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IIIe République

Proclamation de la IIIe République
Proclamation de la IIIe République

Régime de la France du 4 septembre 1870 au 10 juillet 1940.

1. De 1870 à 1919

1.1. La soudaine proclamation de la république

La révolution du 4 septembre

À l'annonce du désastre de Sedan (1er septembre 1870) suivie le lendemain de celle de la capture de l'empereur Napoléon III, les milieux politiques réclament la déchéance du régime. À Paris, pendant que le Corps législatif délibère, la foule manifeste avec colère pour la république. Celle-ci est proclamée par Gambetta à l'Hôtel de Ville le 4 septembre 1870.

Le gouvernement de la Défense nationale (4 septembre 1870-12 février 1871)

Les républicains forment le gouvernement de la Défense nationale, qui reste dans Paris assiégé et envoie en province une délégation menée par Gambetta. Le 28 janvier 1871, il signe avec Bismarck un armistice prévoyant l'élection d'une Assemblée nationale. Celle-ci est élue le 8 février au terme d'élections transformées en référendum « la guerre ou la paix ». Les monarchistes, partisans de la paix, l'emportent largement sur les républicains, qui veulent la guerre à outrance.

La Commune (18 mars-27 mai 1871)

Réunie à Bordeaux, l'Assemblée nationale nomme Thiers chef du pouvoir exécutif. Avec Jules Favre, il conclut la paix avec l'Allemagne (préliminaires de Versailles, 26 février, confirmés par le traité de Francfort, 10 mai). L'Assemblée s'installe à Versailles. Contre elle éclate l'insurrection de la Commune (18 mars-27 mai 1871), réprimée impitoyablement par Thiers.

1.2. La fondation de la république

Thiers renversé

Celui-ci devient président de la République : la loi Rivet (août 1871), qui lui confère le pouvoir exécutif, le rend également reponsable devant l'Assemblée. Le pays se relève : le paiement de l'indemnité de guerre hâte la libération du territoire (1873). S'étant prononcé en faveur d'une république conservatrice (« La République sera conservatrice ou elle ne sera pas », message de Thiers à l'Assemblée nationale le 13 novembre 1872), Thiers est renversé par l'Assemblée (24 mai 1873) et remplacé par le maréchal Mac-Mahon.

L'amendement Wallon et la Constitution

La restauration semble imminente. Mais orléanistes et légitimistes ne peuvent s'entendre (octobre 1873). Le centre gauche orléaniste vote, avec les républicains, l'amendement Wallon (30 janvier 1875), qui introduit le mot « République », puis les trois lois constitutionnelles des 24 et 25 février et 16 juillet 1875, qui tiennent lieu de Constitution.

La Constitution fonde une véritable monarchie parlementaire avec un président, élu pour 7 ans par les deux chambres ; un ministère responsable ; un Sénat nommé pour 9 ans par les députés, les conseillers généraux, les délégués des conseils municipaux ; une Chambre des députés élue pour 4 ans au suffrage universel. Très souple, cette Constitution ne fera l'objet que de révisions très partielles (4-13 août 1884), mais sera interprétée dans un sens de plus en plus démocratique (suppression des sénateurs inamovibles, décembre 1884).

La crise de mai 1877

S'étant séparée le 31 décembre 1875, l'Assemblée nationale est remplacée, le 8 mars 1876 (élections des 20 février et 5 mars 1876), par une Chambre des députés à forte majorité républicaine, mais les conservateurs restent légèrement majoritaires au Sénat. Inquiet de cette évolution vers la gauche, Mac-Mahon renvoie Jules Simon (→ crise du 16 mai 1877) et constitue un ministère d'Ordre moral, présidé par le duc de Broglie, aussitôt mis en minorité par la Chambre (16 juin 1877). Avec l'accord du Sénat, le chef de l'État dissout la Chambre (25 juin).

Après une campagne menée pour les républicains par Gambetta sur le thème « se soumettre ou se démettre », les électeurs réélisent, en octobre, une majorité de républicains qui contraint Mac-Mahon à rappeler Dufaure (décembre 1877). En janvier 1879, les républicains deviennent majoritaires au Sénat et Mac-Mahon se démet (30 janvier 1879).

