En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Vikings

Tête de viking sculptée
Tête de viking sculptée

Nom donné aux guerriers, navigateurs et marchands des pays scandinaves, qui ont mené des expéditions maritimes de la fin du viiie s. au courant du xie s.

Le terme « Vikings » s'est imposé internationalement pour désigner les Scandinaves qui, entre la fin du viiie et le courant du xie s., ont quitté leur terre d'origine pour l'Europe occidentale, les plaines russes, les îles de l'Atlantique Nord et même le continent nord-américain, afin de s'y livrer au pillage, au commerce et, parfois, pour s'y installer massivement.

Issu du vieux scandinave, le mot Viking est à rapprocher du vieux norrois vik, qui signifie « baie » – le viking étant alors celui qui va de baie en baie pour se livrer à la piraterie. Si les Vikings eux-mêmes ont opté pour cette appellation, qui se généralise en Occident à partir du xe s., la tradition française, suivant en cela les textes latins des viiie-xe s., lui a parfois préféré le qualificatif de Normands (« hommes du Nord »).

Le terme « Vikings » a été abusivement étendu à tous les promoteurs de la grande expansion scandinave du haut Moyen Âge, notamment aux Suédois qui sont partis nouer des contacts commerciaux avec les Baltes, les Slaves et les Grecs, et sont appelés dans les régions qu'ils ont traversé et où ils se sont installés, Rus (Russes) ou encore Vøringr (Varègues).

Les expéditions vikings

Introduction

Outre des raisons liés aux troubles sociaux liés à la centralisation du pouvoir dans les pays scandinaves, le facteur sociologique a sans doute été très décisif dans la motivation des expéditions vikings : chez tous les peuples scandinaves, le double moteur de l'ascension sociale est la réputation de bravoure au combat (la mort l'épée à la main ouvrant les portes du Walhalla) et l'accumulation des richesses mobilières, particulièrement les métaux précieux, que leurs orfèvres sont capables de transformer avec talent. Les expéditions offrent naturellement l'occasion de cette double mise en valeur.

Dans l'Europe occidentale

Les raids de pillage

La Chronique anglo-saxonne mentionne à l'année 793 le premier raid viking que l'histoire ait jamais enregistré : « Cette année-là des phénomènes inquiétants se manifestèrent en Northumbrie [le principal royaume du nord de l'Angleterre] et terrifièrent les habitants ; de brusques lueurs apparurent dans le ciel, de féroces dragons traversèrent les nuées, une famine s'abattit sur le pays, et, le 8 juin, des pillards païens détruisirent l'église de Lindisfarne, ravageant et massacrant tout ce qui passait à leur portée. » Alcuin, religieux anglais devenu le principal conseiller de Charlemagne, s'en fait aussitôt l'écho sur le continent : « Jamais personne n'avait ressenti en Angleterre une terreur comparable à celle que viennent d'y semer les païens : nul n'imaginait qu'une pareille incursion de gens venus de la mer fût possible. »

Peu après cette première incursion, les Norvégiens, ayant contourné l'Écosse, commencent en 795 à agresser les populations des côtes d'Irlande, et apparaissent en 799 au large du littoral vendéen, avant de pénétrer en Méditerranée par le détroit de Gibraltar. Les Danois, quant à eux, atteignent la Frise en 810 ; forts du tribut de cent livres d'argent en échange duquel ils vendent leur départ, ils reviennent peu après en Frise, puis sur les côtes sud-orientales de l'Angleterre et dans la Manche ; ils remontent alors les rivières, cherchant du butin à l'intérieur des terres, aussi bien en Grande-Bretagne que dans le vaste empire franc.

Par la suite, les raids de pillage s’organisent. Les principales cibles sont les lieux où s'accumulent les richesses : les ports (Dorestad, à la tête du delta du Rhin, plusieurs fois ravagé entre 834 et 863 ; Quentovic, sur l'estuaire de la Canche, et Hamwich, à l'emplacement de l'actuelle Southampton, dévastés en 842) ; les monastères (Lindisfarne en 793, Noirmoutier en 835, Saint-Wandrille et Jumièges en 841) ; les faubourgs des vieilles cités qui cumulent la fonction monastique et la fonction portuaire (Cologne, Trèves, Londres, York, Rouen, maintes fois visitées, ou Paris, attaquée en 845, 857 et 885-886). Au pillage pur et simple des trésors d'églises, des fortunes de marchands, à la capture du bétail ou des hommes, emmenés en esclavage, se substitue la mise à tribut, parfois instituée en un véritable racket, comme en Angleterre, où est régulièrement prélevé à partir de 865 le danegeld, « or des Danois ».

