En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Londres

en anglais London

Londres, le palais de Westminster et la tour de l'Horloge (Big Ben)
Londres, le palais de Westminster et la tour de l'Horloge (Big Ben)

Capitale de la Grande-Bretagne et de l'Angleterre, sur la Tamise.

  • Population : 3 231 901 hab. (recensement de 2011)
  • Nom des habitants : Londoniens
  • Population pour l'agglomération (Grand Londres) : 8 173 941 hab. (recensement de 2011)

Londres est depuis longtemps une des plus grandes métropoles mondiales. Son rayonnement politique, financier et culturel reste considérable. Comme Paris, Londres est située sur un passage du fleuve, lieu d'échanges entre le Nord et le Sud. La Cité (City), au cœur de la ville, demeure le centre des affaires. L'Ouest, parsemé de parcs, demeure surtout résidentiel. L'Est, encore industrialisé, a été rénové en bordure de la Tamise puis profondément remanié à l'occasion des jeux Olympiques de 2012. La ville est aussi le principal port britannique, où le rôle d'entrepôt a reculé devant la fonction régionale. La croissance de l'agglomération a été freinée après 1945 par la création de « villes nouvelles » dans un large rayon autour de Londres.

1. GÉOGRAPHIE

1.1. Le site et la situation de la ville

La situation géographique est excellente, dans le sud de l'Angleterre, sur le fleuve principal du pays, la Tamise, à l'entrée de son large estuaire, là où la marée commence à se faire sentir. De nombreuses voies naturelles, à travers les hauteurs des Downs et des Chiltern, convergent aussi à Londres, qui a toujours été un grand carrefour routier, un port, une ville de dernier pont. Le fond marécageux de la vallée est bordé de terrasses insubmersibles. La Cité est née à un rétrécissement de la vallée, sur la basse terrasse, au nord du fleuve.

La Tamise, qui commence sa section fluviale et traverse de part en part l'agglomération, constitue un élément fondamental du paysage londonien et de ses représentations (Old Father Thames). Depuis 1984, un barrage mobile (Thames Barrier), à Woolwich, protège la capitale des risques d'inondation lors de hautes marées associées à une tempête en mer du Nord (six des dix vannes du barrage reposent, en temps normal, sur le lit du fleuve pour permettre le passage des bateaux ; elles se redressent à la verticale en cas de trop forte marée). Quoique large, la coupure du fleuve est franchie par de nombreux ponts, et la ville a pu largement s'étendre sur la rive sud. Le relief se relève progressivement de part et d'autre de la vallée et forme, aux limites de l'agglomération, des lignes de collines couvertes de landes ou de forêts, comme Hampstead Heath au nord et Wimbledon Common au sud.

1.2. L'expansion spatiale

Londres a une double origine : la Cité (City), ville marchande, à l'E., au voisinage du port et du London Bridge, pont unique jusqu'au xviiie siècle ; Westminster, capitale politique depuis le xie siècle, elle aussi sur la rive gauche, mais plus à l'O. Ces deux noyaux primitifs, distants de 4 km, ne seront soudés qu'au xvie siècle (la rive nord de la Tamise ayant gardé l'essentiel des fonctions supérieures). La ville grandit et s'étale sur le fond de la vallée, les hautes terrasses, la plaine tertiaire de Londres à mesure que s'affirme la puissance économique et politique de la Grande-Bretagne. Londres a 35 000 habitants en 1348, 200 000 en 1600, 500 000 en 1700, 1 500 000 en 1831 : elle est alors la plus grande ville du monde et l'est restée jusque vers 1940. La création précoce de transports en commun (la première ligne de métro en 1863, les premiers autobus à moteur en 1899) facilite l'étalement gigantesque de l'agglomération dans un rayon de 25 km autour de la Cité.

1.3. Le « Grand Londres »

Au point de vue administratif, par un étonnant paradoxe, la ville a attendu très longtemps d'être dotée d'une municipalité unique. Seule la City bénéficiait de limites et d'un gouvernement défini. Le reste de la ville était partagé entre les trois comtés environnants : Middlesex, Kent et Surrey. Le Grand Londres, qui correspond au ressort de la police de la capitale (Metropolitain Police, créée en 1829), n'a eu qu'une existence théorique jusqu'au xxe s. Chaque quartier de la capitale était administré par un conseil paroissial (vestry) sans pouvoir réel. À cette complication et à ce désordre administratif, la création d'un Bureau métropolitain des travaux (Metropolitain Board of Works), en 1855, n'apporte que peu de remèdes, et la ville n'est dotée qu'en 1888 d'une municipalité (London County Council).

Cependant, à mesure que se développait la couronne suburbaine au-delà des limites du comté, le besoin d'une autorité unique se faisait davantage sentir. Après avoir bien des fois été à l'ordre du jour, la réforme du gouvernement de Londres a abouti en 1964 à la création d'un conseil du Grand Londres (Greater London Council). Il fut remplacé en 1986 par l'administration directe des boroughs, avant que la Région du Grand Londres ne soit créée en 1994.

