La plaine centrale, en partie occupée par le lac Lough Neagh (390 km2), le plus vaste du Royaume-Uni, s'élève progressivement sur ses pourtours dominés, au nord-ouest, par les monts des Sperrin (683 m), recouverts de tourbières, et, au sud-est, par les sommets granitiques des montagnes de Mourne (852 m). Au nord-est, des épanchements de basalte, datant de l'ère tertiaire, forment le plateau d'Antrim, qui se termine sur la mer par de célèbres falaises (Chaussée des Géants). Enfin, au sud, de part et d'autre de la frontière avec la République d'Irlande, l'emprise glaciaire a laissé de molles collines (drumlins).
Le climat océanique est caractérisé par d'abondantes précipitations (environ 1 000 mm par an), plus abondantes à l'ouest, et bien réparties au cours de l'année, avec un maximum d'hiver. L'amplitude thermique est faible (elle n'excède guère les 10°). Les hivers sont cléments, avec une température moyenne de 5 °C, et les étés frais (14 °C). L'herbe pousse en abondance et favorise l'élevage. Les sommets ventés de l'Ouest constituent, comme en Écosse, le domaine des moutons, tandis que les prairies et les cultures se localisent sur les sols glaciaires des plaines centrales et des plateaux de l'Est.
Si la tradition des départs vers la Grande-Bretagne persiste (surtout chez les protestants), l'Irlande du Nord, plus précocement industrialisée que la République d'Irlande, a moins contribué que celle-ci aux courants d'émigration. Aussi la baisse de la population, effective de 1846 à 1891, a-t-elle fait place à une lente augmentation (1,2 million d'habitants en 1921, 1,5 million en 1971) suivie d'une vingtaine d'années de stagnation en raison de la crise économique et des troubles politiques, qui provoquent jusqu'à 17 000 départs annuels. Avec des taux de natalité et de fécondité de 16,5 ‰ et de 2,2 enfants par femme (21 ‰ et 2,5 enfants par femme dans la minorité catholique), et un taux de mortalité de 9,5 ‰, la population, est plus dynamique et plus jeune que celle de la métropole.
Lors de la partition de 1921, les protestants, majoritaires, représentaient environ les deux tiers de la population de l'Irlande du Nord. Au recensement de 2001, 40 % de la population s'est dite catholique, 21 % presbytérienne, 15 % appartient à l'Eglise d'Irlande, 4 % est Méthodistes, 6 % relève d'autres religions chrétiennes, 0,3 % pratique une religion non chrétienne, le restant ne se prononce pas ou n'a pas d'appartenance religieuse. La plus forte fécondité de la minorité catholique laisse entrevoir un basculement du rapport démographique entre les deux communautés, qui n'est pas absent des tractations sur l'avenir de la province (notamment sur l'éventualité de son rattachement à la République d'Irlande, souhaité par les catholiques). L'Ouest est depuis longtemps majoritairement catholique, l'Est demeure protestant, tandis que le climat de guerre civile entre les deux communautés a encore renforcé la ségrégation dans les quartiers urbains.
La densité moyenne, de 120 hab./km2, est le double de celle de la République d'Irlande mais la moitié seulement de celle de la Grande-Bretagne. Elle masque un contraste entre l'Ouest et l'Est, qui oppose à l'intérieur des terres, peu peuplé, un littoral urbanisé. Tout comme Dublin pour la République d'Irlande, l'aire métropolitaine de Belfast (près de un million d'habitants) rassemble les deux tiers de la population et près de 75 % des équipements industriels. La deuxième ville, Londonderry, ne compte qu'un peu plus de 100 000 habitants.
Les exploitations agricoles, souvent de petites propriétés, occupent 60 000 personnes (7 % de la population active, contre moins de 2 % pour l'ensemble du Royaume-Uni) et pratiquent essentiellement l'élevage. L'orge et la pomme de terre constituent les principales cultures. Les bovins (12 % du cheptel britannique), les ovins, mais aussi, de plus en plus, les porcins et les volailles sont destinés au marché métropolitain. La filière agro-industrielle représente 8 % de la production nationale.
