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monachisme

(latin monachus, moine)

Moine copiste
Moine copiste

État de moine ; institution monastique.

Le monachisme chrétien

Dans le christianisme, l'idéal monastique se caractérise essentiellement par la recherche de la perfection évangélique et par la séparation d'avec la vie du monde. Les moines et les moniales, occidentaux ou orientaux, ont vécu selon trois principes – pauvreté, chasteté, obéissance –, fixés ensuite dans les vœux présidant à leur entrée dans la vie religieuse.

Au cours de l'histoire, les religieux ont été plus proches tantôt des laïcs, tantôt du clergé sacerdotal. Destiné à une mission spirituelle, le monachisme a aussi constitué un pouvoir influent, parfois redoutable, sur l'Église et la société.

Le monachisme primitif

Les premiers chrétiens, disciples de Jésus, partageaient leurs biens et recherchaient une communion spirituelle ; ils pratiquaient la prédication avec une intense vocation missionnaire. Leur vie, décrite dans les Actes des Apôtres, représente le modèle que se proposent les moines, particulièrement dans les premiers temps et, aujourd'hui encore, dans la tradition orthodoxe qui se veut toujours « apostolique ».

Les premiers moines ermites

Le mot « moine », signifiant « seul » et « unifié » en grec (monos, qui devient monachus en latin), témoigne lui-même de la vie et de la vocation des premiers religieux chrétiens. Le monachisme chrétien naît en Orient, dans la seconde moitié du iiie s., sous l'effet d'une profonde nostalgie de la première communauté chrétienne, idéalisée, mais aussi d'un état pré-adamique qui renouerait avec la pureté d'avant la chute originelle.

L'Égypte est souvent considérée comme le berceau du monachisme chrétien, or celui-ci apparaît vers la même époque en Égypte, en Palestine et en Syrie. Le développement du monachisme égyptien a été tel (multiplication des sites monastiques, fascination exercée par les Pères du désert et rayonnement de leur littérature) que les autres établissements monastiques d'Orient ont décidé, a posteriori, de s'en réclamer. La conversion de l'Empire romain et la fin des persécutions assurent au christianisme une situation confortable dans les villes et les villages, faisant reculer le paganisme dans les lieux inhabités. Les premiers moines ermites partent dans le désert (érémos en grec), d'une part, pour échapper aux séductions du monde et du pouvoir, et d'autre part parce qu’il s'agit du nouvel habitat du démon. Cette retraite implique un renoncement radical et la solitude : c'est l'anachorèse. Dès lors, le monachisme va revendiquer l'éloignement du monde social et politique.

Les moines, surtout aux origines, se livrent aux exercices ascétiques les plus rudes. Monachisme et ascétisme vont en effet de pair, et ont pour corollaires une vie contemplative de prière continuelle et de mysticisme. L'oisiveté étant réprouvée, les moines sont astreints à un travail manuel qui les aide dans leur méditation.

Le « père » de l'érémitisme est saint Antoine le Grand (250-356), anachorète qui va influencer aussi bien le catholicisme que l'orthodoxie. La Thébaïde (partie méridionale de l'Égypte ancienne) est alors peuplée d'ermites qui vivent dans les anciens tombeaux égyptiens. L'anachorèse se développe de même en Palestine, dans le désert de Gaza, en particulier grâce à saint Hilarion, disciple de saint Antoine.

Les moines cénobites

Les moines se regroupent bientôt en communautés autour des pères spirituels, amorçant la tradition de l'enseignement ascétique des Pères du désert (ive-ve s.). En Palestine et en Syrie, cette vie monacale persiste sous sa double forme, érémitique et cénobitique – dans l'Église maronite notamment –, jusqu'à la fin du xviie s. Avec le cénobitisme (du grec koinos-bios, « vie en commun ») et son idéal de partage communautaire des joies et des peines, le monachisme veut incarner un autre monde, devançant l'espoir d'une fin des temps (eschatologie) où régnerait enfin la justice divine.

La vie cénobitique organisée va se constituer autour de saint Pacôme, qui, vers 320, établit les règles de vie des monastères féminins et masculins : vie commune menée par les moines sous l'autorité d'un abbé – terme par lequel on désigne les moines en Égypte et en Orient et qui vient d'Abba, « père » – ou d'un supérieur. Il fonde ainsi la première congrégation monastique « centralisée ». Saint Pacôme a, sans doute, été le premier moine à écrire en copte, qui servira de langue liturgique à l'Égypte. Certains monastères coptes (en Thébaïde) restent de hauts lieux de culture jusqu'au xiie s. et développent un art pictural propre dont il reste des fresques et des icônes. Plus au sud, l'Éthiopie connaît aussi, dès l'Antiquité, une tradition monastique qui, comme celle des coptes, est toujours vivante.