1.3. La République des républicains (1879-1890)

L'instabilité ministérielle

Il est remplacé par Jules Grévy, dont l'élection consacre l'avènement de la « République des républicains » (1879-1890). Ceux-ci concrétisent leur succès en décidant le retour des chambres à Paris (novembre 1879) et en votant une loi d'amnistie en faveur des condamnés de la Commune (juillet 1880). La majorité est divisée entre opportunistes et radicaux. Les premiers souhaitent réaliser progressivement des réformes, les seconds voudraient les précipiter. Mais les uns et les autres sont issus de la bourgeoisie et peu soucieux de réformes sociales. C'est en marge du monde politique que s'exprime, à partir de 1877, le mouvement socialiste. Un homme, Gambetta, pourrait donner au régime une impulsion vigoureuse, mais Grévy l'écarte longtemps de la présidence du Conseil. Quand il l'obtient, en butte à de nombreuses oppositions, son « grand ministère » est vite renversé (novembre 1881-janvier 1882).

Le ministère Ferry (1880-1885)

L'instabilité ministérielle devient une règle en France. Seul Jules Ferry parvient à se maintenir longtemps au pouvoir (il est notamment président du Conseil de septembre 1880 à novembre 1881 et de février 1883 à mars 1885). L'œuvre de Ferry présente un triple aspect, politique, scolaire et colonial :
– affermissement du régime par l'organisation des libertés publiques de réunion (juin 1881), de la presse (28 juillet 1881) et syndicales (1884) ;
– institution de l'école primaire gratuite (16 juin 1881), laïque et obligatoire (28 mars 1882) ;
– expansion coloniale (Tunisie, 1881 ; Afrique noire ; Madagascar et Indochine).

Cette politique mécontente la droite et la gauche, préoccupées essentiellement par la question de l'Alsace-Lorraine. Animée par Clemenceau, cette double opposition chasse Ferry du pouvoir à la faveur de l'incident de Lang Son (30 mars 1885).

La crise boulangiste

La République opportuniste a déçu beaucoup de Français. La crise de la présidence, déclenchée par l'affaire du trafic de décorations autour de Wilson, gendre de Jules Grévy, entraîne la démission du président de la République. Les mécontents ont trouvé un syndic en la personne du général Boulanger, ministre de la Guerre de janvier 1886 à mai 1887, dont la position a été renforcée lors d'un incident de frontière avec l'Allemagne (affaire Schnæbelé, avril 1887). D'abord acclamé par les foules, il reçoit ensuite l'appui de la plupart des conservateurs, dont le ralliement à l'idée nationaliste marque une évolution décisive. Mis à la retraite (1888), Boulanger se fait élire député dans de nombreux départements, mais, le 27 janvier 1889, laisse passer l'occasion de s'emparer du pouvoir.

Malgré les crises politiques, la prospérité matérielle de la France se manifeste lors de l'Exposition universelle de 1889 et par la réalisation rapide du plan Freycinet, élaboré en 1878, qui rénove l'ensemble des moyens de transport, en particulier le réseau ferroviaire. L'armée retrouve sa puissance. Les difficultés existent pourtant, surtout en matière financière : krach de l'Union générale (1882), qui suscite la méfiance des prêteurs à l'égard des placements industriels ; stagnation des affaires, qui provoque le chômage, puis le retour au protectionnisme (tarif douanier de Méline, 1892). Depuis 1870, la France était restée isolée en face de la Triple-Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie) et de l'Angleterre, sa rivale outre-mer. En 1891, la politique de Guillaume II, qui n'a pas renouvelé le traité avec la Russie (1890), amène le gouvernement de Saint-Pétersbourg à conclure avec la France un accord diplomatique (1891), puis une convention militaire (1892) [→  alliance franco-russe].

1.4. La République modérée : le temps des crises (1890-1899)

En dépit du scandale de Panamá, en dépit aussi des attentats anarchistes entre 1892 et 1894 (assassinat du président de la République Sadi Carnot, juin 1894), le régime paraît définitivement consolidé. Les partis monarchistes s'affaiblissent de plus en plus aux élections de 1889 et 1893, tandis que s'opère le ralliement des catholiques à la République, prôné par le pape Léon XIII (février 1892) et concrétisé par la formation (avril. 1890) d'un groupe politique catholique, la « droite républicaine » de Jacques Piou. La stabilité des institutions républicaines est telle que la tentative faite par le président de la République, Jean Casimir-Perier, pour utiliser réellement ses pouvoirs aboutit à un échec sans conséquences politiques (27 juin 1894-15 janvier 1895). L'affaire de Panamá ayant provoqué un renouvellement du personnel politique (→ Poincaré, Delcassé, Leygues, Barthou), le gouvernement de la République passe aux républicains modérés, conservateurs et protectionnistes, qui s'incarnent en Méline, président du Conseil d'avril 1896 à juin 1898. Mais, à partir de 1897, le pays est bouleversé par l'affaire Dreyfus, qui déchire la société française entre deux courants antagonistes.

