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Révolution française (1789-1799)

Jean-François Janinet, Prise de la Bastille par les gardes françaises et les bourgeois de Paris
Jean-François Janinet, Prise de la Bastille par les gardes françaises et les bourgeois de Paris

Ensemble des mouvements révolutionnaires qui mirent fin en France à l'Ancien Régime.

Introduction

1789 a ébranlé l'Europe et le monde. Des Allemands, comme le philosophe Kant ou l'étudiant Hegel, ont aussitôt perçu l'ampleur de la rupture entraînée par la prise de la Bastille et la Déclaration des droits de l'homme. Leurs œuvres ont témoigné de leur attente d'un monde rénové par l'action politique. Les Anglais et les Américains se sont déchirés sur les enseignements à tirer de ce qui se passait en France : pour le Britannique Edmund Burke, député whig aux Communes (Reflections on the Revolution in France, 1790), l'insurrection populaire a ruiné les fondations historiques de la nation française ; le démocrate anglo-américain Thomas Paine répond à ce violent réquisitoire par The Right of Man (1791-1792), où la Révolution est présentée comme l'annonce d'un monde meilleur bâti par les hommes.

La Révolution de 1789 n'apparaît pas par hasard. La France, comme les nations voisines, est alors traversée par des interrogations politiques sur son devenir. Certains penseurs, dans le sillage du duc de Saint-Simon, souhaitent revenir à un État fondé sur la prééminence des aristocrates, garants des libertés provinciales et porteurs d'une tradition; d'autres, les « philosophes », parmi lesquels Diderot et Voltaire, imaginent de nouveaux rapports entre les hommes, remettant en cause les hiérarchies sociales et même, dans certains cas, les autorités religieuses. Certains ont échafaudé de véritables utopies, modèles possibles de rénovation.

C'est en fonction de ces opinions préétablies que les observateurs ont jugé les événements de 1789. Les partisans des réformes ont accepté et défendu tout ce qui pouvait corroborer leurs espoirs, et dénigré leurs adversaires, qu'ils ont qualifiés d'« aristocrates », d'« esclaves » ou d'« ennemis de la liberté ». Ils ont justifié les répressions les plus terribles par la nécessité de juguler une « contre-révolution » toujours renaissante et toujours plus dangereuse, voire féroce.

Le rejet de la Révolution n'a pas été moins fort de la part de nombreux Français « émigrés » de l'intérieur ou de l'étranger : nobles et membres du clergé, mais aussi toute une partie de la population qui a pris peur ou s'est sentie persécutée. Certains ont lutté ouvertement contre la Révolution, dans les « armées des princes » et dans les journaux ; d'autres plus discrètement, dans les réseaux d'espionnage ou dans une résistance quotidienne.

La réalité de la Révolution n'est ni toute blanche, ni toute noire : la fin de l'année 1794, par exemple, voit des révolutionnaires disqualifiés depuis quelques mois reprendre le pouvoir, envoyer les plus radicaux à la guillotine et nouer des contacts avec certains extrémistes comme avec des modérés, voire des royalistes. Il n'est pas facile de rendre compte, au fil du temps, de ces évolutions complexes et parfois contradictoires.

À propos de ces temps d'extrême tension, tous les arguments, toutes les condamnations ne sauraient être adoptés sans précaution par l'historien. Cependant, précisément parce qu'il y a eu ces conflits d'idées qui nous concernent encore, il n'est pas possible de réduire la Révolution à une suite d'actions aveugles menées par des acteurs inconséquents. C'est en rendant compte du bruit, de la fureur et de leurs conséquences imprévisibles, mais aussi de la confrontation d'idéaux élevés, d'analyses rigoureuses et de projets chimériques, que l'on pourra tenter de faire l'histoire de cet événement majeur.

1. Origines et causes de la Révolution

1.1. Introduction

À remuer les documents d'archives qui disent le pain cher et la révolte des pauvres, les premiers historiens, tel Michelet, virent dans la misère la cause essentielle de la Révolution. « Hommes sensibles, s'écrie Michelet, qui pleurez sur les maux de la Révolution (avec trop de raison sans doute), versez donc aussi quelques larmes sur les maux qui l'ont amenée. Venez voir, je vous prie, ce peuple couché par terre, pauvre Job, entre ses faux amis, ses patrons, ses fameux sauveurs, le clergé, la royauté. Voyez le douloureux regard qu'il lance au roi sans parler. »

Les recherches entreprises par certains historiens spécialistes de la période (→ Albert Mathiez, Georges Lefebvre, Ernest Labrousse, Albert Soboul) confirment le fait, mais ne lui accordent plus la même place dans le déclenchement de 1789. La misère se développe à la fin d'un siècle, qui, dans son ensemble, est marqué par la prospérité. Les bourgeois en profitent. Ils réclament une meilleure place dans la patrie aux aristocrates, qui la leur refusent. Ils la conquièrent.

1.2. « Ce peuple couché par terre, pauvre Job » (Michelet)

À la veille de 1789, le vin, dont la vente permet à chaque paysan d'avoir les quelques sous nécessaires à la vie, est trop abondant pour se bien vendre. À cette abondance néfaste succède le malheur des terres ensemencées. Le climat se détériore et les racines des plantes gèlent à près d'un pied sous terre. Les arbres fruitiers ne portent plus que de maigres et insuffisantes récoltes. En 1785, une formidable épizootie tue peut-être la moitié du bétail du royaume, d'où un enchérissement de la laine, alors que le coton a été consacré aux uniformes des soldats partant en Amérique. De plus, le tout début de la révolution industrielle, et notamment l'introduction de nouvelles machines, rend plus aléatoire le recours au travail dans les manufactures pour les paysans les plus pauvres qui y recherchent un appoint. Enfin, l'année 1788 est marquée par un mauvais été, avec une récolte médiocre, que suivit un « grand hyver » ; le prix du blé monte alors de 50 à 100 % selon les régions entre octobre 1788 et mars 1789. Or, c'est à ce moment-là que sont rédigés les cahiers de doléances.

1.3. La crise économique

Le pouvoir d'achat des paysans s'est érodé durant le demi-siècle qui précède la prise de la Bastille. Les paysans consacrent un peu plus de la moitié de leur pouvoir d'achat à leur alimentation, à base de céréales. Or, les prix augmentent plus vite que les salaires : 50 % pour les premiers entre 1735 et 1789, contre 20 % pour les seconds. Le prix des céréales a même une tendance nette à croître nettement plus vite que celui des autres marchandises. Un pain de quatre livres vaut, au début du règne de Louis XVI, environ huit sous, mais ce prix double, et augmente même davantage lors de la guerre des Farines (1775). Or, le salaire d'un ouvrier ou d'un journalier agricole est compris entre dix et vingt sous par jour, pour 250 jours travaillés par an. Il apparaît donc que, pour les familles les plus modestes, la question du pain était d'une acuité réelle.

La crise agricole se répercute sur l'industrie et le commerce. Le paysan restreint ses achats au moment même où les riches clients s'adressent aux fournisseurs étrangers, tels les Anglais, qui vendent à meilleur prix dans une France ouverte par un traité de commerce à leurs marchandises.

1.4. Révoltes urbaines et rurales

Les foules rurales et citadines, plus nombreuses qu'au début du siècle, se mettent en branle. Le mouvement se continue à la veille et pendant la réunion des États généraux. Ainsi, à Cambrai, des pauvres assaillent et pillent les marchés ; parmi eux, la justice royale frappe. C'est le cas de Thérèse Leprêtre, « duement atteinte et convaincue d'avoir, le 7 mai, partagé sur le marché de ladite ville un sac de blé qui avait été pillé et d'avoir participé aux excès commis à l'abbaye de Premy, en avançant des pierres aux hommes qui cassaient les vitres ». Elle sera, avec d'autres, condamnée à être frappée de verges, marquée au fer rouge d'une fleur de lis et envoyée dans une maison de force.

La faim est donc le moteur du mouvement de révolte populaire, mais celui-ci aide et pénètre une révolution bourgeoise.

1.5. La bourgeoisie : « une position d'autant plus insupportable qu'elle devenait meilleure […] » (Tocqueville)

Des petits bourgeois plus riches et plus industrieux que les nobles…

La crise intervient dans un pays qui, depuis plus d'un demi-siècle, s'est enrichi. Cette richesse se voit aussi bien dans l'animation des ports de la façade atlantique, qui commercent avec les Indes orientales, qu'à l'intérieur des terres, où les entreprises textiles se multiplient. Ces affaires ont beaucoup rapporté à la bourgeoisie. Un contemporain, le marquis François Claude Amour de Bouillé (1739-1800), note ce que la recherche confirme : « Toutes les petites villes de province devenues plus ou moins commerçantes étaient peuplées de petits bourgeois plus riches et plus industrieux que les nobles. » La hausse de longue durée qui a stimulé la manufacture et le négoce a, certes, d'abord touché les prix agricoles et donné un bénéfice aux possesseurs de rente foncière, parmi lesquels les nobles. Mais le profit industriel a monté beaucoup plus vite que le profit agricole et la rente, le profit colonial plus encore que le profit industriel, à l'exception, toutefois, souligne Ernest Labrousse, du profit minier.

…mais écartés des meilleures places

Majeure économiquement, « la bourgeoisie, remarque un historien, Jean Sentou, est plus que jamais mineure sur le plan politique ». La noblesse accepte de la fréquenter dans les salons, mais elle la rejette de la direction de la cité et entend se réserver les meilleures places. « La bourgeoisie, remarque encore le marquis de Bouillé, avait dans les villes de province la même supériorité que la noblesse ; cependant elle était partout humiliée ; elle se voyait exclue, par les règlements militaires, des emplois de l'armée ; elle l'était en quelque manière du haut clergé par le choix des évêques parmi la haute noblesse et des grands vicaires en général parmi les nobles ; elle l'était de plusieurs chapitres de cathédrale.

La haute magistrature la rejetait également, et la plupart des cours souveraines n'admettaient que des nobles dans leur compagnie. Même pour être reçu maître des requêtes, le premier degré dans le Conseil d'État qui menait aux places éminentes d'intendant, et qui avait conduit les Colbert et les Louvois et tant d'hommes célèbres aux places de ministres d'État, on exigeait dans les derniers temps des preuves de noblesse. » Alors que la bourgeoisie recherche avidement des offices anoblissant, que les rois ont d'ailleurs créés à foison pour soulager leurs finances, les titres de noblesse acquis depuis peu sont annulés à deux reprises – sous Louis XIV et sous Louis XV – renforçant encore, si cela était possible, le caractère de caste du second ordre.

Le roi lui-même est à l'origine d'un mouvement de délégation de son pouvoir, par le biais des nombreux offices – « Pour un peu d'argent, on s'ôta le droit de diriger, de contrôler et de contraindre ses propres agents » (Tocqueville, l'Ancien Régime et la Révolution). De nombreux bourgeois se trouvent ainsi investis d'offices peu utiles voire inutiles au fonctionnement de l'État, qu'ils ont achetés et au nom desquels ils revendiquent une part du pouvoir qui leur échappait pourtant tout à fait.

La crise morale

« Une nouvelle distribution de la richesse prépare, comme le soulignera le révolutionnaire Antoine Barnave, une nouvelle distribution du pouvoir. » Les philosophes se sont faits les porte-parole des ambitions bourgeoises ; ils ont réclamé avec la liberté l'égalité des propriétaires. Ils ont aidé à la prise de conscience de la bourgeoisie. Les écrivains sont devenus les principaux hommes politiques du royaume. Leurs œuvres, leurs systèmes, leurs critiques, leurs réfutations sont discutés et participent à l'entretien de l'effervescence réformatrice. Les idées des Lumières pénètrent toutes les parties du royaume et de la société monarchique.

Ainsi, l'abbé de Véri constate que l'idée d'égalité s'insinue jusque dans l'armée, et représente une menace grave pour la monarchie : « Malheur à la nation lorsque les partis opposés voudront s'étayer des troupes. […] Le soldat raisonne et n'obéit plus en machine. Les idées d'égalité et de république fermentent sourdement dans les têtes. » Les loges maçonniques, si elles n'ont pas été un lieu de complot, ont favorisé la diffusion de l'idéal nouveau. Chez l'ensemble des acteurs de la Révolution domine un souhait, qui constitue en quelque sorte l'origine « philosophique » de la Révolution française : donner aux Français un contrat social, redonner ainsi vie à la société française.

