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Louis IX ou Saint Louis

Saint Louis
Saint Louis

(Poissy 1214-Tunis 1270), roi de France (1226-1270).

Petit-fils de Philippe Auguste et grand-père de Philippe le Bel, Louis IX – plus connu sous le nom de Saint Louis – est l’un des maillons essentiels de l’histoire de la dynastie des Capétiens. Son règne a contribué à fonder l’idée de l’incarnation d’un pouvoir politique et spirituel en un homme singulier et non plus seulement en un Dieu universel. Si son action politique a atténué les excès de la féodalité au profit de la notion d’intérêt général, l’idée de justice, profondément associée à sa personne, et les croisades ont pour leur part assuré la postérité spirituelle de Louis IX.

1. La minorité de Louis IX

1.1. Blanche de Castille, régente du royaume

Né le 25 avril 1214 à Poissy, le futur monarque est le troisième enfant de Louis VIII le Lion et de Blanche de Castille. Héritier du trône après la mort de son frère aîné, Louis est âgé de douze ans lorsqu’il succède à son père le 7 novembre 1226. Il est sacré à Reims le 29 novembre de la même année.

Louis IX est proclamé majeur en 1234, mais il laisse à sa mère la conduite des affaires au moins jusqu’en 1242. Jusqu’à cette date, et de nouveau de 1248 à 1252, pendant la croisade d’Égypte, le sort du royaume est ainsi entre les mains de l’énergique Espagnole qu’est Blanche de Castille. La régente maintient en place les conseillers expérimentés de Philippe Auguste et de Louis VIII (frère Guérin, chancelier de France, et Barthélemy de Roye, chambrier de France) et fait appel aux membres des familles seigneuriales d'Île-de-France depuis longtemps attachées à la dynastie capétienne (Gautier Cornu, archevêque de Sens et remarquable ministre ; Mathieu de Montmorency, connétable de France et habile homme de guerre). Elle bénéficie en outre des conseils d’un Italien, Romain Frangipani, cardinal de Saint-Ange et légat du pape.

1.2. La soumission du Languedoc

Depuis 1209, la situation en pays cathare est préoccupante, tout comme l’attitude du comte Raimond VII de Toulouse. Par le traité de Paris du 11 avril 1229, qui met un terme définitif à la croisade des albigeois, la régente impose au comte de Toulouse d’accepter l’annexion au domaine royal des sénéchaussées de Nîmes-Beaucaire et de Béziers-Carcassonne, et de donner en mariage sa fille et unique héritière Jeanne de Toulouse au frère du jeune roi, Alphonse de Poitiers.

1.3. La révolte des barons

Avec le concours de son conseiller italien Romain Frangipani, la régente brise la révolte de Philippe Hurepel, fils de Philippe Auguste et d’Agnès de Méran, auquel se joignent les barons hostiles à ce que la régence soit exercée par une femme (surtout étrangère) : le comte de Champagne, Thibaud IV et surtout le baillistre de Bretagne, Pierre de Dreux, dit Mauclerc. Ébauchée à l'automne 1226, marquée par d’inquiétantes abstentions au sacre de Louis IX le 29 novembre, une première coalition féodale échoue dès le printemps 1227.

Mais elle se reconstitue presque aussitôt. Mis en échec par les Parisiens, qui prennent sous leur protection le jeune roi, vaincus dans le Perche en janvier 1229, privés de l’appui du comte de Toulouse en avril 1229, les révoltés reprennent les armes en 1230 avec l’appui du roi d'Angleterre Henri III, qui est accueilli à Saint-Malo le 3 mai par Pierre Mauclerc. La soumission de Philippe Hurepel en septembre, le retour outre-Manche du Plantagenêt en octobre mettent fin à la révolte avant que la paix avec l’Angleterre et la Bretagne ne soit consolidée, par les trêves de juillet 1231, qui laissent à Louis IX Bellême et Angers (où il fait édifier un château fort). Ces trêves sont confirmées par les accords de Paris de novembre 1234 avec Pierre Mauclerc et d'août 1235 avec Henri III ; elles permettent à Blanche de Castille de léguer à son fils un royaume en paix.