1.5. La République radicale (1899-1909)

L'affaire Dreyfus a déterminé un glissement à gauche de la majorité, la constitution d'un ministère de Défense républicaine, dirigé par Waldeck-Rousseau (juin 1899-juin 1902), et le regroupement des républicains en un Bloc des gauches, à l'intérieur duquel les socialistes et les radicaux s'unissent.

La politique anticléricale d'Émile Combes

La loi du 1er juillet 1901 sur les associations, qui refuse la liberté aux seules associations confessionnelles, porte un coup très dur aux congrégations religieuses enseignantes. Soutenu par le Bloc des gauches, Combes (1902-1905) accentue la politique anticléricale. En 1904, le gouvernement rompt les relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Mais, à la suite des critiques suscitées par la politique du ministre de la Marine, Camille Pelletan, et du ministre de la Guerre, le général André (→ affaire des Fiches), Combes doit démissionner (janvier 1905) avant que ne soit votée la loi qui institue la séparation des Églises et de l'État (9 décembre 1905).

La politique étrangère

La diplomatie française, dirigée depuis 1898 par Théophile Delcassé, s'est d'abord employée à resserrer l'Alliance franco-russe (protocole d'état-major de 1900). Puis elle s'est attachée à améliorer les relations franco-italiennes (accords de 1898, 1900 et 1902) et franco-britanniques : l'accord colonial du 6 avril 1904 liquide les questions sur lesquelles la France et l'Angleterre étaient en rivalité, en particulier depuis l'incident de Fachoda (1898). Ce sera le fondement de l'Entente cordiale, bientôt élargie en une Triple-Entente, qui regroupe, autour de la France et grâce à sa médiation en 1907 (accord colonial anglo-russe), ses alliés, la Grande-Bretagne et la Russie. L'Angleterre et l'Italie ayant laissé les mains libres à la France au Maroc, Guillaume II, qui craint d'être encerclé, déclare à Tanger qu'il ne permettra pas que soit porté atteinte à l'indépendance marocaine (31 mars 1905). Delcassé, ayant poursuivi sa politique sans se soucier de l'état de l'armée française, se trouve en conflit avec le président du Conseil, Maurice Rouvier, qui, de peur d'une guerre désastreuse, sacrifie son ministre des Affaires étrangères sous la pression de l'Allemagne (6 juin 1905). Se chargeant du portefeuille des Affaires étrangères, Rouvier accepte la réunion de la conférence d'Algésiras (janvier-avril 1906).

L'agitation sociale

Le développement de l'industrie pose des problèmes économiques et sociaux nouveaux. Les ouvriers et les petits fonctionnaires multiplient leurs revendications Leur action est facilitée par leur adhésion aux Bourses du travail et à la Confédération générale du travail (CGT), née en 1895. Partisans du recours au sabotage (anarcho-syndicalisme) et à la grève générale pour obtenir satisfaction, les syndicalistes créent une agitation sociale (→ charte d'Amiens, 1906). Si l'opposition conservatrice est réduite à l'impuissance, les socialistes (Guesde et Jaurès), qui se sont regroupés en un parti socialiste unifié en 1905 (→ Section française de l'Internationale ouvrière [SFIO]), après le congrès de l'Internationale socialiste d'Amsterdam de 1904, rompent avec les radicaux. La rupture s'aggrave quand Clemenceau, devenu président du Conseil (octobre 1906-juillet 1909), brise par la force les grèves ouvrières, celles des fonctionnaires et les manifestations des vignerons du Midi.

