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Touraine

Ancienne province de France, axée sur la Loire, entre l'Anjou, le Maine, l'Orléanais, le Berry et le Poitou, correspondant à peu près au département d'Indre-et-Loire et couvrant environ 6 500 km2. (Habitants : Tourangeaux.) Capitale : Tours.

GÉOGRAPHIE

La Touraine présente des milieux naturels très divers. Formée sur une convergence de vallées (Loire, Cher, Indre, Vienne), elle dut longtemps à ses varennes (Val de Loire) sa réputation de « jardin de la France ». Ses plateaux, inégalement doués, opposaient à de bons terroirs calcaires (Champeigne et plateau de Sainte-Maure, entre Cher et Vienne) de lourdes collines d'argile à silex (Gâtine tourangelle au N., Gâtines de Montrésor et de Loches au S.-E.), la carapace stérile des landes du Ruchard et les étendues désolées de la Brenne des étangs. L'amendement au xixe s., l'engrais au xxe s. ont effacé des contrastes qui faisaient de la province « un habit de bure orné de broderies d'or » (Michelet). La Touraine a ajouté, sous son ciel lumineux, à ses productions agricoles (céréales, vins, fruits, produits d'élevage), un tissu industriel et des équipements culturels. Ses grands châteaux y ajoutent une fréquentation touristique importante.

HISTOIRE

Le pays des Turones, ou Turons, est intégré par les Romains à la Lyonnaise Ille, puis à l'Austrasie par par les Mérovingiens. Ceux-ci en confient l'administration à un comte. Le comté, devenu héréditaire (xe s.), convoité par les comtes de Blois et ceux d'Anjou, est cédé en fief au comte d'Anjou Geoffroi II Martel (1044). Il est l'enjeu des luttes entre Jean sans Terre et Philippe Auguste ; ce dernier occupe Loches et Chinon en 1205, et la possession du territoire est reconnue au roi de France par Henri III d'Angleterre (traité de Paris, 1259).

La Touraine est alors confiée en apanage à de nombreux princes du sang. Le futur Jean II le Bon en est, en fait, le premier bénéficiaire en 1332. Érigée en duché-pairie, la Touraine passe ses fils Philippe le Hardi (1360-1363), futur duc de Bourgogne, et Louis (1370-1384), duc d'Anjou, puis à son petit-fils Louis (1386-1392) avant qu'il devienne duc d'Orléans (1392). Le futur Charles VII est à son tour investi (1416-1418 ; 1419). Après son avènement (1422), le souverain confie le duché, qui fait partie du royaume de Bourges, à sa femme Marie d'Anjou, puis au comte écossais Douglas, et ensuite au duc Louis III d'Anjou (1425).

Le duché, où résident fréquemment les rois de France de Charles VII à Henri IV, dans leurs châteaux de la Loire, devient le centre de la généralité de Tours-Poitiers et Bourges, pays de grande gabelle. Abandonnée par la monarchie au profit de Paris et de Versailles au xviie et xviiie s., la Touraine, dont le dernier duc a été François d'Alençon (1576-1584), n'est plus ensuite qu'une simple province.

LITTÉRATURE

La France doit à la Touraine son premier historien : saint Grégoire de Tours, auteur, au vie s., d'une Histoire des Francs, en latin. Au viiie s., Alcuin, abbé de St-Martin de Tours, réforme l'écriture. Après lui, l'école de Tours atteint son apogée. Mais ni saint Grégoire ni Alcuin n'étaient tourangeaux de naissance. De grands écrivains du xie s. sont, eux, de véritables Tourangeaux, tels Raoul Leclerc et Bérenger. Au xiie s., ce sont des philosophes qui font la gloire de la Touraine, notamment Bernard Silvestris.

Rattachée à la Couronne dès le xiiie s., la Touraine devient un centre littéraire de première importance quand Charles VII se fixe à Chinon : Charles d'Orléans, Jean Meschinot, Pierre Vaillant, Villon même font de fréquents séjours à Tours, à Amboise, à Chinon. Au xvie s. fleurit un humanisme tourangeau, avec Macé et Claude Marchand de Lignerie, René Fame (v. 1500-1540) et les frères Brodeau, Jean (v. 1500-1563) et Victor (v. 1502-1540). Rabelais ne vécut guère en Touraine, à la différence du très rabelaisien Nicolas de Troyes, qui rédigea en Touraine, vers 1531, son Grand Parangon des nouvelles nouvelles, ou du Parisien Béroalde de Verville, qui, réfugié à Tours vers 1593, y composa notamment ses Aventures de Floride. Ronsard lui-même doit à la Touraine une bonne part de son œuvre.

