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Normandie

Basse-Normandie, le Mont Saint-Michel
Basse-Normandie, le Mont Saint-Michel

Région géographique et historique du nord-ouest de la France, sur la Manche, divisée en cinq départements, regroupés en deux Régions administratives (Basse-Normandie et Haute-Normandie). [Habitants : Normands.]

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

Le climat, sous l'influence fréquente des dépressions cycloniques venues de l'Atlantique, est humide et modéré par ses températures. Les paysages, domestiqués par une longue pratique paysanne, se partagent entre quelques miettes de landes (sur les hauts du Bocage normand et le littoral de la Manche), de vastes marais de baies (baies des Veys, du Mont-Saint-Michel) ou d'estuaires (Seine, Dives, Orne), de grands massifs forestiers peuplés de hêtres (surtout dans l'est), enfin des plaines cultivées (Haute-Normandie et Normandie centrale de Caen à Alençon) et des bocages fermés par des haies et principalement occupés par des pâturages (Basse-Normandie et pays de Bray). Le vert est la teinte dominante de la Normandie, avec ses haies, ses hêtres, son herbe, ses pommiers... Par ses reliefs, la Normandie appartient à deux domaines distincts. À l'O., les terrains anciens du massif breton-normand (schistes, grès, granites) sont taillés en collines (les plus élevées entre 300 et 400 m) alternant avec des bassins et un réseau dense de moyennes ou de petites vallées (Orne, Aure, Vire, Taute, Sée, Sélune, etc.). À l'E., les couches sédimentaires du bassin de Paris (calcaire, argile, craie) forment l'armature de vastes plateaux (entre 100 et 200 m d'altitude) que nappent des dépôts d'argile à silex et de limon; des rivières côtières et surtout la vaste vallée de la Seine segmentent la continuité de ces plateaux, qui sont disséqués en collines dans les reliefs particuliers du pays de Bray et du pays d'Auge.

HISTOIRE

1. Des origines au rattachement à la Couronne de France

1.1. De la conquête romaine au ixe siècle

Peuplé, avant la conquête romaine (56 avant J.-C.), de Celtes et de Belges (à l'E.), de Ligures et d'Ibères (à l'O.), le pays est incorporé à la Lyonnaise par Auguste (16-13). La réforme de Gratien constitue la province dans ses frontières historiques et la divise en civitates, où se développent les villes, tandis que s'implante le christianisme (→ saint Nicaise, milieu du iiie siècle).

Les Francs (ve siècle) substituent le pagus à la civitas et favorisent le monachisme bénédictin (→ Saint-Wandrille [649], Jumièges, Fécamp, Mont-Saint-Michel [709]).

1.2. Les invasions normandes

Mais le pays est dévasté par les invasions normandes au ixe siècle ; il ne connaît plus la paix avant l'établissement à demeure des Vikings, ou Normands, sur les terres de haute Normandie que Charles le Simple cède à Rollon, qui, baptisé, devient l'homme du roi (traité de Saint-Clair-sur-Epte, 911). À la faveur des luttes entre Charles le Simple et Raoul de Bourgogne, les chefs normands (Rollon en 924, Guillaume Ier en 933) étendent leurs possessions à la basse Normandie et constituent une unité stable.

1.3. Le puissant duché de Normandie

Guillaume Longue-Épée, Richard Ier et Richard II

Les ducs successeurs de Rollon affermissent leur pouvoir jusque dans les provinces occidentales : la révolte, sous les ordres de Riulf, de l'aristocratie du Bessin et du Cotentin est matée par Guillaume Longue-Épée. Celui-ci, appuyé sur de solides alliances matrimoniales, se mêle aux luttes dynastiques qui opposent Hugues le Grand et Louis IV (936-954), dont il obtient finalement la confirmation de son duché (940), mais il périt assassiné (décembre 942). Son fils, Richard Ier (942-996), triomphe des convoitises de Louis IV, qui, défait à Varaville, lui remet le duché (traité de Gerberoy, 945) contre un hommage de pure forme. Le duc est « roi en Normandie » ; il s'assure l'alliance de Hugues le Grand, dont il épouse la fille Emma. Dès lors, la politique d'alliance capétienne dont hérite Richard II (996-1027) devient, jusqu'à Guillaume le Conquérant, une tradition normande, illustrée par le soutien qu'accorde Robert le Diable (ou le Magnifique) [1027-1035] à Henri Ier.