La monarchie incapable de se réformer

Une réforme profonde du corps politique est nécessaire ; la monarchie s'y essaie. Elle n'y parvient pas. Son pouvoir s'affaiblit encore par la crise financière : les dépenses publiques sont passées de 200 à 630 millions de 1728 à 1788. Les rentrées d'argent sont faibles ; c'est non seulement le fait d'un mauvais système, mais aussi le résultat d'un état social qui dispense de tout impôt les aristocrates, possesseurs parfois de gros revenus.

L'Administration, complexe et inadaptée, est devenue inefficace ; l'intendant sans appui s'est souvent laissé gagner par la noblesse de la région qu'il contrôlait. L'armée, instrument de répression entre les mains du roi, joue difficilement ce rôle depuis que les mêmes problèmes qui hantent la société civile la préoccupent : les petits nobles rejoignent les bourgeois dans l'opposition à un système qui leur refuse avec l'avancement toutes possibilités d'amélioration sociale ; tandis que, dans la troupe, les citadins, un peu plus nombreux que jadis, contestent la discipline « à la prussienne ».

La monarchie est d'essence aristocratique ; or, les réformes nécessaires passent par la destruction des privilèges aristocratiques. La monarchie ne pourra sortir de cette contradiction.

1.6. L'aristocratie : l'impossible compromis

Des nobles encore riches…

La noblesse qui, avec le haut clergé, se livre à cette réaction aristocratique, à un exclusivisme nobiliaire qui réserve les places dans l'État, est un ordre encore riche. Elle détient une part importante du sol : 22 % dans le Nord, 31 % dans le Pas-de-Calais, 40 % en Brie. Elle possède des seigneuries qui sont un ensemble de droits assurant un prélèvement sur la récolte du paysan. Elle exerce encore parfois un pouvoir de commandement et intervient dans les échanges.

Disposant d'un surplus appréciable de denrées, des nobles réalisent, au cours du siècle, sur un marché à la hausse, où ils vendent les premiers, des profits non négligeables. Certains, comme ceux qui sont établis autour de Toulouse ou dans quelques parties de Bretagne, gèrent bien leurs terres et participent aux affaires de la bourgeoisie. Le comte de Tessé, qui est le plus grand seigneur et le plus grand propriétaire en valeur du futur département de la Sarthe, a aussi des mines, et le revenu de tous ses biens s'élèvent à 202 017 livres ! Le minimum vital d'une famille ouvrière est estimé alors à 500 livres.

Les témoignages ne concourent pas tous pour nous montrer une noblesse effrayée, en son entier, par la perte du privilège fiscal. Certains nobles se rassurent de la prise de position d'une partie de la bourgeoisie, qui reconnaît les droits féodaux comme une propriété ; en tant que telle, ceux-ci ne pourront pas être supprimés, comme des paysans le réclament, sans qu'il y ait rachat.

… quoique menacés d'appauvrissement

Mais cette noblesse connaît aussi, dans son ensemble, un appauvrissement « relatif ». Ses sources de richesses fournissent moins et moins vite que celles de la bourgeoisie. Les dépenses nombreuses, pour qui doit tenir son rang, sont plus élevées. Il y a ainsi dans la noblesse, à côté des riches, des pauvres. Toute « une plèbe nobiliaire » (Mathiez) attachée à des privilèges qui lui permettent seuls de subsister. Les riches, quant à eux, ne songent qu'à utiliser le tiers état pour mieux brider la monarchie. Il ne peut y avoir de compromis à long terme entre les ordres. L'entente ne durera que le temps de la révolte de l'aristocratie.

Après Tocqueville, Albert Mathiez et Georges Lefebvre ont souligné l'importance de cette révolte. Celle-ci bloque toute réforme véritable, résiste victorieusement au roi, mais finit, en ouvrant la voie au tiers état, qui s'en dissocie, par se retourner contre ses promoteurs.

… La noblesse de robe : opposée au roi mais conservatrice

Quant à la noblesse de robe, elle n'obéit plus au roi depuis l'époque de Louis XV, mis à part un intermède de quelques années, lorsque Maupeou a renvoyé le parlement. Or, cette noblesse de robe, qui n'hésite pas à faire grève ou à démissionner en bloc pour protester contre l'autorité royale, monopolise des charges que la machine monarchique se devait d'assumer pour faire respecter le pouvoir du roi dans l'ensemble du royaume.

La fermentation liée au jansénisme et la prétention des cours de représenter le peuple ont amené les parlements à constituer une opposition conservatrice au pouvoir royal. Opposition réelle car les magistrats affirment représenter les sujets pour contrebalancer le pouvoir d'un roi qu'ils jugent trop indépendant, et ils font appel à de très vieux souvenirs, comme ceux des champs de Mars carolingiens, pour démontrer que le roi ne peut se passer d'eux. Opposition conservatrice pourtant, car si les parlements font souvent bloc contre le roi, ils s'élèvent tout autant contre l'idée des états généraux, en tout cas jusqu'à la veille de leur convocation, quand celle-ci devient évidente : ils estiment être les seuls qualifiés pour parler au nom du peuple. Leur opposition devient subversion : par leur capacité à propager leurs propres thèses dans le public, par exemple en publiant sous forme de brochures les remontrances qu'ils adressent au roi lors des enregistrements de textes législatifs, ils répandent de façon efficace l'irrespect du pouvoir monarchique.

1.7. La « féodalité d'Ancien Régime »

Il y a donc coïncidence entre une crise conjoncturelle de l'économie et une crise plus profonde des structures sociales et politiques d'un royaume gouverné par un roi faible.

La « féodalité d'Ancien Régime », selon l'expression de l'historien Albert Soboul, qui veut ainsi marquer la différence avec la féodalité médiévale, opprime l'énergie et les capacités d'invention du tiers état. La bourgeoisie se plaint du système des « métiers », qui entrave les initiatives, interdit la création et empêche le patron de discuter librement avec le compagnon de la rémunération de son travail. Déjà Turgot, en 1775, remarquait que, « dans presque toutes les villes de notre royaume, l'exercice des différents arts et métiers est concentré dans les mains d'un petit nombre de maîtres réunis en communauté qui peuvent, seuls, à l'exclusion de tous les autres citoyens, fabriquer ou vendre les objets du commerce particuliers dont ils ont le privilège exclusif ; en sorte que les sujets qui, par goût ou par nécessité, se destinent à l'exercice des arts et métiers ne peuvent y parvenir qu'en acquérant la maîtrise à laquelle ils ne sont reçus qu'après des épreuves aussi longues et aussi pénibles que superflues, et après avoir satisfait à des droits ou à des exactions multipliées par lesquelles une partie des fonds dont ils auraient eu besoin pour monter leur commerce ou leur atelier ou même pour subsister se trouve consommée en pure perte ».

Quant au travail, l'intendant Trudaine reconnaissait, en 1768, que « le juste milieu à prendre ne peut se trouver que dans la libre concurrence entre les maîtres qui achètent le travail et les ouvriers qui le vendent ». Les commerçants dénoncent aussi les barrières douanières qui parsèment le royaume et la gêne apportée par certains seigneurs à la constitution d'un vaste marché.

La servitude de la terre

Mais la « féodalité d'Ancien Régime », c'est surtout la servitude de la terre, sur laquelle pèsent les rentes foncières inaliénables, les redevances perpétuelles, « les lods et ventes » et les dîmes. Or, la France, à l'encontre de l'Angleterre, par exemple, ou des pays de l'Europe de l'Est, est caractérisée par l'existence d'une catégorie nombreuse de paysans qui sont propriétaires de terres et qui ont à payer ces droits. Sont-ils lourds à la veille de la Révolution ?

Appauvris, certains nobles entreprennent une réaction seigneuriale qui, par la révision des « terriers », tend à une mise à jour des droits tombés en désuétude. Pour juger du poids réel de cette « féodalité » sur le paysan, on recourt, de nos jours, à des sources qui ne sont pas toujours les mêmes et qui parfois présentent mieux le poids soutenu par la terre que la dimension sociale du phénomène. Ce qui compte, c'est l'évaluation de la charge par rapport au revenu du paysan. Les réponses ne sont donc pas toujours toutes utilisables. Quand elles le sont, elles donnent l'impression d'une très grande variabilité de région à région et à l'intérieur de chaque région, dans un même terroir. La charge, souvent lourde, est d'autant plus insoutenable en années de disette. C'est pour s'en débarrasser que les paysans vont pénétrer, au côté des populations urbaines, dans une révolution bourgeoise qui, comparée à celle que connurent d'autres pays comme l'Angleterre et l'Amérique, acquiert ainsi sa spécificité.

2. 1789 : de Versailles à Paris

2.1. Spécificité de la Révolution française

En 1955, un Américain, Robert R. Palmer, et un Français, Jacques Godechot, étudiant la Révolution française, ont conclu que, pour mieux la comprendre dans ses origines comme dans son déroulement, il fallait la replacer dans le cadre d'une « Révolution atlantique ». La Révolution française s'inscrit en effet dans une chaîne de révolutions animées à des degrés divers par la bourgeoisie et qui se déroulent presque toutes en Europe occidentale et en Amérique : révolution américaine (1770-1783) ; troubles révolutionnaires en Irlande et en Angleterre (1780-1783) ; révolution aux Provinces-Unies (1783-1787) ; révolution aux Pays-Bas autrichiens (1787-1790) ; révolutions démocratiques à Genève (1766-1768 et 1782) ; révolution en France (1787-1815) ; révolution polonaise (1788-1794) ; reprise de la révolution belge avec l'aide de la France (1792-1795) ; révolution en Allemagne rhénane avec l'aide de l'armée française (1792-1801) ; reprise de la révolution à Genève (1792-1798) ; révolution dans divers États italiens (1796-1799).

Mais la thèse estompe les caractères spécifiques de la Révolution française. Si cette dernière ne peut s'isoler du reste de l'histoire européenne, elle est le produit d'une société particulière. Dans les autres pays, les conditions existent pour que la bourgeoisie parvienne à un compromis avec ses ennemis d'hier, pour que soit ainsi sauvée une partie de l'ancien mode de production et pour que se construise une démocratie favorable aux possédants. En France, au contraire, si « la bourgeoisie se serait contentée d'un compromis qui l'eût associée au pouvoir, l'aristocratie s'y refusa. Tout compromis achoppait à la féodalité » (A. Soboul).

En face de la résistance de la noblesse, il y a aussi la volonté des paysans d'en finir avec les survivances de la féodalité. L'alliance nécessaire de la bourgeoisie avec les populations urbaines et rurales conduit à l'élaboration d'une démocratie plus large et plus ouverte que dans les autres pays où s'était établi ce régime. C'est notamment cette poussée populaire qui fait de la Révolution française la Révolution de la liberté et de l'égalité.

2.2. Les états généraux

Pourquoi les états généraux ?

Lorsque le roi réunit les états généraux à Versailles, à partir du 5 mai 1789, il renoue moins avec une institution tombée en désuétude depuis 1614 qu'il n'ouvre des voies inédites à la vie politique française, tant les habitudes d'organiser une telle assemblée sont oubliées et tant cette réunion entraîne un débat inhabituel dans le pays.

Les représentants des trois corps, ou « états », ont été élus au printemps (mars-avril) – in extremis, le tiers état (les roturiers) a obtenu un nombre de députés double de celui de la noblesse ou du clergé –, mais rien n'a été prévu pour organiser les votes par la suite, et aucune question précise n'a été inscrite à l'ordre du jour. En outre, chaque communauté paroissiale et chaque corps de métier ont été appelés à rédiger des cahiers de doléances, dont les synthèses doivent être apportées à Versailles par les députés, élus au terme d'élections en cascade (suffrage à deux ou trois niveaux). Cependant, toute la société française est alors traversée par l'espoir de changements importants dans la marche du royaume.

La convocation des états généraux a été décidée le 8 août 1788 ; elle consacre en fait l'échec du gouvernement, qui n'a pas pu faire face au déficit croissant du Trésor royal, ni trouver les appuis politiques nécessaires au lancement d'une nouvelle collecte des impôts. L'échec est d'autant plus grave que la crise économique frappe de plus en plus les Français, et que la police ne réussit pas à maintenir le calme dans les rues de Paris. En avril 1789, une émeute subite contre un manufacturier, Réveillon, a causé la mort de plusieurs centaines de personnes, avant que l'ordre ne soit difficilement rétabli (→ affaire Réveillon).