Le « Grand Londres » actuel a une superficie de 1 572 km2 et comprend 32 boroughs et la City. Il a le statut de Région, au même titre que les huit autres Régions d'Angleterre. Avec, cependant, quelques particularités : il s'agit de la seule Région britannique où existent un maire élu au suffrage direct disposant de larges pouvoirs et une assemblée régionale d'élus. Ces autorités représentent l'Autorité du Grand Londres (Greater London Authority ou « GLA »),dont le siège se trouve à l'Hôtel de Ville de Londres, à Southwark. Le maire est responsable de la planification stratégique de Londres et doit produire le Plan londonien, publié par la Greater London Authority. Sa première publication date du 10 février 2004 et a été amendée plusieurs fois depuis. Ce plan a défini des objectifs prioritaires : fournir des logements en adéquation avec la croissance de Londres, à l'intérieur de ses limites et sans déborder sur les espaces verts, rendre la ville plus agréable à vivre pour ses habitants, veiller à ce que le développement économique soit diversifié, promouvoir l'intégration sociale, combattre les discriminations de toutes sortes, améliorer l'accessibilité de la ville et la rendre plus attractive, plus fonctionnelle et plus verte. Y ont été ajoutés d'autres objectifs relatifs au changement climatique, à la mondialisation, au logement, aux transports, à la qualité de la vie et à lutte contre l'exclusion ainsi qu'à la préparation des jeux Olympiques d'été de 2012.

1.4. Les fonctions de l'agglomération

Londres cumule toutes les fonctions importantes du pays. Capitale politique, elle abrite le palais royal, le Parlement, les ministères, les ambassades, les tribunaux, les directions des firmes nationalisées, les organisations patronales et syndicales.

Londres a longtemps été le premier port du royaume (et même du monde au xixe s.). Les premiers bassins à flot (bassins des Antilles, de Londres, des Indes, du Surrey), à proximité de la Tour de Londres, datent du début du xixe s. L'augmentation du trafic rendit nécessaire le creusement, plus en aval, de bassins plus vastes (bassins Victoria, Albert, George-V). Presque tous ces vieux bassins sont fermés de nos jours, et certains comblés ou aménagés en marinas. Le trafic se concentre dans les bassins d'aval, accessibles aux gros navires porte-conteneurs, et le long des jetées pétrolières.

Londres dispose de cinq aéroports. Le plus important est Heathrow, premier aéroport du monde pour le trafic passager international, suivi par Gatwick, mais Luton, dernier ouvert, et surtout Stansted, aménagé au nord-est de la capitale, jouent un rôle croissant, cependant que le London City Airport, à l'intérieur même de l'agglomération, accueille les moyen-courriers.

Londres fut une des toutes premières capitales à être desservie par le rail, dès le milieu du xixe s. Aujourd'hui, le transport par chemin de fer est très largement distancé par la route, d'autant plus que six autoroutes relient Londres à la province. La société nationale British Rail a néanmoins considérablement modernisé ses équipements en concentrant son trafic sur quelques gares principales : Paddington pour l'Ouest, Euston, King's Cross, Liverpool Station pour le Nord, Victoria, Charing Cross, Waterloo pour le Sud. S'y ajoute la nouvelle gare de Saint-Pancras, terminus de la liaison avec le continent par le tunnel sous la Manche. Chaque jour, 1,1 million de personnes viennent travailler à Londres, les trois quarts utilisant le train ou le métro.

Londres a encore quelques sites industriels : surtout présents dans les banlieues, particulièrement dans la banlieue ouest.

La City, seconde place d'affaires du monde après New York, rassemble dans ses bureaux quantité de fonctions commerciales et financières : la Banque d'Angleterre, la Bourse des valeurs, les banques britanniques et plusieurs centaines de banques étrangères, l'assurance maritime, les sociétés de placement, les marchés de l'or, des métaux non ferreux, des fourrures, du thé, les frets maritime et aérien, les sociétés de courtage, de conseil et d'import-export.

Londres est également un centre commercial et touristique majeur, une capitale culturelle et sportive, grâce à ses magasins, ses théâtres, ses musées, ses salles de concerts, ses universités, la BBC, ses studios de cinéma et d'enregistrement, et ses grands stades (Wembley, Wimbledon, Twickenham). La ville est la seule à avoir organisé trois jeux Olympiques d'été : les jeux Olympiques de 1908, les jeux Olympiques de 1948 et les jeux Olympiques de 2012.

1.5. Les différentes parties de l'agglomération

La différenciation spatiale de l'agglomération s'est opérée en auréoles concentriques. La dualité des quartiers centraux est toujours visible : à l'Ouest, le quartier politique de Westminster et les quartiers résidentiels aisés du West End (Belgravia, Mayfair, Bloomsbury, Kensington), riches en parcs et en squares géorgiens ; à l'Est, les immeubles de verre et de béton de la Cité et les quartiers populaires de l'East End (Poplar, Hackney, Islington, Bethnal Green). Les Docklands, sur la Tamise, ont été reconvertis en un quartier d'affaires et d'habitat dans les années 1980, autour du projet de Canary Warf. Il se raccorde vers le nord, aux constructions en cours pour les jeux Olympiques de 2012, créant un nouvel espace dont l'axe sera un vaste parc urbain. Au centre, le quartier autrefois populaire de Saint-Pancras, appelé aussi King's Cross, se transforme en un quartier résidentiel et d'affaires autour de la nouvelle gare. Sur la rive droite, la création de la Tate Modern et la rénovation du Royal Albert Hall ont permis le réaménagement des berges de la Tamise.

Londres possède la plus haute tour d'Europe, avec The Shard, un édifice construit par Renzo Piano et qui s'élève à 306 m au-dessus de la gare de London Bridge.

Une première auréole de banlieues victoriennes s'étend surtout à l'Est et au Sud (Tower Hamlets, Lambeth, Croydon, Wandsworth), avec de longues files de modestes pavillons et, sur les zones bombardées de la Seconde Guerre mondiale, de grands ensembles locatifs. Les banlieues plus récentes, nées de l'extension du métro et de la diffusion de l'automobile, ont un habitat pavillonnaire avec çà et là quelques blocs d'appartements. Une zone verte s'efforce de contenir l'étalement de l'agglomération.