Au ive s., saint Basile de Césarée, surnommé le Grand, devait avoir la plus grande influence sur l'avenir du monachisme. Après des études à l'école d'Athènes et de nombreux voyages, il s'établit en Cappadoce et écrit 55 Grandes Règles et 313 Petites Règles pour les monastères, qui reprennent les prescriptions de saint Pacôme : modération relative de l'ascétisme, obéissance au supérieur, obligation du travail manuel, mais il ajoute plus de charité.

Vers 356, saint Basile rédige les deux Règles monastiques dont saint Jean Cassien et saint Benoît s'inspireront, ainsi que des paroles des Pères du désert (compilées au ve s. dans les Apophtegmes des Pères du désert), pour établir les lois du monachisme en Occident. L'esprit basilien régit toujours le monachisme oriental.

Le monachisme orthodoxe

Ainsi, la tradition monastique vient d'Orient, et les moines orthodoxes se situent dans la continuité ininterrompue de ce christianisme primitif (orthodoxie). En effet, ils ne considèrent pas le « charisme » – « grâce » de l'Esprit qui porte un homme à la sainteté – ou la prophétie comme des phénomènes exceptionnels ou anormaux.

Une libre structure

Il n'existe pas d'ordre unifié autour d'une règle dans l'Orient chrétien. Malgré l'influence dominante des règles de saint Basile, chaque monastère s'inspire également de saint Pacôme et de saint Jean Cassien, suit les coutumes de sa région et respecte la hiérarchie ecclésiastique locale.

L'idéal monacal reste purement contemplatif, et peu de moines deviennent prêtres. Les communautés s'adonnent principalement à la psalmodie. Le passage de la vie communautaire à la compagnie semi-érémitique du maître spirituel et de ses quelques disciples, ou à l'ermitage solitaire et silencieux, est toujours possible. Accentuant ces aspirations mystiques, les religieux orientaux rejettent aussi en majorité la sagesse antique, dont ils n'ont pas eu à assurer la pérennité, à la différence de leurs pairs occidentaux, puisque le milieu séculier byzantin en est tout imprégné. S'opposant régulièrement au pouvoir, les moines d'Orient sont restés des guides spirituels et populaires.

Il y eut ainsi en Syrie des ascètes, souvent illettrés, aux exigences extrêmes, comme les boskoi (« pasteurs »), montagnards errants et végétariens, ou Siméon Stylite (dit l'Ancien), qui passait des semaines sans manger, debout sur une colonne pour symboliser la retraite dans le ciel. Mais c'est avec l'œuvre de saint Jean Chrysostome – installé à Antioche, puis patriarche de Constantinople – que les monastères et leurs écoles deviennent aussi des institutions d'éducation ouvertes à toute la société.

Dès le ve s., l'Arménie connaît, par l'intermédiaire de la Syrie, un puissant monachisme autochtone, relativement indépendant du reste de la chrétienté. Elle a compté près de 2 000 monastères, grands carrefours culturels et scientifiques, qui ont joué un rôle fondamental au Moyen Âge et lors du renouveau arménien des xviie et xviiie s.

Constantinople, capitale de l'Empire romain d'Orient, devient à partir du viie s., et jusqu'à sa chute en 1453, le centre religieux de l'Orient. Les moines sont les principaux acteurs de la culture chrétienne, qui prend alors son essor grâce au développement de l'art de l'icône et à la création du « rite byzantin ». Pendant la crise iconoclaste, les moines, fervents défenseurs des images, ont fait l'objet de nombreuses persécutions. Théodore le Studite, à la direction du monastère du Stoudios de Constantinople, a profondément réformé le monachisme byzantin. Excluant toute forme de vie érémitique, il a prôné un retour au strict cénobitisme et cherché à restaurer l'idéal communautaire.