Ouverture des états généraux : des aspirations divergentes

Les quelque 1 150 députés arrivent à Versailles, non sans une certaine angoisse – beaucoup de provinciaux sont ignorants de la cour et de Paris, et ont du mal à trouver où se loger. Ils attendent en général beaucoup de ces états généraux, pour lesquels ils ont été élus au terme de réunions nombreuses, et parfois de luttes vives, qui leur ont donné le sens de leurs responsabilités. Chacun se sent investi d'une mission nouvelle, mais tous ne partagent pas, évidemment, les mêmes objectifs. En Bretagne, les députés du tiers se sont affrontés aux nobles, qui ne voulaient ni modifier l'autonomie de la province ni perdre leur prééminence politique, et qui, après une rixe ayant entraîné mort d'homme (janvier 1789), ont fini par boycotter les élections aux états. Dans le Dauphiné, des mouvements de protestation avaient posé dès 1788 les revendications d'une Constitution écrite et d'une égalité devant l'impôt ; la population des villes avait appuyé ces demandes, manifestant violemment contre les troupes du roi (→ Journée des tuiles, à Grenoble, le 7 juin 1788).

Une partie de la noblesse est venue aux états généraux pour réaffirmer le rôle politique éminent dont elle estime avoir été dépossédée par l'entourage du roi. Elle veut bien accepter des réformes si ses privilèges politiques ne sont pas remis en cause. À l'occasion des élections, elle a déjà rejeté dans le tiers état nombre d'anoblis récents. Certains nobles ont lutté tant qu'ils ont pu contre le doublement des députés du tiers, finalement décidé par le roi et son ministre Necker. Les pamphlets hostiles aux aristocrates ont donc fleuri, comme celui publié par l'abbé Sieyès, Qu'est-ce que le tiers état ? qui réclame que les roturiers soient reconnus comme seuls représentants de la nation.

Les querelles commencent aussitôt entre représentants des divers ordres, qui sont différenciés par leurs habits et par leur place dans la salle des Menus-Plaisirs : les aristocrates sont proches du roi, tandis que les roturiers ne peuvent pas l'entendre. Le mécontentement s'accroît lorsque Louis XVI et ses ministres, négligeant les prétentions réformatrices de nombreux députés, assignent comme objectif essentiel aux états généraux un accroissement des impôts. Les jours suivant la séance d'ouverture, tandis que le roi pleure la mort de son fils, le dauphin Louis (1781-1789), et qu'aucune directive ne vient encadrer les travaux des députés, les antagonismes se fixent sur la vérification des mandats – le tiers voulant une vérification commune qui permette de valider le vote par tête (et non par ordre entier).

2.3. L’Assemblée nationale

Le tiers état seul représentant de la nation

Le blocage est dénoué le 17 juin, lorsque le tiers état se proclame seul représentant de la nation et prend le nom d'« Assemblée nationale », qu'il déclare ouverte aux députés des autres corps. L'Assemblée s'arroge aussitôt le pouvoir de consentir à tous les impôts, déniant au roi le droit d'exercer son veto sur les décisions qu'elle avait prises et qu'elle prendrait par la suite. Devant ce coup de force, qui rallie une majorité des membres du clergé et quelques nobles libéraux, les nobles intransigeants se liguent avec le roi.

Le serment du Jeu de paume

Le 20 juin, les députés du tiers trouvent la porte de leur salle fermée ; ils se réunissent alors dans la salle du Jeu de paume, où ils prêtent serment de ne pas se séparer avant d'avoir donné une Constitution au royaume. L'épreuve de force est commencée. Quelques jours plus tard, à la séance du 23 juin, le roi somme les députés de délibérer par ordre, séparément; à l'ordre de dispersion donné par le maître de cérémonies, le comte de Mirabeau répond, selon la légende, par la formule célèbre : « Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force de baïonnettes ! »

Le renvoi de Necker

Le 27 juin, Louis XVI fait mine de céder en invitant les ordres privilégiés à se joindre à l'Assemblée nationale. Mais, le 26 juin, il fait venir des troupes (20 000 hommes de régiments étrangers) sur la capitale, puis renvoie ses ministres jugés trop libéraux, parmi lesquels Necker, contrôleur des Finances, congédié le 11 juillet. La peur d'une répression militaire gagne les députés et les Parisiens, qui se heurtent dans les jardins des Tuileries aux soldats du régiment Royal allemand commandé par le prince de Lambesc, accusés d'avoir tué des manifestants.

La prise de la Bastille

L'effervescence grandit, les Parisiens vont chercher des armes, en trouvent au Châtelet et viennent, le 14 juillet, se masser aux portes de la prison royale de la Bastille. Après de longues heures d'échanges de coups de feu et de négociations confuses, la foule s'empare de la forteresse redoutée et en tue le gouverneur. Le roi avalise cette violence en se rendant à l'Assemblée, le lendemain 15 juillet, pour annoncer le retrait des régiments étrangers de la capitale ; le 17, il se rend à Paris et accepte la cocarde tricolore des mains du député Bailly, président de l'Assemblée nationale, qui vient d'être élu maire de la Commune de Paris. Pendant ce temps, la renommée des « vainqueurs de la Bastille » gagne la France entière. La force l'a emporté, venant au secours des réformateurs.

2.4. La Grande Peur et ses conséquences

Dans tout le pays, ce choc ébranle les autorités. Les partisans des réformes (qui s'appellent entre eux les « patriotes ») prennent le pouvoir dans les municipalités urbaines et, parfois, chassent les troupes stationnées dans les châteaux royaux. Dans les campagnes, des rumeurs incontrôlées poussent les ruraux à s'armer contre de mystérieux « brigands », accusés de brûler les récoltes. Ils forment des attroupements qui s'en prennent aux propriétaires, détruisent des titres de propriétés, dévastent des logis seigneuriaux, molestent des personnes jusqu’à parfois les tuer.

Les événements parisiens, aussi inquiétants que prometteurs, trouvent manifestement un écho qui témoigne des attentes et des craintes des ruraux français, lesquels espèrent souvent la fin des impôts, celle de la police des blés, et des terres à acheter ! Cette manifestation de psychose collective, que l'on a appelée la « Grande Peur », se répand du 20 juillet au début d'août dans presque toute la France – n'y échappent guère que la Bretagne, l'ouest de l'Aquitaine, la Lorraine et l'Alsace.

Pour en savoir plus, voir l'article la Grande Peur.

La nuit du 4 août 1789

Elle provoque en retour, à Versailles, au sein des ordres privilégiés, le sentiment qu'il faut abandonner d'urgence des principes devenus caducs. Le 4 août, sous la poussée d'une poignée de nobles libéraux (dont le vicomte de Noailles et le duc d'Aiguillon), et dans l'effusion générale, l'Assemblée décrète la fin des privilèges et la destruction complète du régime féodal.

D'un seul coup, sans aucune préparation, toutes les habitudes sociales sont jetées à bas dans la confusion. Le clergé perd ses ressources (en l'occurrence son impôt, la dîme), et les seigneurs lâchent leurs droits honorifiques, obtenant toutefois que leurs droits de propriété soient rachetables. Évidemment, l'abolition des privilèges mécontente toute une partie de la noblesse, dont certains représentants éminents (comme les frères du roi) émigrent ; mais elle déçoit également les paysans, qui comprennent que leurs charges ne sont qu'allégées.

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen

Cette liquidation du passé débouche logiquement sur la recherche de nouvelles bases sociales. Une discussion complexe s'engage sur une Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (dans le sillage des déclarations adoptées par les États américains quelques années plus tôt) ; elle est votée le 26 août. Placée sous les auspices de l'« Être suprême » (principe supérieur de raison et de vertu), la France admet dorénavant que tous ses habitants sont « libres et égaux en droits » et qu'ils détiennent la souveraineté du pays. Louis XVI devient « roi des Français », la religion catholique perd son statut de religion d'État : l'Assemblée nationale a ainsi réalisé une véritable révolution politique.

Louis XVI prisonnier du peuple de Paris

Pourtant, rien n'est réglé. La cour résiste, la reine Marie-Antoinette jouant un rôle manifeste dans ce refus. Des troupes sont rappelées autour de Paris ; certains officiers sont accusés d'avoir foulé aux pieds la cocarde tricolore – mêlant les couleurs bleue et rouge de la capitale à la couleur blanche de la royauté –, qui est devenue l'emblème des patriotes après le 14 juillet. Dans le camp opposé, les députés de l'Assemblée nationale ont réussi, difficilement, à faire accepter l'idée que le pouvoir législatif soit exercé par une Chambre unique et n'ont accordé au roi qu'un droit de veto « suspensif » par rapport aux décisions de la Chambre (septembre 1789). Le roi repousse la signature des décrets qui promulguent ces changements, alors que la crise économique frappe toujours le petit peuple, qui ne mange pas à sa faim.

Une foule de Parisiens et de Parisiennes se rend au château de Versailles et l'envahit, le 5 octobre, tuant quelques soldats. Au soir du 6, après avoir avalisé les mutations politiques, le roi est contraint de revenir à Paris avec le cortège des émeutiers. Désormais, Louis XVI peut se considérer – c'est le point de vue qu'il adoptera – comme prisonnier du peuple de Paris.

Ainsi, en quelques mois, la violence a fait basculer la France dans une aventure politique dont les enjeux sont énormes et les règles inconnues. À partir d'octobre 1789, les Français vont prendre conscience d'être entrés dans une ère nouvelle, qui dépasse les débats sur la monarchie constitutionnelle : la Révolution.

3. L'Assemblée nationale constituante

3.1. Nouveaux principes

L'Assemblée nationale a été proclamée constituante le 9 juillet 1789 (elle siégera jusqu'au 30 septembre 1791). Ses membres, qui ne se considèrent plus comme les députés de l'« Ancien Régime » – la formule commence à être employée à la fin de 1789 –, appliquent immédiatement leur volonté de modifier l'organisation politique et sociale du royaume : c'est dans cette perspective qu'ils entament la rédaction de la Constitution.

Le principe de la « souveraineté du peuple » étant admis, la question de la division des pouvoirs vient au centre du débat. Les éléments les plus radicaux l'emportent : le projet de la Chambre unique est adopté, contre l'avis des modérés, qui souhaitaient une Chambre haute, à l'image de la Chambre des lords britannique, pour tempérer les changements – proposition rejetée car elle risquait de réintroduire une hiérarchie sociale jugée inacceptable. Par la suite, les députés affirment la supériorité de la Chambre sur le roi. Louis XVI, dorénavant « roi des Français », régnera « par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelle de l'État ». Le corps législatif, composé de 745  députés, élus pour deux ans, établira et votera le budget et les lois, et décidera avec le roi de la paix et de la guerre ; le monarque ne disposera que d'un droit de veto suspensif, renouvelable deux fois sur une même loi.

Le mode électoral

Les élections seront régies par un système censitaire, ouvert aux hommes de plus de 25 ans payant en impôt l'équivalent de trois journées de salaire ; sont exclues du suffrage les femmes, et toute une population flottante de travailleurs urbains occasionnels et de pauvres journaliers – qui deviennent des citoyens « passifs », par opposition avec les électeurs, citoyens « actifs ». Surtout, ne peuvent être éligibles que les personnes qui paient un minimum de 50 F d'impôts, ou qui possèdent un bien évalué à 150 journées de travail. Ces distinctions, qui mettent en cause le sens même de la Révolution, soulèvent immédiatement un débat national.

Nouvelle organisation territoriale

À partir de 1790, l'organisation administrative, judiciaire et militaire de la nation est remise en chantier. Quatre-vingt-trois départements, de superficie sensiblement équivalente et dénués de tout privilège, remplacent les anciens découpages provinciaux.

Cette mutation touche toutes les dimensions de la vie collective, et bouleverse toutes les organisations préexistantes. Les responsabilités administratives sont attribuées par élection entre candidats compétents, choisis par les citoyens éligibles constitués en « assemblées primaires ».