L'amélioration des transports en commun permet une dissociation croissante de l'emploi au centre et de la résidence à la périphérie. L'auréole de croissance se situe désormais dans l'anneau de 25 à 60 km de rayon, en partie grâce aux villes nouvelles créées par l'État (Crawley, Basildon, Harlow, Stevenage, Bracknell, Milton Keynes, etc.). Par ailleurs, de Canary Wharf à la mer du Nord, sur 70 km environ, l'estuaire de la Tamise fait l'objet d'une vaste opération d'aménagement, nommée « Thames Gateway ». Il vise au développement de cette zone, en associant de nouvelles infrastructures de transports à la construction de logements et à la création d'emplois.

2. L'HISTOIRE DE LONDRES

2.1. Origines antiques

De nombreux vestiges d'origine romaine (mur d'enceinte, sanctuaire de Mithra…) révèlent une activité commerciale importante, dont l'intensité s'accroît après la conquête de la Bretagne par Claude en 43 après J.-C. Occupée par Aulus Plautius, dénommée dès lors Londinium (forme latinisée d'un obscur toponyme celtique), la ville se développe sur la future Cornhill, au débouché septentrional d'un pont situé dans l'axe de l'actuelle Gracechurch Street, un peu en aval du pont de Londres sur la Tamise.

Port fluvial et maritime à la fois, premier carrefour routier de la province romaine, Londinium devient un centre très actif du trafic international dès le règne de Néron. La ville est évacuée par le gouverneur C. Suetonius Paulinus lors de la révolte de Boudicca, et est incendiée en 61 après J.-C. par les Bretons. Dépeuplée par la fuite ou par l'assassinat, incendiée de nouveau vers 120 après J.-C., elle renaît rapidement à la vie sous la protection du Cripplegate Fort, incorporé à la fin du iie s. après J.-C. à un premier mur d'enceinte, qui marque en fait les limites de la « City » et à l'intérieur duquel sont édifiés une basilique longue de 500 pieds, construite à la limite septentrionale du forum, un temple de Mithra (début iie s. après J.-C.) et deux thermes. Elle est occupée par l'« archipirate » Carausius de 286 à 293, puis par son préfet du prétoire Allectus de 295 à 296 ; elle est sauvée de la destruction par Constance Chlore, ainsi qu'en témoigne le médaillon d'or trouvé à Beaurains, près d'Arras en 1922, sur lequel, personnifiée par une femme, elle accueille le César vainqueur. Elle est renforcée de bastions construits avec les débris de tombes ou de monuments de pierre antérieurs, ce qui témoigne de l'insécurité du ive s.

2.2. La ville anglo-saxonne

Évacuée en 407 par les légions romaines sous la pression anglo-saxonne, sans doute en grande partie désertée au ve et au vie s., la ville devient en 604 le siège d'un évêché pourvu d'une cathédrale : Saint Paul. Mais, en 516, à la mort du roi du Kent, Aethelberht, son premier titulaire, Mellitus (?-624), est chassé par la réaction païenne. En fait, évincée par Canterbury comme métropole religieuse de l'Angleterre, la ville se développe d'abord en tant que centre commercial grâce à la convergence des voies romaines qui y font affluer les négociants, ainsi qu'en portent témoignage l'œuvre de Bède le Vénérable ou les vestiges de poterie d'Ipswich et de la région rhénane découverts en 1962. Base de pillage danoise à partir de 871-872, elle est réoccupée en 886 par le roi anglo-saxon Alfred le Grand, qui en renforce les défenses. Dépourvue de toute autonomie municipale, puisqu'elle est alors administrée par un fonctionnaire royal, le bailli du port, divisée en « sokes », juridictions privées accordées par le roi à des ecclésiastiques ou à des laïques de haut rang, la ville où siège fréquemment le Witan saxon, n'en anime pas moins la résistance à l'invasion danoise, avant d'admettre à la citoyenneté urbaine les marchands de cette nationalité à la suite de l'accession au trône de Knud en 1017. Elle attire également les Colonais et autres négociants allemands, et elle redevient l'un des principaux centres du commerce de l'Europe du Nord-Ouest au xie s.

2.3. Autonomie municipale et expansion économique (xie-xve s.)

Londres, qui échappe aux conséquences néfastes de la conquête normande grâce à une prompte soumission au vainqueur en 1066, s'accroît en superficie et en population. Bien défendue par la Tour blanche, édifiée sur l'ordre de Guillaume le Conquérant, qui fait de ce bâtiment tout à la fois un palais royal, une forteresse et une prison, la ville apparaît dès lors comme la véritable capitale politique et économique du royaume.

Ses notables, les « grands barons de la cité », contraignent Henri Ier à leur abandonner la ferme de celle-ci et du comté du Middlesex, et à les autoriser à élire eux-mêmes leur shérif. Participant à l'élection d'Etienne Ier en 1135, s'associant sous serment pour éliminer l'impératrice Mathilde en 1141, aidant Jean sans Terre (1167-1216) à se substituer au chancelier William Longchamp (?-1197) avec le titre de « summus rector totius regni » en l'absence de Richard Cœur-de-Lion en 1191, la bourgeoisie londonienne obtient en contrepartie, la même année, l'autorisation de se constituer en commune. Cette mesure est abolie par Richard à son retour de Palestine ; la ville reste pourtant administrée par un mayor élu, mais assermenté à la Couronne, et par vingt-quatre (un par quartier) aldermen, qui sont choisis obligatoirement parmi les marchands de la ville en vertu de la charte édictée en 1191 et confirmée en 1215 et en 1221, et qui sont élus à vie à partir de 1249. Consultée obligatoirement par le roi en cas de levées de nouvelles aides en vertu des articles 12 et 14 de la Grande Charte de 1215 (supprimés par la suite), elle accueille favorablement le prince royal Louis (de France) en 1216. Une telle attitude explique peut-être pourquoi la Couronne suspend la « commune » à dix reprises entre 1239 et 1257.

