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Plantagenêt

Henri II Plantagenêt
Henri II Plantagenêt

Surnom du comte d'Anjou Geoffroi V, employé pour désigner la lignée royale issue de ce personnage et de son épouse, Mathilde d'Angleterre, petite-fille de Guillaume le Conquérant.

1. Les origines angevines

Enjeuger (ou Ingelger), châtelain en Touraine, est le premier ancêtre connu de cette dynastie créatrice de la puissance angevine. Son fils Foulques Ier le Roux, vicomte d'Angers (vers 898-929), devient en effet le premier comte d'Anjou (929-941 ou 942). Maintenue par son fils et son petit-fils, Foulques II le Bon (941 ou 942-vers 960) et Geoffroi Ier Grisegonelle (vers 960-987), la principauté angevine est définitivement façonnée par le fils et le petit-fils de ce dernier prince, Foulques III Nerra (987-1040) et Geoffroi II Martel Ier (1040-1060), qui brisent les ambitions de leurs puissants voisins (comte de Bretagne, duc de Normandie, duc d'Aquitaine, comte de Blois) et qui annexent la Touraine et le Maine.

La descendance d'Enjeuger, qui est assurée par le mariage d'Ermengeard, sœur de Geoffroi II Martel Ier, avec le comte de Gâtinais Geoffroi IV Ferreul, ne jugule qu'avec difficulté l'anarchie féodale sous les règnes successifs des deux fils de ce couple : Geoffroi III le Barbu (1060-1068) et surtout le voluptueux Foulques IV le Réchin (1068-1109), qui doit se résigner à l'enlèvement de son épouse, la jeune et belle Bertrade de Montfort, par le roi de France Philippe Ier. Mais, après la disparition de Foulques IV en 1109, la dynastie angevine retrouve autorité et puissance sous le règne de son fils Foulques V le Jeune (1109-1131), qui laisse son comté à son fils Geoffroi V le Bel avant de partir pour la Terre sainte, où il devient roi de Jérusalem (1131-1143).

2. Du comté au royaume

2.1. Geoffroi V le Bel (1131-1151)

Poursuivant avec énergie la pacification de l'Anjou aux dépens d'un baronnage anarchique dont il détruit les plus puissantes forteresses, Geoffroi V le Bel (1131-1151) apparaît comme le véritable fondateur de la dynastie des Plantagenêts, que l'on devrait appeler en fait Plantegenêts selon Charles Petit-Dutaillis. Il est, en effet, le premier prince angevin à porter ce sobriquet, car, grand chasseur, il aime parcourir les landes fleuries de genêts et porte peut-être même sur son casque une branche de genêts fleuris. En outre, il est aussi le premier Angevin auquel un mariage avantageux ait permis d'aspirer à la couronne d'Angleterre. Ayant épousé l'empress, l'impératrice Mathilde, veuve de l'empereur Henri V et unique héritière du roi d'Angleterre Henri Ier Beauclerc, dont le fils a péri dans le naufrage de la Blanche Nef (1120), il tente de faire valoir les droits de son épouse à la couronne d'Édouard le Confesseur. Il échoue en raison de la préférence accordée par le baronnage anglo-saxon au faible Étienne de Blois (1135-1154). Mais, tandis que son épouse essaie de faire reconnaître sa souveraineté outre-Manche (1139-1147), il conquiert en 1144 le duché de Normandie, dont il investit son fils Henri dès 1150.

Comte d'Anjou en 1151, reconnu en outre duc d'Aquitaine par son mariage avec l'épouse divorcée de Louis VII, Aliénor d'Aquitaine, en 1152, Henri réussit enfin à devenir, en décembre 1154, roi d'Angleterre (sous le nom d'Henri II) à la mort d'Étienne de Blois.

Ayant tenté de faire couronner roi de son vivant son fils Eustache selon une pratique courante en France mais non en Angleterre, Étienne de Blois a, en effet, suscité un violent mécontentement dans son pays, mécontentement dont a profité Henri Plantagenêt pour mener outre-Manche, en 1153, une campagne victorieuse. Et, à son issue, Eustache étant mort, le roi d'Angleterre a dû reconnaître le prince angevin comme son héritier légitime par le traité de Westminster (fin 1153).