Une nouvelle hiérarchie judiciaire est mise en place dans les départements, qui déconstruit le réseau complexe et disparate des anciens tribunaux royaux et seigneuriaux au profit d'une organisation uniforme sur l'ensemble du territoire. La réforme judiciaire s'accompagne d'une révision importante de la marche de la justice. Les peines sont mises en relation avec la gravité des délits, et l'usage de la torture et les punitions corporelles sont abolies.

L'organisation religieuse est également profondément touchée : les biens de l'Église sont confisqués (2 novembre 1789) pour être mis à la disposition de la nation. Une telle décision marque la volonté de mettre à contribution l'ordre le plus riche du pays et d'affaiblir les ordres monastiques décriés.

3.2. La question religieuse

Alors que cette attaque contre les ordres monastiques ne provoque pas de véritable réaction, la réorganisation de l'Église – mise en œuvre par la Constitution civile du clergé, votée le 12 juillet 1790 – met le feu aux poudres. Privé de ses ressources propres, le clergé est pris en charge par la nation, qui alloue des salaires à ses membres, mais exige en contrepartie la prestation d'un serment de fidélité. La Constituante procède à un redécoupage des paroisses et des évêchés (dont certains disparaissent), pour les mettre en harmonie avec les communes et les départements. Ce sont les citoyens des assemblées primaires qui élisent désormais les clercs ; et les évêques reçoivent l'investiture spirituelle non plus du pape – qui est seulement informé de leur élection –, mais de leur archevêque.

Cette organisation remet en cause unilatéralement le concordat de 1516, au moment où les propriétés du Saint-Siège, en Avignon, sont agitées par une campagne populaire violente en faveur de leur rattachement à la France. Elle installe le régime dans des difficultés internationales graves, même si le pape ne réagit pas dans l'immédiat. Les membres du clergé français ne peuvent trouver de moyen terme : ils doivent tout accepter ou tout refuser. Après des hésitations et de nombreux débats, un peu plus de la moitié des clercs acceptent de prêter serment à la Constitution civile (nombre d'entre eux reviendront sur cette acceptation par la suite), les autres s'y refusant. Pratiquement tous les évêques sont dans ce dernier cas, ainsi que la majorité des prêtres des régions de l'Ouest, du Nord-Ouest, de l'Est et de la bordure méridionale du Massif central.

La rupture ne se fait pas seulement au gré des opinions individuelles, mais aussi, dans de nombreux cas, en fonction de courants collectifs. Dans l'Ouest notamment, les ruraux sont violemment hostiles à la Constitution civile du clergé, qu'ils accusent de provoquer un schisme éloignant d'eux leurs « bons prêtres ». Dans le Midi, où protestants et catholiques cohabitent difficilement, les querelles tournent aussitôt au drame. Ajoutant les rancunes politiques et sociales aux questions religieuses, catholiques et protestants s'affrontent dans des « bagarres » qui font, au printemps de 1790, une centaine de victimes à Montauban et quatre cents morts à Nîmes. Dans ce débat, le roi ne prend pas ouvertement parti mais désavoue, de fait, la Constitution civile. Lorsque le pape la condamne finalement, le 11 mars 1791 – huit mois après son adoption –, le schisme religieux est consommé. Il présage le schisme politique. La France, qui avait cru à la fraternité, est maintenant partagée en camps opposés.

3.3. Premiers troubles

La fête de la Fédération (14 juillet 1790)

L'élan fédérateur témoigne paradoxalement de cette déchirure. Les patriotes de la Garde nationale, milice civique chargée depuis 1789 du maintien de l'ordre dans presque tous les bourgs et villes du royaume, ont éprouvé le besoin de manifester leur cohésion dans des rencontres provinciales, appelées « fédérations ». Le point d'orgue de ce mouvement est la fête de la Fédération, célébrée le 14 juillet 1790 à Paris, sur le Champ-de-Mars, en présence du roi. L'unité proclamée masque mal les tensions et les réticences. On en voit la preuve en août, lorsque des troupes soldées, les suisses casernés à Nancy, se révoltent, prétextant des droits des citoyens pour demander des augmentations et un meilleur sort, et qu'elles sont violemment réprimées par les soldats du marquis de Bouillé.

La question financière

À ce climat troublé s'ajoute la question financière. Les biens du clergé sont mis en vente progressivement comme « biens nationaux », sur lesquels sont gagés des billets émis par l'État, les assignats, qui deviennent une véritable monnaie en avril 1790 ; cette mesure provoque une hausse des prix et une pénurie de l'argent qui aggravent par contrecoup les conditions de vie des plus pauvres, renforçant le parti des opposants à la Révolution.

Une multitude de mécontentements

À compter de 1791, ces derniers vont composer un véritable mouvement, dont l'unité se réalise en particulier dans le Midi : en août 1790 déjà, des milliers de gardes nationaux se sont rassemblés au camp de Jalès, dans le Vivarais, où un comité de nobles les a engagés à récuser la Constituante. Ils ont promis de lutter pour « rétablir le roi dans sa gloire ». Dispersé une première fois, le camp de Jalès se reconstituera. Dans l'Ouest, les querelles se cristallisent sur le remplacement des prêtres qui ont refusé le serment. De véritables affrontements, parfois mortels, ont lieu épisodiquement ici ou là. Ailleurs, en Normandie, dans le Quercy, dans le Limousin ou en Bourgogne, des paysans s'opposent aux propriétaires, mettent à mal des châteaux et refusent de payer les redevances et les impôts.

En dépit de ces tensions, les bases du nouvel État français paraissent solidement implantées. Les cadres administratifs ne seront plus remis en question par la suite, ni les principes qui président à l'organisation des instances judiciaires – voire religieuses. Mais les bouleversements entraînés par ces modifications, qui heurtent parfois de façon délibérée les habitudes issues de l'Ancien Régime, s'ajoutent pour créer de multiples mécontentements poussant à une lutte politique ouverte.

3.4. Le déshonneur du roi

La fuite de la famille royale

Dans ce contexte troublé, l'annonce de la fuite du roi éclate comme un coup de tonnerre. Le 20 juin 1791, la famille royale s'enfuit vers la frontière orientale dans une lourde berline, le roi laissant derrière lui un manuscrit important qui désavoue toute l'œuvre de l'Assemblée. L'équipée est cependant arrêtée non loin de son objectif, dans la petite ville de Varennes, par le maître de poste Drouet, promu héros national ; les fugitifs sont aussitôt reconduits sous escorte à Paris, où ils sont de retour le 25 juin.

Le pays est traumatisé par cet événement, qui symbolise l'impossibilité de tout compromis. La mobilisation a été générale sur toutes les frontières, où les troupes s'attendent à être attaquées par les émigrés et les étrangers hostiles à la Révolution. Le retour dans la capitale se fait dans le silence, tandis que l'Assemblée tente de maintenir la fiction de l'enlèvement du roi, décrète l'inviolabilité de sa personne et le prive de tout pouvoir.

La volonté de préserver les institutions prévaut, alors que certains imaginent déjà l'instauration d'une république. Une campagne de presse d'une intensité et d'une férocité considérables se développe dans tout le pays. Le roi et sa famille sont présentés sous des formes infamantes et obscènes. La personne du roi n'a plus rien de sacré après cet épisode, qui fait considérer définitivement le pouvoir comme la résultante d'un rapport de forces.

Le mouvement républicain : Jacobins et Feuillants

Cette fermentation est aggravée par l'agitation sociale entretenue par le club révolutionnaire des Cordeliers, qui accepte en son sein des citoyens « passifs » désireux de jouer un rôle politique. Les tensions culminent le 17 juillet 1791, lorsqu'une manifestation contre la personne du roi se tient, malgré l'interdiction de l'Assemblée, sur le Champ-de-Mars. Les troupes, débordées, font feu et tuent une cinquantaine de manifestants. La réponse politique est immédiate. Les patriotes se divisent entre ceux qui veulent poursuivre le cours de la Révolution, et se rassemblent dorénavant dans le club des Jacobins, et ceux qui veulent mettre fin aux innovations révolutionnaires, et se retrouvent dans celui des Feuillants.

3.5. La montée des périls et la guerre

La déclaration de Pillnitz

Partisans et adversaires de la Révolution sont donc entrés dans des luttes ouvertes pour le pouvoir, et tout le pays est concerné par les divisions politiques. Comme les clercs, les officiers de l'armée sont confrontés à l'obligation de prêter serment, ce qu'une partie d'entre eux refuse de faire : ils sont nombreux à émigrer vers les villes frontalières des principautés allemandes. Les menaces internationales grandissent contre la Révolution. Après les empiétements français en Avignon et les restrictions appliquées aux propriétés des princes allemands en Alsace, les cours européennes ont été choquées par l'arrestation du roi et de la reine, princesse autrichienne. Son frère, l'empereur d'Autriche Léopold II, et le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume, se concertent en août 1791 dans la ville de Pillnitz et signent une déclaration conjointe dans laquelle ils se déclarent prêts à intervenir pour rétablir les droits du roi en France. Cette proclamation, maladroite puisque aucun des deux souverains n'envisage d'entrer en guerre, sonne cependant comme une menace intolérable, radicalisant les positions et présentant le couple royal comme traître à la France.

Les débuts de l'Assemblée législative

Alors que, le 14 septembre 1791, le roi approuve la Constitution du pays – permettant qu'une nouvelle Assemblée, la Législative, soit élue pour deux ans –, le pays est gravement divisé.

La Législative se réunit en séance inaugurale le 1er octobre 1791, avec des hommes nouveaux – les députés de la Constituante ont en effet été déclarés non rééligibles. Bien que leur majorité reste modérée, tous ces hommes appartiennent au camp révolutionnaire. Ils se méfient du roi, avec lequel les frictions se multiplient d'emblée. L'Assemblée commence par renforcer les mesures à l'encontre des prêtres réfractaires et des émigrés, demandant aux princes de l'Empire – les Électeurs de Trèves et de Mayence en particulier – de disperser leurs bandes rassemblées aux frontières (29 novembre 1791). Le comte de Provence, frère du roi (futur Louis XVIII), est sommé de regagner la France, sous peine d'être déchu de ses droits au trône.

Pour en savoir plus, voir l'article les assemblées politiques en France.

Le recours à la guerre

Une politique étrangère belliqueuse va bientôt réunir, pour des motifs évidemment opposés, les espérances des différents groupes politiques. En cas de guerre, la « droite » et le roi attendent de la désunion du pays et du départ des officiers une défaite rapide des troupes françaises, qui serait le prélude à une restauration monarchique ; la « gauche » espère que les traîtres se démasqueront et escompte d'une croisade de la liberté le soutien des autres peuples européens. Certains, comme La Fayette, veulent profiter des circonstances pour obtenir des avantages politiques. Rares sont ceux qui, comme Robespierre, prêchent la prudence, redoutant la prise du pouvoir par des intrigants.

Au milieu de ces luttes politiques incertaines, le 20 avril 1792, le roi et l'Assemblée déclarent la guerre au chef du Saint Empire, l'empereur François II d'Autriche, allié au roi de Prusse ; ces derniers prennent aussitôt l'offensive. Les armées françaises doivent reculer dès les 28 et 29 avril, tandis qu'à Paris l'atmosphère se fait orageuse : les contre-révolutionnaires se réjouissent ouvertement, leurs journaux applaudissent aux défaites, tandis que les révolutionnaires dénoncent les trahisons, impliquant la reine, leurs officiers et une partie de l'Assemblée.

L'alliance du peuple en armes et de la Révolution

Or, bouleversant les calculs politiques, un élan patriotique imprévu se manifeste. De nombreux jeunes gens s'enrôlent dans les armées : un appoint de médiocre valeur dans l'immédiat, mais qui scelle l'alliance du peuple en armes et de la Révolution. Le Chant de guerre pour l'armée du Rhin, composé à Strasbourg par un jeune officier, Rouget de Lisle, deviendra, après juillet 1792, le symbole de cet élan populaire sous le nom de la Marseillaise.

Les luttes politiques ont donc conduit à un échec des modérés au profit des extrémistes des deux bords. Les partisans d'une révolution limitée n'ont pas pu trouver un allié dans la personne du roi, qui a préféré la politique du pire. Les contre-révolutionnaires se sont continuellement renforcés, recrutant des alliés à l'étranger et des soutiens à l'intérieur, dans les milieux hostiles à la Constitution civile du clergé. Les révolutionnaires, pour leur part, ont trouvé dans les événements la preuve que leurs craintes de trahison étaient fondées.