Si l'agriculture de l'Irlande du Nord s'apparente à celle du Sud, l'industrie a, quant à elle, connu un sort inverse : la province souffre, en effet, depuis 25 ans, d'une véritable désindustrialisation. La crise des chantiers navals et du textile, qui faisaient, depuis la fin du XIXe s., la prospérité de Belfast, a fait chuter de près de 50 % l'emploi industriel, passé de 42 à 18 % de la population active entre 1971 et la fin des années 1990. La part de la production industrielle dans le P.I.B. est, parallèlement, tombée de 32 à 17 %. Cependant, avec le retour de la paix, la qualification de la main-d'œuvre, la modicité du coût du travail (par rapport au reste du Royaume-Uni, mais aussi, par rapport au Sud), la qualité des infrastructures de communication (meilleures que dans la République d'Irlande), enfin les aides de Londres (plan de déductions fiscales de 1998) et de Bruxelles, par l'intermédiaire du Fonds européen de développement régional (F.E.D.E.R.), devraient attirer les investisseurs. On compte, au demeurant, déjà plus de 200 entreprises étrangères, employant quelque 50 000 personnes. Les ventes de biens, essentiellement agricoles et industriels, vont à 55 % vers la métropole, à 11 % vers la République d'Irlande, à 20 % vers le reste de l'Union européenne.
Les emplois dans le tertiaire (75 % de la population active) ont en partie compensé les pertes industrielles. Grâce au gonflement des services sociaux, éducatifs, de santé ou encore de sécurité, la fonction publique occupe désormais 40 % des actifs. L'économie nord-irlandaise reste très dépendante des transferts en provenance de la métropole, qui représentent 25 % de son P.I.B. Avec un P.I.B. par habitant de 20 % inférieur à la moyenne nationale et l'un des taux de chômage les plus élevés du Royaume-Uni (8 % de chômeurs, le double chez les catholiques, et jusqu'à 40 % dans certains quartiers de Belfast et de Londonderry), l'Irlande du Nord reçoit en effet 20 % des sommes destinées au développement économique du pays, alors qu'elle ne représente que 3 % de sa population.
Le tourisme semble appelé à se développer rapidement et compenser en partie le désengagement humain et financier de Londres (retrait des troupes) : malgré un potentiel important, il ne compte encore que pour 2 % du P.I.B. contre 8 % en République d'Irlande et 7 % en Écosse.
Le « règlement » de la question irlandaise, en 1921, a laissé dans le Royaume-Uni 6 des 9 comtés qui formaient la province d'Ulster (République d'Irlande). La nouvelle entité politique bénéficie de l'autonomie interne, avec un Parlement, qui se réunit au château de Stormont, à Belfast, et un Premier ministre à la tête d'un gouvernement aux pouvoirs locaux étendus. Pendant près de 50 ans, l'Irlande du Nord connaît une domination protestante sans partage : des artifices électoraux réduisent la représentation de la minorité catholique (un tiers de la population), contre laquelle le parti unioniste d'Ulster (UUP), à la tête du pays de 1921 à 1972, pratique une politique de discrimination (politique, mais aussi économique et sociale), voire exerce une véritable dictature policière. D'où l'émigration massive des catholiques, qui, malgré une croissance démographique plus forte que celle des protestants, ne représentent toujours que 35 % de la population au début des années 1960.
À cette date, le Premier ministre Terence O'Neill entreprend des réformes économiques et sociales et esquisse une politique de rapprochement avec la République d'Irlande (rencontre avec son homologue Sean Lemass en 1965). Ces timides ouvertures encouragent les catholiques à former un Mouvement pour les droits civiques, non pour remettre en cause le statut de la province, mais pour obtenir une plus grande équité de traitement (1967). Ils organisent des marches pacifiques, dont celle de Londonderry (octobre 1968), qui est brutalement réprimée. C'est le point de départ d'affrontements sanglants, qui vont désormais opposer les extrémistes des deux camps, catholiques « républicains » d'un côté, protestants « unionistes » ou « loyalistes » de l'autre.