Suivant dans une large mesure la tradition ouverte par Théodore et évangélisée à partir du ixe s. par le christianisme byzantin, la Russie voit aussi fleurir des monastères, dont la retraite la plus célèbre est le monastère (ou « laure » dans le vocabulaire orthodoxe) des Grottes de Kiev, fondé en 1055. Après les invasions mongoles, la renaissance russe du xive s., dans le Nord-Est puis à Moscou, est le fruit du labeur social et de la réforme de l'Église entreprise par les moines sous l'influence du mouvement mystique de l'hésychasme, tradition spirituelle développée sur le mont Athos, notamment par saint Grégoire Palamas. Le monde orthodoxe échappe ainsi à la crise religieuse occidentale du xvie s. : les moines transmettent au peuple le goût pour la lecture de la Bible et la prière. Le prophétisme et le paupérisme évangélique sont respectés – malgré l'existence de riches communautés monastiques. Le patriarcat de Moscou succombe peu à peu au ritualisme et au mythe national de la Sainte Russie, en dépit de la résistance de certains moines et ermites. Pierre le Grand asservit ensuite l'Église russe, et Catherine II étouffe progressivement la vie monastique jusqu'à séculariser les biens des couvents en 1764.

Renouveau religieux et intellectuel

La renaissance monastique intervient au tournant des xviiie et xixe s. grâce à la Philocalie (« amour de la beauté ») – anthologie de la spiritualité des saints hésychastes attribuée au Pseudo-Macaire et à Nicodème l'Hagiorite, moine du mont Athos –, parue en 1782 à Venise. Un important mouvement de piété féminine, laïque puis communautaire, traverse alors le peuple russe. Des hommes très populaires, les « anciens » (startsi ou staretz au singulier, en russe ; gérontès, en grec), qui reprennent la tradition des apôtres et des prophètes, réforment et dirigent alors les monastères et la hiérarchie ecclésiastique. Ils encouragent aussi de nombreuses missions en Asie du Nord. En Grèce comme en Russie, le monachisme du xixe s. filtre l'esprit profane de l'Occident et renoue les liens entre la foi et la culture. Le monastère d'Optimo et ses startsi est au centre de la littérature et de la pensée russes du xixe s. Les thèmes hésychastes (c'est-à-dire qui se rattachent à la spiritualité orthodoxe) se retrouvent chez certains écrivains russes, notamment Gogol et Dostoïevski.

Mais dès 1900, Philocalie et hésychasme perdent puissance et grandeur. Entre 1918 et 1921, le communisme, par une série de décrets, interdit le monachisme organisé et entreprend parallèlement la destruction du christianisme. Il échouera, malgré une nouvelle offensive en 1958.

Au carrefour des cultures russe et grecque, la Roumanie connaît depuis les années 1990 un important retour au monachisme sous la tutelle de son patriarche et d'une pléiade de « spirituels », qui concourent à une adaptation contemporaine de l'esprit philocalique, qui se manifeste aussi dans les rangs des laïcs eux-mêmes. L'ascétisme reprend lui aussi de l'importance.

Si le monachisme oriental n'a pas disparu, c'est parce qu'il a su aussi se constituer comme intériorité. La tonsure, rite sacré d'entrée dans l'état monacal, est symboliquement pratiquée pour le baptême de chaque fidèle, qui participe dès lors à la même spiritualité. Il a même été possible à des personnes mariées de prononcer des vœux monastiques. Le dynamisme du laïcat orthodoxe, toujours proche du monachisme, reprend toute sa vigueur avec la fin du communisme. Des confréries s'organisent, s'associent à des mouvements analogues en Grèce, et prennent en charge à la fois l'apostolat, la liturgie et la prédication.

Le monachisme catholique

Les voyageurs orientaux et les pèlerins rapportent en Occident les ouvrages et les traditions orientales relatifs à l'anachorèse et au cénobitisme. Saint Jean Cassien établit son monastère à Marseille. Diverses règles de vie monastique sont rédigées, dont celle de saint Benoît de Nursie.

Cependant, en ces temps troublés d'invasions, les couvents servent souvent de refuges ; l'austérité et la moralité y sont peu respectées, et l'érémitisme – isolement complet – devient exceptionnel en Europe occidentale, foyer du catholicisme.

Le monachisme bénédictin

Bastions spirituels et intellectuels, du ve au viiie s., l'Irlande puis l'Écosse connaissent une activité monastique et érémitique intense, mêlant vie séculière et vie régulière. L'héritage de la culture antique classique est sauvegardé par les moines celtes. Proches de la tradition orientale par l'esprit et le mode d'organisation, leur puissante vocation missionnaire, illustrée par saint Colomban et ses disciples, représente une concurrence pour Rome, qui n'aura de cesse de l'affaiblir en lui opposant le monachisme bénédictin.

