIIIe s. Les chefs-d'œuvre de l'école irlando-saxonne comprennent les croix de Ruthwell (Dumfries) et de Bewcastle (Cumbrie), ainsi que deux superbes manuscrits enluminés : le Livre de Lindisfarne, conçu vers 700 par les moines de Holy Island, île au large du Northumberland, et le Livre de Kells, commencé vers 800 sur l'île d'Iona et achevé à Kells, dans le nord de l'Irlande. Si l'utilisation de formes curvilignes révèle une influence méditerranéenne, l'originalité de ces enluminures – qui seront produites en Angleterre jusqu'au XIIIe s. – réside dans leurs lettres aux formes stylisées et dans leurs motifs décoratifs complexes, qui seront imités sur le continent.
Au Xe s., une réforme des monastères entraîne le déplacement vers le sud des foyers artistiques et l'apparition d'une nouvelle école d'enluminures, dite de Winchester, bien qu'elle se développe aussi à Canterbury et dans d'autres villes. Des manuscrits comme le Pontifical de saint Aethelwold (975-980) trahissent l'influence de l'art carolingien, avec leurs décors à larges feuilles et leurs lettres plus hardies que dans les œuvres irlando-saxonnes.
Avec la conquête normande (1066), l'Angleterre, désormais partie intégrante de l'Europe médiévale, est unie sous l'autorité d'un roi, mais le principal commanditaire reste l'Église. L'architecture, en particulier, subit l'influence du nouveau régime et, les évêques exigeant des sanctuaires plus grands et mieux conçus, les cathédrales de cette époque seront les premiers bâtiments anglais d'importance à traverser les siècles sous leur forme primitive. Si la cathédrale de Saint Albans, commencée vers 1080, suit encore étroitement le modèle normand, en trente ans se forge le style anglo-normand. La cathédrale de Durham (1093-1133) partage avec les sanctuaires romans l'utilisation d'un plan en forme de croix latine, de voûtes arrondies, et le recours à une construction généralement massive, mais s'en distingue par son intérieur richement décoré, la splendeur de son arcature et surtout par l'apparition de voûtes en pierre coiffant la nef, auparavant couverte de structures de bois.
Les Normands introduisent deux autres types d'édifices, dont la plupart ont disparu ou ont fait l'objet de restaurations maladroites : d'une part une nouvelle sorte de monastère, qui se répand au XIIe s., grâce à l'influence des cisterciens – abbayes de Fountains (commencée vers 1135), de Rievaulx (commencée vers 1132) et de Kirkstall (commencée vers 1155), toutes dans le Yorkshire ; d'autre part les châteaux forts, au départ simples donjons carrés – telle la tour Blanche de la Tour de Londres, érigée par Guillaume le Conquérant dans les années 1070 –, qui s'agrandiront peu à peu en véritables citadelles fortifiées, comme à Caernarvon (fin du XIIIe s.), dans le nord du pays de Galles.
Aux XIe et XIIe s., la sculpture occupe une place encore modeste, mais l'art de l'enluminure continue à s'épanouir dans le Sud : des bibles magnifiques, telle celle de Winchester (milieu du XIIe s.), s'ornent de lettrines brillamment colorées, de personnages expressifs.
À partir de 1175, le Français Guillaume de Sens reconstruit le chœur de la cathédrale de Cantorbéry, premier ouvrage gothique en Angleterre. Une fois de plus, les caractéristiques nationales s'affirment très vite. Dans l'ensemble, les cathédrales anglaises sont plus larges, plus allongées et plus basses que les françaises. Elles conservent un transept (parfois même deux), qui fait quelquefois défaut dans les cathédrales françaises. D'autre part, alors que celles-ci possèdent un chevet arrondi et une façade occidentale ornée de porches enfoncés, les cathédrales anglaises, à l'exception de celle de Cantorbéry, possèdent un chevet carré, souvent pourvu de splendides vitraux, une façade occidentale plate, des façades de transept sans portail.