Terence O'Neill annonce de nouvelles réformes mais il est abandonné par les protestants et remplacé par le modéré James Chichester-Clark (avril 1969). Les traditionnels défilés « orangistes » des extrémistes protestants (qui célèbrent les victoires de Guillaume d'Orange sur les Irlandais catholiques partisans des Stuart, à la fin du XVIIe s.) ravivent les tensions durant l'été. Le soulèvement des quartiers catholiques de Belfast et de Londonderry est violemment réprimé. Londres intervient en dépêchant l'armée comme force d'interposition et propose des réformes, à la grande indignation des loyalistes. Les deux camps se radicalisent. L'IRA renaît : sa faction dure, dite « provisoire », assure durant l'été 1970 la défense des quartiers catholiques et mène une guérilla urbaine. Les unionistes regroupent la plupart de leurs milices dans une puissante organisation, l'Ulster Defence Association (UDA), et reçoivent bientôt l'appui de l'armée britannique.
Le 30 janvier 1972, celle-ci tire sur une foule pacifique de manifestants catholiques à Londonderry, faisant 13 victimes : c'est le Bloody Sunday (« dimanche sanglant »). Londres suspend le gouvernement nord-irlandais et prend directement en charge l'administration de la province, le 24 mars 1972 : les pouvoirs du Stormont sont transférés à Westminster. Un secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord est nommé, qui organise un référendum sur l'avenir de la province (boycotté par les catholiques), fait élire un nouveau Parlement à la proportionnelle et institue un exécutif interconfessionnel. L'accord historique tripartite de Sunningdale (décembre 1973) entre la République d'Irlande, l'Irlande du Nord et la Grande-Bretagne reconnaît la « dimension irlandaise » du conflit, prenant en compte l'implication de la République dans le règlement de la question de l'Ulster. Cet accord envisage la création d'un Conseil de l'Irlande, organisme paritaire réunissant des représentants du nord et du sud de l'île, et chargé de statuer sur l'Ulster. Mais, devant le déchaînement unioniste, Londres enterre l'accord et reprend directement l'administration de la province.
Les actions terroristes redoublent et l'Irlande du Nord s'enfonce un peu plus dans la guerre civile. Une grande partie de la population ne suit cependant pas les extrémistes, comme en témoigne la fondation, en 1976, du Mouvement des femmes pour la paix, dirigé par la protestante Betty Williams et la catholique Mairead Corrigan (qui obtiennent le prix Nobel de la paix la même année). L'initiative reste cependant sans suite, alors que le terrorisme, qui s'est étendu à la Grande-Bretagne ainsi qu'à la République d'Irlande, culmine lors de l'attentat qui coûte la vie à lord Mountbatten, oncle de la reine (août 1979).
Consciente de son impopularité, l'IRA cherche à mettre le Royaume-Uni en difficulté devant l'opinion internationale, en déclenchant la grève de la faim de plusieurs de ses militants afin de leur faire reconnaître le statut de prisonniers politiques. Mais cette action se heurte à l'inflexibilité du Premier ministre britannique, Margaret Thatcher, et se solde par la mort de 10 d'entre eux (mai 1981). L'IRA bénéficie néanmoins de l'émotion suscitée par l'événement : par le biais de sa branche politique, le Sinn Féin, elle présente désormais des candidats à toutes les élections. Gerry Adams, président du parti, devient ainsi député de la Chambre des communes, à Westminster, en 1983.
Après plusieurs projets britanniques de « dévolution progressive » des pouvoirs à la province, visant à mettre fin à son administration directe par Londres, et qui restent sans lendemain, l'initiative revient à Dublin, où le Forum pour une nouvelle Irlande réunit pendant près de un an les représentants des partis nationalistes modérés du nord et du sud de l'île. En 1984, il publie ses conclusions, qui attestent la prise en compte, par la République d'Irlande et par les nationalistes modérés d'Irlande du Nord, de l'existence de la communauté protestante d'Ulster et vont servir de base aux négociations entre Britanniques et Irlandais.
Résultat de laborieuses tractations, l'accord anglo-irlandais, signé le 15 novembre 1985 à Hillsborough par Margaret Thatcher et son homologue irlandais, Garret Michael Fitzgerald, confère à Dublin un droit de regard dans les affaires du Nord et réaffirme que le statut de l'île ne pourra être modifié sans le consentement de la majorité de la population. Cette concession réciproque des deux camps modérés se heurte à la violente hostilité des extrémistes loyalistes et républicains. Les pourparlers s'enlisent tout en maintenant un contact entre les parties.