1.6. La République et la marche à la guerre (1909-1914)

Expansion coloniale

Aristide Briand, devenu chef du gouvernement (24 juillet 1909-27 février 1911), cherche, sous le signe de l'« apaisement », des combinaisons nouvelles entre les partis et les groupes parlementaires qui acquièrent la représentation proportionnelle à leur effectif au sein des différentes commissions (1910). En juin 1911, Joseph Caillaux constitue un gouvernement qui se heurte très vite à une nouvelle menace allemande par le biais du problème marocain (envoi d'un navire de guerre allemand en rade d'Agadir (→ affaire d'Agadir,1er juillet 1911). Redoutant une guerre européenne, le gouvernement cède à l'Allemagne une partie du Congo français contre la liberté d'action de la France au Maroc (4 novembre 1911) et, en 1912, celle-ci y proclame son protectorat. Mais cette transaction provoque des protestations, et Caillaux doit céder le pouvoir à Raymond Poincaré (janvier 1912), qui accède à la présidence de la République en février 1913.

Rétablissement du service de trois ans

Si la France est alors la seconde puissance coloniale et un grand pays d'épargne, des points noirs subsistent : la stagnation démographique (en 1913, 39 800 000 Français contre 66 millions d'Allemands), et de nombreuses difficultés intérieures et extérieures altèrent le climat politique. L'augmentation par l'Allemagne de ses effectifs sous les drapeaux (juillet 1913) oblige le Parlement français à rétablir le service de trois ans (7 août 1913), ce qui mécontente d'autant plus la gauche qu'elle ne peut obtenir du Parlement le vote de l'impôt sur le revenu, réclamé par les radicaux (projet de Caillaux) et par les socialistes, ni celui de la représentation proportionnelle, demandée par les socialistes. Ainsi s'expliquent la chute de Barthou (décembre 1913), responsable de la loi des trois ans, la reconstitution du Bloc des gauches (radicaux-socialistes et socialistes) et le résultat des élections favorable à ces derniers. Le nouveau gouvernement dirigé par Viviani doit alors faire voter par le Sénat l'impôt sur le revenu, mais il retarde l'abrogation du service de trois ans en raison de la tension internationale.

1.7. La République et la Première Guerre mondiale (1914-1919)

L'« Union sacrée »

La situation balkanique s'aggrave brusquement à la suite de l'assassinat, à Sarajevo, de l'archiduc François-Ferdinand (28 juin 1914). La menace de guerre exalte le nationalisme français et aboutit à l'assassinat de Jaurès (31 juillet 1914). Tous les partis acceptent la mobilisation générale, qui s'opère dans l'enthousiasme. Ainsi se réalise l'« Union sacrée », réclamée par Poincaré au moment de la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France (3 août). Pendant la guerre, tous les cabinets comprennent des représentants de presque tous les partis, y compris le chef socialiste Jules Guesde, ministre d'État du 26 août 1914 au 12 décembre 1916.

Mais une grave crise éclate en 1916-1917. La révolution russe prive la France d'un allié, l'usure de la guerre et l'échec de l'offensive de 1917 provoquent un certain défaitisme et des mutineries. Les ministères Ribot, puis Painlevé n'ont plus d'autorité sur la Chambre, dont certains membres sont favorables à la négociation de la paix, ce qui permet à la droite de lancer une campagne contre Malvy, le ministre de l'Intérieur, accusé de ne pas soutenir la résistance.

Le retour de Clemenceau

Après la rupture de l'Union sacrée, Clemenceau redevient président du Conseil (16 novembre 1917-18 janvier 1920) et instaure une dictature de fait, respectant les formes constitutionnelles, mais n'hésitant pas à frapper les hommes politiques soupçonnés de vouloir négocier (Malvy, Caillaux). L'armistice de Rethondes (11 novembre 1918) est accueilli par des transports de joie. Mais la victoire a été chèrement payée : près de 1 390 000 Français tués, 740 000 invalides, d'immenses destructions, un écrasant endettement, la perte de tous les avoirs à l'étranger, le franc privé de sa base. La France est exsangue et partiellement ruinée, mais elle ne s'en rend pas compte : l'Alsace-Lorraine récupérée paraît justifier le sang répandu; quant aux pertes matérielles, on pense y faire face en répétant « l'Allemagne paiera ».

Pour en savoir plus, voir l'article Première Guerre mondiale.

2. L'entre-deux-guerres : 1919-1940

2.1. L'après-guerre : les illusions de la victoire et de la prospérité (1919-1932)

L'euphorie de la victoire et de la paix retrouvée masque, pendant ces « années folles », la gravité des problèmes issus de la guerre et auxquels les gouvernements successifs devront faire face : déclin démographique, bouleversements économiques et financiers, transformation des mentalités, évolution des relations internationales... Du moins, la France va-t-elle bénéficier, durant cette période, d'une expansion économique réelle.