Le gothique anglais connaît trois phases. La première, ou early english, de conception nette et austère, et s'étendant de la fin du XIIe s. à la fin du XIIIe s., voit s'élever les cathédrales de Lincoln (1192-1235) et de Salisbury (commencée en 1220), et l'abbaye de Westminster, à Londres (commencée en 1245). La période suivante est celle du « gothique décoré », caractérisé par l'emploi de riches sculptures, d'arcs et de gâbles, par des motifs de voûte complexes, ainsi que par une utilisation accrue des vitraux, aux remplages élaborés, comme dans les cathédrales d'Exeter (commencée vers 1280) et d'York (vers 1290).
La troisième phase, dite du « gothique perpendiculaire », se prolongera jusqu'à la Réforme. Ce style, inauguré avec le chœur de la cathédrale de Gloucester (vers 1337-1357), met en œuvre un motif particulier, des bandes ou barres verticales traversées, à de larges intervalles, par des lignes horizontales, grille servant de décoration murale ou de trame à de grands vitraux. Le gothique perpendiculaire, qui connaît son apogée vers 1500 avec la voûte en éventail, orne les édifices les plus somptueux, souvent construits grâce au mécénat royal, comme la chapelle du King's College, à Cambridge, commencée en 1446 et voûtée entre 1508 et 1515.
La grande époque des cathédrales s'achève à la fin du XIVe s. Outre l'édification d'églises paroissiales et de quelques chapelles royales, le XVe s. voit celle de bâtiments civils – palais, universités ou manoirs – couronnés par un toit en bois, de conception complexe. Les maisons particulières sont en brique, à la mode flamande, ou à colombages, avec de grands pignons et des étages supérieurs en encorbellement.
La sculpture gothique anglaise reste d'esprit assez provincial. Les statues qui ont le mieux résisté au temps sont celles qui, en pied, ornent la façade occidentale de la cathédrale de Wells (milieu du XIIIe s.). De nombreuses sculptures religieuses seront détruites à la Réforme, ou sous les puritains, au XVIIe s., comme la plupart des vitraux représentant des personnages, tandis que ceux décorés de motifs abstraits, tels les vitraux en grisaille de la Five Sisters Window (XIIIe s.), à York, seront épargnés.
Le domaine pictural voit s'illustrer de nombreux enlumineurs, comme Matthew Paris, auteur d'une Historia Anglorum (milieu du XIIIe s.). Si Paris devient le centre européen de l'enluminure dès la fin du XIIIe s., l'Angleterre continue à se distinguer par la qualité de son trait, ainsi que par le pittoresque et le naturel des personnages et des animaux ornant les marges, comme dans le Psautier de Luttrell (vers 1340). Des décorations murales ornent la cathédrale de Chichester, ainsi que d'autres lieux. Le Diptyque de Wilton (vers 1400) est l'une des premières peintures sur panneau – rien ne permettant d'ailleurs d'affirmer que cette œuvre, de style gothique international, soit due à un artiste anglais.
Au XVe s., la vie artistique anglaise connaît un ralentissement notable, et, au début du XVIe s., la voûte en éventail gothique de King's Chapel, bâtie à l'époque où Michel-Ange couvre de fresques la chapelle Sixtine, témoigne du retard pris par la Grande-Bretagne.
Le XVIe s. apporte des transformations religieuses et culturelles aussi spectaculaires que les changements qui avaient accompagné la conquête normande, mais dans l'ensemble leur effet sur la vie artistique est négatif. Tout d'abord, les quelques œuvres Renaissance produites en Angleterre sont toutes – fait significatif – de conception ou d'inspiration étrangère. Il s'agit notamment du tombeau de Henri VII, dans l'abbaye de Westminster, élaboré par le sculpteur italien Pietro Torrigiano, ainsi qu'un portrait de groupe, la Famille de sir Thomas More, peint entre 1526 et 1528 par Holbein le Jeune, dont l'original a aujourd'hui disparu, mais dont des esquisses et des copies sont parvenues jusqu'à nous. Dans les années 1530, la Réforme entraîne la dissolution des monastères, principaux lieux de création picturale et plastique depuis huit siècles, et l'interdiction de la statuaire et des tableaux religieux dans les églises. D'autre part, contrairement aux cours du continent, celle de Henri VIII ne joue aucun rôle de mécène quant à l'art séculier. Au XVIIe s., Charles Ier, grand amateur d'art, tentera de renverser cette tendance, mais se heurtera à une telle impopularité que son exemple sera suivi avec prudence par ses successeurs.