En 1993, Dublin ouvre un nouveau Forum pour la paix. En décembre, les Premiers ministres britannique et irlandais publient une déclaration (dite « de Downing Street »). La Grande-Bretagne propose – sous réserve de l'observation d'une trêve par l'IRA – d'associer le Sinn Féin aux négociations et, pour la première fois depuis 1921, évoque la possibilité de renoncer à sa souveraineté sur l'Irlande du Nord au cas où une majorité se dégagerait en faveur de la réunification.
En 1994, la proclamation d'un cessez-le-feu par l'IRA (août) et par les milices protestantes (octobre) donne une impulsion nouvelle au processus de paix. Le Sinn Féin rejoint le Forum, avant d'être convié par le gouvernement britannique à des premiers pourparlers directs. Mais les négociations s'enlisent en 1995. L'IRA renoue avec sa politique d'attentats dès février 1996, suivie par les forces unionistes en décembre.
En mai 1997, le nouveau Premier ministre anglais, Tony Blair, annonce la reprise des entretiens exploratoires avec le Sinn Féin. Après l'annonce par l'IRA d'un cessez-le-feu, en juillet, les pourparlers réunissent, dès septembre, le Social Democratic and Labour Party (SDLP), qui regroupe les représentants modérés de la communauté catholique, le Sinn Féin, les gouvernements irlandais et britannique, puis le principal parti unioniste, l'Ulster Unionist Party (UUP). Le 14 octobre a lieu une réunion entre Tony Blair et Gerry Adams, la première depuis 1920 entre un Premier ministre anglais et un dirigeant du Sinn Féin. Les accords sont conclus au Stormont le 10 avril 1998 et signés par les Anglais, les Irlandais, ainsi que par les représentants des principaux partis d'Irlande du Nord (UUP, SDLP, Sinn Féin), à l'exception du Democratic Unionist Party (DUP) du révérend ultra Ian Paisley, qui a boycotté les négociations.
Les accords réaffirment le refus de tout changement constitutionnel sans consentement de la majorité de la population ; Dublin accepte de renoncer à ses revendications sur le Nord et d'amender de ce fait sa Constitution ; Londres, en contrepartie, propose d'abroger le Government of Ireland Act de 1920, qui faisait définitivement de l'Ulster une province britannique. Ils prévoient la mise en place d'un Parlement, d'un système de majorité qualifiée et d'un gouvernement interconfessionnel, qui garantissent le partage des pouvoirs législatif et exécutif entre protestants et catholiques ; un Conseil Nord-Sud, chargé d'harmoniser les politiques touristique, agricole et des transports, aura pour contrepoint un Conseil irlando-britannique. Des commissions seront organisées (droits de l'homme, égalité des chances, réforme de la police, prisonniers, désarmement).
Soumis, le 23 mai, à un référendum qui a lieu simultanément en République d'Irlande et en Irlande du Nord, ce compromis est approuvé par près de 95 % de la population du sud de l'île et par plus de 71 % des électeurs du Nord, dont une majorité de protestants (55 %), désireux de mettre fin à une guerre civile qui a fait près de 3 300 morts et 37 000 blessés. Le 25 juin, les élections de l'assemblée semi-autonome qui ont lieu au Stormont sont remportées par les partis modérés signataires des accords (UUP, SDLP et Sinn Féin), les opposants du DUP ne parvenant pas à constituer de minorité de blocage. Avec l'accession de David Trimble, chef de l'UUP, au poste de Premier ministre et celle de Seamus Malone, numéro 2 du SDLP, à celui de vice-Premier ministre, une nouvelle ère semble s'ouvrir, celle de la cogestion pacifique.
En dépit de l'attentat d'Omagh (29 morts, environ 220 blessés le 15 août 1998), revendiqué par un groupuscule extrémiste, le processus se met en place (ouverture solennelle de l'assemblée semi-autonome d'Ulster au château de Stormont, en septembre). À l'automne, John Hume et D. Trimble reçoivent le prix Nobel pour leur effort en faveur de la paix. Mais les difficultés pour former le gouvernement – la participation du Sinn Féin, dont la branche armée, l'IRA, n'est pas encore désarmée, posant problème – retardent le transfert des pouvoirs entre Londres et les nouvelles autorités élues d'Irlande du Nord, prévu initialement en mars 1999. Le processus reste gelé pendant de longs mois et ce n'est qu'en novembre 1999, grâce à l'intervention d'un médiateur américain, George Mitchell, qu'un compromis accepté par les deux parties débloque la situation. D. Trimble forme alors un gouvernement qui comprend deux ministres du Sinn Féin.