Tout en conquérant leur indépendance à l'égard du roi de France, les ducs favorisent la féodalité à ses débuts ; à la tête des comtés (anciens pagi), ils placent des membres de leur famille. L'Église profite de cet essor de la puissance ducale, qui, depuis Rollon, s'applique à doter les églises, à en reconstituer et instruire le clergé, et favorise la réforme clunisienne (Saint-Ouen de Rouen, Bernay, Cerisy) tout en s'attachant à soumettre l'épiscopat. Cette autorité bénéficie du renouveau économique continu (fin du xe siècle-début du xie siècle), favorisé par des avantages accordés aux agglomérations rurales et urbaines qui naissent.

Guillaume le Conquérant

Au xie siècle, avecGuillaume le Conquérant (1035-1087) , apparaît une bourgeoisie riche, qui, bridée par l'autorité ducale, ne pourra pas conquérir des institutions urbaines autonomes. Guillaume le Conquérant doit faire face à une révolte des barons, mais, une fois le mouvement réprimé (bataille du Val-ès-Dunes, 1047), il reprend la politique centralisatrice de ses prédécesseurs. Il gouverne avec un conseil restreint de familiers, la Curia, aux fonctions différenciées très tôt (sénéchal, bouteiller, chancelier, connétable, trésorier), duquel sortira l'Échiquier (dès le xie siècle), chargé des questions judiciaires et financières (monnayage, fermage) ; enfin, il attribue aux vicomtes l'administration locale (police, finance, ost, justice). Omniprésente, l'autorité du duc assure la sécurité du pays (« paix du duc ») et l'unité du duché (coutume unique). D'autre part, l'organisation militaire (frontière rectifiée au S. par l'annexion du Maine [1063] et jalonnée de forteresses) lui confère une puissance qui inquiète le roi de France, lors du mariage de Guillaume et de Mathilde, fille du comte de Flandre Baudouin V. Dès lors, et surtout après la conquête de l'Angleterre (1066), la politique française devient hostile aux ducs normands, Philippe Ier favorisant la révolte de Robert Courteheuse contre son père (1078).

Grave crise de succession

La succession de Guillaume marque une crise de l'autorité ducale ; Robert Courteheuse, qui hérite de la Normandie, la laisse tomber en anarchie et doit soutenir contre son frère Guillaume le Roux, investi de l'Angleterre, mais qui convoite le duché, un conflit de neuf ans (1088-1096), qui aboutit au traité de Caen maintenant le statu quo; puis il se croise. À son retour de croisade, il se trouve face à Henri Beauclerc, son frère, qui, roi d'Angleterre depuis la mort de Guillaume le Roux (août 1100), lui enlève la Normandie (bataille de Tinchebray, 1106).

Henri Ier Beauclerc, duc de 1106 à 1135, s'applique à restaurer l'autorité ducale. Gouvernant avec la Curia restreinte à ses familiers, il rend la paix au pays, créant l'office de « justicier » pour l'administration de la haute justice, réglementant le service militaire, favorisant l'essor industriel et commercial.

L'hostilité de la France

La reconstitution de l'empire anglo-normand provoque l'hostilité de la France (guerre de 1109 à 1113), qui doit reconnaître la suzeraineté d'Henri sur le Maine et la Bretagne (traité de Gisors, 1113), puis est vaincue finalement à Brémule (→ bataille de Brémule 1119). La succession d'Henri Ier provoque de nouveaux troubles : sa fille, l'impératrice Mathilde, unique héritière depuis le naufrage de la Blanche-Nef, où a péri Guillaume Ætheling (1120), a donné à son second mari, Geoffroi Plantagenêt, comte d'Anjou, un fils, Henri (1133), dont l'héritage est convoité par Étienne de Blois, petit-fils de Guillaume le Conquérant. Le royaume anglo-normand, peu favorable à l'Angevin, se donne à Étienne (1135-1154), mais une guerre de neuf ans rend finalement la Normandie aux mains de Geoffroi le Bel (1144), qui gouverne (1144-1150) en attendant la majorité d'Henri.