En avril 1258, Londres est le siège du Parlement qui aboutit, avec la participation de son évêque, à l'élaboration des « Provisions d'Oxford », ville où cette assemblée a été transférée ; la ville refuse la « Mise d'Amiens », qui annule cet acte (janvier 1264). À l'instigation des gens de métier, un coup de main de ses habitants déclenche la guerre civile, qui permet à Simon de Montfort (vers 1208-1265) d'y réunir vers le 24 juin 1264 l'assemblée qui met en tutelle Henri III. Mais, après son échec, le gouvernement de la city est confié à un gardien (warden) de 1285 à 1298.

Devenue la véritable capitale de l'Angleterre aux termes de la charte de 1327, qui scelle son alliance avec la Couronne, la ville de Londres en est restée également l'emporium. Elle est fréquentée dès le xiie s. par les marchands flamands groupés dans les Hanses de Bruges et d'Ypres, érigées en Hanse de Londres sans doute avant 1187 ; elle continue d'attirer les marchands colonais, dont l'établissement du Gildhall, constitué après 1130 en amont du pont de Londres, est incorporé un siècle plus tard au comptoir hanséate du Stalhof (Steelyard), enclos muré et privilégié établi entre la rue de la Tamise et ce même fleuve. Au milieu du xiiie s., les Hanséates s'assurent en effet le monopole du courant d'échanges unissant la capitale anglaise à Novgorod. La communauté étrangère accentue le cosmopolitisme de la ville : affaiblie par l'expulsion des Juifs en 1290, elle est renforcée par la présence des marchands italiens, qui, tels les Peruzzi et les Bardi, sont autorisés à y établir des succursales au début du xive s. à condition d'accorder d'importants prêts aux souverains anglais. Exploitée par ces derniers, dont l'impécuniosité met en faillite les deux firmes italiennes en 1343 et en 1345, et contraint les marchands allemands à verser des « subsides » jugés contraires aux privilèges hanséatiques, elle contribue à la prospérité de la ville. Mais elle y favorise également la naissance d'un courant xénophobe, accru par la présence d'artisans flamands du textile établis à Londres par les marchands drapiers, partisans de la liberté du commerce. À celle-ci sont hostiles, par contre, les guildes de l'alimentation, dont sont issus les trois aldermen qui, le 13 juin 1381, ouvrent les portes de la capitale à Wat Tyler (?-1381) animateur du soulèvement paysan des travailleurs, qui y incendient aussitôt le Savoy, palais de Jean de Gand.

Centre d'où part la répression de la révolte, jouant un rôle souvent actif dans les crises dynastiques qui bouleversent l'Angleterre à la fin du xive et au xve s. Londres connaît pourtant un grand essor économique sous l'impulsion de marchands drapiers, qui s'arrogent alors le monopole de l'administration de la ville, puisque 61 maires sur 88 sont choisis parmi eux au xve s.

La ville aux cent églises se développe depuis le xive s. entre deux pôles extrêmes : la City, à l'est, centre de la vie économique, où l'ordre est maintenu exclusivement par la milice urbaine, et Westminster, la ville royale, à l'ouest, où la vie politique du pays s'organise autour de trois bâtiments : l'abbaye de Westminster, reconstruite au xiiie s. et où sont couronnés les souverains, le palais de Westminster, édifié par Guillaume II le Roux et où siège le Parlement : enfin le palais de Whitehall où sont installés jusqu'à l'incendie de 1698 les services de l'Administration royale et ceux de la Cour.

2.4. Du xvie au xviiie s. : l'époque classique

Avec le xvie s., le destin de Londres connaît un changement capital. Grâce aux grandes découvertes, le port, au lieu d'être situé, comme il l'avait été jusque-là, aux extrémités de routes maritimes du grand commerce européen, se trouve placé au centre des nouveaux axes des échanges mondiaux. L'essor du trafic atlantique donne à Londres une chance décisive, que les « marchands aventuriers » et armateurs de la cité exploitent habillement. Dans toutes les directions, vers le Nouveau Monde, vers l'Orient, vers les pays baltiques, les affaires se développent : Compagnie de Moscovie (1555), Royal Exchange (1568), Compagnie des Indes orientales (1600), Compagnie de Virginie (1606). La cité contribue largement à jeter les bases du premier empire colonial britannique. En même temps, avec la dissolution des monastères et la sécularisation de leurs biens, de vastes domaines à la périphérie de la ville sont offerts au développement urbain et à l'activité des bâtisseurs. L'agglomération, jusqu'alors enserrée dans son enceinte, la déborde rapidement. Des constructions, en particulier des hôtels particuliers pour l'aristocratie, relient le long du Strand la City à Westminster, qui sort de sa situation d'isolement et est englobée dans le périmètre urbain. Le West End commence à se bâtir (Covent Garden en 1631, puis Leicester Square offrent les premiers exemples d'une planification urbaine d'inspiration classique). Sur les rives de la Tamise à l'est de la Tour s'alignent maisons d'habitation, chantiers navals, ateliers, tandis qu'au sud grandit le faubourg de Southwark avec ses auberges et ses théâtres (notamment le théâtre shakespearien The Globe).

