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fief

(francique *fehu, bétail)

Bien, droit ou revenu qu'un vassal tenait de son seigneur.

Élément constitutif de la féodalité, le fief est une tenure concédée par un seigneur à son vassal à la suite de l'hommage de celui-ci, et en échange de services (essentiellement militaires). D'origine germanique, le mot, apparu au xe siècle, a supplanté aux xie  et xiie siècles celui de bénéfice, qui, à l'époque carolingienne, désignait une concession viagère en usufruit.

1. Le droit du fief

1.1. Une terre usufruitière et viagère

Investi et mis en possession du fief par le seigneur, le vassal n'en est pas propriétaire : il n'a que le droit utile ou usufruit, le seigneur gardant le droit éminent ou direct. En cas de sous-inféodation, c'est-à-dire lorsque le vassal a lui-même un vassal, il peut lui concéder en fief une partie de celui qu'il a reçu : on aboutit alors à un partage du droit de propriété. En théorie, la concession du fief est viagère : le vassal en jouit sa vie durant, et autant qu'il rend le service du fief.

Le contrat de fief peut être rompu par le défi, rupture de la foi jurée par l'un des contractants, et par la mort de l'un d'eux.

1.2. Vers l'hérédité

Dès le ixe siècle, le fief devient héréditaire. Le fils du vassal qui hérite du fief reconnaît le droit éminent du seigneur par l'hommage et le versement d'un droit de relief, qui équivaut souvent à une année de revenus. Le problème se complique lorsque l'héritier du fief est une fille : le seigneur finit par l'admettre mais cherche à la marier le plus vite possible, pour que le service militaire soit effectué.

Lorsqu'il y a plusieurs héritiers, le fief peut être partagé. En cas d'absence d'héritiers directs, les collatéraux obtiennent l'héritage.

1.3. Vers l'aliénabilité

Le fief n'appartient pas au vassal et, donc, est théoriquement inaliénable. Les seigneurs là aussi ont dû céder et accepter, au xiie siècle, la vente totale ou partielle (on dit abrègement) du fief par le vassal. Ils ont imposé à l'acheteur un droit de mutation, le quint, qui représente 20 % de la valeur du fief. Cette évolution du droit du fief, contraire à l'esprit originel des liens vassaliques, conduit à une emprise de plus en plus forte du vassal sur le fief. Mais les seigneurs, s'ils perdent le contrôle du fief, font, en revanche, des profits en numéraire importants.

2. Les types de fiefs

2.1. Les fiefs de dignité

Les fiefs de dignité consistent en l'exercice d'un pouvoir de commandement : royaumes vassaux du pape (telles la Sicile et la Hongrie) ; principautés ; châtellenies, stade ultime du démembrement des pouvoirs, petite domination territoriale fondée sur un château.

2.2. Les fiefs appuyés sur la seigneurie foncière

De loin les plus nombreux et les plus caractéristiques, les fiefs appuyés sur la seigneurie foncière sont en général modestes. Ils sont constitués d'une seigneurie ou d'une fraction de seigneurie, parfois de plusieurs.

2.3. Les fiefs non fondés sur la seigneurie foncière

Les fiefs non fondés sur la seigneurie foncière correspondent en général à des fractions de revenus (tels les droits de justice, ou les péages), à des offices (tel celui de prévôt, ou de maire), et surtout à des fiefs totalement détachés de la terre qui se sont développés avec l'essor du commerce et de l'économie monétaire. Nombreux en Angleterre et dans les États latins du Levant, on les appelle fiefs de bourse, ou fiefs de soudée, ou fiefs-rentes ; ils consistent en une somme d'argent versée par le seigneur à son vassal. Ce dernier ne considère souvent le fief de bourse que comme un pis-aller.

Pour en savoir plus, voir l'article Ancien Régime.

3. En dehors de l'Occident

Le fief est l'élément clé de la féodalité, mode d'organisation sociale et politique de l'aristocratie d'Occident. L’Empire byzantin et le monde musulman ont connu des formes de concession voisines, mais qu'on ne peut assimiler au fief proprement dit. En revanche, on retrouve un mode de tenure semblable au fief dans le Japon médiéval.