3. Une famille divisée

3.1. Henri II (1154-1189)

Henri II, second fondateur de la dynastie des Plantagenêts, est non seulement le bénéficiaire d'un heureux concours de circonstances qui le rend maître d'un immense empire, mais aussi un homme d'État remarquable, qui sait gérer avec autorité et talent ses possessions. En un an, il pacifie l'Angleterre ; en Normandie, il accomplit une œuvre analogue ; avec plus de difficulté, mais avec autant d'énergie, il tente d'imposer son autorité dans les pays de la Loire, en faisant appel notamment à son fidèle Maurice de Craon pour défendre l'Anjou et le Maine contre les barons révoltés en 1173-1174 ; enfin, il s'efforce de maintenir dans l'obéissance ses turbulents vassaux aquitains en confiant à des lieutenants sûrs la garde des châteaux forts dont il quadrille le pays.

Mais, en fait, une telle remise en ordre se heurte à une double opposition : celle de l'Église d'Angleterre, qui refuse de renoncer à l'indépendance acquise notamment sur le plan judiciaire sous le règne des prédécesseurs d'Henri II et qui trouve un éminent porte-parole en la personne de l'archevêque de Canterbury, Thomas Becket ; celle, encore plus grave, des membres de la famille royale, dont l'instigatrice est l'épouse même du souverain, la reine Aliénor d'Aquitaine, qui lui a donné quatre fils : Henri le Jeune dit Court-Mantel, à qui le roi confie la Normandie ; le futur Richard Ier Cœur de Lion, qu'il investit des prérogatives ducales en Aquitaine en 1168 ; Geoffroi, à qui il fait épouser Constance, fille du duc de Bretagne Conan IV, afin de gouverner par son intermédiaire la Bretagne ; Jean sans Terre, enfin, né trop tardivement pour être investi de charges importantes avant la mort de son père.

Les jeunes princes, qui n'acceptent pas de n'être que les instruments de la politique paternelle, ne cessent de se révolter contre Henri II. Avec l'aide de leur mère, Aliénor d'Aquitaine, restée en droit la souveraine de l'Aquitaine, Henri le Jeune et Richard animent la puissante coalition féodale qui ébranle l'Empire angevin en 1173-1174 de part et d'autre de la Manche. En fait, à cette exception près, les soulèvements auxquels le roi doit faire face n'affectent pratiquement que ses terres françaises : Henri le Jeune, en 1183, Geoffroi de Bretagne, en 1186, et Richard, en 1188, sont, en effet, pratiquement assurés d'obtenir dans ces contrées l'appui des souverains capétiens, qui ont déjà accueilli sur leurs terres Thomas Becket en rébellion contre son roi. Appui naturel d'ailleurs, car, vassal du roi de France en tant que comte d'Anjou, duc de Normandie, duc d'Aquitaine, etc., le Plantagenêt dispose au sud de la Manche de possessions territoriales et de moyens financiers et militaires bien supérieurs à ceux de son suzerain.

Les Capétiens (→ Louis VII et Philippe II Auguste), qui ne possèdent qu'un étroit domaine aux faibles ressources, et qui redoutent que les forces de leur puissant vassal ne mettent un terme définitif à l'indépendance de leur royaume, ne peuvent qu'accorder leur appui intéressé à tous ceux dont l'action affaiblit les forces d'Henri II. Ce dernier meurt en 1189 en apprenant la trahison de son fils préféré et dernier-né, Jean sans Terre. Ouvert en fait entre les deux dynasties dès l'avènement d'Henri II au trône d'Angleterre en 1154, le conflit se prolonge jusqu'en 1258-1259, terme de la première guerre franco-anglaise de Cent Ans.