Le Bloc national

La question prioritaire est désormais de « gagner la paix » (Clemenceau) et d'aménager, au mieux des intérêts français, une victoire chèrement acquise. Or, ni la conférence de la paix (Paris, janvier 1919) ni le traité de Versailles (28 juin 1919), que les États-Unis refusent de ratifier, n'accordent à la France des garanties suffisantes. La majorité de droite du Bloc national, issue des élections de novembre 1919, favorable à une politique de sécurité traditionnelle, veut faire appliquer sans concession le traité de Versailles et « faire payer l'Allemagne ».

Par ailleurs, sa crainte du bolchevisme, renforcée par la constitution, en 1920, d'un parti communiste français (→ congrès de Tours), l'incite à remplacer l'alliance russe par un rapprochement avec la Pologne (pacte de février 1921) et avec les pays de la Petite-Entente (Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Roumanie), créant ainsi à la France des obligations à l'Est.

La politique de fermeté du Bloc national est incarnée par Poincaré, qui, après Millerand et Briand, accède à la présidence du Conseil (janvier 1922-juin 1924). L'Allemagne ne pouvant s'acquitter des réparations (→ question des réparations), il fait occuper militairement la Ruhr (janvier 1923), contraignant l'adversaire à capituler (septembre 1923). Mais, devant l'hostilité de la Grande-Bretagne et des États-Unis, auxquels la France est liée par des dettes de guerre, il doit accepter d'évacuer la Ruhr en échange d'un nouvel accord sur les réparations (→ plan Dawes, 1924).

À l'intérieur, le Bloc national mène une politique de redressement économique et surtout financier, destinée à lutter contre l'instabilité monétaire (chute du franc) et l'inflation, phénomènes nouveaux issus de la guerre. Le gouvernement Poincaré augmente notamment les impôts de 20 % (vote du double décime) en 1924, provoquant un mécontentement qui sera bientôt exploité par l'opposition.

Le Cartel des gauches

Les forces de gauche, affaiblies par l'échec des grèves de 1919-1920, par la scission de Tours (décembre 1920), qui met fin à l'unité socialiste, et par la rupture syndicale de 1921, qui entraîne la création de la CGT unitaire, se sont cependant rassemblées pour permettre, en mai 1924, la victoire du Cartel des gauches. La SFIO soutient, sans y participer, le gouvernement radical formé par Herriot (juin 1924-avril 1925). Celui-ci se heurte bientôt à de graves obstacles (exode des capitaux, défiance des épargnants) qui relancent la crise monétaire et l'inflation, provoquant finalement sa démission.

Ses successeurs, Painlevé (avril-novembre 1925) et Briand (novembre 1925-juillet 1926), s'engagent dans la voie d'une politique internationale nouvelle, conciliatrice, axée sur l'arbitrage de la Société des Nations (SDN) et qui se traduit par le pacte de Locarno, en octobre 1925 (alliance avec l'Angleterre, rapprochement avec l'URSS et l'Allemagne). Mais la persistance de la crise financière met fin au Cartel.

De la reprise de l'économie à la « politique de prospérité »

Le retour de Poincaré, qui forme un cabinet d'union nationale (juillet 1926-juillet 1929), dont sont exclus les socialistes, suffit à renverser le mouvement : confiance et capitaux reviennent. Poincaré stabilise le franc en le dévaluant de 4/5 par rapport à sa valeur d'avant-guerre, opération qui rétablit la paix monétaire et l'équilibre budgétaire jusqu'à la grande crise et qui permet une reprise économique sensible. Les élections d'avril 1928 sont remportées par les modérés, qui vont conserver presque sans interruption le contrôle du gouvernement de 1929 à 1932, sous la présidence notamment de Briand (juillet-octobre 1929), Tardieu (novembre 1929-décembre 1930 ; février-mai 1932) et Laval (janvier 1931-février 1932). Ceux-ci mènent désormais une « politique de prospérité » (A. Tardieu) qui se traduit par un certain nombre de mesures sociales (allocations familiales, assurances sociales, extension de la gratuité de l'enseignement secondaire...).