Avec le retour de la Cour à Paris, la littérature tourangelle disparaît. La Touraine donnera ensuite quelques grands noms à la littérature française ou sera une puissante source d'inspiration, pour Balzac notamment.

BEAUX-ARTS

Le monastère de Saint-Martin de Tours fut, au temps d'Alcuin, un important centre artistique avec ses ateliers d'enlumineurs. Environ 80 manuscrits en provenant ont été identifiés, qui se signalent par l'emploi d'encadrements à portiques géminés pour les tables de concordance des Évangiles et par l'ornementation des Brandes majuscules. À la mort d'Alcuin, I'atelier de Marmoutier prit la relève.

Saint-Martin joua un rôle important en architecture à partir de la reconstruction de son église en 904, qui suscita des imitations à Perrusson, Autrèche, Avrillé-les-Ponceaux, Chanceaux-sur-Choisille, Cravant-les-Coteaux, St-Mexme de Chinon ; mais c'est surtout l'édifice suivant, la grande basilique de pèlerinage de Saint-Martin, commencée en 990 et aujourd'hui disparue, du type de Conques, Saint-Sernin de Toulouse et Compostelle, qui donna à l'art roman, en Touraine, un élan décisif. Au xiie s. se multiplient les églises à portail sans tympan (Saint-Ours de Loches faisant exception), en croix latine et à nef unique, aux chapiteaux marqués d'influences orientales. L'église de Tavant et sa crypte, les chapelles de la Chartreuse du Liget et de Saint-Gilles de Montoire conservent des peintures romanes aux tons légers, d'un style sobre mais plein de mouvement.

Des xiie et xiiie s. subsistent les donjons de Langeais, Montbazon, Semblançay et celui de Loches, aux murs épais de 3 mètres.

La cathédrale Saint-Gatien de Tours, les églises de Nouans-les-Fontaines, St-Maurice de Chinon relèvent du style gothique angevin. De l'abbaye de Marmoutier restent le portail de la Crosse (xiiie s.) et la tour des Cloches. Les châteaux forts de Montpoupon et de Coudray-Montpensier, le manoir de Clos-Lucé, offert à Léonard de Vinci par François Ier datent des xiiie, xive et xve s.

À partir du règne de Charles VII s'élèvent les châteaux résidentiels d'Ussé, Plessis-lès-Tours, Amboise, Chenonceaux, Azay-le-Rideau, Villandry.

La statuaire du xve s. est représentée par le gisant d'Agnès Sorel à Loches, la Femme noyée de Saint-Denis d'Amboise, la Pietà en bas relief de Vernou-sur-Brenne et sa variante d'Autrèche. G. Regnault, formé dans l'atelier de M. Colombe, exécute en 1506 le monument des enfants de Charles VIII pour la cathédrale de Tours. Deux autres élèves de Colombe, Martin et Bastien François, construisent les clochers de Saint-Gatien et la fontaine de Beaune-Semblançay.

Le bras reliquaire d'argent et de cristal de Sainte-Catherine-de-Fierbois et la croix reliquaire de Saint-Saturnin de Tours témoignent de la qualité de l'orfèvrerie tourangelle, qui eut son apogée au xve s.

L'art de la Renaissance a laissé, outre les châteaux, les hôtels de ville de Loches et de Montoire, le prieuré de Saint-Côme, où mourut Ronsard, l'église de Montrésor et les verrières de la Sainte-Chapelle de Champigny-sur-Veude.

Le plus important ouvrage de l'époque classique est le pont de Tours, à 15 arches en anse de panier (IIème moitié du xviiie s., reconstruit), conçu par l'intendant Du Cluzel et l'ingénieur Bayeux. Des bâtiments somptueux construits à Amboise dans le domaine de Chanteloup par Le Camus de Mézières pour Choiseul, disgracié, seule la « pagode » à sept étages, haute de 44 m, a échappé à la destruction.

Dans les arts décoratifs se détache au xixe s. la singulière figure du céramiste Avisseau, de Tours. Calder, le créateur des « mobiles », a travaillé à partir de 1953 près de Saché.