4. Crises familiales et politiques (1189-1272)

Respectueux des règles régissant le système féodal, désireux, en outre, d'ôter aux Capétiens tout prétexte juridique d'agression, les Plantagenêts renouvellent périodiquement l'hommage qu'ils doivent à leur suzerain pour la Normandie et pour l'Aquitaine. Henri II, Henri le Jeune, Richard Cœur de Lion ne s'y dérobent pas, et Philippe Auguste n'hésite pas, par ailleurs, pour affaiblir le souverain régnant en Angleterre, à accepter contre ce dernier l'hommage de Richard en 1188, les hommages de Jean en 1189 et en 1193, celui d'Aliénor en 1199 et celui d'Arthur Ier de Bretagne en juillet 1202.

Mais, pour éviter d'aliéner, au moins partiellement, l'exercice de leur souveraineté en Angleterre en remplissant les obligations du contrat féodal qui les lie pour leurs terres d'outre-mer aux rois de France, les Plantagenêts refusent, en fait, d'en respecter les clauses. Ainsi fournissent-ils involontairement mais nécessairement aux Capétiens le prétexte juridique qui permettra à l'un d'eux de procéder à la commise de leurs fiefs lorsque les circonstances s'avéreront favorables. En fait, ce temps est venu avec l'avènement, en 1199, de Jean sans Terre, roi cyclothymique, irresponsable et cruel, qui est deshérité le 28 avril 1202 par les barons composant la cour de France, moins parce qu'il a épousé la jeune Isabelle d'Angoulême le 30 août 1200 au détriment d'Hugues IX de Lusignan que parce que « lui et ses ancêtres avaient négligé de faire tous les services dus pour ces terres […] ».

La réduction finale de l'immense domaine continental des Plantagenêts à la seule fraction de l'Aquitaine située au sud du Poitou marque l'effondrement de la politique impériale de la dynastie ; mais cet effondrement n'est pas ressenti pour autant comme une catastrophe par les sujets anglais des Plantagenêts, qui reprochent à la politique impériale de coûter trop cher et de détourner vers la France l'attention de leurs souverains, alors que la commise de 1202 présente par contre l'avantage de rompre tout lien féodal entre ces derniers et les Capétiens.

Pourtant, la décision de 1202 provoque indirectement une série de crises politiques aggravées par la médiocrité de Jean sans Terre et par celle de son fils Henri III. Le premier de ces princes multiplie en effet les crimes et les erreurs : assassinat, le 3 avril 1203, de son neveu Arthur Ier de Bretagne, coupable d'avoir prêté hommage à Philippe Auguste pour la Bretagne, l'Anjou, le Maine, la Touraine et le Poitou ; exactions fiscales du chancelier et grand justicier William (ou Guillaume) Longchamp, aggravées de 1191 à 1205 par le grand justicier Hubert Gautier, archevêque de Canterbury ; conflit avec l'Église pour avoir voulu imposer à ce siège son protégé John de Gray contre la volonté du chapitre de la cathédrale, qui élit Stephen (ou Étienne) Langton le 20 décembre 1206 à Rome en présence du pape Innocent III (celui-ci met l'interdit sur le royaume de Jean en mars 1208 et ne lève cette mesure qu'en contraignant ce dernier à lui céder en fief son royaume d'Angleterre, qu'il ne lui restitue que contre la prestation humiliante de l'hommage lige) ; conflit avec la France marqué par la défaite personnelle de Jean sans Terre à La Roche-aux-Moines le 2 juillet 1214 et par celle de ses alliés à Bouvines le 27 juillet suivant ; levée d'un écuage impopulaire de 3 marcs par chevalier au retour de cette campagne désastreuse.

Se révoltant alors contre leur roi, déconsidéré par ces échecs répétés, barons et chevaliers lui imposent le 15 juin 1215 l'acceptation de la pétition des barons et de la Grande Charte. Ainsi est ruinée l'œuvre de restauration monarchique des premiers Plantagenêts et est ouverte une période de tension de cinq siècles entre la Couronne et les défenseurs des principes contenus en germe dans ces textes, qui contraignent en particulier la première à soumettre ses actes au contrôle d'une commission de barons.