La création des ordres

La règle bénédictine

L'esprit de la règle bénédictine élaborée par saint Benoît de Nursie – ordre, autorité et travail –, élaborée au Mont-Cassin (Italie) au vie s., joint à un isolement relatif du monastère, rompt avec la tradition orientale de saint Antoine et fonde le monachisme occidental. Sous la puissance conjuguée de la papauté, notamment lors du pontificat de Grégoire le Grand (590-604), et de l'expansion bénédictine du vie au ixe s., la chrétienté romaine s'unifie.

Avec la réforme monastique qui s'engage au xe s., jusqu'au xiie s., dans le rayonnement de la communauté bénédictine de Cluny, la nécessité d'une organisation centralisée des monastères se fait sentir ; le premier grand ordre apparaît. Le monachisme peut dès lors échapper à la juridiction épiscopale locale (privilège de l'« exemption ») et dispose d'une force suffisante pour s'opposer à la monarchie, parfois même au pape, autorité dont il relève.

Les créations d'ordres nouveaux se multiplient, répondant aux individualités marquées de chaque nouveau fondateur, souvent ermite à l'origine, et aussi au morcellement des tâches d'un monachisme devenu actif – prédication, enseignement, ministère paroissial, guerre, notamment avec les croisades (l'ordre militaire des Templiers, par exemple). Les principes de la règle attribuée à saint Augustin, qui avait établi une communauté de clercs séculiers, sont adaptés à ces tendances. La « cléricalisation » des moines devient la règle générale.

Les ordres monastiques

Dans ce courant, l'ordre cistercien (du monastère de Cîteaux, près de Dijon), fondé par saint Robert de Molesmes et florissant vers le milieu du xiie s., se distingue par une sobriété exigeante, notamment dans la liturgie et l'architecture (en opposition avec la richesse des moines de Cluny). Cette règle prohibe les études profanes. Les Cisterciens participent aux grands défrichements et optent pour la vie communautaire.

Ces nouveaux ordres contribuent à la séparation des religieux en deux groupes, à l'intérieur même du monastère : le nom de moine est réservé aux clercs, et les laïcs reçoivent celui de « convers ». Cette distinction, faite au départ pour une meilleure répartition des tâches au sein de la communauté, accentue en fait les différences et aboutit à la subordination des convers aux clercs.

L'homogénéité entre les différentes abbayes de l'ordre est renforcée par l'institution cistercienne du chapitre général annuel, rassemblant les supérieurs de toutes les maisons.

Les ordres mendiants

En réaction à l'immoralité, de plus en plus présente dans les monastères, et à la renaissance urbaine apparaissent les moines mendiants. Ceux-ci souhaitent une nouvelle forme de vie religieuse, indépendante de la tradition monastique. Cette réaction inquiète les évêques, qui décident au quatrième concile du Latran, en 1215, d'imposer à toute nouvelle communauté un coutumier déjà approuvé et conforme à l'une des trois règles reconnues : celles de saint Basile, de saint Augustin et de saint Benoît. Mais cela n'empêche pas les ordres mendiants de se multiplier dès le xiiie s., lesquels renoncent également à la propriété monastique collective.

La centralisation pontificale triomphe grâce à ces puissants agents, franciscains et dominicains avant tout, qui s'engagent dans les luttes politico-religieuses et qui participent à l'Inquisition. Ils organisent des tiers ordres laïques, particulièrement efficaces contre l'esprit hérétique (vaudois ou albigeois).

À la même époque, le culte de la Vierge encourage le développement du monachisme féminin, qui prend parfois la forme des « béguinages » ; ces communautés n'exigent pas de vœux perpétuels, vivent du travail et pratiquent la charité.

Les jésuites et la Contre-Réforme

À l'aube de la Renaissance, le monachisme traverse une crise de recrutement, d'autorité et de moralité. La Réforme protestante est violemment anti-monastique ; les monastères sont supprimés dans tous les pays où elle triomphe.

Les ordres de clercs réguliers répondent par la formation de prêtres modèles – charité et enseignement sont leur finalité – et triomphent avec la Compagnie de Jésus, fondée par saint Ignace de Loyola. Les jésuites ont pour vertu maîtresse l'obéissance ; ils poussent à l'extrême la centralisation sous l'autorité du pape et la multiplicité des formes d'action, au-delà de la contemplation. La Contre-Réforme (ou Réforme catholique) accentue l'organisation des congrégations monastiques ; les monastères sont rebâtis.

Les méthodes missionnaires des jésuites sont absolument inédites, et leur prépondérance est incontestable en Asie (société des Missions étrangères au xviie s.) et en Amérique du Sud. La Compagnie de Jésus, dernier rempart efficace du système monastique des ordres, succombe au « siècle des Philosophes » ; elle est expulsée des principaux pays d'Europe et officiellement dissoute par le pape en 1773.