2. Le règne personnel de Louis IX

2.1. La réforme administrative du royaume

La réforme administrative du royaume, inaugurée par Philippe Auguste et par Louis VIII, est poursuivie avec vigueur par Louis IX. Maintenant en place l’Échiquier, les vicomtes et les sergents institués par les Plantagenêt en Normandie, le souverain subordonne les uns et les autres à la Curia Regis et à des officiers originaires de l’Île-de-France ou de l’Orléanais, auxquels il fait également appel pour renforcer son autorité dans les pays de la Loire.

Prévôts et baillis y sont donc introduits, ces derniers cessant alors d’être des inspecteurs itinérants pour devenir des administrateurs nommés, payés et révoqués par le roi pour exercer leurs fonctions dans le cadre d’une vingtaine de circonscriptions bien distinctes entre lesquelles est désormais divisé le vaste domaine royal : les bailliages, appelés sénéchaussées dans le Centre-Ouest et le Midi languedocien, et, plus simplement, mais exceptionnellement, prévôté à Paris. Recrutés soit dans la petite noblesse locale, soit dans la bourgeoisie, tel Étienne Boileau, prévôt de Paris de 1258 à 1267, ces officiers se constituent alors en dynasties, dont la plus célèbre est celle des Beaumanoir, père et fils : ils sont tour à tour baillis en Gâtinais vers 1240-1250 et à Clermont-en-Beauvaisis vers 1280. Ces officiers sont contraints de respecter de strictes règles de gestion, définies par l’ordonnance de 1254.

Les officiers royaux sont étroitement surveillés par des enquêteurs royaux qui ont pour mission de fixer les droits et les devoirs de chacun et de transmettre par écrit toutes les plaintes à Paris, où la cour du roi commence à se subdiviser en sections spécialisées : le Conseil, qui traite plus spécialement des affaires politiques ; la Curia in parliamento, qui s’érige alors en parlement, ayant à la fois le rôle de cour suprême dans certaines affaires et surtout de juridiction d’appel des décisions des tribunaux de bailliage ; la Curia in compotis, enfin, berceau de la future Cour aux comptes.

2.2. Les grandes ordonnances

C’est dans le sens d’un affermissement des prérogatives royales que s’inscrivent les ordonnances de 1263 et de 1265. Désormais, la monnaie royale jouit d’un cours forcé sur tout le royaume, et dès 1266 on frappe deux nouvelles monnaies : un gros d’argent et une pièce d’or. Le règne de Louis devient celui de la « bonne monnaie » qu’évoqueront avec nostalgie les générations suivantes. Ces décisions, impopulaires chez les barons, répondent à un souci d’ordre moral tout en affirmant la supériorité du pouvoir royal. Et c’est bien là l’originalité du règne de Louis IX : la combinaison de la spiritualité et de l’intérêt du royaume, en l’occurrence celui de la monarchie.

Louis IX est également à l’initiative des nombreuses autres grandes ordonnances, notamment celles de 1254 (interdiction des jeux de hasard et d’argent), de 1258 (interdiction du duel judiciaire et de la guerre privée) et de 1262 (confirmant la tutelle royale sur les villes).

2.3. L’extension du domaine royal

Louis IX doit faire face au soulèvement cathare en Languedoc en 1240, et surtout à l’intervention anglaise consécutive au défi que lui adresse Hugues de Lusignan le 25 décembre 1241. Vaincu à Taillebourg et à Saintes le 31 juillet 1242, le roi Henri III d’Angleterre se réfugie à Blaye, tandis que Raimond VII signe la paix de Lorris, qui confirme en janvier 1243 les clauses du traité de Paris de 1229 et permet aux troupes royales de faire tomber les dernières places albigeoises : Montségur en 1244, Quéribus en 1245.

À partir de 1256, Louis IX place sous sa dépendance étroite son gendre le comte Thibaud V de Champagne, auquel il rachète ses droits sur les comtés de Blois, de Chartres, de Châteaudun et de Sancerre afin d’étendre le domaine royal – qu’il a en revanche amputé du Poitou et de l’Anjou pour constituer les apanages de ses frères Alphonse et Charles afin de respecter les vœux ultimes de son père Louis VIII.