L'expansion se poursuit brillamment au temps des Stuarts, mais, pour Londres, le milieu du xviie s. constitue une des périodes les plus troublées de son histoire : d'abord avec la guerre civile (dans laquelle Londres prend parti contre le roi et soutient Cromwell), puis avec la grande peste en 1665 (l'épidémie emporte sans doute le septième de la population), enfin et surtout avec le grand incendie de 1666. Cette catastrophe frappe tout le centre de la ville, détruit la plupart des édifices publics (la cathédrale Saint Paul, 87 églises, 11 000 maisons) et laisse des dizaines de milliers de sans-abri. Mais, sur l'immense espace dévasté, la reconstruction est menée activement sous l'inspiration de sir Christopher Wren. Le Londres gothique disparaît au profit d'un Londres classique et baroque. La pression démographique favorise la poussée vers les faubourgs : dans l'East End, à Whitechapel (quartier des Juifs), à Spitalfields (refuge des huguenots français), à Shoreditch ; dans le West End, avec la construction noblement ordonnée de Bloomsbury. Le xviiie s. voit se prolonger le mouvement dans toutes les directions : échanges commerciaux avec l'outre-mer, extension du West Endvers Hyde park (Mayfair) et Regent's park (Marylebone), construction de nouveaux ponts (Westminster, Blackfriars), aménagements des beaux ensembles classiques du Londres « georgien ».

2.5. Le grand essor du xixe s.

Le xixe s. marque un nouveau tournant dans le développement de la ville. C'est le début d'une extension de moins en moins contrôlée. Ce que Dryden, dès 1667, appelait les tentacules de la métropole est dénoncé hargneusement par William Cobbett (1763-1835), qui baptise la capitale le grand goitre (great wen).

En un siècle, la population fait plus que sextupler. La superficie de la ville s'enfle démesurément : du célèbre « mile carré » de la City on passe aux 692 miles carrés (environ 1 800 km2) du Grand Londres. Les villages et les bourgs de la périphérie sont englobés les uns après les autres. Rien ne tient devant l'avance inexorable de la marée « de briques et de mortier » : Londres n'est pas une ville, constate J.-B. Say, « c'est une province couverte de maisons ». Le développement urbain, qui, jusque-là, s'était effectué principalement sur la rive nord de la Tamise, s'oriente différemment. Tandis que les faubourgs ouvriers gagnent sur les étendues plates de l'East End, tandis que les banlieues accidentées et élégantes du nord (Hampstead, Highgate) et les quartiers mixtes de l'ouest continuent de progresser, une nouvelle ville immense, active, contrastée grandit au sud de la Tamise : d'abord sur les zones alluviales, où se concentrent les quartiers prolétariens de Battersea à Bermondsey et à Greenwich, puis sur les hauteurs verdoyantes des banlieues bourgeoises aux confins du Surrey et de Kent.

Au point de départ de cet essor urbain, deux facteurs essentiels : l'activité du port et le développement de nouveaux moyens de transport. La vie portuaire est profondément transformée par la création des docks. La croissance du trafic et l'encombrement des quais imposent le creusement de vastes bassins bordés d'entrepôts. Après 1920, les docks couvrent plus de 17 000 ha (avec près de 300 ha de plan d'eau) et peuvent abriter 1 Mt de marchandises. Pendant plus d'un siècle, le port de Londres a imposé sa suprématie comme premier port du monde.

Les chemins de fer font leur apparition en 1836 ; d'abord ce sont de petites lignes desservant la banlieue (Greenwich, Croydon), puis, très vite, les grandes lignes reliant la capitale aux principales villes du pays donnent naissance aux 13 grandes gares (Euston, Paddington, Waterloo, Victoria…). La première ligne du métropolitain est ouverte dès 1863. Creusée à faible profondeur, elle fonctionne en partie en tranchée, en partie en tunnel avec des trains à vapeur. Il faut attendre 1900 pour la percée à grande profondeur du « tube » desservi par des trains électriques. Les premiers omnibus circulent à partir de 1829, mais leur prix restreint la clientèle. Vers la fin du siècle, les trains ouvriers, puis les tramways démocratisent les transports urbains. Ils contribuent considérablement à l'extension des banlieues populaires.

Le paysage urbain s'enrichit de nouveaux monuments (Buckingham palace et National Gallery en style classique, reconstruction du Parlement en style gothique) et d'aménagements urbanistiques (Regent street et quartier de Regent's park, où triomphe le génie de John Nash ; construction de Trafalgar square). La voirie tente de s'adapter au flot croissant de la circulation : percement de nouvelles artères ou élargissement des rues anciennes, construction de quais sur la rive nord de la Tamise, construction du pont de la Tour (1894). À côté des « parcs royaux » (Hyde park, Saint James's park, Regent's park), de nombreux espaces verts sont ouverts au public (Battersea park, Victoria park) : c'est l'une des gloires de Londres, qui compense en partie la monotonie de quartiers gris et enfumés où s'alignent sans fin des petites maisons toutes semblables. La spéculation immobilière se donne libre cours, favorisée par la prédominance de la grande propriété (le sol de Londres appartient à un nombre restreint de grands propriétaires souvent nobles) et par le système des baux emphytéotiques (leasehold system), en vigueur sur la plupart des domaines fonciers (estates). Dans la seconde moitié du xixe s. commence la construction de logements sociaux, d'abord due à l'initiative privée, puis suscitée par la municipalité.

Alors première ville du monde par sa population, métropole de la finance et du capitalisme, centre d'attraction pour les provinciaux en quête de fortune, pour les immigrants venus de la campagne, pour les populations chassées par la misère (Irlandais) ou par la persécution (Juifs de Russie), refuge ouvert à tous (proscrits français du 2 Décembre et de la Commune, patriotes italiens comme Mazzini, théoriciens révolutionnaires comme Marx, Engels, Kropotkine, Eduard Bernstein, Lénine…), Londres offre dans son cosmopolitisme l'image des contrastes sociaux les plus violents : d'un côté, l'opulence aristocratique des quartiers nobles de Belgravia et de Kensington ou l'aisance cossue d'une bourgeoisie qui fuit très tôt le centre pour vivre dans le calme des villas suburbaines ; de l'autre, les masses ouvrières, victimes du chômage, de la dégradation, de la misère, avec au bas de l'échelle sociale les bas-fonds, où se mêlent épaves et criminels. Une enquête sociologique très fouillée conclut, en 1889, que le tiers de la population vit au-dessous du minimum vital.