4. Vers la République

4.1. La nuit du 10 août 1792 : le renversement de la monarchie

Dans cette conjoncture où les menaces intérieures semblent faire écho aux menaces extérieures, les contre-révolutionnaires devenant chaque jour plus nombreux, le gouvernement durcit sa politique. Le 27 mai 1792, un décret exige la déportation des prêtres réfractaires, tandis qu'un autre ordonne, le 4 juin, la constitution d'un camp de volontaires fédérés sous les murs de Paris pour arrêter l'avancée des armées étrangères. L'opposition du roi à ces mesures provoque une réaction des sans-culottes (dirigés par le club des Cordeliers), qui envahissent le palais des Tuileries, le 20 juin, pour contraindre le roi à revenir sur ses refus. Acculé dans l'enseigne d'une fenêtre, coiffé d'un bonnet rouge et obligé de boire à la santé de la Révolution, Louis XVI maintient cependant ses décisions. Il est soutenu, peu après, par de nombreuses lettres de loyauté provenant de tout le pays.

L'été 1792 voit chaque camp se préparer à un affrontement inévitable, tandis que les compromis deviennent impossibles : les Feuillants échouent à convaincre le roi de fuir par Rouen, ce qui les disqualifie ; le général La Fayette manque sa tentative de coup d'État et doit quitter la France, pour se retrouver emprisonné dans une forteresse autrichienne pendant plusieurs années.

Aux Tuileries, le roi s'entoure d'une garde dévouée, que rejoignent des royalistes décidés. Pendant ce temps, les révolutionnaires, renforcés par un afflux de volontaires, durcissent leurs positions. Un comité secret, dit « de l'Évêché », prépare l'insurrection, qui commence dans la nuit du 9 au 10 août 1792. Les affrontements entre les volontaires patriotes et fédérés et les défenseurs du roi, notamment les gardes suisses, durent toute la journée, avant que Louis XVI – qui s'est rendu avec sa famille dans l'enceinte de l'Assemblée législative – n'abandonne la partie.

Le coup d'État a réussi au terme d'un véritable bain de sang. Pendant que la foule envahit et pille les Tuileries, la suspension du roi est décidée par la Législative, qui l'emprisonne au Temple avec ses proches et qui décide qu'une nouvelle Assemblée constituante, la Convention, devra statuer sur le futur régime politique de la France.

Pour en savoir plus, voir l'article journée du 10 août 1792.

4.2. La Commune de Paris

En fait, l'Assemblée a perdu toute emprise sur les événements, et les ministres sont doublés par les instances insurrectionnelles mises en place par la Commune de Paris, dans laquelle les extrémistes, qui possèdent le pouvoir armé, se taillent la part belle. À Paris, les sections électorales siègent en permanence ; dans toutes les villes naissent des comités de surveillance et des sociétés populaires qui s'arrogent le droit de contrôler l'administration, de surveiller les populations et de traquer les traîtres, à commencer par les membres des autres instances élues.

Les rivalités de pouvoir rendent la France ingouvernable, au moment où des émeutes contre-révolutionnaires éclatent, en juillet dans la vallée du Rhône, à Jalès, et en août dans l'Ouest breton et poitevin, où les affrontements font plusieurs centaines de victimes. Un peu partout, la chasse aux prêtres réfractaires, considérés comme les responsables de l'agitation, est ouverte. Une soixantaine d'administrateurs et de clercs sont lynchés dans le pays pendant l'été 1792.

Les massacres de Septembre

Dans ce contexte aggravé par les victoires des troupes ennemies, qui marchent sur Paris lentement mais, semble-t-il, inexorablement, faisant tomber les forteresses les unes après les autres, des fédérés et des sans-culottes se rendent responsables, entre le 2 et le 6 septembre 1792, de massacres de prêtres réfractaires et de suspects incarcérés dans les prisons à Orléans et, surtout, à Paris. Des « procès » expéditifs font comparaître plus d'un millier d'ecclésiastiques emprisonnés avant de les livrer aux couteaux d'une foule incontrôlée. La princesse de Lamballe, amie de la reine, est assassinée dans des conditions atroces. Les tueries durent plusieurs jours sans que les autorités administratives osent intervenir, et les députés ne les condamneront pas avant plusieurs mois.

Ces « massacres de Septembre », qui frappent l'opinion, marquent un tournant essentiel dans la Révolution. Généralement spontanés, ils s'enracinent dans une tradition de violence populaire, liée aux habitudes d'émeutes, et sont causés par la peur de la vengeance prévisible des royalistes en cas de prise de la cité par les armées étrangères. Ils relèvent aussi de la stratégie insurrectionnelle des extrémistes qui mettent les élus devant le fait accompli.

L'abolition de la royauté

C'est au cœur des massacres de Septembre que se déroulent les élections à la Convention, pour lesquelles est mis en place un système de suffrage universel masculin à deux degrés, et qui ne concernent qu'une minorité de participants (10 % du corps électoral). Les révolutionnaires les plus légalistes, les brissotins, prennent le contrôle de la Convention, aidés en cela par la victoire inespérée de l'armée française sur les Prussiens, le 20 septembre, au moulin de Valmy. Prussiens et Autrichiens quittent la France désormais lancée sur une nouvelle voie révolutionnaire : le 21 septembre 1792, la royauté est abolie. L'an I de la République est daté du lendemain.

4.3. L'exécution du roi

Rivalités politiques et Contre-révolution

La nouvelle Assemblée est confrontée à des rivalités politiques majeures. Les sans-culottes, qui jouent un rôle de premier plan à la Commune de Paris et dans les sections, font connaître leurs revendications sociales par le biais d'orateurs populaires comme Marat, publiciste de l'Ami du peuple. Au sein des Conventionnels, les Montagnards – ainsi appelés parce qu'ils siègent sur les gradins les plus élevés – sont sensibles à ces arguments, alors que les Girondins, qui sont des libéraux, se montrent résolument hostiles aux réglementations économiques sur les prix et les salaires, et dénoncent les violences.

Au-delà et en deçà des frontières, la Contre-Révolution est toujours présente. Un complot important agite alors tout l'Ouest, autour du chevalier de La Rouërie, qui rassemble des armes et de la poudre dans des châteaux bretons. Les mécontentements populaires se cristallisent sur les problèmes liés à la politique religieuse, entraînant de nombreuses difficultés locales, tandis que des prêtres réfractaires se cachent dans les campagnes avec la complicité de la population.

Le procès du roi

Dans ce climat, et alors que la guerre se prolonge, la Convention ouvre le procès du roi, le 11 décembre 1792. La correspondance secrète de Louis XVI, cachée dans une armoire de fer, vient d'être découverte : elle atteste son double jeu politique. Les Montagnards, conduits par Saint-Just et Robespierre, imposent l'idée que le roi doit être condamné, tandis que les Girondins, désireux de temporiser, se déconsidèrent par des manœuvres malhabiles.

Au terme d'un mois de débats, qui mettent au jour des tensions extrêmes entre les groupes révolutionnaires – les imprimeries des journaux girondins sont mises à sac – et au cours desquels est développée l'idée de la mort du roi comme un symbole nécessaire, l'exécution est votée le 19 janvier 1793, et appliquée le surlendemain, 21 janvier. Le roi devient aussitôt l'un des martyrs de la Contre-Révolution. .

5. « La patrie en danger »

5.1. Le choc de la « levée en masse »

La mort du roi relance la guerre : le gouvernement britannique rejoint les puissances continentales ; c'est la première coalition contre la France (1er février 1793). La Convention décide, le 24 février, de lever 300 000 hommes pour les envoyer aux frontières. Cette mesure s'accompagne de l'envoi d'émissaires de l'Assemblée, les représentants en mission, dans tous les départements pour en surveiller l'application.

Telle est la goutte qui fait déborder le vase : des soulèvements, parfois considérables, ont lieu dans de nombreuses régions. L'armée maîtrise la situation en Bretagne, en Alsace et dans le Massif central, mais échoue au sud de la Loire, permettant que les bandes d'insurgés s'organisent en « armées catholiques et royales ».

L'insurrection vendéenne

La défaite la plus importante s'étant produite dans le département de la Vendée, les Conventionnels prennent l'habitude de parler de « guerre de Vendée » après mars 1793. L'ampleur des combats et les nouvelles contradictoires en provenance de la région alimentent les rivalités politiques entre les différentes tendances – Girondins, Montagnards, sans-culottes –, qui mènent entre elles une lutte sans merci. Généraux et représentants du peuple se surveillent et se dénoncent, ce qui peut conduire à la guillotine.

Pour en savoir plus, voir l'article guerre de Vendée.

5.2. Au bord de la guerre civile

Contre les Girondins, dont ils ne cessent de dénoncer le modérantisme, les Montagnards obtiennent la création du Tribunal révolutionnaire (10 mars 1793) qui prononce sans appel sur les crimes politiques, la mise en place d'une procédure juridique exceptionnelle (19 mars) qui permet d'envoyer à la mort en vingt-quatre heures les insurgés pris les armes à la main, enfin, l'institution du Comité de salut public (6 avril), instance de coordination gouvernementale dont les pouvoirs iront grandissant.

Dans les départements, les représentants en mission, qui sont le plus souvent des Montagnards, épurent les administrations locales, remplaçant les préfets, les maires et autres commis jugés trop modérés par des membres des sociétés populaires, plus radicaux.

Les Girondins, qu'anime toujours Brissot, vont tenter de contrer leurs adversaires montagnards et sans-culottes conduits par les Enragés – tels l'ancien vicaire Jacques Roux et le commis des postes Varlet –, qui veulent taxer les riches et réglementer le prix des grains. En avril, ils mettent Marat en accusation, mais le Tribunal révolutionnaire l'acquitte ; puis ils créent une commission de douze membres pour contrôler les sections parisiennes et mettre en accusation d'autres chefs sans-culottes, comme Hébert.

Certains Girondins menacent même de réunir les suppléants des Conventionnels dans la ville de Bourges (supposée être au centre de la France) pour atténuer la pression des sans-culottes sur l'Assemblée ; ils prononcent des menaces contre Paris, considérée comme la ville de l'anarchie révolutionnaire. La montée des tensions débouche sur les émeutes populaires des 31 mai et 2 juin 1793 : les sans-culottes obtiennent par les armes que le noyau des députés girondins soit arrêté et que la Convention passe aux mains des Montagnards. Or, dans le même temps, les sans-culottes qui étaient à la tête de la Commune de Lyon perdent le pouvoir au profit de révolutionnaires plus modérés, tandis que de nombreux départements et villes prennent fait et cause pour les Girondins évincés, contre la toute-puissance des sections et l'extrémisme parisien.

Le mouvement de protestation affecte surtout la vallée du Rhône, depuis Lons-le-Saunier jusqu'à Marseille ; il s'étend à Toulon, touche Bordeaux, qui mobilise, ainsi que les grandes villes de l'Ouest et la Normandie. Aucune unité ne s'établit entre ces différents mouvements qu'on appellera « fédéralistes », violents verbalement mais incapables d'organiser des forces qui chasseraient les sans-culottes sans livrer le pays aux contre-révolutionnaires. Cette incapacité permet aux Parisiens d'assimiler le fédéralisme à la Contre-Révolution et de le combattre férocement. Lyon, Marseille, puis Toulon sont ainsi livrées, sous l'autorité des représentants en mission, à une répression militaire brutale, à l'automne 1793.

5.3. La Terreur

Alors que les armées étrangères assaillent à nouveau toutes les frontières, que les Britanniques débarquent à Toulon, que les Vendéens contrôlent toute une région et qu'une jeune femme, Charlotte Corday, vient d'assassiner Marat (le 13 juillet), la Terreur « est mise à l'ordre du jour » par la Convention au début de septembre 1793.

Sus aux suspects de crimes contre-révolutionnaires

Les fédéralistes, les émigrés, les prêtres réfractaires sont déclarés « suspects » de crimes contre-révolutionnaires et sont désormais passibles de la peine capitale. Les rebelles vendéens doivent être détruits, ainsi que leurs « repaires » ; les Lyonnais et les Marseillais insurgés doivent également disparaître, et avec eux le nom même de leurs villes. Des dénonciations suffisent à désigner les suspects.