La fondation d'États

Puis les Vikings, plutôt que de rapatrier leur butin, se fixent en pays ennemi. Ils s'installent d'abord pour un simple hivernage dans des réduits côtiers, ensuite à demeure, par exemple dans les îles de la Seine – Oissel face à Rouen, Jeufosse face à Mantes – d'où leurs opérations, qui perdent le caractère strictement saisonnier qu'elles ont eu jusqu'alors, deviennent beaucoup plus imprévisibles et du même coup plus redoutables. La vulnérabilité de leurs victimes les encourage à se fixer dans des villes (York, à partir de 876), à en fonder de nouvelles (dès 900, Dublin et les autres villes du littoral irlandais).

À partir de petites capitales, de véritables principautés dotées d'institutions monarchiques prennent forme, parfois d'ailleurs avec l'accord des puissances locales à bout de ressources. C'est ainsi qu'en 911, au traité de Saint-Clair-sur-Epte, le roi de Francia occidentalis, Charles le Simple, donne le comté de Rouen, noyau de la future Normandie, au chef viking Rollon, contre la promesse de son baptême et l'engagement de faire la police en basse Seine sur les autres Vikings. Ainsi peut être engagé, comme d'ailleurs dans le « royaume d'York » ou dans telle ou telle enclave des côtes de Frise ou de Saxe, un véritable processus de fusion entre les peuples d'origine nordique et le peuplement de l'Europe occidentale.

Dans l'Europe orientale

La reconnaissance de nouveaux itinéraires de commerce détermine les Scandinaves à s'aventurer vers l'est. Dans les dernières décennies du ixe s., le Norvégien Ottar longe les côtes scandinaves jusqu'au cap Nord et à la mer Blanche pour y imposer des tributs aux Lapons, mais surtout pour y chasser les morses et les baleines, sources de matières premières (ivoire, os, peaux, graisse) très prisées des Européens de l’époque.

Les Suédois sont les plus audacieux dans cette quête de nouveaux contacts commerciaux. Dès le début du ixe s., ils s'aventurent sur les rivages orientaux de la Baltique, puis, atteignant les cours supérieurs du Dniepr et de la Volga, ils parviennent à la mer d'Azov en 839, et à la mer Caspienne en 864, sur les rives de laquelle ils se heurtent aux musulmans. Bien que l'on signale des attaques de Varègues sur Constantinople en 860 puis en 941, les Suédois s'adonnent surtout à l'exploitation marchande de ces routes.

Les Suédois s'installent de préférence dans les bourgades fortifiées (les goroda) – Staraïa Ladoga, Novgorod, Kiev – où a commencé de se développer une véritable activité économique. Certains d'entre eux, tel le fameux Riourik, prince de Novgorod mentionné vers 860, y occupent bientôt des postes de pouvoir. Le qualificatif de « russes », qui leur est alors attribué, est même donné aux grandes principautés des plaines slaves de l'Est (la question de l'origine slave ou normande des premières formations étatiques russes reste très disputée entre historiens « normannistes » et historiens « slavisants »). Ils contribuent surtout à établir une connexion directe – esquivant l'intermédiaire méditerranéen – entre les peuples islamisés des steppes du Sud-Est européen, côtoyés depuis les bords de la mer Noire jusqu'aux rivages de la Caspienne, et ceux des mers de l'Europe du Nord.

Dans l'Atlantique Nord

L'aventure atlantique est avant tout l'affaire des Norvégiens. Ceux-ci, ayant utilisé les Shetland et les Orcades comme autant de bases en direction de la Grande-Bretagne, sont, dès l'aube du ixe s., attirés vers les Faerøer (îles Féroé), puis, aux environs de 860, vers l'Islande. Les premières colonies de peuplement y sont établies à partir de 870.