3. LONDRES, VILLE D'ART

3.1. Introduction

Londres témoigne avec éclat du passé artistique de la Grande-Bretagne, sans toutefois le résumer. Les époques antérieures à la conquête normande n'y ont guère laissé de traces. De la ville romaine, il ne reste que des fragments du mur d'enceinte, avec les fondations d'un sanctuaire de Mithra et divers débris qu'ont recueillis le British Museum et le London Museum. Rien d'important ne subsiste de la période saxonne, sinon des vestiges de la nouvelle église de l'abbaye de Westminster, érigée par Edouard le Confesseur à l'ouest de la City et consacrée en 1065.

3.2. De la conquête normande au grand incendie

La domination normande fit de Londres une vraie capitale. À la limite orientale de la City, Guillaume le Conquérant éleva la « Tour blanche », à la fois forteresse et résidence, qui fut commencée vers 1078 et forme encore le noyau de la célèbre « Tour de Londres », dont les deux enceintes concentriques sont postérieures. C'est un gros donjon carré, muni de contreforts et cantonné de quatre tourelles carrées. À l'intérieur, la chapelle Saint John offre un exemple de l'architecture religieuse « normande », dont relève aussi, dans la City, le chœur à trois étages de Saint Bartholomew the Great (xiie s.). À côté de l'abbaye, le palais de Westminster devint un second pôle urbain ; on en conserve le hall, dont les murs datent de 1097.

Consacrée en 1185, l'église circulaire du Temple marque l'apparition du style gothique dit early english, dont la cathédrale Saint Paul, construite au xiiie s. et disparue dans l'incendie de 1666, illustrait la maturité. Du moins peut-on en juger avec la vaste abbatiale de Westminster, rebâtie à partir de 1245, mais tributaire d'une certaine influence française ; on reconnaît mieux le génie anglais dans le cloître et dans la salle capitulaire, de plan polygonal (seconde moitié du xiiie s.). Westminster offre aussi l'un des témoignages les plus brillants du style dit perpendicular : la grande chapelle fondée par Henri VII et élevée de 1503 à 1519 dans l'axe de l'abside, avec son réseau de fan vaults d'une rare virtuosité. Si les nombreuses statues de saints paraissent de mains néerlandaises, le superbe tombeau d'Henri VII et d'Élisabeth d'York marque l'intervention de la Renaissance italienne en la personne du sculpteur Pietro Torrigiani.

Dans la première moitié du xvie s., le mécénat d'Henri VIII et de ses courtisans s'est traduit, à Londres et aux portes de la ville, par la construction de palais où s'épanouit le style Tudor, pittoresque et gai, timidement teinté d'italianisme. En 1529, le roi confisqua Whitehall au cardinal Wolsey et entreprit de le rebâtir, chargeant Holbein d'une partie de sa décoration. Commencé en 1532, le palais Saint James a gardé de cette époque son bâtiment d'entrée. À Hampton Court, qu'Henri VIII enleva aussi à Wolsey et fit continuer à partir de 1526, on peut admirer le hall de ce temps avec sa charpente ouvragée. Le style Tudor se reconnaît enfin à Lambeth, résidence londonienne de l'archevêque de Canterbury. L'incendie de 1666 a épargné dans la City certains bâtiments des collèges d'avocats, dits « Inns of Court », qui rappellent les collèges universitaires par leurs ensembles de cours et de jardins (Inner Temple, Middle Temple, Lincoln's Inn et Gray's Inn).

En réaction contre le goût de la Renaissance néerlandaise, qui inspirait par exemple la Bourse, Inigo Jones voulut imposer une architecture sévèrement classique, dans la tradition de Palladio. À Greenwich, il éleva à partir de 1616 le très sobre pavillon de la reine Anne. Commencé en 1619 par Jones dans un style très palladien, mais plus orné, Banqueting hall est tout ce qui reste du palais de Whitehall depuis l'incendie de 1698 ; peint par Rubens à Anvers, d'où il fut expédié en 1635, son magnifique plafond représente l'apothéose de Jacques Ier.

3.3. Du grand incendie à l'avènement de Victoria

L'incendie de 1666 n'ayant presque rien épargné de la City, sir Christofer Wren proposa de la rebâtir selon un plan régulateur. Il en fut empêché par le traditionalisme des Londoniens – aussi la City reconstruite a-t-elle gardé sa configuration capricieuse –, mais il reste l'auteur des principaux édifices. En commémoration de l'incendie, il éleva la colonne appelée The Monument (1671-1676). Il dirigea la reconstruction d'une cinquantaine d'églises, celles qui subsistent (Saint Mary-le-Bow, Saint Bride's, Saint Stephen, etc.) se signalent par l'ingéniosité de leurs plans et la variété de leurs clochers. Commencée en 1675, la nouvelle cathédrale Saint Paul, aux proportions colossales, continue la Renaissance classique par sa coupole, mais sacrifie au baroque par sa façade. En dehors de la City, Wren eut la charge des grandes entreprises royales. Pour l'hospice naval de Greenwich, fondé en 1694 et inauguré en 1705, il conçut un plan grandiose qui englobe le pavillon de I. Jones ; le plafond du « Painted hall », exécuté avec brio par James Thornhill (1675-1734), célèbre le triomphe de Guillaume III et de Marie. C'est pour les mêmes souverains que Wren dirigea la reconstruction partielle de Hampton Court.