Dès le milieu du XVIe s., le style gothique est donc irrémédiablement détrôné, prêt à être supplanté par le style Renaissance. Cependant, comme les artistes anglais n'ont pas accès aux formes d'art les plus nobles, telles la peinture sacrée et mythologique ou l'édification d'églises et de palais imposants, ils doivent, pour constituer une nouvelle tradition nationale, se contenter de genres moins grandioses – portraits, sculptures funéraires, ou modestes manoirs. Heureusement, ces genres, qui jouissent à l'époque d'un certain prestige social, vont acquérir une importance artistique au XVIIIe s. À la fin du XVIe s. et au début du XVIIe s., l'architecture et la sculpture, notamment les tombeaux et les manoirs, s'imprègnent peu à peu, quoique superficiellement, d'influences de la Renaissance. Malgré un second séjour de Holbein en Angleterre, entre 1532 et 1543, l'art du portrait demeure médiocre. Néanmoins, à mesure que le goût anglais s'affine, vers la fin de cette période, l'Angleterre accueille des artistes hollandais et flamands, pratique qui se prolongera jusqu'au début du XVIIIe s. Les peintres anglais excellent cependant dans un domaine particulier, la miniature, genre qui perpétue la délicate tradition linéaire propre à l'enluminure médiévale et qui se distingue par l'emploi de couleurs transparentes, notamment par l'artiste élisabéthain Nicholas Hilliard.
Le souverain Charles Ier patronne le séjour en Angleterre, de 1632 à 1641, de sir Anton Van Dyck, alors le portraitiste d'Europe occidentale le plus doué et le plus évolué, qui donnera une image flatteuse de l'aristocratie anglaise et continuera à inspirer les artistes, et peut-être encore davantage le choix de leurs modèles, jusqu'au début du XXe s. Le roi Charles accorde également sa protection à Inigo Jones, qui jouera un rôle quelque peu similaire dans le domaine de l'architecture. Après un séjour en Italie en 1613-1614, Jones est le premier Anglais à saisir les principes de l'architecture de la Renaissance italienne, illustrée selon lui par les œuvres de Palladio. Avec la salle des Banquets de Whitehall (1619-1622) – ultérieurement dotée par Rubens de plafonds baroques à la gloire des Stuarts –, Jones utilise à bon escient les trois ordres, ainsi que les règles classiques de proportions. Les manoirs construits par John Webb et Isaac de Caux (Wilton House, près de Salisbury, vers 1650), ainsi que par sir Roger Pratt (Coleshill House, dans le Berkshire, vers 1650, détruite en 1952) font écho à l'œuvre d'Inigo Jones.
Si la décoration intérieure de ces deux maisons utilise des éléments baroques, ce n'est pas avant la fin du XVIIe s. et le début du XVIIIe s. que ce style s'impose réellement en Angleterre, où il sera utilisé avec parcimonie. Le principal architecte de cette période, sir Christopher Wren, élève la cathédrale de Londres (1675-1709) : avec son dôme, son intérieur solennel et ses détails délicatement ciselés, Saint Paul devient l'illustre centre de l'immense ville moderne qui s'implante de part et d'autre de la Tamise, au cours des XVIIIe et XIXe s. Avec l'aide de son assistant Nicholas Hawksmoor, Wren reconstruira une cinquantaine d'églises londoniennes, détruites en 1666 lors du grand incendie de Londres. Il répond, pour tout ou partie, à de nombreuses commandes royales de bâtiments civils, tel l'hôpital de Greenwich, à Londres, commencé en 1698. Entre-temps, ses élèves et ses contemporains conçoivent d'immenses demeures, telles Chatsworth, dans le Derbyshire, dont la construction, chapeautée par William Talman, débute en 1686, et Blenheim, dans l'Oxfordshire, réalisé par sir John Vanbrugh entre 1705 et 1724, ainsi que de nouvelles églises londoniennes, notamment Saint Martin-in-the-Fields, construite par James Gibbs entre 1721 et 1726. Nombre de ces édifices sont dotés de plafonds baroques par sir James Thornhill, ou par des artistes étrangers. Durant la période baroque, le principal portraitiste est sir Godfrey Kneller, d'origine allemande. La sculpture baroque atteint son apogée quelque temps plus tard, comme en témoignent les reliefs ornant la tombe du duc d'Argyll (1745-1749), exécutée dans l'abbaye de Westminster par le Français Louis François Roubiliac.