Vaincue à l'extérieur, humiliée à l'intérieur du royaume d'Angleterre, la dynastie des Plantagenêts semble devoir même s'effacer au profit de celle des Capétiens lorsque Louis de France (futur Louis VIII) traverse la Manche en 1216 à l'appel des barons anglais, qui constatent que leur roi, en accord avec la papauté, se refuse à appliquer les réformes de 1215. Époux de Blanche de Castille, petite-fille d'Henri II, en vertu du traité du Goulet du 22 mai 1200, le prince royal semble avoir alors toutes les chances de réussir dans son entreprise, quand un hasard sauve la dynastie angevine : la mort par indigestion de Jean sans Terre le 19 octobre 1216.

Les barons, ralliés aussitôt à la cause de l'enfant-roi, Henri III (1216-1272), qui n'a que neuf ans à son avènement, renoncent à l'appel aux Capétiens. Pourtant, leur revirement eût été vain sans l'intervention des officiers mis en place par les Plantagenêts. Guillaume le Maréchal, comte de Pembroke, puis le justicier Hubert Du Bourg assurent l'exercice du pouvoir jusqu'en 1232, date à partir de laquelle les institutions gouvernementales et administratives se développent sous l'impulsion des fonctionnaires royaux, qui gèrent le pays au nom du roi, mais sans sa participation.

Vivant isolé de ses sujets anglais dans une cour dominée d'abord par des Poitevins, puis par des Savoyards et des Provençaux après son mariage en 1236 avec Aliénor de Provence, belle-sœur de Louis IX et de Charles Ier d'Anjou, trop docile envers Rome, Henri III compromet à son tour l'avenir de sa dynastie en Angleterre par la pratique d'une politique continentale à la fois coûteuse (emprunts aux marchands italiens, aux bourgeois de Bordeaux) et humiliante. Incapable de reconquérir les terres perdues par son père (vaine expédition de 1230, défaites de Taillebourg et de Saintes en 1242), il commet en effet l'erreur, par le traité de Paris conclu le 28 mai 1258 et signé le 4 décembre 1259, de redevenir l'homme lige du roi de France. Cette décision porte le germe de la seconde guerre de Cent Ans à l'heure même où l'on prétend mettre fin à la première. Elle sera fatale à la dynastie.

Pourtant, dans l'immédiat, ce sont les ambitions et les obligations internationales de la dynastie qui remettent en cause son avenir en Angleterre : candidature, puis élection fort coûteuses à l'Empire du frère d'Henri III, Richard de Cornouailles le 13 janvier 1257 ; candidature au trône de Sicile, à l'instigation du pape Alexandre IV, du prince Edmond d'Angleterre, fils d'Henri III, le souverain pontife exigeant même dans ce dessein, et sous peine d'excommunication, le versement de 40 000 marcs d'argent et l'organisation d'une expédition anglaise en Sicile contre Manfred. Une telle politique exigeant la levée d'une aide importante, barons et chevaliers, réunis en Parlement, subordonnent alors leur consentement à l'acceptation par le roi de réformes visant à placer la monarchie sous la tutelle d'une oligarchie baronnale formant le Conseil des vingt-quatre (finances) ou le Conseil de la Couronne (15 membres), au sein desquels le rôle essentiel revient à un seigneur d'origine française, le propre beau-frère du roi, Simon de Montfort, comte de Leicester. Condamnées par la « mise d'Amiens », prononcée en janvier 1264 par le roi de France Louis IX, choisi comme arbitre par les deux parties, les provisions d'Oxford de 1258 déclenchent une guerre civile marquée par l'humiliante défaite d'Henri III à Lewes, où il est fait prisonnier le 14 mai 1264, puis par celle de son adversaire Simon de Montfort, vaincu et tué à Evesham le 4 août 1265 après avoir momentanément imposé sa dictature au royaume.