Celui-ci, devenu Henri II, roi d'Angleterre (1154-1189), à la mort d'Étienne de Blois, se consacre à la restauration de ses États, poursuit la politique d'octroi de libertés communales inaugurée par Guillaume le Conquérant (charte de Breteuil) et Henri Ier (charte de Verneuil), accordant les Établissements de Rouen (vers1170) [privilèges judiciaires, financiers, économiques, mais non politiques], qui, à la fin du siècle, seront octroyés aussi à Évreux, Bayeux, Alençon, Fécamp, etc. En butte à l'hostilité du roi de France Louis VII, son suzerain (1154), qui soutient l'opposition de Thomas Becket (1164), puis de Philippe Auguste, qui dresse contre lui ses quatre fils, il meurt désespéré (juillet 1189).

La conquête du duché par Philippe II Auguste

Son fils, Richard Cœur de Lion, duc de 1189 à 1199, contient les ambitions de Philippe II Auguste à Fréteval (1194) et à Courcelles (1198). Mais ce dernier peut réaliser ses desseins lorsque Jean sans Terre, duc de 1199 à 1202, est condamné à la perte de ses biens français (1202) : il entreprend la conquête de la Normandie (1202-1204), que facilite la passivité des populations, peu favorables aux Angevins.

2. La Normandie dans la monarchie française

2.1. La « paix française »

Pour se concilier celles-ci, les rois de France Philippe Auguste puis Louis IX, inaugurant le temps de la « paix française », confirmeront les privilèges municipaux acquis et respecteront les institutions centrales et locales, ainsi que le droit coutumier, codifié au début du xiiie siècle (Très Ancien Coutumier, reconnu par Saint Louis sous la forme du Grand Coutumier en 1266). Ils rattacheront la Normandie au domaine économique français.

Les sentiments particularistes reparaissent cependant avec les empiétements de Philippe V, qui provoquent les révoltes de 1283, 1286 et 1292 et contraignent Louis X à concéder la Charte aux Normands (1315, confirmée en 1339), qui garantit les libertés provinciales.

2.2. La guerre de Cent Ans

La guerre de Cent Ans entraîne le pillage et l'occupation temporaire de la Normandie à partir du débarquement à Saint-Vaast-la-Hougue (1346) d'Édouard III. En butte aux menées de Charles le Mauvais, réprimées par Jean II à Rouen (1356), elle est déchirée entre Navarrais, Anglais, Français.

Après le traité de Brétigny (1360), elle est progressivement reconquise par du Guesclin sur les Navarrais, battus à Cocherel (16 mai 1364), par Jean de Vienne sur les Anglais (prise de Saint-Sauveur-le-Vicomte, 1375) et retrouve pour un temps la paix (1394).

Mais la guerre reprend avec le siège de Harfleur par les Anglais (1415) et le débarquement à l'embouchure de la Touques (août 1417) d'Henri V, qui prend Rouen (1419) et soumet toute la Normandie, sauf le Mont-Saint-Michel (1420). Respectueux des « libertés » de la province, ménagers des susceptibilités locales, Henri V, puis Henri VI et le régent Bedford essaieront de détacher la Normandie de la France, rétablissant notamment l'Échiquier à Caen (1436) et dotant cette ville d'une université, fondée en 1432.

Mais l'Anglais ne peut, quoique maître partout (1440), vaincre la résistance des partisans dans les campagnes ni prévenir les soulèvements qui facilitent la reconquête française (1436-1450).

Pour en savoir plus, voir l'article guerre de Cent Ans.

3. Du XVe siècle à aujourd'hui

Charles VII, reprenant possession de la province, confirme ses libertés ; Louis XI, après avoir réduit la ligue du Bien public et réoccupé la Normandie, fait déclarer la province solidaire du domaine royal (1468). L'Échiquier (permanent depuis 1499) devient parlement (1515) avec les privilèges de celui de Paris (1518). Dès lors, l'histoire de la Normandie se confond avec celle de la France.

Divisée en cinq départements (Manche, Calvados, Orne, Eure et Seine-Inférieure) en 1790, la Normandie est le foyer d'une brève insurrection fédéraliste, brisée à Brécourt en 1793. Elle sera le théâtre du débarquement du 6 juin 1944.