C'est d’Islande qu'Erik le Rouge part en direction du Groenland, atteint en 981, et où s'installent bientôt quelques communautés ; de là encore que Leif Eriksson (« fils d'Erik ») embarque à la découverte du mythique Vinland : les découvertes archéologiques faites à l'Anse aux Meadows, dans le nord de Terre-Neuve, paraissent confirmer que les Vikings ont été les premiers découvreurs occidentaux de l'Amérique, même si leurs établissements y ont été précaires et éphémères. En revanche, c'est à eux que les archipels du nord de l'Écosse, les îles Féroé et surtout l'Islande, doivent l'essentiel de leur peuplement. Cette dernière, qui, suivant le Landnámabók, ou Livre de la colonisation, compilé à la fin du xiie s., reçoit peut-être une vingtaine de milliers d'immigrants au cours du siècle qui suit sa découverte par les Norvégiens, devient un des plus vivants foyers de la culture scandinave du Moyen Âge.

Les navires, instruments du succès des Vikings

Les techniques de construction

Les spécimens de bateaux vikings découverts à Vestfold et surtout à Roskilde montrent le génie des charpentiers scandinaves.

Les bateaux vikings sont légers et résistants, grâce à la technique de la construction à clin : les planches du bordé se chevauchant à la manière des tuiles d'un toit, il suffit, pour les faire tenir les unes avec les autres, de les clouer ou de les riveter solidement sur toute leur longueur, sans qu'une charpente intérieure lourde et rigide n’ait besoin d’assurer la cohésion de l'ensemble. D'autre part, le fond plat est pourvu d'une simple planche de quille : l'embarcation, au profil transversal en accolade, offre à la fois stabilité et résistance à la dérive.

Sur cette structure commune, des variantes peuvent intervenir selon que le bateau est destiné à la guerre, au commerce, au cabotage ou aux expéditions lointaines. Le vocabulaire des inscriptions runiques et des sagas rend compte de ces différents usages : il est question de knörr pour le gros navire de commerce, de langskip et de snekkja pour les navires de guerre – en tout cas, jamais de drakkar à proprement parler (ce mot, signifiant « dragon », étant improprement attribué aux navires vikings dont la proue était dotée d’une figuration de cet animal fabuleux).

La maîtrise de la navigation

Les navires ont, une fois gréés, une souplesse et une maniabilité supérieures à tous leurs concurrents des mers septentrionales. Leur faible tirant d'eau et leur fond plat leur permettent de remonter très en amont les rivières, en même temps qu'ils autorisent l'échouage sur n'importe quel haut-fond. Grâce à leur parfaite symétrie, ces embarcations peuvent, une fois échouées, repartir en arrière sans manœuvre contraignante, l'étrave devenant étambot et inversement. Par bon vent, elles atteignent une vitesse d'une dizaine de nœuds (18,52 km/h) et couvrent une distance de 80 milles nautiques (près de 150 km) par jour ; un important équipage à la rame peut se substituer à la voile. On peut aisément y charger, et en décharger, des chevaux, ce qui permet de prolonger l'expédition sur la terre ferme.

Peut-être un pilote à l'avant du navire, en tout cas un timonier à l'arrière, occupé à manœuvrer une rame de gouverne latérale, assurent la progression du navire, dans la mesure du possible au plus près des côtes. Mais pour maintenir son cap dans les expéditions lointaines, il est nécessaire (en un temps où l'on ignore la boussole) d'observer la direction des vents dominants (d’où l’utilisation de girouettes), la forme des vagues, l'orientation des courants, les itinéraires de migration des cétacés et des oiseaux marins, la position du soleil et des étoiles : une connaissance empirique de la mer et surtout l'expérience transmise de génération en génération ont été les conditions indispensables du succès.

Archéologie et iconographie des embarcations vikings

On a découvert, et on continue de découvrir, de nombreuses épaves de bateaux, aussi bien dans les tombes (le voyage dans l'au-delà était censé se faire en bateau) qu'au fond des fjords : tombes royales du Vestfold, au bord du golfe d'Oslo, à Tune en 1867, à Gokstad en 1880, et à Oseberg en 1903. En 1962, dans le fjord de Roskilde, près de Copenhague, ont été retrouvées les coques de cinq navires d'aptitude et de gabarit différents qui ont été délibérément échoués au début du xie s. Mais les épaves ne livrent presque aucune information sur les superstructures des bateaux, notamment sur leur gréement. En revanche, une iconographie très riche – pierres gravées suédoises du viiie s. ; monnaies au type du navire du ixe s. – éclaire les étapes de l'adoption de la voilure et des équipements (mât, vergue, haubans, garcettes). Ces données ont permis la réalisation de répliques fiables, dont les aptitudes ont été testées en mer : ainsi est-ce grâce à l'archéologie expérimentale que l'on a une idée des performances des bateaux vikings en matière de capacité de jauge, de vitesse, ou de résistance aux courants et aux vents contraires.