5. Renouveau et chute d'une dynastie (1272-1399)

Comprenant que « la couronne en Parlement est plus forte que la couronne isolée » (André J. Bourde), les Plantagenêts de la fin du xiiie et du début du xive siècle acceptent d'abord cette mutation institutionnelle, qui accorde dans l'État une place de plus en plus importante au Parlement, dont la division en deux Chambres (→ lords et communes) s'esquisse au xive siècle.

La forte personnalité d'Édouard Ier (1272-1307), l'annexion définitive, en 1283, du pays de Galles à l'Angleterre sous la souveraineté nominale du prince héritier à partir de 1301, l'annexion temporaire de l'Écosse, dont ce monarque se fait proclamer roi après sa victoire sur Jean de Baliol en 1296, tous ces faits contribuent à rehausser le prestige de la dynastie et permettent à cette dernière de surmonter les crises dues à la faiblesse du roi Édouard II (1307-1327), trop dépendant de ses favoris (Pierre Gabaston [ou Gaveston], assassiné en 1312 ; Hugh le Despenser le Jeune, mis à mort en 1326). Déconsidéré et affaibli par la défaite de Bannockburn, qui consacre la restauration d'un royaume d'Écosse indépendant en 1314, le souverain meurt finalement assassiné en 1327, après avoir été contraint d'abdiquer par sa femme, la reine Isabelle de France, et par l'amant de cette dernière, Roger Mortimer de Wigmore, qui anime l'opposition baronnale.

Frappée de discrédit par le crime de 1327, par la signature de traités désastreux avec l'Écosse et avec les Français en Guyenne, l'opposition ne peut empêcher le jeune Édouard III de reprendre par la force le pouvoir. Le nouveau souverain exile sa mère, fait condamner à mort Roger Mortimer de Wigmore le 29 novembre 1330 et joue finalement le sort de sa dynastie au niveau international.

Il reconnaît, en effet, qu'en acceptant de redevenir vassal de Louis IX en 1258-1259 Henri III a finalement aliéné de nouveau la souveraineté des Plantagenêts au profit de celle des Capétiens, constate qu'il ne peut plus, de ce fait, agir en maître en Guyenne, où trois guerres ont déjà opposé Français et Anglais depuis 1293, et s'aperçoit qu'il lui est juridiquement impossible de porter les armes contre ses adversaires écossais, parce que ces derniers sont les alliés de son suzerain. Aussi décide-t-il de trancher définitivement le débat. Dans ce dessein, il revendique solennellement la couronne de France le 7 octobre 1337 en tant que petit-fils de Philippe IV le Bel et neveu par sa mère des trois derniers Capétiens. Mais, en agissant ainsi, il renie l'hommage lige prêté solennellement à Philippe VI de Valois à Amiens le 6 juin 1329 et confirmé par la lettre fort explicite qu'il a adressée à ce souverain le 30 mars 1331.