La fin du XVIIe s. et le début du XVIIIe s. connaissent un regain de vigueur nationale dans le domaine de la science, de la philosophie, de la théorie politique et de la guerre. Après avoir été longtemps à la traîne du continent, l'Angleterre contribue de nouveau de façon originale à la vie artistique européenne. Le style palladien, inauguré vers 1715 sous l'impulsion de Richard Boyle, troisième comte de Burlington, introduit un classicisme postbaroque relativement pur, unique en Europe. Il fut utilisé pour la conception de maisons de campagne, notamment Holkham Hall, dans le Norfolk, dont la construction, commencée en 1734, échoit à William Kent. L'intérieur de certaines demeures sera cependant décoré dans le style rococo. Au milieu du XVIIIe s., Capability Brown invente un nouveau type de jardin, en véritable architecte du paysage, et le jardin anglais sera imité dans toute l'Europe. Dans le domaine de la peinture à l'huile, William Hogarth acquiert une réputation internationale avec des tableaux et des gravures spirituels, comme son Mariage à la mode (1743-1745), ensemble de six tableaux qui témoignent de la nouvelle atmosphère satirique et matérialiste, quoique morale, caractéristique de l'époque.
Durant la seconde moitié du XVIIIe s., l'accumulation des richesses se traduit par une augmentation du nombre des artistes. L'art italien devenant très en vogue, de nombreux artistes anglais font le « voyage de Rome ». Le portrait atteint son apogée avec les œuvres de sir Joshua Reynolds et de Thomas Gainsborough. Un nouveau genre typiquement anglais se fait jour, la peinture animalière, notamment avec les œuvres de George Stubbs. Cette période voit également l'essor de l'art du paysage, des huiles de Gainsborough et de Richard Wilson aux aquarelles des familles Cozens et Sandby. L'exemple de la Renaissance italienne provoque une tentative de renouveau de la peinture historique, illustrant des thèmes tirés de la Bible, de la mythologie classique ou de l'histoire, dans un style particulièrement grandiose. Certains peintres spécialisés dans ce type de scènes, tel Gavin Hamilton, figurent parmi les pionniers du néoclassicisme international. Des architectes tels Robert Adam et sir William Chambers, ainsi que des sculpteurs, comme John Flaxman, apportent leur contribution à ce courant. La maturité de l'art anglais postmédiéval est couronnée en 1768 par la fondation de la Royal Academy, dont Reynolds est le premier président.
Le néoclassicisme, qui s'inspire des modèles antiques, s'exprime surtout à travers l'architecture et la sculpture. L'exemple le plus impressionnant d'architecture anglaise néoclassique est sans doute la Banque d'Angleterre (1792-1823), construite par sir John Soane, et malheureusement défigurée par des ajouts maladroits entre 1924 et 1939. La tombe du dix-huitième comte de Mansfield (1795-1801), dans l'abbaye de Westminster, due à Flaxman, est un bel exemple de la sculpture néoclassique anglaise.
Après 1790, la peinture évolue vers le romantisme, notamment en ce qui concerne les paysages, et le style hardi ainsi que l'intense sentiment de la nature, présents dans les tableaux de Turner, de Constable et de beaucoup d'autres peintres, font de l'école anglaise la plus importante école paysagiste d'Europe. L'art visionnaire de William Blake est une autre manifestation du romantisme. L'accueil favorable que reçoit sir Thomas Lawrence lorsqu'il se rend sur le continent afin de peindre les souverains, les généraux et les hommes d'État victorieux témoigne de la célébrité dont jouit l'art anglais après la chute de Napoléon, en 1815.