En février 2000, D. Trimble, constatant que l'IRA – contrairement à ses engagements – n'a toujours pas commencé son désarmement, menace de démissionner. Pour éviter que les choses ne s'enveniment, les Britanniques suspendent le gouvernement semi-autonome. En signe de protestation, l'IRA quitte la table des discussions engagées avec la commission internationale de désarmement des milices. En mai 2000, au terme de longues négociations, elle s'engage à initier la mise hors d'usage de ses armes.
Mais, une fois de plus, cette promesse reste lettre morte et, en mai 2001, D. Trimble lance un nouvel ultimatum, annonçant sa démission pour le 1er juillet suivant si la situation n'évolue pas de manière significative. Il quitte son poste, voyant aussi sa position fragilisée par le résultat des élections britanniques de juin 2001, qui marquent une progression des éléments radicaux dans les deux communautés (les ultras protestants du DUP font pratiquement jeu égal avec l'UUP et, pour la première fois, le Sinn Féin devient le premier parti catholique de la province, devant le SDLP). Tandis que l'été connaît un regain de violence sur le terrain et que l'IRA poursuit ses manœuvres d'atermoiement, le gouvernement britannique, voulant donner un délai supplémentaire aux négociations, prononce à nouveau en août puis en septembre la suspension des institutions semi-autonomes. Alors que le processus de paix semble au bord de la rupture, l'IRA accepte en octobre 2001 d'entamer son désarmement sous le contrôle d'inspecteurs internationaux. D. Trimble reprend en novembre sa place à la tête de l'exécutif, non sans être contesté dans son propre camp.
En octobre 2002 survient une nouvelle crise, suivie par une quatrième suspension du gouvernement semi-autonome. De fait, les élections au Stormont prévues pour mars 2003 sont repoussées par Londres en mai puis en novembre. Or, la consultation qui se tient alors voit une poussée des extrêmes : les ultras de Ian Paisley arrivent en tête, avec 30 élus sur 108, devant l'UUP (27 élus), le Sinn Féin (24) et le SDLP (18). Si la paix n'est pas remise en question, le processus, lui, est mal en point, victime notamment des ambiguïtés des accords de 1998, des manœuvres dilatoires de l'IRA, des atermoiements du Sinn Féin, et enfin, de l'inquiétude croissante et radicalisée de protestants qui pensent avoir multiplié les concessions sans obtenir de contrepartie valable. Les principales formations des deux camps refusent de participer à un gouvernement commun : I. Paisley escompte pouvoir réécrire les termes des accords de Stormont, et notamment gouverner sans le Sinn Féin qui, pour sa part, semble cautionner les hésitations de l'IRA à s'auto-dissoudre. Les négociations indirectes entre parties achoppent, en particulier sur la composition de l'organe de contrôle de la police locale – la Police Service of Northern Ireland – qui, sur la base théorique, mais non concrète, de la parité confessionnelle, a pris le relais de l'ancienne Royal Ulster Constabulary en novembre 2001, ainsi que sur les preuves tangibles que l'IRA doit fournir de son désarmement. Aussi, malgré des efforts diplomatiques intenses et renouvelés de la part de Londres et de Dublin dans la seconde moitié de 2004, la province, toujours privée de gouvernement autonome, reste administrée par Westminster. En outre, une série de crimes et délits commis à Belfast (cambriolage d'une banque en octobre 2004, meurtre gratuit d'un ouvrier catholique à la fin de janvier 2005, enfin assassinat en avril 2006 d'un ancien responsable du Sinn Féin travaillant pour le compte de Londres) et imputés à l'IRA confirme les craintes d'une dérive mafieuse de la branche armée du Sinn Féin. De multiples enquêtes financières menées par ailleurs en République d'Irlande pointent des structures de blanchiment d'argent qui travailleraient pour le compte de cette dernière, cependant qu'un peu plus tard dans l'année la police britannique procède à des perquisitions allant dans le même sens dans la région de Manchester. Le doute s'installe plus encore dans la province, accompagné, au sein de la communauté protestante, d'un sentiment de suspicion doublée d'hostilité.