La seconde guerre de Cent Ans semble d'abord devoir aboutir à la restauration de l'empire des Plantagenêts, lorsque la paix de Brétigny-Calais des 8 mai et 24 octobre 1360 abandonne, mais cette fois en toute souveraineté, Calais, Guînes, le Ponthieu et surtout toute l'Aquitaine à Édouard III, qui renonce en échange à ses prétentions à la couronne de France. En fait, l'inexécution du traité entraîne la caducité de cette clause de renonciation. Édouard III, qui se proclame de nouveau roi de France le 3 juin 1369, remet en jeu le prestige acquis par sa dynastie à la suite des victoires remportées à Crécy et à Poitiers respectivement par lui-même en 1346 et par son fils aîné, le Prince Noir Édouard (1330-1376), en 1356. C'est l'échec. Vaincues par Du Guesclin, ses forces perdent en effet le contrôle du royaume de France à l'heure même où son autorité en Angleterre s'affaiblit pour de nombreuses raisons : constitution de véritables apanages au profit de ses divers fils, dont Jean de Gand (1340-1399), devenu duc palatin de Lancastre ; formation de partis hostiles animés par ce même Jean de Gand et par le Prince Noir, qui se disputent l'exercice du pouvoir ; mort prématurée du Prince Noir en 1376, etc. Tous ces faits achèvent de miner de l'intérieur l'autorité monarchique, que le trop jeune Richard II (1377-1399) ne peut restaurer dans un royaume affaibli par la révolte des paysans en 1381 ainsi que par les prétentions des barons, dirigés par Thomas, duc de Gloucester, à limiter la prérogative de son royal neveu. Le souverain, impuissant à empêcher ses adversaires d'éliminer ses partisans avec l'appui du Parlement sans merci (Merciless Parliament), tente une dernière fois de restaurer l'autorité monarchique. Se constituant une retenue personnelle d'hommes de guerre sûrs, renouvelant en 1396 pour vingt-cinq ans les trêves de Leulinghen de 1388, obtenant par ce biais la main d'Isabelle de France, fille de Charles VI, il a enfin les mains libres pour éliminer ses adversaires. D'abord réussie, la tentative échoue lorsqu'il veut rattacher à la Couronne le duché de Lancastre à la mort de Jean de Gand en 1399. Le débarquement en Angleterre du fils de ce dernier prince, Henri de Lancastre, provoque le retour précipité de Richard II, alors en Irlande. Vaincu et fait prisonnier par Henri, aussitôt reconnu roi d'Angleterre par le Parlement, le dernier des rois français en Angleterre meurt en 1400, assassiné sur l'ordre de son cousin germain et successeur, Henri IV (1399-1413). Mais, si la dynastie des Plantagenêts disparaît au terme de cette longue série de crises marquée par l'affaiblissement irrégulier mais constant du pouvoir monarchique, par contre elle se survit à travers ses branches collatérales qui occupent le trône d'Édouard le Confesseur au xve siècle : les Lancastres et les Yorks.

6. L'accession des branches collatérales (1399-1485)

La déposition de Richard et son remplacement par son cousin, Henri de Lancastre (→ Henri IV, 1399-1413), marquèrent l'accession au trône de la première branche collatérale, qui triompha en France avec Henri V (1413-1422), avant de sombrer, avec Henri VI (1422-1461), dans la guerre civile consécutive à l'incurie du roi, aux échecs sur le continent et à l'ambition d'une autre branche de la famille, la maison d'York (→ guerre des Deux-Roses). Henri VI fut déposé par Édouard d'York (→ Édouard IV, 1461-1483), dont le règne s'avéra bénéfique pour l'Angleterre. Mais la maison d'York se déchira elle-même : le jeune Édouard V (1483), fils d'Édouard IV, fut victime des ambitions de son oncle, Richard de Gloucester, dont l'accession au trône (→ Richard III, 1483-1485) raviva l'opposition, dirigée par Henri Tudor, descendant des Lancastres par sa mère. La bataille de Bosworth, où fut vaincu le dernier des Plantagenêts (1485), inaugura le règne du premier Tudor.

Pour en savoir plus, voir l'article Tudor.

7. L'empire des Plantagenêts

Ayant pour noyau originel l'Anjou, la Touraine et le Maine, augmenté de la Normandie par Geoffroi V le Bel en 1144, puis de l'Aquitaine et de l'Angleterre par Henri II respectivement en 1152 et en 1154, l'empire des Plantagenêts forme un immense État composite qui s'étend, au milieu du xiie siècle, de la frontière de l'Écosse à celle des Pyrénées. Son prince songe d'ailleurs à en accroître l'extension territoriale. En premier lieu, il tente, en effet, d'affirmer sinon sa souveraineté, tout au moins sa suprématie féodale sur l'ensemble des îles Britanniques : Irlande, dont il contraint de nombreux chefs à lui prêter hommage en 1171-1172 ; Écosse, dont le roi Guillaume le Lion (1165-1214) doit, par traité, se reconnaître son vassal « pour l'Écosse et pour toutes ses autres terres » après le soulèvement de 1173-1174, auquel il eut l'imprudence de participer ; pays de Galles, où, malgré trois campagnes, il ne peut imposer qu'une suzeraineté nominale aux deux rois indigènes et dont l'annexion définitive aux biens des Plantagenêts n'est réalisée qu'en 1283 par Édouard Ier.