Reconnaissant sa puissance au traité de Paris (28 mai 1258, ratifié en décembre 1259), le roi d’Angleterre Henri III consent à redevenir l’homme lige du roi de France et à lui céder définitivement la Normandie, le Maine, l'Anjou, la Touraine et le Poitou en échange de la restitution de ses fiefs et domaines dans les diocèses de Limoges, de Cahors et de Périgueux, et de l’expectative des biens que possède Alphonse de Poitiers en Agenais et en Saintonge au sud de la Charente.

Enfin, dans le même esprit que pour le traité de Paris, Louis IX signe en 1258 le traité de Corbeil avec le roi d’Aragon : il renonce à ses droits sur le Roussillon et Barcelone, tandis que le souverain aragonais abandonne toute prétention sur la Provence et le Languedoc, Narbonne exceptée (par son mariage avec Marguerite de Provence, Louis IX avait acquis un droit de regard sur la France du Sud et ouvrait ainsi de nouvelles perspectives à la monarchie capétienne).

2.4. La symbolique du pouvoir

Souverain convaincu de la dignité royale et des devoirs inhérents à sa charge, Louis IX a développé toute une symbolique du pouvoir. Ainsi organise-t-il la nécropole royale à Saint-Denis après 1239 : dans le chœur reconstruit de l’abbatiale apparaissent exclusivement les tombeaux des rois et des reines ayant régné sur la France depuis les Carolingiens, témoins de la supériorité du sang royal et de la continuité des dynasties.

C’est également au nom de cette très haute idée de la fonction royale que le roi conduit ses relations avec les autres souverains européens. Pour exemple, Louis IX – chrétien, mais épris d’équité – ne se croit pas contraint de soutenir la papauté contre l’empereur germanique Frédéric II, mais prend sous sa protection le concile de Lyon au cours duquel Innocent IV excommunie solennellement l’empereur en 1246-1247. De même, le roi de France condamne par la « mise d’Amiens » de 1264 les barons anglais révoltés qui ont imposé à Henri III les provisions d’Oxford.

3. Louis IX, un roi croisé

3.1. La VIIe croisade

En décembre 1244, à la suite d’une grave maladie, Louis IX fait le vœu personnel de se croiser. Aucune remontrance de son entourage ne parvient à le détourner de son projet, quelles que soient les inquiétudes que suscite une inévitable régence.

Le pape Innocent IV réunit à Lyon un concile qui se tient en août 1245 et envoie un légat prêcher la croisade. Louis va consacrer trois ans à préparer son expédition et à réorganiser son administration. En 1247, une grande enquête est confiée à des moines mendiants pour relever toutes les injustices commises auprès des populations et y porter remède. Le roi se montre aussi soucieux d’assurer la paix intérieure que la paix extérieure. Espérant convaincre les Mongols de l’intérêt d’une alliance militaire contre les sarrasins, il leur envoie une ambassade menée par André de Longjumeau.

Le roi, accompagné de son épouse, de son frère Charles d’Anjou et du légat pontifical, quitte le royaume le 25 août 1248, laissant la régence à sa mère Blanche de Castille. Il a été convenu de diriger l’attaque vers l’Égypte, et l’armée royale débarque près de Damiette après avoir fait étape à Chypre. Pour des raisons qui tiennent au choix du terrain et à la division des forces occidentales, et en dépit du succès initial de la prise de Damiette, l’expédition est un échec certain : le roi est fait prisonnier à Mansourah le 5 avril 1250. Avec l’aide de son épouse, qui tient Damiette, Louis négocie sa rançon et celle de ses chevaliers (Damiette et 500 000 livres sont offertes au sultan d’Égypte) et obtient une trêve de dix ans avec l’Égypte.

Louis ne rentre pas pour autant immédiatement en France et aide les villes chrétiennes (→ Jaffa, Sidon, Acre) à renforcer leur défense et leur administration. Ce n’est qu’après avoir appris la mort de sa mère (Blanche de Castille s’éteint en décembre 1252, mais la nouvelle ne parvient aux croisés qu’au printemps 1253) que le roi accepte de rentrer en France. Louis IX entre à Paris le 7 septembre 1254, après six années d’absence.