Dans la première moitié du xviiie s., la tradition de Wren fut continuée par James Gibbs (1682-1754), auteur des églises Saint Mary-le-Strand et Saint Martin-in-the-Fields. On assistait alors, entre la City et Westminster, à la naissance des quartiers aristocratiques du West End, avec leurs rues aux maisons uniformes, leurs squares plantés d'arbres : Grosvenor square, Hanover square, Berkeley square, etc. L'architecture domestique apparaît marquée par le palladianisme, dont lord Burlington (1694-1753) donna les modèles en élevant Burlington house de Piccadilly (aujourd'hui Royal Academy of Arts) et, aux portes de Londres, l'exquise maison de Chiswick. Il eut pour collaborateur William Kent (1685-1748) à qui l'on doit la caserne des Horse Guards (élevée de 1750 à 1758). Mansion House, la résidence du lord-maire (1739), est de George Dance l'Aîné (1700-1768). Sir William Chambers, qui avait sacrifié au goût chinois avec la « pagode » des jardins de Kew, rebâtit Somerset house selon un parti grandiose (1776-1786).

Dans la seconde moitié du xviiie et le premier tiers du xixe s., une intense spéculation foncière devait accélérer la croissance générale de la ville et surtout son expansion vers l'ouest. L'architecture de ce temps relève du mouvement néoclassique, dont le style dit Adam est l'expression la plus raffinée. Avec ses frères, Robert Adam créa l'ensemble immobilier appelé The Adelphi, dont presque rien ne subsiste. Son art, tour à tour robuste et délicat, demeure dans les extérieurs et surtout les intérieurs de certaines maisons de Portman square, de Portland place, etc., dans ceux d'Apsley house ou de demeures suburbaines telles que Kenwood, Syon house, Osterley park. John Nash, l'architecte officiel de la Régence, rebâtit en formes sévères Buckingham palace, devenu résidence royale, mais il est surtout l'auteur d'un vaste plan d'urbanisme qui, réalisé partiellement à partir de 1811, devait fixer l'aspect des quartiers aristocratiques de l'ouest et du nord. Les principaux éléments de ce plan sont Trafalgar square, Regent's street et Regent's park, bel exemple du style paysager qui caractérise les vastes parcs de Londres. Les maisons construites sous la direction de Nash ou dans le même esprit, en brique avec revêtement de stuc, forment des rangées basses que soulignent des colonnades (Chester et York Terraces, Park Crescent). Dans la City, sir John Soane éleva la Banque d'Angleterre (1792-1833).

Depuis la première moitié du xviiie s., l'école anglaise de peinture avait à Londres son principal atelier (et elle y a son prestigieux musée : la Tate Britain (anciennement Tate Gallery), mais Hogarth est à peu près seul à livrer l'écho du spectacle londonien, et c'est à Canaletto, venu de Venise au milieu du siècle, que l'on doit les meilleures vues de la capitale et de ses environs. Il ne faut pas négliger, par ailleurs, le rôle de Londres comme centre de ces métiers d'art qui ont tant contribué, au xviie et au xviiie s., à l'éclat du décor de la vie britannique, qu'il s'agisse du mobilier, des tapisseries de Mortlake ou de Soho, de l'orfèvrerie, des porcelaines de Chelsea, etc.

3.4. De l'avènement de Victoria à nos jours

La croissance de Londres a fait un bond prodigieux à l'époque victorienne. Le dépeuplement de la City, livrée désormais aux bureaux, a trouvé une large compensation dans le développement du West End et des autres quartiers périphériques. Le style néoclassique s'est longtemps maintenu, surtout avant le milieu du siècle, il inspira le quartier résidentiel de Belgravia, la nouvelle Bourse, le British Museum, la National Gallery. Cependant, l'esprit victorien s'est reconnu plus volontiers dans l'architecture néogothique, qu'illustre, à côté de Westminster, le grandiose palais du Parlement, reconstruit de 1836 à 1860 par C. Barry et A. W. Pugin et dont la tour abrite la célèbre horloge dite « Big Ben ». Il faut aussi mentionner le Palais de justice, la gare Saint Pancras, le pont de la Tour, réussite technique sous un vêtement médiéval, le Victoria and Albert Museum, etc. Mais l'éclectisme de l'époque a aussi inspiré des pastiches du style classique français, du baroque, voire de l'art byzantin, comme à la cathédrale catholique de Westminster.

L'aspect de Londres n'a guère changé au début du xxe s. et entre les deux guerres mondiales. En revanche, la ville a subi de profondes transformations depuis les bombardements allemands de 1940. Si les zones périphériques attestent la fidélité de l'Anglais à l'habitat individuel, le centre est voué aux affaires et devient peu à peu une ville verticale, dont les immeubles doivent, cependant, s'accommoder d'une voirie ancienne.

Parmi les grandes réalisations de l'architecture d'aujourd'hui, on citera notamment le centre culturel de la rive Sud (South Bank Arts Centre), comprenant le Royal Festival Hall, le Queen Elizabeth Hall, la Hayward Gallery et le Royal National Theatre, de D. Lasdun (1976), ainsi que le Barbican Centre, de Joe Chamberlin (1972-1977), complexe culturel intégré à la City. Un ambitieux projet de rénovation des anciens docks, à l'est de la ville, a été entrepris dès les années 1980 : aménagement de l'Île aux Chiens, Canary Wharf Tower (1991).