Hors des îles Britanniques Henri II réussit, en outre, à incorporer à son empire la Bretagne. Se prévalant, en effet, du titre de sénéchal de France, il contraint en 1166 le duc de Bretagne Conan IV, à lui céder sa principauté, puis à donner en mariage sa fille Constance à son propre fils Geoffroi, qui devient ainsi duc nominal d'une Bretagne que le roi son père administre en fait directement. En outre, en accordant en fief des rentes en argent au comte de Flandre et en le liant à lui par un pacte de service militaire, en tentant, mais cette fois en vain, d'imposer sa suzeraineté au comte de Toulouse en 1159, il semble vouloir étendre la sphère d'influence de son empire à une nouvelle partie du royaume de France, dont il tient déjà la moitié occidentale sous son autorité directe.

Très vaste, cet Empire angevin souffre de son hétérogénéité territoriale et plus encore de sa diversité institutionnelle, puisque seules la Normandie et l'Angleterre sont dotées d'administrations régies par des principes communs et selon des méthodes très voisines. Deux éléments seulement permettent aux Plantagenêts d'assurer une relative cohésion à leur empire dans la seconde moitié du xiie siècles : les administrateurs, interchangeables d'un pays à l'autre, tel l'Anglais Robert de Turneham, qui devient sénéchal d'Anjou sous le règne de Richard Cœur de Lion ; l'armée, formée de mercenaires brabançons et gallois régulièrement soldés, et avec l'aide de laquelle Richard maintient son autorité en Limousin et en Auvergne.

Mais, très vite, les préférences personnelles des souverains de même que les contraintes politiques amènent les Plantagenêts à privilégier leurs possessions continentales. Berceau de la dynastie et de la majeure partie des grandes familles baronnales anglaises, fournissant au commerce anglais de nombreux produits indispensables à l'économie anglo-saxonne (vins du Val de Loire, du Poitou, puis, à partir du xiiie siècle, de Guyenne, blés, étoffes), les terres d'outre-mer constituent dans la seconde moitié du xiie siècle l'élément essentiel de l'empire des Plantagenêts. Rois français en Angleterre, Henri II et Richard Cœur de Lion passent l'essentiel de leur temps sur le continent, le premier ne séjournant que treize ans en Angleterre pendant un règne de trente-quatre ans, le second ne faisant que quelques rapides visites outre-Manche.

L'insubordination foncière des chefs des grandes seigneuries, l'éternelle menace capétienne contribuent d'ailleurs à fixer les Plantagenêts au sud de la Manche, jusqu'au moment où la commise de leurs terres tenues en fief du roi de France le 28 avril 1202 sonne le glas de cet empire auquel les Capétiens enlèvent tour à tour la Normandie (1202-1204), l'Anjou, le Maine et la Touraine (1203-1205), le Poitou (1224). Ayant perdu toute continuité territoriale dès 1202, l'Empire angevin n'est plus. Pourtant, ce n'est qu'en mai 1258 que les Plantagenêts consentent à reconnaître les faits accomplis par le traité de Paris, aux termes duquel Henri III accepte de prêter hommage lige aux Capétiens pour la Guyenne.

Dernier et lointain témoin de leur ancien empire, ne maintenant que difficilement des contacts avec l'Angleterre grâce aux flottes du vin, la Guyenne reste pourtant le point d'appui privilégié des Plantagenêts pour mener leurs opérations de la guerre de Cent Ans, encore que leur but ait été sans doute moins la reconquête de leur domaine continental que la suppression du lien féodal qui les unit aux Capétiens et qui limite de ce fait leur souveraineté en tant que rois d'Angleterre.

Pour en savoir plus, voir les articles Angleterre, Capétiens, guerre de Cents Ans.