3.2. La VIIIe croisade et la mort

Toutefois, Louis IX n’abandonne pas l’espoir de prendre sa revanche en Terre sainte. En mars 1267, il prend de nouveau la croix, trois ans avant de s’embarquer, le 1er juillet 1270, pour Tunis, dont il pense que l’émir al-Mustansir Bi-llah est disposé à se convertir et à lui apporter son aide militaire contre l’Égypte. Mais la nouvelle était fausse : lors du siège de la ville, l’armée est décimée par la peste, qui emporte Louis le 25 août. Charles d’Anjou ramène en France, avec son armée, le corps du roi, qui est enterré à Saint-Denis auprès de ses ancêtres.

Pour en savoir plus, voir l'article les croisades.

4. La canonisation de Saint Louis

Aussitôt après sa mort, Louis IX apparaît comme un saint aux yeux de son entourage et de ses sujets. Aussi, dès 1272, une demande de canonisation est-elle déposée auprès du pape. En 1278, Nicolas III ordonne une enquête, et c’est pendant le pontificat de Boniface VIII, en 1297, qu’est accordée la canonisation. Cette décision répond à un souci politique et sert les intérêts de la monarchie capétienne, fière de compter désormais un saint dans ses rangs. Tout en reconnaissant les vertus du roi, l’Église a surtout voulu sanctifier un laïc, un homme de son temps qui a su mener sans ostentation une vie édifiante. C’est ainsi que passe à la postérité l’image de Saint Louis, roi juste et pieux.

5. Saint Louis, un homme de son siècle

5.1. Des élans spirituels

Élevé « noblement » par sa mère dans la crainte du péché mortel, Louis IX fait preuve dès son avènement d’une profonde piété. Grand et mince, mais de santé délicate, il s’astreint pourtant à assister chaque jour à la totalité de l’exercice divin. Fortement inspiré par les ordres mendiants – le souverain apprécie la compagnie des dominicains et des franciscains –, il est un auditeur passionné de sermons. Il aime citer des exemples et des anecdotes qui lui permettent d’affirmer sa foi.

Sa piété s’appuie sur les œuvres, sur des aumônes généreuses, comme sur la participation aux travaux de construction de l’abbaye de Royaumont, fondée grâce à un legs de son père.

Louis est également très attaché aux reliques : en 1239, il rachète aux Vénitiens celles de la Passion (couronne d’épines, clou du Christ en croix), que ces derniers avaient reçues en gage de Baudouin II ; afin de leur donner un cadre digne d’elles, il fait construire entre 1241 et 1248 la Sainte-Chapelle, à Paris.

5.2. Une personnalité complexe

Mince, de haute taille mais de santé fragile, le roi est blond et élégant. Son caractère est volontiers emporté, et il a le sentiment très vif de son autorité. S’il écoute sa mère, c’est parce qu’il est convaincu de la pertinence de ses conseils plutôt que par docilité. Peu expansif dans ses témoignages d’affection, il semble avoir été très attaché à Marguerite de Provence, qu’il épouse le 27 mai 1234, alors qu’il vient d’atteindre sa majorité. Le couple aura onze enfants ; le roi restera toujours attentif à leur éducation. Il demeure également proche de ses frères : Robert, auquel il confie l’Artois ; Alphonse, nanti de l’apanage du Poitou et soutien efficace ; Charles, enfin, installé en Anjou et qu’il doit, à plusieurs reprises, rappeler à l’obéissance.

5.3. Chroniqueurs et biographes

Les témoignages des contemporains sont exceptionnellement abondants, et c’est là, certainement, l’une des raisons de la célébrité de Saint Louis.

Jean de Joinville, proche du roi lors de la septième croisade (1248-1254), rédige en 1309 un Livre des saintes paroles et des bons faits de notre roi Louis. Au lendemain de la mort du roi, son confesseur, Geoffroi de Beaulieu, et son chapelain, Guillaume de Chartres, qui l’a accompagné lors de ses deux croisades, s’attachent également à relater sa vie. Par ailleurs, Guillaume de Saint-Pathus, confesseur de Marguerite de Provence, puis de sa fille Blanche, a écrit une Vie de Louis. Outre-Manche, le témoignage du chroniqueur Matthew Paris utilise largement les souvenirs du roi Henri III d’Angleterre, compagnon de Louis IX lors de la septième croisade. Enfin, le roi lui-même a laissé des Enseignements, rédigés lors du siège de Tunis, à l’attention de son fils Philippe qui lui succède sous le nom de Philippe III le Hardi.

Pour en savoir plus, voir l'article Capétiens.