Grand centre de l'école anglaise de peinture, Londres est, depuis les préraphaélites, le laboratoire de l'avant-garde artistique. Après la tentative éphémère du London Group (1913), les différentes tendances de l'art moderne ont pu être réunies, en 1958, au sein de l'ICA (Institute of Contempory Art), dont les expositions – peinture, sculpture, etc. – sont regroupées depuis 1968 à la Hayward Gallery.

4. LES PRINCIPAUX MUSÉES DE LONDRES

Le British Museum s'est constitué à Londres autour de la bibliothèque et de la collection d'objets d'art achetées en 1753 au docteur Hans Sloane. Comptant parmi les plus importants musées du monde, il s'est enrichi de diverses collections, dont les manuscrits Cotton, la bibliothèque de George III, les marbres d'Elgin. Ouvert au public en 1759, il occupe d'abord Montagu House avant d'être transféré dans le palais construit de 1823 à 1847 par Robert Smirke près de Russell Square. Les principales collections du British Museum sont celles des sculptures grecques et romaines (frise des panathénées du Parthénon, Diane d'Éphèse), celles des antiquités assyriennes, égyptiennes (Pierre de Rosette), la bibliothèque Grenville (manuscrits du xie au xve s.), le cabinet des Estampes et des Dessins, les collections de céramique, etc. Indépendante du musée depuis 1973, la bibliothèque (British Library) est installée depuis 1997 dans un nouveau bâtiment à Saint Pancras. La Grande Cour a été rénovée par sir Norman Foster en 1997-2000.

La National Gallery, dont les bâtiments bordent Trafalgar Square, s'est constituée à partir de collections privées anglaises par des dons et des achats, le fonds du musée regroupe de nombreux chefs-d'œuvre des grandes écoles de peinture. L'art italien est représenté par des œuvres capitales de la Renaissance : Nativité de Piero Della Francesca, une Bataille d'Uccello, la Vierge à l'Enfant avec sainte Anne et saint Jean-Baptiste (carton) de Léonard, Bacchus et Ariane de Titien, la Mise au tombeau de Michel-Ange, etc. ; également par de nombreux Canaletto, Guardi et Tiepolo. Les écoles flamandes et hollandaises forment un ensemble très complet, où brillent Époux Arnolfini de Van Eyck, la Femme se baignant et des portraits de Rembrandt, la Dame à l'épinette de Vermeer, le Chapeau de paille de Rubens. Les écoles espagnole avec le Greco, Goya, Velázquez (Vénus et l'Amour), allemande avec Holbein, française avec Poussin et Claude Lorrain sont bien représentées aussi. L'école anglaise est regroupée autour de ses peintres les plus remarquables : Hogarth (cycle du « Mariage à la mode »), Reynolds, Gainsborough (Promenade du matin), Constable (la Charrette à foin), Turner (Pluie, vapeur, vitesse). Des salles réservées à l'impressionnisme français (Manet, Degas, Claude Monet, Renoir, Cézanne, Seurat) complètent l'ensemble. Contiguë à la National Gallery, la National Portrait Gallery rassemble les portraits des personnages britanniques célèbres.

Fondée en 1897 sur la rive gauche de la Tamise (Millbank), l'ancienne Tate Gallery est aujourd'hui répartie sur deux sites : l'un abritant les collections d'art anglais (Tate Britain), l'autre des collections d'art moderne et contemporain international (Tate Modern). [→ The Tate].

Le Victoria and Albert Museum, fondé en 1852, abrite des sculptures de Tino di Camarno, Giovanni Pisano, Riemenschneider, Donatello, des Della Robbia, de Giambologna, du Bernin, de Roubiliac, Clodion, Houdon, etc. De nombreuses salles sont consacrées aux mobiliers et aux boiseries architecturales des pays européens, d'autres aux tapisseries (Triomphes de Pétrarque), aux orfèvrerie (chandelier de Gloucester, xiie s.). La peinture est représentée, notamment, par le vaste fonds Constable, par Gainsborough, Reynolds et les peintres anglais de genre et de paysage du xixe s. Dans une salle spéciale sont exposés les cartons des Actes des Apôtres de Raphaël, prêt de la Couronne britannique. Le département de la céramique comprend des grès anglais, des porcelaines du continent (Sèvres, Meissen), de la Chine, du Japon, de Corée. D'importantes sections sont consacrées aux arts de l'Inde (toutes époques) et de l'Extrême-Orient. Le musée comprend encore un vaste ensemble de textiles, la collection nationale des aquarelles anglaises (Turner, etc.), celle des portraits en miniature, un cabinet des estampes et des dessins riche de plus de 500 000 pièces, une bibliothèque consacrée à tous les arts et arts appliqués.

La Wallace Collection a été commencée au début du xixe s. par le troisième et le quatrième marquis de Hertford et considérablement enrichie par sir R. Wallace, qui en avait hérité. Ce fut la veuve de celui-ci qui la légua à l'État. Conservée à Hertford House, la collection Wallace comprend des sculptures (G. Pilon, Houdon), un grand nombre d'objets d'art (mobilier français et porcelaines de Sèvres du xviiie s.), ainsi que des peintures de Titien (Persée et Andromède), Rubens (trois esquisses pour l'Histoire de Marie de Médicis), Van Dyck, Velázquez (à qui est attribué la Dame à l'éventail), Poussin et ses contemporains, des œuvres de petits maîtres hollandais, dix de Rembrandt (Portrait de Titus), des portraits anglais et des tableaux de Fragonard (l'Escarpolette), Boucher Lancret, Greuze, etc., et surtout Watteau (la Toilette, les Charmes de la vie).

Autres musées : l'Institut Courtauld, le Musée de Londres, le musée d'Histoire naturelle, le musée des Sciences…