Les conséquences des expéditions vikings

En Occident

Les premiers raids vikings ont certainement été désastreux pour l'Occident. Car si les empereurs Charlemagne, Louis le Pieux et Charles le Chauve prennent successivement quelques dispositions de défense côtière ou fluviale, ils ne peuvent rien faire devant l'imprévisibilité et la rapidité des attaques. Certains ports, comme Dorestad, sont détruits et définitivement abandonnés ; les circuits de communication sont démantelés ; de nombreuses abbayes sont pillées et leurs précieuses reliques enlevées. Mais une fois passé le premier choc, l'Occident tire de sa rencontre avec les Vikings une force nouvelle et un élargissement de ses horizons.

Les premiers succès occidentaux

Il faut attendre la fin du ixe s. pour que les Occidentaux remportent leurs premiers succès. En Angleterre, le roi Alfred de Wessex (871-899), qui a multiplié les fortifications dans tout son royaume et qui est parvenu à vaincre les Vikings à plusieurs reprises, cristallise autour de sa couronne une première conscience nationale anglaise. Sur le continent, la riposte la plus efficace vient des pouvoirs locaux, notamment de certains comtes, dont l'autonomie militaire accélère le processus d'éclosion des grandes principautés territoriales ou féodales : la fortune politique des Robertiens, comtes de Tours puis de Paris (les ancêtres des Capétiens), repose en grande partie sur les succès, ou au moins sur le prestige, qu'ils acquièrent dans la lutte contre les « Normands », tel Robert le Fort, mort au combat en 866.

Le redémarrage économique

L'Occident n'attend pas les premières victoires pour sortir de l'engourdissement économique dans lequel l'insécurité aurait pu l'enfermer. D'opportunistes négociants cherchent à tirer parti de la présence des Vikings et s’accrochent à leur sillage pour leur vendre des produits prohibés (des armes par exemple) dont toute une législation s'évertue à interdire la traite.

Il est certain qu'à partir du moment où ils se sont installés dans les pays occidentaux et qu'ils y ont acquis la maîtrise de contrées entières (l'Angleterre du Nord, devenue danelaw, « pays de la loi danoise » ; le comté de Rouen, bientôt dilaté en une vaste Normandie ; l'île de Man ; ou encore certaines portions du littoral irlandais), les Vikings se muent en agents économiques. À York notamment se développe un atelier monétaire, sans doute alimenté par les butins et les tributs, dont les frappes ont été retrouvées depuis l'Irlande jusqu'à l'Uppland suédois. Ainsi, grâce aux Vikings, l'Occident se trouve-t-il intégré dans un nouveau système de communications nord-européen, considérablement élargi puisqu'il s'étend désormais de la mer Blanche jusqu'aux îles de l'Atlantique Nord.

La création de la Normandie

L'histoire de la Normandie des xe-ixe s. est celle d'une incontestable réussite viking. Les comtes puis les ducs successeurs de Rollon gardent dans leur politique d'expansion, jusqu'à Guillaume le Conquérant, un esprit d'entreprise et une pratique de la conscription typiquement scandinaves, en même temps qu'ils utilisent à leur avantage un corpus d'institutions majoritairement hérité du droit franc. Grâce à cette dualité et à la fusion réussie entre Scandinaves et autochtones, ils font de leur principauté l'État féodal le plus puissant d'Occident.

De la même façon, on peut dire que c'est grâce à leur dynamisme et à la préservation d'un réel savoir-faire en matière de construction navale que les Normands du ixe s. peuvent se lancer dans les aventures lointaines qui les conduisent non seulement en Angleterre, mais aussi en Italie du Sud, en Sicile et dans le Proche-Orient des croisades.

En Scandinavie

Le développement des villes

La prise en main, en fin de période et seulement au Danemark et en Norvège, des expéditions vikings par les rois ont conforté la montée en puissance des monarchies scandinaves.