Ministre des Affaires étrangères presque en permanence d'avril 1925 à janvier 1932, Briand poursuit une politique pacifiste : entrevue avec Stresemann (septembre1926) ; pacte Briand-Kellogg (août 1928), par lequel la France renoue avec les États-Unis ; plan Young (juin 1929) fixant une nouvelle fois, en les diminuant, les réparations ; conférence de La Haye (août 1929), prévoyant avant juin l'évacuation par la France de la zone de Mayence. (En réponse à cette mesure, qui rend possible le réarmement allemand, le gouvernement décide la construction de la ligne Maginot.) Mais déjà les scandales financiers (affaire Hanau, décembre 1928 ; affaire Oustric, octobre 1930) annoncent la période de crise qui va suivre.

2.2. La France touchée par la crise (1932-1938)

Le parti radical et l'essor des ligues d'extrême droite

La crise économique mondiale atteint la France en 1931-1932. Elle se traduit par une chute de la production industrielle, des faillites et un chômage sans précédent, et s'accompagne d'une crise sociale, politique et, bientôt, diplomatique. À l'intérieur, l'instabilité ministérielle se développe. La droite perd la majorité au profit des radicaux et des socialistes, lors des élections de 1932. Édouard Herriot forme un gouvernement (juin-décembre 1932) qui est rapidement attaqué par la droite et l'extrême droite. La dégradation du régime politique, l'insuffisance de ses institutions, son incapacité à affronter les problèmes nouveaux de la récession paraissent évidentes : faiblesse de l'exécutif, totalement dépendant du législatif, majorités fragiles et changeantes. Le parti radical, qui domine la vie parlementaire (aucune majorité, aucun gouvernement ne peut se faire sans lui), joue un rôle ambigu entre la droite et la gauche, contribuant à l'immobilisme gouvernemental. Cette faiblesse développe dans le pays un vaste courant antiparlementaire qui se traduit par l'essor des ligues d'extrême droite (Jeunesse patriote de Taittinger, Croix-de-Feu de de La Rocque, Redressement français d'Ernest Mercier, Action française, francisme). L'accentuation des effets de la crise, le scandale Stavisky (1933) facilitent la montée des oppositions de droite comme de gauche. L'agitation culmine avec la manifestation du 6 février 1934, organisée par l'extrême droite et qui est suivie d'une contre-manifestation de la gauche (le 9).

Après la démission de Daladier, Gaston Doumergue forme un cabinet d'union nationale (février-novembre 1934) avec Herriot, Tardieu, Barthou et, au ministère de la Guerre, le maréchal Pétain. Les gouvernements de droite qui se succèdent ensuite doivent affronter la montée des tensions extérieures liées à l'avènement de Hitler (janvier 1933).

Les échecs de Laval

Laval, ministre des Affaires étrangères depuis octobre 1934, puis président du Conseil de juin 1935 à janvier 1936, doit renoncer à faire payer l'Allemagne, qui est la plus touchée par la récession, et ne peut empêcher le plébiscite favorable de la Sarre (janvier 1935). Recherchant un système de sécurité pour la France, il conclut des accords avec l'Italie et l'Angleterre (→ Stresa, avril 1935), avec l'URSS (mai 1935) pour s'opposer à l'éventualité de l'Anschluss et au réarmement de l'Allemagne. Cependant, le rétablissement par Hitler du service militaire obligatoire (mars 1935) et la réoccupation de la Rhénanie (mars 1936) constituent une violation flagrante du traité de Versailles, qui laisse la France sans réaction. Cet échec diplomatique se double d'un échec sur le plan social : la politique de déflation de Laval, les décrets-lois diminuant de 10 % les loyers, les dépenses publiques et les traitements des fonctionnaires, provoquent un violent mécontentement populaire et la chute du gouvernement.

Pour en savoir plus, voir l'article crise de 1929.

Le Front populaire

Le Front populaire, qui s'est dessiné à partir de 1934, en réaction contre le développement des mouvements fascistes en France (unité d'action entre socialistes et communistes, fusion de la CGT et de la CGTU en janvier 1936, alliance avec les radicaux), gagne les élections d'avril-mai 1936. Le socialiste Léon Blum devient président du Conseil, avec le soutien (sans la participation) des communistes (juin 1936), alors que se développe dans l'ensemble du pays un vaste mouvement de grèves spontanées. Les accords Matignon (7 juin 1936), suivis de nombreuses lois sociales, entraîneront une amélioration sensible de la condition ouvrière. Le Front populaire, violemment combattu par l'extrême droite (parti social français, parti populaire français, la Cagoule), se heurte à l'hostilité des milieux d'affaires (fuite des capitaux). Après les réformes, Léon Blum annonce une pause (mars 1937) mal acceptée par la gauche, puis, après avoir demandé en vain au Sénat les pleins pouvoirs en matière financière, doit démissionner (21 juin 1937). Son remplacement par le radical Camille Chautemps (juin 1937-mars 1938) marque le déclin du Front populaire, qui achève de se disloquer après un second cabinet Blum (mars-avril 1938).