L'unité révolutionnaire est mise cependant à l'épreuve. Les Montagnards, conduits par Robespierre, acceptent un certain nombre de mesures sociales réclamées par les sans-culottes : la loi du maximum (29 septembre 1793) fixe les prix des denrées et les salaires ; les biens des émigrés sont mis en vente par petits lots, permettant leur rachat par la paysannerie ; tous les droits pesant encore sur la terre sont purement et simplement abolis ; les grains sont réquisitionnés.

La rupture avec le passé est totale lorsque le calendrier révolutionnaire, décrété par Romme et imaginé par Fabre d'Églantine, remplace le calendrier romain le 5 octobre 1793 – soit le 14 vendémiaire an II. Ces avancées privent les Enragés d'un support populaire ; ils sont jetés en prison ou contraints au silence, tandis que les clubs de femmes révolutionnaires sont fermés et certaines de leurs porte-parole exécutées ou incarcérées.

Les excès des sans-culottes

Les Montagnards doivent cependant composer avec la masse des sans-culottes. Ces derniers, restés puissants au ministère de la Guerre, mettent sur pied une « armée révolutionnaire » et dirigent les opérations en Vendée. Hébert, leur nouveau chef, détient l'un des journaux les plus lus, le Père Duchesne, d'une grande violence verbale. Lors de son procès, en octobre, Marie-Antoinette est accusée des pires maux, de la trahison à l'inceste. Ce procès dévoile les méthodes funestes utilisées par la suite contre les hébertistes ou les dantonistes (faux témoignages, constructions policières, amalgames). L'ex-reine est exécutée le 16 octobre ; Mme Roland est guillotinée le 8 novembre.

Dans les départements, une partie des représentants en mission mettent en œuvre une « terreur » qui s'en prend aux révolutionnaires modérés comme aux prêtres (réfractaires ou constitutionnels) : les statues des églises sont détruites, et des mascarades antireligieuses organisées à l'occasion de fêtes de la déesse Raison ; les denrées alimentaires possédées par les plus riches sont réquisitionnées, au besoin violemment, et le pouvoir est laissé à des groupes d'extrémistes aux intentions douteuses mais couvertes par des mots d'ordre politiques.

Se distinguent ainsi Javogues à Saint-Étienne, Fouché à Lyon, et Carrier à Nantes, qui fait fusiller et noyer des milliers de personnes après que les insurgés vendéens eurent lancé une offensive victorieuse jusqu'à Granville, en novembre, et furent écrasés au Mans, en décembre. Dans les campagnes du sud de la Loire où ces derniers sont désormais contenus (la « Petite Vendée »), le général Turreau envoie, en janvier 1794, ses « colonnes infernales ».

5.4. Le Comité de salut public

Contre l'éparpillement des initiatives, qui profite aux sans-culottes, les Montagnards centralisent de plus en plus le pouvoir entre les mains du Comité de salut public. La lutte politique dure tout l'automne 1793 et une partie de l'hiver 1794. Robespierre s'élève contre la déchristianisation et l'athéisme qui se répandent ; la liberté des cultes est réaffirmée (théoriquement) le 8 décembre, et le « vandalisme » révolutionnaire est condamné le 10 janvier 1794 par l'abbé Grégoire, qui stigmatise les destructions gratuites. Dans le même temps, l'esclavage est aboli dans les colonies.

L'élimination des hébertistes par Robespierre (mars 1794)

Avec le renfort d'un nouveau groupe de révolutionnaires rassemblés autour de Danton et de Desmoulins – les « Indulgents » – , qui veulent arrêter la Terreur, les Montagnards peuvent ouvrir le procès des hébertistes. Fouquier-Tinville, zélé accusateur public du Tribunal révolutionnaire et soutenu par une intervention de Saint-Just, les inculpe contre toute vraisemblance de complot avec l'étranger ; ils sont exécutés le 24 mars 1794. Leur audience est brisée d'un coup.

L'élimination des Indulgents (avril 1794)

Les règlements de compte touchent aussitôt après les Indulgents, mis en cause pour corruption. Danton – terrassé par un discours célèbre de Saint-Just –, Desmoulins et leurs amis sont envoyés à la guillotine le 5 avril. Des personnalités qui ont joué un rôle éminent depuis le début de la Révolution sont ainsi éliminées par le Comité de salut public. Dans la Convention violemment secouée par ces deux séries de crises, les Montagnards robespierristes détiennent désormais tous les pouvoirs.

L'élan révolutionnaire est désormais fermement contrôlé par le Comité de salut public, qui rappelle les représentants en mission trop indépendants, encadre les sections sans-culottes, supprime les tribunaux révolutionnaires extraordinaires des armées au profit du Tribunal de Paris. Les sans-culottes sont associés au pouvoir, mais leurs exigences de contrôle des salaires et des prix sont abandonnées.

La Révolution morale et le culte de l'Être suprême

La vision politique d'une Révolution morale, exigeante, utopique tente de s'imposer. Le décret du 7 mai 1794, qui stipule l'existence d'un Être suprême, pour lequel une fête est instaurée, et l'immortalité de l'âme, en est l'exemple le plus éclatant. L'athéisme et la vague antireligieuse doivent faire place à une pédagogie civique. L'école propose aux enfants des exemples inspirés des faits d'armes les plus récents, et les patriotes héroïques comme Joseph Agricol Viala – célébré par Chénier dans le Chant du départ – remplacent les « martyrs de la Révolution » – Marat, Chalier, Le Peletier – glorifiés par les sans-culottes. L'idéal d'une organisation collective régie par l'égalité et la vertu est au cœur d'innombrables discours, qui touchent tous les domaines de la vie nationale. Robespierre, entouré de Saint-Just et de Couthon, exerce véritablement le magistère national, même si d'autres personnalités, compétentes dans certains domaines (comme Lazare Carnot à la Guerre), jouent un rôle important dans le Comité de salut public.

La Grande Terreur

Dans cette révolution dans la Révolution, la tentation de la dictature est grande, pour établir par la nécessité de la violence le bonheur collectif à venir. La Grande Terreur est instaurée par la loi du 22  prairial an II (10 juin 1794). Les coupables d'accaparement, de défaitisme et de dilapidation, qui sont appelés « ennemis du peuple », sont désormais justiciables du Tribunal révolutionnaire. Certes, cette loi est édictée à la suite de tentatives d'assassinat sur des membres du Comité de salut public, dont Robespierre, mais elle témoigne avant tout d'une volonté moraliste radicale. La Grande Terreur frappe surtout Paris et marque les esprits par la rapidité des exécutions au moment où les victoires des armées françaises à l'extérieur – comme celle de Fleurus sur les Autrichiens le 26 juin – renforcent la position du gouvernement.

Mais les rivalités internes aux groupes dirigeants ne cessent de croître. Les membres du Comité de sûreté générale, qui cherchent à rogner les attributions de leurs collègues – et rivaux – du Comité de salut public, trouvent de nouvelles raisons de s'opposer à Robespierre, en particulier lorsque celui-ci préside la fête de l'Être suprême (8 juin 1794), cérémonie grandiose dans laquelle beaucoup de révolutionnaires voient un retour à une religion d'État. Le courant hostile se développe d'une manière diffuse dans la Convention et les Comités de gouvernement.

5.5. La réaction thermidorienne

Manœuvres politiciennes contre Robespierre

Au cours de l'été 1794, des rumeurs prêtent des intentions monarchiques à Robespierre ; elles insistent sur sa volonté de restaurer la religion et sur sa complicité avec une illuminée, Catherine Théot, qui se proclame « mère de Dieu ». Son absence temporaire de la Convention, en juillet – fatigue, écœurement ? –, si elle renforce les craintes des députés, qui redoutent d'être victimes de la Terreur, permet les manœuvres politiciennes des opposants, qui s'entendent pour faire chuter « l'Incorruptible ».

La chute de « l'Incorruptible »

Le 8 thermidor an II (26 juillet), dans un grand discours programmatique, Robespierre, revenant à la Convention, annonce de nouvelles mesures répressives contre des « conspirateurs », qu'il ne nomme pas. Le lendemain, 9 thermidor, les députés mettent Robespierre en minorité, l'empêchent de parler et enfin le décrètent en état d'arrestation, ainsi que ses proches. Les chefs sans-culottes, mis dans l'incapacité de mobiliser leurs troupes, réussissent malgré tout à délivrer les prisonniers et à les conduire à l'Hôtel de ville. Mais les forces de la Convention, conduites par Barras, s'emparent de Robespierre et de ses amis, qui sont exécutés le lendemain, 10 thermidor (28 juillet 1794).

Dans les jours qui suivent, les clubs jacobins du reste du pays envoient des témoignages de satisfaction à l'annonce de la chute du « tyran ». Une légende noire naît, qui décrit Robespierre comme un révolutionnaire rêvant de guillotiner la France entière et d'accaparer tous les pouvoirs. Les différents courants de la Convention se liguent dans cette opération : anciens Girondins qui retrouvent leur liberté et leur siège de député, anciens terroristes devenus dénonciateurs des exécutions des années précédentes – en faisant oublier leur propre rôle.

Cet épisode dramatique illustre, en les poussant au paroxysme, les mécanismes qui sont à l'œuvre depuis les débuts de la Révolution. De fait, les factions révolutionnaires n'ont jamais cessé d'être en rivalité les unes contre les autres, les mots d'ordre politiques ont souvent été détournés de leur signification pour cacher des jeux politiciens, les opinions ont été manipulées. Il convient de comprendre ces jeux pour ne pas être, aujourd'hui encore, prisonnier des images léguées par les Thermidoriens, qui ont noirci la « dictature » de Robespierre pour se blanchir eux-mêmes. Pendant les années qui suivent, le 9 Thermidor devient une fête nationale.

Pour en savoir plus, voir les articles la Terreur, journées des 9 et 10 Thermidor an II.

6. La Révolution à la recherche d’un second souffle

6.1. Règlements de comptes : la « Terreur blanche »

La Convention « thermidorienne », épurée des Montagnards robespierristes, va régler ses comptes et tenter de sortir de la Terreur. La chasse aux « buveurs de sang » est ouverte, tandis que l'abbé Grégoire publie la liste des destructions imputables aux terroristes ou aux « vandales ». On mêle ainsi, dans une condamnation générale et imprécise, extrémistes sans-culottes et Montagnards. Certains révolutionnaires vont payer pour que Thermidor donne l'image d'une rupture. Carrier et Turreau, notamment, sont mis publiquement en accusation.

Dans tout le pays, la réaction contre les sans-culottes est vive. À Paris, la Convention refuse toutes leurs demandes sociales, et réprime brutalement leurs manifestations en avril et mai 1795, alors que les conditions économiques sont particulièrement difficiles. La vallée du Rhône est le lieu d'innombrables règlements de comptes que les autorités politiques laissent commettre par la « jeunesse dorée » des muscadins contre les sans-culottes. Ces derniers sont rassemblés et exécutés au cours d'une contre-Terreur, ou Terreur blanche, qui touche des dizaines d'hommes à Aix, à Marseille et plus tard à Toulon, et plus d'une centaine à Lyon, en mai 1795. La page de la Révolution extrême est bien tournée.

6.2. Renouveau royaliste

Pour faire face à la guerre intérieure et extérieure, la République accepte de signer une paix équivoque avec les chouans et les vendéens de Charette et de Stofflet. Mais ce répit ne suffit pas aux armées françaises pour vaincre l'étranger. Et les républicains se trouvent confrontés à des oppositions oubliées. Devant les nombreuses demandes de réouverture d'églises, ils doivent accepter de reconnaître dans les faits la liberté des cultes et tolérer la présence de prêtres réfractaires, en concurrence avec le clergé constitutionnel déconsidéré. Un royalisme diffus se répand dans tout le pays, affecte notamment les muscadins et permet que se nouent deux tentatives de prise de pouvoir.

Après l’échec sanglant du débarquement d’émigrés en baie de Quiberon, les royalistes s'engagent dans une nouvelle voie : la participation aux élections des deux Assemblées (→ Conseil des Cinq-Cents et Conseil des Anciens) qui formeront le Corps législatif dans le nouveau régime institué par la Constitution de l'an III (22 août 1795). Pour éviter le succès prévisible des royalistes, la Convention thermidorienne décide de réserver les deux tiers des Assemblées à ses propres membres. Les royalistes tentent alors un coup de force, le 5 octobre 1795, à Paris. Mais l'armée, avec le jeune général Bonaparte, écrase au canon cette tentative mal coordonnée. Les élections au Corps législatif ont donc lieu dans les conditions prévues, le 21 octobre 1795, les deux tiers des sièges revenant à d'anciens Conventionnels. Les députés thermidoriens, qui se réclament des idées de 1789, paraissent ainsi avoir triomphé de la gauche – les sans-culottes – comme de la droite – les royalistes –, et être en mesure de terminer la Révolution.