Ainsi, au modeste poste de traite d’Hedeby (Haithabu), établi par les Occidentaux vers le milieu du viiie s. à la base sud-orientale de la péninsule danoise, le roi des Danois Godfried substitue-t-il peu après 800 une véritable ville bâtie de toutes pièces, suivant un développement planifié. Il y attire d'autorité marchands occidentaux (au premier chef frisons et saxons), slaves et danois ; le port est équipé de quais et de brise-lames, et de nombreux ateliers d'artisans y prospèrent. Au ixe s., le comptoir de Birka (sur l'île de Björkö, au milieu du lac Mälar) se substitue à celui d’un îlot voisin, Helgö, attirant des Suédois, mais aussi des Frisons, des Baltes et des Slaves ; l'autorité et les intérêts du roi des Svear y sont défendus par un préfet. À Birka comme à Hedeby arrivent, et quelquefois sont transformés, des produits venant non seulement de l'horizon scandinave, mais aussi d'Occident et d'Orient. C'est là que, dès les environs de 825, sont frappées, avec l'argent des rapines, les premières monnaies scandinaves, inspirées des modèles venus d'Occident.

Les métaux précieux sont surtout convertis en bijoux et autres objets d'art. Fibules, boucles, bagues, torques, broches, appliques, amulettes, pendentifs, bracelets, garnitures de harnachement sont autant de supports sur lesquels les artisans scandinaves multiplient les entrelacs, torsades et figurations animalières démesurément étirées, semblables à celles que révèlent les gravures sur pierre (nombreuses dans l'île de Gotland) et les sculptures sur ivoire de morse, sur andouiller de renne et surtout sur bois (admirablement représentées dans le mobilier de la tombe norvégienne d'Oseberg, du début du ixe s.).

La christianisation

Les contacts avec l'Occident ont ainsi amorcé la christianisation de la Scandinavie la plus profonde. Dans un premier temps, le Christ est reçu comme une divinité supplémentaire du panthéon viking. L'histoire a néanmoins retenu les efforts de Louis le Pieux pour tenter dans les années 820, comme en riposte aux raids vikings, l'évangélisation de la Scandinavie par l'envoi à Hedeby et à Birka de plusieurs missionnaires, en particulier de saint Anschaire.

La christianisation des Vikings de Rouen, d'York et de Dublin (en plus de celle, sous influence byzantine, des Varègues de Russie), avec lesquels les contacts sont restés multiples, ainsi que la progressive pacification au cours du xe s. des relations entre l'Occident et la Scandinavie facilitent la tâche ultérieure des missionnaires, essentiellement venus d'Angleterre et de Germanie. Suivant un processus courant dans l'évangélisation des peuples « barbares », c'est l'adhésion des rois – rois uniques désormais – à la nouvelle religion qui entraîne l'adhésion des populations ; ainsi, Harald Blåtand (vers 940-vers 986) et Sven Tveskägg (986-1014) implantent le christianisme au Danemark, tandis qu’Olav Tryggvesson (995-1000) et Olav Haraldsson (1016-1028) l'introduisent en Norvège. Si ces derniers ont découvert le christianisme à l'occasion de longs séjours en Angleterre, les deux premiers le reçoivent de missionnaires allemands directement venus à Jelling.

Avec la christianisation de l'Islande, contemporaine de celle de la Norvège, et avec celle, finalement sous obédience occidentale, de la Suède, réalisée par paliers jusqu'à ce que le temple d'Uppsala, haut lieu des liturgies païennes, soit remplacé par une église, c'est tout le monde scandinave qui bascule dans la chrétienté.

La fin des Vikings

Avec la christianisation s'achève l'ère des Vikings : si, spécialement en Suède, des pierres runiques sont encore élevées à la mémoire de parents morts dans un lointain outre-mer, elles sont désormais ornées d'un décor cruciforme ; si, en Norvège, les sculpteurs sur bois et les architectes réalisent encore des prodiges, c'est dans la construction et dans la décoration des églises ; enfin, si en Islande une littérature écrite se met à fleurir, c'est pour célébrer les hauts faits des Anciens et les bienfaits de leur conversion au christianisme.

Par les moyens de la guerre et par ceux de la paix, les Vikings ont finalement su créer un système de communications homogène depuis l'Atlantique Nord jusqu'à la Caspienne, faisant de la Baltique une autre Méditerranée, aire de rencontre entre l'Occident et l'Orient.