Pour en savoir plus, voir l'article Front populaire.

2.3. Des accords de Munich à la chute du régime (1938-1940)

Le gouvernement Daladier

L'abandon de la politique du Front populaire est aussi dû à l'évolution de la situation internationale et au développement du péril hitlérien (l'Anschluss est réalisé en mars 1938). Le gouvernement Daladier, auquel participent les modérés, espère sauver la paix en acceptant la cession des Sudètes à l'Allemagne, malgré le traité d'assistance conclu avec la Tchécoslovaquie en 1925 : les accords de Munich (septembre 1938) sont accueillis avec soulagement par l'opinion française, animée d'un pacifisme viscéral, né de la dernière guerre. Mais ces concessions encouragent l'Allemagne à poursuivre la conquête de son « espace vital » (annexion par Hitler de la Bohême-Moravie, mars 1939).

Parallèlement, le gouvernement entreprend un redressement économique et financier rendu possible par une conjoncture mondiale plus favorable. Paul Reynaud, nommé ministre des Finances en novembre 1938, procède par décrets-lois pour aménager les 40 heures et dévaluer le franc, afin de restaurer la confiance et de réduire les prix de revient industriels. Une politique de natalité est entreprise pour remédier à la faiblesse démographique et militaire du pays face à l'Allemagne. La France sort peu à peu de la crise, mais cette reprise est trop tardive. Après la conclusion du pacte germano-soviétique de non-agression (août 1939), Hitler attaque la Pologne (septembre 1939), contraignant cette fois la Grande-Bretagne et la France à déclarer la guerre (3 septembre).

La « drôle de guerre »

Commence alors une période d'attente et de tension, la « drôle de guerre » (septembre 1939-mai 1940), pendant laquelle l'armée française occupe la ligne Maginot. À l'intérieur, le parti communiste est dissous ; le départ de ses députés, déchus de leur mandat, entraîne le déplacement de la majorité vers la droite. L'Assemblée contraint Daladier à démissionner (mars 1940) au profit de Paul Reynaud.

La défaite de la France

Mais l'armée française ne résiste pas à l'offensive allemande des Ardennes (10 mai 1940). La percée de Sedan permet aux Allemands de contourner la ligne Maginot et d'encercler les Alliés à Dunkerque (4 juin). Pétain, nommé vice-président du Conseil (18 mai), et Weygand, nommé généralissime le 19, ne peuvent empêcher le désastre et se déclarent partisans de l'armistice immédiat, auquel s'oppose une partie du gouvernement, animée, autour de P. Reynaud, par l'espoir de poursuivre la lutte outre-mer. Mais Reynaud est mis en minorité et doit démissionner à Bordeaux (16 juin), où le gouvernement s'est réfugié.

Le suicide de la IIIe République

Reynaud est remplacé par Pétain, qui signe l'armistice le 22 juin avec l'Allemagne, tandis que, à Londres, le général de Gaulle lance le fameux appel du 18 juin, marquant les débuts de la « France libre ». Pierre Laval, devenu vice-président du Conseil le 23 juin, prend une influence grandissante au sein du gouvernement, paralysé par l'ampleur de la défaite. Il obtient de l'Assemblée nationale réunie à Vichy (10 juillet) le vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain, avec mission de donner à la France une nouvelle Constitution. Ce vote, obtenu par 569 voix contre 80 (et 17 abstentions), met fin à la IIIe République. Dès le 12 juillet, Pétain se proclame chef de l'État français, congédie le président de la République, Albert Lebrun, et les chambres. (Le mandat des parlementaires sera officiellement abrogé en 1942.) Comme en 1815 et en 1871, le régime s'écroule, victime de la défaite militaire de 1940.

Pour en savoir plus, voir l'article Seconde Guerre mondiale.