L'art victorien, soutenu par une prospérité économique sans faille et par l'accroissement de la puissance de la bourgeoisie, connaît un développement presque aussi vigoureux, quoique moins lié au continent, que l'art du XVIIIe s. Dans le domaine architectural, il trouve sa principale expression avec le style néogothique, dans lequel sont construits églises, hôtels de ville, gares ferroviaires, telle celle de Saint Pancras, commencée en 1860 par sir George Gilbert Scott, ainsi que les Houses of Parliament, commencées en 1836 par sir Charles Barry et Augustus Pugin. Crystal Palace, immense palais de verre et de métal édifié à Hyde Park par sir Joseph Paxton pour abriter l'Exposition universelle de 1851, représente alors une véritable révolution architecturale.
À l'époque victorienne, la peinture populaire décrit principalement des scènes domestiques et historiques, souvent avec sentimentalité, mais en 1848 la création de la Confrérie préraphaélite, sous l'impulsion de Holman Hunt, de sir John Millais et de Dante Gabriel Rossetti, dote la peinture d'objectifs plus affirmés. Ces artistes tentent d'associer l'esprit de pureté et le naturel des peintres italiens antérieurs à Raphaël à un réalisme méticuleux. Après 1860, le courant préraphaélite prendra des allures plus rêveuses, se colorant de nostalgie médiévale, avant de venir grossir le mouvement de rénovation des Arts and Crafts, fondé par William Morris, qui influencera quelque peu les mouvements artistiques continentaux de l'Art nouveau et du Bauhaus. La fin du XIXe s. voit l'apparition d'un autre artiste de dimension internationale, l'architecte et décorateur écossais Charles Rennie Mackintosh, dont l'école d'art de Glasgow (1898-1899) est peut-être le dernier bâtiment de marque érigé en Grande-Bretagne. Le goût actuel pour l'architecture éclectique a suscité un regain d'intérêt pour les œuvres de sir Edwin Landseer Lutyens, notamment pour ses maisons de campagne de style romantique et son immense palais du vice-roi, de style néoclassique, construit entre 1913 et 1931 à New Delhi, qui abrite aujourd'hui le palais présidentiel.
Le tournant du siècle marque un certain déclin artistique ; depuis, les artistes anglais ont consciencieusement tenté de suivre l'évolution artistique internationale, mais toujours avec quelques années de retard et sous une forme nuancée. C'est ainsi que les grands mouvements de l'art européen, du fauvisme au cubisme, sont véhiculés, au début du siècle, par le groupe de Bloomsbury, derrière le peintre et critique Roger Fry, créateur de la notion de postimpressionnisme. Après la Première Guerre mondiale, le surréalisme est représenté par des artistes tels que Roland Penrose ou Graham Sutherland, et l'abstraction par le peintre Ben Nicholson et le sculpteur Barbara Hepworth. Le courant abstrait se poursuit après la guerre, tandis que Francis Bacon développe un art inclassable et que le sculpteur Henry Moore, un moment tenté par le surréalisme, évolue lentement de l'omniprésence de la figure humaine vers l'abstraction et la monumentalité. À partir des années 1960, l'art contemporain anglais suit de plus en plus les tendances internationales, du pop art d'un David Hockney à l'op art d'une Bridget Riley, de l'art pauvre d'un Barry Flanagan au land art d'un Richard Long ou à l'art conceptuel du groupe Art-Language.
Dans le domaine architectural, la cathédrale Saint Michael, à Coventry, réalisée à partir de 1955 par sir Basil Spence, a connu, malgré les réticences de nombreux critiques, la faveur du public. Le brutalisme de Peter et Alison Smithson débouchera sur les recherches de James Fraser Stirling et du groupe Archigram, et sur l'architecture industrielle d'un Richard Rogers, créateur, avec sir Ove Arup et l'Italien Renzo Piano, du Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, à Paris (1971), dont les effets mécanistes se retrouvent dans le siège de la Lloyd's (1979-1986).
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