La remise en route du processus de paix est l'unique enjeu des élections britanniques de mai 2005, remportées, côté protestant, par les ultras du DUP de I. Paisley – désormais à la tête de la plus importante formation avec 9 députés (soit 3 de plus qu'en 2001) –, aux dépens des modérés de l'UUP, qui ne conserve qu'un seul député et dont le leader, D. Trimble, battu dans sa circonscription, démissionne. Côté catholique, le Sinn Féin consolide sa nouvelle place de premier parti avec 5 députés (gain d'un siège), le SDLP gardant ses 3 élus. T. Blair fait de la relance du processus de paix en Ulster l'une des priorités de son nouveau mandat. Or, le 28 juillet 2005, l'IRA fait à nouveau connaître publiquement son intention de démanteler son arsenal. Le 25 septembre, la commision internationale, emmenée par le général canadien John de Chastelain qui préside à l'inspection, officialise le désarmement. En contrepartie de ce geste historique, Londres s'engage à libérer un prisonnier et à amnistier une quarantaine de suspects en fuite, et le gouvernement irlandais, à réformer sa Constitution afin de permettre à des élus au Stormont de devenir automatiquement membres du Sénat de la république. Mais les loyalistes, doutant que l'IRA abandonne réellement la lutte armée, dénoncent comme illusoires et dangereuses les concessions faites par le pouvoir central. Aussi freinent-ils les efforts menés conjointement par Londres et Dublin depuis la fin de l'année 2005 pour renouer le dialogue entre les différentes parties en présence et les partis qui les représentent. Il n'empêche : en mars 2006, Tony Blair et Bertie Ahern annoncent de concert l'élaboration d'une feuille de route pour relancer le processus de paix en Irlande du Nord. Au début d'octobre 2006, un nouveau rapport d'experts indépendants confirme la renonciation de l'IRA à ses activités terroristes, et la reine assiste, à Belfast, au démantèlement du régiment nord-irlandais de l'armée britannique : le dialogue entre les différentes parties semble donc pouvoir reprendre.
Le 11 octobre 2006, sous la houlette de T. Blair et de B. Ahern, s'ouvrent à Saint Andrews, en Écosse, des négociations entre les différentes parties qui aboutissent, le 13, à la définition d'un programme de restauration, à terme, des institutions semi-autonomes d'Ulster et de formation d'un gouvernement biconfessionnel qui associe DUP et Sinn Féin, jusque-là ennemis politiques. Les conditions en sont précisées dans les semaines qui suivent. Il est demandé d'une part que se tienne une première réunion du Stormont, ajournée le 24 novembre en raison d'une tentative – avortée – d'attentat, et du fait de réticences et de manœuvres dilatoires du DUP ; d'autre part que les républicains reconnaissent publiquement la légitimité de la police d'Irlande du Nord, ce qu'ils font lors d'un congrès extraordinaire à Dublin le 28 janvier 2007 ; enfin qu'aient lieu, le 7 mars, des élections parlementaires d'où pourrait naître un gouvernement dirigé par Ian Paisley, avec Martin McGuinness, numéro 2 du Sinn Féin, comme vice-Premier ministre. Ces dernières renforcent l'emprise des deux partis radicaux, donnant 36 sièges (30,1 % des voix) au DUP et 27 (26,2 %) au Sinn Féin (et par ailleurs 18 à l'UUP et 16 au SDLP). T. Blair et B. Ahern tablent en outre sur des promesses conjointes de manne financière pour amener les deux parties encore irréconciliables à travailler ensemble. Le 26 mars 2007, ces deux formations et leurs leaders parviennent à s'entendre sur un partage du pouvoir. Selon les termes de l'accord, le 8 mai, I. Paisley devient Premier ministre de la province, M. McGuinness étant nommé vice-Premier ministre au sein d'un gouvernement multipartite et biconfessionnel.
La transition vers la paix se poursuit dès lors sans grand incident : le 1er août, après 38 ans de service, l'armée britannique met officiellement fin à sa « mission » et confie le maintien de l'ordre à la police locale. En mars 2008, éclaboussé par des scandales affectant ses proches, dont l'un de ses fils, I. Paisley, par ailleurs fatigué et malade, annonce son départ de l'exécutif et de la tête du DUP. Sans coup férir, il passe la main, au tournant de juin, à son second, Peter Robinson. Enfin, le 3 septembre 2008, une commission indépendante confirme la « non-fonctionnalité » de l'IRA.