6.3. Le Directoire

Compte tenu des échecs précédents, les nouveaux dirigeants de la France cherchent à réunir les conditions d'un subtil équilibre politique. L'exécutif est détenu par un Directoire de cinq membres, dont l'un, désigné par tirage au sort, doit être renouvelé chaque année. Les directeurs – Barras, Rewbell, Carnot, Letourneur, La Révellière-Lépeaux… – se partagent toutes les attributions du pouvoir au cours de savantes tractations. Le principe de la Chambre unique est abandonné : les deux Chambres (Cinq-Cents et Anciens) doivent adopter conjointement les lois. Armés de nouvelles prérogatives, ministres et commissaires nommés peuvent faire appliquer dans les départements les décisions prises. Ainsi est confirmée la centralisation administrative amorcée en 1793 – qui renoue avec la centralisation monarchique –, même si les administrations départementales élues redeviennent puissantes avec la disparition des comités révolutionnaires. Les cadres administratifs et juridiques perdent leur caractère révolutionnaire extraordinaire.

Les royalistes réapparaissent dans la vie publique : dès 1795, ils forment aux Assemblées un courant modéré. La voie électorale apparaît en effet comme la seule possible après 1795. La guerre de Vendée, arrêtée quelques mois, a repris en même temps que le débarquement de Quiberon (juin 1795). Au printemps 1796, les généraux vendéens Charette et Stofflet sont capturés et fusillés, laissant la région dans une paix troublée ; Cadoudal, autre rebelle royaliste, se rend le 19 juin. Une situation analogue règne aux frontières. L'épuisement des combattants est général ; il conduit à des traités de paix avec les pays européens (traités de Bâle avec la Prusse en avril 1795, de La Haye avec la Hollande en mai, de Bâle encore, avec l'Espagne, en juillet). La Grande-Bretagne et l'empire d'Autriche continuent la guerre, mais les frontières sont dorénavant assurées.

Pour en savoir plus, voir l'article Directoire.

6.4. Un pays épuisé

Crise financière

Les difficultés majeures que le régime doit affronter sont héritées du début de la Révolution. L'État a fort à faire face au délabrement des finances et de la monnaie. L'assignat a perdu pratiquement toute sa valeur ; il est remplacé par le « mandat territorial » en février 1796. Mais, après une dévaluation brutale, ce papier est démonétisé un an plus tard.

Les impôts ne rentrent plus dans les caisses, au point que le Directoire doit emprunter au bey d'Alger et à des commerçants de Hambourg en 1796 ; il compte de plus en plus sur les gains opérés par ses armées dans les pays conquis. En Belgique, les biens nationaux sont vendus ; des envois d'argent se font depuis l'Italie investie par le général Bonaparte. Ces mesures ponctuelles ne suffisent pas à éviter la banqueroute accélérée par des scandales financiers, qui est proclamée au détriment des créanciers de l'État, tandis que les fournisseurs des armées obtiennent de véritables monopoles. L'État vit ainsi au jour le jour, dans la dépendance des généraux et des banquiers.

Crise économique et sociale

Cet échec s'accompagne de difficultés sociales. Après les années de disette, en 1794-1795, les récoltes sont abondantes en 1796, mais l'économie est entrée dans une phase de dépression depuis la suppression du papier-monnaie. Aussi les prix agricoles chutent-ils, ce qui soulage les classes populaires urbaines mais achève d'affaiblir la demande de produits manufacturés de la part des producteurs ruraux. Seuls certains secteurs industriels (le coton, le charbon, la métallurgie) échappent au marasme, et l'ensemble progresse de façon très disparate, laissant des régions entières en marge de la reprise. Les ports ne retrouvent pas leur activité d'avant guerre. Cette économie difficilement renaissante permet à des spéculateurs de s'enrichir, tandis que les écarts sociaux s'accroissent. La société française, épuisée après tant de drames, peine à retrouver un rythme de croissance.

6.5. Complots et coups d’État

Babeuf et la conspiration des Égaux (mars 1796-mai 1797)

Recherché par la police pour ses articles publiés dans le Tribun du peuple, Babeuf entre dans la clandestinité en décembre 1795. Il fonde alors un parti « plébéien », pour lequel il rédige le Manifeste des Égaux, qui réclame « l'égalité des jouissances », la suppression de la propriété privée, et préconise l'établissement de la « communauté des biens et des travaux ». Il noue ainsi l'alliance entre les derniers Jacobins et les sans-culottes, et recueille l'adhésion de nombreux ouvriers parisiens touchés par la crise économique et de soldats de la Légion étrangère.

Le « Comité insurrecteur » des Égaux, ou Directoire secret de salut public, qu'il crée en mars 1796 avec Buonarroti et Le Peletier notamment, conspire contre le régime. Dénoncés par un agent infiltré, les conjurés sont arrêtés le 10 mai 1796. Leur procès ne s'ouvrira qu'en février 1797, après l'échec d'une tentative de soulèvement militaire inspirée par l'idéologie des Égaux, en septembre 1796, au camp de Grenelle. Condamné à mort, Babeuf sera exécuté le 27 mai 1797.

Les royalistes ne désarment pas. Leurs puissants réseaux d'espionnage quadrillent l'Europe ; les chouans de Bretagne, encadrés par de jeunes nobles émigrés en quête d'aventures, constituent toujours une menace latente ; les déserteurs sont soutenus par les « instituts philanthropiques », créés dans soixante-dix départements, qui travaillent l'opinion ; les demandes de réouverture d'églises se multiplient ; enfin, le club de Clichy, animé par des modérés qui souhaitent un compromis avec les institutions, rallie autour de lui des personnalités désabusées, comme Carnot ou le général Pichegru (→ Clichyens). Les élections de mars 1797 leur sont favorables, malgré les intimidations et la propagande orchestrée par les directeurs. Pichegru est élu à la présidence des Cinq-Cents et le marquis de Barthélemy, diplomate et ancien collaborateur du duc de Choiseul, entre au Directoire en remplacement de Letourneur.

Mais les « triumvirs », Barras, Rewbell et La Révellière-Lépeaux, ayant la preuve de la trahison de Pichegru, demandent l'appui de l'armée d'Italie, que dirige le général Bonaparte. Celui-ci envoie son lieutenant Augereau se mettre à la disposition du triumvirat. Le 18 fructidor an V (4 septembre 1797), les hommes d'Augereau investissent les deux Assemblées : Pichegru, Carnot et Barthélemy sont arrêtés. Les élections sont cassées dans quarante-sept départements ; une soixantaine de députés sont déportés en Guyane, avec Pichegru et Barthélemy ; les journalistes royalistes sont pourchassés. C'est la « Terreur sèche ». Par ce coup d'État, le Directoire paraît renouer avec la politique jacobine.

6.6. Sectarisme antireligieux

L'Église constitutionnelle est en crise ; elle a perdu la considération des populations comme celle des directeurs. Certains d'entre eux souhaitent mener une politique radicalement antireligieuse : les lois d'exception de septembre 1797 imposent aux prêtres un serment de « haine à la royauté et à l'anarchie », les réfractaires étant passibles de mort. Il s'ensuit de nombreuses arrestations, déportations et exécutions sommaires – les prêtres belges paient le plus lourd tribut. Des églises sont à nouveau dévastées, tandis que le pape Pie VI est arrêté en février 1798 après que ses États, envahis par les troupes du général Bonaparte, ont été proclamés République romaine ; amené en France, à Valence, Pie VI y mourra en août 1799.

Le directeur La Révellière-Lépeaux essaie de lancer une religion officielle naturelle, la « théophilanthropie », qui prétend réconcilier les rites religieux et les ambitions sociales de la Révolution. L'échec est rapide. Le Directoire tente surtout, à partir de 1798, d'imposer le culte décadaire, aux offices civils rendus chaque « décadi » (dixième et dernier jour de la décade dans le calendrier républicain, imposé comme jour chômé à la place du dimanche), et qui doit extirper radicalement le catholicisme. Mais les décadis sont mal suivis par la population, alors que les dimanches et les fêtes religieuses sont toujours respectés et que les fidèles protègent les prêtres catholiques clandestins. L'échec de la politique religieuse est patent dans de nombreuses régions françaises.

6.7. Expansionnisme militaire

En réalité, le Directoire va fonder l'essentiel de son pouvoir sur les conquêtes militaires, autre partie de l'héritage jacobin, elle aussi détournée de son sens originel. La guerre s'est prolongée avec la Grande-Bretagne et l'Autriche, mais les prouesses du général Bonaparte, commandant de l'armée d'Italie depuis le 2 mars 1796, font basculer les équilibres. Les armées autrichiennes sont battues les unes après les autres (→ Arcole, novembre 1796 ; Rivoli, janvier 1797), et l'empereur est obligé de réclamer la paix aux préliminaires de Leoben (18 avril 1797), après que Bonaparte a menacé d'envahir le Tyrol.

Ces succès militaires laissent le général en chef libre d'agir à sa guise dans le nord de l'Italie, et font de lui le sauveur du régime puisque le Directoire vit des rentrées d'argent que cette conquête garantit. Le 18 octobre 1797, Bonaparte impose à l'Autriche le traité de paix de Campoformio selon ses propres vues politiques, sans en référer au gouvernement français : son indépendance est totale. L'Italie du Nord est partagée : l'Autriche garde le contrôle de la Vénétie – conquise pourtant par Bonaparte –, tandis que la France prend possession des côtes ioniennes et pousse à la création des « Républiques-sœurs » de Cisalpine (Lombardie) et de Ligurie. Elle annexe également la Belgique et contrôle la rive gauche du Rhin.

Pour en savoir plus, voir l'article campagne d'Italie.

La politique expansionniste se poursuit, même si les armées françaises piétinent sur le Rhin et si les Britanniques gardent le contrôle des colonies (excepté Saint-Domingue). Sous des prétextes politiques, la Suisse est envahie et transformée en République helvétique en 1798, tandis que les États du pape deviennent République romaine. Au nord, les Pays-Bas entrent aussi dans l'orbite française (→  République batave). Après l'échec d'une attaque visant à restaurer le pouvoir du pape, le royaume de Naples est conquis à son tour, en janvier 1799, et transformé en République parthénopéenne, avec Abrial et les libéraux patriotes (Fasulo, Russo). L'ensemble de l'Italie est ainsi soumis directement ou indirectement à la France.

Ces succès s'avèrent cependant fragiles. Bonaparte se lance, en mai 1798, dans une nouvelle expédition, encore plus audacieuse, vers l'Égypte. Les débuts sont prometteurs : les armées françaises repoussent aisément les mamelouks et s'emparent du delta du Nil. Mais les Britanniques détruisent la flotte à Aboukir (1er août 1798), bloquant ainsi les Français dans le pays alors qu'arrivent de nouvelles troupes turques, qui remportent des victoires. Soucieux de sa gloire, et surtout de ne pas l’altérer, Bonaparte laisse le commandement à Kléber et regagne la France.

Pour en savoir plus, voir l'article campagne d'Égypte.

6.8. Le 18 brumaire

Dans cette situation confuse, qui plus est aggravée par la crise économique et par le creusement du déficit public – qui oblige à créer de nouveaux impôts –, une révolution de palais se prépare dans l'entourage de Sieyès, qui vient de remplacer Rewbell au Directoire (16 mai 1799).

En juin, Sieyès et Barras imposent, avec l'aide de l'armée, un remaniement du collège des Directeurs au profit de Jacobins. Les militaires réclament des mesures drastiques (levée en masse, emprunt forcé, loi des otages destinée à garantir la vie des administrateurs) pour pouvoir réprimer les multiples soulèvements. Le général Bernadotte est pressenti pour prendre la tête d'un complot, en vain. Le retour de Bonaparte en France, le 9 octobre, donne un chef prestigieux aux conjurés.