Renaissance des ordres

Alors que la monarchie et la société rejettent généralement les ordres et que décline le pouvoir papal, le mouvement mystique du xviie s. trouve une nouvelle expression monastique dans des sociétés ou des congrégations rassemblant des séculiers – laïcs ou prêtres. Celles-ci déploient une grande activité d'enseignement et organisent des séminaires. Saint Vincent de Paul crée une forme séculière et active de vie religieuse pour les femmes. Échappant aux contraintes de la clôture, imposée depuis 1566 à tous les monastères féminins, les Filles de la Charité prononcent des vœux privés et annuels.

La Révolution française supprime tous les ordres, mais Napoléon réhabilite bientôt les congrégations « utiles », hospitalières et enseignantes, et les communautés féminines. Après l'Empire, la France est de nouveau le centre de la renaissance exceptionnelle des ordres (y compris les jésuites), plus nombreux que jamais, et unifiés sous le contrôle du Saint-Siège en une congrégation des Réguliers. L'esprit de mission prend une nouvelle ampleur, en Europe même, où la foi s'est affaiblie, et dans tous les pays colonisés. Mais l'anticléricalisme généralisé de la fin du xixe s. engendre les longues années de déclin de la première moitié du xxe s.

Les différentes formes de monachisme apparues au cours de l'histoire coexistent aujourd'hui. Aucune nouvelle forme d'organisation communautaire n'a vu le jour depuis le xviie s., et l'érémitisme n'a eu, depuis la Révolution, pour représentant que le père de Foucauld. Principaux représentants de l'autorité pontificale, les ordres sont tous représentés à Rome. La tendance est à une indépendance toujours plus marquée des deux clergés, régulier et séculier, sous l'autorité du pape.

Le renouveau est certain chez les moines et les moniales après la Seconde Guerre mondiale (cisterciens aux États-Unis). Quant aux aspirations monastiques des laïcs, les instituts séculiers ont pris de l'importance depuis qu'ils ont été reconnus comme le « troisième état de la perfection », en 1947, par Pie XII. Le premier état est représenté par la tradition de la vie commune suivant les trois vœux monastiques, solennels depuis le xiie s., c'est-à-dire irrévocables ; le deuxième état, datant des xviie- xviiie s., exige également la vie en communauté, avec ou sans vœux (sociétés de prêtres, congrégations laïques et cléricales). Sans constituer une forme de vie religieuse, les instituts séculiers encouragent les vœux privés sous forme de conseils puisque leurs membres continuent d'exercer leur profession et ne pratiquent pas la vie communautaire.

Le monachisme dans l'islam

Bien que l'islam ne connaisse pas d'institution proprement monastique, on y trouve des formes de vie qui s'y apparentent. Dès les premiers siècles de l'hégire, la religion du Prophète a exalté l'ascèse, le recueillement dans la solitude, les exercices spirituels et autres pratiques traduisant un désir de perfection intérieure et un souci de suivre la « voie » (selon le sens premier du mot tariqa) de la sainteté. Ainsi sont apparus des isolés ou des errants qui ont donné naissance au vaste mouvement mystique du soufisme.

L'érémitisme brahmanique et hindou

La seule forme de monachisme qu'ait connue la religion brahmanique la plus ancienne est l'érémitisme, pratiqué par des hommes ayant entièrement quitté la société religieuse séculière. Ces « renonçants » (samnyasin) étaient soit des ermites forestiers, soit des moines errants et mendiants.

Dans l'hindouisme tardif, à partir des viiie et du ixe s., des renonçants, tels Shankara et Ramanuja, ont fondé des ordres monastiques. Ceux-ci, professant tantôt le shivaïsme, tantôt le vishnouisme, suivent une règle de type communautaire.

Les moines bouddhistes

Le monachisme bouddhique, dont l'institution remonte au Bouddha lui-même, s'inspire directement de la tradition brahmanique. Comme l'ermite hindou, le moine bouddhiste est un ascète qui a renoncé aux plaisirs et aux obligations de la vie ordinaire. Mais il se distingue du premier en ce que, étant essentiellement mendiant et vivant d'aumônes, il prêche les rudiments de la doctrine du Bouddha et s'adonne à des méditations et à des exercices psychophysiologiques apparentés au yoga, en bannissant, parce que jugées stériles, les mortifications excessives (→ bouddhisme).