Les deux attentats de mars 2009 organisés près de Belfast par des groupuscules dissidents bien décidés à saboter le processus de paix et visant presque coup sur coup des forces de l'ordre (3 victimes au total) ne suscitent rien d'autre que l'indignation générale et une condamnation politique et populaire unanime. La stratégie de la tension menée par l'IRA Véritable, qui menace de mort les traîtres que sont à ses yeux M. McGuinness et tous les catholiques susceptibles de s'enrôler dans la police nord-irlandaise, ainsi que la multiplication des alertes à la bombe dans la capitale provinciale au début d'avril, ne remettent pas en cause le processus de pacification. Bien au contraire, l'annonce, le 27 juin, du dépôt des armes des principales milices loyalistes (Ulster Volunteer Force, Red Hand Commando et Ulster Defense Association) puis, le 8 septembre, la notification de l'intention des derniers groupes paramilitaires de faire de même dans les 6 mois, suivie le 11 octobre par l'officialisation de la renonciation de l'Irish National Liberation Army républicaine à la violence attestent la profondeur de l'ancrage de la paix.
Néanmoins, le scandale des aventures extra-conjugales d'Iris Robinson et des transactions politico-financières qu'elle aurait faites en faveur de son jeune amant, contraint son époux de Premier ministre en janvier 2010 à quitter temporairement la tête du gouvernement, ce qui fait vaciller la coalition au pouvoir, dans un contexte marqué par l'épineuse question du transfert des compétences de la police au Parlement. Les deux principales formations, le DUP et le Sinn Féin, font monter les enchères, mais, la menace de provoquer une crise institutionnelle et de nouvelles élections, au même titre que les pressions de Londres et de Dublin conduisent les deux parties à accélérer les négociations sur le sujet et à trouver au début de février un terrain d'accord, alors même que P. Robinson retrouve son siège.
Les élections générales du 6 mai au Royaume-Uni ne changent guère la carte politique de la province : le DUP perd un siège, celui, ô combien symbolique, de P. Robinson dans son fief de Belfast-Est, de même qu'avec 25 % des voix, il n'arrive étonnamment que second en termes de suffrages, mais il reste, avec 8 députés eux solidement installés, le principal parti régional en nombre de sièges, tandis que le Sinn Féin (25,5 %) conserve ses 5 membres du Parlement, le SDLP (16,5 %) ses trois circonscriptions, et que l'Alliance Party, non confessionnel et de tendance libérale, ainsi que les Indépendants (ex-UUP), chacun avec un représentant, entrent à Westminster. En revanche, très tôt, et symboliquement, le nouveau Premier ministre David Cameron présente officiellement au nom du Royaume-Uni des excuses aux victimes de la fusillade du Bloody Sunday de janvier 1972 à Londonderry. L'été connaît, comme à l'accoutumée, un regain de tension entre les deux communautés religieuses, républicains et loyalistes s'affrontant sur plusieurs journées non sans obliger la police à s'interposer et à faire des blessés. Gerry Adams libère ses sièges de représentant au Stormont et à Westminster (où il a toujours refusé de se rendre) lorsqu'il emmène son mouvement, le Sinn Féin, dans la campagne pour les élections générales d'Irlande de février 2011. Élu, comme 13 autres de ses partisans, il fait rentrer au Dàil de Dublin 5 membres supplémentaires de sa formation et confirme, avec 10 % des voix, son ancrage dans la république voisine. Quant au Stormont, il est renouvelé lors des élections locales de mai 2011, qui voient les grands équilibres entre formations se maintenir (DUP en tête avec 30 % des voix, suivi du Sinn Féin, à près de 27 %, 14 % pour le SDLP, 13 % pour l'UUP et pratiquement 8 % pour l'Alliance). Le gouvernement provincial fondé sur une coalition DUP-Sinn Féin-Alliance est reconduit, moyennant quelques aménagements internes, cependant que la circonscription de Gerry Adams est conservée par son parti lors d'une législative partielle en juin.