Aidés par les Directeurs et par le propre frère du général, Lucien Bonaparte, à ce moment président des Cinq-Cents, les conjurés mettent en place un coup d'État qui se réalise les 9 et 10 novembre 1799 (18 et 19 brumaire an VIII). Les Chambres sont transférées à Saint-Cloud, le commandement militaire de Paris est donné à Bonaparte, ses soldats dispersent les députés qui ne se soumettent pas au nouvel homme fort. Le soir du 10 novembre, le Directoire est aboli par le vote des Anciens et du reste des députés des Cinq-Cents, au profit d'un régime nouveau, le Consulat, qui prend la suite des principes révolutionnaires, mais en donnant les pleins pouvoirs à un triumvirat, dirigé de fait par le Premier consul, Bonaparte. La Révolution est stabilisée dans un régime autoritaire, qui garantit les mutations sociales antérieures en s'appuyant sur la dernière création de ces dix années de bouleversements, l'armée nationale.

Pour en savoir plus, voir l'article coup d'État de brumaire an VIII.

Les grandes dates de la Révolution française

LES GRANDES DATES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
1789
janvier-mai.Élections pour les États généraux.
5 mai.Réunion des États généraux.
20 juin.Serment du Jeu de paume.
23 juin.Réplique royale (le roi casse et annule les décisions de l'Assemblée).
27 juin.Recul du roi. Réunion des trois ordres.
9 juillet.L'Assemblée nationale se déclare Assemblée nationale constituante.
11 juillet.Renvoi du populaire Necker.
14 juillet.Prise de la Bastille.
16 juillet.Rappel de Necker.
été.La Grande Peur.
4 août.Abandon des privilèges.
26 août.Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
5-6 octobre.Sous la pression populaire, Louis XVI quitte Versailles pour Paris.
2 novembre.Les biens du clergé sont déclarés biens nationaux.
22 décembre.Création des départements.
24 décembre.Les protestants reçoivent tous les droits politiques.

1790

28 janvier.Les Juifs deviennent citoyens.
janvier-mai.Émeutes de la faim.
22 mai.Déclaration de paix au monde.
12 juillet.Constitution civile du clergé.
14 juillet.Fête de la Fédération.
novembre.Suppression des douanes intérieures.

1791
La Contre-Révolution passe partout à l'action.
L'émigration s'amplifie.

17 marsLoi d'Allarde, qui abolit les corporations.
2 avrilMort de Mirabeau.
16 maiLes membres de l'Assemblée constituante ne pourront pas se présenter aux élections pour l'Assemblée législative.
14 juinLoi Le Chapelier, qui interdit les coalitions et la grève.
21-25 juinFuite, arrestation (à Varennes) et retour à Paris du roi et de sa famille. Loi martiale.
17 juilletFusillade du Champ-de-Mars (la garde nationale tire sur les citoyens venus porter une pétition républicaine).
27 aoûtDéclaration de Pillnitz.
3 septembreL'Assemblée vote la Constitution du royaume.
5 septembreÉlection (au suffrage censitaire) des députés à l'Assemblée législative.
13 septembreLe roi accepte la Constitution.
14 septembreLe roi prête serment à la Constitution.
30 septembreL'Assemblée constituante se sépare.
1er octobreL'Assemblée législative se réunit pour la première fois.
9 novembreDécret contre les émigrés.
29 novembreDécret contre les prêtres réfractaires.
19 décembreVeto du roi à ce dernier décret.

1792

marsMinistère de guerre girondin (Roland-Dumouriez-Clavière). Mort de l'empereur Léopold II (1er  mars).
20 avrilDéclaration de guerre au roi de Bohême et de Hongrie . Premiers revers.
27 maiLes Girondins font voter des mesures contre les prêtres réfractaires. Veto du roi.
29 maiLicenciement de la garde soldée.
8 juinVote de la formation d'un camp de 20 000 fédérés à Paris.
13 juinRenvoi du ministère girondin. Formation d'un ministère feuillant.
20 juinJournée de pression contre le roi et son droit de veto.
11 juilletDécret déclarant la patrie en danger.
14 juilletCamps fédérés à Paris.
25 juilletManifeste de Brunswick.
9 aoûtUne Commune insurrectionnelle se substitue à la Commune légale de Paris.
10 aoûtChute de la royauté. Arrestation de Louis XVI et de sa famille.
17 aoûtCréation du premier tribunal révolutionnaire.
23 aoûtLes Prussiens s'emparent de Longwy.
2 septembreCapitulation de Verdun. Réunion des assemblées électorales en vue de la formation d'une Convention nationale.
2-6 septembreMassacres dans les prisons de Paris.
20 septembreVictoire de Valmy.
22 septembreProclamation de la (Ire) République.
2 octobreCréation du Comité de sûreté générale.
24 octobreAdoption du calendrier républicain.
6 novembreVictoire de Jemmapes. Occupation de la Belgique.
19 novembreLa Convention appelle les peuples opprimés à l'insurrection.
20 novembreMise en accusation du roi (découverte de l'armoire de fer contenant des documents compromettants).
27 novembreRéunion de la Savoie à la France.
11 décembreOuverture du procès du roi.

1793

1er janvierCréation d'un Comité de défense générale.
19 janvierCondamnation à mort du roi.
21 janvierExécution de Louis XVI.
31 janvierLe comté de Nice est annexé à la France.
1er févrierRupture avec l'Angleterre et les Provinces-Unies.
24 févrierLevée de 300 000 hommes et vote de l'amalgame.
25 févrierEntrée de Dumouriez à Breda.
7 marsRupture avec l'Espagne. Début de la coalition générale contre la France.
10 marsDébut de l'insurrection dans l'Ouest (Vendée).
18 marsDéfaite de Dumouriez à Neerwinden.
début avril-23 juilletSiège de Mayence par les Prussiens.
1eravrilSuspension de l'inviolabilité des députés.
5 avrilDéfection de Dumouriez.
6 avrilCréation d'un Comité de salut public.
9 avrilConférence alliée à Anvers (dépeçage de la France).
11 avrilCours forcé de l'assignat.
13 avrilMarat arrêté sous la pression des Girondins.
24 avrilAcquittement de Marat.
18 maiCommission d'enquête (girondine) contre la Commune de Paris.
31 maiDémonstration antigirondine.
2 juinCoup d'État jacobin. Décret d'arrestation contre 29 députés girondins et 2 ministres.
9 juinPrise de Saumur par les vendéens.
24 juinVote de la Constitution très démocratique (dite de l'an I, jamais appliquée), ratifiée par référendum.
13 juilletAssassinat de Marat par Charlotte Corday.
16 juilletRévolte de Lyon.
26 juilletLoi punissant de la peine de mort les accapareurs de marchandises de première nécessité.
27 juilletEntrée de Robespierre au Comité de salut public.
28 juilletPrise de Valenciennes par les Autrichiens.
1er aoûtIntroduction du système décimal.
23 aoûtLoi de réquisition générale.
24 aoûtCréation du Grand Livre de la Dette publique.
28 aoûtEntrée des Anglais à Toulon.
3 septembreEmprunt forcé sur les riches. Renforcement du tribunal révolutionnaire.
6-8 septembreVictoire de Hondschoote.
17 septembreLoi des suspects.
29 septembreLoi du maximum général, fixant un prix maximal des marchandises de première nécessité.
9 octobreReprise de Lyon.
10 octobreLe gouvernement est déclaré révolutionnaire jusqu'à la paix . Terreur, exécution, début de la vague de déchristianisation.
16 octobreVictoire de Wattignies.
17 octobreDéfaite des Vendéens à Cholet.
21 novembreDiscours de Robespierre contre l'athéisme des hébertistes.
24 novembreFermeture des églises. Culte de la Raison.
4 décembreDécret constitutif du gouvernement révolutionnaire.
19 décembreReprise de Toulon.
23 décembreDéfaite des vendéens à Savenay.
26 décembreVictoire du Geisberg près de Wissembourg.

1794

janvierDébut de la dictature de Robespierre.
25 févrierCréation des Écoles centrales.
26 févrierDécret de ventôse confisquant les biens des ennemis de la République.
14-24 marsRobespierre se débarrasse des hébertistes.
30 mars-5 avrilRobespierre se débarrasse des dantonistes.
1er avrilSuppression du Conseil exécutif provisoire. Rôle prépondérant du Comité de salut public.
16 avrilDécret renforçant la Terreur : tous les prévenus de conspiration seront déférés au seul Tribunal révolutionnaire de Paris.
8 juinFête de l'Être suprême.
10 juinLoi d'exception (22 prairial) renforçant la justice révolutionnaire.
26 juinVictoire de Fleurus.
10 juilletEntrée des Français à Bruxelles.
26-28 juillet (8-10 thermidor an II)Chute et exécution de Robespierre. Fin de la Grande Terreur.
Réveil royaliste ; vague contre-révolutionnaire. La Commune de Paris perd la plupart de ses pouvoirs.
18 septembreSéparation de l'Église (constitutionnelle) et de l'État.
6 octobrePrise de Cologne.
10 octobreCréation du Conservatoire des arts et métiers.
11 novembreFermeture du club des Jacobins.
24 décembreAbolition de la loi du maximum.
27 décembreInvasion des Provinces-Unies.

1795

hiver 1794-1795Misère populaire.
17 févrierHoche traite avec les Vendéens.
21 févrierProclamation de la liberté des cultes.
8 marsLes Girondins proscrits sont rappelés.
1er avrilÉmeute de la misère.
5 avrilPremier traité de Bâle (avec la Prusse).
16 maiTraité de La Haye (avec les Provinces-Unies).
20 maiNouvelle manifestation des sans-culottes. Début de la Terreur blanche dans le Midi.
31 maiSuppression du Tribunal révolutionnaire.
27 juinTentative de débarquement royaliste à Quiberon.
22 juilletSecond traité de Bâle (avec l'Espagne).
22 juilletÉchec du débarquement royaliste à Quiberon.
22 aoûtVote de la Constitution de 1795 (an III), ratifiée par référendum.
30 aoûtDécret des deux tiers, imposant aux futures Assemblées une majorité initiale de deux tiers de Conventionnels sortants.
5 octobre (13 vendémiaire an IV)Révolte royaliste à Paris, écrasée par Bonaparte.
22 octobreCréation de la future École polytechnique.
26 octobreFin de la Convention.
2 novembrePremière séance au Luxembourg du Directoire composé de cinq membres élus par le Conseil des Anciens et le Conseil des Cinq-Cents.
21 décembreCri d'alarme du Directoire : l'inflation est à son comble.

1796

28 févrierFermeture du club du Panthéon.
18 marsSuppression des assignats, remplacés par des mandats territoriaux.
26 marsBonaparte à la tête de l'armée d'Italie.
16 avrilRétablissement de la peine de mort.
14 maiBonaparte à Milan.
17 novembreVictoire d'Arcole.

1797

9 avrilÉchec des Conventionnels aux élections.
18 avrilPréliminaires de Leoben.
27 maiExécution de Babeuf.
juillet-septembreNégociations à Lille avec les Anglais : c'est un échec.
4 septembre (18 fructidor an V)Réaction du Directoire contre les monarchistes (Clichyens).
18 octobreTraité de Campoformio.

1798

15 févrierCréation de la République romaine.
12 avrilCréation de la République helvétique.
9-18 avrilÉlections favorables aux Jacobins.
11 mai (22 floréal an VI)Invalidation de 98 nouveaux représentants de l'opposition.
19 maiDépart de Bonaparte pour l'Égypte.
21 juilletVictoire des Pyramides.
1er aoûtDéfaite d'Aboukir.
22 aoûtFondation de l'Institut d'Égypte.
5 septembreInstauration de la conscription (loi Jourdan ).
23 décembre-21 janvier 1799Turquie, la Russie et l'Autriche, qui forment la seconde coalition.

1799

23 janvierCréation de la république Parthénopéenne.
25 marsDéfaite de Stokach.
16 avrilVictoire du mont Thabor.
18 juin (30 prairial an VII)Les directeurs jacobins doivent démissionner.
24-25 juilletVictoire d'Aboukir.
15 aoûtDéfaite de Novi.
22 aoûtBonaparte quitte l'Égypte.
25-27 septembreVictoire de Zurich.
9 octobreBonaparte débarque à Fréjus.
9-10 novembre (18-19 brumaire an VIII)Coup d'État de Bonaparte à Saint-Cloud ; début du Consulat et fin de la Ire République.